Bonjour à tous !
Il semblerait que le dernier chapitre vous ait quelque peu bouleversé(e)s. Rassurez-vous, ça va aller mieux (ou pas).
Si je vous laissait faire, Hans n'aurait plus de mains, de tête, de vie ni de parties génitales. Vous vous entendriez bien avec Mérida.
J'ai pris pour habitude jusqu'à présent de ne pas faire de réponses personnalisées aux reviews. Mais ça devient compliqué de répondre par mp, d'autant plus que plusieurs lecteurs/trices n'ont pas de comptes. Alors à partir de maintenant, il y aura une réponse globale aux reviews, en fonction des remarques et des questions :
- La fiction est classée en romance/drama. Pas en tragedy. Je n'en dirai pas plus :)
- L'opinion d'Anna sur la philo n'est que l'opinion d'Anna, pas la mienne (...hemm). La philo est une matière très sérieuse, mais pas pour Anna. J'ai pris comme support la façon dont mes camarades de terminale S vivaient la philo au lycée. Mais ce n'était pas ma matière préférée, je le conçois, (aujourd'hui, je dirai que je préfère la psycho à la philo, mais si je veux être honnête, j'aime surtout la géologie). Et puis franchement, vous aimeriez la philo avec Weselton en prof ?
- Mulan va revenir un peu plus tard dans l'histoire (tiens, d'ailleurs c'est elle qui est à l'honneur dans le T-shirt Qwertee d'aujourd'hui. Hmm, j'hésite à faire péter la CB... :D )
EDIT : J'ai changé le prénom d'un des potes à Hans, Victor. Dans les premiers chapitres, il s'appelait Peter. Voila qui va chambouler toute l'histoire, au moins ;-)
Merci pour vos messages, vos encouragements et vos menaces (je sens que je n'ai pas fini d'en recevoir).
Alerte fluff dans ce chapitre. Attention à qui pourrait lire derrière votre épaule.
Bonne lecture !
Chapitre 29
Quand Anna et ses deux amies rejoignirent le reste de leur classe à la fin de la pause déjeuner, les insultes et les moqueries reprirent de plus belle. Anna avait l'impression d'être de retour en Sixième, lorsque les grands se moquaient de ses cheveux roux et tiraient sur ses tresses en passant dans les couloirs. A l'époque, elle rentrait souvent du collège en pleurant, et pendant le trajet, elle s'inventait des histoires où Jeanne d'Arc, son héroïne, l'accompagnait sur son cheval blanc pour leur coller une raclée. En Quatrième, Mérida était arrivée dans son collège, et depuis, plus aucun imbécile en jogging Fila n'avait pu toucher à une seule de ses mèches orangées.
- Je te jure, Peter, s'exclama la grande rousse, que si tu l'ouvres encore une fois, je te défonce ta grande tronche de crétin !
- C'est ça, pense plutôt à faire une sextape de ton prochain plan cul avec Anna !
Une salve d'éclats de rire suivit sa pitoyable tentative d'humour. Hans arriva à ce moment-là, et les trois jeunes filles se désintéressèrent de Peter pour se tourner vers l'ex d'Anna.
- Alors Anna, maintenant que tout le monde sait que t'es lesbienne, ça te fait quoi ?
- Ca me fait que je ne suis plus la seule à me demander ce qu'il m'a pris de sortir avec un débile comme toi.
- Anna un, Hans zéro ! lança une voix derrière elle, et d'autres éclats de rire retentirent, cette fois différents des précédents.
- Ah ouais ? s'exclama Hans avec un air mauvais.
Les mots qui sortirent de sa bouche par la suite n'avaient plus rien de poli ni de respectueux, et Anna en rougit de colère.
- Hans !
Anna sursauta et se retourna en direction de la voix. C'était Elsa, qui venait d'ouvrir la porte de sa salle, et qui regardait Hans avec un froncement de sourcils très désapprobateur. Quand elle parla, sa voix était si froide que la température dans le couloir sembla avoir chuté d'une dizaine de degrés.
- Tu vas passer une heure en retenue pour ce que tu viens de dire. Je te préviens, il est hors de question que j'entende ce genre de propos dans ma classe. Je ne tolèrerai pas la moindre remarque. Ca vaut pour vous aussi, ajouta-t-elle en pointant Peter et les autres élèves qui s'étaient moqués d'Anna. Un seul mot déplacé, et ça passe à deux heures. Me suis-je bien fait comprendre ?
Quelques uns acquiescèrent, Oriane se contenta de murmurer un faible « ok », mais Hans n'avait pas bougé.
- Hans, est-ce clair ?
Le garçon resta silencieux et immobile pendant plusieurs secondes tout en soutenant le regard d'Elsa, avant de finalement hocher la tête.
