Bonjour à toutes et à tous.

Je pensais que vous seriez plus réactifs face au chapitre 28 qui développait un peu plus le personnage de Manon mais je n'ai reçu que 3 reviews.

Gageons que vous serez plus motivés quand vous aurez lu ce chapitre-ci. Il est en effet assez particulier. Je me dois d'ailleurs vous prévenir quant au contenu du chapitre 29 :


ATTENTION:

Le présent chapitre contient des propos susceptibles de choquer les enfants et les personnes sensibles.


Voilà, c'est fait ! Bon j'éxagère un peu, ce n'est pas non plus un texte réservé exclusivement aux plus de 18 ans mais au moins vous voilà prévenus. Faudra pas vous plaindre si vous êtes tous traumatisés. ,

Une autre chose : le chapitre contient une longue référence à la fic de Miss Teigne, "les secrets d'Hermione". Ne vous étonnez donc pas si vous voyez le nom d'Ellen McGregor ici, ce n'est pas un personnage récurrent mais juste un emprunt à une fic cultissime.

Enfin, voici une courte réponse aux reviews avant de commencer :

emma : Apparamment tu aimes bien Manon. Sortiront-ils ensembles ? Tout dépend de Harry. Tu voudrais quelle soit sincère ? Pourquoi, tu en doutes ?

Natouille : Tu as bien vu, nous étions mecredi, ce chapitre parle donc du jeudi et le jeudi c'est... O'Conelly ! Une "chasseuse de talent" ? C'est tout à fait ça. Quant au Sir Potter, qui sait un jour peut-être...


CHAPITRE 29 – La méthode irlandaise (et autres frivolités)

Pour avoir vécu cinq années scolaires à Poudlard, Ron et Harry pouvaient se vanter d'y avoir connu des périodes beaucoup plus calmes que les trois jours qu'ils venaient de passer. S'il était vrai que Harry ne semblait pas en danger de mort dans un avenir immédiat, jamais les cours qu'il avait suivis ne s'étaient montrés si surprenants. De nouveaux professeurs très spéciaux, des élèves étrangers, une ambiance conflictuelle à bien des égards, une tentative de rapprochement de Maisons, des déboires sentimentaux... Voilà qui annonçait une année très particulière. Trop, peut-être.

Il ne restait que deux jours avant le week-end tant espéré par les deux compères. Ron, encore sous le coup du revers qu'il avait subi face à Emmeline, était d'humeur maussade. Pour lui le week-end ne serait pas pour autant synonyme de repos. Certes, il serait heureux que cette semaine désastreuse soit terminée, mais il devait encore purger la retenue dont il avait écopé injustement. Retenue qui avait été volontairement placée au moment des sélections pour l'équipe de Quidditch. C'était là un coup de maître de la part de Rogue. Soit il privait l'équipe de Gryffondor de son gardien, soit il obligeait son Capitaine à changer ses propres règles, jetant ainsi le trouble sur sa crédibilité et son impartialité. Ginny avait toutefois assuré à Ron qu'elle cherchait une solution équitable. Et Ron, avait dès lors demandé à Harry, avec toute la délicatesse qu'on lui connaissait, d'éviter autant que possible le contact avec Manon afin de ne pas irriter sa sœur.

Encore deux jours... Et pas forcément de tout repos ! Dans son programme, Harry avait noté qu'il devait encore suivre six heures de Défense Contre les Forces du Mal. Quatre avec l'affreux O'Conelly et deux données alternativement par l'Irlandais et l'Egyptien. Les sixième année espéraient tous que les leçons d'O'Conelly seraient plus agréables que celles de Bakkhar, sans quoi ils allaient passer d'autres mauvais moments. Mais leurs espoirs demeuraient bien maigres, surtout d'après les échos qu'ils avaient reçus concernant les cours de l'Irlandais. Ne restaient alors que des cours auxquels ils étaient habitués. Parmi eux, celui d'Hagrid dont le contenu incertain ne rassurait que peu d'élèves. Un manque de motivation généralisé gagna donc progressivement les Gryffondor.

Le jeudi matin commença sagement avec la leçon d'histoire. Le professeur Binns n'avait changé ni ses habitudes, ni sa méthode pédagogique et, comme toujours, l'ensemble de la classe somnolait paisiblement. Harry fut surpris qu'il y ait tant d'élèves chez le professeur Binns mais bien que ce cours fût rébarbatif, le maître d'histoire n'avait demandé aucune exigence quant aux résultats des Buses. Par conséquent, certains élèves, afin de compléter leur horaire, avaient donc préféré venir s'assoupir dans ce local, à la grande désapprobation de Hermione (« Ce n'est pas ce genre de motivation que l'on est en droit d'attendre de la part des élèves »). Ron, lui, n'avait guère souhaité continuer cette matière mais sa chère maman s'était délicatement rappelée à lui, de sa manière habituelle. Résigné, il s'était donc inscrit pour une année supplémentaire d'Histoire de la magie. Au pire, il ferait comme chaque année, il bénéficierait des notes de Hermione et se contenterait de la note minimale aux examens.

Ils en étaient donc au chapitre passionnant sur le « système électoral archaïque des Lutins des Falkland au début du XVIIIème siècle », lorsque Ron appela discrètement Harry d'un coup de coude. Le grand rouquin s'était bien évidemment placé à la meilleure des places du local, c'est-à-dire près de la fenêtre et à proximité du chauffage, là où la digestion du petit déjeuner était la plus aisée. Il invita Harry à jeter un œil sur ce qui se passait à l'extérieur. A en juger par le mouvement brusque des feuillages, il y avait de l'agitation à la lisière de la Forêt Interdite, à proximité de la cabane d'Hagrid.

–– Qu'est-ce qui se passe, là bas ? demanda Harry.

–– Je n'en sais rien, je ne regardais pas dans cette direction tout à l'heure. Je n'ai pas vu qui s'est aventuré de ce côté.

–– En tout cas, on dirait que ça se bat là-dedans. Regarde un peu comme ces branchages volent dans tous les sens !

–– Tu crois que ça pourrait être une attaque-surprise ?

–– Etrange... mais pas impossible. On peut vraiment s'attendre à tout, maintenant.

Harry se souvint alors avec effroi de l'agression dont avait été victime Viktor Krum lors de sa quatrième année à Poudlard. Ils se tenaient tous deux en bordure de Forêt pour discuter librement à l'abri d'éventuelles oreilles indiscrètes. Bartemius Croupton avait alors surgi de nulle part, tenant des propos incohérents et cherchant visiblement de l'aide. Le temps que Harry fût parti cherché des secours et Krum avait été assommé tandis que Croupton... Oui, dans cette forêt, tout pouvait arriver, surtout le pire ! Peut-être fallait-il interrompre le cours et s'inquiéter de ce qui se tramait dans la Forêt...

–– Oh, attends, repris Ron. Quelqu'un sort des feuillages.

–– C'est Hagrid !

–– Oh ben alors ce n'est pas grave. Il est sûrement en train de se débattre avec je ne sais quelle horrible créature qu'il nous présentera demain comme étant inoffensive...

Comme les Krybylles, pensa alors Harry, se rappelant des cris d'élèves qu'il avait entendus lors du cours que le demi-géant avait donné à une année inférieure. Il ne savait cependant toujours pas à quoi pouvaient ressembler ces animaux étranges hormis le fait qu'ils bavaient abondamment !! C'était apparemment une fausse alerte. Pourtant, en y regardant de plus près, Hagrid n'avait pas l'air de maîtriser totalement la situation. Au contraire, il paraissait plutôt affolé et courait en direction de sa cabane à outils, tenant dans les mains des morceaux de bois brisés...

–– Ça ressemble à une bêche pulvérisée, dit alors Ron qui avait perçu les pensées de son ami.

–– Comment tu le sais ?

–– J'ai une bien meilleure vue depuis l'explosion du Terrier, souviens-toi !

–– C'est juste ! Mais ça ne nous dit pas ce que fait Hagrid.

–– Il plante des choux à la mode de chez lui ? ricana Ron. Pour nourrir ses... heu... Grizzli ?

–– Ses Krybylles. Et ce seraient eux qui auraient broyé sa bêche ? Plutôt dangereux comme bestiole.

–– Surtout qu'il repart avec une pioche et... tiens, tiens... son parapluie rose ! Tu crois qu'il va dire bonjour à son frère ?

–– Graup est profondément enfoncé dans la forêt. De toute façon on le verrait dépasser des arbres, pour autant qu'il ne les ait pas déjà arrachés !

–– Alors je ne vois plus qu'une solution...

–– Les Centaures !!

Les deux compères se regardèrent avec une lueur d'inquiétude dans les yeux. Si cela devait être le cas, Hagrid devait se trouver dans une bien mauvaise situation. Le professeur de soins aux créatures magiques disparut à nouveau sous le couvert végétal et les branchages se remirent à bouger frénétiquement. Au bout de quelques secondes, la pioche fut éjectée avec force hors de la forêt et alla se planter... non loin des pieds de Dumbledore qui se rendaient à la cabane du garde-chasse. Celui-ci sortit à son tour de cet enfer vert pour aller accueillir le directeur de l'école. Il était apparemment griffé de partout et ses plaies sanguinolentes avaient l'air fort douloureuses. Ni Ron ni Harry ne purent percevoir un traître mot de la conversation entre les deux adultes mais lorsque Dumbledore repartit en direction du château, Harry en fut soulagé. Si le Directeur ne s'inquiétait pas du sort de Hagrid, c'est qu'il n'y avait aucun véritable danger... Du moins, pour Hagrid !

