Scott battit des cils, ébloui par la lumière. Claudia était toujours à côté de lui, sa main serrant celle de l'adolescent. Etait-ce pour le rassurer ou pour éviter qu'il ne s'échappe ? Le garçon n'en avait aucune idée alors il se dégagea doucement. Il plissa les yeux pour tenter de voir ce qu'il y avait devant lui.

Un grand soleil régnait dans un ciel d'un bleu pur. Scott reconnut le parc de Beacon Hills. Un groupe d'adolescents était assis dans l'herbe et discutait joyeusement. Claudia entraîna Scott vers les jeunes. Deux d'entre eux, une fille et un garçon, rappelaient vaguement quelque chose au lycéen, comme s'il les avait déjà rencontrés quelque part.

La fille avait de longs cheveux noirs qui cascadaient dans son dos en de longues boucles brillantes. Ses yeux bleu clair pétillaient de malice et son sourire était éclatant tandis qu'un mélange de douceur et de sauvagerie se dégageait d'elle. Le garçon qui était à côté d'elle lui ressemblait, mis à part que ses cheveux étaient beaucoup plus courts et se dressaient en pics sur sa tête. Ils échangèrent un regard complice avant de tourner la tête dans un parfait accord vers l'entrée du parc.

Un homme d'une trentaine d'années, la mâchoire légèrement de travers, la peau dorée, les yeux marron, s'approchait. Les deux adolescents se levèrent pour se précipiter vers lui. La fille fut la première arrivée et se jeta contre l'homme. Scott fronça les sourcils en réalisant que la personne qui serrait la brune dans ses bras, c'était lui, plus vieux de quinze ans. Perplexe, il se mordit la lèvre, réalisant qui étaient les deux jeunes qui entouraient son lui plus âgé.

— Oui, ce sont Emily et Aidan dans quelques années, confirma Claudia d'une voix basse.

— Et c'est moi ? murmura l'adolescent. Ca veut dire que je vais vivre ?

— Non. Ce que tu vois, c'est un des possibles futurs si tu choisis d'y retourner, expliqua la mère de Stiles.

— Un des possibles futurs ? répéta Scott.

Claudia ferma les yeux un instant et soudain, le décor changea. Ils étaient toujours à Beacon Hills, mais cette-fois, ils étaient en centre ville. Le Scott plus vieux de quinze ans marchait sur un trottoir et croisa la même bande de jeunes que quelques instants plus tôt, dans le parc. Le Scott adolescent reconnut aussitôt Aidan et Emily. La jeune fille ressemblait à sa mère, même si elle avait les yeux de Peter. Quant à Aidan, c'était le portrait craché de son père, bien qu'il y ait quelque chose d'apaisant dans son regard, une lueur qui n'existait pas chez le loup garou mais plutôt chez Melissa.

Scott s'attendait à ce que les adolescents saluent son double plus âgé, mais le groupe poursuivit sa route sans s'arrêter, les jumeaux ne lui jetant pas un seul regard et continuant de plaisanter avec leurs amis. L'homme jeta un regard par-dessus son épaule, les yeux brillants de tristesse, mais continua de marcher.

— Que … Mais … Pourquoi je … ? balbutia le garçon, surpris.

— Dans ce futur, tu es revenu à la vie, annonça Claudia. Mais pour une raison qu'il n'est pas nécessaire d'évoquer, tu ne parles plus à ta mère ni à Peter. Donc les jumeaux ne te connaissent pas.

— Comment ça, il n'est pas nécessaire d'évoquer la raison pour laquelle je ne parle plus à ma mère et à Peter ? s'énerva Scott.

— En quoi cela pourrait-il t'intéresser ? répondit la mère de Stiles. Je croyais que de toute façon, tu voulais mourir.

L'adolescent resta bouche bée et un petit sourire étira tristement le visage de la femme.

— Je ne suis pas là pour te dire ce qu'il faut faire ou pas. Le futur dépend des décisions que toi et d'autres personnes prendront. Et je ne t'ai montré que deux possibilités alors qu'il y en a une multitude : des avenirs où tu t'entendras plus ou moins bien avec les jumeaux, d'autres où ils ne te connaîtront pas parce que tu seras mort ou que tu ne parleras plus avec tes parents …

— C'est triste … Et vous croyez que ça va me donner envie de vivre ? ironisa Scott.

— J'aimerais que tu retournes sur terre parce que ça briserai le cœur de mon fils de te perdre, annonça Claudia. Mais je ne suis pas là pour te pousser à vivre. Je suis là pour te guider et te donner toutes les informations nécessaires pour que tu choisisses la solution qui te paraît la meilleure.

