Titre : Les liens du passé
Auteurs : Rowena, moi quoi, pour tout ce qui se passe en 96 et Eléa, ma poulette, pour tout ce qui se passe en 77.
Disclaimer : Les personnages ne nous appartiennent malheureusement pas (damn it, j'aurais dû les inventer !!), à part Eléa, imaginée de toute part par ma poulette... JK Rowling, tout est à elle...
Spoilers/Timeline: Aucun spoiler mais la fic pour ce qui est du "présent" se situe après le tome 5.
Rating : PG on va dire pour ce chapitre mais ça va pas durer...
Couples Let's read and see !!
Note de Rowy je voulais juste dire à ma poulette que je suis trop contente d'écrire cette fic avec elle et que je la remercie de me supporter moi et mes questions sur des détails voire pas des détails d'ailleurs qui m'échappent dans le Potterverse !! Love U chickie...
Note
d'Eléa
Merci ma poulette de m'avoir embarquée dans cette jolie
aventure et de m'avoir soutenue et encouragée, merci de
m'avoir indiqué le mode d'emploi du mode DAWSON, merci pour
les fous rires et merci pour Eléa... love you
too
Remerciements
un grand merci à Hamadryas pour ses conseils et puis à
Lexa, Liz, et Morgy nos premières lectrices !
REPONSES AUX REVIEWS
Ashkana : Rowy : Merci beaucoup ! Nous ? On est ok, plus ou moins, c'est la vie, on est au taquet, surtout moi mais ça va Et évidemment qu'Eléa est le personnage préféré de tout le monde, c'est la meilleure !
Elea Elea risque de devenir l'un de mes personnages préférées dans le potterverse youhouuuuuuuu - fait péter le champagne- merci Ashkana !!
Bloody Crow : Rowy : Tu n'es pas morte à attendre l'alerte ??? On a trop honte d'avoir tardé comme ça, on mérite des baffes, on le sait… Bisous.
Elea : Euh...désolée pour le retard...et merci pour la review ! Biz
mione :Rowy : merci beaucoup !!!!!!!! Les réponses viennent au fur et à mesure, oui ;) Biz.
Elea : Merci beaucoup !! contente que tu aies trouvé des réponses ! bisou
Alexandra : Rowy : Est-ce que Ron va rester célibataire ? Ah ! The question ! Ron est un jeune ado bourré d'hormones en folie, il va nous réserver des surprises… Gros bisous à toi.
Elea : Merci beaucoup pour ta review Ronniais...que va-t-on faire de Ronniais ? éhéhé...no comment ! Bisous !
Erylis : Rowy : Awwww, merci ! Pas pleurer !
Elea : LE nouveau Chapitre, le voilà !! et ça fait tellement longtemps qu'on l'a écrit que je ne sais même pas ce qu'il y a dedans lol !! Oui, la lettre c'était vraiment émouvant, j'ai pleuré aussi la 1er fois que je l'ai lue ;) merci pour la review ! bisou
Maeva : Rowy : merci, merci, le prochain chapitre, enfin me direz-vous… part se cacher
Elea : Hem...Au moins votre patience est récompensée :p
L'ange diablesse : Rowy : très vite la suite, euh, kof kof… Draco/Hermione ? Hmm… Je ne peux pas répondre avec certitude à cette question mais on va de toute évidence entendre à nouveau parler d'eux en tant que couple, quelles que soient les circonstances…
Merci beaucoup pour tous ces compliments !
Elea : Oué ils sont bien Elea et Lucius hein ? Pour Draco et Hermione, même réponse que Rowy... :p et merci pour les compliments, ça nous touche beaucoup !
Stellmaria : Rowy : On était avancé dans la rédaction, jusqu'à ce qu'on laisse submerger par nos vies et ses changements… Mais on est toujours là ! Tu peux proposer un nom pour le nounours si tu veux, et s'il nous plaît, on le garde et je l'introduirai d'une manière ou d'une autre ! Oui, notre fic est aussi interactive avec les lecteurs…
D'ailleurs, je lance un appel à quiconque veut proposer un nom pour ce nounours. On choisira celui qui nous plaît le plus et je promets de le caser dans la fic ! A vos claviers !
Tu as peut-être raison, les sentiments étaient sûrement moins présents pour le 31 janvier mais c'est loin et il me semble que je n'étais pas inspirée du tout… Ginny agaçante, c'était voulu, elle ne peut pas être parfaite non plus…
Ah, la lettre de Sev ! J'ai dû déjà dire que je l'adorais ce grand nigaud !
Dans le passé, Eléa nous fait beaucoup de déprime, c'est vrai, et c'est pas fini, mais sa vie est loin d'être rose il faut avouer… Pour Eilane, il faut lire la fic de son homonyme et non moins amie de nous ici sur FF, bon les liens ne marchent pas ici alors le numéro de sa fic c'est le : 2025930 , elle est géniale, là vous saurez tout sur le personnage d'Eilane.
Un ultime come-back de Sirius dans le présent tu veux dire ? A voir… Je le cogite… Il faut que ça serve l'histoire, si c'est le cas, alors oui, sinon non.
Non, à sa sortie d'Azkaban, quand Sirius a rencontré le trio, il ne savait pas que Hermione était la fille d'Eléa ;)
Je laisse la place à Eléa pour la suite. Merci beaucoup de prendre tout ce temps pour commenter, t'es vraiment la meilleure ! Et désolée pour le retard…
Elea : Ah, Stellmaria !!! Merci encore d'avoir pris le temps de faire cette longue review !
Alors, comme a dit Rowy, le retard a rattrapé l'avance...Ils nous est arrivé plein de trucs à toutes les deux qui ont fait que soit le manque de temps, soit le manque d'inspiration ont pris le dessus...
Nous n'avons pas...non, je n'ai pas l'esprit tordu... :p
Merci beaucoup pour tes compliments ! c'est vrai qu'on est pas trop connues !! faites nous de la pub !! lol...et j'aimerai vraiment beaucoup lire une de tes fics ! mais je me suis fait la promesse de ne plus lire de fic jusqu'à la fin des Liens (à part celles où je suis bétareadeuse et celel que je cite à la fin :p) pour ne pas être influencée...donc quand les Liens sera finie !
Pour toute la période de Noël et Nouvel an...C'est Rowy qui a tout écrit (on s'échange des scènes des fois :p) et c'est vrai que c'était vraiment bien !! Bravo ma poulette !! (ué et j'aime pas Molly moi...)
Pour le passé...Pour Eléa, la déprime c'est pas fini...mais bon, faut voir sa vie aussi, une accumulation de mauvais choix et aucun moyen de revenir en arrière la pauvre...(oui je la défendrais toujours !! ) Pour Eilane...Il ne faut pas se fier aux apparences, si elle est la compagne du Maître (merdoum, je parle comme un Mangemort xx) ce n'est pas pour rien...et les fics d'Eilane sont génialissimes !! Je pense que tu apprécieras beaucoup !
Pour la ptite réunion oui, j'avais envie d'en écrire une, parce que les choses ne vont pas se simplifier...J'aimerai aussi un come back de Sirius, mais je suis assez d'accord avec Rowy sur ce sujet. Pour la réaction des membres de l'odp suite à la trahison d'Elea...c'est pour bientôt, n'oublie pas que Elea a été emprisonnée en mai de l'année qu'on vient juste de commencer...et j'avoue que je n'avais pas pensé à écrire là-dessus, mais subitement, j'ai des idées !! merci :)
Pour la conception d'Hermione, c'était difficile à écrire, je te l'avoue...Et je ne voulais pas tomber dans le glauque donc c'est réussit...pour le reste, faut relire la fic, toutes les réactions sont déjà mentionnées ! oui je suis méchante des fois lol ...
Pour la gaffe d'Eléa, j'avoue que je n'ai pas assuré de ce côté-là et que je n'ai pas été très inspirée...c'est un des points à corriger lorsque on reprendra toute la fic pour corriger des erreurs...
La canne de Lucius, ça m'est venu comme ça un jour...et j'étais super contente de l'avoir eu lol ! et non, ta mémoire fonctionne bien, je n'ai pas écrit de scène où Lucius en parle, car je n'écrit pas tout du passé...les persos ont une vie propre que j'espère écrire un jour !! mais si ça t'intéresse, je peux te l'expliquer par mail :p
Voldy, pour moi il n'est pas un « monstre » c'est quelqu'un qui séduit en premier pour arriver à ses fins, il ne joue les monstres que pour asseoir son pouvoir ou quand la séduction ne marche pas...
Désolée pour le retard, ce n'était vraiment pas voulu (voir ci-dessous) merci encore pour tes reviews qu'on adore et qu'on attend toujours avec impatience ! bon courage pour les études ! On attend ta question !! bisous !
Rowy : Bien, récapitulons ! Déjà, désolée une fois de plus pour le retard, on a honte mais ça ne se reproduira plus ! Vous allez lire le chapitre 29. Je suis en train de terminer le chapitre 33 qui s'intitule « Le Piège ». Après un relâchement, on s'est motivé l'une l'autre et on a tout planifié jusqu'à la fin, ça va donner !
Elea : Pour ma part, j'ai fini le chapitre 33 (qui se situe en mars) et pour moi c'est de plus en plus difficile d'écrire car j'arrive à la fin du passé (plus que 2 mois). Une fois le passé de réglé, il se peut que j'écrive d'autres bribes du passé concernant l'ODP et autres, mais j'aiderait Rowy à écrire le présent. La fin a été écrite en Octobre 2005 et on s'est vu en janvier pour planifier toute la fic et arriver à cette fin. Accrochez vous, on vous a préparer des scènes et des situations auxquelles vous ne vous attendez pas ! Merci encore de votre soutien et de vos reviews !
Encore un petit peu de pub pour une autre très bonne amie bourrée de talent, Morgana Dulac et sa fic « Le bruissement d'ailes du papillon » que vous trouverez ici à ce numéro: 2758650
Tant que j'y suis, une autre amie qui écrit superbement, Asriela Black et sa fic « Quercus Alba » que vous trouverez ici à ce numéro: 2562787
Bonne lecture !!!
Résumé du chapitre 28 :
1978 : Eléa passe d'agréables moments avec ses amis malgré le fait qu'elle s'apprête à trahir James et Lily dans le but de tomber enceinte de James comme le lui a demandé Voldemort. Eléa et Lucius passent Noël ensemble et Eléa lui offre sa canne légendaire. Voldemort lui révèle finalement que sa mission est réussie : elle est enceinte de James Potter.
1997 : Hermione et Harry ont une surprise de taille pour Noël : une journée avec la famille Weasley, Eléa et Dumbledore. Hermione se voit offrir par son grand-père une lettre émouvante que lui a laissée James. Eléa et Harry ont une discussion un peu froide mais nécessaire. Hermione passe l'année avec une tristesse compréhensible tandis qu'avec la bénédiction de sa fille, Eléa rejoint Lucius à Bombay. Dumbledore conduit enfin Hermione sur la tombe de ses parents adoptifs.
Chapitre 29 : Un nouveau pas
Mortal lovers must not try to remain at the first step; for lasting passion is the dream of a harlot and from it we wake in despair– C.J. Lewis "The Pilgrim's Regress"
Poudlard, lundi 6 janvier 1998
La fin des vacances avait alarmé Hermione qui s'était mise à travailler avec une nouvelle énergie en vue des ASPIC blancs qui se profilaient. Les révisions l'empêchaient également de penser à ses parents disparus et elle avait mis un point d'honneur à commencer cette nouvelle année avec le sourire. Elle relisait tous les soirs la lettre de James avant de s'endormir et se demandait chaque matin si elle devait en parler à Harry, Eléa ou Dumbledore… Elle savait qu'elle se confierait mais préférait garder encore un peu ce privilège d'avoir ce jardin secret préservé. Elle avait ainsi l'impression d'avoir son père rien que pour elle, même si son cœur se serrait quand elle pensait qu'il avait tenu Harry dans ses bras bien plus qu'elle… Elle n'avait pas le droit de se montrer jalouse, elle s'y refusait et se maudissait chaque fois qu'elle enviait Harry par rapport à James, chaque fois qu'elle le haïssait presque pour avoir profité de leur père un peu plus qu'elle. C'était déplacé, elle le savait ; Harry avait à peine connu James et il ne s'en souvenait pas du tout, c'était finalement grossier et injuste. Hermione se leva quand le cours se termina et se dirigea vers le bureau du Professeur d'Occlumancie d'un pas tranquille. Il l'accueillit avec un large sourire en rangeant ses affaires dans sa petite malle et il engagea la conversation sur un ton amical.
« Tu as passé de bonnes vacances Hermione ? »
« Oui, merci Professeur. Je suis restée avec Harry à Grimmauld Place la plupart du temps. Mais c'était chouette, on a passé Noël avec les Weasley, » répondit Hermione avant d'ajouter un peu plus bas : « Eléa et grand-père étaient là aussi… »
Lupin leva un sourcil un peu surpris mais son sourire s'élargit à l'annonce de la bonne nouvelle.
« Je suis content pour toi, Hermione. Sincèrement. »
« Merci. Et vous Professeur, vous avez passé de bonnes fêtes ? »
« Excellentes ! » répondit le loup garou sans s'élargir. « Tu voulais me demander quelque chose ? »
« Oui, c'est à propos de l'ASPIC blanc, vous n'avez rien dit et je me demandais comment allait se dérouler l'examen… »
Lupin esquissa un sourire amusé et mit les mains dans les poches de son pantalon avant de répondre à la jeune Gryffondor.
« Le Professeur Snape vous expliquera tout mercredi. Ce sera un examen théorique, Hermione. Il est un peu tôt pour envisager quelque chose de pratique en la matière. »
Hermione sembla soulagée alors que son regard s'illumina.
« Vraiment ?! Pour tout avouer, je me faisais du souci, je suis soulagée ! Vous pensez qu'il vaut mieux étudier le manuel de la Baye ou celui qui inclut les deux techniques tout en proposant une critique comparative ? »
« Hermione, va déjeuner ! » se mit à rire Lupin. « Tu en sais plus qu'il n'en faut pour cet examen ! »
« Je demanderai au Professeur Snape ! » décida-t-elle d'un air malicieux.
« C'est ça, Hermione, demande-donc à Severus mercredi ! » rit Lupin en prenant sa malle avant de sortir de la salle de cours.
Hermione le regarda s'éloigner avec une mine un peu dépitée mais elle haussa finalement les épaules en retournant ranger ses affaires.
« Alors ? »
Elle sursauta et soupira en voyant la tête impatiente de Ron, le front plissé, alors qu'il fixait la jeune sorcière.
« Alors quoi Ron ?? » demanda-t-elle agacée.
« Il t'a dit quoi ? Il faut réviser quoi ? »
« Tout ! Snape nous en dira plus mercredi… » répondit de manière laconique Hermione en jetant son sac sur son épaule.
« Tout ? Mione, tout ??! »
Ron trottina derrière elle alors qu'Harry passa un bras autour des épaules de sa sœur. Ils prirent la direction de la Grande Salle et pénétrèrent dans le réfectoire bruyant où les élèves étaient pour la plupart déjà attablés.
Hermione regretta d'avoir laissé glisser son regard au moment où il croisa celui d'un Serpentard blond aux yeux gris. L'expression indescriptible de Draco la mit mal à l'aise et elle rougit légèrement devant le regard insistant avant de baisser les yeux quand elle s'aperçut qu'il lui souriait discrètement. Elle oublia la table ennemie quand Ginny se lança dans une discussion à n'en plus finir sur la reprise des cours et les nombreux devoirs qu'elle avait déjà après une seule matinée de cours.
Au moment du dessert, les garçons étaient engagés dans une discussion sérieuse sur le Quidditch que Ginny suivit d'une mine un peu intéressée quand ils se mirent à aborder les entraînements et matchs à venir. Hermione décrocha complètement et déconnecta même complètement de la réalité et du lieu présent pendant quelques minutes. Le regard dans le vide, elle songea alors à ses parents, ceux adoptifs, puis ceux biologiques…
Elle fut sortie de sa rêverie par une main posée sur son épaule et se retourna avant de sourire au vieux sorcier penché légèrement vers elle.
« Hermione, tu veux bien venir jusqu'à mon bureau s'il te plaît ? »
« Bien sûr… » répondit-elle quand, la surprise passée, elle enregistra les paroles de son grand-père.
Elle se leva et suivit le Directeur de Poudlard sous les regards des élèves curieux.
Afin de souhaiter la bienvenue à la jeune sorcière, Fumseck déploya ses ailes quand Hermione pénétra dans les appartements du Directeur. Elle se hâta d'aller lui offrir une petite caresse amicale que le volatile accueillit avec délectation, en penchant son cou jusqu'au creux de la main de la jeune fille. Dumbledore regarda la scène d'un air attendri avec un sourire franc avant d'inviter Hermione à venir s'asseoir au salon. Elle croisa les jambes et tira par pudeur sur sa jupe avant de poser les mains sur son genou.
« Comment vas-tu Hermione en ce début d'année studieux ? » demanda le Directeur en guise de préambule.
« Bien ! » répondit d'un air un peu étonné Hermione. « Vous n'allez pas m'annoncer une mauvaise nouvelle, n'est-ce pas ??! » s'affola-t-elle tout à coup en voyant le regard neutre de son grand-père.
« Non, non, » la rassura rapidement Dumbledore en lui tendant un morceau de parchemin qu'elle prit d'une main tremblante avant de le regarder d'un air méfiant. « C'est juste le résumé de l'ordre du jour pour la prochaine réunion de l'Ordre du Phénix, Hermione, » s'empressa-t-il d'ajouter en réalisant sa maladresse.
« Oh… J'ai peur de demander mais… est-ce qu'il y a eu des actions ? Je veux dire, des… » bafouilla Hermione en tordant nerveusement le morceau de parchemin entre ses doigts.
« Non, Hermione, il n'y a pas eu d'action notable, aucun massacre de recensé ces derniers temps, » répondit le vieux sorcier. « Mais tu sais, tout comme moi, que ce n'est pas fini pour autant… »
Elle acquiesça avec un air tout à coup inquiet.
« La réunion est prévue pour le mercredi 15 janvier, 20h. Tu comprendras que pour Eléa, la convocation est à 21h, » expliqua Dumbledore en scrutant attentivement Hermione.
Hermione parut perplexe et abasourdie durant quelques secondes avant de réagir.
« Oui, bien sûr, c'est normal. Elle est toujours surveillée et c'est normal… »
Elle sembla se détendre et s'enfonça dans le canapé moelleux en décroisant ses jambes. Le feu de la cheminée lui chauffait la joue gauche et elle aurait presque aimé s'allonger un instant pour somnoler dans la pièce accueillante. Quand elle se rendit compte que ses yeux papillonnaient et qu'elle avait encore beaucoup de travail devant elle qui l'attendait, elle se redressa en soupirant et sourit en retour à son grand-père.
Je vais y aller… » dit-elle en se levant. « Merci pour la convocation, je peux en faire part aux autres, n'est-ce pas ? »
« Bien sûr, nous sommes une équipe ! J'ai profité de l'occasion pour voir ma petite-fille un petit moment, » avoua-t-il avec malice.
Elle étouffa un petit rire entendu et commença à se diriger vers la sortie avant de se retourner à nouveau. Elle hésita et voyant le regard de Dumbledore qui l'encourageait à dire ce qui la tracassait, elle se lança à mi-voix.
« Grand-père… Qui est mon parrain ? » demanda-t-elle, surprenant visiblement le vieil homme. « Maman m'a dit que tous les sorciers avaient un parrain et j'aimerais connaître son identité… »
« Eléa a raison, tu as eu comme tous les petits sorciers et petites sorcières, à leur naissance, un parrain… » commença le vieux sorcier avec un regard brillant avant de devenir plus grave. « Mais je suis désolé Hermione, il n'est plus aujourd'hui… James Potter était non seulement ton père, mais aussi ton parrain mon enfant… »
« Oh… »
« Je suis désolé Hermione. »
« Non ! » dit-elle vivement avec un sourire que Dumbledore accueillit avec soulagement. « Je suis plutôt contente, ça ne fait rien ! Je voulais juste le savoir, je suis contente que ce soit lui… »
« James a tenu à être ton parrain bien que le nom de Rémus Lupin ait été évoqué… Mais ta naissance ne devait pas être ébruitée et James tenait, à défaut de pouvoir être officiellement ton père, à être au moins ton parrain et partager avec toi ce lien spécial qu'ont les parrains et leurs filleuls entre eux… Tu as déjà tenté d'exploiter ce lien Hermione ? »
« Non, comment ça ? Que dois-je faire ? »
« Simplement lui parler, un parrain est là pour aider et écouter, non ? » répondit le Directeur d'un air malicieux.
« Il s'agit en fait d'une sorte d'ange gardien alors, c'est ça ? »
« En quelque sorte… »
« C'est tentant… » avoua Hermione qui se sentit envahie d'une mélancolie. « Mais c'est effrayant aussi, et je ne veux pas faire ça à Harry… Si James doit nous aider d'une manière ou d'une autre, nous soutenir et nous encourager, qu'il le fasse pour nous deux ou alors pas du tout… »
« Je vais y aller… » déclara finalement Hermione pour la deuxième fois après un imposant et lourd silence. « J'ai beaucoup de choses à réviser pour les ASPICS blancs… »
Dumbledore acquiesça avec un sourire compréhensif et Hermione hésita à nouveau avant d'ajouter d'une petite voix : « J'ai menti… Parfois, souvent en fait… je me sens seule, je suis seule dans ma chambre et je pense tout le temps à Harry et au fait que j'aimerais qu'il soit là, avec moi, juste un instant… Interdire l'accès aux chambres des filles ne devrait pas fonctionner entre frère et sœur, grand-père ! C'est pas juste ! Je sais que d'habitude, on partage notre chambre, mais là… » Hermione baissa les bras d'un air résigné alors que Dumbledore l'observait avec une délectation non dissimulée. « Je ne demande aucune faveur, je tenais juste à dire que ce n'était pas juste, » finit-elle d'un air boudeur.
« Passe un bon après-midi Hermione ! » s'exclama le Directeur alors qu'Hermione commençait à traîner les pieds jusqu'à la sortie. « Et Hermione… » ajouta-t-il faisant se retourner l'adolescente. « Les liens du sang mon enfant, ne jamais sous-estimer les liens du sang… »
Elle leva un sourcil d'un air confus et perplexe avant de soupirer et sortir en entendant résonner dans sa tête les dernières paroles codées de son grand-père. Elle retourna jusqu'à la Grande Salle d'un pas tranquille, retournant dans tous les sens ce que Dumbledore pouvait bien entendre par l'importance des liens du sang dans une telle situation… Peut-être qu'Harry pouvait venir jusqu'à sa chambre à présent. Après tout, elle était seule, plus aucune autre sorcière pour empêcher Harry de venir voir sa sœur… Mais comment faire ? Harry s'était toujours retrouvé face au toboggan dangereusement glissant, et encore récemment. Elle soupira longuement en pénétrant dans la Grande Salle qui s'était considérablement vidée durant sa demi-heure d'absence. Harry et Ron étaient assis au bout de la table des Gryffondors, en prise à une partie d'échecs des plus sérieuses. Hermione croisa le regard de Lisa, son admiratrice de Serpentard, qui lui sourit timidement avant de baisser les yeux en rougissant légèrement. Elle se posa sans élégance à côté de Ron, et Harry remarqua le morceau de parchemin qu'elle tenait dans une main.
« Qu'est-ce qu'il voulait Hermy ? » demanda ce dernier en éliminant une Tour de Ron qui grogna de frustration.
« C'est une convocation pour la prochaine réunion de l'Ordre du Phénix, elle aura lieu le 15 janvier, à 20h. 21h pour Eléa… » répondit Hermione d'un air peu concerné.
Harry fronça les sourcils en voyant sa mine éteinte et pensive.
« Il s'est passé quelque chose ? Une mauvaise nouvelle ?? »
« Hein ? Non, non, rien de notable ! » s'empressa de répondre Hermione d'un ton rassurant.
« On t'attendait pour aller réviser à la bibliothèque Mione, » déclara enfin Ron, moins concentré sachant qu'il était sur le point de perdre. « Neville est parti nous réserver des places. »
« Echec et mat ! » conclut Harry faisant chuter le Roi de son meilleur ami.
« Bien joué Harry ! »
« On y va ? » suggéra Harry en rangeant le plateau.
« Allez-y, je vous rejoins, » répondit Hermione en se levant. « J'ai un truc à faire, on se retrouve à la bibliothèque. »
Elle ne laissa pas aux deux Gryffondors le temps de répondre et sortit rapidement de la Grande Salle sous les regards perplexes de ses amis. Elle monta à petites foulées jusqu'à la Tour Gryffondor et poussa une exclamation de surprise et d'agacement en voyant Draco assis dans les escaliers, juste en face du portrait de la Grosse Dame.
« Qu'est-ce que tu fais là Malfoy ?? » demanda-t-elle vivement avec une pointe d'agressivité. « Tu t'es perdu ? »
Draco se leva en soupirant et remarqua le parchemin qu'Hermione serrait fortement dans sa main.
« Grand-père t'a annoncé une mauvaise nouvelle ? » railla Draco qui préféra s'amuser de la situation et de son état exagéré.
« Est-ce que tu es constamment insupportable Malfoy ? »
« Non, je dors parfois, » répondit le Serpentard avec un large sourire.
« Qu'est-ce que tu veux ? » demanda-t-elle sombrement sur un ton devenu soudainement trop calme.
« L'année dernière, dans le cadre des collaborations inter-Maisons, je t'avais filé un bouquin de Divination et j'aimerais le récupérer… » bafouilla légèrement Draco.
Hermione lui jeta un regard suspicieux avant de répondre d'un ton neutre, les sourcils froncés.
