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Tintin ouvrit difficilement les yeux, la tête lui tournait. Il lâcha un râle de douleur, et une voix lointaine, si lointaine, lui répondit. Une ombre se pencha au-dessus de lui en couinant de souffrance. Il voyait flou, il avait si mal... Il ferma à nouveau les yeux, lorsque la voix se fit entendre, plus proche cette fois. Plus claire, aussi. Par un effort de volonté gigantesque, il rouvrit les yeux, croisant deux orbes vertes le fixant avec inquiétude. Il tendit la main, caressant doucement une joue foncée.
- Ella...
- Tintin...
La brune aurait voulu pleuré. De soulagement. Il avait dormi une journée entière. Elle se jeta dans ses bras, ignorant la douleur dans son ventre, pleurant doucement, la tête sur son torse. Il glissa sa main dans sa chevelure brune, tentant de lui faire stopper ses pleurs.
- Ella... Calme toi, je t'en prie... Regarde moi, je vais bien...
- Je... J'ai cru que... J'ai cru que tu étais mort...
- Ella...
Elle poussa un nouveau gémissement de détresse, resserrant un peu plus son emprise sur son pyjama bleu, alors qu'il regardait avec inquiétude les bandages entourant tout son ventre. Il caressait sa nuque avec douceur. Elle reprit d'une voix rauque, cassée par les larmes. Remplie du désespoir d'un amour plein d'inquiétude et beaucoup trop fort pour être ignoré.
- Quand je t'ai vu tombé... C'est comme si j'étais morte avec toi...
- Ne dis pas ça !
- Tintin...
- Crois-tu que moi, je supporterai que tu meurs?!
Elle fondit à nouveau en larmes, enlacée par le journaliste qu'elle aimait, criant son prénom de temps à autre, alors que Milou couinait, se frottant doucement contre son maître, pour quémander des caresses. Le maître en question versa une lourde larme en serrant Ella contre lui. Sa gorge lui faisait mal, il retenait tant bien que mal les larmes qui lui piquaient les yeux, avant de murmurer encore une fois le prénom de l'espagnole. Il se pencha à son oreille.
- Je t'aime.
- Yo tambien...
Réflexe plus qu'autre chose. Ils continuèrent à s'enlacer, ignorants la porte entrouverte par le capitaine, rapidement arrêté par Giulietta, qui voulait leur laisser ce moment d'intimité. Le rouquin dégagea son visage du cou de sa compagne, pour retrouver le chemin vers ses lèvres, gémissant son nom en même temps qu'il prenait son visage dans ses mains. Il mit fin au baiser après quelques secondes, lui faisant un sourire attendri.
- Capitaine, Giulietta, entrez.
Gênés, les deux paparazzis se faufilèrent dans la petite pièce, alors que Ella expliquait à Tintin la présence des bandages sur son abdomen. Giulietta frémit. Les regards qu'ils s'échangeaient suffisaient à comprendre l'amour commun qu'ils se portaient. Elle sourit faiblement, caressant inconsciemment son poignet bandé. C'était devenu une habitude, ridicule, peut-être, mais ainsi, elle avait la certitude que la vie coulait dans ses veines. Elle colla son dos au mur, alors que le capitaine racontait au jeune homme ce qu'il s'était passé dans son sommeil.
La blonde s'approcha de la porte en silence. Comme chaque fois que le capitaine parlait, elle se sentait de trop. Peut-être... Inutile? Elle refoula rapidement cette pensée, avant de quitter l'infirmerie sans un bruit, discrète comme une ombre. Elle choisit d'aller prévenir le Professeur du réveil de Tintin, lorsqu'elle sentit une présence derrière elle. Elle se retourna vivement, pour ne rien voir.
- Voilà que je deviens parano...
Elle reprit sa route, sans voir la silhouette collée au mur qui retenait son souffle. Elle se dirigea vers les bureaux, avant de frapper timidement. Ce fut Wolff qui lui demanda d'entrer, et elle obéit sagement, se trouvant face aux scientifiques. Le Professeur, équipé de son appareil, se tourna vers elle.