L'adolescent baissa les yeux. La mère de Stiles lui prit la main.

— Viens. Je ne t'ai pas encore tout montrer.

# #

Derek était assis dans un 4x4, à côté de Joackim et juste derrière Joy. Le véhicule se dirigeait vers le laboratoire de James. Il y en avait trois autres qui prenaient la même direction, dans le but de défaire une bonne fois pour toutes le complice de Keyra.

On avait expliqué le plan d'attaque en détail à l'alpha et on lui avait fait comprendre que s'il ne suivait pas à la lettre les ordres qu'on lui avait donnés, il pourrait faire tomber la mission à l'eau. Le loup garou s'était retenu de faire la moindre réflexion, se concentrant sur ce qu'il devrait faire. Il n'aimait pas l'idée de devoir coopérer avec des Protecteurs. Et encore moins avec Joackim.

Mais pour protéger Stiles et venger Scott, Derek était prêt à tout. Peut-être que son bêta ne se réveillerait jamais – et l'alpha priait de toutes ses forces pour qu'il ouvre bientôt les yeux – mais le loup garou ne voulait pas laisser une chance à James de s'en sortir. Et s'il avait une chance de tuer le complice de Keyra, il ne se gênerait pas pour le faire, même si on lui avait interdit de lui ôter la vie.

Le jeune homme se fichait pas mal de savoir que les Protecteurs comptaient garder James en vie pour l'interroger et le juger avant de le mettre en prison pour ses crimes. Pour lui, il ne méritait que la mort. S'il était mis derrière des barreaux, il trouverait le moyen de s'en sortir. Après tout, Keyra avait réussi à s'évader. Alors pourquoi pas son plus fidèle allié ? Non, la seule solution était définitivement de planter ses griffes dans la peau tendre de la gorge de James et de le tuer. Une bonne fois pour toutes.

C'était donc à sa vengeance que pensait Derek alors que le 4x4 s'approchait du laboratoire de James. Joackim lui donna un coup de coude et lui offrit un des sourires moqueurs dont il avait le secret.

— Tu es bien silencieux depuis le début du trajet. Tu penses à quoi ?

— Je pensais au fait que si je ne te parlais pas, tu n'aurais pas à m'adresser la parole et je n'aurais pas à subir ta voix et les paroles désagréables et énervantes que tu prononcerais.

Le métamorphe retint un rire.

— Quel dommage que tu sois déjà avec quelqu'un et qu'il n'y ait pas moyen de te faire flancher, se lamenta-t-il. Ca aurait été tellement excitant de coucher avec toi !

— Arrête de parler comme ça ou je te jure que je vais te faire passer un sale quart d'heure, menaça l'alpha.

Avant que Joackim ait pu répondre, Joy se retourna pour leur adresser un regard noir.

— Arrêtez de vous disputer ou je vous jure que j'en prends un pour taper sur l'autre. Et je cognerai si fort que vous serez assommé pour une semaine.

La blonde se remit face à la route et Joackim leva les yeux au ciel, amusé. Derek, lui, resta stoïque. Il n'avait pas peur de Joy. Mais il n'avait pas envie de perdre son temps à répondre aux piques du métamorphe. Et il voulait être pleinement concentré sur sa vengeance.

Les contours du laboratoire se dessinaient devant lui. Pour se donner du courage, l'alpha pensa à Stiles. Il inspira profondément. James n'avait qu'à bien se tenir. Le loup garou arrivait.

# #

Aidan glissa le long d'un mur et se fondit dans l'obscurité d'une ruelle tortueuse. Une capuche était rabattue sur sa tête et Scott ne l'aurait sûrement pas reconnu s'il n'était pas déjà au courant qu'il voyait le futur des jumeaux. Son petit frère se faufila dans un garage abandonné après avoir poussé une porte rouillée, vérifiant au préalable que personne ne le suivait.

A l'intérieur, un homme était assis sur un bidon, comptant l'argent présent dans les liasses que contenait la valise posée sur une caisse à côté de lui. Aidan s'approcha de lui, sortit quelques billets de sa poche de blouson et les tendit à l'homme qui lui faisait face. Ils n'échangèrent pas un mot mais après avoir pris les billets, l'inconnu lança un sachet en plastique rempli d'une poudre blanche à l'adolescent, qui s'éloigna rapidement, sans demander son reste. L'homme resta seul pour compter ses billets, sans accorder un regard au garçon qui quittait son repère.

Scott fut incapable de dire quelque chose, trop choqué. Ce fut donc Claudia qui rompit le silence :

— Oui, c'est ce qui pourrait arriver à ton frère si tu ne revenais pas. Il pourrait tomber dans la drogue.