« Tu n'as pas pris Divination… »
« C'est pas pour moi, » s'empressa de répondre le Serpentard. « Et peu importe, c'est mon bouquin, je veux le récupérer ! »
Il regretta immédiatement le ton agressif qu'il employa et les éclairs dans les yeux qui avaient résultés de son emportement.
« Retourne-toi et bouche-toi les oreilles… » dit-elle en abandonnant la lutte.
« Quoi ??! »
« Je ne veux pas que tu connaisses le mot de passe, alors obéis ! »
« Putain… » marmonna Draco en s'exécutant.
Elle regarda un instant sa silhouette de dos et vérifia qu'il ne trichait pas en tentant une petite expérience.
« Malfoy ? Tu sais que je pourrais facilement te mettre un coup de pied où je pense là maintenant ??! »
Elle attendit quelques secondes, un sourire en coin, avant de se retourner vers la Grosse Dame.
« Confusio Temporaris. »
La Grosse Dame ouvrit la porte à contrecoeur en jetant au Serpentard un regard dégoûté et méfiant.
« Tu me laisses rentrer chez les Gryffondors ?? » siffla Draco, réellement surpris. « Que me vaut l'honneur ? »
« J'ai besoin de toi, je veux vérifier un truc… »
Il la suivit en enregistrant mentalement chaque détail de la salle commune ennemie dans laquelle il n'avait pas pénétré depuis de nombreux mois. Elle monta à l'étage du dortoir des filles et se retourna, scrutant Draco qui l'attendait en contrebas.
« Tu viens ou quoi Malfoy ?? »
Draco désigna le toboggan avec une évidence et une incompréhension manifeste.
« Essaie au moins ! »
Il mit un pied sur le toboggan glissant et jeta un regard blasé à Hermione avant de perdre patience.
« Tu fais chier Granger, je ne peux pas bordel !!! »
« La ferme Malfoy, les grossièretés sont interdites ici ! » rétorqua la jeune sorcière avant de disparaître dans sa chambre.
Elle émergea à nouveau quelques longues minutes plus tard et fourra son livre dans les bras du Serpentard avant de le pousser vers la sortie.
« Merci d'être passé, bye, bye ! »
Avant qu'il ne comprenne et n'ait eu le temps de dire quoi que ce soit, Hermione l'avait poussé dehors alors que la Grosse Dame du portrait s'empressa de fermer la porte avec un air satisfait et supérieur.
« Putain ! » éclata-t-il enfin. « Granger ! Attends merde ! Granger ? Granger !!! Hermione ? Putain… Quoi ? Qu'est-ce t'as à me regarder la grosse ?? Quelle teigne bordel ! »
Un miaulement rauque lui fit baisser les yeux et il leva les sourcils au ciel en voyant la chatte du Gardien le regarder de ses grands yeux rouges et mauvais.
« Je te parlais pas à toi sac à puces ! »
Il prit le chemin des sous-sols de Poudlard en se hâtant, n'aimant finalement pas l'endroit trop lumineux pour lui alors que les grandes baies et autres vitraux lui renvoyaient le soleil bien présent en ce jour d'hiver.
Hermione soupira en remontant dans sa chambre. Elle songea à Harry, Ron et Neville qui devaient sûrement l'attendre à la bibliothèque mais renonça à quitter son refuge rassurant. Elle repensa à ce qu'elle venait de faire et son cœur s'emballa à l'idée que Draco était, il y a quelques minutes à peine, chez les Gryffondors. Et s'il avait pu monter jusqu'à sa chambre… Elle se força à chasser de ses pensées le Serpentard qui ne faisait après tout plus partie de sa vie, et elle s'allongea sur son lit avant d'attraper son ours en peluche qu'elle serra contre sa poitrine. Les révisions pouvaient bien attendre. Harry, Ron et Neville pouvaient bien attendre aussi, elle était si lasse à présent, elle avait tellement besoin de se reposer, fermer les yeux, sombrer, partir ailleurs pour oublier… Elle finit par s'endormir et rêva qu'Harry avait enfin trouvé le moyen de venir partager quelques fois sa solitude difficile à supporter…
Mardi 1er janvier 1980 – Ordre du Phénix - 2h05
Assise par terre près de la cheminée, Eléa se balançait d'avant en arrière tout en essayant de chasser les images horribles qui lui traversaient l'esprit.
Une larme silencieuse coula le long de sa joue qui reflétait le feu en face d'elle, emportant dans son sillon des traces de sang et de terre imprimées sur son visage comme des marques de guerre. Sa présence lors de la mission avait été une lamentable erreur, elle s'était mal jugé, elle s'était surestimé.
Elle entendit des pas derrière elle et se releva rapidement, avec la souplesse d'un félin. Sirius se tenait devant elle, le bras en écharpe et les yeux rougis par les larmes. Il avait sur la joue une cicatrice encore fraîche et regardait Eléa avec tristesse.
« Tu as des nouvelles ? » s'enquit la jeune femme fébrilement.
« Non, pas encore... »
Il s'approcha d'elle doucement et balaya de sa main libre une mèche du visage d'Eléa, puis il la conduisit à un fauteuil. Il fit apparaître un linge blanc et une bassine d'eau puis s'assit en face d'elle. D'un geste tendre, Sirius passa le linge humide sur le visage de son ancienne maîtresse, effaçant doucement les traces qui salissaient le visage pâle de la jeune femme. Elle accueillait chaque geste avec un léger soupir, le contact de l'eau sur sa peau lui procurait un bien-être fou et elle avait l'impression qu'en chassant ces traces, il faisait disparaître toute cette mission.
Il reposa le linge dans la bassine et colla son front contre le sien, elle pouvait sentir son souffle, sa chaleur, elle plongea ses yeux clairs dans les siens si sombres qui trahissaient la peur et la tristesse.
« Arrête de pleurer Eléa... » murmura-t-il.
Elle ne s'était pas rendue compte qu'elle pleurait. Son corps et son cœur étaient endormis et elle ne sentait plus rien. Il essuya ses larmes et déposa un baiser sur son front avant de la prendre finalement dans ses bras.
« Eléa, ce n'est pas ta faute... » dit-il à son oreille.
A ces mots, elle éclata en sanglots, des pleurs incontrôlables, que Sirius tenta de calmer en la berçant et en lui murmurant des paroles de réconfort.
« C'est... ma... faute, Sirius, » articula-t-elle. « Tout est de ma faute... »
« Non, ça ne l'est pas... »
« Si ça l'est, » trancha la voix de James chargée de rancune.
« James, tu devrais aller te coucher... » recommanda Sirius sèchement tout en se levant.
« Tu l'as vu comme moi Sirius ! » s'emporta James. « C'est de sa faute, c'est à cause d'elle que Lunard est dans cet état-là ! »
Eléa recommença à pleurer de plus belle, elle porta ses mains ensanglantées sur ses tempes, une migraine pointait et elle se sentait de plus en plus faible.
« Vas-y pleure, ça va nous avancer ! » cria James.
« Baisse d'un ton James ! On était piégés, Eléa a fait ce qu'elle a pu ! »
« Non, non, » rit nerveusement Potter. « ne la défends pas Sirius... »
Sirius leva son regard sombre vers son meilleur ami, le défiant du regard.
« Dis ce que tu penses ... » ordonna-t-il les dents serrées.
« Je pense que si Eléa avait plus couvert Rémus, comme elle était censée le faire, au lieu de se soucier de Malfoy, elle n'aurait pas le sang de Rémus sur les mains... »
« Je reconnais que j'ai fauté James ! Je suis désolée et je te jure que je le regrette du plus profond de mon cœur ! » Eléa s'était levée et faisait maintenant face à James aux côtés de Sirius.
« Ton cœur... Je suis sûr que tu te fais plus de souci pour ton putain d'amant que pour Rémus, et crois-moi Eléa, si Rémus y passe, je t'en jugerai responsable... »
« J'aime Rémus autant que toi James ! » cria Eléa alors que James eut un rire ironique. « Tu n'as pas le droit de juger mes sentiments ! Pourquoi ne me fais-tu jamais confiance ? »
« Pourquoi ?? Putain, mais tu couches avec un Mangemort, tes meilleurs amis sont des Mangemorts ! Tu aurais dû choisir depuis longtemps Eléa, tu ne peux pas servir deux maîtres à la fois ! »
« On ne peut plus lui demander de choisir James, tout était clair dès son entrée à l'Ordre ! Tu crois que c'est facile pour elle ? Tu crois que... »
« Tu la défends alors que ton meilleur ami est entre la vie et la mort par sa faute ?? » hallucina James. « Tu dois être un sacré coup au lit Eléa... » siffla-t-il avec dégoût.
Sirius rua vers lui, prêt à le frapper.
« ça suffit ! » s'interposa une jeune femme aux cheveux de soufre.
Ils tournèrent tous leurs visages vers celui de Lily, furieux.
« On vous entend d'en bas ! Vous n'avez pas honte ? » James alla répliquer mais elle l'en empêcha. « Vous devriez tous aller vous coucher... On a tous besoin de repos... »
Tous les trois se dévisagèrent et se dirigèrent vers la sortie.
« Au cas où ça vous intéresse... » ajouta Lily le visage fermé. « Rémus est hors de danger... C'est un loup-garou, il cicatrisera vite... »
Ils quittèrent tous le salon et Sirius accompagna Eléa jusqu'à sa chambre, ils s'arrêtèrent sur le palier, les yeux dans les yeux.
« Je n'ai pas sommeil Sirius... » murmura-t-elle.
« Si, tu es crevée... Avoue que tu ne veux pas dormir seule... » railla-t-il.
« C'est vrai... » Elle lui fit signe d'entrer dans la chambre mais il se contenta de sourire.
« Tu sais que je ne peux pas... »
« Tu ne peux pas ou tu ne veux pas ? »
« Eléa... » soupira-t-il.
« C'est sans importance Sirius... Je suis trop crevée pour une partie de jambes en l'air... J'ai besoin d'un ami c'est tout... » s'expliqua-t-elle.
« Tu as raison, ça a très bien marché la dernière fois... » se moqua-t-il.
« On pourrait retourner dans le salon, près de la cheminée... Et puis on est chez mon père Sirius... » ajouta-t-elle avec une grimace.
« Ok... Je vais prendre une douche et j'installe les coussins... » Il lui fit un clin d'œil et la quitta pour se préparer.
Eléa se déshabilla et grimaça lorsqu'elle leva les bras. Son corps était courbaturé et elle se demanda si elle n'avait pas une côte cassée. Elle jeta un coup d'œil au travers de la fenêtre, il neigeait à gros flocons et elle aurait aimé être dehors pour jouer dans la neige.
Elle eut un pincement au cœur, Lucius... Il avait été gravement touché lors de la bataille, il avait prit la tête des Mangemorts, sûrement pour impressionner le Maître et James ne l'avait pas épargné... James. Elle sentit de la colère au plus profond d'elle mais elle le comprenait aussi, Rémus avait failli mourir, par sa faute. Lorsqu'elle s'était rendue compte que Lucius et James étaient en duel, elle n'avait pas été attentive et elle n'avait pas couvert Rémus comme elle l'aurait dû. Bellatrix l'avait touché à la poitrine, Eléa s'était précipitée vers lui mais elle n'avait pu empêcher le sang de s'écouler, des flots de sang.
Elle eut un sursaut et regarda ses mains encore tâchées, elle se rendit à la salle de bain et prit une longue douche avant de rejoindre Sirius dans le salon.
« J'ai cru que tu t'étais endormie... » reprocha Sirius.
« Désolée... Tu as enlevé ton écharpe ? »
« Oui... pas pratique. » Il haussa les épaules. « Allez, viens... »
Elle s'assit entre ses jambes, dos à lui, et il l'entoura de ses bras musclés. Elle s'appuya contre lui en soupirant, savourant la chaleur de son ex-amant ainsi que le silence qui régnait dans la demeure.
« Tu as essayé d'avoir des nouvelles de Lucius ? » demanda-t-il après un court moment.
« Non... Je ne suis pas censée savoir... »
« Tu crois qu'il n'a pas senti ta présence ? »
« Difficile à dire... » Elle se tut un instant. « James ne l'a pas loupé... »
« Tu savais à quoi t'attendre » dit-il plus durement qu'il ne l'aurait souhaité. « Je veux dire… »
« Je sais ce que tu veux dire Siri... tu avais raison, je n'aurais pas dû venir, regarde ce que ça a donné... »
« Ecoute, Rémus va bien, ok ? Alors ne culpabilise pas... »
« J'apprécie que tu aies pris ma défense, vraiment... Mais James a raison...non, tais-toi, » anticipa-t-elle, sentant la poitrine du Maraudeur se soulever. « Je ne veux pas que toi et James vous disputiez pour ça... Lui et moi avons toujours eu des rapports tendus, c'est pas nouveau... »
« Il est allé trop loin Eléa... »
« Oui, mais il était triste, il était en colère... Tu sais bien ce qu'on peut dire quand on est dans cet état-là... »
« Je sais oui... » soupira-t-il. « T'as pas faim ? » demanda-t-il brusquement.
« Si... Je suis affamée... »
« Dinde ? » proposa-t-il en se levant.
« Oui, mais avec des marrons... »
« Et des frites ? » proposa-t-il avec un sourire.
« Tu me connais trop bien... » répondit-elle avec un clin d'œil.
Poudlard, mardi 7 janvier 1998
Harry entra dans la salle du cours de Métamorphoses et posa lourdement son sac sur la table, faisant sursauter Hermione.
« C'est sympa de nous avoir rejoint à la bibliothèque hier ! » dit-il durement avant de s'asseoir. « Sympa aussi de t'être joint à nous pour le dîner et encore sympa d'avoir donné signe de vie ! »
« J'avais besoin d'être un peu seule ! » répondit-elle sur le même ton. « Et tu aurais pu venir me voir, je n'étais pas bien loin ! »
« Je ne peux pas aller dans ta chambre ! Ginny est montée, tu ne lui as pas ouvert et je croyais que tu voulais être seule de toute manière !!! »
La situation semblait s'envenimer et Ron, voyant les mauvaises ondes et l'ambiance à l'orage, entraîna Neville au fond de sa salle.
« Tu sais quoi Harry ?! Tu n'es qu'un crétin, et tu n'essaies même pas, jamais ! » cria Hermione en se levant et commençant à ranger ses affaires.
« Quoi ?? Je n'essaie pas quoi ? De te parler ??! Je ne fais que ça mais tu fuis ! Qu'est-ce que tu fais ? »
« Ca ne se voit pas ?? Je m'en vais ! »
« Et le cours ? »
« Tu n'auras qu'à dire au Professeur McGonnagal que je ne me sentais pas bien ! Et c'est le cas… tu n'auras pas à mentir… »
Sur ces mots, Hermione quitta la salle devant le regard interdit d'Harry qui s'enfonça dans sa chaise en croisant les bras de frustration.
Harry fulmina durant tout le cours et quand la Directrice de sa Maison les libéra, il n'attendit pas Ron et Neville et se précipita à la recherche d'Hermione. Quand il s'aperçut qu'elle n'était pas à la bibliothèque, dans la Grande Salle ou dans la salle commune, il comprit qu'elle devait encore certainement s'être réfugiée dans sa chambre. Il descendit d'un pas lent et résigné les escaliers et ne fut pas mécontent de croiser le Directeur de l'école.
« Bonjour Harry ! »
« Bonjour Professeur… »
« Ca n'a pas l'air d'aller, » remarqua le vieux sorcier en fronçant les sourcils.
« Rien d'alarmant, c'est juste Hermione… Je crois que parfois, elle se sent seule, qu'elle voudrait me parler mais qu'elle n'y arrive pas… Et je ne sais pas comment l'aider… » répondit de manière confuse Harry. « Elle ne me parle plus d'Eléa et je ne sais pas si c'est parce qu'elle n'a pas de nouvelle ou parce que je ne suis pas la bonne personne pour l'écouter me parler de sa mère… »
« Eléa va bien, elle le sait, » répondit Dumbledore avec un sourire bienveillant.
« D'accord, ça ne me rassure pas en fait, parce que ça voudrait dire que c'est à cause de moi, son mal être, sa solitude… »
« Tu devrais essayer d'aller lui parler Harry. »
« Je sais mais vu que je ne l'ai trouvée nulle part, je présume qu'elle est dans sa chambre… »
« Et bien, va la voir Harry ! » réitéra Dumbledore et Harry le regarda avec incompréhension, se demandant si le vieux sorcier l'avait bien entendu.
« Elle est dans sa chambre, Professeur, » répéta Harry mettant l'accent sur le lieu inaccessible.
« Et moi je dis que tu peux toujours essayer d'y aller, ça ne coûte rien d'essayer, non ? »
Dumbledore lui fit un clin d'œil complice avec un regard malicieux et s'éloigna en sifflotant.
Harry remonta jusqu'à la salle commune des Gryffondor qu'il scruta d'un air dubitatif avant de se diriger vers les escaliers menant à la chambre d'Hermione. Il regarda les marches avec un air de défi et leva un pied hésitant, s'attendant de toute évidence à ce qu'elles se transforment d'une seconde à l'autre en un toboggan impraticable. Rien ne bougea et il posa un pied sur la première marche avec stupéfaction. Il chercha à tâtons une quelconque rambarde qui n'existait pas, ne quittant pas des yeux les escaliers censés être ennemis. Il prit une profonde inspiration et monta en courant le reste des marches jusqu'en haut. Il haleta exagérément, le cœur battant, et scruta à nouveau les escaliers immobiles. Il se retourna et frappa à la porte de la chambre de sa sœur. Ne recevant aucune réponse, il entra sans autorisation. Hermione le regarda d'un air surpris avant de se lever de son lit sur lequel elle était allongée sur le ventre, les livres étalés devant elle, alors qu'elle était en train de réviser pour les ASPICS blancs.
Elle tira sur son pull machinalement et se mit à sourire avant de s'élancer dans les bras de son frère.
« Harry, tu as réussi ! » s'exclama-t-elle avant de reculer et le regarder avec amusement.
« Je n'ai rien fait, » répondit Harry en haussant les épaules. « J'ai… juste monté les marches, sans magie, rien… et je me demande comment d'ailleurs… »
« Grand-père a parlé des liens du sang, c'est logique Harry, je suis ta sœur, tu peux venir me voir sans risque et sans ambiguïté ! »
Harry regarda Hermione fixement, ne s'habituant décidément pas à ce qu'elle parle du Professeur Dumbledore comme étant son grand-père. Il n'arrivait pas à intégrer ce lien de filiation unissant sa sœur et le Directeur de Poudlard et quand Hermione le nommait ainsi, il avait l'impression qu'elle parlait de quelqu'un d'autre.
« Hermione, ça n'a pas de sens, je me suis déjà retrouvé face à ce maudit toboggan ! Et pourquoi Ron ne peut-il pas aller dans la chambre de Ginny ?? »
« Harry, réfléchis cinq minutes… » se mit à rire Hermione, « tu ne pouvais pas venir quand je partageais ma chambre avec Lavande et Parvati mais maintenant je suis seule. Ginny partage sa chambre elle aussi… »
Harry lui répondit par un hochement de tête révélant l'évidence de la situation et ils restèrent tout à coup silencieux, fixant le sol devenu particulièrement fascinant. Ils relevèrent la tête en même temps et ouvrirent la bouche de concert.
« Je suis désolé pour ce matin… »
Ils esquissèrent un sourire et Hermione entraîna Harry jusqu'à son lit sur le rebord duquel elle le fit asseoir.
« Elle est chouette cette chambre ! » déclara-t-il en inspectant les lieux de manière curieuse.
« Merci ! Tu y viendras plus souvent maintenant que tu y as un accès illimité ? » s'enquit la jeune sorcière en s'asseyant en tailleur à côté de lui.
« Ouais, je crois, en tout cas chaque fois que j'y serai invité… »
Hermione acquiesça avant de glisser une main sous son oreiller et regarder Harry avec une nouvelle expression sérieuse et légèrement inquiète.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-il, percevant le changement chez sa sœur.
Elle lui tendit un vieux morceau de parchemin plié en quatre qu'il regarda d'un air énigmatique.
« C'est… c'est une lettre de James, Harry… » bredouilla Hermione. « Grand-père me l'a donnée à Noël, je voulais te le dire avant mais je n'osais pas… je voulais aussi égoïstement la garder pour moi… Elle est pour moi mais je crois que tu as le droit de la lire… »
Harry avait pâli et il serrait la fine missive avec angoisse alors que son cœur s'était emballé.
« Si tu veux la garder pour toi, je comprendrai… Cette lettre t'est adressée à toi Hermy, pas à moi… » regretta-t-il presque amèrement, se demandant pourquoi il n'avait pas ce privilège d'avoir une lettre à lui écrite de la main de son père.
Les situations étaient bien évidemment très différentes et James ne pouvait pas se douter qu'il mourrait des mains du Seigneur des Ténèbres… Mais il était jaloux, il ne pouvait s'en empêcher. Le temps sembla s'assombrir, comme le voile qui enveloppa son cœur et lui donna une nausée irrésistible. Deux enfants jaloux l'un de l'autre, pour un père qui les avait à peine connu et qui les aimait pourtant d'un même amour sincère… Quelle ironie. L'absence blesse et meurtrit, mais le silence est plus dangereux encore et Hermione le savait alors qu'elle se força à sourire à Harry.
« Non, tu peux la lire Harry… J'y tiens vraiment, » le rassura-t-elle doucement.
Il prit une profonde inspiration et d'une main tremblante, il déplia la lettre avant de commencer à la lire religieusement. Hermione ne pouvait détacher ses yeux de son frère alors qu'elle tordait nerveusement ses doigts. Harry releva finalement des yeux sereins et voilés vers sa sœur et il esquissa un large sourire qui permit à Hermione de retrouver les couleurs qui avaient quittées son visage.
« Je crois que le rêve de notre père s'est exaucé, Hermy, » déclara-t-il avec un clin d'œil et Hermione lui sauta à nouveau dans les bras.
« Si quelqu'un rentre ici et qu'il nous surprend dans cette position Hermy, je doute que nos explications paraîtront convaincantes… » déclara Harry, étouffé par une Hermione démonstrative.
Elle se dégagea des genoux de son frère en riant et Harry lui rendit sa lettre qu'elle posa sur sa table de chevet.
« C'est une magnifique lettre, je suis content pour toi », dit-il sincèrement.
« Merci Harry, et grand-père m'a aussi avoué que James était mon parrain… »
« Ah ? Il voulait vraiment s'investir pour toi, c'est plutôt honnête et bien de sa part. Ma mère n'a pas dû être au courant je pense, c'est pas plus mal même si de toute façon elle aurait bien fini par le savoir, mais vu les circonstances, je pense qu'elle aurait compris… Oui, Eléa m'a parlé… » continua le Gryffondor en voyant sa sœur froncer les sourcils.
« Ah oui ? » demanda d'un air curieux Hermione.
« Oui, » répondit Harry avec un sourire se voulant rassurant. « Elle m'a raconté… tout. Je sais pourquoi tu es là et dans quelles circonstances. »
« Et ? » demanda fébrilement Hermione avec une petite grimace.
« Et… je suis drôlement content que tu sois là, » répondit Harry avec un sourire en coin. « Et vu ta destinée, ce à quoi tu étais promise, je suis bien content que notre père ait pris cette décision, de t'éloigner, pour te protéger… »
« Et pour Eléa, Harry ? » s'inquiéta Hermione.
« Elle m'a parlé un soir, après Noël, quand on était encore à Grimmauld Place. Tu lui ressembles par certains côtés… Bornée, voulant avoir le dernier mot, persuasive, directive, » commença Harry en soupirant devant le regard blasé d'Hermione qui fit sourire le jeune Gryffondor. « Je ne sais plus Hermione… Si je dois lui pardonner, si j'ai vraiment des choses à lui pardonner, lui pardonner quoi au juste ? Il y a des choses qu'elle a faites qui sont impardonnables… Mais en ce qui concerne notre père, je crois qu'il vaut mieux lâcher du lest… Il a dit dans ta lettre qu'ils ont apparemment tous essayé de l'aider et surtout qu'Eléa avait une place spéciale dans sa vie, du fait de ta venue… Je ne te promets rien, ou du moins si, je te promets une chose, c'est d'être un peu moins dur avec Eléa, elle a le droit à une deuxième chance, on verra… » termina-t-il en haussant les épaules.
« Merci Harry ! Vraiment ! Ca me touche ! » s'exclama Hermione, presque les larmes aux yeux en se retenant pour ne pas à nouveau sauter dans les bras de son frère.
« Je vais essayer Hermy… » l'avertit Harry. « Je n'oublie pas ce qu'elle a fait et surtout le fait qu'elle est toujours avec les Mangemorts, même si elle nous aide… Mais en ce qui te concerne, et par rapport à notre père, ok, c'est bon… »
Il ne l'avouerait pas véritablement, il était trop fier et trop pudique pour cela. Jamais il ne dirait clairement qu'il lui avait pardonné, qu'il pourrait à présent la considérer comme la mère de sa sœur sans avoir la nausée et des envies de meurtre.
« Harry, j'ai revu toute l'Histoire de la Magie ! » annonça fièrement Hermione, changeant de sujet de conversation.
« Forcément, tu as séché le cours de ce matin… » fit remarquer Harry d'un air blasé.
« Qu'est-ce que McGonnagal a dit ? » demanda Hermione, finalement moins enjouée.
« Rien, que surtout tu te reposes pour être prête pour les examens. Elle t'a même écrit sur un morceau de parchemin les instructions pour l'ASPIC… J'ai menti pour toi Hermy… »
« Je t'adore Harry ! » se mit à rire Hermione déposant un baiser sur la joue de son frère.