- Giulietta ! Vous avez des nouvelles de Tintin?
- Je venais justement à ce propos. Il est réveillé.
Un sourire étira ses lèvres, alors que le Professeur poussait un cri de joie, saisissant brutalement le poignet indemne de l'italienne pour la tirer derrière lui, vers leurs amis. Elle retint un petit rire, se laissant entraînée, suivie des scientifiques qui se pressaient, retirant leurs blouses blanches. Elle pâlit quand une image de la morgue traversa ses yeux. Le corps sans vie de sa mère, repêché par la police. Sa gorge se noua, et elle secoua la tête, alors que Tournesol lâchait enfin son poignet. Elle grimaça légèrement de douleur, puis pénétra à sa suite.
- Giu ! Tu es partie sans rien dire, c'est pas gentil !
Elle tira la langue à Ella, ignorant une pique mauvaise du marin, qui se fit aussitôt réprimander par son ami aux mèches rousses. Elle lâcha un long éclat de rire, affirmant qu'elle était folle de joie de les revoir, tous, sains et saufs. Elle sentit une larme rouler sur sa joue, et elle l'essuya sans honte, souriant à ses amis. Amis... Elle n'était toujours pas habituée. Ses yeux croisèrent ceux de la gitane, qui lui tendit un sourire malicieux, toujours serrée dans les bras de l'homme qu'elle aimait. L'archéologue sourit à nouveau. Quel bonheur, d'être tous réunis !
oooOOOooo
Quelques semaines plus tard, la joyeuse troupe était installée en laboratoire, prêts à assister au décollage de la fusée test. Vêtues de leurs combinaisons sur mesure, les deux filles trépidaient de joie en fixant les écrans de contrôle, attendant avec impatience le départ de la fusée. C'est alors que l'oeil avisé de Giulietta repéra un jeune homme en combinaison qu'elle ne connaissait pas. Elle fronça les sourcils. Il était jeune, un peu plus âgé qu'elle, peut-être, mais alors, que faisait-il ici? Le Professeur recrutait vraiment aussi jeune? Voilà qui était étonnant.
Le garçon était bel homme. Ses cheveux châtains étaient un peu longs, et certaines mèches étaient nouées en une petite tresse se trouvant sur sa joue gauche. Ses yeux marrons étaient cachés derrière des lunettes étonnamment rectangulaire, et on pouvait voir des boucles d'oreilles accrochées à son oreille gauche. Une plaquée vers le bas, et un anneau en haut de son oreille. Il prenait des notes avec attention dans son petit carnet, et, curieuse, la blonde s'approcha de lui.
- Bonjour ! V... Vous êtes nouveau?
Il sursauta violemment en entendant la voix de la jeune femme, et pressa son carnet contre lui. Ses joues venaient de prendre une teinte légèrement rouge, et il tendit un sourire maladroit à celle qui lui faisait face.
- Heu... Hé bien, je...
- C'est bien d'être consciencieux ainsi dans votre travail. Quel est votre nom, je parlerai de vous au Professeur !
- N... Non ! Je...
Sa main droite agrippa l'épaule de l'italienne, et elle put voir les plans de la fusée dessinés dans son carnet. Elle retint un cri d'horreur en fronçant les sourcils, alors qu'il lui jetait un regard suppliant. Elle se dégagea violemment de son emprise, alors qu'il prenait la fuite en direction de la sortie. Elle poussa un hurlement.
- ESPION ! Un espion vient de prendre la fuite !
Elle se précipita aussitôt à sa poursuite, accompagnée de Ella et quelques scientifiques, alors que le Professeur ordonnait à une partie de rester, car le test de la fusée devait se faire maintenant, et ne pouvait être reporté. Les deux femmes couraient, vives comme l'éclair, côte à côte, et, l'espace d'un instant, Ella se retrouva plongée en enfance, faisant la course avec une fillette de son âge dont elle ne distinguait pas les traits. Elle secoua la tête, avant d'accélérer, alors que son amie courait, le souffle court, dans l'espoir d'arrêter ce jeune homme.
