Merci à tous ceux qui me suivent et qui m'ont laissés des reviews. Je m'excuse pour la longue attente. J'espère que vous aimerez ce chapitre. Cette histoire sera terminée comme il se doit et je n'ai pas l'intention de l'abandonner, donc pas d'inquiétude. La plupart des derniers chapitres sont d'ailleurs écrits, il faut juste que je corrige et modifie certains passages. Il seront publiés dans les prochaines semaines. :)
Réponses aux reviews :
ChloeL : Merci beaucoup ! J'ai arrêté d'écrire pendant quelques mois en effet, mais j'ai repris le fil de l'histoire depuis quelques semaines. Cette fanfic sera terminée d'ici peu. J'ai encore quelques chapitres à publier, qui ne tarderont pas à arriver. Pour les parents d'Elanor, je ne peux rien te certifier pour le moment ;)
Jp : Merci ! :)
Mello12 : Salut ! Je suis désolé si le chapitre t'a un peu déçue. A vrai dire il est assez particulier et j'ai eu un peu de mal à écrire Elanor et Legolas. Ils manquent un peu d'énergie, mais ce ne sera plus le cas dans ce chapitre si ça peux te rassurer. Il y a pas mal d'action et de retournements de situations. Pour Tauriel, ce sera un sujet abordé.
Chapitre 29 : L'ombre de Dol Guldur
L'hiver se rapprochait et les jours qui les séparaient de leur départ aussi. Lorsque le moment vint de quitter Erebor, Legolas demanda à voir Thorin.
L'elfe s'était grandement investit dans la reconstruction de Dale, allant même jusqu'à proposer son aide. Il s'était entretenu longuement avec le roi nain durant les premiers jours, afin d'apporter ses connaissances et de discuter de la situation des hommes. Thorin l'avait écouté, même si sa fierté et son tempérament sanguin l'avait des fois rattrapées.
Mais l'animosité entre elfes et nains avaient peu à peu disparut, laissant place à un respect mutuel. Même si les nains détestaient toujours autant l'idée que Legolas puisse être hébergé dans leur royaume, ils n'exprimaient plus aussi franchement leur mécontentement. Aussi surprenant que cela puisse être, sa présence était désormais tolérée.
C'est donc avec un peu de baume au cœur, qu'Elanor entra dans la grande salle en compagnie de Legolas.
Thorin était assis sur son trône, ses bras larges et puissants posés sur les accoudoirs du fauteuil en marbre. Elanor remarqua que la cavité creusée dans la pierre au-dessus de sa tête, et abritant autrefois l'Arkenstone, était vide.
- Gimli m'a dit que vous souhaitiez partir au lever du soleil dans deux jours, déclara Thorin. J'espère au moins que vous avez apprécié votre séjour ?
Il esquissa un rictus à la fois amusé et moqueur tout en regardant Legolas.
- Nous vous remercions de nous avoir offert couvert et logis, répondit ce dernier en posant une main sur le cœur. J'espère aussi que nous pourrons bâtir de nouvelles bases pour la relation entre nos deux peuples.
Thorin fronça les sourcils.
- Pardonnez-moi prince maître elfe… mais je ne suis pas certain que vous ayez comprit, répondit-il. Je vous ai invité à rester dans mon royaume, mais je ne ferais pas d'autres exceptions pour vos semblables.
Legolas inclina la tête, perplexe.
- Je pensais que votre amitié s'étendait aussi à mon peuple. Je ne suis pas bien différent d'eux.
- Je vous ai accepté dans ma demeure parce que je sais que Gimli vous fait confiance et aussi parce que vous avez choisi l'exil. Mais il n'est pas du tout dans mon intention de nouer un quelconque lien avec Thranduil…
Il termina sa tirade en serrant les poings jusqu'à s'en faire craquer les doigts, le visage rouge. Elanor écarquilla les yeux alors que Legolas pinça les lèvres.
- Voulez-vous que je vous dise la vérité sur votre père, prince Legolas ? continua Thorin. Thranduil n'a rien fait d'autre que de se murer dans ses cavernes pendant que mon peuple mourrait sur les versants de la montagne. Et il a aussi abandonné les hommes de Dale à leur propre mort. Les messagers que nous avons envoyés à ses portes ont été aussitôt refoulés à la lisière de la forêt. Je ne crois pas que je doive quoique ce soit à Thranduil, oh non !
Legolas n'esquissa pas un mouvement, mais intérieurement il était surpris par une telle déclaration.
- Mon père était occupé sur une autre ligne de front tout aussi importante au Sud, tenta-t-il de le défendre. Il a mené une attaque contre Dol Guldur avec le seigneur Celeborn et a détruit le bastion des orques. La moitié des combattants de mon peuple sont morts ! Il ne pouvait pas vous prêter assistance à ce moment-là, c'était impossble !
- Thranduil avait tout à fait l'occasion de nous prêter main forte au Nord, car il n'est parti au Sud qu'une semaines plus tard, après le siège d'Erebor ! Que faisait-il alors pendant ce temps ?
Legolas en resta bouche bée.
- Je suis sûr que s'il en avait eu l'opportunité, mon père serait venu avec une armée.
Thorin s'esclaffa bruyamment.
- Allons donc ! Est-ce que vous connaissez vraiment bien votre père, prince Legolas ? Je crois que non, s'exclama le nain. Thranduil n'aurait pas levé un seul petit doigt pour sauver mon peuple. Il ne l'a jamais fait, même lorsque nous étions au bord de l'extinction.
Thorin prit une longue inspiration.
- Je n'oublierais jamais ce qu'il a fait à mon cousin et à la lignée de Durin ! marmonna-t-il. Les laisser seuls avec femmes et enfants, devant la porte de leur logis, affamés et blessés… sans rien.
Elanor osa à peine jeter un regard à Legolas. Elle n'aimait pas prendre parti, mais elle devait avouer que Thorin n'avait pas tout à fait tort. L'attitude de Thranduil avait été cruelle.
Bilbo lui avait raconté cette histoire lorsque Smaug avait attaqué Erebor. Lui-même avait été déboussolé par l'indifférence du roi elfe face à tant de désespoir. C'est à ce moment de sa vie qu'elle avait compris que les elfes pouvaient aussi avoir de mauvais côtés…
- Je ne nierais pas qu'il a eu tort, rétorqua Legolas, embarrassé. Mais je pense qu'après tous ces siècles, il serait temps d'effacer le passé…
Thorin se redressa sur son trône, incrédule.
- Effacer le passé ?!
Les nains qui se trouvaient dans la salle marmonnèrent entre eux, offensés.
- Dois-je vous rappeler que c'est votre père lui-même qui est à l'origine de notre discorde ? vociféra Thorin.
- D'après ce que j'ai pu comprendre, notre roi vous a payé avec le reste des gemmes blanches que le coffre contenait, répondit calmement Legolas.
- Une somme bien moins conséquente que ce qui avait été convenu, rétorqua Thorin. Il n'a jamais accepté de payer le service que nous lui avons rendu. Ces gemmes nous appartenaient.
