Hello.
Enfin le moment que vous attendiez tous: le chapitre qui donne son nom à la fic!
Mais surprise, ce n'est pas ce que vous pensez ...
Esquive des tomates et des poignards ...
Roh mais attendez avant de vous fâcher! XD

Bref, plaisanteries à part, j'étais vraiment pressée d'arriver à ce chapitre.
Avec le précédent et les deux suivants, il marque un tournant dans la fic et le début d'un nouvel arc qui va vous réserver son lot de surprises.
J'espère que ça va vous plaire. ^^

Pour répondre à Juste-Moii: Kid ne va pas refaire d'apparition dans la fic avant un moment, mais ne t'inquiète pas, quand il reviendra, ce sera pour remplir son rôle définitif. ^^

Bref j'espère que ce chapitre va vous plaire, en ce qui me concerne c'est l'un de mes préféré. ^^

Bonne lecture.


Chapitre 28:

The Queen of Heart.

Contrairement à ce que Seran pensait, Portcalora était une petite ville marchande qui n'avait pas grand chose de différent de celles qu'elle avait pu voir jusque là. Elle, qui s'attendait à voir des patrouilles de marines armés jusqu'aux dents dans tous les coins, était surprise de leur discrétion. Mis à part quelque groupe épars, essentiellement réunis devant les tavernes, elle ne vit pas de vraies patrouilles sillonner les ruelles tortueuses de la ville. A croire que la Marine, dans son arrogance, ne pensait pas que des pirates puissent s'attaquer à cette ville et à sa base. Ils avaient probablement raison, il fallait être fous pour s'approcher de ces cotes protéger par de puissants canons.

De sa position au centre même de l'île, la base pouvait couvrir pratiquement toute la longueur des cotes avec ses canons, ce qui avait déjà suffit à repousser plus d'un danger venant de la mer. C'était la raison pour laquelle leur débarquement s'était fait en toute discrétion à l'aube sur la plage sud, la moins bien protégée. Le plan de Law tenait dans le secret absolu, tout le monde devait ignorer leur présence sur l'île jusqu'au moment où ils frapperaient. Le chirurgien avait divisé leurs forces en trois groupes: l'un était chargé d'infiltrer la base pour découvrir où se cachait les laboratoires permettant l'élaboration de la drogue et les détruire, le second devait détruire le navire atlante qui mouillait dans la partie militaire du port et le troisième était chargé d'attirer l'attention sur lui pour faciliter la tâche des deux autres en faisant le plus de grabuge possible en ville. Inutile de préciser que ce troisième groupe était mené par Luffy et Zoro.

Seran n'était pas vraiment satisfaite de sa position dans ce plan. Elle aurait nettement préféré rester avec le groupe de Law pour le protéger et veiller à ce qu'il ne lui arrive rien mais au lieu de ça, elle devait mener le groupe chargé du sabordage du navire atlante. Elle savait parfaitement que ce navire était dangereux et qu'ils ne devaient pas le laisser entre les mains de la Marine plus longtemps mais une part d'elle répugnait à couler un pareil bâtiment. Elle avait rêvé toute sa vie de pouvoir servir à bord d'un navire pareil, et y avait consacré ses études. Devoir en détruire un, même s'il était passé aux mains de l'ennemi, était quelque chose qui lui répugnait profondément.

Mais elle était Atlante et elle réagissait aussi comme telle, même si elle l'ignorait parfois. Tomber ainsi entre les mains de la Marine et être réduit à un outil de destruction dépourvu de sa conscience était une humiliation cuisante pour un navire comme celui-ci. Il n'en avait certes pas conscience, étant donné que la Marine l'avait privé de son Anima, mais aucun Atlante digne de ce nom n'accepterait un tel destin pour ce qui aurait dû être l'un des fleuron admiré de sa marine. Si encore le navire possédait son Anima et que celui-ci avait librement choisi de rejoindre la Marine, ça pouvait encore passer, mais de ce qu'elle avait vu, Seran était persuadé que ce navire ne possédait pas d'Anima, ce qui était déjà une monstruosité en soit. C'était difficile à décrire avec des mots et elle était persuadée que personne ne la comprendrait si elle en parlait avec son groupe. Pour elle s'était comme laisser un ami subir un lavage de cerveau dans le but d'être transformé en arme humaine sans sentiments et sans conscience. C'était une abomination.

