Chapitre 29 : Patience

D'habitude j'étais plutôt patient comme homme. Pour dire j'avais attendu plus de cinq ans avant de dire à ma partenaire ce que je ressentais pour elle, et malgré son refus, je patientais encore dans l'espoir qu'elle accepte et partage cela avec moi. J'avais attendu plus de cinq ans aussi pour découvrir son passé, son implication chez les Cartes Gagnantes et cela m'avait apporté l'espoir qu'elle m'aimait aussi.
Mais maintenant, je n'avais plus de patience. Maintenant je ne voulais plus être là, attendre de la voir ouvrir les yeux, attendre de pouvoir voir son sourire, attendre de pouvoir plonger dans l'océan de son regard. Toute cette attente semblait me tuer petit à petit.
Cela faisait quatre jours que je n'avais pas quitté cette chambre. Les fouines, Max et les autres membres des Cartes Gagnantes étaient venus chaque jour la voir ainsi que moi. Parker et Rebecca aussi étaient passés, mon ex en avait profité pour m'apporter quelques affaires ayant vite compris que je ne quitterais pas les lieux tant que ma partenaire ne se réveillerait pas.
Je ne dormais pas beaucoup, réagissant au moindre son, au moindre mouvement, espérant revoir le lagon de ses yeux briller à nouveau.

- Salut Papa.
- Salut champion, qu'est-ce que tu fais là ? Demandai-je doucement, étonné de sa visite.
- Je suis venu voir Bones bien sûr. Me répondit mon fils comme si cela était évident. Pourtant il était déjà venu entre midi et deux avec sa mère.

Jetant un coup d'œil à la montre, il était à présent dix-sept heures trente.
- Bonsoir Booth.
- Max bonsoir.

Je le regardais surprit et cherchant la mère de mon fils des yeux.
- Il est venu avec moi. Je me baladais et je suis arrivé devant son école, Rebecca était l'attendant, nous avons discuté et lorsqu'il est sorti, il a réclamé vouloir voir ma fille.
- Mais maman ne pouvait pas, elle venait juste me chercher pour m'emmener chez la nounou, elle a une réunion ce soir. Alors Max m'a emmené. Finit mon fils.
- Je le ramène chez sa mère après. Mais je pense que ça vous fera du bien aussi de le voir un peu.

J'observais mon garçon, il s'était installé sur le lit de ma partenaire en faisant attention à ne pas lui faire mal. Il lui tenait la main et lui racontait sa journée de classe. Cela semblait si naturel pour lui.
- Maman m'a dit qu'il faut lui parler, qu'elle nous entend et que c'est comme cela qu'elle va se réveiller.
- Oui, elle a raison.

J'étais si fier de mon fils, en plus il adorait Bones et elle lui rendait, à sa manière bien sur, mais elle le faisait, ce qui ne pouvait que me rendre heureux.
- Vous devriez aller un peu dans le parc avec lui, je vais rester ici. Me dit Max.
J'hésitais un peu, et si elle se réveillait et que je n'étais pas là.
- Vous en avez besoin, et je vous appelle au besoin.
- Allez viens papa. Parker me suppliait du regard, comment pouvais-je lui refuser cela.

Effectivement, l'air frais me fit du bien. Quatre jours sans sentir le souffle du vent sur mon visage, en ne respirant que les antiseptiques hospitaliers.
Mon garçon me racontait ses aventures à l'école, il me parlait aussi du match de foot auquel nous participions le week-end à venir, me disant que ce n'était pas grave si je n'étais pas là, même si je suis l'entraineur, que Bones avait plus besoin de moi, que c'était plus important.
Vraiment, il avait grandi, et muri. Le voir ainsi, penser au bien être de ma partenaire avant tout me surprit et me comblait.
Tout en marchant, j'ai pris une glace pour lui et un hot dog pour moi. Ca faisait du bien de manger, je ne me souvenais pas quand exactement j'avais avalé quelque chose pour la dernière fois d'ailleurs.