« Ouais… Laisse-moi au moins m'asseoir à côté de toi au cours de Snape demain, j'ai rien fait… Et on ferait mieux d'y aller, on va être en retard au cours d'Histoire… » répondit Harry en se levant.
Hermione acquiesça et pria Harry de l'attendre quelques secondes le temps qu'elle fasse un passage rapide par la salle de bain. Elle sortit de la chambre et Harry comprit qu'il avait quelques bonnes minutes pour explorer tranquillement les lieux. Il marcha dans la grande chambre en examinant chaque détail, reconnaissant des objets familiers, comme une photo prise par Colin Crivey en deuxième année où ils étaient tous les trois réunis, Hermione, Ron et lui. Il s'arrêta devant le bureau encombré de livres, fioles, onguents et autres parchemins roulés. Son regard glissa sur un morceau de parchemin froissé et il lut le message en regrettant sur le champ son indiscrétion alors qu'une boule de rage se forma au creux de son estomac. L'écriture était fine et légèrement penchée, petite et régulière. Tandis qu'il relisait les mots avec incompréhension quant à l'utilité de garder une telle lettre, il fut tenté un instant de la prendre et la déchirer pour débarrasser Hermione du parasite qui ne semblait pas vouloir la lâcher si facilement.
« Hermione,
Juste un petit mot rapide pour te souhaiter une bonne année 1998 ! Qu'elle soit remplie de joie, réussite, bonheur, amour et amitié. Je pense bien à toi en cette période que je sais difficile pour toi et je t'embrasse amicalement.
D.M. »
Comment osait-il lui parler d'amour et d'amitié ce bâtard ??! Je t'embrasse affectueusement ?! Connard oui ! Harry serra les poings et se retint pour ne pas faire du parchemin des confettis. Il inspira bien à fond et se retourna en enfouissant les mains dans les poches de son pantalon. Il ne l'avait pas vu auparavant, bien trop préoccupé par sa conversation avec sa sœur, mais il remarqua enfin l'intrus sur le lit d'Hermione, coincé entre un coussin et le gros chat orange qui dormait d'un sommeil paisible. Il s'approcha du lit sur lequel il se rassit et prit d'une main l'ours en peluche qu'il n'eut aucun mal à reconnaître. Il le retourna dans tous les sens avant de le reposer en soupirant et laisser échapper un « putain Hermy… » résigné mais désapprobateur.
Il ne lui dit rien, il préféra ne pas aborder le sujet, il savait qu'elle lui en parlerait si elle le voulait, mais il savait aussi qu'elle ne lui dirait rien de ce sujet délicat et propice à controverses entre eux. Peut-être qu'elle irait trouver Ginny alors, et encore il en doutait sérieusement, il savait en fait qu'elle garderait tout ça pour elle…
Mardi 1er janvier 1980, 10h02
Eléa ouvrit lentement les yeux tout en inspirant profondément. Son corps était endolori mais elle ne savait pas pourquoi, ni comment, avant de réaliser où elle était. Dans le salon de son père, dans les bras de celui qu'elle avait tant aimé. Sirius, à côté d'elle, commençait aussi à se réveiller, il la serra contre elle et l'embrassa tendrement sur le front. Eléa s'assit en se frottant ses yeux pâles et fatigués avant de croiser le regard froid d'Audrey, debout contre la porte d'entrée. Le cœur d'Eléa se serra, elle n'avait pas envie d'une dispute, pas après celle de la veille, ils n'avaient rien fait de mal. Sirius se leva en premier et embrassa Audrey qui lui fit un petit sourire forcé.
« J'ai préparé du café et de quoi déjeuner... »
Elle leur fit signe de les suivre et ils retrouvèrent Lily, James et Peter qui avaient déjà entamé leur petit déjeuner avec enthousiasme. Sirius et James s'échangèrent des regards plutôt froids tandis qu'Eléa et Audrey s'attablèrent. Ils apprirent avec joie qu'ils pourraient rendre visite à leur ami dès qu'ils se seraient restaurés. Rémus avait bien récupéré pendant la nuit, son statut de Lycan n'avait finalement pas que des mauvais côtés.
L'annonce du débriefing de la dernière mission ne détendit pas l'atmosphère, bien au contraire. Eléa allait devoir à nouveau faire face à ses actes, à ses décisions et elle savait qu'elle avait tous les torts. James n'allait pas l'épargner, pas plus que McGonagall ou Meadows. Elle s'excusa et s'éclipsa dans sa chambre, elle avait besoin d'être seule, de se concentrer et de se remémorer les évènements. Elle ressentit l'immense besoin d'effectuer un rituel de Magie Noire, un de ceux qui lui donnait la force et la sérénité, un de ceux que Voldemort lui avait enseigné lors de leurs séances privées. Malheureusement, utiliser la Magie Noire ne ferait qu'aggraver son cas et perdre les derniers alliés qu'elle avait dans ce camp.
Elle finit de s'habiller lorsqu'elle sentit la présence de son père près d'elle. Elle ouvrit la porte avant même qu'il ne frappe.
« Je venais te chercher pour aller voir Rémus, » dit-il avec un sourire malicieux. « Comment vas-tu ? » reprit-il d'un ton plus inquiet.
« Comme quelqu'un qui a faillit tuer un de ses meilleurs amis... » soupira-t-elle.
« Tu es trop dure avec toi, Eléa... »
« Je ne suis pas la seule à le penser, » coupa-t-elle.
« J'ai entendu votre dispute hier soir, à vrai dire, toutes les personnes présentes l'ont entendue. James était sous le choc, il ne pensait pas tout ce qu'il a dit... »
« Je n'en suis pas certaine, » ajouta Eléa à voix basse.
Ils se rendirent au chevet de Rémus et Eléa fut surprise de la bonne mine de ce dernier. Ils restèrent tous une bonne heure auprès de lui afin de lui changer les idées. Sirius et James firent un effort et l'atmosphère devint plus légère. Rémus demanda à être seul avec Eléa et ses amis quittèrent donc la pièce à contrecœur.
« Arrête de faire cette tête d'enterrement, Eléa, » soupira Rémus.
Eléa leva des yeux tristes vers son ami et les posa sur son torse entouré de bandages.
« Si tu savais à quel point je suis désolée... » souffla-t-elle.
Elle l'était sincèrement. Rémus était avec Sirius une des personnes auxquelles elle tenait de tout son cœur, malgré son appartenance aux Mangemorts, malgré sa trahison et elle savait qu'elle ne supporterait pas que l'un d'eux soit tué. Elle savait au fond d'elle que cela pouvait arriver d'un jour à l'autre, elle savait aussi que s'ils apprenaient sa trahison elle les perdrait à jamais et tout cela la rendait plus que triste. Sa vie ne lui appartenait plus depuis longtemps, elle aurait tant aimé que ses sentiments en fassent de même, qu'ils obéissent à une puissance extérieure, qu'ils ne prennent pas le dessus sur sa raison.
« Eléa... » Rémus la tira de ses pensés obscures et reprit : « Je ne t'en veux pas, j'aurais sûrement agi de la même façon si la femme que j'aimais était en danger... »
« Ce n'est pas pour ça que tu devrais m'en vouloir Rémus, c'est pour m'avoir surestimée, pour avoir cru que j'étais au-dessus de tous mes sentiments, que je pouvais faire la différence entre la guerre et les sentiments... »
« Je ne peux pas t'en vouloir pour ça non plus... » rit Rémus. « Ecoute, arrête d'y penser, je vais bien. » Ils s'échangèrent un sourire complice. « Comment va Lucius ? » demanda-t-il brusquement.
« Je... Je ne sais pas Rémus, » dit-elle les larmes aux yeux. Elle avait très peu pensé à Lucius et se sentait tout à coup prise d'angoisses. « La dernière fois que je l'ai vu, c'est quand tu as été blessé... »
« Je suis sûr qu'il va bien, il a toujours été très doué en duels, » soupira-t-il.
« Oui... »
On frappa à la porte et Sirius demanda à Eléa de les rejoindre pour la réunion. Elle embrassa Rémus et le remercia pour son amitié puis elle se dirigea vers la grande table de bois où tous les regards étaient tournés vers elle. Elle effaça son air triste pour reprendre une attitude plus sûre d'elle et affronta avec un aplomb étonnant les regards hostiles.
La réunion dura plus de deux heures et Eléa rentra chez elle avec un soulagement certain. Elle avait dû s'excuser, reconnaître ses fautes pour la énième fois et elle apprécia le soutien de Sirius ainsi que celui de son père. Elle n'aimait pas avoir tort, et se planter royalement sur une mission n'était pas un de ses passe-temps favoris...
Elle s'assit sur le lit de sa chambre en fermant les yeux, savourant le silence qui régnait dans l'appartement, justes quelques secondes, avant de repartir pour un Manoir rempli de Mangemorts. Elle aimerait tant pouvoir partir dans un lieu inconnu, dans le silence, profiter de la vie, de la nature, loin de toute cette guerre. Mais les faits étaient là, elle s'était engagée jusqu'à la mort pour une cause qu'elle cautionnait, pour assurer un avenir aux générations futures, un futur où ils seraient les maîtres du monde.
Elle arriva quelques minutes plus tard au Manoir des Jédusor avec un pincement au cœur. Le Manoir était étrangement calme et elle demanda à un des Mangemorts de garde où était Lucius. Il lui indiqua une chambre à l'étage et elle se précipita le cœur battant vers son amant.
Elle ouvrit doucement la porte de la chambre et regarda avec soulagement Lucius allongé, dormant d'un air paisible, le bras en écharpe.
Elle s'assit près de lui, lui prit sa main qui reposait sur son abdomen et la porta à ses lèvres. Lorsqu'elle la reposa, elle put voir un sourire se dessiner sur les lèvres du Mangemort.
« Tu en as mis du temps, » murmura-t-il.
« Désolée chéri, j'ai pas pu faire autrement... » Elle s'approcha de lui et l'embrassa tendrement. « Comment vas-tu ? »
« Bien. Fatigué mais bien, Sev fait des miracles... Le Maître s'est occupé de moi aussi, Potter sait viser... » dit-il avec un air dégoûté.
« J'aurais donné n'importe quoi pour que Bella touche aussi ce connard ! » cracha-t-elle.
« Lupin est en vie ? » interrogea-t-il.
« Oui, on l'a amené à temps... »
Il lui jeta un regard interrogatif, mais elle secoua la tête.
« Non, je n'ai rien fait cette fois-ci, Lucius... » Elle s'allongea à ses côtés et il l'entoura de son bras valide. « Il me tarde que cette foutue guerre soit finie... Je veux une vie normale Lucius ! »
« Je sais amour... » Il l'embrassa sur le front. « Le Maître voudra te voir, il n'a pas apprécié que tu sois présente lors de la mission... »
« Tu sais comment est mon père, il a vraiment tenu à ce que je participe, » mentit-elle. « D'ailleurs ils sont partis où ? On est seuls ? » demanda-t-elle intriguée.
« Ils sont au sous-sol, pour une réunion... »
Ils restèrent en silence quelques minutes avant qu'il ne reprenne doucement.
« Et toi ? Comment tu vas chaton ? »
« Je vais bien, » soupira-t-elle.
« Vraiment ? Le bébé, ça va ? »
Eléa se sentit un peu honteuse, elle avait oublié qu'elle était enceinte et n'avait absolument pas pensé à l'enfant.
« Oui, oui, ça va, » sourit-elle. « Je dois aller à Ste Mangouste cette semaine... »
« Tu n'as pas encore de nausées ? »
« C'est trop tôt chéri, je suis enceinte que depuis une dizaine de jours... on verra ça dans quelques semaines... »
« Mmmh, » acquiesça-t-il.
« Tu t'endors ? » s'étonna Eléa, qui n'avait pas l'habitude de voir son amant dormir en milieu de journée.
Il soupira et la serra à nouveau contre lui, puis lui demanda la voix endormie.
« Reste dormir avec moi amour, tu m'as trop manqué... »
Elle sourit et se blottit contre lui, posant sa tête contre sa poitrine, sentant son parfum épicé, il lui avait tant manqué... Elle ressentit un bien-être qu'elle n'avait pas ressenti depuis longtemps, elle avait soudain l'impression d'être en sécurité dans ce manoir qu'elle détestait tant, juste parce qu'il était là. Elle s'endormit enfin dans les bras de son amant, d'un sommeil profond et réparateur, oubliant l'espace d'un instant la guerre et ses conséquences
Londres, lundi 13 janvier 1998, 18h
La nuit avait déjà enveloppé Londres et la ville bénéficiait en plus d'un voile de brouillard qui permettait de circuler quasi incognito. Le soleil bien présent des derniers jours avait fait fondre la neige et seuls quelques endroits au nord, trop isolés pour bénéficier d'un quelconque ensoleillement, gardaient encore une fine couverture blanche durcie par le froid. Eléa s'arrêta de marcher et écouta le silence un instant avant de faire un nouveau pas et esquisser un sourire amusé en secouant légèrement la tête. Elle retournait au nouveau refuge de Voldemort d'un pas lent, nullement pressée de revoir les Mangemorts qui ne lui adressaient pas la parole. Même la perspective de voir Lucius n'arrivait pas à lui donner une envie palpitante et fébrile de courir jusqu'à Sloane Square. Et ça faisait pourtant trois jours qu'elle n'avait pas vu son amant, trois jours qu'elle avait passé à Grimmauld Place à méditer et se reposer, prenant des forces pour affronter ce qui l'attendait à l'hôtel. Elle soupira et regarda son souffle se transformer en fumée et s'échapper de ses lèvres. Elle fit mine comme une enfant de fumer et regretta presque de ne pas avoir subtilisé une cigarette ou deux à Lucius. La fumée paraissait mauve, à moins qu'il s'agissait de son imagination. Non, la nuit était mauve, elle l'avait décidé ainsi. Ses pas se suivaient en cette nuit d'hiver et l'arc-en-ciel de couleur qu'elle s'était inventée l'aidait pour qu'ils ne soient pas trop lourds. Son regard fixait le pavé gris, s'en allant par intermittence vers un horizon prometteur, et elle marchait dans le froid glacial le cœur grand ouvert, déterminée à vivre ses passions. Toutes. Quelles qu'elles soient. Elle avançait dans les rues, au hasard, croyant à un chemin qui l'attendait au bout et qui l'emmènerait avec ceux qu'elle aime là où il n'y aurait plus rien à prouver et à combattre au péril de sa vie. Elle remit sur sa tête la capuche de sa cape qui avait glissée, et s'arrêta une nouvelle fois en soupirant.
« Severus, je sais que tu me suis… Tu sais où je vais, je n'ai pas besoin d'un quelconque ange gardien, tu m'agaces et tu n'es pas discret… »
Pas de réponse. Elle se retourna et fronça les sourcils en scrutant les environs déserts. Le brouillard s'épaississait et elle frissonna en laissant à nouveau échapper un large nuage de buée de ses lèvres entrouvertes. Elle tourna les talons et se remit à marcher mais cette fois plus rapidement. Elle atteignit enfin Sloane Square et pénétra dans l'hôtel sans se retourner pour vérifier si elle était toujours suivie. La chaleur qui régnait dans la demeure luxueuse l'apaisa et elle s'aperçut qu'elle respirait rapidement et que son cœur battait plus vite que la normale. Elle se força à se calmer et se dirigea vers la salle de restaurant. Quand elle entra dans la pièce, elle retint sa respiration et resta bouche bée les quelques secondes qui s'égrenèrent et durant lesquelles elle examina les lieux. Ainsi, c'était achevé, ils avaient enfin fait le nécessaire et avaient « poussé les murs » comme ils avaient promis de le faire. Une grande table de réunion était dressée près d'une large baie vitrée donnant sur le parc et la terrasse extérieure. Il restait toujours de nombreuses petites tables qui permettaient de s'asseoir en comité réduit. Eléa apprécia plus particulièrement le coin cheminée aménagé avec des fauteuils confortables et tout un mobilier de l'époque victorienne. Au fond de la salle, des rideaux en velours verts, pour le moment relevés, marquaient la séparation avec un boudoir où une bibliothèque avait été installée.
Eléa s'avança vers les rideaux qu'elle frôla d'une main avant de s'approcher de la bibliothèque et admirer les ouvrages qui garnissaient les étagères. Elle fut surprise de ne trouver aucun Mangemort dans les lieux et elle retourna jusqu'au hall de l'hôtel. Ce dernier n'avait étrangement fait l'objet d'aucune modification et Eléa regarda, un instant hypnotisée, l'horloge en chrysocale dorée avant de se diriger vers les escaliers menant au premier étage.
Elle remarqua que l'escalier avait été considérablement élargi ainsi que les couloirs qui semblèrent s'être multipliés. Elle gagna enfin sa chambre et constata avec satisfaction qu'elle était également nettement plus grande. La bibliothèque privée lui parut plus achalandée et elle s'en approcha avec une impatience grandissante à l'idée d'y découvrir peut-être des nouveautés intéressantes. Son sourire s'effaça quand elle aperçut un petit livre vert foncé sur une table basse avec un morceau de parchemin plié à côté. D'une main tremblante, elle prit le message qu'elle lut avant d'étouffer un sanglot au fond de sa gorge. Elle avait su avant même d'en prendre connaissance que la menace déguisée n'était destinée qu'à lui faire emmagasiner plus rapidement les derniers éléments de Magie Noire qu'il lui manquait pour pouvoir parfaire ce qu'Il avait prévu pour elle.
« On m'a dit que le mot de passe des Gryffondors était « Confusio Temporaris ». Quelle brillante idée, et quel élément fascinant qu'est le temps, n'est-ce pas Eléa ? Le temps est immuable mais néanmoins compté, et il te fait savoir de le défier d'ici les deux mois qui viennent. Je compte sur toi, j'ai confiance en toi, tu sais que je t'ai toujours aimée. Je viens de réaliser que je ne m'étais jamais rendu dans la salle commune des Gryffondors. A moins que tu me racontes, des idées me viennent, travaille bien ma belle.
L.V. »
Une larme roula malgré elle sur sa joue et elle soupira en se redressant alors qu'elle s'approcha de la fenêtre. Elle déboutonnait sa cape lentement en même temps qu'elle observait la silhouette de l'autre côté de la rue. Elle eut une soudaine envie de sortir d'ici et de courir rejoindre son ange gardien, à moins qu'il s'agissait que d'une simple surveillance prête à rapporter à son organisation les éléments en sa possession… Des bras l'enveloppèrent et elle ferma les yeux en se renversant contre le torse de son amant.
« Tu m'as manqué chaton… » souffla Lucius en déposant un baiser dans le cou offert d'Eléa.
« Je ne veux plus être séparée de toi Lucius, » répondit Eléa en chuchotant.
« Alors, ne pars plus, reste ici, avec nous, c'est ici chez toi amour à présent, » déclara avec évidence le Mangemort.
Il débarrassa Eléa de sa cape et dégagea ses cheveux pour regarder la rue en contrebas par-dessus l'épaule de sa maîtresse.
« Severus est encore là ? » demanda-t-il sombrement. « Je me demande comment cet idiot a pu nous bluffer pendant toutes ces années quand tu vois en ce moment sa discrétion impressionnante et sa couverture à toute épreuve… »
« Arrête Lucius… » soupira Eléa. « J'ai envie de le rejoindre, ne me tente pas… »
Il la retourna pour pouvoir la regarder dans les yeux et vit enfin qu'elle avait pleuré.
« Qu'est-ce qu'il y a chaton ? » demanda-t-il en effaçant les dernières traces de ses larmes.
« Qu'est-ce qu'il y a Lucius ?? » s'emporta Eléa. « Tu n'as pas vu le message qu'Il m'a laissé, les menaces, la pression qu'Il me met ??! »
« Ah, tu as vu le livre, » déclara Lucius avec une petite grimace.
« Et le mot Lucius ! Il menace de s'en prendre directement à Hermione !! »
« A Potter, » corrigea Lucius, et Eléa s'éloigna de ses bras.
« Tu es au courant ?! Mais peu importe, à Hermione, à Harry, ce ne sont que des gosses ! Tu cautionnes peut-être ?! » Eléa leva le ton et Lucius tenta de s'approcher à nouveau, avec peu de succès.
« Chaton, là n'est pas la question. Tu seras prête, n'est-ce pas ? Pour le rituel je veux dire, tu es bien avancée en Magie Noire, non ? »
« Tu veux un échantillon ? » demanda Eléa les dents serrées en prenant sa cape à la volée qu'elle rangea en fulminant.
« Severus est parti, c'est dommage, je l'aurais bien invité à boire un coup… » railla Lucius en commençant à se déshabiller lui aussi.
« Ne commence pas Lucius, je suis déjà assez énervée comme ça ! »
Il soupira en levant les yeux au ciel, ce qui ne fit qu'augmenter le courroux de sa maîtresse qui claqua derrière elle la porte de la salle de bain. Quand elle en ressortit, Lucius était déjà couché, un large sourire sur ses lèvres, alors qu'Eléa lui retourna un regard noir.
« Tu viens te coucher chaton ? »
Pas de réponse. Il garda son sourire plaqué pour poursuivre.
« Eléa, allez, arrête amour, viens te coucher… »
« Je ne peux pas, j'ai un livre à avaler ce soir, tu m'excuseras si il en résulte une indigestion ensuite ! » rétorqua Eléa avec un faux sourire avant de disparaître pour aller étudier le précieux manuscrit du Seigneur des Ténèbres.
Mercredi 3 janvier 1980, 8h25
Le pâle soleil d'hiver caressa la peau fragile d'Eléa, lui apportant une douce chaleur réconfortante. Elle cligna des yeux avant de les ouvrir sur une vue émoustillante. Lucius sortait de la salle de bain, une simple serviette blanche entourait ses hanches. Il s'assit sur le bord du lit pour inspecter une de ses blessures mais il remarqua que sa maîtresse était réveillée et lui sourit d'un œil coquin. Eléa ne put se retenir davantage et s'approcha de lui langoureusement, à quatre pattes sur le lit comme un chat s'approchant de sa proie. Lucius ne put retenir un rire en la voyant ainsi et cria de douleur lorsqu'elle lui sauta dessus, le maintenant allongé. Elle ne s'excusa pas, préférant l'embrasser fougueusement, Lucius leva les bras en guise de soumission, décidant de laisser faire sa maîtresse. L'étreinte fut courte mais intense, elle ne fit pas attention aux blessures de son amant, elle s'empala sur lui avec impatience et bougea ses hanches avec un rythme infernal, dévorant en même temps sa bouche et son cou. Elle se laissa aller quelques minutes plus tard, la tête en arrière, s'abandonnant à un orgasme puissant, Lucius jouit en même temps qu'elle, se délectant de voir sa maîtresse dans cet état.
Après avoir repris ses esprits, Eléa s'allongea près de son amant et l'embrassa tendrement.
« Je te trouve bien câline, » remarqua-t-il avec amusement.
« Tu veux que j'arrête ? » demanda-t-elle avec une moue boudeuse.
« Non, » rit-il avant d'étouffer un juron et se tenir l'abdomen. « Je crois que tu m'as cassé une autre côte... »
Eléa grimaça en s'excusant avant de répondre aux trois coups frappés à leur porte. Severus entra dans la pièce et jeta son légendaire regard blasé à ses amis.
« Heureusement qu'on t'a dit aucune activité... » dit-il froidement.
« Mais je n'ai rien fait, Severus, » répondit Lucius sur un ton coquin.
« Dommage que tu viennes si tard, tu aurais pu te joindre à nous, » répliqua sensuellement Eléa.
Lucius lui jeta un œil à la fois surpris et pervers, Severus leva un sourcil avant de lever les yeux au ciel en soupirant.
« Je vais me doucher ! » annonça Eléa comme si il s'agissait d'une grande nouvelle.
Ils la regardèrent avec étonnement lorsqu'elle se leva, nue, pour se diriger vers la salle de bain, ne pouvant décrocher leurs yeux de son corps aux courbes généreuses et sensuelles. Elle fit un clin d'œil peu discret à Lucius avant de s'enfermer et de faire couler un bain brûlant.
« Elle a l'air... euh... en forme, » bredouilla Severus, consterné par l'attitude décalée de son amie. Lucius se contenta d'acquiescer, l'air pensif.
Ils savaient tous deux que lorsque Eléa agissait de la sorte, ce n'était pas bon signe. Elle se déconnectait de la réalité, elle se voilait la face sur ce qu'il se passait et s'enfermait dans un monde bien à elle, que personne, ni Severus, ni Lucius n'arrivait à comprendre. Lucius se demandait même si le Maître la comprenait, ou s'il pouvait pénétrer ses pensées et voir la folie qui pouvait l'animer dans ces cas-là.
Eléa avait toujours eu un humour décalé, des réactions assez imprévisibles, mais depuis qu'elle était au service de Seigneur des Ténèbres, son attitude était plus lunatique.
Elle s'était d'abord réfugiée dans la Magie Noire, puis avec le temps et la pratique, elle ne s'en servait plus comme échappatoire mais comme puissance. Eléa, poussée par le Maître, avait développé une soif de puissance, une folie meurtrière que sa conscience ne pouvait supporter. Etre la fille d'un sorcier tel que Dumbledore lui avait apporté certes un grand pouvoir, mais aussi des valeurs qu'elle se détestait à tant aimer bafouer. Sa déconnexion était sa soupape de sécurité, seulement elle était encore plus imprévisible dans ces cas-là et Lucius appréhendait toujours ces moments. Elle pouvait être joyeuse et débordante d'énergie, puis sombrer dans un mutisme inquiétant ou pire s'en prendre aux autres ou à elle-même. Il avait appris à reconnaître les signes annonciateurs d'une crise et essayait tant bien que mal de les gérer.