— Et Emily ? demanda faiblement l'adolescent. Elle aussi, elle va se droguer ?

Il avait à peine fini de poser sa question que le décor changeait. Ils étaient à présent dans un bar et une jeune fille en sous-vêtement dansait sur une table, une foule d'adolescents regroupés autour d'elle criant et scandant son nom. Le cœur de Scott se serra en reconnaissant Emily qui se déhanchait au rythme de la musique, sans pudeur, l'air fier de faire ce qu'elle faisait.

— Qu'est-ce qu'il s'est passé pour que les jumeaux deviennent comme ça ? murmura-t-il d'une voix brisée.

— L'influence d'amis, surtout. Et de nombreuses mauvaises décisions que ton frère et ta sœur ont pris.

— Ma mère et Peter ne font rien pour les empêcher de faire ça ?

— Ils ne sont pas au courant de tout ce que leurs enfants font. Et dans ce futur que tu vois, ils ne sont plus ensemble. Ils sont séparés et Peter a quitté Beacon Hills. Melissa a la garde des jumeaux mais ils se sont ligués contre elle, pensant que c'est de sa faute si leur père est parti.

— C'est parce que je n'étais pas là qu'ils en sont arrivés là ?

Claudia hocha lentement la tête.

— En partie. Comme je te l'ai dit, ton frère et ta sœur ont fait de mauvais choix et se sont fait influencés par leurs amis. Si tu avais été là, tu aurais pu les aider à ne pas faire ce genre de bêtises. Mais même si tu décides d'y retourner, il est possible qu'Aidan tombe dans la drogue et qu'Emily se montre en spectacle en petite tenue.

— Et qu'est-ce que je ferais dans ce cas là ? Je les laisserai faire ?

La mère de Stiles resta muette et se contenta de glisser un regard vers la porte du bar. Brusquement, le Scott de trente ans fit irruption dans la pièce, ses yeux brillants d'une lueur dorée. Il s'approcha de la table sur laquelle sa sœur dansait et l'attrapa par le bras pour la faire descendre. L'adolescente tenta de se défaire de son emprise mais le Scott adulte l'entraîna sans lui laisser une chance de se dégager. Un jeune tenta de l'aider mais il fut repoussé violemment par le fils de Melissa.

Ce ne fut que lorsqu'ils furent hors du bar qu'Emily réussit à échapper à l'emprise de son frère aîné. Ses yeux prirent à leur tour une teinte dorée et des crocs apparurent lorsqu'elle étira les lèvres pour découvrir ses dents. Elle grogna mais le Scott adulte gronda plus fort qu'elle, lui faisant comprendre que toute tentative de rébellion était veine. Il n'était pas son alpha mais dans la hiérarchie des loups, il était au-dessus d'elle.

— Dépêche-toi de monter dans la voiture, cracha le trentenaire. On va chercher ton frère et vous rentrez illico à la maison.

— T'es pas mon père ! Je n'ai pas à t'obéir ! s'écria Emily.

Le Scott de trente ans la toisa.

— Estime-toi heureuse que je ne te colle pas la raclée que tu mérites.

— Vas y, ne te prive pas ! Frappe moi, le provoqua sa sœur.

— Sache que je suis à deux doigts de t'en mettre une, lança l'adulte d'une voix tremblante de colère. Mais j'ai l'espoir qu'un jour, toi Aidan vous compreniez que ce que vous faîtes, ce n'est pas bien. Et le plus tôt sera le mieux. J'en ai marre de devoir vous courir après toutes les nuits.

— T'as qu'à pas le faire ! le nargua la jeune fille.

— Je m'en passerai bien, répondit son aîné. Je ne le fais pas pour vous, ni pour moi. Mais je le fais pour maman. Et maintenant, dépêche toi de monter dans ma voiture avant que je ne t'y fasse grimper à coups de pied dans le cul !

La jeune fille s'exécuta, le regard noir, et le Scott adulte s'installa derrière le volant. Sa voiture disparut dans la nuit, laissant Claudia et le Scott adolescent seuls. Au bout d'un long moment, le garçon murmura :

— Ca me donne envie de pleurer …

— C'est très triste, confirma la femme. Mais ce n'est pas le seul avenir possible. Tu n'auras peut-être pas à l'affronter. Tout dépendra des décisions prises au cours de vos vies …

L'adolescent soupira et se mordit la lèvre, se rappelant d'un détail dans ce qu'il venait de voir :

— Comment est-ce possible que je sois encore un loup garou si je choisis de mourir ?

— Peut-être parce que tu en es un ?

Scott secoua la tête.