- Très clair, grommela-t-il.
- Bien. Entrez maintenant, on a assez perdu de temps comme ça.
Anna s'était si peu attendue à une réaction de la part d'Elsa qu'elle en était restée bouche bée. Son Elsa avait réussi à clouer le bec à son crétin d'ex, et venait de lui assurer deux heures de tranquillité.
- Winter remonte dans mon estime, murmura Mérida à Anna et Tiana, après s'être assurée que la prof, à l'autre bout de la classe, ne pouvait pas l'entendre.
- C'est déjà elle qui nous a prévenu pour Hans, le jour de la rentrée de janvier, objecta Tiana.
- Ah oui, j'avais oublié. Bah elle remonte encore plus haut. En même temps, elle est prof de maths, elle partait avec un sérieux malus !
Tiana pouffa de rire.
Anna laissa retomber la pression tandis qu'elle se concentrait sur son équation. Contrairement au cours de physique de ce matin, la classe était à peu près silencieuse, sûrement grâce au coup de gueule d'Elsa. Du coup, sa réflexion n'était pas ponctuée par les réflexions narquoises des potes à Hans ni par les soupirs exaspérés de ses amies.
Le répit fut toutefois d'assez courte durée. Au bout d'une demie heure, Elsa envoya Mérida au tableau pour corriger le premier exercice, et la grande rousse se leva, sa feuille à la main. Sans un mot, elle rédigea sans se tromper toutes les étapes de la résolution de l'équation.
- Très bien, Mérida, l'encouragea l'enseignante.
- Trop facile ! lança une voix méprisante derrière Anna.
La lycéenne se retourna vers la fille qui venait de parler, Sabrina. Une pimbêche qui était avec elle depuis la Seconde, et qu'elle n'avait jamais aimée.
- Toi ta g... commença Mérida, mais elle fut interrompue par Winter.
- C'est quoi le problème ? demanda l'enseignante avec humeur.
Sabrina rejeta une mèche brune derrière son oreille et regarda la prof avec une grimace condescendante.
- Tout le monde sait que Mérida ne fait jamais ses exos, c'est Anna qui fait tout à sa place.
- Tu n'as qu'à mieux choisir tes amis, répliqua rageusement Anna.
- Comme si j'avais envie d'être assise à côté de toi !
- STOP ! tonna Elsa. Non mais c'est quoi cette attitude ? Ils sont passé où mes Terminales ? Qui les a remplacés par des gamins de Quatrième ?
Elsa ne criait pas, mais sa voix basse et grave était beaucoup plus intimidante que des hurlements. C'était la première fois ou presque qu'elle haussait le ton devant cette classe, et en jetant un petit coup d'oeil derrière son épaule, Anna vit que certains de ses camarades s'étaient ratatinés sur leur chaise. Elle-même était impressionnée, et pendant quelques secondes, elle faillit oublier que cette prof sacrément imposante était sa petite amie. Elle se sentit fière d'être l'amoureuse d'une femme pareille. Elle avait presque envie de le crier.
Tu vois Hans, la fille que j'embrasse, la fille que j'aime, c'est elle, et tu n'arriveras jamais à sa hauteur.
Elle cessa de rêver quand Elsa mit fin à son engueulade, arrêtant de regarder la classe pour ne fixer cette fois que Sabrina.
- Au fait, merci de t'être portée volontaire pour la correction du deuxième exercice. Allez, au tableau.
La grande brune au visage renfrogné se leva de bien mauvaise grâce, et le sourire de Mérida s'élargit au fur et à mesure des erreurs qu'elle faisait dans sa résolution. Un autre élève, un garçon qui n'avait pas ouvert la bouche depuis le début de l'heure, corrigea l'exercice, puis retourna se rasseoir, adressant un sourire d'excuse à Anna sur son passage.
- Maintenant, dit Elsa une fois que tout le monde eut pris la correction, vous allez sortir une feuille pour le troisième exercice.
Toute une série de soupirs exaspérés suivit l'annonce.
- Vous avez vingt minutes pour le faire. Mérida, tu vas te mettre ici, s'il te plaît, ajouta-t-elle en pointant une table vide loin d'Anna.
- Mais je ne triche pas ! s'offusqua Mérida, les joues et les oreilles rouges d'indignation.
- Je sais, répondit Elsa. Mais comme ça, tu pourras montrer à ceux qui en doutent qu'ils ont tort.
Il y eut quelques rires étouffés dans le fond de la classe, et Anna se demanda s'ils étaient de son côté, ou au contraire dirigés contre elles. Elle sortit une feuille de son sac, et en profita pour jeter un coup d'oeil en arrière. Sabrina était silencieuse, résultat probable de sa récente humiliation, et Oriane fronçait les sourcils, visiblement agacée. Hans et son voisin avaient l'air très mécontents, les maths n'avaient jamais été pour eux une partie de plaisir. Tiana souriait, mais c'était clairement une plaisanterie lancée par Alex Naveen, son voisin et probablement futur mec, qui en était à l'origine.