Elle l'aperçut enfin au détour d'un couloir, et elle accéléra encore son mouvement, lui hurlant de s'arrêter, ce à quoi il n'obéit bien sûr pas. Elle commençait à le rattraper, et remarqua que Ella avait disparu, de même que les autres scientifiques. Elle ne cessa pas sa course pour autant, et c'est alors qu'elle vit le garçon se stopper net, bloqué par la gitane, qui le fixait les bras croisés, entourée des scientifiques. Giulietta poussa un cri guerrier avant de bondir sur ses jambes, tombant sur celui qu'elle avait coursé en le plaquant lourdement au sol.
- Qui êtes-vous?! Pour qui est-ce que vous travaillez?! Est-ce vous qui nous avez agressés il y a quelques semaines?!
- Quoi? Non ! C'est moi qui ai prévenu la base de l'agression de mademoiselle Ella et de monsieur Tintin !
Surprise, la blonde se tourna vers les scientifiques, de même que son amie brune, qui lâcha un murmure perplexe.
- Je l'ignorais... Vous ne nous avez pas retrouvé grâce à Milou et au capitaine?
- Non... Il y a eut un appel anonyme prétendant des coups de feu, et quelques minutes plus tard, le capitaine et mademoiselle Milazzo étaient agressés.
Les sourcils froncés, la jeune femme au teint pâle jeta un regard circonspect à son prisonnier, dont la poitrine se soulevait de manière irrégulière. La gorge nouée, il la fixait, et il songea alors que cette femme au sale caractère était vraiment très belle.
- Alors c'était vous?
- Oui... C'était moi.
- Qui êtes vous, et pourquoi est-ce que vous nous espionnez? Vous travaillez pour des adversaires?
- ...
Le jeune homme rougit en demandant si, dans un premier temps, la jeune femme voulait bien le laisser s'assoir. Gênée, elle se releva aussitôt tandis qu'il se redressait, remontant légèrement ses lunettes sur son nez. Elle remarqua alors que sa boucle d'oreille la plus basse était une tête de mort. Il évitait son regard, gêné de s'être fait avoir, se demandant comment réagirait ses patrons. Il soupira, et prit une grande inspiration avant de se tourner vers son interlocutrice.
- Je m'appelle Théodore Van Houte. Je viens des Pays-Bas. Je suis détective privé, et je travaille pour le compte de particuliers, et non pas pour vos... adversaires. Si cela était le cas, je n'aurai pas appelé pour sauver la vie de mademoiselle Ella et monsieur Tintin.
Giulietta grommela dans sa barbe, lui ordonnant rapidement de reprendre son récit, ce à quoi il obéit sans broncher.
- Mes clients m'ont demandé de suivre tous les faits et gestes de mademoiselle Ella.
- Quoi?! Pourquoi?!
Il sursauta violemment avant de se retourner vers l'indienne, qui le regardait d'un air plus que surpris. Ses lèvres tremblaient légèrement, alors que l'hollandais baissait les yeux en se mordillant la lèvre.
- Je... Je ne peux pas dévoiler le nom de mes clients... Je risque d'avoir des problèmes, et...
- JE M'EN MOQUE ! QUI SONT-ILS?! QU'EST-CE QU'ILS ME VEULENT?!
- Ella...
L'italienne se releva doucement pour poser ses mains sur les épaules de son amie. Elle peignit un sourire rassurant sur son visage, avant d'ordonner d'un ton sec au jeune homme de ne pas bouger, sinon elle le replaquerait sans ménagement. Il grommela de mécontentement, se rasseyant comme au préalable. Ella remercia doucement son amie du regard, avant qu'elles ne se tournent à nouveau vers le détective.
- J'ignore ce qu'ils vous veulent, je n'ai pas à savoir leurs raisons... Quand à leur identité... Rooooh, bon sang, pourquoi a-t-il fallu que je me fasse pincer?!