Il se tourna vers les nains les plus âgés, qui avaient été présents lors de l'échange et hochèrent la tête avec approbation.
Legolas serra les poings et inspira une grande bouffée d'air. Il commençait à perdre patience.
Elanor enroula ses doigts autour de son poignet, essayant de l'apaiser tant bien que mal. Elle échangea un regard nerveux avec Gimli, qui se tenait à la droite de Legolas et qui observait avec un air inquiet l'échange entre ses deux amis.
Legolas se dégagea soudainement de l'emprise de la main d'Elanor. Surprise, elle leva les yeux vers lui, à la fois blessée et interrogative. Mais ce n'était pas un signe de rejet. Elle le comprit lorsqu'il glissa la main dans sa besace, à la recherche d'un quelconque objet.
Elle se demandait ce qu'il était en train de faire lorsqu'il en ressortir un objet scintillant et familier, qu'il leva en direction de Thorin.
- Peut-être que ce cadeau pourra rétablir un début de paix entre nos deux peuples, déclara Legolas.
Gimli et d'autres nains poussèrent une exclamation, s'extasiant à la vue du bijou. Thorin se redressa vivement de son trône, stupéfait. Elanor ouvrit la bouche.
Puis une pensée traversa son esprit.
- Non… Legolas ? Que fais-tu ? chuchota-t-elle.
Legolas baissa les yeux.
- Ne t'inquiète pas.
Son sourire calme lui fit comprendre que son acte était tout réfléchi. Elanor réalisa que Legolas avait prévu depuis bien longtemps de donner le collier à Thorin. Elle pouvait le lire dans son regard, dans cet air déterminé.
Elle s'était souvent demandé pourquoi Legolas regardait le collier. Pourquoi il avait l'air lui aussi si fasciné. Elanor avait pendant un instant songé qu'il pouvait être maudit. Que la malédiction de Smaug avait peut-être imprégné le bijou… et que c''était ce qui était à l'origine des maux de Thranduil. A présent elle savait que Legolas souhaitait s'en débarrasser.
Cela voulait-il dire qu'il avait lui aussi des doutes ? La dernière fois, il lui avait dit dans les cryptes qu'il ne pensait pas que les gemmes étaient corrompues. Mais si c'était le cas… ?
- Des gemmes de Lasgalen ! s'exclama le roi nain. Ou diable avez-vous eu ça ?!
Une vague de murmures excités parcourut les rangs des nains qui étaient rassemblés autour du trône. Nori s'avança pour mieux examiner ce que tenait Legolas dans sa main.
- Je reconnais ce collier, il est à Bilbo ! s'exclama-t-il soudainement.
- Quoi ? s'exclama Thorin.
- Ce collier appartient à ma famille, rétorqua Legolas. Mon père me l'a légué.
- Mensonge ! Il n'est pas à vous, vous l'avez volé ! rétorqua Gloin.
- Oui ! Bilbo a pris ces gemmes comme sa treizième part du trésor, ajouta Nori. Je m'en souviens très bien, j'étais présent ce jour-là.
Les nains se tournèrent vers leur voisin, se mettant à jacasser avec animation.
- Pourquoi est-il en votre possession ? demanda Thorin, soudainement redevenu méfiant et hostile.
- Le semi-homme l'a offert à mon père, juste avant de quitter ses terres, répondit Legolas. Il savait que notre roi désirait ces pierres. Nous les avons obtenues en toute légalité.
- Tout cela ressemble à un mensonge, grommela Gloin. M'est d'avis que l'elfe a dépouillé le hobbit.
Legolas fusilla le nain du regard. Thorin se frotta la barbe, pensif.
- Qui me dit que vous dites la vérité ? interrogea-t-il.
- Ma parole n'est donc pas suffisante ? s'énerva Legolas.
- Legolas n'a aucune raison de mentir, s'exclama Gimli. Ce n'est pas un voleur, Thorin.
Thorin se rassit au fond de son trône. Les nains échangèrent des regards hésitants, alors que Gloin croisait les bras sur sa poitrine, mécontent.
- Je connais Bilbo. Il m'a raconté qu'il avait donné ces gemmes à Thranduil. Legolas dit vrai, intervint soudainement Elanor.
Elle se sentit soudain très embarrassée d'avoir parlé à voix haute et se sentit encore plus mal à l'aise lorsque tous les regards se tournèrent vers elle. Le silence qui suivit fut encore plus intimidant. Elanor sentit ses joues se mettre à rougir furieusement tandis que tous les nains l'étudiaient dubitativement.
- Pardonnez-moi très chère, mais étant donné que le prince Legolas est votre fiancé, je ne suis pas sûr que nous puissions prendre en compte votre parole, déclara Thorin.
Elanor avait toujours la main posée sur le bras de Legolas. Elle sentit l'elfe se raidir d'un coup, et la dispute fut évitée de peu grâce à l'intervention fortuite d'une autre personne.
- Pardonnez-moi, mais je ne pense pas que dame Elanor mente, dit Bofur. Ca ne m'étonnerais pas que Bilbo l'ai donné à Thranduil. En fait ça lui ressemble assez bien !
Les autres lui lancèrent des regards éberlués et circonspects. Bofur haussa les épaules.
- Les hobbits sont étranges. Ils n'aiment pas les pierres précieuses. En tout cas pas Bilbo. Il a toujours préféré l'herbe à pipe et son canapé rouge au coin du feu de sa cheminée. Sans oublier le contenu de son garde-manger. Et son argenterie, aussi. Je crois qu'il y était très attaché. Et-
Thorin agita la main pour le faire taire.
- Ca va, ça va… on a compris Bofur.
- Il aurait donc cédé un objet d'aussi grande valeur… volontairement ? questionna Thorin, peu convaincu.
Bofur haussa les épaules encore une fois.
- Je ne suis même pas certain que Bilbo ait eut une idée de la valeur réelle de ce collier. Thorin lui avait offert une cotte de mailles en Mithril, et il ne semblait pas savoir ce que c'était.
Des exclamations retentirent parmi les nains.
- Mais pourquoi diantre Bilbo aurait-il donné ce collier à Thranduil ? Après toutes les misères qu'il nous a fait subir, grogna Gloin.
- Peut-être qu'il essayait de se faire pardonner ? suggéra Elanor.
Tous les regards se tournèrent en sa direction.
- Bilbo m'a raconté qu'il avait passé des jours entiers à piller dans le garde-manger de Thranduil. Et qu'il avait libéré votre compagnie sous le nez des elfes sans se faire remarquer.
Certains nains se mirent à sourire d'un air carnassier. Legolas se tourna vers elle avec une expression éberluée.
- Oh. Tu ne savais pas ? s'étonna-t-elle.
- Non ! répondit l'elfe.
Thorin les coupa dans leur échange.
- Hum… ça pourrait être vrai. Mais je vais envoyer une missive à Fondcombe, annonça Thorin. Seul Bilbo pourra nous donner une réponse. Si sa version est la même que la vôtre, alors je ne vois aucune objection à refuser ce cadeau.
Thorin leva la main en l'air avec autorité, voyant certains nains commencer à ouvrir la bouche pour protester véhément contre sa décision.