C'était à cette pensée qu'elle se raccrochait afin de se faciliter la tâche. Ce n'était plus une opération de destruction mais un sauvetage. Elle devait sauver ce navire du destin funeste que la Marine lui avait réservé, et si pour ça il fallait le détruire, soit. Ce serait un acte de pitié, comme abattre un animal blessé. Mais son petit stratagème ne la convainquait elle même qu'à moitié, et elle se surpris à espérer que ses équipiers se chargent de la sale besogne à sa place.

Sa résolution chancela encore lorsque son groupe arriva sur le port de la petite ville. Construite autour d'une large baie en forme de croissant qui abritait un port d'une taille conséquente, Portcalora avait tout de la ville portuaire animée, bruyante, brillante de couleurs et agité des vas et viens des navires et des marchandises que l'on chargeait et déchargeait tour à tour. Sur une partie du port, quelques pêcheurs vendait leurs prises de la nuit, rivalisant de cris, donnant de la voix pour vanter la qualité de leur marchandise devant d'éventuels acheteurs. C'était la partie civile du port, la plus remuante et la plus vivante. Tandis que de l'autre coté d'une haute barrière gardé par un contingent de marine en arme, s'étalait la partie militaire du port, calme et mort. Quelques navires de la Marine étaient encrés dans la baie mais le quai principal, le plus long et le plus large était occupé par le navire atlante qui attendait stoïquement sa prochaine mission, comme un colosse d'acier endormi.

– Woh Fit Bellamy en relevant ses lunettes de soleil pour mieux voir leur cible. On en voit pas souvent des comme ça. Ça navigue vraiment un monstre pareil?

– Oui, répondit Seran sans quitter le navire des yeux. Très bien même.

– Je dois avouer, continua le blond en inclinant la tête sur le coté, que c'est dommage d'avoir à le couler.
Seran ne répondit pas, se contentant d'observer le navire.

Elle ne l'avait vu que de loin et dans des conditions déplorables, le jour de l'attaque, mais là, elle pouvait enfin le détailler. Légèrement plus petit que ceux qu'elle avait été habitué à voir avant son bannissement, il n'en avait pas moins les lignes effilé et la structure complexe des navires construit en Atlantide. Quatre batteries de quatre canons chacune étaient visibles sur le pont et Seran savait que des tubes lance-torpilles devaient aussi s'y trouver. Combien, elle l'ignorait, mais au moins une douzaine vu sa taille. En fait de torpille il s'agissait plutôt de missiles mais le mot n'existait pas dans la langue atlante, ces derniers utilisaient donc ce qui s'en rapprochaient le plus. Toutes la partie arrière s'élevait haut au dessus de la ligne de flottaison et l'Atlante pouvait même voir les antennes des radars au sommet du bâtiment. Oui un beau navire, il n'y avait aucun doute, rapide et puissant, comme l'étaient les navire atlantes et sans aucun doute encore en période de rodage.

Quelle pitié d'avoir à le détruire.

Le groupe trouva un petit café, non loin du port militaire, dont la terrasse permettait une vue dégagée sur le navire. Seran et ses équipiers s'y installèrent en attendant le début des opérations. Avant que le serveur puisse venir prendre le commande, Seran fit sortir Lilly de sa chemise et la posa devant elle sur la table.

– Lilly, je voudrais que tu t'infiltres à bord de ce navire et que tu fouilles un peu partout pour essayer de déterminer combien il y a de soldats de quel armement ils disposent. Reste discrète, tu ne dois pas être vu, d'accord!

– Pas de problème, pépia la petite créature.
Et elle s'envola à toute vitesse vers le navire Atlante. Seran la suivit des yeux jusqu'à ce qu'elle disparaisse.

Quelques instant plus tard, un homme vint prendre leur commande. Il avait le visage rond et avenant des hôtes plein de bonne volonté et leur souhaita cordialement la bienvenue. Il nota soigneusement leur commande avant de repartir en sifflotant d'un air enjoué. Le groupe resta silencieux un long moment. Seran ne quittait pas leur cible des yeux et son air soucieux avait fini par attirer l'attention de ses équipiers. Assis à sa droite, Franky faisait semblant de ne pas voir les regard intrigués lancés vers lui par les passants. Il ne semblait pas particulièrement mal à l'aise de se trouver si prêt d'un port de la Marine. Ce qui ne semblait pas le cas de Nami, à en croire la pâleur de son visage. La rouquine semblait encore se demander ce qu'elle faisait là et pourquoi elle n'avait pas eu le droit de rester à l'abri à bord du Sunny. Law semblait penser qu'elle pouvait être utile, cependant et ne lui avait pas fait ce plaisir.