Un « hum hum » particulièrement insistant rappela les deux sorciers à l'ordre. Les deux yeux mauvais de Hermione les scrutaient avec désapprobation. Une fois encore, la jeune fille devait veiller à ce qu'ils prennent bien note des paroles indigestes de leur professeur translucide. Pour éviter le sermon qu'elle ne manquerait pas de leur donner à la fin de l'heure, Ron et Harry détournèrent alors les yeux de la fenêtre, reprirent leur plume et tentèrent d'écouter la leçon ou, tout au plus, de faire semblant.

Lorsque la cloche retentit, tout le monde se réveilla et s'engagea vers la sortie la salle de cours, alors que Binns traversait le tableau noir. Hermione faisait toujours les gros yeux aux deux jeunes hommes qui n'avaient pas résisté à l'envie de s'assoupir, tout comme le reste de la classe.

–– Continuez comme cela et je ne vous prêterai plus mes notes pour vous mettre en ordre, menaça-t-elle sur le chemin vers le cours suivant.

–– Désolé si tout ce babillage ne nous intéresse pas autant que toi, avait alors répondu nerveusement Ron. Franchement, qui peut se soucier du troisième amendement du pacte d'alliance entre les Trolls sauvages –excusez du pléonasme– des Highlands et les Orques verruqueux des marais sombres de l'Ouest, au XVème siècle ?

–– Si tu avais écouté, tu saurais que ce n'était pas de ça dont le professeur Binns nous a parlé !

–– Marmonné de sa voix fantomatique, oui ! Je me demande s'il était aussi mortellement ennuyeux de son vivant.

–– Et d'abord que regardiez-vous de plus passionnant par la fenêtre ?

–– Les déboires d'un pauvre garde-chasse en lutte contre des grizzly enragés...

–– Des grizzlys ? s'étonna Hermione, quelque peu méfiante.

–– Oui, bon en fait on ne sait pas trop mais ça bataillait ferme dans la forêt. Sauf qu'apparemment c'est tout à fait normal... Tu connais Hagrid !

–– Oui et bien ce qui est moins normal c'est que vous ne fassiez pas d'effort pour suivre le cours. Ça fait un excellent exemple pour ceux qui suivront les cours de l'AD !

–– Boarf, toujours à voir le mauvais côté des choses ! Respire un peu, Hermy ! Je te sens constamment tendue... Sois un peu plus zen !

–– Ne-m'appelle-pas-Hermy !!! Et avec ce qui se passe un peu partout, je trouve qu'il y a de quoi être tendue.

–– Ron a peut-être raison, tenta de calmer Harry. Peut-être prends-tu trop à cœur ces cours alors qu'il y a des choses plus importantes à côté.

–– Comme le fait que tu deviennes aussi translucide que le professeur Binns mais qu'apparemment ça ne t'inquiète pas outre mesure ?

Un petit silence gêné vint s'installer quelques secondes. Harry n'avait pas envie de relancer la conversation sur ce sujet. D'autant plus qu'ils n'avaient pas fait la lumière sur cet événement et que le phénomène ne s'était pas reproduit. Et puis, après tout, il n'y avait pas eu mort d'homme, ce n'était donc pas la peine de se faire autant de tracas ! Leurs réflexions furent vite abrégées par les discussions qui s'amorçaient tout autour d'eux...

–– Aïe aïe aïe ! Le moment tant redouté est arrivé, se plaignit Lavande Brown. J'espérais ne jamais voir cette heure arriver...

–– J'en suis tellement angoissée que j'ai même pensé à un moment me faire porter pâle, raconta Parvati, pourtant bel et bien blême. Quand je pense que je n'ai pas voulu acheter de boite à flemme comme le proposait Seamus quand nous étions sur le Chemin de traverse... Figure-toi que j'ai rêvé toute la nuit que cette espèce de gros vicelard me courait après. Soit disant qu'il voulait me donner des leçons particulières.

–– Quelle horreur ! s'écria Lavande.

–– Et le pire c'est qu'à un moment donné, je me suis aperçue que j'étais en petite tenue... Un vrai cauchemar !

–– Dommage qu'il n'existe pas de sort pour visiter les rêves des autres, songea à voix haute Vital Martin. J'aurais bien aimé voir ça !

–– Vital, ceci est une conversation privée !!! répliqua sèchement Parvati.

–– Bah pourquoi parler si fort alors ? Moi aussi ça m'intéresse les choses dont tu rêves, ma chère Parvati.

–– Ah toi ne commence pas, espèce de sagouin !

–– Ben quoi ? Moi je parlais seulement de la course-poursuite !

–– Encore un mot et je t'arrache la tête avec mes mains, menaça Parvati.

–– Aucun humour ces filles...

–– Je suppose qu'il est inutile de demander ce qu'on a maintenant, fit remarquer Ron.

–– Et bien ce sera l'occasion de voir ce que vaut vraiment le vieil Irlandais.

–– Hey les gars, souffla discrètement Vital vers Harry et Ron. C'est sûr qu'il n'existe pas de sort pour voir dans les rêves ?

–– Je ne serais pas étonné que ça existe, répondit discrètement Ron, une pointe d'amusement dans la voix.

Après tout, il existe bien des pensines qui permettent d'extraire toute idée de la tête et de les revoir autant de fois que le souhaite, réfléchit Harry pour lui-même. Ce type de sort devait bien fonctionner de la même manière. Et puis... L'incursion de Voldemort dans ses rêves à lui... Oui, c'était une certitude, la magie permettait bel et bien ce genre de chose, mais cela appartenait pour toute vraisemblance à la magie noire. Un sort d'apparence anodine mais qui pourrait s'avérer particulièrement dangereux. Répéter inlassablement le même message, chaque nuit, dans la tête de milliers de personnes. Voilà un excellent moyen d'endoctrinement et de recrutement pour se fabriquer une armée de sorciers... Et puis, pénétrer dans les rêves des gens donnait un grand pouvoir sur eux... une manière de les contrôler, plus sournoise encore que l'Imperium... et l'origine de la mort de Sirius...

Un instant parcouru par un frisson, Harry essaya de ne pas sombrer une nouvelle fois dans ce sentiment de culpabilité qu'il éprouvait depuis la disparition de son parrain. Pour la première fois, il pressentit que la mort de Sirius devait lui servir. S'il pouvait en tirer quelque enseignement, elle ne serait alors pas entièrement vaine. Et peut-être son cœur s'arrêterait de saigner. Alors oui, ce genre de sortilège pouvait devenir intéressant. Combattre l'assassin de Sirius Black par ses propres armes... Quelle exquise vengeance !

Peut-être pourrait-il l'étudier et l'expérimenter lors des séances de l'AD, avec ses amis les plus habiles. Si chacun s'y mettait, ils seraient peut-être capables d'en découvrir ensemble tous les mystères. En décortiquer sa substance et s'en servir comme nouvelle arme. Et ainsi pouvoir jouer sur les illusions, puisque Bakkhar affectionnait tant cela. Dans le fond, la guerre était à présent inévitable. La volonté de rejeter systématiquement tout moyen de combattre appartenant à la magie noire n'était peut-être plus entièrement de rigueur, ou pouvait, du moins, voir nuancée son application... Il devait y réfléchir. Cependant, toucher à la magie noire s'avérait périlleux. Si les professeurs devaient découvrir ce qui se tramait sous l'égide de l'AD, l'association se verrait certainement interdite. Pire encore, que perdait-on vraiment à utiliser la magie noire ? S'il fallait pour cela y laisser son âme, s'il fallait devenir semblable à Voldemort, le prix à payer serait alors bien trop élevé. Bien qu'un instant tenté, Harry décida tout de même de ne pas étudier ce sortilège. De toute façon, Hermione s'y serait fortement opposée.

–– Et je dois dire que tu aurais tort de t'en priver... continua Ron, loin de toutes ces préoccupations. Parvati est à croquer dans ses sous-vêtements rose-pâle !

–– RON ! s'offusqua Hermione qui avait compris que le jeune homme avait scruté dans les pensées de sa condisciple.

–– Comment tu sais ça, toi ? demanda Vital, interloqué.

–– Il te fait marcher, prétexta Harry, pour sortir son idiot d'ami du pétrin dans lequel il s'était mis.

–– Héhé, continua celui-ci... Rien qu'à voir ta tête et la manière dont tu salives, ça valait le coup ! Tu n'aurais pas un petit béguin pour la demoiselle Patil ?

–– N'importe quoi ! se vexa Vital qui préféra s'éloigner du groupe.

–– Et bien moi, je crois bien que si, continua Ron en faisant un clin d'œil à Harry.

–– Ron, je t'interdis de te servir de tes pouvoirs de perception pour deviner ce genre de choses... personnelles !! avertit Hermione à voix basse.

–– Ben quoi ? Je ne l'ai pas fait exprès ! Mais comme c'est arrivé, je n'allais pas me priver de cette occasion unique, non plus ! Et c'est vrai qu'elle n'est pas vilaine Par... Aïe !

–– Je crois que tu ferais mieux de te taire, Ron, insista Harry en lui écrasant le pied. Hum... Au fait, c'est où que se déroule le cours d'O'Conelly ?