Eléa allait traverser une nouvelle crise, il pouvait le sentir, mais elle était enceinte et il se demanda quelle influence son état physique aurait sur son psychique.
Lucius sursauta lorsque Snape lui enleva d'un geste sec son pansement et jeta à son ami un regard outré que ce dernier reçu avec sourire narquois.
« Ne t'inquiète pas, Lucius, elle ira bien, » dit-il alors que lui-même en doutait.
« Tu lis dans mes pensées maintenant, Severus ? » s'indigna Lucius.
« Pas besoin de Légilimencie pour ça, il suffit de te connaître... »
« Et Merlin sait que tu me connais... » soupira Malfoy avec un sourire franc, « Comme je te connais... Je sais que tu t'inquiètes autant que moi…
Ils restèrent silencieux quelques minutes. Malgré leur amitié, ils n'avaient pas partagé beaucoup de moments ensemble ces derniers temps, ne parlant que des missions et des projets du Maître. Severus était très pris par ses études, sa carrière prometteuse en tant que Maître en potion était très importante à ses yeux ainsi que pour son avenir avec Sarah. Lucius, quant à lui, travaillait dur au Ministère, perpétuant ainsi l'excellence de la famille Malfoy, très précieuse au service du Lord.
« Eléa est enceinte, » lâcha soudainement Lucius.
Severus fut à la fois surpris et très heureux de cette nouvelle.
« Depuis combien de temps ? »
« Quelques semaines, elle ne veut pas que ça s'ébruite tant qu'elle n'est pas certaine que tout se passe bien, » mentit-il, devinant le peu d'enthousiasme d'Eléa à annoncer cette nouvelle.
« Je suis vraiment très heureux pour vous, » dit Severus sincèrement.
« ça... ça me tue de l'avouer, » bredouilla Lucius avec un air blasé, « Mais tu la connais mieux que personne... »
« Je la surveillerai, je te le promets. »
« Merci, » souffla Lucius d'un air reconnaissant.
Eléa passa le reste de la matinée à raconter à Lucius comment elle avait envie de refaire l'appartement et il l'écouta d'un air résigné. Il se demanda si il devait faire cesser ce flot de paroles ou la laisser continuer en essayant de penser à autre chose, quand la Marque brûla légèrement le bras de sa maîtresse. Elle soupira et jeta un œil par la fenêtre, les nuages étaient bas et elle souhaita qu'il neige en posant les yeux vers le jardin.
Il était là, appuyé nonchalamment contre un arbre et fumant une cigarette. Il porta son regard turquoise vers elle et elle le rejoignit. Elle s'étonna à éprouver l'envie de le voir, de lui parler, de sentir sa présence, de se laisser séduire... Elle sortit dans le jardin, couverte par une cape noire dans laquelle elle s'emmitoufla. Elle se retourna quelques secondes vers la fenêtre du salon, Eilane l'observait mais elle ne pouvait pas lire ses pensées au travers de son regard de bronze. Le Lord s'approcha d'elle et lui tendit une main gantée qu'elle prit avec assurance et il la guida dans le jardin, observant en silence la nature gelée.
« J'aime beaucoup l'hiver... » dit-il doucement.
« ça doit vous changer des flammes de l'enfer !» s'exclama Eléa en riant avant de se reprendre, honteuse. « Désolée, c'était irrespectueux... »
Il la dévisagea un instant avant de sourire « N'aie pas peur, Eléa, tant que ce genre de blagues reste entre nous... »
Elle s'autorisa à respirer à nouveau et regarda à nouveau son Maître dans les yeux lorsqu'elle sentit sa main se refermer avec poigne sur la sienne.
« Qu'attendez-vous de moi ? » murmura-t-elle.
« De l'obéissance ma belle... » Il planta ses yeux dans les siens et caressa son visage avec douceur. « Je ne veux plus te voir sur un champ de bataille, c'est trop risqué... Que ce soit dans un camp ou dans l'autre... » Eléa alla rétorquer mais Il posa son index sur ses lèvres. « Chhhhuut ! » siffla-t-il. « Ne m'interrompt pas... Tu as une chambre à ta disposition ici, ainsi que ma bibliothèque privée... Eilane fait des recherches, je pense que tu pourrais aussi lui être d'une grande aide... »
Eléa détourna son visage avec tristesse.
« Je sais que tu as besoin d'action Eléa, mais je ne veux pas risquer qu'il t'arrive quelque chose... »
« Qu'il arrive quelque chose à l'enfant, nuance... » bouda Eléa.
« Non, Eléa, c'est de toi que je me soucie... » dit-il en se rapprochant à nouveau d'elle.
« Je vais m'ennuyer, je déteste ça... Je suis active depuis tellement d'années... » râla-t-elle.
« Je crois que tu as surtout peur de perdre ta place... » remarqua-t-il plus sèchement. « Je t'ai déjà dit plusieurs fois combien tu m'étais chère, je n'aime pas qu'on remette ma parole en doute. »
« Je ne la remets pas en doute ! J'expose juste des faits ! »
« Calme toi... » Il la prit par la taille et ils s'assirent sur un des bancs du jardin. « Tu es enceinte et je te donne l'opportunité de vivre cette grossesse pleinement, chose que je ne ferai jamais pour aucune de mes Mangemort, je te le rappelle. Tu auras tout ce que tu veux, tu es sous MA protection Eléa... »
Elle acquiesça tristement, s'imaginant avec son gros ventre, au milieu de livres et se goinfrant de chocolat.
« Je veux que Lucius soit plus présent... » murmura-t-elle avec appréhension.
Il resta silencieux quelques minutes avant d'accepter.
« Je ne veux pas être mise à l'écart des réunions, je veux être au courant de tout... »
« Non. »
« S'il vous... »
« Non, Eléa. Tu sais déjà assez de choses, je ne sais pas comment tes pouvoirs vont réagir, en particulier à la Légilimencie... » Elle soupira à nouveau, puis le Lord reprit d'une voix enjouée : « Pourquoi ne ferais-tu pas une fête pour annoncer ta grossesse ? »
Elle le regarda, dubitative, se demandant si elle devait être encore plus effrayée de le voir avec ce grand sourire, avant de reprendre sérieusement.
« Je n'ai pas envie... Je ne suis enceinte que de quinze jours, en plus ce n'est pas l'enfant de Lucius... »
« Ce que tout le monde ignore Eléa... » articula-t-il.
« J'ai pas envie de faire une fiesta pour le gosse de Potter ! » cria-t-elle en se levant.
« Reste ici ! » Elle stoppa net et Il l'obligea à se retourner. Elle essuya quelques larmes qui s'étaient échappées. Il était en colère, elle pouvait le sentir, mais elle n'arrivait pas à se contrôler et jamais elle ne lui pardonnerait de l'avoir obligée à avoir cet enfant. « Vous auriez pu me demander d'avoir cet enfant avec n'importe qui et il a fallu que ce soit lui ! Pourquoi ?? »
« Il me semble que j'ai été assez clair sur ce sujet Eléa ! »
« Pourquoi un lien de sang ? Pourquoi pas votre enfant ? Avec de tels pouvoirs, l'enfant des Potter n'aurait pas fait le poids ! »
« Le sang est le plus important, tu le sais, tout le monde le sait... Je t'ai dit ce que j'ai vu dans mes visions... » Il alluma une autre cigarette. « Mon enfant Eléa ? Tu aurais voulu que ce soit le mien ? » demanda-t-il avec un sourire narquois.
« Je vous l'ai dit, j'aurai préféré n'importe qui... » souffla-t-elle.
« Il est vrai qu'un enfant né de nous deux aurait un avenir prometteur... Mais voyons, Eléa, tu m'imagines en père ? »
Il rit doucement et Eléa se détendit légèrement. Elle ne pouvait pas revenir en arrière, elle devait accepter la situation. Il lui prit une main qu'Il embrassa doucement, comme pour un baisemain. Il planta à nouveau son regard turquoise dans le sien, Il ne lâcha pas sa main, mais la serra davantage.
« Tu vas faire cette fête Eléa, et tu feras tout pour sembler très heureuse d'attendre cet enfant, je veux que tout le monde sache que tu es enceinte, c'est compris ? »
Elle ne répondit pas. Il soupira d'impatience.
« Et quoi ? » demanda-t-elle avec défi, « Que ferez-vous si je ne la fais pas ? Me torturer ? »
« Crois-moi Eléa, j'ai d'autres moyens de pression... » répondit-il d'un ton glacial.
Elle regretta d'avoir répondu aussi stupidement. Bien sûr qu'Il avait d'autres cartes dans son jeu...
« Je la ferai, mais chez moi, avec mes invités... » céda-t-elle.
« Bien... Tu me diras ce que tu veux comme cadeau... » Il se leva et s'apprêta à la quitter, mais il se ravisa. « Je suis assez déçu Eléa, je souhaitais avoir une conversation agréable avec toi, mais il a fallu que je te menace à nouveau... Je ne veux pas que ça se reproduise... »
Elle faillit rétorquer, mais après tout, elle aussi en avait plus qu'assez, elle acquiesça et accepta de le suivre dans le Manoir pour rejoindre les autres Mangemorts.
Elle était enceinte de James Potter et elle jouerait la comédie, après tout elle la jouait depuis tellement longtemps que personne ne verrait la différence.
Elle prit le bras qu'Il lui proposa et l'écouta parler du temps, qui d'après lui allait se radoucir, avec un certain étonnement. Il pouvait être tellement charmant, distingué et amical avec elle, que parfois elle oubliait qui Il était. Il savait bien sûr le lui rappeler, mais souvent Il aimer jouer au vieil ami flirtant avec elle et Eléa en était flattée malgré elle. Ce qu'elle aimait aussi, c'est voir le regard jaloux et possessif de Lucius lorsqu'elle était avec le Maître, le voir se retenir de courir pour les séparer ou de lui faire une scène.
Elle se détacha du Lord et se dirigea vers la cuisine pour se préparer un chocolat brûlant tout en songeant à cette fête stupide qu'elle devait organiser. Elle se demanda l'espace d'un instant si elle pouvait se contenter d'un petit massacre entre Mangemort mais le Maître ne le voyait pas de cet œil. Elle s'assit enfin et dressa mentalement une liste des invités et imagina l'ambiance glaciale si elle invitait Severus et Sarah en même temps que les Maraudeurs. Elle sourit malicieusement, ce n'était pas une si mauvaise idée finalement...
Poudlard, lundi 13 janvier 1998
La Grande Salle connaissait une animation compréhensible alors que les élèves partageaient leurs ressentis sur la première matinée d'ASPICS blancs qui venait de s'achever.
« J'ai foiré l'Histoire de la Magie… » déclara Harry en se servant une louche de soupe.
« Et j'ai foiré l'Occlumancie… » déclara à son tour Ron, soutenant sa tête d'une main.
« Harry, on avait pourtant révisé la révolte des Gobelins ce week-end ! Et Ron, c'était facile ! Qu'est-ce que ce sera quand on passera réellement les examens en fin d'année !» râla Hermione en piquant la louche à Harry.
« Je pense avoir réussi l'Histoire, » déclara fièrement Neville, « mais j'ai pris l'évolution des Patronus à travers les âges moi. »
« Oui, j'ai hésité, » répondit Hermione, « c'était intéressant aussi ! »
Harry et Ron se regardèrent d'un air blasé avant de lever les yeux au ciel de concert.
« Vous avez quoi cet aprèm ? » demanda Ginny en passant une main dans le dos d'Harry en signe de réconfort.
« Potions de 14 à 16h et Botanique de 16h30 à 17h30, » répondit Hermione.
« Deux heures de Potions… Mais il va nous faire faire quoi ?? » paniqua Ron avec une légère moue.
« En tout cas, pour nous avoir collé les deux examens à la suite, je pense qu'ils sont certainement liés, » déclara Harry avec bon sens.
« Au moins, je pourrais me rattraper en Botanique… » souffla Neville qui redoutait l'examen de Potions.
« J'ai hâte d'être demain en tout cas ! » s'exclama Hermione. « Je suis sûre que le Professeur Lupin a prévu quelque chose de simple pour la Défense contre les forces du Mal ! »
« Et moi, j'espère que pour l'exam' de Métamorphoses, ce sera sur la transformation des métaux, » pria Harry en reprenant de la purée de pommes de terre.
« Ouais, ben moi j'ai hâte qu'on soit mercredi midi, qu'on ait fini et qu'on ait le reste de la semaine de vacances ! » ajouta Ron avec un large sourire.
« Quoi ? Vous finissez mercredi ?? C'est pas juste ! » se plaignit allègrement Ginny.
« Oui, mercredi matin, c'est l'examen pour les Options, à 9h, puis la fin de la semaine tranquille, » sourit Hermione en faisant un clin d'œil à une Ginny boudeuse.
« Une heure de sommeil en plus mercredi matin, royal, » siffla Ron.
« De révision Ron, de révision ! » le reprit Hermione alors qu'Harry commença son dessert pour ne pas pouffer de rire.
La fin du repas se déroula calmement alors que Neville avait finalement ouvert son manuel de Potions pour des révisions de dernière minute. Harry fut soulagé quand Hermione et Ginny débutèrent une conversation sur la nature capricieuse de leurs cheveux, mais l'accalmie dura peu de temps et Hermione finit par se lever d'un bond comme si elle était montée sur ressorts.
« Je vais réviser ! » s'exclama la jeune sorcière en prenant son sac, lequel selon l'estimation de Ron devait bien au moins pesé trois kilos. De livres bien évidemment.
« Mione ! » gémit le rouquin en regardant l'heure, « il nous reste vingt minutes ! »
« Oui, et bien, je veux les mettre à profit ! Tu fais ce que tu veux ! » Hermione fut sur le point de s'échapper du réfectoire, mais elle se tourna une dernière fois vers le rouquin et lui dit sur un ton des plus sérieux au monde : « Et je te signale que Pansy Parkinson n'arrête pas de te regarder, je me méfierais si j'étais toi… »
Sur ces mots, elle laissa ses amis pantois par cette dernière déclaration et quitta la Grande Salle. Ron leva les yeux vers la table des Serpentards et haussa les épaules avant de réagir sur un ton plus outré alors que ses amis le regardaient avec un air suspicieux : « Mais elle me tourne le dos ! »
Mercredi 9 janvier 1980
« Booooon anniversaaaaaaaaaaaaiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiire !! » s'écria Eléa en sautant au cou de son ami, alors que Bellatrix la regardait comme si elle descendait de la Lune.
« Eléa... » rit Snape en rougissant légèrement.
« Ahah ! Je te fais rire et rougir en même temps... » s'amusa la Mangemort.
« Tu sais que je n'aime pas ce genre de débordement sentimental... » bougonna-t-il.
« M'en fous ! » décréta Eléa en lui tendant un paquet assez lourd, étroit mais long, emballé sobrement.
Il rougit à nouveau et fit signe à Eléa de le suivre dans le jardin. Il ouvrit avec précaution son cadeau, fronçant légèrement les sourcils et Eléa savait qu'il essayait de deviner ce que contenait la boîte. Lorsqu'il eut enlevé le papier cadeau, il se trouvait devant une boite en bois travaillée, mais sobre, fermée à clef. Il jeta un regard interrogatif à Eléa qui lui sourit d'un air coquin, balançant une petite clef dorée au bout d'une fine chaîne. Il leva un sourcil et tendit sa main, attendant qu'elle lui remette la clef, mais elle secoua la tête. Il leva les yeux au ciel et essaya d'attraper le bijou mais Eléa se positionna de façon à ce qu'ils se retrouvent nez à nez, à quelques centimètres l'un de l'autre. Elle lui lança un sourire aguicheur et il soupira lorsqu'elle s'approcha pour lui voler un baiser qu'il se laissa dérober. Elle lui tendit la chaîne, remarquant avec malice les regards furtifs que son ami jetait aux alentours, puis elle referma sa main sur la sienne lorsqu'il s'empara de la clef.
« Eléa... Nous ne sommes pas seuls... » murmura-t-il.
« Je veux que tu sois le parrain du bébé... » avoua-t-elle plus sérieusement.
Il eut un mouvement de recul, s'imaginant avec horreur faire sauter sur ses genoux l'enfant illégitime de Lucius qui l'appellerait « oncle Severus ».
« Eléa... Je ne suis pas très paternel tu sais... » dit-il ennuyé.
« Severus, accepte, s'il te plaît... Nous n'avons confiance qu'en toi... Si il nous arrive quelque chose, tu es le seul à pouvoir l'élever avec nos principes, à pouvoir l'éduquer au mieux... Tu sais qu'il sera puissant... »
Il regarda Eléa et y lut un désespoir qui l'étonna. Elle désirait tant cet enfant, il n'arrivait pas à lire ses pensées, à comprendre ce qui la poussait à tenir un tel discours mais il sentit une peine profonde, comme une déchirure.
« D'accord... »
Elle le remercia avec émotions et il lui caressa doucement le visage, l'air inquiet.
« Tout va bien Eléa ? »
« Oui, » mentit-elle. « Tiens, ouvre ton cadeau. » Elle lui tendit la clef. « Tu sais, je te l'aurais donné même si tu n'avais pas accepté... » ajouta-t-elle.
« J'espère bien ! » rit-il
Il ouvrit le coffret doucement et écarquilla les yeux. Il passa son index sur les différentes fioles, découvrant leurs noms avec étonnement et incrédulité.
« Sang de Licorne... Poudre de Fée... Sang de Dragon »
« Une race de Dragon très rare d'après Lucius, » fit remarquer Eléa fièrement.
« De la corne de Licorne, des larmes de Phénix... Eléa, tous ces ingrédients sont interdits, comment avez-vous fait ? »
« Lucius a le bras long tu sais... Le Maître nous a aidés aussi, je lui ai demandé... »
« Le Maître... »
« Les meilleurs ingrédients pour le meilleur Maître en Potions... »
Il rougit à nouveau.
« Je n'ai pas encore passé mes examens... »
« Tu les auras, tu es le meilleur, le Maître parle de toi en termes élogieux tu sais... »
« Tu as l'air proche de Lui en ce moment... »
« Plus ou moins... Tu sais, il ne veut plus que je participe aux missions... »
« Oui, Lucius m'en a parlé... »
« Je vais m'ennuyer ferme... »
« Tu trouveras bien à t'occuper... Tu pourras faire du tricot pour le bébé, ou de la broderie ! » Eléa lui jeta un regard blasé qui le fit rire avant de poursuivre. « Tu trouveras bien... Tiens, le week-end prochain, je fête mon anniversaire chez mes parents, ça me ferait plaisir que tu m'accompagnes... »
« Sarah ne t'accompagne pas ? » s'étonna Eléa.
« Tu crois vraiment que je vais présenter Sarah à mes parents ? » dit-il en haussant un sourcil.
« Je t'en prie, tes parents ne doivent pas être aussi horribles que ça... » s'amusa Eléa. « Ton père a l'air sympa, il m'aime bien je crois... » Elle sourit d'un air candide.
« Tu sais, mon père ne t'apprécie pas que pour tes décolletés... Il sait qui tu es, que tu fais partie du cercle... Tu es reconnue au milieu des Mangemorts et certains de tes massacres sont assez... légendaires... »
« Oh... » fit Eléa avec un mélange d'étonnement et de fierté. « J'ignorais tout ça... »
« Tu m'accompagnes alors ? »
« Je ne sais pas Sev… » répondit Eléa avec une petite grimace. « J'ai peur de me sentir mal à l'aise, je ne connais pas ta mère, et ni ta sœur… Je ne me sentirai pas à ma place… »
« J't'en prie, tu ne peux décemment pas me laisser avec elles… L'année dernière, pour mon anniversaire, ma mère a insisté pour que ma sœur fasse un mini discours et… je te passe les termes de ce discours, et je te passe la réponse qu'elles m'ont forcé à déblatérer, tout ça devant la moitié de ma famille côté paternel… »
Eléa esquissa un sourire amusé avant de réfléchir à nouveau à la proposition et finalement se décider.
« Je crois que je suis finalement curieuse de connaître la famille Snape, » dit-elle avec un clin d'œil.
« Merci, j'aurais vraiment besoin de toi pour cette épreuve, » ajouta-t-il le plus sérieusement possible. « Et merci, c'est un cadeau vraiment splendide et utile... »
« Mais de rien... »
Il la conduisit à l'intérieur et la chaleur ambiante les surprit quelque peu, leurs corps s'étaient habitués au froid glacial du jardin.
Severus alla remercier Lucius et ils entrèrent en grande discussion sur les imports et exports de produits illégaux. Eléa s'assit confortablement dans un fauteuil, près de la cheminée et refusa à regret un verre de vodka que lui offrait Rodolphus.
Elle sentait Ses yeux sur elle, pourtant, Il n'était pas dans la pièce. Elle pouvait sentir sa présence presque palpable à côté d'elle. Elle décida de quitter le Manoir, prétextant un mal de tête, avant de devoir croiser son regard menaçant.
Lucius rentra tard cette nuit-là, mais elle fit semblant de dormir, ne voulant pas expliquer son comportement à son amant bien qu'elle savait qu'il comprendrait, en partie.
Elle finit pas s'endormir, d'un sommeil plutôt léger, elle décida d'aller à Ste Mangouste le lendemain pour ses premiers examens et pour trouver un remède à sa mélancolie.
Grimmauld Place, mercredi 15 janvier 1998
La réunion de l'Ordre du Phénix fut assez rapide vu qu'aucun élément notable n'était apparu depuis la dernière fois. Maugrey Fol Œil exprima son inquiétude quant au silence et l'inaction manifeste des Mangemorts. Pour lui, ce calme ne pouvait rien augurer de bon. Eléa expliqua les changements intervenus au sein de l'hôtel et fit un exposé détaillé sur la configuration des lieux. Elle confirma un calme inquiétant au sein du camp adverse et s'étonna également de l'absence de réunion entre les leaders dirigeants ennemis, mis à part une réunion prévue pour ce vendredi et pour laquelle elle avait été conviée par Voldemort en personne, à son plus grand étonnement. Snape ajouta très justement que vu sa dernière trahison, il était fort probable qu'Eléa ne soit plus la bienvenue pour assister aux discussions avec ses anciens camarades. L'intéressée acquiesça tristement devant l'inévitable et évidente constatation, et regretta de ne pouvoir fournir davantage d'informations quant à la suite des évènements. Elle était sûre que les informations distillées lors de la réunion de vendredi seraient limitées et filtrées et l'amertume qu'elle ressentait lui donnait quelque peu la nausée.
Face à ces derniers revirements et états de fait, Harry ressentit de la compassion pour Eléa. Elle n'appartenait plus à aucun camp, sa confiance était mise en doute et elle était surveillée de toutes parts. Les Mangemorts ne croyaient plus en elle et tout le monde était persuadé que si Voldemort la gardait, c'était pour pouvoir encore profiter de son pouvoir et de son lien avec l'Ordre du Phénix en général, et Harry et Hermione en particulier.
Les membres de l'Ordre du Phénix ne lui accordaient, quant à eux, qu'une confiance toute relative mais Eléa était plutôt soulagée que Snape soit chargé de la surveiller. Dumbledore avait bien entendu eu des attentes qui n'échappaient à personne : au-delà de surveiller Eléa, il avait chargé Severus Snape de la protéger et la couvrir. La protéger contre les Mangemorts bien évidemment, mais également contre elle-même. Ayant appris à connaître sa fille, le vieux sorcier savait oh combien la ligne était vite franchie pour qu'Eléa sombre dans la folie et fasse des choses qui lui échappaient complètement.
Eléa fit part à l'Ordre de la menace silencieuse de Voldemort contre les enfants si elle ne se chargeait pas entièrement et à brève échéance de Magie Noire. Maugrey décida d'affecter Tonks à Poudlard en tant que protection rapprochée des élèves et plus particulièrement des Gryffondors. Pour ne pas attirer de suspicions sur sa présence au sein du château et surtout d'affolement inutile parmi les élèves qui risquaient de faire part de cette décision à leurs parents, il fut convenu qu'un stand serait monté dans le hall de l'école et que Tonks serait chargée de promouvoir le métier d'Auror auprès des 7èmes années. Dumbledore trouva en fait l'idée excellente et se nota de faire appel à d'autres professionnels pour venir exposer leurs métiers respectifs aux élèves. Eléa sembla quelque peu tranquillisée par cette décision et elle réussit même à se détendre en fin de soirée.
Hermione fut autorisée à passer la nuit avec elle vu que les ASPICS blancs étaient terminés et que le reste de la semaine était libre de tout cours et toute obligation. Ce moment court passé ensemble leur fut tout de même bénéfique et Eléa put bénéficier d'une oreille attentive et compréhensive quant à ses inquiétudes pour le futur. Hermione, de son côté, lui raconta en détail le déroulement des ASPICS blancs mais préféra taire la conversation qu'elle avait eue avec Harry, attendant avec espoir que les choses s'arrangent entre sa mère et son frère.
Hermione s'endormit dans les bras d'Eléa et il lui sembla lointain le temps où elle avait l'habitude de serrer tous les soirs dans ses bras ses parents. Elle avait savouré le contact, luttant contre le sommeil, et quand la conscience l'avait quittée, elle s'était laissée emmener vers d'autres sphères, blottie contre l'élément le plus sécurisant au monde, une maman.
Dimanche 13 janvier 1980
Severus arriva aux alentours de 11h chez Eléa qui lui ouvrit avec une mine affreuse et cadavérique. Son teint, plus blanc qu'à l'accoutumée, si c'était seulement possible, faisait ressortir ses grands yeux bleus fatigués. Elle était emmitouflée dans un châle ivoire et grelottait malgré la cheminée allumée dans le salon.