- Répondez. Et vite.
- Très bien, mademoiselle Milazzo, j'y viens.
Il rejeta sa tête en arrière, dévoilant son visage fin et ses yeux malicieux. Il remonta ses lunettes sur son front, comme si il espérait les dégager de son champ de vision. Cela le rassurait un peu, comme si il n'allait pas leur donner directement le nom de ses clients. Il poussa un long soupir. Bon sang. Sa première grosse affaire...
- Mes clients se nomment Juan et Âheli Coronas.
- Quoi?!
- Ella, tu les connais?
- Oui, bien sûr que je les connais ! ... Ce sont mes parents !
- Vos... Vos parents?! Ah-ah ! J'en étais sûr !
Il poussa un cri de joie triomphal, alors que Giulietta levait les yeux au ciel, attrapant dans ses bras une Ella tremblante, qui tenait à peine sur ses pieds. L'aînée ordonna aux scientifiques d'attacher monsieur Van Houte dans une salle et de le surveiller avant qu'ils ne décident ce qu'ils allaient en faire. Il grommelait, se laissant entraîner par les hommes, alors que la blonde entraînait son amie derrière elle. Dans la salle qu'ils avaient quitté plusieurs minutes plus tôt, elle entendait des cris de déception.
De ce qu'elle comprit, la fusée avait dû être détruite après une tentative de prise de contrôle de leurs adversaires. Elle soupira en asseyant Ella, qui était pâle comme la mort, sur une chaise, alors que le capitaine s'approchait d'elle, résumant la situation à la jolie blonde. Cette dernière soupira, relativement déçue pour le Professeur, et pour avoir raté l'envol de la fusée, alors que le marin fronçait les sourcils.
- Que se passe-t-il, Ella? On dirait que vous avez vu le diable...
- Oh, capitaine, trêve de plaisanteries, ce n'est pas le moment.
- Enfin, Giulietta, permettez moi de m'inquiéter pour elle !
- Je m'en occupe ! Laissez nous !
- Pas question !
- Je vous dis de partir !
- Et moi je vous dit que non !
- Si !
- Non !
- Si !
- Non !
- S...
- Capitaine, Giulietta, cessez ! Que se passe-t-il?
Tintin venait de les interrompre, leur jetant un regard vaguement fâché, avant de se pencher vers sa compagne pour la serrer contre lui, passant une main dans ses boucles brunes.
- Ella, ma douce, que se passe-t-il...?
- Oooh Tintin ! Ce sont mes parents !
Elle s'effondra dans ses bras en fondant en larmes. Ému et attristé, il resserra son emprise, alors que les deux autres s'éloignaient rapidement, laissant la jolie indienne expliquer ce qu'il se passait à celui qu'elle aimait. L'archéologue jeta un regard curieux au capitaine, qui frottait doucement sa barbe.
- Vous semblez confus, capitaine. Y a-t-il une raison particulière à cela?
- Mmmhh... Oui, à vrai dire.
- Ah bon? Quoi donc?
- Ce Théodore Van Houte, comme vous dites... Croyez vous qu'il nous ait suivi à chacune de nos aventures?
- Je n'en ai aucune idée, capitaine... Pauvre Ella, j'espère que ça va aller...
- D'ailleurs... Vous m'expliquez?
- Oui, bien sûr. Suivez moi.
Il la suivit d'un air tranquille, sans qu'aucun cri, pour une fois, ne vienne les déranger. Mais Giulietta était loin de s'en plaindre. Pour une fois, discuter simplement avec lui, cela lui faisait tellement de bien...
Youhouuuu ! On progresse dans l'histoire ! *fière*
Merci encore pour vos reviews, ça me fait troooooop plaisir !
J'espère que ce chapitre était à la hauteur de vos attentes
Bref.
Je vous fais de gros bisous, et encore un big merci pour vos com's ! À la prochaine, tous les gens !