Anna se retourna et posa sa feuille sur sa table. A trois mètres d'elle, Mérida griffonnait déjà férocement sur sa copie. Elle se sentait punie, c'était évident, et l'idée qu'elle puisse en vouloir à Elsa était un nouveau coup à son moral déjà au plus bas. Anna poussa à son tour un profond soupir, écho de tous ceux déjà exhalés par ses camarades. C'est vraiment une journée de merde... Fais chier, Hans !
Elsa s'était déplacée dans la salle et distribuait les énoncés. Anna vit Mérida lire l'exercice et plaquer sur son visage une moue déterminée. Allez, fais-leur ravaler leur connerie, à ces imbécile. Elle fouilla dans sa trousse et retourna la petite feuille pour la coller. En pressant le tube de plastique jaune, elle vit un mot inscrit au verso.
« Ils m'énervent ! »
La remarque aurait dû simplement faire sourire Anna, l'amuser tout au plus. Mais son cœur se mit à remuer à toute vitesse, comme s'il essayait de battre le record des allers-retour poumons-nombril.
Et c'était le petit cœur, dessiné juste à côté du mot, qui était à l'origine de tout cela.
Le week-end passa. Le lundi matin, deux filles et un garçon de sa classe vinrent s'excuser pour le comportement de certains qu'ils considéraient comme leurs amis, et dont ils s'étaient éloignés désormais. A la pause de 10h, d'autres vinrent lui apporter leur soutien, comme s'ils s'étaient passés le mot. A la fin de la journée, le groupe de ceux qui soutenaient Anna surpassait largement en nombre ceux qui se moquaient d'elle.
Le mardi, d'autres sujets de conversations étaient venus meubler les récrés et les intercours. En maths, Sabrina écopa d'un 3/10 tandis que Mérida décrocha un 9/10, ce qui déclencha l'hilarité presque générale. Tiana et elle n'étant désormais plus la seule à la défendre, les remarques envers Anna finirent par disparaître. Si on excluait l'attitude de la bande à Hans, tout était revenu à la normale dès le mercredi matin.
Le scandale, finalement, n'avait même pas duré une semaine.
Il y avait quand même des avantages à être la prof de maths des Terminale S. Non seulement les élèves étaient sérieux, attentifs et motivés - en général - mais en plus, Elsa avait l'occasion d'être avec eux plus souvent qu'aucun autre prof d'aucune autre discipline. Et comme, deux fois par semaine, elle les avait deux heures d'affilées, au milieu desquelles elle accordait souvent quelques minutes de pause, elle pouvait savoir qui avait des difficultés, qui n'avait pas fait son travail, et qui était en retard dans ses révisions. L'idéal, bien sûr, pour accompagner les élèves dans leur réussite scolaire.
Mais le plus intéressant, c'était les potins.
Elle apprenait qui sortait avec qui, ce qu'il s'était passé le week-end, quels étaient les derniers statuts à la mode sur Facebook, quelles filles ne se parlaient plus et lesquelles avaient un béguin pour d'autres garçons. Tout ça juste en étant à son bureau, et en tendant l'oreille. C'était le jeudi qu'ils étaient les plus animés. Visiblement, le fait d'avoir une heure de philo, puis une heure d'étude suivies d'une récré, au lieu de calmer les bavardages en leur donnant tout le temps nécessaire pou s'exprimer, semblait les décupler.
Ce jeudi ne dérogea pas à la règle, en témoignait le brouhaha dans le couloir. Il ne restait qu'une minute ou deux avant la sonnerie et le début des cours. Elsa ouvrit la porte et se retrouva face à un groupe de Terminale en grande conversation.
- Alors, que se passe-t-il ? demanda-t-elle à deux filles qui se trouvaient juste devant la porte
- C'est rien, répondit l'une.
- C'est Hans, répondit l'autre.
Elles avaient répondu en même temps, toutes les deux. Elsa se retint de sourire.
- Ce n'est pas encore la même histoire que la semaine dernière, j'espère, demanda-t-elle d'un ton qui montrait toute l'étendue de sa désapprobation.
- Et bien...
- Un peu...
- Disons que c'est lié, reprit la première.
- Vous ne pouvez pas passer à autre chose, sérieusement ? gronda l'enseignante.
- Hé, c'est pas nous !
- Ouais, on n'y est pour rien si certains sont des gros homophobes.
L'enseignante croisa les bras sur sa poitrine, et son regard passa de l'une à l'autre.