- Vous avez raison sur un point, seigneur Legolas. Nous entrons dans un nouvel âge et avec lui viendront certainement d'autres ennemis qu'il nous faudra affronter. Je ne peux pas vous promettre qu'une nouvelle alliance se formera entre nos deux peuples. Cela dépendra de ce que Thranduil fera, dit-il avec une grimace de dégoût. Mais il est clair que vous avez toute ma reconnaissance et mon amitié à ce jour. Votre offre est appréciée et je vais la prendre en considération. Toutefois, laissez à-moi et à mon peuple le temps à la réflexion.
Legolas inclina la tête et posa la main sur son cœur.
- Bien entendu.
L'ombre d'un sourire apparut aux coins des lèvres de Thorin.
- Puisses Aüle vous accompagner sur votre route, dit le roi nain.
- Je suis certaine que nous nous reverrons Gimli.
Les yeux embués de larmes, Elanor avait l'impression qu'elle voyait pourtant le nain pour la dernière fois de sa vie. Ce dernier n'en menait pas large non plus. Il renifla bruyamment, luttant pour ne pas pleurer devant elle.
- Rappelez à Legolas de ne pas partir à l'aventure sans moi, marmonna-t-il. Je ne voudrais pas qu'il s'attire des ennuis !
Elanor éclat de rire.
- Vous pouvez compter sur moi.
Elle hésita, puis dans un élan spontané enlaça le nain. Surpris, Gimli sursauta. Elanor posa son menton sur son épaule, et le nain se détendit.
Lorsqu'elle se détacha de lui, il arborait une jolie teinte rouge.
- Prenez soin de vous, murmura-t-elle.
Gimli acquiesça et se racla la gorge.
Elanor rejoignit Legolas qui attendait quelques mètres plus loin.
- Ne festoyez pas trop mon ami, ou je crains qu'il ne faille me trouver un cheval plus grand pour vous porter la prochaine fois, lança-t-il à l'adresse du nain sur un ton taquin.
Gimli laissa échapper une exclamation dédaigneuse, à mi-chemin entre le courroux et l'amusement.
- Tachez de ne pas trébucher en chemin. Je n'aimerais pas envoyer une milice pour vous rechercher dans cette maudite forêt.
Legolas se mit à rire.
- Au revoir Gimli !
Le nain leur adressa un dernier signe de main, et leurs chevaux partirent au galop, loin d'Erebor.
Il fut un moment où Elanor se demanda s'il valait mieux continuer, ou faire demi-tour.
Thranduil.
Thranduil allait les tuer lorsqu'il apprendrait ce que Legolas avait fait du collier de sa mère.
Un frisson la parcourut.
Tout à coup, Elanor n'avait plus la moindre envie de retourner au royaume sylvestre. Il était évident que la réaction du roi elfe allait être violente. Et probablement qu'il allait lui en vouloir à elle aussi.
Allait-il jusqu'à l'accuser d'avoir influencé Legolas… ? Elanor n'était sûre de rien. Mais elle était convaincue que Thranduil en était capable. Il ne l'aimait pas. C'était déjà suffisant.
Il leur fallut plusieurs jours pour atteindre la lisière de la Forêt Noire. A ce moment-là, Legolas se tourna vers elle, hésitant.
- Tu n'es pas obligée de me suivre. Si tu le souhaites, je peux te raccompagner chez toi ou à un autre endroit. Tu pourras y rester, ça ne me prendra pas beaucoup de temps, proposa-t-il.
Elanor fut tenté d'accepter.
Mais cela voulait dire qu'ils seraient à nouveau séparés et que Legolas devrait revenir s'il voulait y aller seul. Le seul endroit où elle pouvait aller était Fondcombe, ou la Lothlorien à la rigueur… mais Galadriel accepterait-elle de l'héberger ? Et d'ailleurs, les elfes étaient-ils encore dans la forêt ? Celeborn et sa compagne avaient exprimés leur intention de partir. Peut-être n'étaient-ils déjà plus là.
Elanor fixa les bois sombres qui se trouvaient droit devant elle. Ce sentiment étrange qui ne l'avait pas quitté depuis des mois revint, et avec lui, l'image d'une ombre qui planait sur la forêt et ses habitants. Dont Thranduil.
Quelque chose clochait ici. Il fallait qu'elle découvre ce que c'était.
- Non, je te suis, répondit Elanor.
Legolas acquiesça, bien qu'une lueur d'inquiétude était dans son regard.
- Je vais parler avec mon père. Il ne te dérangera plus. Et nous partirons dès que tu en auras envie. Je n'ai plus besoin de rester ici maintenant.
Elanor acquiesça, touchée par son dévouement. Elle avait néanmoins la sensation que les efforts de Legolas seraient vains. Thranduil était le roi et elle serait dans son royaume. Il ne se priverait pas de lui parler s'il en avait envie, même si son fils le lui interdisait. Ils se remirent en marche et s'enfoncèrent dans la forêt sombre.
Elanor eut soudain envie de parler de la sensation étrange qu'elle ressentait au sujet du roi elfe. Mais lorsqu'elle ouvrit la bouche pour lui parler, Legolas tourna vivement la tête sur le côté opposé.
-Qu'y a-t-il ?
- Nous ne sommes pas seuls, répondit-il.
Ses yeux bleus examinèrent les fourrés avec calme et concentration, scrutant le moindre mouvement. Elanor regarda dans la même direction que lui, mais ne vit rien à travers les arbres. L'expression de Legolas, qui devint de plus en plus tendue et nerveuse, la fit soudain paniquer.
- Des orques ! s'exclama t-il.
Le cœur d'Elanor rata presque un battement et sa main agrippa par réflexe la garde de son épée.
- Ils approchent ! Une trentaine ! Ils vont bientôt nous voir, nous n'avons plus le temps de fuir.
Legolas attrapa son arc qui était accroché dans son dos.
- Prépares-toi Elanor !
La jeune femme s'empressa de tirer son épée, et c'est à ce moment-là qu'elle entendit les premiers glapissements des orques au fin fond de la forêt. Legolas avait raison. Ils approchaient vite. Le bruit de leurs pieds martelant les feuilles mortes et les branches cassées sur le sol s'accentuait considérablement. Elanor avait l'impression qu'ils étaient au moins cent.
Un étrange flash-back la fit revenir à un autre moment de sa vie passée, dans la forêt bordant Ouestefel. C'était là qu'elle s'était fait attaquée et enlevée, il y a presque deux ans maintenant. La forêt était tout aussi sombre, et la même peur courrait dans ses veines, faisant palpiter son cœur et bouillir son sang.
Elanor agrippa les rênes de son cheval d'une main, de toutes ses forces. Legolas décocha une flèche. Un orque qui venait de débouler de derrière un arbre fut propulsé en arrière et s'effondra, la fléché planté entre les deux yeux. Deux autres suivirent et connurent le même destin.
Elanor entendit un autre craquement derrière elle et se retourna, tout juste à temps pour voir un orque fondre sur elle et son cheval.