Seran ne sembla sortir de sa réflexion que lorsque le serveur revint avec leurs boissons. Elle le remercia quand il posa sa tasse devant elle et cala son plateau sous son bras. Il lui offrit un sourire chaleureux et se précipita vers une table à laquelle plusieurs jeunes femmes venaient de s'asseoir.

– Est-ce que je me trompe en pensant que tu n'es pas très emballée par cette mission? Commença Bellamy après un instant.
Seran se tourna vers lui, ignorant les regards interrogateurs des deux autres.

– Non, tu as raison, avoua-t-elle.

– Tu sais, continua le blond en buvant une gorgée de son café, nous sommes des pirates. Les pirates sont connus pour prendre ce qu'ils veulent.
Seran lui lança un regard acéré.

– Qu'est-ce que tu veux dire? Demanda-t-elle bien qu'elle comprit parfaitement ce qu'il semblait lui suggérer.
Il lui adressa un sourire en coin qui indiquait qu'il savait qu'elle avait compris.

– Tu le veux? Prends-le!
Un petit rire lui répondit.

– Notre mission n'est pas de le voler, rappela-t-elle à contre-coeur.

– Qui parle de le voler? Répliqua le blond. Je te parle de récupérer ce qui t'appartient.
Un froncement de sourcil lui répondit, il s'expliqua donc:

– C'est un navire atlante et tu es atlante, non! Ça fait donc de toi un propriétaire plus légitime que n'importe quel Marine de cette île.

– Avec cette mentalité, tu iras loin, Bellamy-kun.
Mais l'idée fit rapidement son chemin dans le cerveau de la jeune femme. Law lui avait donné l'ordre de le détruire, et Seran savait que le chirurgien détestait qu'on désobéisse à ses ordres. Quelle serait sa réaction si elle décidait de ramener ce navire? En serait-il content ou au contraire furieux? Le navire qu'elle avait sous les yeux serait un atout de choix pour l'Alliance. Sa rapidité et sa puissance leur permettrait de battre sans mal n'importe que flotte lancée contre eux, qu'elle soit de la Marine ou des Yonkô. Et puis ... Avec la menace de Doflamingo lancé contre eux, ce navire ne serait probablement pas de trop. Le Blackjack n'était pas seulement immense, il était surtout rapide, puissant et destructeur mais pas autant que celui qu'elle avait sous les yeux.

– J'ai remarqué que vous étiez particulièrement intéressés par notre fleuron, fit une voix près d'elle.
Seran se tourna vers le nouveau venu en se maudissant de son manque de discrétion. Elle fut presque soulagée de découvrir le serveur près d'elle.

– J'avoue, répondit-elle en essayant de paraître naturelle. Je n'avais encore jamais vu un navire pareil. D'où vient-il?
L'homme haussa les épaules:

– Je l'ignore. Personne ne le sait. Il est arrivé en grande pompe il y a un mois environ. L'arme ultime contre la piraterie, qu'ils ont dit. Et il en a bien l'air. Chaque fois qu'il est au port, les gens se déplacent spécialement pour le voir, mais personne ne peut l'approcher. Parait qu'il a réussi à capturer Trafalgar Law, vous savez, l'ancien Shichibukai.
Et comment qu'elle savait!

– Dommage que Donquixote Doflamingo l'ai fait libérer. Personne a vraiment compris ce qu'il lui a pris d'ailleurs! Mais comme on dit ici: "un pirate reste un pirate, quel que soit l'habit qu'il revêt".
Oui, c'était la version officielle: Doflamingo avait aidé Law à s'échapper. Et si la presse n'avait pas encore trouvé de raison valable, ça ne semblait pas tarauder la populace qui avait gobé cette version sans se poser de question. Que ce soit parce que l'ancien Shichibukai l'ait caché, ou parce que personne n'y croyait, toujours est-il que pas une fois la version du kidnapping et de l'échange ne fut évoquée dans les journaux. Enfin, ça arrangeait Seran, elle n'avait pas besoin de voir sa photo à la une encore une fois.