- Il ne me semble pas vous avoir entendu prendre la défense de votre camarade, pourtant.
- Ca va, elle n'a pas besoin de nous pour la défendre, répondit en riant l'une des deux filles.
Elsa allait demander plus d'explications, mais à cet instant, Hans arriva tête baissée et les chuchotements s'accentuèrent. Elle comprit en le voyant ce qu'avait voulu dire la lycéenne quelques instants plus tôt. Il avait une grosse trace rouge sur le côté du visage, qui ne tarderait pas à devenir un vilain œil au beurre noir.
Une minute plus tard, Anna arriva accompagné de Tiana et de Mérida. La première parlait sans s'arrêter, la deuxième riait aux éclats, et la troisième serrait les poings. Des poings, Elsa l'aurait parié, dont les phalanges portaient encore des traces d'ADN d'un imbécile qui l'avait bien mérité.
Intérieurement, Elsa sourit. Si elle avait pu lui mettre ce coup elle-même, elle ne s'en serait pas privée.
- Putain Mérida, t'étais pas obligée ! s'exclama Anna, dans le couloir menant à la salle de maths.
- Tu parles, c'était bien mérité, contra Tiana. Ca fait des mois qu'il la cherche, cette baffe.
- Ouais, mais quand même, s'il la ramène tu risques une exclusion !
Mérida restait silencieuse. Elle avait beau être un peu sauvage, elle n'aimait pas perdre son sang-froid.
- Hé Anna ! Qu'est-ce qu'il a dit pour s'en prendre une ? demanda un garçon de la classe.
Il avait un sourire moqueur, mais Karim n'était pas un de ceux qui l'avaient affublés de si charmants adjectifs la semaine précédente.
- J'en sais rien, répondit-elle en haussant les épaules.
Anna n'avait pas été témoin de la scène, et l'archère n'avait pas voulu lui répéter ce que Hans avait dit, ni expliquer pourquoi elle n'avait pas choisi une réponse plus civilisée.
- Je vais lui demander ! s'exclama-t-il, apparemment ravi d'avoir une bonne raison pour tourner Hans en ridicule.
- Laisse tomber, il te dira rien, l'avertit Tiana.
- Pourquoi ?
Mérida arrêta de regarder ses pieds. Ses sourcils étaient froncés comme jamais. La dernière fois qu'Anna l'avait vue avec un air pareil, c'était en classe de Troisième, quand un mec en jogging lui avait dit qu'elle jouait au tennis comme une fillette. Il devait encore avoir mal là où la balle l'avait frappé, celui-là.
- Parce que je lui ai dit qu'il s'en prendrait une de l'autre côté si jamais il le répétait à qui que ce soit.
- Il n'empêche que tu n'étais pas obligée, insista Anna. Tu pouvais aussi l'ignorer, ou te contenter de le traiter de gros...
- Moi je préfère cette réaction-là, l'interrompit Tiana, en frappant son poing dans sa paume. Bien fait pour lui. Ca devrait le calmer pour un bon bout de temps.
- Ouais, ou l'énerver encore plus, dit Karim en grimaçant.
Anna n'avait pas pensé à ça. Pouvait-il vraiment être encore plus désagréable ? Elle avait du mal à l'imaginer.
Après tout, Hans était un garçon qui lui avait plu, qui avait été gentil, charmant... Mais elle n'avait prévu aucune des réactions qu'il avait eues depuis leur séparation. Pouvait-il dans ce cas être encore pire ?
- Heureusement que tu n'est pas restée avec lui, Anna.
C'était Karim qui avait lancé ça, concluant exactement les pensées désormais inquiètes de l'adolescente. Elle ne savait pas si elle devait remercier Mérida pour avoir flanqué à Hans une bonne correction, ou si elle devait lui en vouloir de l'avoir mise, par cette action inutilement chevaleresque, encore plus en danger.
- Et tu ne sais pas ce qu'il lui a dit ?
- Non. Mérida n'a jamais voulu cracher le morceau. Ca devait être vraiment violent.
Anna était assise sur la table, dans la cuisine d'Elsa, pendant que cette dernière remuait du lait qui chauffait dans une casserole.
- Et aujourd'hui, ça s'est passé comment ?
- Pas mieux. Mérida a exigé qu'il s'excuse, mais il l'a envoyée se faire voir. J'ai essayé de discuter avec lui, mais il reste très désagréable, et depuis le coup de poing, il refuse de me parler. Au moins, il n'est pas allé se plaindre, et Mérida n'a pas eu d'ennuis. J'aimerais te dire que c'est fini, mais ça a vraiment fait un clash dans la classe. Presque tout le monde a pris parti, soit avec moi, soit avec Hans. Je ne pensais pas qu'il y aurait de tels débiles dans la classe, mais Hans est très charismatique, il arrive facilement à mettre les gens de son côté. Et puis, on ne me lâche plus ! Tout le monde veut savoir qui est ma copine, comment je l'ai rencontrée, comment j'en suis venue à l'embrasser... J'aimerais bien qu'ils me foutent la paix, tous !