Elle leva son épée et donna un coup par pur reflexe, qui décapita le monstre. Son cheval fit une embardée sur le côté et Elanor le talonna pour qu'il se mette à courir vers le nouveau groupe d'orques qui était apparu.
- Elanor !
Le cri de Legolas l'avertissait d'un danger imminent. Elanor se baissa tout juste à temps pour éviter une dague acérée, lancée par l'un de leurs ennemis, qui se trouvait une dizaine de mètres plus loin. Elanor sentit une douleur vive lui traverser la joue. Legolas fondit sur l'orque et le décapita d'un coup de dague précis et rageur.
Elanor continua de foncer vers les orques, ayant soudainement le vertige et sentant le sang dégouliner sur son menton. Son bras se leva automatiquement pour assener des coups mortels à ses ennemis qui se trouvaient sur son passage. Plusieurs orques moururent sous ses coups d'épée. Mais plus les secondes passaient, et plus Elanor avait l'impression que le nombre augmentait.
Etaient-ils vraiment une trentaine ? Il semblait y en avoir plus que cela. Legolas s'était-il trompé ?
C'était rare que l'elfe se trompe. Ou bien était-ce elle qui avait cette impression…
Elanor sentit soudainement quelque chose lui agripper le mollet. Elle poussa un cri de surprise lorsque l'orque qui venait de l'attraper la tira vers le bas, et la déséquilibra de sa selle. Elanor ne parvint pas à se retenir. Elle lâcha son épée dans sa chute et se réceptionna lourdement sur le dos.
Le choc lui coupa le souffle.
Un ricanement s'éleva au-dessus d'elle. Elle leva les yeux et vit avec horreur que l'orque la regardait avec un air moqueur, sa dague difforme et sale dans la main. Une lueur joueuse et lubrique dans son regard la fit soudainement paniquer de terreur, et Elanor tâtonna le sol à la recherche de son épée. Mais elle ne la trouva pas.
L'orque gris ricana de plus belle et se pencha sur elle, levant son arme pour la frapper.
Elanor ferma instinctivement les yeux, s'attendant à recevoir le coup fatal qui allait mettre définitivement fin à sa courte vie. Mais un claquement sec retentit. Elle fronça les sourcils, puis entendit un gargouillement étrangement rauque s'échapper au-dessus d'elle. Elanor rouvrit les yeux, étonnée et les écarquilla encore plus quand elle vit que l'orque avait une flèche fichée dans la gorge, et qu'il s'étranglait dans son propre sang. Il vacilla dangereusement et avant qu'elle n'ait eu le temps de réagir, lui tomba dessus.
Le corps lourd et bardé de fer la percuta violemment. Un morceau de métal de son plastron lui rentra dans les côtes si douloureusement qu'elle poussa une exclamation. Une odeur putride et immonde lui monta aussitôt au nez. Dégouté, Elanor repoussa l'orque aussi vite que possible avec ses mains et ses pieds.
Elle se redressa, haletante, et eut tout juste le temps de voir le visage de Legolas traversé par la peur juste en face d'elle, avant qu'il se ne détourne pour parer un adversaire.
Elanor chercha son épée et l'aperçu quelques mètres plus loin sur le sol. Elle se releva sur ses jambes et s'y précipita. Sa main s'enroula autour de la garde au moment même où un nouvel orque arriva derrière elle. Entendant ses pieds marteler le sol, elle fit volte-face et donna un large coup d'épée qui le décapita sur l'instant.
A ce moment précis, un autre claquement sec retentit juste devant elle et un autre orque fut tué par une flèche. Elanor se retourna et s'attendit à voir Legolas apparaître dans son champ de vision, mais ce n'était pas lui.
Deren, le capitaine de la garde de Thranduil se trouvait là, accompagné d'un groupe d'elfes aux cheveux bruns.
Il lui jeta un regard alarmé juste avant d'encocher une nouvelle flèche et de viser un autre orque. Elanor en profita pour reprendre ses repères et évaluer la situation.
Legolas était beaucoup plus loin, près du tronc d'un arbre gigantesque et se battant contre deux adversaires. Les orques étaient toujours aussi nombreux, mais avec les nouveaux renforts, il n'y avait pas de doute qu'ils allaient gagner. Sachant cela, Elanor reprit espoir. Elle serra la main autour de la garde de son épée et se jeta dans la mêlée.
Elle tua deux orques avant d'apercevoir que Deren était aux prises avec un adversaire à moins d'un mètre d'elle. Il avait délaissé son arc pour se battre avec une courte dague qu'il maniait avec agilité et rapidité. Mais ce qui attira l'attention d'Elanor, c'était l'orque qui était en train de se faufiler vers lui pour le poignarder.
Elanor évalua rapidement les distances. Deren n'aurait pas le temps de tuer l'orque, car deux autres se dirigeaient déjà vers lui. L'orque lui tournait le dos et était proche d'elle.
Ses jambes se mirent aussitôt en mouvement et elle se mit à courir dans leur direction. Elle les atteignit en quelques enjambées et brandit son épée. Sans hésiter, elle plongea sa lame dans le dos de l'orque, qui n'eut pas l'occasion de comprendre ce qui lui arrivait.
Deren fit volte-face et écarquilla des yeux étonnés en voyant Elanor derrière lui, ainsi que l'orque qui avait le bras levé pour le poignarder. La jeune femme avait une expression féroce sur le visage qui le déstabilisa encore plus davantage.
Mais ils n'eurent pas le temps de prolonger leur échange. Chacun d'entre eux se retrouva face à un nouvel adversaire. Deren se retourna à nouveau pour parer l'attaque d'un orque au même moment où Elanor en vit un autre arriver foncer dans sa direction.
Elle recula d'un bond et évita de peu la dague qui essaya de lui lacérer le ventre. Cet orque-là était un peu plus grand que les autres et il avait une crête noire sur la tête impressionnante. Elanor para ses attaques avec plus de difficulté, et ne parvint pas à trouver une ouverture dans sa défense.
Elle fit un pas en arrière et brandit son épée dans sa direction, visant ses jambes. Cette fois elle réussit son coup et parvint à l'atteindre. L'orque poussa un grognement et Elanor leva à nouveau son épée dans l'espoir de l'achever. Mais l'orque avait prévu ce qu'elle allait faire et il ne lui laissa pas le temps d'achever son mouvement.
Elanor qu'elle avait fait une erreur quand le poing de l'orque entra en collision avec sa mâchoire.
Elle poussa un cri en tombant sur le dos. Le tintement clair de son épée Niphredil résonna quand elle percuta le sol à côté d'elle.
C'était la deuxième fois qu'elle se faisait désarmer. Elle était devenue lente… il y a quelques mois plus tôt, cela ne serait jamais arrivé. Une botte de cuir noir se posa brutalement sur son épée, la bloquant. L'orque l'empêchait à présent de se défendre. Il allait la tuer.
Mais son plan ne se passa pas vraiment comme prévu. Elanor le regarda avec des yeux ronds lorsqu'il retira son pied précipitamment, de la fumée blanche consumant sa semelle encrassée.
- Shatraug ! hurla-t-il.