– Ouaip, continuait le serveur en bombant le torse, comme s'il avait pris part à l'arrestation de Law. Le Chirurgien de la mort lui-même. Même son fameux sous-marin n'a pas fait le poids contre lui.
Il désigna le navire atlante d'un geste de la tête.

– Et, cette merveille a un nom? Demanda Seran en suçant sa cuillère.

– Oui, m'zelle! Annonça le serveur avec un petit air fier un peu ridicule. Il s'appelle le Queen of Heart.
A ces mots, Seran et Bellamy échangèrent un regard, chacun comprenant instantanément ce que l'autre avait en tête. Heureusement, le serveur fut appelé ailleurs et ne remarqua pas cet échange silencieux. Il s'éloigna tout en criant à ses nouveaux clients qu'il arrivait.

– Un nom prédestiné, fit remarquer Bellamy en buvant une gorgée de café.
Même si sa tasse le cachait, Seran pouvait deviner son sourire dans sa voix.

L'Atlante ne savait que faire. Les ordres de Law étaient clairs: saborder ce navire, point final. Mais l'idée de le détruire lui répugnait de plus en plus. Alors que s'en emparer ... Mais pouvait-elle aller contre les ordres de son capitaine? Law n'était pas du genre à plaisanter avec les ordres. Mais quand même! ... Et ce nom! ... C'était comme si ce navire avait été fait pour elle et placé sur sa route pour qu'elle s'en empare. Mais ensuite? Voler ce navire, le ramener à l'île dont ils avaient fait leur base et quoi? Qu'en feraient-ils une fois qu'ils l'auraient? Law refuserait d'abandonner le Heart, donc ce navire leur serait inutile. Quand à monter son propre équipage, la jeune femme n'en était pas encore là. Elle n'avait aucune envie de quitter les Heart, d'abandonner Law et ses équipiers. A moins que l'Anima ne consente à suivre l'Alliance sans avoir d'équipage, voler ce navire ne servirait à rien. Elle n'était même pas certaine qu'il possédait une Anima.

– Voilà Lilly qui revient, annonça soudain Nami, coupant court à la réflexion de l'Atlante.
La Tontatta ne tarda pas à se poser au centre de la table, à bout de souffle. Seran la laissa boire un peu de thé dans sa tasse et lui donna le petit biscuit qui l'accompagnait.

– Alors? Demanda-t-elle une fois que la fée fut un peu remise.

– Y'a pas grand monde à bord, annonça Lilly, la voix un peu rauque. Juste des soldats chargés de monter la garde. D'après ce qu'ils disent, le bateau doit repartir d'ici trois où quatre jours. Ils n'ont pas dit pourquoi. L'équipage est encore en permission et le capitaine reste à la base pour le moment. Il doit y recevoir ses ordres sous peu. Pour les armes ... J'ai vu des épées et des pistolets, un de chaque par soldats et quelques fusils. Rien d'autre.
Un instant de silence suivit.

– Vous ne trouvez pas étrange que ce navire ne soit pas mieux gardé, demanda Nami d'une voix un peu tremblante. Si la Marine y tient tant, pourquoi ne pas se donner la peine de mieux le garder.
Son ton trahissait nettement son appréhension. Encore une fois Seran se demanda pourquoi elle était devenue pirate si c'était pour trembler de trouille à la moindre alerte.

– Tu as vu le reste de la ville, répliqua Bellamy. Tu as croisé beaucoup de patrouille ici?
La rouquine répondit d'un hochement de tête négatif.

– Cette base est réputée pour sa puissance, aucun Marine ici ne peut visiblement imaginer qu'elle soit la cible d'un raid. Il pensent probablement que les pirates sont tous des abrutis qui attaquent de front en se pointant avec leurs gros navires. Il ne pensent pas qu'on soit capable d'entrer par la porte de derrière. Il sont trop sûr d'eux et ça, ça va leur faire tout drôle.
Il fit suivre cette remarque d'un ricanement sinistre. Que ce soit réellement la raison du laisser aller de la Marine, où que ce soit autre chose, ils n'allaient pas s'en plaindre. Pour une fois que les choses s'annonçaient plus faciles que prévu!