–– Quand je pense que c'est toi qui fais un scandale à Dean parce qu'il dessine... heu...

Hermione préféra se taire de peur que d'autres n'entende la conversation. Et aussi parce que le visage de Ron se durcit et que ses yeux se mirent à scruter machinalement parmi les élèves la présence du pauvre Dean Thomas. Hermione n'avait pas envie d'engendrer de nouvelles hostilités entre les deux garçons, d'autant plus qu'elle estimait que Dean avait déjà suffisamment payé.

–– Hum... Donc le cours du professeur O'Conelly se déroule dans l'ancienne salle d'arme, continua la jeune fille pour changer de sujet. Elle se situe dans la plus large tour de l'aile Sud.

–– C'est vachement isolé dis-donc, remarqua Neville qui vint se mêler à leur conversation. Tu crois que ce qu'on y fera risque de perturber toute l'école au point de nous avoir écarté de la sorte ?

–– C'est possible.

–– Où alors c'est à cause de son odeur !! lança Lavande, ce qui fit rire quelques-uns de ses condisciples. Babar n'aura sûrement pas voulu partager sa classe avec l'homme qui ferait fuir le plus endurci des récolteurs de bouse de dragon.

–– C'est peut-être ça qu'il nous apprendra, ricana Vital. Tuer l'adversaire en levant les bras !

Un éclat de rire secoua toute la troupe de Gryffondor, attirant les regards de toute part. La préfète Hermione les remit vite face à la réalité. Ce n'était pas le moment de montrer de la frivolité alors que Rusard n'attendait que le moindre manquement à la discipline pour les emmurer tous vivants.

–– Oui et bien je ne suis pas certaine que cet isolement soit à notre avantage, réagit amèrement Parvati qui ne semblait pas s'amuser autant que les autres. Imagine ce que ce pervers peut faire, loin de tout contrôle extérieur...

Lavande changea de tête, comme toutes les autres filles. La première leçon qu'il fallait retenir : surtout, ne jamais rester seule avec ce type, pas même moins de trois secondes. Au dire des autres élèves qui avaient déjà eu cours avec lui, il était capable de tout ! Cette remarque eut pour effet de stopper toute conversation jusqu'à l'arrivée au local approprié. Les Gryffondor traversèrent donc l'école d'un pas nonchalant. Personne ne montrait d'empressement à se retrouver dans la même pièce que l'Irlandais dont les effluves avaient pour seule vocation de tenir les gens à distance. Au passage ils récupérèrent Dean qui sortait de l'infirmerie. Celui-ci resta très discret quant à la raison qui avait forcé son absence ces derniers temps. Heureusement pour lui, les couleurs de son visage avaient disparues. Harry ne put s'empêcher de penser que Mrs Pomfresh était vraiment très douée pour apporter toute sorte de soins et qu'avec un tel mentor, il ne faisait aucun doute que Ginny serait une enseignante de soin très douée. Si cette dernière parvenait à oublier le petit différend qui les opposait, cela pourrait devenir très agréable d'enseigner avec elle lors des séances de l'AD. Ron gardait cependant un œil sur son compagnon de chambrée. Il avait eu sa vengeance mais Dean restait toujours le petit ami de sa sœur, ce qu'il tolérait encore difficilement.

Enfin arrivés -avec un retard certain- devant la salle de cours, les élèves s'étonnèrent de n'y trouver personne. La porte verrouillée, il ne leur restait d'autre choix que d'attendre leur nouveau professeur.

–– Peut-être que si on appliquait un sortilège d'ouverture... proposa une jeune fille que Harry connaissait à peine.

–– Si c'est fermé, c'est pour une raison, s'indigna Hermione. Je ne suis pas certaine que le professeur O'Conelly apprécie ce genre d'effraction.

–– Avec lui, on serait bien surpris, rétorqua Seamus. Si ça se trouve, c'est ce qu'il va nous apprendre cette année. Des fois qu'on soit un jour enfermé dans un coffre et qu'il faille nous en sortir tout seul. D'ailleurs il essaie peut-être de nous tester, il a l'air assez fou pour ça.

–– Enfermé dans un coffre ? Mais bien sûr Seamus ! Quelle imagination tu as, se moqua Lavande.

–– Vous croyez qu'il pourrait nous le faire ? s'effraya Neville.

–– Tu peux toujours rigoler, Lavande. Mais je t'assure que cette racaille de Malefoy serait bien capable de le faire subir à mon frère Liam... Et crois-moi, si c'est le cas, je ne réponds plus de mes actes.

–– Oui, enfin, nous n'en sommes pas encore là alors calmez-vous un peu, interrompit Hermione. De toute manière cette serrure n'a pas l'air ordinaire et je suppose qu'elle ne s'ouvre qu'avec une clef spéciale. Ce qui clôt toute discussion à ce sujet. J'ai donc bien peur qu'il ne nous faille patienter jusqu'à l'arrivée du professeur.

Harry ne put s'empêcher de se rappeler la conversation qu'il avait eue avec la jeune fille, ce fameux soir où il avait décidé de révéler à Hermione l'existence du boîtier trouvé dans le coffre de ses parents. Boîtier dont la fermeture demeurait toujours inviolée. Et cela confirmait qu'aucun élève présent n'était capable de forcer la serrure de cette porte si un ancien sortilège en protégeait l'accès.

Après un bon moment d'une attente angoissée, certains commencèrent à s'inquiéter. D'autres au contraire y voyaient une lueur d'espoir. Echapper à un cours était souvent bien accueilli par les élèves, toutes Maisons confondues, mais échapper à l'Irlandais, quelle jubilation ! Cependant l'absence prolongée d'un professeur restait une chose peu courante à Poudlard et Hermione avait raison de s'en préoccuper.

–– J'espère que ce n'est pas à cause de notre retard qu'il est absent, s'affola-t-elle soudain. Ne nous voyant pas arriver, il sera retourné en salle des professeurs pour demander de nos nouvelles. Si c'est le cas, ça risque fort de barder pour nous !

–– Peut-être qu'il est malade, espérèrent un peu trop fort certains.

–– Ou qu'on l'a forcé à prendre un bain et qu'il ne s'en est pas encore remis, lança Vital, fier de l'effet que sa blague provoquait chez ses condisciples.

Mais soudain les adolescents hilares se turent. Une voix forte raisonnait dans l'un des nombreux couloirs donnant accès à l'ancienne salle d'arme en face de laquelle ils attendaient. Cela ressemblait à une chanson. Cette voix, cet accent, ce répertoire... Il ne faisait aucun doute que leur maître de défense arrivait dans leur direction, passablement désorienté... Sauf que cela n'avait en rien l'air de l'affecter.

« En rev'nant de guerre
J'ai rencontré Pierrot
Il aimait boire la bière
Car c'était un poivrot
Un jour qu'nous étions pleins,
Remplis comme des tonneaux,
Nous croisâmes une catin,
Qui avait d' beaux lolos
Je lui dis "c'est combien ? "
Pour s'occuper de nos
Petit cœurs chagrins
Mais surtout d'nos oiseaux
Qui dorment depuis des jours
Elle me dit « Pauvres amours»
Alors pour trois écus
Elle nous offrit son ... »

–– Silence, grossier Merle ! coupa le portrait d'une Dame de bonne famille, totalement scandalisée. Quelle indécence ! Comment est-il permis de scander de pareilles horreurs dans une école ?

–– Refus, Madame ! Elle nous offrit son r'fus ! Vous pensez, trois écus ce n'est guère grassement payé pour offrir sa vertu, même en temps de guerre.

–– Taisez-vous, rustre !! Je ne puis écouter plus encore vos propos licencieux.

–– Licencieux ? Mais c'est la vie, chère madame ! Et que savez-vous de ce qui est impudique ? C'est pas comme si les tableaux avaient souvent des occasions de satisfaire leurs besoins primaires, si toutefois ils en ont ! C'est une question que je me suis souvent posée. Parce que des jolies femmes dévêtues, il y en a pas mal sur les fresques des grands maîtres peintres et...

–– Malotru !! Pervers !! Satyre !!!

–– Ahaha, me f'ront toujours bien rire ces Anglais puritains... Ah, tiens, on dirait qu'il y a du monde là-bas. C'est donc que j'ai enfin retrouvé mon chemin. Hé hé, bonjour tout le monde !

Les visages des Gryffondor restaient blancs d'effarement, en particulier celui des filles qui se crispa davantage. Le cauchemar commençait. Toujours en sifflotant sa chanson paillarde, l'Irlandais s'avançait difficilement vers l'attroupement qui s'était formé devant l'ancienne salle d'arme.

–– Je savais bien qu'il fallait se tailler avant qu'il ne débarque, murmura Vital.

Apparemment, la montée des quelques marches qui séparaient encore les élèves de leur professeur coûtaient à ce dernier de très gros efforts. Incapable de continuer à siffloter son air grivois, il haletait à présent comme un ronflak et transpirait à grosses goûtes, ce qui n'améliorait en rien son parfum naturel. S'il devait s'effondrer d'épuisement, personne ne se proposerait pour lui prêter assistance de peur d'en être imprégné.