La lame elfique de son épée était en train de le brûler. L'orque recula en glapissant de douleur et Elanor profita de ce court répit pour se relever.
Elle prit son arme en main en remerciant Melian d'avoir insufflée sa magie dans son épée et se prépara à l'attaque.
L'orque se remit rapidement de ses blessures et revint à la charge, bien que boitant et affaibli. Mais Elanor l'attendait cette fois. Elle para ses coups de dague et après quelques parades, finit par le transpercer au ventre. L'orque lui agrippa la gorge et tenta de l'étrangler juste avant sa mort, mais la pression de ses doigts se relâchèrent sur elle presque immédiatement.
Elanor toussa et tenta de reprendre une respiration régulière. Les combats prirent fin à ce moment et les derniers orques se mirent à détaler face aux elfes, qui avaient pris le dessus. Elanor resta plantée sur place lorsqu'ils furent partis, la respiration encore haletante.
Legolas la rejoignit immédiatement et la prit par les épaules.
- Tu vas bien ? demanda-t-il, inquiet.
- Oui.
Il l'étudia un moment, prenant en considération ses vêtements et son visage recouvert de sang noir et de terre, puis esquissa un sourire tout en fronçant le nez.
- Tu as une allure épouvantable, se moqua-t-il.
Elanor fit la moue et tenta de le repousser, encore sous le coup de l'émotion de son dernier combat. Legolas se mit à rire et remit gentiment quelques mèches de ses cheveux en place.
- Tu arrives au bon moment mon ami ! s'exclama-t-il à l'adresse de Deren.
- Nous vous attendions hîr nin, répondit Deren. La demoiselle va-t-elle bien ?
- Oui, ça va, répondit Elanor en se retournant vers lui.
Elle lui adressa un sourire et l'elfe le lui retourna.
- Que font ces orques ici ? demanda Legolas. Je croyais que vous aviez nettoyé la forêt.
Deren échangea un regard avec les autres gardes elfes, et parut embarrassé.
- Nous ne nous sommes occupés de cette partie de la forêt.
- Pourquoi ? l'interrogea Legolas.
- Par ordre de votre père, répondit-il.
Elanor leva le menton pour regarder Legolas. Ses yeux lançaient des éclairs. Même lorsqu'il était en colère il était rarement aussi expressif.
Deren parut un peu déstabilisé lui aussi et attendit la réponse de son prince avec anxiété.
- Je vais avoir besoin de lui parler dès notre retour, dit Legolas.
- Le roi Thranduil vous attend. Nous allons vous escorter jusqu'aux cavernes, déclara Deren.
- Je ne m'attendais pas à ce que vous reveniez avant la nouvelle année, confessa Thranduil. Les nains auraient-ils manqué d'hospitalité ?
Sa remarque railleuse fut accompagnée d'un léger sourire.
- Au contraire, ils nous ont très bien accueillis, rétorqua Legolas.
Le rictus condescendant sur le visage du roi elfe disparut. Thranduil, qui était assis sur son trône, vêtu d'une tunique argentée et d'une cape pourpre satinée, fronça les sourcils.
- Voilà qui est inattendu… je ne pensais pas que l'héritier de Dain Ironfoot serait capable de se montrer courtois vis-à-vis de mon héritier. Je n'ai pas le souvenir que son père avait de très bonnes manières, susurra-t-il. Sa grossièreté est tout ce dont j'ai pu retenir de lui.
Même après toutes ces décennies Thranduil n'avait pas oublié la mauvaise expérience d'avoir rencontré Dain Ironfoot au pied d'Erebor. Elanor avait entendu dire qu'ils ne s'appréciaient pas beaucoup. Bilbo avait été clair sur ce sujet.
Mais elle songea que Thranduil exagérait en accusant le fils d'être le portrait craché de son père. Thorin avait certes un caractère bien trempé, mais il n'avait jamais été insultant vis-à-vis d'eux durant leur séjour. Les nains s'étaient montrés exceptionnellement accueillants, surtout en ce qui concernait Legolas.
Même si Gimli avait plaidé en sa faveur, Thorin avait laissé un elfe rester dans son royaume plusieurs mois et lui avait même permit de visiter la salle aux trésors. A l'évidence, c'était Thranduil aujourd'hui qui prouvait son intolérance.
Cette déduction sembla aussi traverser l'esprit de Legolas, qui ne parvint pas à contenir son mécontentement dans l'expression de son visage.
- Pourquoi n'avez-vous pas ordonné à la garde de nettoyer la forêt ? demanda-t-il, en changeant complètement de sujet.
- Cela a été fait, répondit Thranduil.
- Pas assez bien, à ce qui semble. Vu que les orques parcourent encore librement nos terres.
Son père balaya sa réflexion d'un geste de la main.
- Ce n'était qu'une bande isolée. Dans quelques mois, ils n'existeront plus Legolas.
- Deren m'a dit que les orques se multiplient et qu'ils continuent de parcourir librement certaines régions. Le seigneur Celeborn a nettoyé le Sud, mais qu'en est-il du Nord ? répondit Legolas.
Un silence pesant s'en suivit. Thranduil tourna le regard vers son capitaine de la garde et ce dernier baissa la tête, honteux.
- Elanor et moi avons été attaqués sur le chemin de retour. Nous serions morts, si Deren n'était pas arrivé.
Cette dernière déclaration sembla profondément troubler Thranduil. Son regard bleu resta braqué sur Legolas, comme s'il pensait à quelque chose, mais son expression resta indéchiffrable.
- Nous devons les chasser d'ici définitivement, reprit Legolas. Ou bien Dol Guldur renaîtra de ses cendres.
- C'est impossible. Dol Guldur a été détruite, tout comme Sauron, répliqua Thranduil. Nous ne sommes plus menacés.
- Dans ce cas, pourquoi notre peuple se terre-t-il toujours dans ces cavernes ? Pourquoi restez-vous ici ? s'exclama Legolas.
Thranduil parut prit au dépourvu par la question de son fils, mais il cacha vite ses émotions derrière un masque d'indifférence.
- Nous avons toujours vécus ainsi, et toi le premier, rétorqua-t-il.
- Et je le regrette aujourd'hui.
Thranduil regarda Legolas avec un air stupéfait.
- La forêt ne sera pas libérée du mal tant que tous les orques et les araignées ne seront pas détruit, reprit Legolas.
Thranduil ne répondit rien. Agacé par sa passivité, son fils serra les poings, essayant de contenir sa colère.
- Si vous ne faîtes rien, c'est moi qui vais m'en charger.
- Fais donc Legolas. Si cela peut apaiser ta conscience, répondit Thranduil.
Legolas inclina la tête et fit-volte-face, mettant fin à leur discussion. Elanor et les autres elfes lui emboitèrent aussitôt le pas, laissant Thranduil seul avec ses gardes.
- Je vais partir demain matin avec Deren et le reste des gardes. Nous allons essayer de trouver les derniers orques.
- Je vais rester ici, répondit Elanor.
Legolas posa la main sur son épaule.
- En es-tu sûre ? demanda-t-il.