- Bienvenue dans le monde merveilleux des queers, dit Elsa avec un sourire sans joie. Les gens voudront toujours que tu gardes « ça » privé, tout en voulant en savoir le plus possible. Tiens, passe-moi les bols ma puce, c'est prêt.
Anna descendit de son perchoir et apporta les deux bols à Elsa, qui les remplit de chocolat chaud. D'un geste énergique, elle secoua une bombe de chantilly, et recouvrit la surface de chaque bol d'une généreuse couche de crème, qu'elle saupoudra de cannelle. Elle mit immédiatement la casserole à tremper, et posa les deux bols sur un plateau en bois.
- Ca a l'air tellement parfait... murmura Anna en la suivant dans le salon.
Quand Elsa avait proposé à Anna de regarder un film le vendredi soir, l'adolescente avait été ravie, mais surprise. Elle ne se rappelait pas avoir vu de télévision chez elle, et son ordi et celui d'Olaf étaient tous deux de petits netbooks. Mais Elsa avait déroulé un grand écran blanc devant la bibliothèque, et allumé un vidéoprojecteur fixé au plafond derrière le canapé. Pour la petite rousse qui regardait souvent des films avec le son et l'image pourris de sa petite télé, c'était presque comme au cinéma.
Olaf descendit à cet instant dans le salon. Il allait à une Lan-party avec des gars de son boulot, et portait un T-shirt gris représentant une vieille manette de Nes marchant avec un déambulateur.
- Vous allez regarder quoi ? demanda-t-il tout en s'agenouillant pour lacer ses chaussures.
Anna haussa les épaules et regarda Elsa, qui s'arrêta d'avancer, le plateau dans les mains et la bouche entrouverte.
- Heu... on n'a pas encore choisi, répondit Elsa d'un ton incertain.
- Tu as déjà vu Princess Bride, Anna ?
- Non, répondit l'adolescente après un instant de réflexion.
- Et voilà, le choix est fait ! s'exclama-t-il. Remerciez-moi, je viens de vous faire gagner une demie heure de votre soirée ! Allez je file, amusez-vous bien !
Là dessus, il jeta son manteau sur son épaule, attrapa ses clés et quitta l'appartement.
- Et, heu, ça te va à toi ? demanda Anna.
- Oui. Il a raison, ça manque à ta culture, répondit Elsa avec un petit sourire. Tu vas aimer, je pense.
- Cool !
La lycéenne se jeta sur le canapé et attrapa un coussin qu'elle serra entre ses bras. Elsa posa le plateau sur la table basse et sortit le DVD de son boîtier et l'inséra dans son ordinateur. L'enseignante s'assit à côté d'elle et l'embrassa sur la joue, et Anna enfouit son visage dans son bol de chocolat pour cacher le fard de ses joues.
- Je m'appelle Inigo Montoya, tu as tué mon père, prépare-toi à mourir.
- Quoi ? s'exclama Anna. Ca vient de là cette réplique ? Je ne savais pas du tout !
Anna était tellement absorbée par le film qu'elle ne remarqua pas qu'Elsa la regardait beaucoup plus souvent que l'écran.
Elle regardait la façon dont Anna plissait les yeux lorsqu'elle souriait, ses taches de rousseur qui semblaient danser sur ses pommettes à chaque éclat de rire. Elle admirait ses yeux, dont la couleur oscillait quelque part entre le vert et le bleu, comme une eau lagunaire. Elle ne pouvait pas détacher ses yeux de son visage. Son cœur changeait de rythme à chaque fois qu'elle se retrouvait à fixer ses lèvres, roses et fines. Quand Anna éclatait de rire, soit à peu près toutes les trois minutes, elle mourrait d'envie de les embrasser. Et ses cheveux...
Ils étaient tressés, bien sûr. Elle ne les avait vus lâchés qu'une seule fois, le jour de leur premier rendez-vous. Ah oui, et la fois où elles avaient dormi ensemble. Le souvenir de cette crinière sauvage la fit sourire. Seigneur, ce n'était que dimanche dernier, mais elle avait l'impression que c'était il y a des mois. Elle prenait bien garde de ne pas dire à Anna à quel point elle avait envie de renouveler l'expérience, car elle était certaine que l'adolescente téméraire n'hésiterait pas trente-six fois avant de faire à nouveau le mur.