–– Arf, arf, ben les amis, on a beau dire mais je ne suis plus tout jeune, arf, arf. Oups, désolé de vous postillonner dessus, Miss Brown, mais que voulez-vous, c'est ça vieillir. Vous verrez quand vous aurez mon âge, vous ne trouverez plus ça très drôle. Vous, au moins, vous êtes encore jeune et belle. Ce genre d'effort ne doit probablement pas vous poser de problème. J'imagine aisément qu'avec votre souplesse, vous pourriez grimper sur toute sorte de choses et faire toutes les galipettes que vous permet votre âge... Ça ne doit pas être désagréable de faire un peu de gymnastique avec vous... Avec quelques années de moins, j'aurais pu vous montrer quelques figures de contorsionniste très plaisantes à réaliser. Mais peut-être réalisez-vous déjà suffisamment de folies de votre fort joli corps, après tout nous entrons dans le domaine de votre vie privée et cela vous regarde exclusivement. Cela dit, ce n'est pas parce je n'ai plus la forme de mes vingt ans que je ne suis plus performant dans certains domaines. Il y a des choses qui s'entretiennent ! Croyez-moi, on perd beaucoup moins vite nos facultés quand on les maintient en pleine activité. Et en ce qui me concerne, je ne suis jamais à court d'idée pour entretenir mes nombreux acquis.

Lavande eut un léger haut-le-cœur. Pourquoi cet immonde personnage devait-il baver sur sa robe à elle ? Pourquoi devait-il proférer de telles paroles en s'adressant à elle ? Pourquoi fallait-il toujours qu'il en revienne à ce genre de monologue déplaisant et terriblement embarrassant ?

–– Aha, vous en faites une tête, tout le monde !! Ah mais c'est vrai, je dois m'excuser pour mon retard mais je suis sorti un instant pour aller aux toilettes. Ben oui, ça aussi c'est le résultat d'un grand âge. Figurez-vous que les hommes d'un certain âge ont beaucoup plus souvent envie d'aller soulager leur vessie alors qu'ils ne doivent en réalité se libérer que de quelques gouttes. C'est tout de même fort inconfortable. Il doit bien y avoir je ne sais qu'elle remède magique contre ça. Je ne suis pas expert là-dedans. Je demanderais bien à Madame Pomfresh, elle a l'air d'en savoir plus que moi là-dessus. Et puis ça me donnera l'occasion d'aller discuter avec elle d'un peu plus près. Peut-être s'occupera-t-elle de mes petites affaires à bras le corps. Elle doit être fort habile de ses mains pour occuper ce poste. Mais j'ai comme l'impression qu'elle m'évite un peu. C'est sans doute parce qu'elle a beaucoup de choses à faire et qu'elle a peur que je discute un peu trop longuement avec elle. Il est vrai que je parle beaucoup, ça m'a souvent valu quelques ennuis, notamment quand j'étais à votre place. Qu'est-ce que je n'ai pas reçu comme punitions. Et à l'époque, les châtiments étaient autrement plus douloureux qu'aujourd'hui. Je crois que c'est ça qui m'a donné le goût de la défense contre les forces du mal. Figurez-vous que, parfois, les cachots n'étaient pas totalement inoccupés. Une vieille goule ou un zombi traînaient quelquefois dans un recoin obscur des cellules que j'ai un peu trop fréquentées. Faut dire que les filles n'aimaient pas beaucoup qu'on les touche à l'époque et je m'y suis retrouvé plus souvent qu'à mon tour. Quelle injustice ! Moi qui demandais juste un peu d'affection de leur part et je me retrouvais isolé. Que voulez-vous, il ne fait pas bon être un grand sentimental. En général on est souvent mal compris. Enfin soit, parfois il a fallu que je partage ma paillasse avec ces ombres damnées. Un mauvais élève oublié qui avait dépéri depuis le temps, sans doute. N'empêche que j'adorais ça, me battre avec ces lambeaux de chair putréfiée. Ça ne sentait pas très bon, mais finalement, on s'habitue très vite à l'odeur. En fait, au bout d'un moment on ne sent plus rien du tout. Au début, c'est un peu décontenançant mais au moins, on repère son ennemi quand on est dans le noir absolu. En tout cas, ça m'a été fort utile par la suite. Je dois dire que je me suis bien rattrapé quand j'ai pu sauver la pulpeuse Bertha des griffes d'une de ces créatures qui s'était enfuie des geôles. Enfin, tout ça, c'était le bon temps. J'en garde tout de même quelques cicatrices fameuses. J'en ai une dans l'aine qui est particulièrement rigolote à voir. Un jour peut-être je vous la montrerai. Enfin, pour en revenir à l'âge, ça apporte pas mal d'inconvénients mais y a aussi quelques avantages. Par exemple, on peut dire que j'ai beaucoup gagné en sagesse. Il fut un temps où j'étais absolument insortable –un penchant trop assidu pour la gente féminine– et où je me perdais en discussion sur tout et n'importe quoi. Ce temps là est heureusement bien révolu, je me suis bien assagi depuis. En attendant, si quelqu'un connaît un truc pour ne pas devoir aller pisser toutes les heures, dites le moi, je vous donnerai quelques points en plus. Remarquez, je ne sais pas comment fait Dumbledore. Lui, il est encore plus vieux que moi et pourtant je ne le vois pas tout le temps préoccupé par les toilettes. Peut-être porte-t-il des langes à grande capacité... ou un pot de chambre portatif, paraît que ça existe ! Il faudra qu'il me donne la marque, ça pourrait m'épargner un temps précieux. Je vais lui en toucher quelques mots. Parce que c'est fou le temps que je perds à me retrouver dans ce château. Je ne sais pas comment vous faites mais moi je ne m'en sors pas. Remarquez que je ne fais pas beaucoup d'efforts parce que ce n'est pas désagréable de se perdre dans ces couloirs. Enfin ce n'est pas tout ça, mais je vois que certains ont mal aux jambes à force de se tenir debout. Je vais quand même ouvrir la porte pour qu'on puisse commencer le cours, ce ne serait pas un mal, hahaha... Allons où ai-je encore fourré cette foutue clef... J'espère que je ne l'ai pas oubliée sur les lieux d'aisance...

Personne n'osait parler. Il n'était d'ailleurs pas nécessaire de prononcer un mot ; ce n'était pas très difficile de deviner les pensées de chacun. Tout le monde s'écarta quand O'Conelly amorça de grands mouvements pour retrouver le trousseau permettant d'ouvrir la porte. Il sortit un tas de choses bizarres de ses nombreuses poches, à commencer par des mouchoirs crasseux et collants, un magazine fripon à moitié déchiré, un vieux sandwich à peine entamé... Il fit même tomber sa baguette qui lança quelques étincelles d'un bleu clair fort plaisant, contrastant avec le reste du spectacle. Il y eut tout de même une légère clameur d'écœurement lorsque l'Irlandais, se souvenant du lieu où il avait rangé ses clefs, plongea une main dans son caleçon.

–– Ah ! Je me souviens maintenant. Je les avais mis en lieu sûr. Qui viendrait les récupérer à cet endroit, n'est-ce pas ?

–– Il ne croit pas si bien dire, marmonna Vital à Seamus qui était juste à côté.

Enfin le trousseau sortit de son insolite cachette et la porte de la salle s'ouvrit. O'Conelly invita tout le monde à entrer. Il resta à côté de la porte pour la fermer à double tour lorsque le dernier serait entré. Peut-être que lors des premières leçons, ses élèves avaient tenté de fuir pour qu'il décide de les enfermer de la sorte, pensèrent

normal' quelques valeureux Gryffondor. Au passage de quelques jeunes filles dont les courbes féminines étaient plus apparentes, O'Conelly semblait frétiller de ravissement. Il ne fallut pas longtemps pour que les demoiselles aillent s'asseoir, dissimulant ainsi le plus rapidement possible leur postérieur à la vue de ce prédateur.

La salle de cours était vaste mais il n'y régnait pourtant aucune sensation de vide. Cette pièce était en effet parsemée de râteliers d'arme, d'armoires lourdes, de verrières pleines d'artefacts de guerre, d'armures, de plaques de fer, d'hallebardes alignées, de masses et de pics, et même d'onagres démontés. Toute la science militaire du moyen-âge se concentrait dans ces lieux poussiéreux. Cette salle aurait pu appartenir à un fort moldu, tant les plastrons et autres cuirasses s'éloignaient des armes accoutumées des sorciers. Ici n'avait sa place aucun objet magique : ni baguette, ni balai et certainement pas un grimoire ou un chaudron. Sur les murs, quelques pavois et autres boucliers entrecroisés d'épées encore suffisamment acérées. De nombreux emblèmes ornaient ces pièces métalliques, illustrant la grandeur de l'une ou l'autre Maison à présent oubliée. Au milieu de la grande salle avaient été placés rapidement quelques bancs décrépits où pouvaient s'installer les élèves. Dans l'un des vieux murs était creusé un immense âtre dans lequel on pouvait retrouver d'innombrables toiles d'araignées. Cette large cheminée de pierre, savamment travaillée voilà des siècles, n'abritait guère souvent un feu bien vibrant en son sein. On ne pouvait clairement y distinguer les cendres d'anciennes bûches de la couche de poussière qui recouvrait l'ensemble de la pièce. Cette constatation donnait ainsi aux Gryffondor une vague idée de la faible fréquentation de ces locaux.