A ce moment une explosion secoua la ville, provoquant des hurlements de terreur. Nami poussa un petit cri et tomba de sa chaise. Imperturbable, Seran reposa délicatement sa tasse dans sa soucoupe tandis que Bellamy et Franky se levaient.

– C'est le signal, annonça le cyborg.

– Ils auraient pu le dire, grogna Nami en se relevant.

– En route!
Seran se leva à son tour, pendant que Lilly voletait jusqu'à elle pour se poser sur sa tête.

Dans la panique ambiante, personne ne fit attention à eux. Les civils gagnés par la peur ne savaient pas ce qu'ils devaient faire. Ils hésitaient encore entre la fuite et la curiosité quand un cri se fit entendre, la rumeur se propageant comme une traînée de poudre parmi les badauds:

– Des pirates! Des pirates ont attaqué la Marine!
Aussitôt ce fut comme si une troupe monstrueuse et assoiffée de sang s'était répandue sur la ville. Sans rien savoir de ce qui se passait réellement, la populace céda à la panique et commença à courir dans tous les sens en hurlant, comme si les chiens de l'enfer étaient à leurs trousses. En revanche, les grilles du port militaires restèrent fermées. Les marines s'agitaient derrière en se demandant s'ils devaient intervenir où non, mais aucun d'eux ne prit la responsabilité d'ouvrir les grilles séparant le port en deux, malgré les supplications des habitants.

– On va devoir forcer le passage, remarqua Seran. Nami, tu peux créer une nappe de brouillard assez épaisse pour nous camoufler?

– Il n'y a qu'à demander!
La rouquine saisit sa baguette climatique et quelques secondes plus tard un épais nuage cotonneux avançait sur le port. Seran frissonna dans l'humidité glaciale qui les entoura soudain. Camouflés dans le brouillard, les pirates approchèrent des gilles et virent que la nervosité avait aussi gagné les soldats. Ces derniers semblaient avoir compris qu'ils étaient attaqués mais ne savaient pas encore par qui, ni où, ni comment.

– J'y vais le premier et je fais le ménage, annonça Bellamy.
Il se ramassa sur lui même avant de se détendre comme un ressort, littéralement, et fit un bond spectaculaire au dessus de la grille. A peine retombé sur ses pieds, il bondit à nouveau et fondit sur un groupe de soldats qu'il balaya sans mal.

– A nous, fit Seran en tirant Esperia de son fourreau.
Elle relâcha l'une de ses ondes de choc et la grille fut littéralement vaporisée en un nuage de limaille de fer rouillé, leur livrant le passage. Pris dans l'épais nuage de brouillard, les soldats ne les virent pas venir. Esperia traça des arcs lumineux dans l'air, Bellamy sauta comme un démon, les lasers de Franky frappèrent tout ce qui bougeait et la foudre fusa de toutes parts. En quelques minutes la garnison en faction sur le port fut mise hors de combat.

Les soldats de garde sur le pont du Queen of Heart, en revanche, les virent approcher et se précipitèrent sur eux, toutes armes dehors. Seran attendit qu'ils soient tous rassemblés sur l'étroite passerelle reliant le quai et le navire pour la détruire sous leur pieds, les précipitant tous dans les eaux, environ deux mètres plus bas. Tandis qu'ils barbotaient, maudissant bruyamment les pirates, Seran reconstitua la passerelle et ils purent monter à bord.

Lilly ne s'était pas trompée, les gardes n'étaient qu'une poignée, disséminés dans les coursives, occupés à discuter où à préparer ce qui devait l'être pour la prochaine mission du navire. Les pirates en éliminèrent deux groupes rapidement, puis Seran leur fit signe de se regrouper autour d'elle.

– On va se séparer, annonça-t-elle alors. Nami et Franky, montez jusqu'à la timonerie et éliminez ce qui vous barre la route. Pendant ce temps là, Bellamy et moi allons descendre vers la chambre de l'Anima. Si jamais le navire se mettait en marche tout seul ne vous inquiétez pas, c'est normal, c'est juste que j'ai trouvé l'Anima et qu'elle est prête à nous suivre.
Malgré leur évidente envie de poser des questions, les deux Chapeau de paille se contentèrent de hocher la tête. Seran leur indiqua l'ascenseur et prit les escaliers avec Bellamy, Lilly toujours juché sur sa tête.