Elsa n'écoutait plus le film, qu'elle connaissait par cœur de toute façons. Westley et Buttercup avaient laissé la place à d'autres voix dans sa tête, tandis qu'elle rêvait toute éveillée.
Un autre éclat de rire la ramena à la réalité, et après avoir cligné deux ou trois fois des yeux, elle vit que la petite rousse la regardait en souriant. Pouvait-on à ce point avoir l'air aussi belle, et aussi heureuse ? Pas étonnant qu'elle en soit tombée amoureuse.
Lorsque Westley et Buttercup purent enfin vivre heureux pour toujours, et que le générique commença à défiler, Anna se leva du canapé, tirant à nouveau Elsa de ses pensées. Pourquoi partait-elle ? Où comptait-elle aller ? Mais l'adolescente n'alla pas bien loin. A peine debout, elle se pencha vers Elsa et grimpa sur le canapé, grimpa sur elle. Oh mince, elle a l'intention de faire quoi, là ?
Elsa était partagée entre l'excitation et l'appréhension. Anna avait désormais ses genoux de part et d'autre d'elle, et ses mains s'appuyaient sur ses cuisses. Les siennes étaient posées à plat sur le canapé, et elle faisait appel à toute sa concentration pour les maintenir immobiles. Sa lycéenne portait une chemise, et n'avait pas l'air d'avoir grand chose en dessous. Les boutons l'attiraient. Elle s'imagina les défaire un à un, puis jeter cette chemise quelque part, n'importe où tant qu'elle ne l'empêchait pas d'admirer ce qu'elle avait sous les yeux. Si elle s'écoutait...
- Tu m'écoutes, Elsa ?
Depuis quand Anna parlait-elle ? N'était-elle pas venue sur ses genoux juste pour l'embrasser ? Elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'elle avait pu lui dire.
- Hmmm ? se contenta-t-elle de répondre, espérant qu'Anna la penserait à moitié endormie.
- Oh, peu importe.
- Tu as aimé le film ? demanda Elsa.
- J'ai déjà répondu à cette question ! Tu le saurais si tu m'écoutais ! dit Anna en plaisantant. Ah ces profs, jamais attentifs ! Je suis sûre qu'en conseil de classe, vous devez être tout le temps en train de bavarder. J'imagine bien Dr Clayton et Papy Kai vous rappeler à l'ordre !
Papy Kai... Mon dieu... J'aurais aimé ne jamais avoir entendu ça.
- Oups ! s'exclama Anna avec un grand sourire devant l'expression choquée d'Elsa. Ne dis pas aux autres profs que tous les élèves appellent les proviseurs comme ça !
- Je n'ai absolument rien entendu, dit Elsa avec le même sourire amusé. Tu as raison, les profs ne sont pas très disciplinés en réunion. A part Duke, mais c'est parce qu'il veut toujours se faire bien voir.
- Duke ?
- Weselton.
- Oh. Et le prénom du prof de SVT, c'est quoi ? C'est pour Tiana, précisa-t-elle quoi qu'un peu inutilement.
- Je ne suis pas sûre de vouloir répondre...
- Allez ! Tu sais bien que je ne dirai à personne que c'est toi qui me l'a dit !
- Non ! s'exclama l'enseignante d'un ton taquin.
Anna étira ses lèvres en un sourire rusé tandis que ses yeux pétillaient de malice, et Elsa comprit qu'elle avait l'intention d'obtenir cette information par tous les moyens. Profitant de sa position à califourchon sur elle, Anna embrassa non pas ses lèvres, mais sa nuque, et remonta mi-embrassant, mi-mordillant toute la ligne de sa mâchoire jusqu'à son oreille. Les sens d'Elsa étaient en ébullition. Après une petite caresse de sa langue, Anna prit son lobe entre ses lèvres et l'aspira doucement. L'enseignante avait complètement oublié la question, comment pouvait-elle encore ne serait-ce que penser ?
Anna continuait de la tourmenter, et Elsa sentait qu'elle n'allait bientôt plus pouvoir se retenir.
Se retenir de gémir, se retenir de la toucher, se retenir de la reverser sur le canapé et de s'allonger sur elle. Déjà, ses mains reprenaient leur indépendance. Cette chemise était trop attirante. Quelles taches de rousseurs cachaient-elle, et où ?
Ses mains se posèrent sur sa taille, et Anna ne fit qu'intensifier davantage son exploration des zones sensibles d'Elsa. Son cœur avait dû s'arrêter de battre, car elle ne le sentait plus. Elle n'avait plus conscience que de deux parties de son corps : là où Anna l'embrassait, et ses mains qui, après avoir glissé un instant sur son ventre, remontaient maintenant vers sa gorge. Cette chemise était de trop. Elle la haïssait autant qu'elle l'adorait. Ce tissu n'avait rien à faire là, il n'avait pas la douceur de son corps.