Juste au-dessus de cette immense cheminée trônait un imposant tableau d'une taille démesurée. Contrairement aux autres toiles de Poudlard, celle-ci n'était pas animée. En avant plan, une femme, belle et puissante, au regard de bronze très pénétrant. Elle portait une arme lourde qu'elle brandissait avec dextérité et arborait fièrement les couleurs de l'Ecosse. Derrière elle, une scène de victoire exagérément grandiloquente se jouant sur une plaine couverte de bruyère, avec drapeaux et bannières, héros de lumière et démons en fuite. Sous le portrait monumental de cette grande Dame de l'Histoire, une plaquette d'or sur laquelle ces mots : Ellen Alba McGregor (1480-1564). Première femme chef du clan McGregor qui unifia les Tributs d'Ecosse contre le joug du Ténébreux Seigneur des Abîmes. Victorieuse de son mortel ennemi sur les rives du Loch Lommond. Gloire éternelle à son illustre nom. Harry remarqua sur la tunique militaire de la jeune femme un blason qui lui était très familier : un puissant serpent d'argent sur fond émeraude. Ainsi la Maison Serpentard avait contribué par le passé à chasser un sorcier noir par l'intermédiaire de cette femme magnifique. C'était une chose particulièrement étonnante aux yeux de Harry.

–– Ah, je constate que vous observez le portrait de Dame Ellen McGregor, remarqua O'Conelly en s'adressant à Harry. Une sacrée bonne femme que voilà, à tenir certainement en exemple. Elle a fait preuve de ruse et de courage pour parvenir à bout d'un bien grand mal. Son histoire est pleine d'enseignement pour des sorciers tels que nous, au moment où nous revivons une époque fort semblable. Dommage que le portrait ne soit pas animé, nous aurions pu lui demander de nous conter ses exploits. Enfin, d'après ce qu'on raconte, elle avait un terrible caractère de cochon cette petite. Pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. J'aime beaucoup ce genre de combattante teigneuse, ça vaut quelque chose !! Ces filles là ne se laissent pas facilement conquérir mais en cas de victoire, si l'on survit jusque là, c'est un bonheur inégalé ! Savez-vous qu'un auteur qui lui était contemporain, a précisé, dans l'un de ses pamphlets, que la Dame Ellen McGregor était très callipyge ? Dommage que nous ne puissions vérifier cela avec l'angle que nous offre ce magnifique tableau. Remarquez, pour pouvoir examiner tout cela de plus près, il aurait tout de même fallu osé lui demander de se positionner d'une autre façon. Et une telle audace aurait pu nous coûter fort cher. Quand on sait dans quel état ce même auteur a été retrouvé peu de temps après la publication de son œuvre... Finalement, c'est peut-être une chance pour nous qu'elle demeure inerte dans son tableau. Ahahahaha.

Nombreux étaient ceux qui entendaient le terme « callipyge » pour la première fois. Mais venant de la bouche d'O'Conelly, un tel mot ne pouvait avoir qu'une seule sorte de signification et chacun pouvait s'en faire une vague idée personnelle.

–– Notez bien qu'une donzelle de cette trempe, j'en connais une qui déambule dans les couloirs de l'école... Même pouvoir de séduction, même caractère, même situation sociale, des yeux superbes... jusqu'à la même Maison ! Et en plus -ça je peux le confirmer- tout aussi callipyge que la Dame Ellen McGregor.

Les élèves échangèrent quelques regards gênés. Il n'était pas difficile de retrouver le nom de la personne à qui le professeur faisait allusion. Harry se sentit plus mal à l'aise encore que les autres, surtout quand il sentit posé sur lui le sourire entendu de ce coquin de Vital Martin.

–– Avouez quand même que c'est étonnant à quel point les circonstances se ressemblent. Une beauté farouche, un preux chevalier et un seigneur ténébreux... Pour peu, on pourrait croire que toute la scène va bientôt se rejouer. Qui sait ? La belle demoiselle mettra peut-être en pièce le nouveau Seigneur des Abîmes... Oui, tout cela pourrait se révéler fort intéressant. Car voyez-vous, Dame Ellen brûlait d'une passion infinie pour un sorcier-chevalier voué à un grand avenir. Ils devaient même unir leur destin sous la bénédiction de leurs clans respectifs. Mais lorsque la guerre s'est déclarée, c'est la mort qui épousa le bel héros. Le sorcier noir de l'époque a traîné son corps meurtri à travers tout le pays pour montrer ce qu'il adviendrait de ceux qui oseraient s'opposer à lui. Par dépit, chagrin et surtout assoiffée de vengeance, Dame Ellen McGregor a pris les armes et au bout d'un très rude combat, elle a anéanti son ennemi. C'est une tragédie fascinante qui est encore chantée de nos jours, même en Irlande où la légende raconte que les larmes de la guerrière ont été conservées. Donc, si l'histoire devait effectivement se répéter, je n'aimerais pas trop être celui pour qui le cœur de cette jeune fille de Poudlard s'est embrasé. Un bien funeste destin l'attendrait...

Harry se sentit rougir et n'osa regarder autour de lui. Pourquoi diable O'Conelly leur racontait cette histoire ? Peut-être qu'il trouvait cela très drôle mais à ce moment précis, Harry aurait encore préféré que son professeur s'exprime sur des sujets plus libidineux. Au moins, dans ce cas, il ne se sentirait pas étrangement concerné par ces insinuations douteuses.

–– Bon, c'est pas tout ça mais il est plus que temps de commencer la séance. Tout le monde est bien installé ? Pas de chaise qui couine ? Pas de banc qui grince ? Pas d'écharde dans les fesses ? Dans ce cas, rien de tel qu'une bonne blague pour décontracter l'atmosphère, parce que je vous sens un peu tendus, là. Alors voilà : c'est un nain, un homme, un hobbit –vous savez ces espèces de petits bonshommes bizarres qu'on retrouve encore parfois dans les contrées sauvages du Nord– et un elfe qui se rassemblent pour accomplir une noble quête. Ces vaillants mercenaires se préparent pour la grande aventure, quand Grodo le hobbit, plus craintif, s'inquiète de ne pas avoir de sorcier avec eux pour fortifier leur communauté, ce en quoi on peut lui donner raison. Alors Degueulas, l'Elfe de la troupe, lui donne un de ses gants, en disant « tiens, en voilà un ». Ahahahahahahahahahahahaha... Vous comprenez ? Ahahaha ! Il lui a jeté un gant d'elfe, ahahahahahh, gant d'elfe !! Comme Gandalf le Magicien ! Ahahaha, ça ne vous dit rien ?

Seul O'Conelly s'esclaffait de son pitoyable calembour sous le regard affligé du reste de la classe. Peut-être que finalement ses blagues vaseuses étaient la véritable raison de la cristallisation du portrait de Dame Ellen McGregor. Le manque d'engouement de la classe n'empêcha toutefois pas le gros Irlandais de s'amuser follement.

–– Ah, j'ai l'impression que vous n'avez pas tout compris, ... peut-être qu'une petite explication...

–– Professeur, interrompit Hermione

–– Oui bien sûr vous n'êtes pas idiots. Je vois bien que vous ne riez pas énormément mais c'est parce que je raconte très mal les blagues. Je peux vous la refaire en mieux si vous le voulez.

–– Professeur, serait-il possible de commencer le cours ? insista Hermione, désireuse de mettre un terme à cette pathétique exhibition.

–– Ah oui, bien sûr. Vous faites bien de me rappeler à l'ordre Miss Granger. J'ai souvent tendance à m'éloigner un peu du chemin que l'on ma demandé de suivre. Ça vaut bien dix points pour votre Maison, ça, non ?

La surprise se lut sur les visages. D'abord parce que c'était sans doute la première fois qu'aucun n'élève ne s'opposait à ce que l'on commence le plus vite possible le cours. Ensuite et surtout parce que les points gagnés ici étaient les bienvenus. Et ils semblaient beaucoup plus faciles à obtenir que dans tout autre classe. Peut-être était-ce là le seul avantage de ce fou furieux : récupérer les points perdus chez son alter ego.

O'Conelly sécha rapidement les larmes qui avaient coulées suite à son lamentable fou rire et montra soudainement un autre visage, nettement plus sérieux. Enfin, sérieux... Plus qu'à l'ordinaire tout au plus.

–– Pour commencer, laissez vos baguettes bien rangées, nous ne nous en serviront pas pour le moment. A moins que vous ne vouliez en profiter pour faire un peu de tricot pendant que je vous raconte un peu de cette merveilleuse science qu'est la défense contre les forces du mal. Figurez-vous que j'ai rencontré Monsieur Barbare, mon cher collègue, un peu avant de vous accueillir afin de mettre au point notre mode de fonctionnement. J'ai été fort ravi que nous partagions les mêmes idées sur pas mal de points. Remarquez, c'est logique puisqu'il n'existe pas meilleurs conseils que ceux que nous allons vous enseigner. Finalement, l'Irlande et l'Egypte ce n'est pas tellement différent. Dommage cependant que la culture irlandaise n'ait pas mis en place cette tradition du Harem qui... hum... oui, Miss Granger, je continue. Bref, l'un comme l'autre avons constaté que les sorciers basaient leur force et leur puissance sur la simple utilisation de leur baguette alors qu'il y a d'autres éléments dont il faut tenir compte. Un bon combattant est un combattant habile et rusé, pas forcément un monstre de magie. Bon je vous l'accorde, faire face à une nullité absolue est quand même plus rassurant que d'affronter un puissant mage gonflé aux APM, jusqu'à en friser l'overdose.