- Oui. Je ne me sens pas très en forme depuis quelques temps. Je ne vais que vous ralentir.
Elanor grimaça, songeant à son dernier combat contre des orques. Elle avait été désarmée deux fois en l'espace de quelques minutes. Si elle s'était trouvé aux portes noires, elle serait morte pratiquement tout de suite.
Ses forces diminuaient, elle le sentait. Et elle savait que Legolas aussi.
Il prit son visage entre ses mains et lui embrassa le front. Elanor ferma les yeux, puis se laissa aller contre lui.
- Je n'aime pas te laisser seule ici, murmura-t-il.
Pas avec Thranduil, continua Elanor.
- Je vais lui parler avant de partir. Je vais lui dire pour les gemmes de Lasgalen.
Elanor mit quelques secondes à enregistrer ce qu'il venait de dire, puis se décolla de lui.
- Non, tu ne peux pas le lui dire maintenant.
Legolas la regarda avec un air surpris.
- Si ton père apprend ce que tu as fait du collier de ta mère, il va devenir fou. Il vaut mieux attendre que tu aies fini ta mission.
- Oui, tu as raison, acquiesça Legolas.
Il se pencha et embrassa ses lèvres.
- J'essayerais de faire au plus vite.
- Vous ne devriez pas être dehors, dame Elanor.
La voix de Deren qui s'éleva derrière elle la sortit de sa torpeur. Elanor était assise sur un tas de feuilles mortes et avait la tête posée contre le tronc d'un arbre. Elle s'était emmitouflée dans deux capes légères, confectionnées par les elfes. Bien que la température soit fraiche et le temps hivernal, Elanor se sentait bien au chaud.
Elle ouvrit les yeux, surprise de voir l'elfe.
- Je vous croyais partie avec Legolas ce matin, dit-elle remarquer.
Deren secoua la tête.
- Il est parti avec un autre groupe. Le mien partira cet après-midi pour prendre la relève, répondit-il. Vous devriez rentrer, il serait mal aisé que vous attrapiez froid.
Le fait qu'elle puisse tomber malade semblait l'inquiéter plus qu'elle ne l'était. Elanor réalisa que les elfes ne savaient pas vraiment quelles étaient les limites physiques des hommes, puisqu'eux même avaient une grande résistance à la température.
- Oui, vous avez raison. Mais…
Elle leva la tête en sentant quelque chose de froid lui tomber sur le front, et vit que quelques flocons blancs commençaient à tomber. Elanor éternua. Deren écarquilla les yeux.
Elle se leva et posa une main sur l'arbre contre lequel elle s'était reposée.
- Les arbres… je ne les entends plus, murmura-t-elle.
Deren écarquilla encore plus les yeux, surpris qu'elle soit capable de sentir les choses, exactement comme les elfes le pouvaient.
- Ils ne parlent plus depuis très longtemps ma dame, répondit-il.
- Les avez-vous déjà entendus ? questionna Elanor, curieuse.
L'elfe secoua la tête négativement.
- Ils se sont tût depuis bien avant ma naissance.
- Lorsque Dol Guldur est apparu ? interrogea Elanor.
Deren acquiesça.
- Oui. A ce qu'on m'a dit. C'est aussi à cette époque que la reine est morte et que le prince Legolas a failli être tué.
Cette fois, ce fût Elanor qui le regarda avec des yeux écarquillés.
Deren réalisa qu'il avait fait une erreur et se détourna.
- Je suis désolé, je n'aurais pas dû vous parler de ça.
- Pourquoi ? demanda-t-elle, surprise.
- Le roi nous l'a interdit.
Elanor l'observa silencieusement, tout en se remémorant les souvenirs qu'elle avait entendu à propos de la mère de Legolas. Ce dernier ne s'était jamais étendu sur le sujet et elle savait que c'était une bande d'orques qui l'avait tuée.
Mais que Legolas ait faillit mourir à la même période… était-ce une coïncidence ? Surement pas, pensa Elanor. Les deux évènements devaient être liés.
Il ne lui fallut que quelques secondes pour comprendre ce qui avait pu se passer. Si Legolas avait été là à la mort de sa mère et s'il avait été le seul à survivre… pas étonnant qu'il n'en parle jamais. Quant à l'attitude de Thranduil, elle était aussi aisément compréhensible.
- Il était là, n'est-ce pas ? Legolas ?
Deren se retourna.
- Il était avec la reine le jour où elle est morte ?
L'elfe hésita.
- Le prince ne vous a rien dit ?
Elanor secoua la tête négativement. Une lueur de compassion traversa le regard de Deren et cela confirma les soupçons qu'elle avait formée dans son esprit.
Deren n'eut pas besoin d'ajouter quoique ce soit. Et il ne confirma pas ses propos, ne trahissant ainsi pas la volonté de son roi.
- Venez, je vais vous raccompagner à l'intérieur.
Elanor lui emboita le pas et ils passèrent les grandes portes bleues des cavernes. La température à l'intérieur était un peu plus chaude, mais il n'y avait en vérité pas grande différence. Elle remarqua alors que Deren la conduisait sur un autre chemin, et qu'ils ne se dirigeaient pas du tout vers ses quartiers.
- Où m'emmenez-vous ?
Deren tourna la tête pour croiser son regard.
- Au roi. Il a demandé à vous voir.
Lorsqu'il la vit entrer, Thranduil posa son verre de vin et se dirigea aussitôt vers elle.
- Merci Deren, tu peux disposer.
Le capitaine de la garde inclina la tête, mais sembla peu enclin à laisser Elanor toute seule avec son roi. Thranduil lui adressa un regard transperçant qui finit par le faire obtempérer.
Lorsque Deren disparut par l'escalier qu'ils venaient tout juste de descendre, Elanor se sentit soudain mal à l'aise.
Thranduil s'éloigna et attrapa un rouleau de parchemin posé sur une table basse, puis revint et le lui tendit avec une expression dure.
- Comme mon fils ne se trouve pas ici en ce moment, j'aurais aimé que vous m'apporteriez des précisions sur ceci.
Un mauvais pressentiment monta en elle. La gorge nouée, Elanor déroula le morceau de papier d'une main tremblante.
Elle parcourut la lettre des yeux. Les mots qui y étaient inscrits avait une forme qu'elle n'avait encore jamais vu. Cela ressemblait davantage à des signes qu'à des phrases complètes.
Elle n'avait aucune idée de quoi cela parlait.
En vérité, elle savait à peine lire. Elrond lui avait appris quelques rudiments à Fondcombe, tout comme Bilbo l'avait aidé à lire avec son livre rouge. Toutefois, elle était loin d'être une grande lectrice, pour le moment.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle.
- Du khuzdul, répondit Thranduil. Du nanien.
La langue des nains.
Elanor n'osa pas lever les yeux pour le regarder. Elle savait ce qu'il y avait dans ce parchemin. Et elle savait quelle expression elle allait lire dans son regard si elle levait les yeux.
Trahison. Colère. Haine. Rancœur. Elle n'avait pas besoin d'entendre ce que la lettre contenait. Elle se doutait déjà de quoi elle parlait : l'alliance que Legolas avait proposée aux nains, en échange des gemmes de Lasgalen, sans aucun doute.