– Anima? C'est quoi? Demanda le blond tandis qu'ils dégringolaient des volées de marches métalliques.

– Ce qui va décider de l'avenir de ce navire, répondit l'Atlante. C'est sa conscience. S'il en a une et si cette Anima est prête à nous aider, alors nous n'aurons plus besoin de le détruire.

– Et dans le cas contraire?

– Eh bien, Law ne sera pas désappointé par notre comportement!
Ils descendirent plusieurs étages. Enfin, ce fut l'impression qu'eut le blond. Régulièrement, une porte se découpait dans le mur blindé mais Seran ne s'y intéressa pas. Bellamy en compta quatre avant que Seran ne s'arrête enfin. Elle lui lança un regard par dessus son épaule;

– Ça devrait être par ici.
Elle poussa la porte. Celle-ci ouvrait sur un long couloir obscure Bellamy ne vit aucun interrupteur sur les murs, pourtant dès que Seran fit deux pas dans ce couloir, les lampes suspendues au plafond s'allumèrent seules, lançant une luminosité crue et agressive autour d'eux. Encore une fois, il passèrent plusieurs portes se découpant dans les même murs blindés sans que Seran ne montre le moindre intérêt. Au bout du couloir cependant, il remarqua la dernière porte et sut qu'il s'agissait de leur destination. Celle-ci était blindée, contrairement au autres qui semblaient juste être des panneaux d'acier sur charnières. Un volant fiché en son centre, elle ressemblait à la porte d'une chambre forte. Quoi que fut cette Anima dont parlait l'Atlante, elle était bien protégée.

– Aide-moi! Ordonna Seran en essayant de faire tourner le volant.
Ils ne furent pas trop de deux pour parvenir à le faire bouger et déverrouiller la porte. Seran la poussa lentement, cérémonieusement, comme s'il s'agissait d'une porte menant à un lieu sacré. La pièce qui se cachait derrière était totalement vide à l'exception d'une énorme caisse blindée plantée au beau milieu. Seran s'en approcha et jeta un coup d'oeil au couvercle de la caisse.

– La voilà, fit-elle dans un souffle. L'Anima. Il en a un finalement!
Surpris par l'émotion qui faisait trembler sa voix, Bellamy s'approcha et se rendit compte que ce qu'il avait d'abord pris pour une vulgaire caisse était en réalité un sarcophage. Une épaisse vitre laissait voir ce qu'il contenait.

– Une gamine?!
Une fillette était en effet enfermée dans le caisson. De long cheveux blancs s'étalaient sous elle et son corps mince était vêtu d'un petit uniforme bleu foncé et blanc.

– Seulement en apparence, fit Seran en regardant autour d'elle.
Elle chercha un instant, faisant le tour de la caisse.

– En réalité, c'est un automate. Le navire s'en sert pour communiquer avec son équipage. Mais pour ça, il faut qu'elle soit activée.
Bellamy ne compris pas ce que l'Atlante voulait dire par là, mais il ne fit rien pour la stopper dans sa recherche de ... de quoi d'ailleurs?

– Ah! Fit-elle d'un ton indiquant qu'elle avait trouvé ce qu'elle cherchait. Attention!

Elle donna un coup de poing sur un énorme bouton en forme de champignon sur le coté du sarcophage. Une sirène retentit dans la pièce et un claquement sec fit sursauter le blond. Le couvercle du sarcophage se déboîta du reste, libérant une sorte de vapeur blanche qui semblait sous pression. Elle siffla en s'enfuyant du container alors que des vérins soulevaient sans mal le lourd couvercle pour libérer la gamine ... enfin, l'Anima.

Pendant un instant rien ne se passa, puis la gamine ouvrit les yeux, aussi soudainement que si elle avait voulu leur faire peur. Elle se redressa avec raideur et s'assit bien droite dans le sarcophage avant de tourner la tête vers eux. Ses grand yeux verts les regardèrent sans ciller, mettant Bellamy mal à l'aise. Ils étaient en effet vides, dénués de la moindre trace d'émotion.

Quel est ton nom? Demanda Seran en atlante.