–– Heu, Mr O'Coner... Conelly, coupa Vital Martin. C'est quoi les APM ?

–– Accumulateurs de Puissance Magique, pardi ! Une substance bien entendu illégale qui renforce pour un moment limité la capacité magique de chaque sorcier mais qui est extrêmement dangereuse pour la santé. D'autant plus que c'est un puissant narcotique combiné d'un neuroleptique déficient entraînant une forte dépendance et le sentiment artificiel d'être invincible. Cette cochonnerie inhibe toute action de la conscience, de la peur ou de la raison. A plus ou moins court terme, cela peut rendre fou et altérer complètement la structure biologique des sorciers jusqu'à les réduire à l'état de grosse larve de Putrefax laineux. Ce truc est évidemment interdit dans bien des pays et même les trafics illégaux sont assez rares. Substance beaucoup trop instable !! Remarquez, je ne serais qu'à moitié étonné que notre ami Rogue en produise lui-même dans son trou à cafard ! Il est assez doué pour y arriver, ça c'est sûr. Mais il ne doit pas en consommer beaucoup parce qu'on peut pas dire qu'il plane souvent celui-là. Il a refusé toutes les propositions de délassement que je lui avais... Ah oui, pardon Miss Granger. Enfin, voilà pour l'APM. Heu... au fait, ne dites à personne que je vous en ai parlé, ce sont des choses que l'on garde en général secrètes pour ne pas donner de mauvaises idées aux jeunes... et puis comme ça englobait un des projets de recherche du Département des Mystères irlandais... heu... Oubliez ce dernier point également !

Harry fronça les sourcils. Comment cet individu pouvait être au courant de ce qui se tramait au Département des Mystères de son pays ? A moins qu'il n'y ait jadis travaillé, ce qui aurait tendance à prouver qu'il était plutôt doué dans sa branche... Ou que les Irlandais se souciaient peu de la sécurité et de la protection de leurs secrets !

–– Où en étais-je resté encore ?

–– Un combattant habile et rusé est plus efficace qu'un puissant mage, selon vos termes... répondit Hermione qui était peut-être l'une des rares à pouvoir suivre complètement ce cours parmi les flots d'âneries prononcées.

–– Oui, c'est ça ! Dix points de plus pour Gryffondor ! J'allais illustrer cela par des exemples vécus. Lorsque j'étais encore jeune homme –ça ne date pas d'hier me direz vous, d'autant plus qu'à l'époque j'étais bien plus svelte qu'aujourd'hui et il faut reconnaître que je n'étais pas le plus désagréable à regarder et...

–– Professeur !!!

–– Hum...Bref, j'avais été envoyé en mission quelque part en Amérique du Sud pour le compte de la Sûreté de l'Etat. Pendant mon investigation, j'avais réussi à infiltrer un groupe de chamans de la tribu Satéré Mawé qui gardait secret la confection du guarana. Malheureusement, je me suis fait repérer lors de mes éb... d'une rencontre avec des Amazones –de bien plantureuses femmes, vous pouvez me croire– et je me suis retrouvé face à une brute sauvage. En fait, selon leur coutume, pour réparer ce qu'ils considéraient comme un outrage –y prennent vite la mouche dans ce pays là– je devais vaincre le plus puissant chaman, emplit des Esprits de la Forêt ou je ne sais trop quoi. Pour tout dire, je ne faisais pas vraiment le poids à l'époque. Mais ce type était un abruti sur patte et il ne m'a pas fallu longtemps pour lui régler son compte. Un combat de pure magie m'aurait complètement anéanti. J'ai donc choisi une stratégie bien plus subtile : j'ai fui !!! Et alors qu'il me poursuivait en me lançant des sortilèges redoutables et des fléchettes empoisonnées, j'ai délibérément piétiné un nid de fourmis carnassières. Lorsqu'il est passé à son tour près de la fourmilière, je ne vous raconte pas la tête qu'il a faite !! Ça l'a sorti de ses transes immédiatement ! J'en ai profité pour lui canarder mes propres sortilèges et, accessoirement, pour lui sauver la vie !! Parce que ces fourmis là, je vous garantis qu'elles vous dévorent en quelques minutes !! En même temps, ce gros balourd avait une dette envers moi. Finement joué, non ? J'avais vaincu leur sorcier pourtant bien plus puissant que moi et avec finalement très peu de magie. Certes, ma méthode manquait un peu de style, mais quelle redoutable efficacité ! Remarquez toutefois que le contraire existe aussi. Laissez donc une baguette entre les mains d'un incapable et vous verrez les dégâts qu'il peut occasionner avec. J'ai connu un certain Lockhart qui...

–– Malheureusement nous aussi, Monsieur... Peut-on passer à la suite ?

–– Heu... Certainement, Mr Weasley.

O'Conelly marqua une courte pause, ce qui était plutôt inhabituel chez lui. Il en profita pour s'éclairer la voix et changer de visage. Lui, qui possédait d'ordinaire un regard débonnaire, joyeux, voire totalement imprégné de l'insouciance de ceux qui ignorent le retour de la guerre, prenait à présent un ton beaucoup plus grave. Les élèves s'en étonnèrent, n'étant pas habitués à une telle attitude de la part de leur professeur.

–– Si nous nous trouvons dans ce local poussiéreux, ce n'est pas totalement par hasard. Certes, la classe de défense est déjà occupée par ce cher Kamal mais nous aurions pu être relogés bien plus près de la grande salle. C'est quand même bien plus pratique pour aller se repaître, chose parmi les plus fondamentales qui existe sur cette Terre. Tenez, en parlant de Kamal... Vous ne trouvez pas qu'il porte un prénom fort rigolo compte tenu de sa nationalité ? Moi je trouve que ça ressemble un peu à « canal » ! Et en Egypte, tout le monde connaît le « Kamal de Suez »... Whouahahaha, je crois que ça va lui rester, ça... Heu, oui Miss Granger, je continue. Je disais donc que si nous nous retrouvons dans cette partie presque abandonnée du château, c'est pour une simple et bonne raison : l'isolement magique ! Dans cette pièce, aucun artefact magique n'a été entreposé. Des scellés spéciaux ont été érigés pour faire de cette pièce une zone libre de toute interférence magique. Cela ne signifie en rien que vous ne puissiez utiliser vos baguettes. Cela signifie seulement que tout acte de magie sera immédiatement décelé par... ceci !

L'Irlandais indiqua de son doigt boudiné un étrange objet argenté posé sur une vieille table à l'avant de la pièce. Cet outil insolite était composé d'un pied et de plusieurs axes attachés de façon chaotique dans toutes les directions et aux extrémités desquels étaient fixées des boules en or de tailles différentes. Harry n'eut aucun mal à reconnaître le détecteur de magie qui ressemblait fortement à celui que Lupin lui avait envoyé cette fameuse nuit de juillet où les assassins de Voldemort étaient venus pour l'éliminer définitivement.

–– Ceci est un détecteur polyvalent d'activités magiques, sortilèges et enchantements, appelé vulgairement « magicoradar ». Cet appareil très sophistiqué se met à tournoyer sur lui-même lorsqu'il est en présence de magie. Vous me direz que c'est probablement encore un truc totalement inutile puisque posé parmi les sorciers, ce machin tournerait en permanence. Cependant, le mouvement des boules en or, le sens et la vitesse de rotation des axes sont très intéressants à étudier, puisqu'ils permettent d'indiquer un tas d'informations concernant notamment la nature de la magie... Blanche ou noire, maléfique ou non, magie d'ornement, futile, illusion, magie ancienne, charme, maléfice, effet de potion, sort permanent ou éphémère... Où, quand et comment un sortilège a été lancé... C'est donc un outil très précieux pour celui qui sait interpréter ses mouvements. Ceci est bien évidemment une matière très complexe que nous n'étudierons pas cette année, à moins que nous ne soyons vraiment à l'avance sur le programme mais j'en doute sérieusement. L'étude approfondie des magicoradars ne s'effectue qu'en école supérieure de sorcellerie, soit après les ASPICs, et appartient notamment à la formation spécialisée des aurors. Vous me direz que tout ça, c'est très bien, mais dans le fond, si on ne va pas étudier les mouvements complexes de ce bidule-truc, pourquoi est-ce que je vous en ai apporté un ? Surtout que, voyez-vous, c'est quand même pas le genre de machin franchement bon marché et c'est plutôt fragile en plus. Donc pourquoi prendre le risque de l'endommager ? Ça me coûterait une fortune et ça m'obligerait à devoir économiser en espaçant mes visites à l'Auberge de... heu... bref. Observez donc l'objet et dites moi ce que vous voyez. Oui Miss Granger ?

–– Le détecteur ne montre aucun mouvement... Cela signifierai donc que la pièce est vierge de toute magie ?

Hermione regretta presque immédiatement d'avoir prononcé ces mots lorsqu'elle vit le regard lubrique du vieux satyre s'illuminer.

–– Vierge ? Hmmmm... le mot est souvent trompeur... Et virginité est souvent confondue avec pureté, propreté... zone libre de toute profanation... Or, je sais d'expérience que la virginité peut en réalité cacher des ressources prêtes à éclore... pas toujours aussi innocentes qu'on ne le croit... et qui ne demandent parfois qu'à être explorées... J'ai connu des endroits pourtant réputés vierges qui n'en était pas moins... intéressants... De véritables volcans y sommeillaient... Et bien qu'y ayant pratiqué toute ma science... j'ai souvent laissé les lieux dans l'état où je les avais trouvés... Sans la moindre trace de mon passage... Et à Poudlard même, je crois qu'il y a matière à... mesurer toute l'étendue réelle de cette fameuse virginité... à commencer par cette pièce-ci... Une excellente occasion pour expérimenter mon... appareillage... sur de nouveaux sujets...