— C'est impossible. Mon loup est mort. Je le sais.

La mère de Stiles haussa les épaules.

— Il n'y a pas beaucoup de solutions. Soit ton loup n'est pas mort, soit tu as trouvé le moyen de redevenir un loup garou.

L'adolescent resta un instant songeur avant de se passer la main dans les cheveux.

— Je ne comprends pas tout … C'est si complexe …

— Ca te paraît compliqué parce que tu penses qu'il n'y a qu'un seul futur qui t'attend. Et c'est vrai qu'on ne connaît qu'un seul avenir. Mais selon les choix que l'on fait, notre destin s'en trouve modifié. A chaque carrefour que l'on emprunte, on laisse derrière soi des possibles tandis que de nouvelles solutions se créent devant nous.

Claudia inspira profondément avant de reprendre :

— Si tu reviens, dans le meilleur des cas, tout se passera bien. Aidan et Emily seront proches de toi, tu leur serviras de modèle et vous vous entendrez très bien. Si tu décides de partir, dans le pire des cas, ton frère et ta sœur seront privés de ta présence et prendront de mauvaises décisions. Mais c'est très caricatural. Il est tout aussi bien possible que malgré ta mort, les jumeaux s'en sortent dans la vie et ne touchent jamais à la drogue. Et au contraire, même si tu vis, ils pourront prendre de mauvaises décisions. Est-ce que tu comprends mieux ?

Scott fit la moue.

— Je crois. Mais ça ne m'aide pas vraiment. Le futur me semble tellement compliqué. Ca ne me donne pas vraiment envie de me vivre … La mort me semble moins dure à accepter.

— Pourquoi crois-tu que tout le monde ne choisit pas de vivre ? lança la mère de Stiles. Les futurs qu'on aperçoit sont souvent effrayants.

— Et vous, pourquoi vous n'êtes pas revenue ? s'enquit l'adolescent.

Les yeux de Claudia se mirent à briller de tristesse.

— Je n'ai pas le temps de t'expliquer mes choix. Tu dois prendre ta décision dans quelques minutes et il me reste encore quelque chose à te montrer. Si tu n'as plus de questions par rapport à ton frère et à ta sœur, je te propose que nous y allions.

La femme lui tendit la main et Scott jeta un regard derrière lui. Le bar n'était pas encore fermé et il revit sa sœur dansant à moitié nue. Il ne voulait pas de cet avenir là pour elle. Et il voulait encore moins devoir affronter ce genre de futur. Il attrapa la main de Claudia, espérant que cette fois-ci, ce qu'elle lui montrerait serait un peu plus joyeux et beaucoup moins déprimant.

# #

Derek se jeta hors du 4x4 et courut vers le laboratoire, Joackim sur les talons. On lui avait donné une arme, qui était dans un holster accroché autour de sa taille, pour pouvoir se défendre mais l'alpha ne comptait pas s'en servir. C'était un loup garou, il avait des griffes, des crocs, un pouvoir de guérison, des réflexes surdéveloppés et une vitesse hallucinante. Alors il n'avait pas besoin d'un pistolet. La nature l'avait doté de moyen de défense et d'attaque tout aussi efficaces.

Joackim, lui, serrait son fusil contre lui pendant qu'il courrait, prêt à s'en servir. Derek savait que l'adolescent était entraîné pour ce genre de mission mais il ne pouvait s'empêcher de se dire que sa place était d'être au lycée, pas sur un champ de bataille. L'alpha réalisa soudain qu'il n'était pas beaucoup plus vieux que le métamorphe. Ils n'avaient que quelques années d'écart mais même le loup garou était trop jeune pour connaître les horreurs de la guerre.

Pourtant, ils étaient bel et bien mêlés à une bataille où ils risquaient de trouver la mort, de voir des gens se faire blesser ou pire, se faire tuer. Et ils y fonçaient tous les deux à toutes jambes. C'était le prix à payer pour éliminer une menace pour la meute de Derek et pour les autres créatures surnaturelles.

Tout d'un coup, l'alpha espérait que Scott ne se réveillerait pas. Le loup garou ne voulait pas que son bêta ait à affronter ce genre de situations terribles. Finalement, la mort était peut-être la seule échappatoire aux horreurs de la vie. Toute idée de vengeance le quitta et il se sentit soudain très bête de courir dans le but d'aller tuer un homme qui avait blessé des personnes qu'il aimait.

Le cœur tambourinant contre ses côtes, Derek entra dans le laboratoire. Il n'y avait plus moyen de revenir en arrière. L'abandon n'était plus une option.

Il fallait triompher.

Ou tomber au combat.