Hedaria, annonça-t-elle d'une voix plate, dépourvue de sentiment. Êtes-vous mon capitaine?

Si c'est ce que tu désires, je peux le devenir. Où t'amener à quelqu'un qui le sera à ma place.
La gamine regarda Seran de ses grand yeux vides, inexpressifs.

Désir? Qu'est-ce que c'est?
Seran se tourna vers Bellamy qui avait suivi l'échange en fronçant les sourcils.

– Une toute jeune Anima qui n'a pas encore appris à nouer de relations avec son équipage. Je n'en avais encore jamais rencontré. Celles que j'ai pu côtoyé étaient expérimentées dans leur rôle d'intermédiaire. Celle-ci est ... Vierge. Comme une page blanche. On peut en faire ce qu'on veut.

Elle se tourna à nouveau vers la gamine qui semblait attendre une réponse à ses questions.

Voilà la situation, annonça-t-elle. En ce moment, tu ne trouves plus en Atlantide. Tu as été capturée par la Marine qui se sert de toi comme une arme de destruction. Est-ce là ce que tu veux être? Une arme sans conscience?
Il ne fallut pas longtemps à l'Anima pour faire son choix.

Non, je ne veux pas appartenir à la Marine. Je ne sais pas pourquoi mais quelque chose me l'interdit. S'il vous plaît, aidez moi à m'échapper. Je serai honoré de me mettre à votre service.

Tout l'honneur serait pour nous, répondit Seran en s'inclinant.

Non, non, inutile de vous incliner devant moi, c'est plutôt à moi de le faire.
Avec une promptitude étonnante pour une gamine de son gabarit, Hedaria sauta du caisson et s'inclina devant Seran, puis devant Bellamy.

Je me nomme Hedaria, annonça-t-elle de sa voix toujours dénuée de sentiment. Je suis l'Anima du Queen of Heart. Je suis votre servante dévouée.

Seran lui adressa un petit sourire:

Avant tout, je veux que tu saches que nous sommes des pirates.

Pirates, répéta-t-elle.
Elle resta muette un instant, le regard soudain lointain. Seran savait qu'elle interrogeait la mémoire du navire pour apprendre de quoi il s'agissait et déterminer comment réagir.

Rien ne m'interdit d'être un navire pirate, fit-elle sans la moindre émotion, comme si ce que ça pouvait impliquer de terreur et de destruction n'avait pas la moindre importance. Quelque chose me dit que je peux vous faire confiance.
Seran avait appris que le code de conduite des Animae comptaient trois règles inviolables: rester loyales envers leur équipage tant que celui-ci était loyal envers le navire, protéger le navire avant tout et, surtout, surtout, ne jamais porter la main contre Atlantide ni causer de tort à l'île de quelle manière que ce soit. Le reste était sans importance. Tout du moins au début. Au fil des années de navigation et de cohabitation avec leur équipage, les Animae finissaient par compléter elles-même ce code de conduite avec les règles qu'elles trouvaient les plus utiles à leur existence et à la tranquillité du navire, tout comme elles apprenaient petit à petit comment se comporter et comment communiquer avec leur équipage. Hedaria se préparait un avenir où elle aurait pour équipage des personnes ne parlant pas un mot d'atlante. Il était évident pour Seran que l'un de ses premiers apprentissages serait de décoder et d'utiliser la nouvelle langue pour communiquer. En attendant, elle pouvait toujours faire office de traductrice.

Hé bien, Hedaria, bienvenue dans l'Alliance. Je suis Seran Athis Karell, j'appartenais à la Maison des Tempêtes, aujourd'hui je suis bannie d'Atlantide mais je la porte toujours dans mon coeur.
S'il était vrai que sa famille et son île lui manquait, Seran n'était toujours pas prête à pardonner aux Matriarches, mais ça, le navire n'avait pas besoin de le savoir pour le moment.

Si tu veux bien, nous pouvons quitter le port. Mais il faudra récupérer nos amis avant de partir.
Comprenant ce qu'on attendait d'elle, l'automate hocha la tête et plongea une nouvelle fois son regard dans le vide d'un air absent.

– Elle se connecte au navire, expliqua Seran. Elle va pouvoir en prendre le contrôle.

