Chapitre 29 : Attaque surprise
Midnight avait d'abord été tentée de refuser les dires de Shoto, mais elle avait bien rapidement réalisé qu'il s'agissait, sans doute, de la solution la plus raisonnable. La sécurité des élèves était son objectif, et il fallait les faire évacuer du bus.
Shoto, après avoir fait signe à Luna de rejoindre les autres, indiqua d'un simple hochement de la tête à Elays que tout allait bien se passer. Il s'approcha de la sortie du bus, profitant du court laps de temps que la jeune fille leur offrait, en maintenant l'homme.
Midnight sortit la première, alors que le bus s'arrêtait au milieu du chemin pentu de la montagne, avant d'indiquer que l'homme semblait être seul.
Tout se passa tellement vite qu'Elays sentit sa tête tourner. La situation était à la fois improbable, et pourtant rien ne l'étonnait, tout semblait si humain. Tout le monde autour d'elle courrait, se précipitait, paniquait. Ils se destinaient à devenir des héros, et pourtant un simple homme transperçant leur bus à l'aide d'une simple lame réussissait à ébranler leur motivation.
C'était tout le temps la même chose. Dès que quelqu'un sentait sa vie menacée, les valeurs s'envolaient aussitôt. Tout se bousculait, dans l'esprit d'Elays, des douloureuses images du passé tourbillonnaient à lui en brûler le crâne ; cette foule fuyante, ses appels au secours à l'image de sa mère prête à accueillir la mort... Tout, dans l'instant présent, ne lui rappelait que les souvenirs qu'elle avait tenté d'oublier.
— Elays, tu tiens le coup ? lança Shoto en voyant son corps s'affaisser de plus en plus, alors que son regard semblait vide de toute vivacité.
Elle ne répondit pas, tandis que l'homme pouvait profiter de sa brusque faiblesse d'esprit pour se mouvoir, avec une lenteur bien qu'extrême.
Merde !
Sans un mot, il s'engouffra brusquement à l'extérieur à la suite de Midnight, pour monter sur le bus et profiter de la mobilité restreinte de leur adversaire pour le geler. La glace vint entourer l'intégralité de ses jambes, pour s'assurer qu'il était incapable de faire le moindre geste. Shoto aurait dû se sentir soulagé à cette vision, pourtant le visage crispé de l'homme face à lui, appuyé par ses deux billes noires haineuses, lui firent froid dans le dos, alors même qu'il était en position de force.
De son côté, Nemuri se chargea de faire évacuer les élèves ainsi que le chauffeur du bus en profitant de l'immobilité de l'inconnu. L'idée de laisser deux lycéens face à lui ne l'enchantait guère, mais la situation ne lui permettait pas de se torturer à essayer de réfléchir à autre chose. La sécurité des élèves était le plus important, d'autant plus que Shoto était là.
— Écoutez, déclara-t-elle, attirant l'attention de chacun des secondes, qui gardaient pourtant leurs yeux rivés sur le bus. Le bâtiment que vous voyez là-bas, perdu au milieu de la forêt, est l'endroit où nous nous rendons !
Dix-neuf paires d'iris fixèrent la direction qu'elle indiquait, avant de se voiler, reflet de l'effroi qui les traversait tous à l'idée de ce qu'elle s'apprêtait à leur expliquer.
— On allait bientôt arriver, comme vous pouvez le voir. Donc vous allez passer par la forêt en descendant la falaise !
— Pardon ?! s'élevèrent plusieurs voix à l'unisson.
— C'est pas le moment d'être indignés ! L'année dernière, les élèves ont rejoint le camp en passant par la forêt, et en partant de bien plus loin, seulement en guise d'entraînement. Je vais rester avec Todoroki et Aisu, donc vous serez en sécurité en vous éloignant et en rejoignant le camp !
L'héroïne, habituellement extravertie et déjantée, ne leur avait jamais semblé aussi sérieuse. Les traits de son visage si délicat étaient tirés par une sérieuse inquiétude, ce qui était peu habituel.
— On veut rester ici pour vous aider ! lança Luna
— Hors de question, vous n'en êtes pas autorisés et je vous l'interdis. Vous n'avez pas votre permis provisoire, donc vous allez m'écouter !
— Mais pourtant, Aisu...
— Elle sera réprimandée pour avoir agi de la sorte et avoir engagé le combat sans permis. Todoroki l'a obtenu l'année dernière, ce qui lui offre, comme vous le savez, le droit de se défendre à l'aide de son alter sans enfreindre la loi.