Les filles de l'assemblée déglutirent et se sentirent de moins en moins à l'aise. Lavande avait légèrement pâli, au contraire de Parvati qui avait rosi. De nombreuses gouttes bold' de sueur perlaient sur le front de certaines de leurs camarades. Quant à Hermione, elle s'agitait sur sa chaise, ne sachant très bien comment réagir. Les yeux de Vital par contre illustraient le vif intérêt qu'il éprouvait pour les paroles de l'enseignant.

–– Cependant je comprends fort bien ce que vous avez voulu dire, Miss Granger et je vous accorde dix points supplémentaires pour cette juste remarque. Disons que, pour être plus exact, la pièce, loin d'être totalement exempte de magie, n'en recèle qu'une part tout à fait résiduelle et négligeable. Pour éviter que le magicoradar ne s'emballe de trop, j'ai donc réglé sa sensibilité sur un niveau moins élevé de sorte que seuls les actions de vos baguettes puissent être détectées sans subir d'interférence extérieure. Il faut avouer que dans un lieu aussi riche que Poudlard, il est illusoire d'espérer trouver un recoin sans la moindre magie. A présent, observez bien ce que je vais faire: Eros Fulmina !

Aussitôt des volutes de fumée s'échappèrent de la baguette usée du vieux professeur et tournoyèrent sur elles-même donnant progressivement naissance à une silhouette féminine fort gracieuse et surtout... dénudée, dansant lascivement sur une musique inaudible. La belle silhouette vaporeuse se glissa silencieusement entre les bancs, caressant de ses cheveux éthérés les plus proches garçons et offrant sa généreuse poitrine à la vue du plus grand nombre. Mais la nymphe de brume s'éclipsa aussi instantanément qu'elle était apparue, dans un tourbillon nuageux.

–– Haha j'adore, ce sortilège, s'exclama O'Conelly. Incroyablement inutile mais tellement beau !!!

–– Wow, souffla Vital à son voisin. Il faut absolument que j'apprenne ce sort !

–– Répugnant et macho à souhait, se renfrognèrent Lavande Brown et Parvati Patil.

–– Alors ? repris l'Irlandais. Dites-moi ce que vous avez observé. Mr Martin ?

–– Une superbe créature plantureuse, monsieur. Vous pourriez nous montrer comment vous vous y êtes pris ?

–– Ahahaha ! Ça t'intéresse, mon garçon ? Je peux te l'apprendre en dehors des cours si tu le souhaites. Je suis justement en train d'améliorer le sort pour permettre de maintenir cette nébuleuse tentatrice beaucoup plus longtemps, voire même d'être permanente. Si je peux en plus lui donner quelques couleurs... Imaginez un peu le succès et les gallions d'or qui pleuvraient si j'y parvenais ! Quel célibataire ne voudrais pas d'une magnifique jeune femme docile et experte pour...

–– Professeur ?

–– Heu... Oui Miss Granger ?

–– Je pense pour ma part que ce qu'il fallait observer, ce n'était pas cette apparition grotes... cette apparition, mais plutôt le magicoradar qui s'est mis en action durant toute la durée de l'enchantement.

–– Excellent, Miss Granger !! Encore quinze points de plus pour Gryffondor. Vous ne vous êtes pas laissée abusée.

–– En même temps c'était pas très difficile, marmonna Lavande à sa voisine. Il y n'avait que les garçons pour s'émerveiller de cette image dégradante !

Sous le prétexte de permettre à chacun d'observer la réaction du détecteur de magie, le maître de défense recommença son sortilège, en se délectant des figures sensuelles que formaient une nouvelle fois la silhouette de fumée. Quand les dernières volutes disparurent, O'Conelly continua son discours en se promenant à son tour entre les bancs.

–– Pour en revenir à ce que je disais à propos du Professeur de Suez, nous sommes tombés d'accord sur la nécessité de vous enseigner les pièges des illusions. Chacun à notre manière, bien évidemment. Pendant que vous regardiez cette charmante demoiselle qui se trémoussait langoureusement, vous n'avez pas tous réalisés que la chose importante à observer était posée sur la table. En fait, vous étiez plus attentifs aux courbes enivrantes de la vapeur qu'au réel objet digne d'intérêt dans cette pièce. Non pas que je méprise les atours sublimes de la gente féminine, assurément. Ils sont tout aussi dignes d'intérêt. Mais la survie de tout individu nécessite de ne jamais se laisser distraire par quoi que ce soit, particulièrement dans un milieu hostile.

–– Et c'est lui qui nous dit ça ? ricana à voix basse Ron. Lui qui perd le cours de la conversation dès qu'il ressent une présence féminine ?

–– Et dans ce domaine, nul n'est forcément besoin de magie. Barbare a certainement déjà du vous dire que le sorcier le plus puissant, et connaissant les sorts les plus destructeurs, est également le plus vulnérable. Fort de ses pouvoirs, ce sorcier commet la pire des erreurs qui soit : il se base uniquement sur sa force et sous-estime souvent ses adversaires. Bien sûr, personne n'aimerait faire face à un tel sorcier mais même si notre magie ne rivalise pas avec la sienne, nous avons toujours un espoir, même infime, de le battre. En utilisant d'autres stratégies. Pensez à l'anecdote des fourmis carnassières en Amazonie !

–– On va finir par le savoir, siffla Ron à Harry. Jusque là, rien de différent de ce que Babar nous a raconté.

–– Savez-vous que les moldus comptent également parmi eux des magiciens ? continua le gros Sigismond sans se soucier des commentaires qui exprimaient le souhait des élèves d'en venir aux faits. Mais oui, ne faites pas cette tête, Miss Patil, c'est la vérité. On les appelle « prestidigitateurs », un mot savant pour en fait signifier qu'ils sont illusionnistes. Sans faire appel à la magie, chose dont ils sont totalement dépourvus, ils font apparaître et disparaître quantités d'objet ou de créature sous les yeux ébahis des foules incrédules. Je dois dire que j'aime beaucoup assister à ces spectacles moldus qui me font toujours beaucoup rire. Ils arrivent grâce à leur talent à berner des centaines de personnes en même temps.

O'Conelly se dirigea vers l'estrade pour enfin dominer tout le monde, tout en poursuivant son discours. Parvati en profita pour agiter fébrilement la main devant le nez pour évacuer l'odeur déplaisante qu'avait laissé le passage du professeur.

–– Comment s'y prennent-ils ? Beaucoup d'agilité mais surtout un truc vieux comme le monde : ils détournent l'attention de leur public sur des choses insignifiantes. Pendant que les gens observent les mouvements amples et grandiloquents de l'illusionniste, pendant qu'il capte les regards en agitant divers foulards colorés, ou en promenant son assistante courtement vêtue, le « magicien » a tout le loisir de cacher une colombe blanche ou de subtiliser la montre d'une de ses victimes. Pas la moindre magie, mais l'effet est saisissant. Si vous ne me croyez pas, peut-être que ceci pourra vous en convaincre.

O'Conelly sorti alors de ses poches toute une série d'objets qu'il venait de subtiliser à ses élèves pendant son laborieux discours. Les élèves écarquillèrent les yeux et vérifièrent immédiatement le contenu de leurs poches.

–– Hey mais c'est ma plume ! s'exclama Seamus.

–– Et mon encrier, répondit Dean

–– Trevor !!! s'étonna Neville, estomaqué. Je n'arrivais plus à mettre la main sur lui. Je pensais qu'il était resté dans le dortoir !

–– Ce fut un exercice extrêmement facile, continua l'Irlandais sous l'étonnement général. Et voyez le magicoradar, il n'a absolument pas réagi. Avec un peu d'entraînement, tout le monde peut y arriver. Mais ce qui est plus intéressant c'est de pousser la technique le plus loin possible. Evidemment, chez les moldus d'autres individus moins recommandables que les illusionnistes en ont fait un métier : ce sont les pickpockets. Grâce à leur méthode, améliorée par mes soins, j'ai été capable de subtiliser à chacun d'entre vous un ou plusieurs objets. Avez-vous remarqué ce qu'il vous manque à ce moment ?

Après une vérification plus fouillée, il s'avéra qu'effectivement tous les élèves avaient été dépouillés de quelque chose. Ron ne trouvait plus son livre sur les Canons de Chudley, à Hermione manquait une barrette, pourtant difficilement accessible dans la broussaille de ses cheveux. Vital et Lavande avaient respectivement perdu une chaussure et une boucle d'oreille.

–– Ça alors ! confia Lavande. Je n'ai absolument rien senti !

–– Moi non, répondit Vital. Un comble, compte tenu de son odeur, continua-t-il sur un ton beaucoup plus bas, et en lançant un clin d'œil à sa camarade de classe.

Deux élèves continuaient à chercher dans leurs affaires ce qui pouvait bien leur manquer. Harry avait beau retourner son sac, rien n'avait disparu. Il vérifia qu'il avait bien ses deux chaussures, et même ses lunettes sur son nez.

–– Mais... Professeur ? interpella Parvati. Je ne vois pas ce que vous avez bien pu me prendre.