« Je ne vais pas pouvoir venir Sev… » annonça-t-elle d'une voix faible, « ça ne va vraiment pas… Tu donneras ces fleurs à ta mère, » ajouta-t-elle en désignant un bouquet champêtre et fleuri déposé sur la table basse.
« Qu'est-ce que tu as ? » demanda-t-il d'un air concerné en entrant dans le salon surchauffé.
« J'ai vomi toute la matinée, je suis épuisée et j'ai affreusement mal à la tête… »
« Ok… Tu ne vas pas me lâcher si facilement, » énonça-t-il en enlevant sa cape qu'il posa sur un fauteuil. « On a un peu de temps devant nous, je vais te mettre sur pieds pour passer le dimanche le plus invraisemblable de ta vie ! »
Elle lui jeta un regard en coin suspicieux et se mit à geindre alors qu'il la conduisit vers le canapé.
« Déjà, tu t'allonges Eléa… »
« Sev, s'il te plaît… » se plaignit-elle alors qu'il se dirigea vers sa chambre.
« Ne bouge pas, je reviens ! »
« Et je vais aller où ? » marmonna-t-elle d'un air blasé avant d'esquisser une grimace alors que la nausée la reprit.
Il fut de retour quelques minutes plus tard avec un oreiller et une couverture qu'il déposa sur Eléa qui le regarda déballer ses fioles et ingrédients. En moins de dix minutes, il avait mis une Potion à mijoter dans le feu de cheminée tandis qu'Eléa n'osait pas bouger d'une oreille de peur de devoir se lever pour courir aux toilettes. Il revint vers elle et elle se poussa un peu afin de le laisser s'asseoir à ses côtés.
Il lui dégagea les cheveux de son visage et elle lui sourit faiblement en essayant de respirer régulièrement.
« J'ai envie de vomir… » gémit-elle à nouveau en déglutissant.
« Encore cinq minutes chérie, je te promets que ça ira mieux après, » la rassura-t-il en lui caressant doucement la joue.
« Sev… »
« Hmm ? » répondit-il en allant remuer la Potion.
« Tu crois que je vais faire une autre fausse couche ? »
Il tourna un regard surpris vers elle et retourna s'asseoir près d'elle mais cette fois sur la table basse afin d'avoir un peu plus de recul face à son amie.
« Non Eléa, pourquoi dis-tu ça ? Ce n'est pas parce que tu as déjà fait une fausse couche que tu en referas une, ça n'a rien à voir. »
« Tu as raison, c'est différent. Cette fois-ci, je suis au repos forcé… » dit-elle amèrement avec du dégoût dans la voix.
« Qu'est-ce qu'il y a Eléa ? » demanda-t-il en fronçant les sourcils.
Elle hésita et ferma les yeux avant d'avouer :
« Des fois, je me dis que… je n'ai pas très envie d'avoir ce bébé… »
Une expression de choc traversa le visage de Severus qui scruta Eléa plus consciencieusement.
« Tu n'es pas sérieuse Eléa… Tu rêves d'avoir un enfant depuis que je te connais. C'est à cause de Lucius ? C'est ça Eléa ? Parce que Narcissa est elle aussi enceinte ? »
« Sûrement… » mentit-elle à moitié en luttant pour ne pas lui avouer la sordide vérité.
« C'est parce que tu n'es pas bien et que tu es fatiguée que tu dis ça. Lucius et toi rêviez d'avoir cet enfant Eléa et je suis persuadé que tout ira bien. C'est une réaction normale vu l'état dans lequel tu es actuellement mais ne culpabilise pas trop de ressentir tous ces sentiments contradictoires et ambigus. »
Elle le remercia d'un franc sourire qu'il lui rendit en se levant. Il retira la Potion du feu avant de la verser dans un verre et passa une main dessus pour réguler la température.
Eléa se releva en grimaçant et il l'aida à avaler d'une traite la Potion avant qu'elle ne se rallonge en soupirant.
« Tu te reposes une demi-heure, je te promets que dans une heure tout au plus, tu seras capable de courir le 1000 mètres, manger un bœuf et abattre une forêt, » dit-il d'un ton sérieux qui amusa Eléa.
« Les dimanches chez toi doivent vraiment être un calvaire pour que tu fasses tout ça pour que je t'accompagne à tout prix, » fit-elle remarquer en ramenant la couverture jusqu'à ses oreilles.
« Je t'aurais aidée dans n'importe quelle circonstance Eléa et tu le sais, et je t'assure que les dimanches chez moi sont tout sauf un calvaire, » déclara-t-il sérieusement inquiétant dans le même temps Eléa.
« Ils sont comment Sev ? Tu commences à me faire peur… »
« Tu vas adorer ! » s'exclama-t-il et elle se demanda s'il n'avait pas mis une bonne dose d'ironie dans cette réponse.
« Sev… »
« Hey ! Tu ne me fais plus confiance maintenant ?! »
Elle acquiesça en levant les yeux au ciel et il déposa un dernier baiser sur son front avant de la laisser se reposer.
A 12h30 et alors que Severus était en train de lire un manuel très intéressant appartenant à Eléa sur les Métamorphoses, cette dernière fit son apparition dans le salon, enfin apprêtée pour se rendre dans la famille Snape.
« Qu'est-ce que tu as bien pu mettre dans cette Potion Sev ? J'ai une de ces patates ! Et elle était même plutôt bonne comparée à tous les trucs dégueu que tu m'as déjà forcée à avaler ! »
« Secret du chef, » répondit-il d'un air satisfait en se levant.
Il observa son amie d'un air satisfait et fut soulagé de voir quelques couleurs sur ses joues et une nouvelle lueur malicieuse dans ses yeux. Elle était belle, simplement belle, naturelle et sophistiquée à la fois. Sa robe Empire, noire, laissait à peine deviner les nouvelles formes de sa silhouette dues à sa récente maternité. Ses longs cheveux ondulés tombaient dans son dos et elle avait dégagé son visage en attachant quelques mèches sur le côté. Ce qu'il aimait plus particulièrement chez Eléa, c'était ses yeux dans lesquels on pouvait se noyer tant leur bleu profond hypnotisait.
Elle enfila sa cape rouge et ils transplanèrent tous les deux en direction de la maison des Snape.
Ce qui surprit le plus Eléa quand elle pénétra dans la maison familiale des Snape, ce fut la décoration irréelle aussi éclectique qu'intemporelle. Elle le savait mais pourtant elle n'avait pu s'empêcher de fixer pendant de trop longues secondes l'espèce de cerf presque grandeur nature qui semblait servir, dans l'entrée, de porte-manteau ou de… Elle ne sut le dire et le porte-manteau lui parut une moins bonne proposition quand la mère de Severus empila sa cape avec celle de Severus parmi divers fourbis non loin de l'espèce de cerf.
La mère de Severus…
Bien qu'Eléa avait essayé de dresser son portrait en sachant qu'elle allait enfin la rencontrer, elle était complètement passée à côté de la description physique qu'elle s'en était faite. Sel Enna Snape était une femme grande et élancée, et Eléa se demanda comment elle pouvait bien faire un pas, perchée sur de tels talons. Elle avait des cheveux courts, blond foncé, et des yeux d'une couleur indescriptible, oscillant entre le vert et le bronze. Bien que la couleur ne correspondait absolument pas, Eléa reconnut par moments dans les yeux de la matriarche certains regards de Severus.
Eléa, qui n'aimait pas vraiment les effusions, et encore moins de personnes qu'elle ne connaissait pas, fut surprise et quelque peu gênée quand la mère de Severus l'étouffa dans ses bras pour l'embrasser. Elle fut conduite dans le salon et reconnut le père de Severus qu'elle salua poliment alors qu'il faisait visiblement semblant de s'intéresser à ce que sa fille était en train de lui raconter. Sierra se leva pour saluer Eléa avec un regard étrange qu'Eléa ne comprit pas et le patriarche des Snape put retourner à son parchemin durant ces quelques secondes de répit qui ne durèrent pas quand une tornade brune surgit de nulle part pour lui sauter dessus.
« Stella ! Laisse ton grand-père tranquille !! » hurla Sierra et Eléa sursauta avant d'être conduite par Severus pour s'asseoir sur le canapé.
Stella, une gamine d'à peine cinq ans, aussi brune que sa mère était blonde, se posta devant Eléa et la scruta consciencieusement des pieds à la tête.
« T'es qui toi ? »
« Stella ! » cria cette fois la mère de Severus. « C'est la copine d'oncle Severus, retourne jouer en attendant qu'on mange ! »
« Maman… » commença Severus avant d'être interrompu justement par l'intéressée qui le tira de son canapé confortable pour l'emmener à la cuisine.
« Sors le chevreuil du four et découpe-le, ton père ne lève jamais le nez de ses foutus parchemins ! »
« Maman, Eléa- »
« Oncle Severus, viens jouer avec mooooooooooooooi !!!! »
« Sierraaaaaaaaaa !! Viens chercher ta fille avant que je ne la cuise avec les patates du chevreuil ! »
Eléa se retrouva, à son plus grand soulagement, seule avec le père de Severus et elle se détendit au fond du canapé alors que ce dernier engagea la conversation sur leurs activités communes. Conversation qui ne dura pas compte tenu de la nouvelle présence d'un homme grand et baraqué qui s'affala à côté d'Eléa avant de se présenter comme le mari de Sierra. Il se lança dans des explications détaillées sur son métier qui consistait à recycler magiquement le bois d'une façon qui échappa complètement à Eléa qui l'écouta d'une mine abattue mais résignée.
« Ta petite amie est charmante Severus, si seulement tu nous l'avais apportée avant ! Ton père et moi, on se faisait vraiment du souci en vous voyant tout seuls, toi et tes chaudrons ! »
« Maman, Eléa n'est pas- »
« Mais mes patates sont en train de brûler !!!!!! » hurla la mère de Severus et ce dernier capitula en découpant de rage le gibier fumant.
Ils passèrent enfin à table et Eléa soupira intérieurement en se voyant placée à côté du mari de Sierra autour de la table. Heureusement, Severus était à sa droite et avec un peu de chance… Non, manqué, elle avait la mère de Severus juste en face d'elle.
Quand les plats arrivèrent sur la table, l'odeur incommoda Eléa qui jeta un regard en coin à Severus. Ce dernier observait les victuailles avec un air résigné et Eléa se demanda sérieusement si son estomac allait être capable de garder de la nourriture qui l'écoeurait déjà rien qu'à la vue et l'odeur. La mère de Severus la servit généreusement à son grand regret et une fois que tout le monde eut son assiette pleine, un flottement parcourut l'assistance qui semblait s'apprêter à pratiquer un culte, réunie en assemblée, dans une même ferveur.
Les premiers coups de fourchettes résonnèrent, suivis d'exclamations vantant le repas apparemment délicieux à l'unanimité, et Eléa n'eut d'autre choix que de goûter sur le bout des lèvres quelques miettes du contenu de son assiette. Elle étouffa un hoquet sous le goût indéfinissable qui sabla littéralement son palet et l'intérieur de ses joues et choisit l'option prudente d'avaler tout rond la bouillie, sans se risquer à mâchouiller trop longtemps une infection qu'elle serait bien incapable d'avaler par la suite. Elle pria silencieusement pour qu'un ouragan vienne emporter le toit de la maison et son salut vint finalement de Severus qui lui prit furtivement la main pour y glisser une petite fiole. Elle l'interrogea du regard et il lui désigna d'un signe de tête son assiette avant d'enfourner une bouchée de ragoût avec un clin d'œil à son amie. Eléa soupira en comprenant le subterfuge et versa discrètement le contenu de la fiole dans son assiette.
Elle put finalement manger le met sans encombre majeur mais refusa avec véhémence quand la mère de Severus voulut la resservir.
« Alors dites-nous, où vous êtes-vous rencontrés tous les deux ? » demanda Sel Enna avec curiosité.
« A Poudlard maman, je te l'ai déjà dit… » répondit Severus avec un air blasé.
« Mais je connais aussi très bien Mr Snape du fait qu'on se voit régulièrement aux réunions de l'association, » ajouta Eléa qui ne remarqua pas l'air résigné de son meilleur ami qui avait levé les yeux en direction du ciel comme pour implorer silencieusement une quelconque aide divine.
« Oh ?! » s'exclama Sel Enna, « vous jouez aussi au Backgammon ? »
« Maman… »
« Pardon ? » demanda Eléa avec incrédulité en fronçant les sourcils en regardant un à un les membres de la famille Snape.
« Bien ! » s'exclama soudainement la mère de Severus en frappant dans ses mains faisant sursauter Eléa alors qu'elle se leva d'un bond en allant dans la cuisine en sautillant, suivie de près par sa fille.
Eléa n'eut malheureusement pas l'explication officielle au sujet du Backgammon et la mine de Severus qui secoua la tête avec un faible sourire lui suffit alors qu'elle croisa dans le même temps le regard du père de Severus qui lui fit comprendre que les choses étaient mieux ainsi pour tout le monde.
La demi-heure qui suivit passa dans un flou artistique plutôt protecteur pour la santé mentale d'Eléa qui vit défiler une petite fille déguisée en crocodile avant que le coup de grâce lui fut porté quand la sœur de Severus fit une tirade sur le nez de son frère, digne de Cyrano de Bergerac. Ce laïus, censé être poétique pour célébrer l'anniversaire du Maître de Potions, laissa littéralement Eléa sans voix qui écouta le discours avec la bouche légèrement ouverte tant elle ne croyait pas ce qu'elle avait pourtant bien réellement sous les yeux. La célébration atteignit son paroxysme quand elle crut devenir sourde devant les cris combinés de la famille Snape, et elle cracha quelques confettis lancés par la gamine avec une mine dépitée.
Quand le dessert fut servi, son regard s'illumina en découvrant un gâteau au chocolat mais elle se montra méfiante vu les qualités culinaires discutables de la maîtresse de maison. A sa grande surprise, la pâtisserie fut délicieuse et Severus lui désigna l'étiquette d'un grand pâtissier de Londres collée au plat, et Eléa ne put s'empêcher de lâcher un petit rire amusé.
« Vous en voulez encore une petite part ? » lui proposa poliment Sel Enna avec amabilité.
« Non, merci, c'est très gentil, » répondit Eléa, « il est vraiment délicieux et malgré ce qu'on peut dire, mon état ne m'autorise pas à manger pour deux. Je vais rester raisonnable au risque d'être malade et ennuyer Severus à nouveau pour qu'il me concocte une Potion pour me soulager. »
« Qu'est-ce que vous voulez dire ? » demanda soudainement Sel Enna en levant un sourcil nerveux alors que Sierra louchait sur le gâteau en tendant son assiette tout en suivant attentivement les mouvements que sa mère faisait avec le couteau dans sa main.
« Pardon ? Oh, j'essayais seulement d'expliquer que Severus fait vraiment des miracles avec ses Potions et que- »
« Non, non, avant, » la coupa Sel Enna en agitant dangereusement le couteau sous les regards hypnotiques de sa fille et sa petite-fille, attendant de se régaler à nouveau.
« Etre enceinte ne veut pas dire manger pour deux, n'est-ce pas ? » répéta Eléa, un brin confuse.
« Vous-vous êtes enceinte ? » bafouilla Sel Enna.
« Oui… » répondit Eléa qui n'était plus tout à fait sûre que la nouvelle soit si bonne que ça en voyant la mère de Severus pâlir.
« Severus Snape ! » hurla-t-elle soudainement, pointant le couteau en direction de son fils, « qu'est-ce que tu as fait ?? Hors mariage ?! Sans nous avertir ?! »
« Maman, » commença Severus en se levant et essayant d'enlever l'objet tranchant des mains de sa mère qui se débattit en commençant à lancer des morceaux de phrases décousues sans le moindre sens, alors qu'Eléa reconnut des mots comme « déshonorant », « fils indigne », « fille charmante au demeurant », « ne mérite pas ça ».
Le couteau tomba finalement dans le reste du gâteau et Severus se mit presque à crier pour couvrir les paroles de sa mère et capter son attention.
« Maman ! Eléa n'est pas ma petite amie !!! »
La révélation eut l'effet escompté et Sel Enna se rassit sous l'effet du choc ou du soulagement, Eléa n'aurait su le dire.
« Tu ne me laisses jamais parler, vous ne me laissez jamais parler ici, » continua Severus. « Eléa est ma meilleure amie, elle n'est pas enceinte de moi ! Si je l'ai amenée aujourd'hui, c'est parce que je voulais l'avoir à mes côtés et parce que son- son…, » hésita Severus qui choisit la sécurité, « son mari n'est pas à ses côtés pour cause de déplacements professionnels. Et vu son état, c'est difficile pour elle en ce moment, je voulais lui changer les idées mais vous ne m'y aidez pas… »
Un silence plana quelques secondes et Sel Enna posa finalement une main réconfortante sur celle d'Eléa avant de se lever et entraîner la jeune sorcière avec elle.
« Pauvre chérie… Venez ma chère, j'ai quelques lectures qui pourraient vous être utiles et plutôt ludiques pour tout avouer. »
Eléa suivit la mère de Severus avec un petit sourire avant de lancer à ce dernier un clin d'œil en quittant la salle à manger.
« Fils, va chercher les digestifs, » commanda le père de Severus à son fils qui s'exécuta sans se faire prier.
En fin d'après-midi, Severus annonça leur départ et Eléa fut serrée durant de longues secondes dans les bras de Sel Enna qui lui fit promettre de venir la voir à nouveau quand sa grossesse serait plus avancée. Severus aida Eléa à enfiler sa cape et la couvrit chaudement avec une attention qui réussit à émouvoir sa mère qui regarda le tableau avec un air attendri, souhaitant intérieurement qu'Eléa soit réellement sa belle-fille.
Une fois qu'ils furent enfin libérés, Eléa soupira longuement en marchant silencieusement au bras de Severus. Le silence les accompagna quelques minutes avant que Severus ne prenne finalement la parole.
« Je suis vraiment désolé Eléa… »
« De quoi ? Arrête, je t'en prie, ta mère m'adore ! »
« C'était horrible, n'est-ce pas ? » grimaça-t-il amèrement.
« Non Sev'… Ne juge pas si sévèrement ta famille. Ils sont hors normes, c'est vrai, mais ils sont adorables, vraiment, j'ai passé un bon moment… »
« Tu es sérieuse ? »
« Oui ! » se mit-elle à rire doucement.
Un autre silence les laissa se remémorer l'après-midi chacun de leurs côtés avant que Severus ne reprenne la parole.
« Pour le Backgammon, j'espère que tu as compris… Eléa, je… »
« Oui, » dit-elle venant à sa rescousse comprenant sa gêne, « je comprends Sev'… C'est mieux ainsi je crois finalement, j'envie ta mère quelque part… Elle vit dans son monde, c'est un luxe que je ne peux pas me permettre. »
« Elle est borderline, Eléa, c'est une maladie, » lui rappela Severus avec une tristesse dissimulée, « mon enfance n'a pas été drôle tous les jours… »
« Je sais, » souffla-t-elle. « La mienne non plus, on a ça en commun. »
« Comme le reste, » dit-il et elle lui adressa un petit sourire complice en se rapprochant de lui alors qu'il passa son bras autour de ses épaules.
« Tu veux que je t'accompagne à Ste Mangouste ? » proposa-t-il doucement.
« Oui, s'il te plaît. Et reste avec moi Sev', Lucius ne viendra pas… »
Il acquiesça et ils transplanèrent finalement quand la neige se remit à tomber.
Eléa porta machinalement sa cigarette à la bouche et prit une bouffée en fermant les yeux. Cela faisait plusieurs minutes qu'elle était à la fenêtre et regardait tristement la pluie tomber. Le temps s'était radouci et la neige avait fait place à une pluie fine mais glacée. Les dernières traces de neige avaient été chassées au plus grand regret de la Mangemort qui n'avait pas pu profiter de la neige comme elle aurait voulu.
Elle ne sursauta pas quand il lui dégagea ses longs cheveux bruns de sa nuque pour y déposer un baiser. La main de son amant glissa le long de son bras pour lui voler sa cigarette.
« Je n'aime pas quand tu fumes, amour... » chuchota-t-il.
« ça ne t'a pas dérangé jusqu'à présent, » répondit-elle froidement.
« Tu n'étais pas enceinte... jusqu'à présent... » répondit-il sur le même ton.
Elle le fusilla du regard et se dirigea vers la chambre.
« Je vais me coucher... »
Il la rattrapa par le poignet et lui fit comprendre qu'il avait envie d'elle.
« Je suis fatiguée, j'ai pas envie, » trancha-t-elle en se libérant de son étreinte.
Lucius suivit sa maîtresse des yeux puis jeta avec humeur sur le canapé sa canne et sa cape, il se servit un bourbon avant de rejoindre Eléa dans la chambre et la regarder se coucher.
Eléa l'ignora et se glissa sous les draps avec un roman. Lucius soupira et s'assit en bout de lit, essayant de trouver le meilleur moyen d'établir la communication avec sa maîtresse. Il détestait ces moments-là, il ne savait pas quoi lui dire sans provoquer une crise de colère ou pire. Il ne savait pas ce qu'il se passait en elle, quels mots utiliser pour briser le mur qu'elle dressait entre eux.
« Dis-moi ce qu'il y a amour ? » murmura-t-il. « Tu es allée à Ste Mangouste ? Tout va bien ? »
« Oui, ça va... » dit-elle en reposant le livre à côté d'elle.
« Alors qu'est-ce qu'il y a ? Tu as l'air contrarié... »
« Je suis fatiguée Lucius, ils m'ont fait des tas d'examens, j'étais toute seule, enfin Sev' m'a accompagnée mais tu n'étais pas là, et ça m'a gonflée... Et demain, j'ai une réunion à l'Ordre, j'ai pas envie d'y aller... Et toi, tu rentres tard, juste pour me baiser... »
« Je ne rentre pas pour te baiser Eléa, mais pour passer du temps avec toi... » articula-t-il.
« Tu parles, il est plus de minuit Lucius... »
« Excuse-moi, » soupira-t-il.
Il l'implora du regard et elle comprit qu'il était réellement désolé. Elle ne pouvait pas s'empêcher de lui en vouloir, elle se sentait tellement seule, il semblait tellement l'ignorer... Eléa le regarda dans les yeux, puis sans faire un geste, les draps s'ouvrirent du côté de Lucius.
« Je suis trop fatiguée pour faire quoi que ce soit... » le prévint-elle alors qu'il se déshabillait.
« Dans ce cas, je me contenterais de te serrer dans mes bras... » répliqua-t-il avec une douceur qui fit sourire Eléa.
Il se coucha à ces côtés et elle se blottit finalement contre lui, une mèche de cheveux blonds entortillés autour de ses doigts. Elle s'endormit rapidement alors que Lucius trouva difficilement le sommeil. Il ne cessait de repenser à ses missions futures, il serait père deux fois dans l'année et il espérait pouvoir être aux côtés de ses enfants le plus longtemps possible. Aux côtés d'Eléa surtout. Il regrettait amèrement d'avoir cédé à la demande de son père et d'avoir épousé Narcissa, tout aurait pu être si facile si il ne l'avait pas fait. Il s'endormit finalement pour se lever quelques heures plus tard pour une réunion matinale au Ministère.
Il jeta un œil à Eléa avant de partir, elle était très pâle et il s'en voulut de ne pas pouvoir rester pour s'occuper d'elle. Il fit apparaître une rose rouge sur la table de chevet de sa maîtresse et partit à contre cœur.
Poudlard, jeudi 16 janvier 1998
Eléa soupira en s'apercevant que son père ne se trouvait pas dans son bureau. Déjà peu emballée à l'idée de jouer le rôle du hibou délivrant des messages, si en plus elle devait parcourir le château à la recherche de son père… Et puis depuis quand était-elle obligée d'obéir à ce vieux débris de Maugrey Fol Œil ?? Elle avait détesté quand il lui avait sommé avec son air supérieur d'aller remettre ce pli en main propre au Directeur dans les plus brefs délais. Elle regrettait presque de passer plus de temps que nécessaire à Grimmauld Place. Croiser les membres de l'Ordre du Phénix commençait à la fatiguer sérieusement et elle avait l'impression de n'avoir été pour le vieil Auror qu'une potiche présente lui permettant de se décharger d'une tâche rébarbative, ennuyeuse et lui faisant perdre son précieux temps. Il n'avait pas à sa disposition sa jeune Auror maladroite et fatigante ou quoi ?! Le fait que Dumbledore soit son père devait également jouer en sa défaveur et elle se surprit à bénir le bon vieux temps où tout le monde ignorait le rapport qui la liait au puissant sorcier. Elle faillit demander à un élève boutonneux qu'elle croisa s'il avait aperçu le Directeur mais elle se ravisa en voyant le regard oblique que le gamin lui lança. Elle se demanda un instant si elle avait un air effrayant mais elle esquissa un sourire en songeant qu'elle était au moins intimidante et impressionnante. Elle pouvait vivre avec cette idée après tout. Elle en retirait même pour tout avouer une fierté non dissimulée. Elle aperçut au loin Hagrid mais n'accéléra pas le pas pour lui demander s'il avait vu Dumbledore. Le géant l'avait toujours agacé et elle n'avait jamais compris la confiance que son père avait mis en cet abruti, et encore moins l'amitié sincère qu'il lui portait, sans oublier une considération selon elle injustifiée. Elle approchait de la salle des professeurs et songea à tenter sa chance dans ce coin avant de miser sur les quartiers privés de son père.