Alors que les première année s'apprêtaient à continuer ce débat, pourtant perdu d'avance, l'enseignante les coupa d'un brusque signe de la main.
— Todoroki ! Tu peux les faire descendre ? demanda-t-elle en indiquant du doigt la falaise.
Le garçon considéra un instant la question et, après s'être assuré que leur adversaire était bien incapable de bouger, étendit sa glace en leur direction pour créer un immense chemin – en réalité plus ressemblant à un toboggan –, que les lycéens empruntèrent contre leur gré.
Je comprends pas, il est en train de briser notre étreinte, constata Shoto, le front plissé, en reportant son attention sur l'homme face à lui.
En effet, son bras gauche commençait à bouger malgré la glace qui l'entourait, comme s'il était prêt à la briser. Il n'avait toujours pas prononcé le moindre mot, mais son regard dur en disait long sur ses envies.
— Qu'est-ce que tu cherches ? s'enquit Shoto, d'une voix aussi froide que son alter.
— Elays Aisu, répondit-il simplement, après d'interminables secondes d'attente.
Elays, qui luttait de toutes ses forces pour maintenir son étau sur l'ombre de l'homme, sentit son cœur rater un battement à ces mots. À l'image de sa courte faiblesse d'esprit, son alter perdit de son ampleur une fraction de seconde et, à sa grande surprise, l'homme bougea la main pour l'enfoncer davantage, comme totalement libéré de l'emprise qu'elle avait sur lui.
Son sang ne fit qu'un tour et, sans même qu'elle n'eut le temps de réfléchir à quoi que ce soit, la jeune fille posa brutalement une main sur l'avant-bras de leur ennemi, pour activer son alter. Au fur et à mesure qu'une marque noire se dessinait sur son poignet, à côté de son tatouage originel, une douleur lancinante s'emparait d'elle, la consumait à petit feu, lui lacérait les membres un par un. Comme si son âme se faisait engloutir par les ténèbres, elle sentait chaque parcelle de son être se briser.
Dans un geste désespéré, elle laissa même échapper un cri de supplice.
Jamais elle n'avait ressenti une telle atrocité, parmi toutes ces fois où elle avait eu l'occasion de s'emparer d'un alter. Comme si son corps rejetait entièrement cette source de pouvoir, il lui criait à l'aide, la suppliait d'arrêter et de s'en débarrasser.
Un alter de décuplement..., réalisa-t-elle en fermant les yeux, se laissant un instant consumer par sa puissance. C'est pour ça qu'il était si fort, et qu'il s'est défait de notre emprise.
— Elays ! hurla Shoto, paniqué après l'avoir entendue crier.
— Qu'est-ce que..., balbutia l'homme face à lui en voyant qu'il n'était plus capable de briser ce qui restait de glace autour de son corps. Mes forces...
— Bordel, Elays, t'as pas fait ce que je pense ! s'indigna le garçon, bien qu'il connaissait la réponse.
Alors qu'ils se croyaient tirés d'affaires, tandis que Midnight venait de monter à son tour sur le bus, un autre homme les rejoignit. Bien plus massif, bien plus dur, un sourire sadique dessiné sur le visage.
— T'as l'air en galère Ryosei, je viens t'aider, indiqua-t-il à son coéquipier en donnant un violent coup de pied dans la glace pour l'en libérer. Elle est où, la gamine ?
— Reo ! Cette petite garce est dans le bus, je sais pas ce qu'elle m'a fait !
Sans un mot, l'homme qui venait d'arriver s'engouffra au travers d'une des fenêtres dudit bus, la brisant sur son passage. Elays, qui s'était ressaisie et avait commencé à courir pour sortir par la porte avant, sursauta en entendant le verre tomber en morceaux.
— C'est toi, Elays Aisu ? demanda Reo en arquant un sourcil, ses yeux sombres rivés sur la jeune fille. Je te voyais pas vraiment comme ça.
Son ton calme fit froid dans le dos de l'adolescente, qui se contenta de plisser le front pour toute réponse.
— Fais pas cette tête, on n'a pas l'intention de te blesser. Kayn a juste besoin de toi, donc tu vas gentiment venir avec nous.
— Pas question, rétorqua-t-elle en sortant prestement du bus pour rejoindre Shoto et Midnight sur le toit.
Ils se retournèrent brusquement tous les deux, ne faisant plus attention à l'homme qui, bien que dépourvu de son alter, fonçait sur eux.