–– Parce que vous êtes tellement convaincue de l'inaccessibilité de cet objet que vous êtes certaine de le posséder encore.

Incrédule, Parvati continua à chercher de plus belle, à présent inquiète. Cette espèce de type crasseux avait du s'approcher d'elle pour lui subtiliser quelque chose, ce qui ne la ravissait pas du tout. Elle avait été soulagée de trouver son journal intime qu'elle n'aurait pas souhaité voir entre les doigts boudinés de ce pervers. Mais son angoisse augmentait au fur et à mesure de ses recherches. Pendant ce temps O'Conelly continuait son exposé.

–– Pourquoi cette petite démonstration ? Vous pourriez vous dire que voler des objets sans avoir recours à la magie ne vous sera pas d'une grande utilité. Et sûrement pas si vous êtes face à une créature féroce qui désire vous dévorer sans attendre. Mais ce petit jeu amusant illustre le fait qu'un adversaire aussi grotesque qu'un moldu peut mettre en échec un puissant sorcier. Car que ferait un sorcier sans baguette, n'est-ce pas monsieur Potter ?

Harry posa instantanément la main sur l'étui à baguette située à sa ceinture. Mais sa baguette n'y était plus. Elle reposait à présent entre les mains habiles de son professeur. Harry était à la fois stupéfait et furieux contre lui-même. C'était la deuxième fois qu'un professeur la lui prenait sans difficulté. Si cela avait été un mage noir qui la lui avait prise, Harry aurait pu dire adieu à sa baguette magique.

–– Cette baguette a peut-être un rôle très important à jouer dans la guerre qui se prépare. Il serait plus sage que vous ne vous fassiez plus avoir de la sorte, mon ami. C'est probablement ce que vous avez de plus précieux, restez donc attentif et gardez la toujours à l'œil. Autrement, c'est peut-être bien la charmante demoiselle de Serpentard qui mettra un terme au règne du Seigneur noir, comme dans l'histoire de Dame Ellen McGregor... Enfin... Cet exemple vous montre deux choses. La première c'est qu'il ne faut jamais se laisser distraire. La seconde, c'est qu'il faut aussi pouvoir se tirer d'affaire sans dépendre d'aucun artefact, à commencer bien sûr par votre baguette magique.

Tous furent stupéfiés. O'Conelly, derrière ses allures d'empoté impudique, puéril et ridicule montrait quelques atouts intéressants. Il avait montré qu'il était capable de duper toute une classe. Comment un être aussi peu discret que lui avait pu agir à sa guise sans que personne ne le remarque, et sans avoir recours à un subterfuge magique ? Mais chaque élève espérait qu'il leur apprendrait plus que de simples tours de passe-passe. Le message était cependant très clair pour Harry. Au-delà de la simple attention accordée à sa baguette, il avait compris que de petites choses pouvaient causer de grands effets. Et cela confirmait son idée d'intensifier l'utilisation de sorts simples et efficaces lors des cours de l'AD plutôt que de se lancer dans des sortilèges puissants mais peu maîtrisables.

La suite du cours consista alors en de nombreux exercices visant à mesurer le degré d'attention des élèves. Le tout ressemblait à un immense jeu de recherche où chacun devait démontrer son habilité à protéger ses affaires autant qu'à subtiliser celles des autres. L'ambiance maussade de début du cours se transforma progressivement en enthousiasme débordant. Des groupes d'élèves avaient été formés pour accomplir certaines « missions ». L'un d'eux avait par exemple pour tâche de subtiliser à un autre groupe une liste d'objet que les autres ignoraient, les forçant à tout surveiller en même temps. La magie était évidemment interdite d'usage, le magicoradar servant à contrôler les éventuels resquilleurs. O'Conelly rigolait comme un fou de son rire d'hyène qui effrayait quelque peu les filles. Aucune d'entre-elle n'avait envie d'approcher de trop près le gras professeur et semblait vérifier à chacun de ses passages que rien ne leur manquait. Parvati, troublée par le fait de n'avoir toujours pas deviné ce qui avait disparu chez elle, manquait de concentration, ce qui lui valut de se faire surprendre bien des fois. A la fin du cours O'Conelly libéra ses élèves sans oublier toutefois de leur donner quelques dernières recommandations.

–– Ces petits jeux avaient pour but de développer votre stratégie, organiser votre défense, gérer un groupe, aiguiser votre ruse et vos techniques d'approche. Je crois que nous nous sommes tous bien amusés mais n'oubliez pas que l'amusement ne doit pas endormir votre vigilance. Nous continuerons la semaine prochaine avec ce genre d'exercices puis nous travaillerons un peu la vitesse d'exécution. C'est une notion d'une extrême importance aussi il vous faudra être aussi sérieux qu'aujourd'hui.

Un grognement d'estomac interrompit l'Irlandais et tous dévisagèrent Ron qui défendit farouchement son innocence. Quand le professeur confirma qu'il s'agissait des gargouillis émanant de son propre ventre, il leur donna l'autorisation de quitter la salle pour aller se ravitailler au réfectoire. Après tout, ils l'avaient tous bien mérité et déjà O'Conelly repartait dans un de ses monologues délirant, vantant les mérites d'une alimentation équilibrée... Alors que la majorité des élèves en avait profité pour filer vers la grande salle, O'Conelly retint Parvati avant qu'elle ne sorte de la salle d'arme.

–– Un instant, Miss Patil. N'avez-vous rien oublié ?

–– Heu, je ne...

–– Je crois pourtant que ceci vous appartient, Miss. Si vous me le permettez, je trouve que vous avez un goût très sûr. Ces petits cœurs rouges sont ravissants et la découpe fine de dentelle blanche colle parfaitement avec votre grain de peau. C'est une chance pour moi que ce modèle ne comporte pas de bretelles. Non seulement il est ravissant mais il m'aurait posé beaucoup de difficultés pour vous l'extraire s'il en avait été autrement. Je n'ai pas souvent eu l'occasion d'en voir porté de semblables, et je dois dire que j'en ai été agréablement surpris, ce qui est rare dans ce domaine. Vous méritez bien dix points pour cela.

Parvati fut, tout comme son amie Lavande, tétanisée et jamais ses joues ne furent aussi écarlates de sa vie lorsque l'Irlandais, tout sourire, lui rendit son soutien-gorge. Elle se sentait si honteuse, si mal à l'aise qu'elle ne réagit pas lorsqu'il lui attribua ces dix points qu'elle aurait d'ordinaire appréciés. Abasourdie par une telle audace, la jeune fille ne releva même pas que le geste d'O'Conelly montrait une prodigieuse habilité. Elle resta toujours aussi prostrée lorsque le maître de Défense supposa que ses autres dessous devaient appartenir au même modèle, ce qui, de son avis, devait être particulièrement exquis. Elle n'entendit même pas la partie où il expliqua que son frère Knud qui créait et vendait de la lingerie féminine dans un magasin réputé de Dublin aurait certainement jalousé le dessin du vêtement.

Lorsque qu'elle sortit de la classe, aidée de Lavande, elle sembla reprendre un peu ses esprits. Son visage carmin plus brûlant que jamais, elle s'inquiéta des témoins qui avaient assisté à la scène. Heureusement pour elle, la quasi-totalité de la classe avait déjà déserté les lieux. Ne restaient que Lavande, totalement dépitée, Hermione, Ron et Harry, aussi décontenancés qu'elle, mais pire que tout, Vital Martin, la bouche grande ouverte, qui regardait à présent la jeune fille avec des yeux concupiscents. Soucieuse de la réputation de son amie, Lavande lança sur un ton sans réplique :

–– Pas un mot de tout cela à quiconque !

Puis tous regardèrent le vieux maître fermer la salle de cours et s'en aller en continuant à siffloter sa chanson paillarde comme si de rien n'était. Vital, lui, fixait toujours Parvati comme s'il ne l'avait jamais vue auparavant. Les deux sorcières, offusquées, partirent sans attendre en écumant de rage. Après pareille humiliation, seules l'opprobre et la colère régnaient en elles. Elles jurèrent alors que la prochaine fois elles ne porteraient plus que des sous-vêtements à bretelles, très laids, et impossible à retirer sans aide.

–– Woooooow, laissa échapper Vital... Des petits cœurs rouges... Je crois... Je crois que c'est le mien qui a été touché, ce coup ci...

Le garçon suivit alors les deux filles vers le repas, sous le regard médusé des trois autres. Hermione pensa qu'il valait mieux qu'elle soutienne Parvati avant qu'elle ne déclenche le soulèvement des filles et elle s'excusa auprès des deux sorciers pour vite aller la rejoindre, en lançant au passage un regard mauvais à Vital.

–– Hé ben, soupira Ron. Quelle affaire ! En tout cas, je suis d'accord avec Vital, ce petit ensemble blanc à cœurs rouges était encore plus mignon que le rose que j'ai vu dans son rêve.

–– Tu... Tu es sérieux ?

–– Hahaha ! Rassure-toi, je laisserai Parvati à ce cher Vital. En tout cas, une chose est certaine, avec O'Conelly, on ne risque pas de s'ennuyer. Je crois qu'on va bien rigoler quand il empruntera les affaires intimes de la descendante spirituelle de McGregor...


Et voilà... Alors ? Qu'est-ce que tout cela vous inspire ? Vous savez comment fairre pour me le dire ;-)