- Elle va se réveiller bientôt ? Demanda soudain mon fils.
- Je ne sais pas Parks. Répondis-je dans un souffle, pressé, comme lui il me semblait, de voir enfin ma partenaire revenir à elle.
- Moi j'aimerais bien qu'elle se réveille maintenant.
- Moi aussi.

Dieu que j'aimerais ça. Les médecins m'avaient dit qu'elle devait se réveiller hier, mais elle n'avait pas bougé. Il l'avait sortie du sommeil artificiel le matin précédent, au bout du troisième jour, et elle aurait dû ouvrir les yeux dans les heures qui suivaient, mais rien, elle continuait à dormir.

Après une balade nous sommes remontés. Elle était toujours aussi calme, mais son visage semblait tendu. Je m'approchais d'elle, Max me sourit, et j'effleurais du doigt sa joue, instantanément elle se détendit et une chaleur m'envahie, elle avait réagit, même infiniment mais elle avait réagit.
- Vous avez vu ? Demandais-je comme un enfant à son père.
- Oui, c'est fabuleux. Me répondit l'ex-gangster.
- Quoi, qu'est-ce qu'il y a ? Cria Parker.
- Elle a bougé. Dis-je tout existé.
- Elle va se réveiller alors ?
- Bientôt. Tempéra le père de ma partenaire.- Nous allons y aller. Il doit commencer à avoir faim et j'ai promis à votre ex de le ramener pour le diner.
- Merci Max.

Parker se jeta dans mes bras et m'embrassa.
- Je t'aime Champion
- Moi aussi papa.

Puis il se dirigea vers Bones, s'appuyant sur le lit, il lui fit une bise sur la joue.
- Je t'aime aussi Docteur Bones et réveilles toi vite, papa t'attend. Dit-il en me lançant un immense sourire malicieux.
Je souris, il avait définitivement trop vite grandit pour comprendre ce genre de chose. Je lui ébouriffais les cheveux avant de serrer la main du père de ma coéquipière.

J'étais à nouveau seul avec elle. Me réinstallant sur le fauteuil, j'attrapais sa main que je caressais tendrement. Je tentais par mes gestes de lui signaler ma présence, espérant que cela la ferait revenir vers moi, vers nous, plus vite.
- Parker a raison, je t'attends Bones. Tu me manques tant.
Depuis qu'elle était dans ce songe forcé, je m'étais permis de la tutoyer, je savais qu'après son retour cela ne resterait pas ainsi, mais en attendant j'estimais qu'ainsi je lui montrais mes sentiments et l'importance qu'elle a pour moi.
Je la contemplais, cherchant à nouveau une réaction, mais rien ne vint. Puis, doucement, je sombrais dans le sommeil.

Je rêvais, je sentais Bones bouger sous mes doigts, sa main vibrant légèrement signe de son réveil imminent. Puis je me voyais me redresser et la regarder, elle ouvrait les yeux, lentement, ses si beaux yeux dans lesquels je me noyais immédiatement, un sourire s'affichant sur mon visage, le bonheur m'envahissant de part en part, me prenant et m'englobant tout entier de la savoir vivante.
Je rêvais, je sentais Bones … non je ne rêvais pas, je sentais vraiment Bones bouger sous mes doigts, sa main vibrant légèrement. Mon cœur se mit à battre plus rapidement, et immédiatement je me redressais et fixais son doux visage. Elle ouvrit doucement les yeux et, comme dans mon rêve, je me noyais dans cet océan, mais quelque chose n'allait pas, elle semblait grimacer. Bien sûr le tube, elle était intubée et ça la gênait.
Déposant un baiser rapide sur son front, j'appuyais sur le bouton d'appel des infirmières. J'aurai voulu les chercher moi-même mais à peine avais-je esquissé un geste pour retirer ma main de la sienne qu'elle avait resserré son emprise.
- Je ne bouge pas. Lui dis-je tendrement sans la quitter du regard.