Elanor avait convaincue Legolas de retarder le moment de cette confession. Peut-être aurait-elle dû s'abstenir. Il semblait qu'elle allait amèrement le regretter.
Elanor leva les yeux. Thranduil la dévisageait avec froideur. Son expression était exactement telle qu'elle se l'imaginait.
- Avez-vous un quelconque lien avec ceci ? lui demanda-t-il, glacial.
Elanor ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit.
- Répondez !
- Non.
Le murmure qui lui échappa était davantage un couinement, à sa plus grande honte. Thranduil lui arracha le papier des mains.
- Une alliance avec les nains ! Mais à quoi pense donc Legolas ? Cherche-t-il à vous plaire en faisant ça ?
- Non ! protesta cette fois Elanor, avec véhémence.
Thranduil ne parut pas convaincu et la regarda de haut.
- Je ne laisserais pas ce Thorin mettre encore une fois la main sur ces gemmes. Ils sont à moi, et je n'ai pas donné mon autorisation pour passer cet accord !
- Mais Legolas est votre fils ! protesta Elanor.
- Et je suis le roi ! rétorqua Thranduil.
Il s'approcha d'elle et reprit d'une voix plus calme.
- Lorsque Legolas reviendra, vous quitterez ce royaume. Je ne veux plus vous revoir ici.
La stupéfaction traversa Elanor, à un tel point qu'elle en resta bouche bée pendant plusieurs secondes.
- Mais-
- C'est vous et son ami nain qui avez influencé mon fils ! Je veux que vous disparaissiez de sa vie.
Elanor fronça les sourcils, et bien que son cœur battait la chamade, elle rétorqua avec force.
- Je ne le quitterais pas ! Et je n'ai rien à voir avec ça, ni Gimli, c'est Legolas qui a pris cette décision tout seul !
Thranduil la considéra longuement.
- Admettons que vous dîtes vrai… je veux bien vous accorder le bénéfice du doute. Mais je ne vous croirais que lorsque Legolas sera de retour pour confirmer votre version.
Elanor avala sa salive, luttant contre elle-même pour ne pas s'emporter et traiter le roi elfe de tous les noms. Cela… elle ne devait absolument l'éviter si elle voulait rester en vie ou ne pas avoir à dormir dans les cachots.
Thranduil esquissa un rictus, amusé par sa réaction.
- Je comprends pourquoi Legolas vous apprécie. Il a toujours eu un faible pour les caractères forts. Et Deren m'a dit que vous vous battez plutôt bien avec une épée.
Thranduil se rapprocha et l'observa avec attention.
- Et vous n'êtes pas si désagréable à regarder…
Il tourna autour d'elle, l'inspectant. Puis il lui agrippa le menton, examinant son visage avec une délicatesse surprenante. Elanor esquissa un mouvement de recul, mais les doigts de l'elfe la retenaient dans un étau et il lui fut impossible de s'écarter.
- Vous êtes jolie et vous avez un visage jeune… pour l'instant.
Ses yeux bleus, identiques à ceux de Legolas, la scrutaient intensément. Elanor sentit son cœur rater un battement, comme à chaque fois qu'elle regardait dans ces pupilles.
Mais l'inquiétude et quelque chose d'autre commença doucement à l'envahir. Elle pouvait sentir son souffle sur son visage, qui n'était qu'à quelques centimètres. Malgré tous ses efforts, elle n'arrivait à pas détacher son regard de lui. Il était sans conteste un bel homme et sa beauté était presque hypnotisante. Les sensations qui s'insinuèrent en elle la firent aussitôt culpabiliser, et pour s'en échapper, Elanor ferma les yeux.
Thranduil continuait toujours de la regarder fixement, et un petit sourire s'était entre-temps esquissé sur ses lèvres.
- Je m'en doutais.
Il la relâcha brusquement.
Sa faiblesse avait été exposée au grand jour. Et il l'avait vu.
Dépitée et honteuse, Elanor rouvrit les yeux, mais prit soin de regarder le sol à ses pieds.
- Les hommes… votre cœur est si corruptible, dit Thranduil.
Il s'éloigna d'elle et se servit très calmement un verre de vin.
- Je n'ai pas l'intention de trahir Legolas, si c'est ce que vous cherchez à savoir, déclara Elanor.
- Dois-je vous croire ?
Thranduil s'écarta d'elle.
- Vous venez tout juste de me prouver le contraire.
Elanor cligna des yeux.
- Mais je crois que vous vous fourvoyez… mon fils vous a-t-il dit qu'il a aimé une autre elfe par le passé ?
Thranduil se retourna pour la regarder et Elanor eut l'impression qu'on venait de la gifler. Elle sentit son ventre se tordre violemment, et elle ne put cacher la surprise et la tristesse sur son visage.
Legolas avait aimé une autre femme ?
Etait-ce un mensonge ou une manipulation de la part de Thranduil ?
L'air de pitié qu'il y avait sur son visage prouvait le contraire.
Si c'était vrai, pourquoi Legolas le lui avait-il caché ?
- Comme je m'en doutais, Legolas ne vous a rien dit, reprit Thranduil. Mon fils est très secret. Vous devriez donc savoir à présent que son cœur n'est plus à prendre. Un elfe ne peut offrir son cœur qu'a un seul être, et ce n'est certainement pas vous.
Elanor sentit les larmes lui monter aux yeux.
Ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai, non...
- Legolas ne ressent que de l'amitié pour vous. Il est inexpérimenté et a confondu cela avec de l'amour, continua Thranduil.
Chacune de ses remarques était comme une dague qu'on enfonçait un peu plus dans sa poitrine.
- Arrêtez... , marmonna-t-elle.
- Lorsqu'il le réalisera, il sera malheureusement trop tard pour vous de recommencer votre vie, reprit Thranduil.
- Taisez-vous, je ne veux plus rien entendre, s'exclama-t-elle.
Thranduil se figea et se retourna lentement vers elle, stupéfait.
- Je vous demande pardon ?
Le corps d'Elanor tremblait d'une rage qu'elle ne parvenait plus à contrôler. Le regard acéré que lui adressa Thranduil l'impressionnait et elle avait peur à cet instant de sa réaction. Mais elle ne parvenait plus à contenir la sienne.
- Vous me parlez comme si je n'étais qu'une moins que rien ! Comme je n'avais pas de valeur ou de sentiments ! continua-t-elle, des larmes de rage coulant sur ses joues. N'avez-vous donc pas de cœur ?
Thranduil écarquilla les yeux. Son visage n'exprima rien d'autre que l'étonnement pendant un moment, puis il se transforma en fureur.
- Comment osez-vous me parler ainsi, insolente !
Les jambes tremblantes, Elanor fit un pas en arrière lorsqu'il fondit sur elle.
- Vous ne savez rien ! Vous n'avez aucune idée de ce qu'est l'amour ! s'exclama Thranduil. A votre âge, que savez-vous ! Vous n'êtes qu'une petite fille ignorante ! Legolas est beaucoup plus âgé que vous. Vous serez morte avant même qu'il ne songe à avoir un enfant.