Anna gémit près de son oreille quand elle effleura enfin sa poitrine à travers le vêtement.
Dieu que c'est bon...
Le générique défilait toujours sur l'écran, petites lettres brillantes sur fond noir, et lorsqu'il laissa place aux lumières vivaces et à la musique entêtante du menu du DVD, cela fit pour Elsa l'effet d'une torche braquée par un policier en plein visage. Son cœur changea de course, et ses mains se mirent à trembler.
Elle était allée trop loin, beaucoup trop loin et, seigneur, Anna ne semblait pas vouloir s'arrêter.
- MILO !
Le mot jaillit de sa bouche avec toute la force qu'elle put rassembler, s'y raccrochant comme à une ligne de vie.
Anna releva finalement son visage.
- Quoi ?
- Milo, haleta Elsa. Le prof de SVT. Il s'appelle Milo.
- Ah. Oh...
Le souffle toujours précipité, Elsa se redressa sur le canapé, obligeant la petite rousse à quitter ses genoux, et se leva pour éteindre son ordinateur, le projecteur et les enceintes. Il ne fallait pas qu'elle revienne s'asseoir, pas tout de suite, pas avant qu'elles n'aient repris toutes les deux leurs esprits.
Elles finirent par penser à manger, au bout d'un moment.
Anna, surexcitée comme toujours, retourna tous les placards pour trouver de quoi faire des crêpes Anna Style. C'était un intermédiaire entre les crêpes et les pancakes, expliqua-t-elle à Elsa, avec tous les ingrédients salés fourrés dans la pâte avant la cuisson.
Quand elles retournèrent sur le canapé, avec leurs assiettes remplies, il était 21h passées. Elsa savait qu'Anna devait être rentrée chez elle à 23h, et qu'elle accordait beaucoup d'importance au respect de cette règle fixée par ses parents. Alors, elle était rassurée. Il ne leur restait plus assez de temps pour laisser les choses déraper une fois de plus.
Tandis que la petite rousse, confortablement installée dans ses bras, bavardait tout en finissant sa dernière crêpe, Elsa repensait aux mots d'Olaf, quelques jours plus tôt. Et elle parvint à la conclusion qu'elle devait laisser les choses se dérouler sans essayer impérativement de les arrêter.
Sérieusement, la prochaine fois, il n'y aurait peut-être pas de téléphone qui sonne, d'Olaf qui rentre, de DVD qui reboote pour leur faire reprendre leurs esprits.
Oh seigneur.
Sa joue lui faisait mal. Ca faisait cinq jours maintenant, mais elle continuait à brûler, et son œil enflé était toujours sensible. C'était encore pire quand il pleurait. Un jour, cette connasse de rouquine n'aurait que ce qu'elle mérite, avec son arc débile et ses cheveux minables et moches qui auraient fait passer une meule de foin pour la dernière coupe à la mode.
Hans avait passé une sale journée. Ses frères se moquaient encore de son œil au beurre noir, il avait eu une note catastrophique en maths, et son père l'avait sévèrement engueulé au téléphone en apprenant la retenue que lui avait collé Winter. Il n'avait pas vraiment très envie de rentrer à la maison.
Les maths. Encore une chose qui lui faisait penser à Anna... Au lieu de lui, c'était cette espèce de garçon manqué de Mérida qui était à sa place à coté d'elle, et qui bénéficiait de son aide précieuse. Et qui copiait sur elle, c'était certain, même si cette idiote de prof faisait semblant de ne rien remarquer. Anna était sa chouchoute, évidemment. Il n'avait jamais pu blairer Winter. C'était en partie sa faute, si Anna l'avait quittée. Si elle n'était pas intervenue, peut-être aurait-il su trouver les mots pour s'excuser et montrer à Anna qu'il était désolé.
Penser à Anna lui faisait mal, presque autant que la douleur sur son visage. Cela faisait se bousculer beaucoup trop d'émotions dans sa tête. Il lui en voulait de l'avoir quitté. Oh bien sûr, il l'avait mérité, au début. Il avait joué au con, il s'en était bien vite rendu compte, et qu'est-ce qu'il s'en était voulu ! Mais les ados passent leur temps à se séparer puis ressortir ensemble, alors il avait attendu qu'Anna revienne sur sa décision. Et il avait attendu pour rien.
Ca l'avait rendu triste de voir qu'elle se satisfaisait bien de leur rupture. Cette insensible de Mérida rigolerait bien si elle savait qu'il avait pleuré plus d'une fois, tant le chagrin lui rongeait le ventre. Tout ça pour finalement entendre Anna lui dire qu'en fait c'était pas la peine d'insister, qu'elle avait changé d'avis, qu'elle n'était plus amoureuse. Qu'elle ne l'avait finalement pas aimée tant que ça.