— Ela-, commença Shoto, avant d'être coupé par un violent coup de poing qui l'envoya voler sur Elays.
La jeune fille n'eut même pas le temps de le voir arriver sur elle qu'il l'emporta dans sa chute, manquant de les faire tous deux tomber du bus. Tout se passait si vite qu'Elays ne parvenait pas assembler dans son esprit l'ensemble de ses propres actions, de tout ce qui tournoyait devant sa rétine. La scène était surréaliste.
— Ça va ? s'enquit Shoto en l'attrapant, pour l'aider à se relever.
Elle se contenta de hocher la tête, avant de reporter son attention sur leurs deux adversaires. Bien que dépourvu de son alter, le premier homme était armé de la lame avec laquelle il avait transpercé le toit et semblait également apte à se battre à mains nues, en cas de besoin, tandis qu'ils ignoraient tout de son coéquipier. À son avantage.
— Rejoignez les autres, tous les deux, lança Midnight sans tourner la tête vers eux, en arrachant le tissu de sa tenue de héros moulante, au niveau de son bras. Je m'occupe d'eux.
— Oh non, rétorqua leur Reo. La gamine reste ici.
Shoto, par réflexe, étendit un bras devant Elays, comme si cela pouvait suffire à la protéger. Jamais la jeune fille n'avait vu son regard si déterminé, si dur, à tel point qu'elle se sentit soudain bien plus intimidée par lui que par leurs deux assaillants. Son impassibilité avait disparu, laissant place à de la haine, du dégoût, de la rancœur.
L'homme à l'alter inconnu, face à eux, esquissa un sourire en évitant le nuage de fumée rose, supposé l'endormir, qui se dégageait de l'enseignante, puis fut rejoint par son coéquipier qui s'attaqua directement à elle de sa lame. Les coups fusaient, les forçant bientôt tous à reculer pour se retrouver sur la route, devant le bus. En voyant leur professeur en difficulté, sans le moindre répit pour utiliser son alter entre deux coups qu'elle devait esquiver, Elays serra les dents et observa intensément les deux tatouages qui ornaient désormais son poignet.
La douleur provoquée par le pouvoir de décuplement était bien loin de s'être atténuée, et était telle qu'à tenir debout, elle sentait ses jambes flageoler sous son corps, comme incapables de porter le poids de ce dernier. Cette sensation ressemblait fortement à celle qu'elle avait ressentie, avec l'alter de régénération dont elle s'était emparée, au début de l'année ; et la peur de finir dans le même état la submergeait.
Il lui fallait se débarrasser au plus vite de cet alter. Mais pour cela, ils devaient les mettre hors d'état de nuire.
Ses sens en alerte, la lycéenne sentait toutefois son esprit divaguer. L'instinct de survie prenait le dessus, comme si elle peinait à garder sa conscience intacte, à continuer d'analyser avec calme la situation.
— Désolée, Shoto, souffla-t-elle en posant doucement une main sur celle du garçon, toujours étendue devant elle, à la surprise de ce dernier.
Comme si c'était la seule solution qui s'offrait à elle, elle laissa son corps absorber l'alter de Shoto. Juste un peu, elle n'en avait pas besoin de plus.
Un troisième tatouage vint orner son poignet, bien plus fin que les deux autres. Elays dut fermer les yeux et resserrer son étreinte sur la main du garçon, enfonçant presque ses ongles dans sa peau, dans l'espoir que cela lui suffirait à lutter contre cette souffrance pure qui s'insinuait en elle. Shoto serra les dents, essayant d'ignorer la douleur que provoquaient en lui les ongles de la jeune fille, surtout au vu de la crispation qu'il lisait sur son visage.
Elays avait beau s'être rendu compte que l'alter de Shoto ne la consumait pas, au vu des nombreuses fois où elle s'était entraînée avec lui, ce fut pourtant pour son corps la goutte de trop, et elle savait qu'il ne pourrait plus lutter éternellement contre celui qu'elle avait pris à leur adversaire. Son être tout entier semblait se faire transpercer de part et d'autre, comme si d'innombrables lames venaient de pénétrer sa peau, comme si quelqu'un était en train de lui arracher chacun de ses membres.
C'en était trop.
Hello~
Elays commence un peu à perdre les pédales... va-t-elle le regretter ? c:
En tout cas, j'espère que ce chapitre vous a plu, car il m'a donné par mal de fil à retordre, et le suivant a été encore pire :')