Le roi elfe approcha son visage si près du sien, qu'elle se retrouva pétrifiée sur place.
- Vous l'avez ensorcelée ! Je sais ce que vous êtes, sorcière. Mais moi vivant, vous ne me l'enlèverez pas ! s'écria Thranduil.
Elanor ouvrit des yeux ronds surprit. Elle s'attendait à toutes sortes d'accusations, sauf à celle-là. Le fait qu'elle ait ensorcelé Legolas avec sa magie pour avoir ses faveurs était une plaisanterie. Mais Thranduil semblait prendre ce sujet très au sérieux.
Sauf qu'Elanor n'avait encore jamais ensorcelé personne. Elle n'était même pas sûre d'en être capable.
- Je n'ai rien fait ! protesta-t-elle.
Thranduil lui attrapa violemment le bras.
- Vous mentez !
Prise en étau, Elanor se retrouva incapable de se soustraire à lui et fut obligé de regarder son visage colérique, penché au-dessus d'elle. C'est alors que quelque chose changea.
Elle crut avoir une hallucination lorsque la peau pâle de Thranduil se mit à onduler. A sa plus grande horreur, Elanor revit d'horribles cicatrices se former sur tout un pan de son visage. La peau disparut, consumée par un feu invisible et laissa apparaître une chair d'un rouge vif.
Thranduil la relâcha brusquement et s'écarta d'elle. Il s'agrippa le visage, comme soudainement frappé de douleur et poussa une plainte.
Elanor le regarda avec des yeux écarquillés.
- Partez ! tonna t-il.
Elle resta immobile, n'arrivant plus à bouger. Thranduil lui tourna le dos, la respiration haletante. Il semblait se retenir de hurler, souffrant énormément, au point qu'il était obligé de s'agripper à la table basse.
- Qu'est-ce que... ?
Perdue, Elanor ne pouvait que le fixer, ayant du mal à comprendre ce qui était en train de se passer.
- Laissez-moi... PARTEZ !
La voix furieuse de Thranduil la fit sursauter. Il se tourna brusquement vers elle, avec l'intention de la chasser, mais cela ne fit que révéler l'origine de sa douleur.
Le cri d'Elanor resta coincé dans sa gorge.
La moitié du visage de Thranduil était décharné, et un de ses yeux devenu blanc la fixa. Un trou béant s'était creusé dans la joue et la mâchoire du roi elfe, exposant des filaments de chair et d'os à vifs.
Thranduil était à présent courbé et il avait la respiration entrecoupée.
L'apparente faiblesse qu'il affichait était un contraste édifiant avec l'attitude qu'il avait eu quelques secondes plus tôt. Ce n'était plus la même personne qui se trouvait en face d'elle. Elanor avait pour la première l'impression de voir le vrai Thranduil, celui qui se cachait sous sa carapace d'arrogance et de fierté.
Mais ce qui la choqua le plus était de voir la vulnérabilité qu'il affichait à cet instant. Cela la perturba à un point, que toute sa précédente colère à son égard s'envola et se transforma en perplexité et curiosité.
Thranduil souffrait. Et ce qui lui arrivait en ce moment n'était pas nouveau, elle en était convaincue. Son instinct le lui avait soufflé plusieurs fois que quelque chose clochait chez lui, et à présent elle en avait la preuve. Le roi elfe était bien atteint par une malédiction...
Mais qu'est-ce que c'était vraiment ?
Elle ne savait pas très bien pourquoi elle s'avança vers lui, mais Elanor ne pensa plus à ce moment et suivit ce qui lui dicta son inconscient.
Elle rejoignit le roi elfe. Thranduil ne bougea pas, jusqu'à ce qu'elle tende la main vers son visage.
Il eut un mouvement de recul, mais Elanor ne lui laissa pas le temps de s'écarter.
Thranduil se raidit et ouvrit grand les yeux, à la fois surpris et atteint par une nouvelle vague de douleur incommensurable lorsqu'elle posa sa main sur sa joue.
Elanor sentait la peau tuméfiée et brûlante sous ses doigts. Une énergie puissante déferla dans sa main et se répandit dans le corps de Thranduil. Elle pouvait sentir à présent toute la douleur, tous les maux et l'incertitude qui traversait l'esprit et le corps de l'homme en face d'elle.
La souffrance qu'il ressentait, accentuée par sa proximité non désirée, renforcèrent davantage l'expression de fureur sur le visage de Thranduil. Le roi elfe voulut se débattre, mais son corps ne répondit pas, et il ne parvint pas à se soustraire de l'emprise de la jeune femme. Et lorsqu'il le réalisa, la peur traversa un instant son regard.
Thranduil agrippa sa main qui était collée contre sa joue et ferma les yeux sous l'intensité de l'énergie qui le frappait. Elanor sentait son cœur battre à tout rompre contre sa poitrine, et elle perdit peu à peu conscience de ce qui se passait autour d'eux.
Plus les secondes passaient et plus les brûlures infligées par le feu du dragon disparaissaient du visage de Thranduil. Sa joue finit par avoir de nouveau une peau blanche et lisse. Lorsque la magie finit de le guérir, la main d'Elanor retomba automatiquement et elle vacilla.
Haletant, Thranduil mit quelques secondes à reprendre ses esprits.
- Monseigneur !
Sedryn, le lieutenant en chef de Thranduil, se précipita vers son roi. Deren ne tarda pas à le suivre. Thranduil se redressa en s'aidant de la table, les yeux rivés sur Elanor qui s'était éloigné.
- Qu'avez-vous fait ?
Il posa la main sur son visage et la peau de sa joue, qui ne portait nulle trace de ses cicatrices. Sedryn posa prudemment la main sur la garde de son épée, croyant qu'Elanor allait se jeter d'un instant sur l'autre sur Thranduil.
Mais la jeune femme resta béate, immobile au milieu de la pièce, ayant du mal à comprendre ce qui avait bien put se passer.
Elanor regarda ses mains, qui étaient encore rougies par la magie qui s'était manifestée dans sa chair. La dernière fois qu'elle avait fait ça... elle avait brûlée Khâmul, un des Nazgûl. Elle leva les yeux, atterrée vers Thranduil.
Que lui avait-elle fait ?
Thranduil se rapprocha d'elle.
- Dîtes-moi ce que vous avez fait ! s'exclama-t-il, à quelques centimètres de son visage.
Elanor sentit sa vision vaciller. Elle fixa ses lèvres, mais n'entendit soudain plus rien des mots qui sortaient de sa bouche. Elle était fatigué... si fatigué. Le roi elfe cessa de parler, et fronça les sourcils.
- Je... je suis désolé...
La phrase mourut sur les lèvres d'Elanor. Ses jambes cédèrent sous elle.
Pendant un instant, elle se sentit tomber, mais des bras puissants la rattrapèrent juste avant qu'elle ne touche le sol. Le visage de Thranduil apparut au-dessus d'elle, et ce fut la dernière chose qu'elle vit avant de sombrer dans l'inconscience.