Lilly arriva accompagnée de deux collègues. Je voulu m'écarter comme elle me le demandait, mais mes doigts étaient toujours entremêlés à ceux de ma partenaire. Je reculais tout de même pour ne pas les gêner sans briser le contact qui me liait à Bones. Je pense que j'en avais autant besoin qu'elle. La sentir ainsi me prouvait qu'elle était bel et bien vivante, et sortie d'affaire.
Les larmes lui vinrent après l'extubation, et elle toussa légèrement.
- Ca fait plaisir de vous voir éveiller Mademoiselle Brennan.
Elle voulu répondre, mais grimaça immédiatement sus l'effet de la douleur.
- Le médecin a dit que vous auriez du mal à parler. Le souffle chaud de l'explosion vous à brûler les poumons et les voix respiratoires. Expliqua l'infirmière en chef
Ses yeux s'humidifièrent d'avantage et elle paniqua. Il était étrange de la voir s'inquiéter ainsi, elle qui, habituellement, réussissait si bien à compartimenter et ne pas montrer ces sentiments. En fait, en y pensant, cela faisait déjà plusieurs fois que j'avais remarqué qu'elle laissé libre cours à ses émotions, en tout cas devant moi.
- Ca va passer, juste le temps que ça guérisse, ne vous inquiétez pas Bones. Lui dis-je en caressant sa joue, Lilly m'ayant permis de m'approcher à nouveau.
Elle me sourit malgré la douleur et je me noyais instantanément dans le lagon de ces prunelles. Il me semblait que cela faisait une éternité que je n'avais pas pu contempler ce magnifique bleu et pouvoir ainsi le faire me ravisait.

Après quelques contrôles on nous laissa seuls.
Nous nous tenions toujours, elle semblait s'agripper à moi tout autant que je m'agrippais à elle. J'étais si heureux de la sentir bouger, de voir ses yeux cligner, de pouvoir m'y plonger à nouveau.

Il faisait toujours nuit, j'aurais été incapable de dire l'heure qu'il pouvait bien être, et pour être honnête je m'en fichais, l'essentiel était qu'elle était éveillée. Mon cœur semblait battre à nouveau normalement, paisiblement. Je ne m'en étais pas réellement rendu compte, mais durant ces jours passés ici, ma vie s'était comme arrêtée, une partie de moi s'était éteinte avec son sommeil, et enfin cette partie revenait à la vie.

Elle ne me lâchait pas non plus du regard. Je lui expliquais ce qui s'était passé, les explosions, ses blessures, l'opération, son sommeil artificiel.
Je lui dis aussi que Jonas avait parlé aux fouines et à son père leur expliquant l'essentiel, omettant toutefois le nom des Cartes Gagnantes.
Qu'ils passaient chaque jour ainsi que Parker et Rebecca. L'inquiétude d'Angela et la joie que cette dernière allait avoir. Ce qui me fit regarder l'heure, quatre heures quarante-cinq. Je sortais mon portable de ma poche.
- Je vais appeler Max. Composant déjà le numéro
Je sentis qu'elle tirait sur ma main, je tournais les yeux vers elle. Elle me fit signe de la tête, elle ne voulait pas que je les prévienne maintenant. Je refermais donc mon téléphone et le posais sur la table de chevet.
Son geste était un peu plus fort, et semblait vouloir me faire comprendre quelque chose. Avais-je bien compris ? Je la fixais, elle réitéra le mouvement.
- Vous voulez... que je vous prenne dans mes bras ? Demandais-je timidement
Elle hocha de la tête, lentement je m'approchais du lit et la vis se décaler en grimaçant.
- Je vais vous aider. Dis-je en me précipitant vers elle.
Enfin, je m'installais et la pris contre moi. Je la sentis se détendre, tout comme moi je me détendis de la savoir enfin totalement hors de danger, près de moi.