Elle aperçut deux silhouettes sortir de la salle en question et fronça les sourcils en reconnaissant Severus… accompagné d'une jeune femme à l'allure élégante. Elle s'arrêta un instant et fit une légère moue en levant les yeux au ciel en s'apercevant de la familiarité dont Severus semblait faire preuve face à la jeune sorcière. Il avait posé sa main sur son bras et avait caressé légèrement son épaule tout en lui parlant et en lui souriant affectueusement avant que la jeune femme ne prenne congé. Severus avait souri… A une femme. Pour avoir été sa meilleure amie et l'avoir côtoyé longuement, elle savait combien il était difficile de faire sourire Severus. Le faire rire relevait du miracle et un épisode du passé impliquant de la farine et une course poursuite dans son appartement lui revint en mémoire, mais elle était sûre qu'il lui aurait fallu plus de temps pour se remémorer Severus Snape hilare. Sarah, l'unique amour de la misérable vie du professeur de Potions, avait réussi à lui offrir un semblant de bonheur mais il avait été malheureusement de courte durée et après l'épisode tragique de cette histoire d'amour avortée, Snape s'était fermé pour ne plus jamais s'ouvrir, ou presque. La jeune femme avait été le rayon de soleil de Severus mais Eléa avait été vraiment l'une des seules, sinon la seule, à pouvoir le dérider, et encore il s'en cachait, souriant intérieurement, ou franchement que lorsqu'ils se retrouvaient seuls. Ce qu'il aimait spécialement et particulièrement chez Eléa, et elle devait certainement l'ignorer, c'était la faculté que la jeune femme avait de pouvoir provoquer chez lui un état euphorique et apaisant. L'humour décalé et souvent involontaire et naturel chez la jeune femme le faisait sourire à chaque fois mais il s'était forcé à construire un masque d'indifférence et un air constamment blasé pour cacher cette faiblesse et ne pas attiser à l'époque la jalousie de Sarah.
Elle croisa ses bras sur sa poitrine en se renfrognant et s'approcha de son ami qui sembla heureux de la voir au sein du château.
« Eléa, c'est une bonne surprise ! Qu'est-ce que tu viens faire là ? » l'accueillit-il avec un franc sourire qui ne s'était pas effacé avec le départ de la mystérieuse jeune femme qu'elle ne connaissait pas.
« C'était qui celle-là ? » demanda-t-elle sombrement et Severus leva un sourcil devant l'air agacé de la jeune femme. « Tu as vu mon père ? »
« A quelle question veux-tu que je réponde en premier ? » demanda-t-il en reprenant son air glacial qui le caractérisait le mieux.
« Mon père… »
« A l'intérieur », répondit-il en lui désignant la salle des professeurs d'un signe de tête.
« Je dois lui remettre une foutue lettre… Tu m'attends deux secondes ? »
Il acquiesça et elle se précipita à l'intérieur de la salle pour se débarrasser de sa corvée. Elle fut de retour quelques minutes plus tard et il la détailla des pieds à la tête. Vêtue de sa jupe de bohème noire qui lui arrivait aux chevilles, elle portait un haut rouge plutôt décolleté et léger. Pour lui tenir chaud, un pull noir ample à grosses mailles qui paraissait trop grand pour elle découvrait ses épaules et son décolleté alors que sa tenue lui donnait l'air de sortir tout droit d'une hacienda. Ses cheveux étaient attachés dans une queue de cheval haute de laquelle s'échappaient quelques mèches folles volant autour de son visage.
« Quoi ? » aboya-t-elle plus durement qu'elle ne l'aurait voulu.
« Rien. Je n'ai pas le droit de te regarder ? Qu'est-ce que tu as ? Tu as l'air de mauvaise humeur… », soupira-t-il alors qu'ils prirent la direction des sous-sols de Poudlard.
« J'en ai marre de jouer les messagers pour l'Ordre du Phénix. J'ai une tête de messager ?? » demanda-t-elle avec un air mauvais qui fit sourire Snape.
Ils commencèrent à descendre lentement les escaliers menant dans les donjons du château et Eléa ne put résister à la tentation de l'interroger à nouveau.
« Alors, c'était qui cette fille ? »
« Lynneas Parker, elle enseigne l'Etude et Rites des Moldus. Ta fille suit ce module je crois », déclara-t-il d'un air détaché.
« Peut-être, peu importe… Tu sors avec elle ? »
« Plus ou moins… », répondit-il faiblement alors qu'ils prirent un couloir éclairé par des torches.
« Ca veut dire quoi plus ou moins Severus ?? C'est oui ou non ! Tu es amoureux d'elle ? »
« Dans d'autres circonstances, dans une autre configuration, j'aurais pu dire que tu es jalouse Eléa vu le ton que tu emploies dans cette conversation… », fit remarquer Snape habilement.
« Je ne suis pas jalouse, je te demande c'est tout, je croyais qu'on était amis, je te dis tout moi… Et tu n'as pas répondu à la question… », insista-t-elle en lui jetant un regard appuyé.
« Disons que je l'apprécie beaucoup, je ne peux pas dire que je sois amoureux d'elle, c'est encore trop tôt mais je l'aime vraiment beaucoup. Et oui, on sort ensemble, mais ce n'est pas vraiment officiel… », répondit-il enfin et Eléa esquissa enfin un sourire plus détendu.
« Tu as couché avec elle ? » demanda-t-elle avec un regard brillant.
« Eléa… », soupira à nouveau Severus en se passant une main dans ses cheveux.
« Quoi ??! Tu peux me le dire, je te raconte moi quand avec Lucius, on- »
« Oui », répondit-il la coupant, et avant qu'elle ne continue dans cette voie qu'il n'avait pas vraiment envie d'approfondir, il ajouta : « mais tu n'en sauras pas plus, n'insiste pas et ne me regarde pas avec ces yeux-là… »
« C'est une sang pur ? »
« Oui. »
Ils marchèrent un petit moment en silence et Snape reprit en ralentissant le pas :
« Tu veux venir prendre un thé ? »
« Non. »
Il s'arrêta de marcher et la regarda en fronçant les sourcils.
« Qu'est-ce que tu fais alors ? Tu viens m'aider à corriger mes copies ou quoi ?? »
« Je ne sais pas ce que je fais en fait… Je vais rentrer à l'hôtel je crois, Lucius me manque, ça fait deux jours que je ne l'ai pas vu… », répondit-elle en faisant demi-tour mais Severus lui attrapa le poignet.
Elle se retourna et lui jeta un regard surpris et interrogatif alors qu'il l'entraîna un peu brusquement dans un coin sombre où les torches se faisaient plus rares. Il la plaqua contre le mur et plaça ses mains de chaque côté de sa tête en la regardant intensément.
« Qu'est-ce que tu fais ? » souffla-t-elle, la gorge devenue soudainement trop sèche.
« Deux jours que tu n'as pas vu Lucius ? » répéta-t-il avec un petit sourire en coin et un sourcil levé qu'elle reconnut comme étant annonciateur d'un moment particulier qu'il leur arrivait de partager. Mais elle n'était pas vraiment d'humeur vu la conversation qu'ils venaient d'avoir et elle fronça les sourcils en songeant à se dégager et à s'enfuir avant qu'ils ne commencent un petit jeu finalement dangereux, surtout dans l'endroit dans lequel ils se trouvaient et où ils risquaient d'être surpris à tout moment. Elle n'eut cependant pas l'occasion de faire un pas et il emprisonna soudainement ses lèvres dans les siennes, glissant ses mains autour de sa taille.
« En fait, j'ai vu Lucius hier, ou avant-hier, je sais plus… Sev', arrête… », le repoussa-t-elle doucement en posant ses mains sur son torse.
Il ignora ses protestations et prit ses mains, serrant ses poignets fermement avant d'appuyer tout le poids de son corps contre le sien et commencer à mordiller son cou et lécher le lobe de son oreille.
« Arrête ! » s'emporta-t-elle plus durement essayant de dégager en vain ses poignets prisonniers de sa forte poigne.
« Hey ! Toi, tu as le droit de te servir de moi quand tu veux et moi, cette prérogative me serait interdite ??! Il me semblait, Eléa, que la satisfaction de nos envies n'était pourtant pas à sens unique… », ronronna-t-il presque pressant son érection contre son bas ventre. Elle lâcha malgré elle un gémissement étouffé en fermant les yeux avant de les rouvrir et les plonger dans son regard sombre et enfiévré.
« C'est différent maintenant. Tu as quelqu'un dans ta vie et je croyais que Severus Snape était un homme fidèle une fois engagé… Tu as toujours repoussé mes avances quand tu étais avec Sarah si tu te souviens bien ! »
« Le passé, c'est le passé Eléa, cesse de me parler de Sarah… et je ne suis plus quelqu'un de sérieux ! Tu sais que j'ai changé, ou du moins tu t'en doutes. Il faut vivre chaque moment intensément, je l'ai appris, souvent à mes dépens, je ne veux plus rien manquer. »
Elle le regarda un instant silencieusement, tentant de déchiffrer son air à la fois sombre et pourtant si brillant, à moins qu'il ne s'agissait que de l'éclat sensuel, et finalement purement sexuel allumé dans ses yeux noirs. Elle dégagea d'un mouvement sec et brutal ses poignets et jeta ses bras autour de son cou, l'embrassant fougueusement et passant une jambe autour de ses hanches. Il détacha ses longs cheveux et enfonça ses doigts dans son épaisse crinière, accentuant la pression de leurs bouches scellées, essayant de gagner le combat de leurs deux langues se caressant violemment. Puis, il l'aida à passer ses jambes autour de sa taille en soutenant ses fesses et en profita pour glisser un doigt dans sa culotte, la faisant pouffer alors qu'il avait attaqué à nouveau son cou offert. Puis, Eléa, qui avait entrepris de commencer à dégrafer le pantalon de Severus, s'arrêta soudainement et à la manière dont elle se figea et se contracta en regardant par-dessus son épaule, il comprit qu'ils venaient comme des étudiants un peu naïfs de se faire surprendre. Il ferma les yeux en priant silencieusement pour qu'il ne s'agisse pas de Lynn et libéra Eléa qui reposa ses pieds sur le sol.
Draco Malfoy avait un air quelque peu éteint et, les mains dans les poches de son pantalon, il soupira en croisant le regard gêné d'Eléa.
« C'est pas vrai… », marmonna Severus en se retournant lui aussi avec un air plus blasé qu'à son habitude, si c'était possible.
Draco regarda tour à tour les deux adultes puis avec un air neutre, il tourna les talons, reprenant le chemin de sa salle commune.
« Draco, attends ! »
Eléa s'élança à la poursuite du jeune Serpentard mais Snape lui attrapa une nouvelle fois le poignet pour l'arrêter.
« Qu'est-ce que tu crois ? Qu'il va aller s'empresser d'aller hibouter Lucius pour lui raconter ce qu'il vient de voir ??! Sois lucide cinq minutes Eléa ! C'est un Malfoy ! Il a dû en voir d'autres au Manoir ! Et qu'est-ce que tu vas lui dire ? »
Elle soupira en croisant le regard de Severus et baissa les bras d'un air résigné, se recalant contre le mur froid avec une mine quelque peu dépitée. Snape n'était finalement pas loin d'éclater de rire en songeant à la situation et à son précédent à Grimmauld Place. Il s'humidifia les lèvres et se pressa à nouveau contre Eléa qui ne put que sourire en voyant sa mine fière et amusée.
« Et en plus, ça t'amuse… », déclara-t-elle platement.
« Oui. Cette situation est finalement excitante… Tu es excitante et l'idée d'être surpris en plein ébat te rend encore plus désirable », répondit-il en glissant ses mains sous sa jupe.
« Même si c'est ta petite amie qui nous surprend ? »
Il stoppa ses mouvements et quitta son cou pour la regarder à nouveau. Eléa fit un énorme effort pour ne pas éclater de rire en songeant qu'elle venait peut-être de lui faire perdre ses moyens, mais il démentit son accusation silencieuse en la tirant brusquement vers le couloir dans lequel il marcha rapidement. Il la poussa dans la première salle sur sa droite d'un geste empressé et verrouilla la porte derrière lui avant d'y ajouter une formule magique pour plus de sécurité.
Eléa marcha lentement entre les rangées de tables, passant au passage ses doigts sur le bois vieilli avant d'atteindre l'estrade et se saisir d'une craie avec laquelle elle écrivit lisiblement son prénom sur le tableau noir.
« Ta salle de cours, hein ? » déclara-t-elle enfin en se retournant et s'amusant de l'attitude prédatrice de Severus qui avançait vers elle en glissant presque sur le sol. « Quel rôle veux-tu que je joue Severus ? Celle de la maîtresse ? A moins qu'une gentille petite écolière dévêtue t'excite plus ? » demanda-t-elle en faisant glisser sa jupe à ses pieds et en retirant son gros pull.
« Tu n'as pas besoin de faire du cinéma pour m'exciter Eléa… », répondit-il d'une voix plus grave qu'à l'accoutumé en l'emprisonnant à nouveau dans ses bras.
Il l'embrassa profondément et glissa une main dans sa culotte, jouant avec ses doigts autour de son clitoris et la faisant gémir de manière anticipée alors qu'elle gesticulait pour guider ses doigts vers un endroit plus sensible. Elle le débarrassa de sa robe de sorcier et de sa chemise avant de caresser son érection toujours prisonnière de ses vêtements au travers de son pantalon. Ne tenant plus, il se dégagea d'elle le temps de se défaire de ses vêtements encombrants et bientôt il se retrouva nu devant elle.
« J'allais le faire ! » râla-t-elle contemplant le corps ferme et l'érection évidente de son ami.
Elle se rapprocha de lui et attaqua à son tour son cou tout en prenant son sexe durci dans sa petite main. Severus grogna de satisfaction mais s'apercevant qu'elle avait entrepris de faire durer les préliminaires, il fronça les sourcils et la guida rapidement contre le bureau sur le rebord duquel il la fit asseoir.
« Pas le temps de jouer chérie. Trop envie. Tonne de copies à corriger », déclara en style télégraphique Snape avant d'arracher la culotte d'Eléa et la pénétrer sans autre préambule. Elle cria de plaisir et écarta davantage les cuisses alors que Severus avait pris immédiatement un rythme effréné.
Elle avait les mains posées sur le bureau, de chaque côté d'elle pour maintenir son équilibre, et remuait les hanches pour rencontrer les coups de reins puissants de son amant. Sentant qu'elle ne durerait pas longtemps et qu'il la transporterait bientôt vers une jouissance certaine, elle avait rejeté la tête en arrière et fermé les yeux en attendant le plaisir. Severus l'attrapa soudainement par le cou et emprisonna ses lèvres tout en faisant glisser les bretelles de son haut pour avoir accès à sa poitrine. Ralentissant légèrement le rythme, il s'employa à sucer avidement les mamelons dressés d'Eléa, donnant à cette dernière des frissons dans tout le corps. Il accéléra à nouveau ses va et vient avant de s'immobiliser soudainement en mordillant l'épaule de sa partenaire. Il respirait bruyamment et Eléa ferma un instant les yeux le temps de ne plus sentir les battements de son cœur résonner dans ses oreilles. Puis elle le regarda d'un air interrogatif avant de froncer les sourcils.
« Je n'ai pas joui ! » s'exclama-t-elle sur un ton de reproche.
« Moi non plus… », haleta-t-il en se retirant.
Avant qu'elle ne proteste à nouveau, il la fit se lever du bureau et il la retourna, l'inclinant contre le bureau. Comprenant le changement de position, elle esquissa un sourire en se cramponnant au bureau avant d'écarter les jambes. Snape ne tarda pas à s'y inviter et il pénétra à nouveau brutalement Eléa par derrière, lui arrachant un long gémissement de satisfaction. Il recommença ses mouvements rapides, dégageant ses cheveux pour avoir une vue intéressante sur ses reins et ses fesses. Il se pencha pour la lécher dans le dos et glissa une main entre ses jambes, atteignant enfin son clitoris et arrachant un autre cri à sa partenaire. Puis pour finir et compléter la session, de sa main libre, il écarta doucement ses fesses et entreprit d'introduire dans son anus son pouce qu'il lui avait préalablement fait lécher pour le lubrifier et ne pas la blesser. Eléa eut un léger sursaut sous la sensation de la nouvelle intrusion mais elle fut incapable ensuite de raisonner clairement et elle sentit un violent orgasme la submerger. Etant momentanément aveuglée par les plaisirs diffusés à différents endroits de son corps, elle ferma les yeux et quand elle put respirer à nouveau, elle hurla, provoquant l'éjaculation profonde de son amant qui s'écroula sur elle dans un râle. Quelques secondes plus tard, il se retira et l'attira dos à lui, caressant doucement ses seins alors qu'ils reprenaient leurs esprits. Elle se retourna pour lui faire face et jeta ses bras autour de son cou en l'embrassant bruyamment sur les lèvres.
« Bon anniversaire Sev au fait ! Je crois que je suis incapable de marcher là maintenant tout de suite… », déclara-t-elle, euphorique et dans un état grisé.
Severus esquissa un sourire, elle n'avait donc finalement pas oublié… Il l'aida à s'asseoir à nouveau sur le bureau avant de la prendre dans ses bras. Ils restèrent un moment enlacés avant que Severus ne s'éloigne pour la regarder dans les yeux. Il planta un baiser sur son front et réajusta les bretelles de son haut avant de lui remettre son pull.
« Ca va mieux ? Tu veux venir prendre une douche ? »
« Non. Je n'aime pas faire ça mais je vais me laver rapidement avec un sort avant de rentrer… », répondit-elle et il acquiesça en ramassant sa jupe qu'il lui tendit ainsi que sa baguette qui avait glissé de sa jupe durant le déshabillage express. Ils se rhabillèrent silencieusement dans leur coin et une fois présentables, ils sortirent de la salle prudemment. Il l'embrassa une dernière fois sur le front et ils se séparèrent dans le couloir, prenant chacun des directions opposées.
Eléa prit le couloir de gauche remontant au cœur du château et elle stoppa sa course en voyant une silhouette connue venir vers elle. Draco s'arrêta également en repérant Eléa non loin de lui et elle ne le vit pas soupirer alors qu'il hésitait sur le fait de faire demi-tour ou pas. Eléa ne lui laissa pas davantage l'occasion de réfléchir et elle s'approcha rapidement de lui dans l'espoir de pouvoir lui parler. Draco adopta son attitude de repli en enfouissant ses mains dans les poches de sa cape et prit son air le plus détaché possible, n'ayant visiblement pas besoin de faire un immense effort.
« Décidément… », marmonna-t-il en fixant le sol marbré devenu soudainement fascinant.
« Draco, écoute, je sais ce que tu penses mais je te demande juste- »
« Non », la coupa le Serpentard en relevant les yeux. « Vous ne savez pas ce que je pense mais je vais vous le dire. Vous ne serez pas surprise, je pense, d'apprendre que je me fous de ce que vous faites, de ce que mon père fait et de ce que mon parrain fait. Mais ce que vous ne savez pas, c'est que dans un sens, ce que j'ai vu me soulage. »
« Comment ça ? » demanda Eléa, plutôt surprise par la réaction du jeune sorcier.
« Je vois que mon père n'est pas le seul à s'amuser et que vous lui rendez bien la monnaie de sa pièce, ce qu'entre nous, aurait dû faire ma mère depuis une belle paire d'années… »
« Qui Draco ? » demanda soudainement Eléa, le regard noir. « Avec qui as-tu déjà surpris ton père au Manoir ? »
Draco la regarda quelques secondes dans les yeux, il la dosa et au lieu de répondre à la question, il choisit de profiter de sa présence et le fait de se retrouver seul avec elle.
« Est-ce qu'Hermione vous a parlé ? Est-ce qu'elle vous a dit quelque chose ? »
Eléa resta interdite un instant avant de comprendre la manœuvre frauduleuse mais subtile et bien pensée du Serpentard.
« Elle ne m'a pas dit grand chose Draco, je suis désolée », répondit-elle sincèrement.
« Est-ce que j'ai encore une chance ? »
« J'aimerais pouvoir te dire que oui, mais je ne veux pas te mentir ou te donner de faux espoirs… »
La peine visible et la déception dans le regard du jeune homme firent sincèrement pitié à Eléa et elle fut presque tentée de lui mentir mais se ravisa en songeant que ce n'était vraiment pas une bonne chose pour l'aider.
« Qui Draco ? Donne-moi un nom s'il te plaît », reprit Eléa en revenant à elle et Lucius.
« Est-ce que vous ne pouvez pas essayer de lui parler ? S'il vous plaît… Savoir ce qu'elle pense exactement, si elle a toujours des sentiments pour moi, si j'ai encore de l'espoir… »
« Je vais essayer, je te le promets », acquiesça Eléa, « mais elle était plutôt sûre d'elle et déterminée dans le choix qu'elle a fait, je ne veux pas que tu te fasses d'illusion Draco. Si je peux te donner un conseil, ce serait celui de lui laisser du temps, de l'espace, oublie-la un peu et essaie de faire autant que possible comme si elle n'existait pas… Je sais que c'est difficile mais c'est une alternative à considérer sérieusement avec elle. Une cassure et un éloignement ne peuvent qu'être bénéfiques, pour vous deux. »
« Merci… », souffla Draco en retenant essentiellement la promesse qu'Eléa parlerait à Hermione. « Adriana. Je n'en sais pas plus, c'est une blonde venant de Hongrie je crois. »
Et sur ces mots, il s'éloigna sous le regard perdu d'Eléa qui venait de prendre une grosse claque bien que la révélation n'était pas vraiment une surprise.
Elle remonta lentement les étages, réalisant à peine qu'elle pleurait amèrement. Pourquoi pleurait-elle au juste ? Pour Draco et toute la détresse qu'elle avait pu lire dans les yeux gris du Serpentard ? Peut-être un peu, oui. Pour la honte et le dégoût en pensant à ce qu'elle venait de faire avec son meilleur ami ? Oui. Peut-être. Non en fait. Jamais elle n'avait ressenti ça après ses interludes avec Severus. Pour la trahison de Lucius ? Essentiellement. Et bien qu'elle réalisait qu'elle n'avait eu en fait que ce qu'elle méritait et qu'elle en avait fait autant de son côté, une immense peine l'avait envahie. Jamais elle ne s'était sentie aussi malheureuse depuis des mois. Elle bouillonnait aussi intérieurement. De rage, de colère, de haine, de jalousie, et elle se força à se calmer alors qu'elle avait senti par automatisme ses yeux se dilater. Elle essuya ses larmes du revers de son pull dont les manches trop longues couvraient ses mains et courut presque en dehors de Poudlard pour pouvoir transplaner jusqu'à Londres.
Londres, lundi 14 janvier 1980
Eléa se leva difficilement à l'heure prévue, elle se fit violence pour ne pas se rendormir, elle ne pouvait pas arriver en retard à l'Ordre du Phénix. Elle prit une douche bien chaude et s'habilla laborieusement d'un jean et d'un gros pull noir à col roulé. Un des ces vieux pulls que l'on garde des années et dont on ne se sépare pas, même si ils ne sont pas très beaux, car ils sont tellement confortables. Elle enfila ses bottes à talons, n'ayant pas le moindre courage pour en chercher d'autres. Elle était fatiguée, épuisée même, comme si l'enfant qui grandissait en elle prenait toutes ses forces et qu'il ne lui restait plus rien. Elle prit quelques minutes, assise sur son lit, la tête dans ses mains et elle laissa s'échapper quelques larmes. Comment pourrait-elle continuer de vivre ainsi ? Combien de temps pourrait-elle garder ses facultés d'Occlumancie alors qu'elle se sentait si faible ?
Elle essuya ses larmes avec résignation et ses yeux se portèrent sur la rose que Lucius avait fait apparaître. Elle était magnifique, elle la porta à ses narines et sentit son doux parfum. Lucius avait toujours eu le don particulier de créer des roses parfaites, d'une couleur éclatante et d'une odeur envoûtante.
Eléa se leva enfin et se regarda dans la psyché. Elle était enceinte de presque un mois et avait déjà l'impression de ne pas pouvoir le cacher. Elle savait que ce n'était que des idées, mais ses douleurs à la poitrine lui donnaient l'impression d'avoir des formes plus qu'avantageuses. Elle se regarda de profil et fit la grimace. Elle avait eu de mal à fermer son jean. A son plus grand malheur, elle devait faire partie de ces femmes dont la seconde grossesse se voyait immédiatement. Elle l'avait lu au cours de l'été, le corps de certaines femmes se rappelle son état de grossesse et se met « en place » immédiatement. Elle marmonna un juron et s'emmitoufla dans sa cape afin d'affronter le froid et se rendre à la réunion.
Ordre du Phénix, 9h05
Eléa arriva à l'Ordre et marcha rapidement jusqu'à la salle de réunion, elle stoppa net en voyant que seul James était présent. Elle le salua d'un geste de la tête et s'assit dans le fauteuil près de la cheminée en soupirant. James s'approcha d'elle, lui jeta un regard indécis puis alluma le feu, apportant une chaleur bienvenue dans la pièce froide.
« Ils ne vont pas tarder... » dit-il finalement pour briser la glace. « Tu veux du jus d'orange ? »
« Pourquoi, t'as mis du poison dedans ? » demanda Eléa d'un ton acide.
James fit un sourire en coin avant de soupirer en s'asseyant près d'Eléa. Elle le regarda en fronçant les sourcils et s'apprêta à sortir une réplique cinglante lorsqu'il prit la parole.
« Eléa... Je suis vraiment désolé pour toutes les choses que j'ai dites la dernière fois... » Elle leva un sourcil et il reprit. « Je reste toujours sur mes positions, pour moi, tu as fait une faute, mais ça ne me donnait pas le droit de te parler sur ce ton, ni de sortir ce genre de méchancetés... »
Eléa fut prise de court par la sincérité dont semblait animer James et fut plutôt soulagée de ses excuses. Elle ne se sentait pas la force de jouer au chien et au chat avec lui, comme pendant leur dernière année, sans compter que s'il se souciait autant de sa réaction, peut-être qu'il ne la soupçonnait plus d'être une Mangemort.