– Drôle de navire, jugea le blond. Blindé de partout et contrôlé par un pantin qui a l'apparence d'une gamine de douze ans! Qu'est-ce que vous vous racontiez?

– Je lui aie expliqué la situation. Elle va s'allier à nous.
Bellamy haussa les sourcils.

– Comme ça sans rechigner?

– C'est compliqué, expliqua Seran. Même pour moi. Les Animae sont faites pour avoir un équipage, quitte à le rechercher elles-mêmes, et pour protéger le navire et Atlantide. Rien de plus. C'est ce qu'il y a de plus important pour elles. Tant qu'on ne menace ni le navire ni Atlantide, Hedaria nous acceptera sans se poser de question. Un programme dans sa mémoire lui a appris que la Marine n'était pas son alliée qu'elle ne devait pas accepter de se ranger à ses cotés. C'est un programme standard que tous les Animae possèdent, afin d'éviter que la Marine s'emparre de nos navires et les utilise contre nous.
Elle marqua une pause puis repris:

– Ça explique pourquoi la Marine n'a pas activé Hedaria. Avec elle, le navire se serait probablement rebellé contre eux. Ce qui veut aussi dire ... que la Marine a mis la main sur le Queen of Heart avant sa mise en fonction, donc dès sa sortie du chantier naval et que quelqu'un les a mis en garde contre l'activation de son Anima.

– Autrement dis quelqu'un de haut placé sur ton île a donné ce navire à la Marine.
Seran hocha lentement la tête.

– Oui, je le crains.
Un instant elle se demanda ce qui pouvait se passer en Atlantide et ce qui avait pu pousser les Matriarches à accepter de sacrifier l'un de leur précieux navire.

Je suis connectée, annonça soudain Hedaria. Quelqu'un cherche à accéder à ma mémoire depuis la passerelle et il y a quatorze autres personnes à bord. Voulez-vous que je les élimine?

Pas encore. Montons d'abord sur la passerelle.
L'Anima hocha la tête.

Rebroussant chemin dans le long couloir, le trio pu cette fois prendre l'ascenseur que Seran avait laissé à Franky et Nami un peu plus tôt. Il menait droit à la salle depuis laquelle l'équipage commandait le navire. C'était une salle d'assez petite taille, comparé à l'imposante masse du navire et plutôt sombre, des sièges à haut dossiers étaient fichés dans le sol face à des consoles et des écrans dont Bellamy ignorait jusqu'à l'utilité. Nami et Franky avaient neutralisé les quatre soldats qui se trouvaient là et le cyborg était installé derrière l'une des consoles occupé à essayer de comprendre le fonctionnement du navire. Il semblait fasciné par ce qu'il avait réussit à trouver.

– Vous voilà, fit Nami en se tournant vers eux. Qu'est-ce que vous fichiez?
Son regard tomba soudain sur Hedaria.

– Qui c'est, cette petite?

– Une amie, répondit simplement Seran. A toi, Hedaria. Dégage nous de là.
L'Anima hocha silencieusement la tête et se dirigea vers l'un des siège qui était planté seul au milieu de la pièce. Aucun écran, aucune console ne l'accompagnait mais il était équipé de quelque chose semblable à un casque de motard. La fillette s'installa dans le siège qui semblait trop grand pour elle, s'y allongea et glissa la tête dans le casque. Quelques seconde plus tard toutes les consoles s'allumèrent en même temps, des colonnes de données se mettant à défiler sur les écrans. Le navire fut secoué d'un léger tremblement, comme un chat ronronnant, signalant que les moteurs s'étaient mis en marche. Seran s'installa sur le siège du capitaine, juste derrière celui qu'occupait la gamine.

En avant, ordonna-t-elle.
Sur le quai, les soldats couraient en hurlant, ne comprenant pas pourquoi le navire atlante s'était mis à bouger tout seul. Les moteurs vrombirent et les hélices provoquèrent un bouillonnement d'eau et d'écume à la poupe. Il commença à se déplacer le long du quai, tendant ses amarres. Ça ne suffit même pas à l'arrêter, la plupart des filin cédant sous la tension, ceux qui résistaient provoquèrent l'arrachement des bites d'amarrages et l'effondrement du quai sous les pieds des soldats ahuris et pris de panique. L'alarme se mit à hurler mais trop tard. Le navire prenait déjà la direction du large.