Putain, la vérité avait été douloureuse à avaler.
Mais voilà, c'est la vie, peut-être qu'elle n'était pas faite pour lui, tout simplement.
Puis elle l'avait embrassée.
Il était ivre en arrivant à la fête, mais lorsqu'elle l'avait serré dans ses bras pour l'embrasser, toutes les vapeurs d'alcools qui l'embrumaient s'étaient évaporées instantanément. Peut-être qu'elle l'aimait, en fin de compte. Avait-elle seulement idée de l'état d'allégresse dans lequel il s'était trouvé, ces quelques jours de janvier ? Pouvait-elle ne serait-ce qu'imaginer la joie qui coulait dans ses veines ? Il voyait déjà leurs nouveaux rendez-vous, les après-midis qu'ils passeraient ensemble, et tous les efforts qu'il avait l'intention de faire pour lui plaire, pour être parfait à ses yeux.
Et tout ce bonheur pour quoi ? Pour qu'Anna lui dise qu'elle n'en avait rien à faire de lui, qu'elle avait été trop bourrée pour réfléchir, qu'elle s'était juste amusée avec lui qui lui était tombé sous la main ? Mais n'importe quel mec qui aurait fait ça à n'importe quelle fille aurait été étiqueté « connard » jusqu'au restant de ses jours !
A partir de cet instant, ses sentiments commencèrent à changer. Elle lui avait fait du mal, et il lui en voulait. Cette histoire de fille qu'elle embrassait avait été le coup de tronçonneuse dans la plaie. Maintenant, elle sortait avec une meuf ?
Etait-il choqué, dégoûté ? Non. Deux filles ou deux mecs ensemble, ça ne le dérangeait pas. Il s'était toujours dit que chacun a le droit de tomber amoureux, ou de coucher, avec qui il veut. Mais là, c'était d'Anna dont on parlait. Son Anna !
Son Anna, qui finalement préférait les filles !
Et il avait été quoi, pour elle, alors ? Juste une source d'entraînement, un amusement ? N'avait-il été qu'un crash-test ? Il ne pouvait pas supporter ça. Putain, elle n'avait pas le droit de lui piétiner une fois de plus le cœur !
Il passa devant la statue de Jeanne d'Arc, et attendit au feu rouge. Ah, si cette nana sur son canasson pouvait parler ! Il savait qu'Anna lui racontait sa vie, elle le lui avait dit, une fois, à l'époque où il croyait encore qu'elle était amoureuse. Qu'est-ce que Jeanne pourrait lui révéler ? Est-ce qu'elle savait ce qu'Anna pensait de lui ? Est-ce qu'elle savait qui c'était, cette meuf à la casquette qu'Anna avait embrassée ?
- Eh mais...
Avait-il rêvé, ou bien Anna venait de lui passer juste devant le nez ?
Il tourna la tête presque assez vite pour se briser la nuque. Le scooter arrêté au stop tout au bout de la rue était bien son vespa vert et blanc, avec sa selle en cuir brune. Et c'était sans aucun doute ses deux tresses qui dépassaient du casque vert clair.
Il n'aurait pas dû faire ça, ça ne servait strictement à rien, mais il mit son clignotant, et tourna à sa suite. A sa grande surprise, elle n'alla pas bien loin. Deux ou trois minutes après le début de sa filature improvisée, elle se garait sur le petit parking d'un immeuble de quatre ou cinq étages. De loin, il la vit ôter son casque et s'avancer vers une porte, sonner, puis entrer. Qu'allait-elle donc faire là ?
Tout en se sentant un peu stupide, il se gara également et s'approcha de la porte. Il n'y avait qu'une dizaine de noms, sous l'interphone. Allait-elle chez quelqu'un qu'il connaissait ? Ce n'était définitivement pas la maison de Mérida...
- Martin, Bulda, Houmane, murmura-t-il en faisant glisser son doigt sur les étiquettes. Guyen, Winter...
Il eut soudain l'impression d'un coup reçu en pleine tête. Il se retourna brusquement vers son scooter, garé juste à-côté d'une voiture bleue très familière, qu'il n'avait pourtant pas remarqué quelques minutes plus tôt.
- Winter ? La prof de maths ?
Il leva la tête vers l'immeuble. Dans un de ces appartements, il y avait Anna. Et avec elle, il y avait Winter.
- NON...
Vous pensiez vraiment que ça allait s'arrêter là ?
*érige un mur pour se protéger de la pluie de menaces à venir*
A mercredi prochain pour découvrir ce que Hans a l'intention de faire de ce scoop, qui va sans nul doute chambouler toute la monotonie du lycée.
Ankou