« Merci James, » murmura-t-elle, les larmes aux yeux. Elle ne savait pas pourquoi elle avait envie de pleurer, mais elle ne pouvait s'en empêcher.
« Hey ! » dit-il en s'approchant d'elle, « ça va aller ? »
« Oui... c'est rien... » Elle essuya ses larmes en se maudissant intérieurement.
James prit une de ses mains dans la sienne et plongea ses yeux noisette dans ceux d'Eléa.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Je suis enceinte, » lâcha-t-elle, s'étonnant elle-même.
« C'est une bonne nouvelle, non ? » dit-il avec un franc sourire.
« Oui... » répondit-elle la gorge serrée, « non ... »
James la regarda, désemparé, lorsqu'elle fondit en larmes.
« Je ne comprends pas Eléa... Tu désires cet enfant depuis si longtemps... »
« Oui... James, on est en pleine guerre et je suis tellement fatiguée, si tu savais... Lucius n'est pas là souvent, je me retrouve toute seule... Comment tu veux que j'élève un enfant dans ces conditions ? »
« Tu feras une bonne mère Eléa, je te l'ai déjà dit, je suis sûr que tu sauras prendre soin de ce bébé et le protéger. »
C'était étrange pour Eléa d'entendre James lui parler de la sorte, parler de son propre enfant dont il ignorait l'existence, son enfant qui serait élevé au milieu des Mangemorts, pour la cause des Mangemorts. Elle fut néanmoins soulagée par les paroles de James et elle reprit un peu de courage. Le Maraudeur lui apporta des cookies pour accompagner son jus d'orange mais elle fit la moue en voyant les biscuits.
« Tu devrais manger, tu es pâle... » Elle hocha la tête et finit par croquer dans un gâteau. « Quand vas-tu l'annoncer aux autres ? »
« Je ne sais pas... Je dois l'annoncer à Dumbledore rapidement, je ne veux pas faire trop de terrain... Je l'annoncerai ensuite à tout le monde... Lucius veut qu'on fasse une petite fête pour ça... »
« Bonne idée, ça te changera les idées... »
Ils tournèrent la tête à l'unisson vers la porte d'entrée. Les autres membres venaient d'arriver. Lily et Rémus se tenaient dans l'embrasure de la porte et regardaient James et Eléa avec un sourire entendu. Dumbledore entra à son tour, il porta ses yeux bleus perçants sur sa fille, mais elle ne sut y lire ses pensées. Etait-ce de l'inquiétude ou de la curiosité ? Il était impossible de sonder le vieil homme.
Il les invita à s'asseoir autour de la grande table afin que la réunion commence.
La réunion dura une éternité aux yeux d'Eléa, elle avait fait d'énormes efforts pour ne pas s'endormir sur la table et pour ne pas bâiller lors des rapports des différentes missions.
Ils ne savaient pas grand-chose ces derniers temps ; tous leurs rapports étaient faux ou obsolètes, ce qui la faisait souvent rire silencieusement. Le Maître avait su les manipuler aussi bien que ses sujets et elle l'admirait pour ça.
Elle leva un regard surpris vers la table lorsqu'elle entendit les chaises bouger. La réunion était finie, enfin, et elle se leva à son tour pour se diriger vers la sortie. Elle échangea des banalités avec quelques membres puis décida de rentrer, elle n'avait vraiment pas le cœur à jouer la comédie, mais Dumbledore lui fit comprendre qu'il voulait la voir.
Ils montèrent à l'étage et il lui servit un verre de lait avec des cookies, ce qui fit sourire Eléa. Elle eut un rapide flash-back et se vit en France, attablée à la vieille table de bois de la cuisine, admirant tant son père qu'elle voyait si peu, elle attendait les moments passés avec lui avec impatience.
Ils s'assirent l'un en face de l'autre et elle regarda son père avec appréhension, il décida de parler en premier.
« Tu étais quelque peu... ailleurs... c'est le mot, pendant la réunion... » dit-il d'un ton neutre, lequel cachait un léger agacement.
« Je sais papa, je suis désolée, je suis morte de fatigue... »
Dumbledore leva un sourcil avant de reprendre toujours sur le même ton. « Imagine dans quel état de santé sont les autres membres, surtout quand ils travaillent, ont une vie de famille et assurent leur missions en plus... »
Eléa reçut la réflexion comme un coup au cœur. Ainsi donc c'est ce qu'il pensait d'elle ?
« Tous tes membres n'attendent pas un enfant... » répliqua-t-elle sèchement.
Elle vit le regard de son père étinceler.
« C'est donc ça... » dit-il pensif. « Lucius doit être comblé, il sera père deux fois cette année... »
« Il m'a juré qu'il serait à mes côtés... » ajouta Eléa en baissant les yeux, essayant de se convaincre elle-même.
« Je n'ai jamais dit le contraire, » la rassura-t-il. « Et si je me suis rendu compte de quelque chose en observant Lucius, c'est qu'il t'aime profondément. »
« Je sais que tu aurais préféré quelqu'un d'autre pour moi, » murmura-t-elle.
« Nous avons déjà eu cette conversation Eléa... Ton bonheur est mon seul souhait... J'espère aussi que tu me laisseras établir les sorts de protection que j'avais utilisés avec toi, sur l'enfant... » finit-il, inquiet.
« Oui, bien sûr... C'est normal, et même si des fois je t'en ai voulu pour ça, je dois avouer que c'était la meilleure des solutions... »
Ils restèrent ensemble un moment à évoquer le passé, puis Eléa retourna chez elle, finalement soulagée d'avoir mis quelques personnes au courant de sa grossesse.
Elle s'assit dans son canapé et se rendit à l'évidence que les 8 mois à venir allaient être très longs. Elle songea sérieusement à installer le truc Moldu qu'elle avait chez elle, petite, une télévision, mais elle imagina la tête de Lucius devant l'objet et pouffa de rire à l'avance. L'invitation du Maître était tentante mais elle n'avait pas vraiment envie de passer ses journées au Manoir à lire et à sentir son regard sur elle.
Elle dressa finalement une liste de choses à faire avant la naissance du bébé, puis une petite liste pour la fête qu'elle devait organiser, sans grand enthousiasme, mais qui l'occuperait quelque peu.
Lucius arriva assez tôt et bien que cela lui faisait plaisir de l'avoir avec elle, et reconnaître qu'il faisait des efforts, elle n'avait pas envie de parler et encore moins d'être aimable.
Elle savait d'avance que la soirée finirait mal, elle l'avait vu dans le regard de Lucius. Il avait fait des efforts, amené un dîner qu'elle avait picoré du bout des lèvres. Il était prévenant et doux mais elle n'avait pas envie qu'il la touche, qu'il lui parle. Elle savait que ça le blessait, elle ne savait pas pourquoi elle agissait comme cela, c'était plus fort qu'elle.
« Eléa... » soupira-t-il après qu'elle se soit détournée d'un de ses baisers. « Ma patience a ses limites, » articula-t-il.
« Je sais Lucius, je suis désolée... Je ne suis pas d'humeur. »
« Tu n'es jamais d'humeur Eléa, et Merlin sait que je fais des efforts ! » Le ton était monté légèrement et Eléa sentait déjà ses yeux baigner dans les larmes. « Qu'est-ce que tu veux ? Que je m'en aille ? Quand je suis absent tu me fais une scène, quand je suis là, tu fais la gueule... Qu'est-ce qui cloche ? »
« Je m'ennuie Lucius, au cas où tu l'ignores, je ne peux pas aller en mission, je reste là à ne pas savoir quoi faire de mes dix doigts... » Elle se leva du canapé et commença à faire les cent pas. « Je sais que tu me caches la moitié de ce qu'il se passe au Manoir et ça me tue de ne pas savoir, ça me tue de ne pas sortir, d'avoir une vie normale ! »
« Bien... Demain soir nous sortons... Je t'emmène dîner ! » dit-il le plus calmement du monde.
Eléa écarquilla les yeux et un sourire se dessina sur ses lèvres.
« Vraiment ?? »
Il acquiesça et elle se jeta dans ses bras pour le remercier d'un baiser. Lucius n'osa pas approfondir l'étreinte, de peur de briser cette trêve et ils passèrent une soirée agréable. Eléa, prise de remords, se montra gentille et douce, mais une migraine l'obligea à se coucher tôt, laissant Lucius travailler sur quelques dossiers.
Londres, jeudi 16 janvier 1998
Elle transplana à un kilomètre de l'hôtel et marcha d'un air décidé, essayant de se calmer, mais une centaine de questions se bousculait dans son esprit. Adriana… Eléa l'avait remarquée à son arrivée il y avait de ça plusieurs mois. Elle l'avait totalement ignorée, n'ayant pas vraiment envie de se faire des amies. Surtout depuis Lily. Enfin, depuis sa séparation forcée d'avec son amie, et puis depuis qu'elle avait finalement appris son décès. Elle ne voulait plus d'amies…
Eléa n'arrivait pas à se souvenir quand exactement étaient arrivés tous ces Hongrois et autres populations de l'est. Lucius la trompait-il depuis qu'elle était arrivée ? La trompait-il même quand elle était physiquement au Manoir et maintenant à l'hôtel ? Elle eut l'impression que son cœur allait sortir de sa poitrine, accompagné de ses entrailles. Plus que de la douleur, c'était de la rage qu'elle ressentait. Elle leva les yeux vers le ciel et s'arrêta un instant de marcher dans la ville. Elle se concentra, essayant de ne plus trembler, et elle tenta d'expulser toute cette colère. Un éclair frappa le sol alors qu'un vent violent souffla sur les rares arbres des alentours.
Seule, dans une ruelle déserte, Eléa leva ses mains vers le ciel et se dirigea vers le nord. Elle resta ainsi quelques secondes, inspirant profondément. D'autres éclairs apparurent, tous plus impressionnants les uns que les autres, et soudain, le vent devint glacial. Eléa le sentait mordre sa peau à travers ses vêtements, elle baissa les bras et au même moment le vent se transforma en blizzard. Elle ne voyait plus autour d'elle, il n'y avait qu'un énorme mur blanc qui semblait l'enfermer dans cet espace pourtant immense. Mais elle continua à marcher, ne prêtant pas attention à son corps, frigorifié et pris de tremblements, elle se laissa diriger vers l'hôtel.
Londres, mardi 15 janvier 1980
Lucius entra quelque peu essoufflé dans l'appartement Londonien, la réunion qu'il avait organisée s'était éternisée et il avait eu peur d'être en retard. Il s'apprêtait à appeler Eléa lorsqu'il fut coupé dans son élan. Elle se tenait dans l'entrée de la chambre, dans une robe rouge sang qui lui emprisonnait la poitrine avant de s'élargir légèrement sur les hanches et finir au dessus des genoux. Ses cheveux étaient remontés et maintenus par les peignes qu'il lui avait offerts quelques mois auparavant. Il resta bouche bée devant sa maîtresse, elle s'approcha de lui lentement et l'embrassa profondément.
« Tu aimes ma robe ? » susurra-t-elle à son oreille. « Je l'ai achetée pour toi. »
Elle se recula légèrement et Lucius la dévisagea à nouveau avant de répliquer avec un sourire joueur, le regard sur sa poitrine.
« Elle va bientôt exploser... » Il porta une main sur un des seins d'Eléa et l'embrassa dans le cou.
« Lucius ! » rit-elle. « Nous allons être en retard... »
Il acquiesça et il l'aida à mettre sa redingote. Elle avait du mal à contenir sa joie, elle avait tourné en rond toute la journée en attendant cette soirée en tête à tête. Elle avait prit beaucoup de plaisir à s'habiller et se maquiller, en imaginant le regard qu'aurait Lucius en la voyant, elle ne fut pas déçue par la réalité.
Ils n'avaient pas transplané, Lucius avait préféré prendre une calèche, ce qui indiquait à Eléa qu'ils sortaient dans le Londres Magique. Elle espérait une table dans un des derniers restaurants à la mode, bien qu'elle n'ait pas trop d'appétit, elle ferait des efforts.
La calèche s'arrêta près d'un hôtel particulier modeste et Lucius frappa trois coups avant qu'une personne vêtue de noir leur ouvre la porte. Lorsque l'homme vit Lucius, il lui fit une révérence et les invita à rentrer, tout en offrant une rose à Eléa.
Lucius la prit par la main et elle le suivit sans prêter attention au chemin qu'ils empruntaient, elle admirait l'intérieur, riche et décoré avec goût, sans aucun rapport avec l'extérieur.
Elle fut surprise cependant d'y voir plusieurs couples, sûrement illégitimes, puis désenchanta lorsqu'ils passèrent dans un couloir vitré. De part et d'autres de ce couloir, plusieurs pièces se succédaient, les murs étaient vitrés et les couples y partageaient des danses érotiques, indécentes.
Ils descendirent au sous-sol où une table était dressée, non loin d'une scène sur laquelle une femme se dénudait tout en dansant lascivement.
Ils s'assirent l'un en face de l'autre et le regard de Lucius s'assombrit quand il croisa celui de sa compagne. Il but une coupe de champagne, d'un trait ; agacé, il prit la main d'Eléa.
« J'ai annulé une mission pour cette soirée, amour, » dit-il du ton doucereux qu'elle détestait tant.
« Je sais, excuse-moi, » murmura-t-elle tout en refoulant des larmes.
« ça ne te plaît pas ? » articula-t-il les dents serrées.
En guise de réponse, une larme coula le long de la joue de sa maîtresse.
Il poussa un juron et serra la main d'Eléa avec plus de force, la fit se lever et il se dirigea vers la sortie, la faisant presque courir derrière lui.
L'homme qui les avait accueillis s'approcha d'eux, l'air nerveux.
« Quelque chose vous a déplu Monsieur Malfoy ? »
« Non, ma compagne se sent mal... » répondit-il sans un regard pour Eléa. Il sortit quelques pièces dorées de sa bourse, « tenez... Pour le dérangement... ».
Ils rentrèrent à l'appartement sans échanger un mot. Eléa voulait attendre qu'il se calme avant de prononcer quoi que ce soit, mais il ne décolérait pas.
Lucius claqua violemment la porte et jeta ses affaires sur le canapé avant de se servir un verre de whisky et l'avaler d'un trait. Eléa se débarrassa de son manteau et se dirigea vers la chambre où elle défit sa coiffure.
« Qu'est ce qu'il te faut Eléa ? »
Eléa sursauta et vit son amant dans l'embrasure de la porte.
« Je ne sais pas... »
« J'ai annulé mes obligations pour toi ce soir... J'ai organisé tout ça pour te faire plaisir... »
« Me faire plaisir ? » dit-elle en haussant le ton. « Pour m'exciter oui... Tu ne penses qu'à toi Lucius, tu aurais vraiment voulu me faire plaisir, tu n'aurais pas organiser... ça... »
« La dernière fois, tu avais adoré ce genre d'endroit ! Comment voulais-tu que je devine ? Tu aurais voulu quoi ? »
« Un dîner aux chandelles, rien que toi et moi... » marmonna-t-elle. « A une époque je n'avais pas besoin de te dire ce que je voulais... »
« Putain, mais tu n'es jamais contente ! Je dis blanc, tu dis noir, tu n'as pas idée de l'enfer que je vis, Eléa ! »
« Vraiment ? C'est ce que tu ressens ? » cria-t-elle. « Dans ce cas, barre-toi Lucius, je te libère de tes engagements, je n'ai plus besoin de toi ! »
Elle lui jeta quelques vêtements à la figure avant de reprendre encore plus en colère.
« C'est fini Lucius, tu vis un enfer ? Qu'est-ce que tu crois ? Que ma vie est toute rose ? C'est de ta faute si c'est un cauchemar, j'aurai dû écouter tout le monde et m'éloigner de toi ! » cracha-t-elle. Elle le poussa hors de la chambre. « Va-t-en ! ».
Elle referma la porte derrière elle avant de s'asseoir par terre, contre la porte, et pleurer.
Lucius, abasourdi, recula doucement en se passant une main dans les cheveux. Sa colère avait fait place à de la peine, à de la douleur. Il n'avait pas ressenti cela depuis longtemps et cette situation le prenait au dépourvu. Il s'assit dans le canapé et se prit la tête dans les mains, puis se couvrit un instant les oreilles pour ne pas entendre les pleurs d'Eléa qui ne cessaient de lui marteler le cœur.
Il s'assoupit un moment sur le canapé, puis quelques heures après, la porte de la chambre s'ouvrit doucement. Eléa s'approcha du canapé, hésitante. Lucius s'assit et regarda sa compagne avec tendresse. Elle avait les yeux très rouges, qui contrastaient avec sa peau si blanche, son maquillage avait coulé le long de ses joues et elle sanglotait encore. Il eut une pointe à la poitrine quand il lut dans ses yeux décolorés toute la détresse dont elle était habitée.
Elle s'assit à côté de lui et il la prit dans ses bras, caressant ses cheveux comme pour l'apaiser.
« Ne me quitte pas Lucius, je t'en prie, » supplia-t-elle. « Je ne sais pas ce qu'il m'a pris, je suis désolée... ne me quitte pas... »
Lucius la berça un instant, puis déposa un baiser sur son front. Elle se releva et elle plongea dans ses yeux polaires. La glace s'était rompue et baignait dans des larmes si rares qu'une angoisse la saisit. Elle était allée trop loin, il allait la quitter...
« Je ne quitterai jamais, amour... Jamais. Tu m'entends ? » Elle acquiesça tristement. « Je sais que tout ce qu'il t'arrive est ma faute et crois-moi je m'en veux énormément, mais on ne peut pas faire machine arrière et je serai toujours là pour toi. »
Elle se blottit dans ses bras et ils finirent la nuit dans la chambre. Epuisés par cette dispute, ils s'endormirent paisiblement, espérant un nouveau départ dans leur relation.
Londres, jeudi 16 janvier 1998
Lorsqu'elle fit son apparition dans la salle du restaurant réaménagée, tous les regards se dirigèrent vers elle. Elle aperçut Lucius, près du feu, en compagnie d'Adriana. Il se leva, sans voix, et la regarda faire demi-tour et s'éloigner vers les escaliers après qu'elle lui ait jeté un regard assassin.
Elle eut du mal à monter les marches, son corps endormi par le froid brûlait à présent au contact de la chaleur qui régnait dans la demeure.
Elle claqua la porte derrière elle et Lucius entra de suite après, silencieux, plutôt inquiet de voir sa maîtresse dans cet état.
Eléa se dirigea vers la commode et prit une cigarette du tiroir de Lucius. Tout en l'allumant, son regard se porta vers son propre reflet dans le miroir. Elle était tellement pâle qu'on aurait cru sa peau transparente. Ses cheveux noirs étaient trempés de neige fondue et ses lèvres violettes reprenaient peu à peu leur couleur rosée. Ses yeux, rouges du froid et des larmes, rendaient le bleu de ses pupilles presque inexistant. Elle détourna le regard du miroir et rencontra les yeux de Lucius.
« Qu'est-ce qui se passe amour ? » demanda-t-il avec douceur.
« Mais rien chéri, tout va pour le mieux, dans le meilleur des mondes… »
« Eléa, » soupira-t-il. « Si tu ne me dis rien, je ne pourrais pas t'aider… »
Eléa eut un petit rire amer.
« Bien… » dit-elle en prenant une bouffée de cigarette. « Tu t'ennuies de Narcissa donc tu t'es trouvé une remplaçante ? »
Le regard de Lucius s'assombrit.
« Qu'est-ce que tu racontes encore ? » dit-il d'un air blasé.
« Ne me prends pas pour une conne Lucius, je sais que tu couches avec elle ! » siffla-t-elle. « Et j'ai un témoin… » articula-t-elle devant son visage fermé.
« Et ne me prends pas pour un con alors que tu couches avec Severus dès que j'ai le dos tourné ! »
« Oui, Sev et moi, on ne fait que ça, à l'Ordre, à Poudlard, partout, on baise partout… » rit-elle.
Lucius leva sa baguette et insonorisa la pièce, alors qu'Eléa, levant les yeux au ciel, le regardait faire.
« Peur des ragots Lucius ? Ne t'inquiète pas pour moi, je suis bien consciente que tout le monde me sait cocue… »
« ça suffit Eléa, » ordonna-t-il sérieusement.
Eléa le regarda d'un air étonné.
« Tu crois qu'il te suffit de me dire d'arrêter pour clore l'affaire ? Je ne suis pas un de tes putains de Mangemorts auxquels tu donnes des ordres ! »
Elle le regarda à nouveau, il essayait apparemment de se calmer et elle se demanda si elle ne devait pas laisser tomber finalement, mais il lui avait fait trop mal pour qu'elle s'en tienne là.
« Depuis combien de temps tu couches avec elle ? » s'emporta-t-elle. « Tu l'as fait quand j'étais ici ? Ou tu as juste besoin d'un trou pour te vider quand je ne suis pas là ? »
« Tu deviens vulgaire, » dit-il en la regardant avec mépris.
Son regard lui donna l'impression de recevoir un autre couteau dans le cœur. Les larmes aux yeux, elle détourna son visage du sien.
« Tu pourrais au moins avoir la franchise de me répondre… »
Il y eut un court et lourd silence avant que Lucius ne vienne à elle, pour allumer à son tour une cigarette.
« Plusieurs mois et oui, il m'est arrivé de coucher avec elle quand tu étais présente, enfin, si on peut appeler ça « présente », quand tu t'enfermais dans le petit salon au Manoir… »
« Tu… Tu as des sentiments pour elle ? » demanda-t-elle la voix tremblante.
Il leva un sourcil avec un regard étonné.
« Non ! Bien sûr que non ! »
« Je pensais que tu te lassais plus vite… Des mois Lucius… » dit-elle en pleurant. « Je te faisais confiance, je pensais vraiment te suffire, à croire que j'ai eu tort… »
Lucius rejeta la tête en arrière, comme exaspéré.
« Putain, Eléa, ce n'est que du sexe ! » Il s'approcha d'elle en la prenant par le menton. « Je n'aime que toi, tu le sais ! »
Eléa se dégagea de lui avec un regard triste.
« Je t'interdis de la revoir, » murmura-t-elle.
Lucius eut un rire moqueur.
« Tu m'interdis quelque chose ?
« Je ne veux plus que tu la revois Lucius ! » cria Eléa.
Il la regarda avec un sourire mauvais.
« Dis-moi, combien de fois as-tu couché avec Severus ? »
« Ne change pas de conversation, ça n'a rien à voir ! » s'énerva-t-elle.
« COMBIEN ? » Eléa sursauta. « Et pas depuis que tu es sortie de prison, depuis Poudlard ! » ajouta-t-il menaçant.
« Qua-tre fois… »
« Te fous pas de ma gueule Eléa ! » rua-t-il.
« Non Lucius, c'est bien quatre fois ! » cria-t elle à son tour. « Qu'est-ce que tu crois ? Qu'à chaque fois que je vais à l'Ordre je couche avec lui ?! Tu ne crois pas qu'on a autre chose à foutre ?!! »
Il resta sceptique un moment, la regardant droit dans les yeux.
« Combien de fois par le passé ? »
« C'est pas vrai… » souffla-t-elle en remuant la tête comme pour sortir d'un cauchemar. « Une fois. La nuit où j'ai été marquée… Tu étais allé rejoindre ta femme, » fit-elle en grimaçant.
« C'était mon meilleur ami Eléa… Et maintenant tu continues à coucher avec ce traître ? » s'offusqua-t-il.
« Tu ne comprends pas Lucius, c'est différent avec lui, ce n'est pas du sexe comme avec ta blondasse, c'est… »
« Parce qu'en plus tu as des sentiments ? » souffla-t-il, blessé.
« Non ! Une profonde amitié… »
« ça pour être profonde… » marmonna-t-il.
« Severus me connaît bien, » continua-t-elle sans relever sa réplique plus que foireuse. « …et quand il m'arrive de coucher avec lui, c'est parce que j'ai besoin de quelqu'un à mes côtés et tu n'es pas là ! Parce que j'ai besoin de me sentir en sécurité… »
« Foutaises Eléa ! » cria-t-il à nouveau. « Rien ne t'empêche de venir me rejoindre ici ! »
« Pour quoi faire, te trouver avec cette pute ?! Tu n'essaies même pas de me comprendre… Tu sais je me demande pourquoi je perds mon temps comme ça avec toi ! » Elle enleva sa bague d'un geste sec et lui donna en le frappant au torse. « Garde ta putain de bague et tes promesses à deux balles ! »
Elle tourna les talons vers la porte mais il la retint douloureusement par le bras. Ils luttèrent ensuite, Eléa voulant partir, Lucius la retenant. En pleurs, elle le frappa plusieurs fois au visage et il ne répondit pas. sa force physique la surpassait et elle ne pouvait utiliser ses pouvoirs contre lui, le passé lui ayant servi de leçon. Elle perdait ses forces déjà éprouvées par le blizzard, exaspéré il la plaqua brusquement contre le mur de la chambre et elle se cogna dangereusement la tête.
« Tu veux vraiment en finir ? » lui dit-il en plantant ses yeux dans les siens.
« Lâche-moi Lucius, » pleura-t-elle alors que sa tête lui faisait atrocement mal.
Il s'approcha de son visage et doucement, il l'embrassa. Elle le rejeta mais il insista, saisissant ses cheveux pour plaquer son visage contre le sien.
Elle ne put s'empêcher de gémir quand il dévora son cou tout en maltraitant un de ses seins et quand il glissa ses doigts en elle. Elle ne put s'empêcher de crier lorsqu'il la pénétra violemment et que chacun de ses coups de reins la transportait toujours un peu plus près de l'orgasme et elle ne put s'empêcher de jouir lorsqu'il jouit en elle.
Une fois encore, il avait gagné et elle se demanda dans un demi-sommeil si elle gagnerait un jour contre Lucius Malfoy.
Lorsqu'elle se réveilla quelques heures après, il faisait déjà nuit, le blizzard s'était arrêté et de fins flocons de neiges tombaient, balancés par une brise légère.
Lucius n'était pas à ses côtés et elle s'inquiéta, aucune mission n'était prévue pour cette nuit-là et elle se demanda où il pouvait bien être, alors qu'une vision atroce de Lucius et la blonde lui venait en tête. Elle enfila rapidement une robe et descendit les marches en silence. Il n'était pas dans le salon, ni à la bibliothèque, quand soudain elle pensa au piano. Elle entra dans la pièce, il était à son piano, un verre de whisky posé sur le bois, une cigarette mal éteinte dans le cendrier. Il semblait composer silencieusement une mélodie, simplement en effleurant les touches de ses mains habiles.
Elle s'approcha de lui par derrière et plongea ses mains sur son torse en enfouissant son visage dans son cou.
« Tu reviens au lit ? » chuchota-t-elle.
« Tu remets ta bague ? » demanda-t-il d'un ton las.
« Non. » Elle le sentit se raidir sur son siège. « C'est toi qui me la remets… »
Il prit la bague, à côté du verre de whisky et elle lui tendit la main avec un sourire triste, puis il se leva enfin et ils remontèrent main dans la main jusqu'à leur chambre.
Mardi 22 janvier 1980
Eléa s'étira de tout son long, tel un félin qui vient de se réveiller, avant de se blottir dans les bras de son amant.
Lucius l'avait rejoint la veille, lui faisant la surprise d'un dîner romantique aux chandelles. Il lui avait posé de nombreuses questions sur sa journée passée dans la famille Snape et Eléa avait pu déceler dans le regard de son amant une pointe de jalousie qui l'émoustilla. Après une mousse au chocolat parfaite, accompagnée d'une coupe de champagne, elle avait offert au Mangemort une nuit d'amour, empreinte de douceur, comme ils n'avaient pas eu depuis longtemps.
Lucius caressa sa longue chevelure noire, tout en fermant les yeux, savourant ce moment de paix et d'intimité qui lui avait tant manqué. Il pouvait sentir que la colère de sa maîtresse était passée, mais il devinait dans ses yeux tristes que quelque chose n'allait pas. Il l'embrassa tendrement avant de la quitter pour préparer un petit déjeuner copieux, bien qu'elle mangeait très peu.
Elle le rejoignit dans le salon quelques minutes plus tard, enroulée dans les draps pourpres qui contrastaient avec sa peau d'albâtre. Elle s'installa dans le canapé et attendit que Lucius la rejoigne pour boire avec lui son thé, aux saveurs de vanille et de cannelle. Elle porta la tasse fumante à son nez pour en humer tout le parfum et profiter de sa chaleur. D'un geste de sa baguette, Lucius raviva le feu de cheminée, puis il prit Eléa dans ses bras.
« Tu restes avec moi cette semaine ? » demanda-t-elle, pleine d'espoir.
« Pas toute la semaine, amour, j'ai quelques missions de prévues, mais c'est assez calme cette semaine au Ministère, donc j'en profiterai pour passer du temps avec toi. Ça te va ? » demanda-t-il avec douceur.
« Oui, merci. » Elle l'embrassa dans le cou.
« Je me suis dit qu'on pourrait aller à Londres faire les magasins cette semaine, faire quelques achats pour toi, pour le bébé... »
Eléa grimaça.
« J'ai pas trop envie de sortir, Lucius… »
Lucius sourit intérieurement et se retint de ne pas relever qu'elle lui avait fait une scène pour sortir plus souvent il y avait de cela quelques jours.
« Juste une promenade alors, histoire de prendre un peu l'air et le soleil, tu es pâle, ça te ferait du bien... » insista-t-il.
« Je ne sais pas, on verra... » dit-elle embêtée.
Lucius allait rétorquer lorsqu'il fut interrompu par les petits coups à la fenêtre. Un hibou de taille moyenne attendait sagement qu'on lui ouvre afin de déposer une lettre. D'un regard, Eléa ouvrit la fenêtre, laissant l'air glacial de ce mois de janvier pénétrer la pièce.
Lucius détacha la missive et leva un sourcil.
« ça vient de ton père... Pourquoi ne nous a-t-il pas envoyé le Phénix ? » s'étonna-t-il.
« Peut-être que Fumseck est en fin de vie... ou en début, » pensa Eléa à voix haute, « Ou peut-être que ton accueil de la dernière fois l'a vexé... »
Lucius leva les yeux au ciel et ouvrit la lettre.
« Alors, qu'est-ce qu'il dit ? » s'inquiéta Eléa, toujours dans les bras de son amant. Elle s'écarta pour pouvoir observer Lucius qui avait légèrement pâli.
« Il nous invite à dîner samedi soir... » répondit-il nerveusement.
« Oh... C'est cool, » dit-elle d'un air enjoué avant de reprendre en râlant :« pourquoi tu fais cette tête ? Il fait des efforts... C'est pas comme ton père... »
« Mon père t'adore, Eléa, ce qui n'est pas le cas du tien envers moi. »
« En tout cas, c'est pas moi qui suis invitée à la table des Malfoy ! » s'indigna-t-elle.
« Mon père tient compte des convenances... »
« T'as raison, tout le monde pense que je suis ta cousine ! » railla-t-elle alors que Lucius prit un air exaspéré.
« Je suis certain qu'il va observer mon comportement, » bouda-t-il, « Si il n'essaie pas la Légilimencie... »
« Oh, arrête de déconner ! » Elle lui prit la lettre et répondit positivement à l'invitation de son père.
Elle se leva pour donner quelques miettes de brioche au hibou avant de lui accrocher sa réponse et de le faire partir. Lucius s'approcha d'elle alors qu'elle observait le ciel, pensive.
« Tu crois qu'il va neiger ? J'aimerais qu'il neige... »
« Je ne sais pas amour... » Il dégagea la nuque de sa maîtresse et y déposa un baiser. « Si on s'habillait pour se promener ? »
Elle se retourna et se colla à lui avec un regard coquin.
« J'avais plutôt une autre idée... »
Il leva un sourcil avec un sourire en coin.
« Développe... »
« Toi, moi, la cheminée et du chocolat fondu... »
Il fit mine de réfléchir quelques secondes, avant de la prendre dans ses bras. Elle poussa un petit cri de surprise lorsqu'il la porta en direction de la cheminée.
« Londres attendra... » dit-il sérieusement, faisant pouffer de rire Eléa.
Sloane Square, vendredi 17 janvier 1998
Eléa arriva en retard à la réunion du lendemain. Enfermée tôt le matin dans une petite salle de l'hôtel qu'elle s'était appropriée pour continuer ses enseignements, elle n'avait pas vu l'heure passer, trop absorbée par un livre passionnant, interdit depuis de nombreux siècles. Elle eut un sursaut quand elle sentit la marque invisible lui brûler l'avant bras.
Lucius lui avait réservé une place à sa droite et en arrivant, elle s'excusa auprès du Maître pour son retard, il ne sembla pas contrarié et au contraire, il lui sourit. Elle s'aperçut qu'une nouvelle fois, le Lord lui apparaissait comme un séduisant homme mur, aux yeux d'un bleu troublant, peut-être parce qu'elle pouvait y voir la flamme rouge qui animait son regard.
Elle ne prêta pas grande attention à la réunion, comme à son habitude, mais essaya de prendre des notes, ne serait-ce que pour donner des informations à son père.
Lucius fut désigné pour une mission, il devait voler un artéfact magique chez un collectionneur Moldu, l'instrument serait indispensable au rituel qu'Eléa devait accomplir.
Voldemort demanda un autre volontaire pour couvrir Lucius et une voix douce se fit entendre. Eléa leva la tête brusquement, Adriana venait de se proposer pour la mission.
« Bien, » dit Voldemort. « Je vous… »
« S'il vous plaît, » l'interrompit Eléa. « J'aimerais faire la mission avec Lucius, je n'ai pas eu d'action depuis un moment… » dit-elle en le regardant dans les yeux.
Après un court moment, Il accepta avec un léger sourire en coin.
Une fois la réunion finie, ils partagèrent tous un repas, Eléa lança des regards noirs à sa rivale et celle-ci fit comme si elle ne les voyait pas, mais Eléa pouvait voir avec un certain plaisir la peur d'Adriana dans ses yeux.
Les Mangemorts étaient tous dispersés, certains profitant de quelques heures de détente, d'autres travaillant sur des projets obscurs. Eléa était retournée dans son refuge, le temps de finir son livre et était ensuite descendue pour boire un verre avec Lucius, qu'elle trouva à nouveau en compagnie d'Adriana. Il sembla un peu nerveux lorsqu'il la vit, mais elle prit un air hautain et se dirigea vers le bar. Avant même qu'elle ne touche la bouteille de vodka, une main pâle lui tenait un verre déjà rempli.
« Vodka on the rocks si je me souviens bien, » dit-Il d'une voix doucereuse.
« C'est bien ça, » sourit-elle. « Bonne mémoire, après toutes ces années… »
Il lui sourit et l'observa un instant. Il sentit la haine et la jalousie émaner d'elle lorsqu'elle posa les yeux sur la Hongroise. Il s'approcha d'elle et lui dégagea ses cheveux, découvrant son cou. Le contact de sa peau avec la sienne la fit frissonner de manière incontrôlée et elle rougit légèrement.
« Il y a plusieurs années, je t'ai dit que la vengeance était une incroyable source de pouvoir… » lui chuchota-t-il à l'oreille, « la jalousie en est un autre. »
Elle se tourna vivement vers lui, leur visages à quelques centimètres l'un de l'autre.
« Pourquoi me dites-vous ça ? » s'étonna-t-elle.
« Je voulais simplement que tu saches, Eléa, qu'Adriana n'est pas un membre très utile de mon organisation… » répondit-il avec un rictus.
Elle retourna à nouveau son regard vers la blonde et croisa celui de Lucius, nerveux, il ne pouvait détacher ses yeux du Maître, trop proche de sa maîtresse à son goût.
Eléa resta pensive. Tuer Adriana était un fantasme qui la hantait depuis la veille, mais elle ne voulait plus tuer… Une petite voix lui répondit que tuer un Mangemort n'était peut-être pas un énorme « péché ». Après tout, une de ses plus grandes fiertés n'était-elle pas le meurtre de Bellatrix par sa propre fille ?
Elle se retourna à nouveau vers le Maître, mais Il avait déjà disparu et l'espace d'un instant, elle se demanda si la petite voix qu'elle avait entendue, n'était pas la voix froide et énigmatique du Lord.
Poudlard, samedi 26 janvier 1980
Lucius observa les murs du couloir tout en marchant lentement dans le château, en direction des appartements du Directeur. Il n'y était jamais entré mais il imaginait une décoration et une atmosphère proches de celles de son bureau.
« J'ai l'impression que ça fait une éternité que je n'ai pas remis les pieds ici... » songea Lucius à voix haute.
« Ah oui ? » s'étonna Eléa. « J'ai l'impression que c'était hier... » Elle s'approcha de son amant et prit la main qu'il lui tendait amoureusement, « …hier que j'ai croisé ton regard en cours de potion... » Elle l'embrassa tendrement, « …et que tu m'as snobée... » ajouta-t-elle avec un petit rire.
« La Eléa qui venait d'arriver était très différente de celle que j'ai découvert quelques semaines après... »
« Tu as été attiré par mon pouvoir, après par le reste, avoue-le, » dit-elle avec un sourire en coin.
« Ce qui m'a attiré en premier chez toi, amour, ce sont tes fesses ! » avoua-t-il tout en gardant son sérieux devant la mine stupéfaite de sa maîtresse.
« J'en apprendrai tous les jours ! » s'exclama-t-elle.
« Je t'ai peut-être snobé, mais crois-moi, ton postérieur je ne manquais pas une occasion de le regarder... » lui chuchota-t-il à l'oreille.
Eléa pouffa de rire et reprit son calme devant la grande porte de bois sculptée qui se trouvait devant eux. Elle ne prit pas le soin de frapper, la porte la devança et s'ouvrit d'elle-même.
Ils entrèrent dans un petit vestibule et Dumbledore les accueillit. Après avoir déposé leurs capes sur le portemanteau en fer forgé de l'entrée, ils suivirent le Directeur dans un petit salon. Dans un coin, il y avait un bureau et Eléa ne put s'empêcher de remarquer qu'il n'avait pas laissé traîner un seul parchemin. L'ensemble de la pièce était assez sobre dans des tons très chauds, propres à Gryffondor, or, pourpre, ocre. De grands doubles rideaux habillaient les fenêtres et la pièce était éclairée par de nombreuses bougies qui flottaient dans l'air.
Lucius se posta devant l'immense bibliothèque qui se dressait devant le canapé.
« Très beaux ouvrages... et rares... » souffla-t-il avec une admiration mêlée à de la convoitise.
« Certains me viennent de vieilles brocantes que j'ai faites en Europe durant mes voyages, d'autres me viennent de vieux amis... »
Lucius se déplaça plus vers la gauche, attiré par un tome épais à la couverture enluminée.
« D'autres sont même interdits, » dit-il à voix basse en caressant la tranche de l'ouvrage.
« On ne combat pas Grindelwald sans connaître ses pouvoirs... » répondit Dumbledore en regardant le Mangemort au-dessus de ses lunettes en demi-lune.
« Je n'en doute pas... » répondit Lucius avec une lueur dans les yeux alors qu'il fixa le vieux sorcier dont l'exultation, bien qu'interne, était plus que perceptible pour Eléa. « C'est juste que j'ai du mal à vous imaginer utiliser la Magie Noire. »
« Qui a dit que je l'utilisais ? » se contenta de lui sourire malicieusement Dumbledore, alors qu'Eléa se demanda soudainement si elle avait bien fait d'accepter l'invitation de son père. Ce dernier était de toute évidence en train de tester Lucius, et connaissant son amant, Eléa ne put s'empêcher de frissonner en imaginant le pire tout en devinant que les deux hommes risquaient fort de se mesurer plus par les mots que par les sorts et autres armes dont rien ne pourrait en sortir de bénéfique.
Le Directeur leur servit un apéritif et Lucius apprécia la qualité du Bourbon en plaçant une main provocatrice sur la cuisse de sa maîtresse. Eléa détesta le regard de Lucius à cet instant où elle eut l'impression qu'il marquait sa propriété sur elle tout en déniant celle du père, évincée, même si dans le cas d'Eléa, le rôle de Dumbledore avait été plus que minimaliste dans sa vie. Elle savait son père assez intelligent pour ne pas relever cette provocation, mais elle savait aussi qu'il ne manquerait pas une occasion de tester l'effet boomerang sur Lucius, et elle porta son verre à ses lèvres pour se donner une contenance. Les deux hommes discutèrent pendant quelques minutes alcool et distillation sous le regard inquiet d'Eléa qui sirotait son jus de mangue en observant les deux hommes. Les politesses et autres efforts pour paraître agréables étaient de toute évidence forcés, et elle ne fut pas mécontente quand le maître de maison invita ses convives à passer à table.
La tête de l'Ordre du Phénix et le Mangemort se retrouvèrent face à face, comme dans une mauvaise scène de duel au Far West, et, Eléa déglutit en soupirant quand elle prit place entre les deux hommes. Sa position d'arbitre privilégié du match qui allait se poursuivre avec des fourchettes et des couteaux ne l'emballa pas et elle s'efforça de diriger la conversation vers des sujets légers et neutres.
« Où est Fumseck ? » s'enquit la jeune sorcière avec son plus large sourire.
« Dans mon bureau, il dort. Je crains que ce ne soit bientôt la fin pour lui, » répondit Dumbledore d'un air grave et Lucius leva discrètement les yeux au ciel avant de se pencher vers Eléa.
« Tu vois, ce n'est pas ma faute... » murmura le Mangemort avec un sourire de vainqueur.
Eléa lui jeta un regard blasé avant de reprendre.
« Tu crois que je pourrais assister à sa renaissance ? ça fait longtemps... » demanda-t-elle tout en regardant avec envie le potage qui venait d'apparaître devant eux.
« On essaiera Eléa... » promit Dumbledore avec un clin d'œil avant de faire signe à ses invités de commencer à manger.
Ils entamèrent le potage brûlant et Eléa mangea avec appétit.
« ça fait plaisir de te voir manger, amour, » déclara sincèrement Lucius qui fut gratifié par l'intéressée d'un léger coup de pied sous la table.
« Eléa n'a jamais résisté à cette soupe... C'est une recette de sa grand-mère... »
Eléa sourit en enfournant une autre cuillère à soupe.
« Tu ne manges pas en temps normal ? » s'inquiéta le vieil homme.
Eléa bredouilla quelques mots en rougissant.
« Elle grignote de temps en temps, mais ne mange pas équilibrée et pas assez pour une femme enceinte il me semble, » expliqua Lucius avec une inquiétude sincère mais qui donna trop dans le mélodrame pour Eléa dont le sang se mit à bouillir.
« Je ne pense pas que l'on puisse faire une généralité, » répondit Dumbledore. « Je me souviens que la mère d'Eléa, quand elle était elle-même enceinte, mangeait très peu et elle ne respectait pas des heures fixes. Elle n'a jamais manqué de rien et a vécu une grossesse très paisible par ailleurs. »
« Vous avez raison, on ne peut pas faire de généralités en la matière. Cette expérience est propre à chaque femme et les raccourcis sont parfois trop simplistes, » sourit Lucius en passant une main amoureuse dans les longs cheveux de sa maîtresse afin qu'ils ne tombent pas dans sa soupe.
« Toutes les femmes n'ont malheureusement pas la chance de vivre une grossesse paisible… » soupira Dumbledore et Eléa posa sa cuillère un peu trop lourdement dans son assiette.
« Ma grossesse se passe très bien papa, tu n'as pas à t'inquiéter, je vais bien, » se sentit obligée de dire Eléa.
« Je n'en doute pas ma chérie, » acquiesça le Directeur en plantant son regard malicieux dans les yeux bleus mais voilés de Lucius.
Le Directeur venait de toute évidence de prendre l'avantage dans l'art et la manière des sous-entendus subtils et blessants de vérité. Eléa se resservit une assiette de potage et Lucius avala d'un trait son verre de vin rouge. Durant les quelques minutes qui suivirent, on entendit que les coups de cuillère d'Eléa qui dégustait son potage dans un silence plombé, bientôt rompu par Lucius qui se sentit obligé de déclarer avec une amertume mais un aplomb tout aussi remarquable :
« Vous n'avez pas de souci à vous faire, ni pour Eléa, ni pour l'enfant. »
« Bien sûr, » sourit à nouveau le vieil homme avec un air quelque peu moqueur.
Un poulet rôti et son accompagnement apparurent et Dumbledore laissa à Lucius le soin de découper la volaille. Eléa profita de cet interlude en forme de récréation pour s'éventer un instant avec sa serviette de table alors que des bouffées de chaleur de femme enceinte venaient de lui monter au visage. Elle compatit pour Lucius qui se débattait avec la volaille sans en faire un massacre et regarda son père, qui, elle en était sûre, était mort de rire intérieurement.
« Merci de nous avoir invités papa, j'en suis très touchée... » Elle regarda Lucius qui sous son apparence glaciale, était au bord de la crise de nerfs. « Lucius aussi est très touché... »
Lucius posa ses instruments de torture et conjura un sort qui effectua la tâche sans difficulté.
« Les elfes de maison se sont toujours occupés de ça, » s'excusa Lucius.
Dumbledore hocha la tête et ils se servirent enfin. Eléa attaqua du blanc de poulet et des pommes de terre arrosées de sauce, mettant de côté tous les légumes verts qui, elle ne savait pourquoi, la rebutaient.
« Vous avez prévu de déménager ou de rester dans l'appartement ? » s'enquit le Directeur en tentant de relancer la conversation.
« Lucius a déposé une demande pour qu'on agrandisse l'appartement. Je m'y senst rop bien et je n'ai pas le courage de déménager... »
« Le quartier est très résidentiel, je suis sûr que le petit s'y sentira bien, même si j'aurai préféré qu'il grandisse dans une maison... » ajouta Lucius.
« Il va passer toute son adolescence ici, il aura le temps de la voir la verdure ! » dit Eléa en levant les yeux au ciel.
« J'espère être toujours Directeur de cette école pour le voir grandir à loisir ! » remarqua Dumbledore avec un sourire paternel.
« Vous pourrez évidemment voir le petit quand vous le souhaiterez, Monsieur, j'espère que vous n'en doutiez pas… » déclara Lucius d'un nouveau ton mielleux.
« Non, Eléa me l'a déjà assuré... » répondit-il avec un léger sourire. « Vous avez déjà pensé à des prénoms ? »
« Non, pas encore... Tu sais avec ma dernière fausse couche, on ne voudrait pas trop s'avancer. »
« Il n'y a pas de raison que tu fasses une nouvelle fausse couche ma chérie. Tout va bien, n'est-ce pas ? » s'inquiéta Dumbledore.
« Oui, oui, tout va bien... » répondit Eléa à voix basse.
« Que diriez-vous de repasser au salon pour le dessert ? » demanda le Directeur d'un ton enjoué voyant le regard de sa fille qui s'était assombri.
Ils acquiescèrent, heureux de changer de sujet mais aussi d'atmosphère.
« J'ai trop mangé, » soupira Eléa. « Je n'aurai pas de place pour un dessert, » ajouta-t-elle en secouant la tête avec une pointe de regret.
« Amour, tu as toujours de la place pour le dessert... » se mit à rire doucement Lucius en caressant le dos de sa compagne.
« Surtout quand il s'agit de chocolat, » renchérit Dumbledore.
Les yeux d'Eléa brillèrent de gourmandise au mot « chocolat » et elle s'installa confortablement dans le canapé. Lucius l'embrassa tendrement sur la tempe gauche avant de se promener à nouveau le long des étagères remplies de livres et se rapprocher enfin de la cheminée où un feu crépitait. Il regarda attentivement les photos qui y étaient posées. Il s'arrêta sur celle d'une petite fille aux grands yeux bleus qui portaient un énorme chapeau de sorcier.
« Eléa, à Paris, pour son cinquième anniversaire... » commenta Dumbledore avec un grand sourire.
« Tu n'as pas tellement changé amour, on te reconnaît bien... » Il attrapa avec précaution un autre cadre. « Votre épouse ? » demanda-t-il doucement en levant un regard interrogatif vers le Directeur.
Dumbledore acquiesça et Lucius regarda a nouveau la photo, puis Eléa.
« Elles se ressemblent beaucoup... »
« En effet... Et de caractère aussi... Eléa a hérité du caractère impulsif et déterminé de sa mère, » expliqua Dumbledore qui fit un clin d'œil à sa fille en voyant sa mine renfrognée.
« J'ignorais que vous aviez un frère.. » s'étonna Lucius en observant un autre cadre.
« J'en ai un, mais ce n'est pas Nicolas... » répondit Dumbledore. « Nicolas Flamel, un ami proche. »
« L'alchimiste ? »
« Lui-même, » confirma le vieux sorcier et Eléa put lire la fierté dans les yeux de son père.
« Je veux mon gâteau... » se mit à geindre Eléa comme une enfant de cinq ans à qui on avait promis une sucrerie.
Dumbledore et Lucius eurent le même regard amusé sans se consulter et ils s'installèrent autour de la table basse. Dumbledore servit à sa fille une énorme part de gâteau, ainsi qu'un verre de cidre frais.
« Il est délicieux papa ! » s'exclama Eléa avec sincérité.
« Merci, c'est moi qui l'ai fait... »
« Vraiment ? » hallucina Lucius.
« Non, c'était une boutade, j'ai des elfes de maison également... » dit le Directeur, un sourire en coin.
Lucius décocha un sourire forcé et Eléa plongea le nez dans son gâteau pour ne pas éclater de rire.
« Tu aurais pu papa, tu faisais d'excellents gâteaux quand j'étais plus jeune... »
« ça fait bien longtemps que je n'ai pas mis les pieds à la cuisine, malheureusement... Je m'y remettrai peut-être avec mes petits enfants... »
Ils finirent leur dessert dans une atmosphère volontairement calme et détendue, installant une trêve dans l'intérêt d'Eléa et évitant soigneusement certains sujets risqués.
Eléa essaya de participer à la conversation et de se montrer enthousiaste, mais elle dut aussi faire un énorme effort d'Occlumancie pour ne pas laisser transparaître ses sentiments profonds.
Ils rentrèrent assez tard et Eléa s'endormit presque immédiatement dans les bras de Lucius, non sans l'avoir remercié d'avoir gardé son calme et joué le jeu de la parfaite famille. Elle n'était pas mécontente de sa soirée mais espérait réellement que ce genre d'invitation ne se renouvellerait pas souvent. Elle avait hâte de raconter son invraisemblable soirée à Rémus et regretta tristement de ne pas pouvoir s'épancher auprès de Severus dont elle aurait aimé entendre les remarques acides non dénuées d'humour.
Voilààààààààà !! J'espère que vous avez aimé ce chapitre, n'hésitez surtout pas à cliquer et laisser une review, on répond a tout le monde !!
Bon courage à ceux et celles qui vont passer bientôt les partiels ! Bisous !
Elea
Teaser chapitre 30 : L'effet boule de neige :
1977 : Eléa sera mise au pied du mur à une réunion de l'Ordre du Phénix alors que dans le même temps, elle aura du mal à accepter et supporter sa grossesse.
1997 : Une promenade dans la neige va apporter quelques rencontres surprenantes aussi bien pour Hermione que pour Ron. Voldemort pressera davantage Eléa pour accélérer ses plans.
