La suite ... Merci à "Guest" et à "Rosalie" pour leurs reviews sur le chapitre précédent !
Voilà, je serai curieuse de savoir ce que vous en pensez. :)
Draco Malefoy était au milieu d'un terrain vague.
Jour, nuit ? Impossible de le savoir.
L'air semblait infesté de métaux lourds tant il était difficile de respirer. Il n'y avait nulle trace d'arbres, nulle trace de mammifères. Le sol avait l'air d'être recouvert d'une épaisse couche de poussière. Le ciel était grisâtre, comme sali par une multitude de détritus qu'un guignol aurait patiemment accroché aux nuages. Il existait deux éléments solides dans ce décor : la baguette et le diamant.
Draco poussa un juron. Le jeune homme s'en était remis au hasard, espérant trouver Hermione. Il se demandait dans quel genre d'endroit il se trouvait. N'était-ce pas un énième trou-à-rats ? Il se dit qu'il pouvait de toute façon sortir d'ici à sa guise, avec la baguette. Il en profita pour prendre le diamant et jeter au loin le trombone, immédiatement recouvert d'une épaisse couche de poussière.
Le diamant était toujours empli de silhouettes qui s'étiraient et se courbaient à l'infini. Draco le retourna et lut l'inscription, celle qu'il n'avait pu déchiffrer quelques heures plus tôt. « Fais-en bon usage, il te guidera. ». Draco se demanda qui pouvait bien avoir fait don de ce diamant à Bellatrix, sachant que celle-ci ne le portait jamais et qu'elle n'y avait jamais fait allusion. Il haussa les épaules et regarda les silhouettes imprécises se mouvoir avec une époustouflante fluidité. Progressivement, des visages apparaissaient, des corps semblaient marcher dans la direction de Draco qui ne put retenir un hoquet de surprise. Ils s'arrêtèrent lorsqu'ils furent près du diamant, et se figèrent à l'unisson. Draco était fasciné par ces personnages minuscules, qu'il n'arrivait pas à reconnaître. Leurs traits lui étaient inconnus.
Ron Weasley et Hermione Granger avaient transplané ensemble vers le bar où élèves et professeurs de Poudlard avaient appris la mort de Voldemort et de Potter. Le bar était désert, le couple avait donc été surpris de voir apparaître les deux jeunes gens. Ron leur avait d'emblée demandé de la nourriture, et les deux amis avaient été s'asseoir dans le fond. Hermione n'échangea pas un mot avec le rouquin, trop occupée à manger avec un appétit démesuré tout ce qui se présentait. Ses yeux étaient rivés sur son assiette, qu'elle couvait d'un regard avide, impatiente de la finir pour passer à une autre.
Ron, quant à lui, regardait son amie avec inquiétude. Certes, il l'avait sauvée. Mais que faire, après ? Comment réussiraient-ils à se cacher des mangemorts ? Lorsqu'ils se réveilleraient, ils seraient forcément … Très en colère. Comment annoncer la mort de leur meilleur ami ? Lui-même n'arrivait pas à se faire à l'idée que la maison s'était écroulée depuis longtemps, et que chaque jour un pan de mur s'effritait jusqu'à tomber tout à fait, jusqu'à érafler les cœurs au passage.
Une fois repue, Hermione sortit de table, sans un mot. Dina, la femme, la guida vers la salle de bain où une baignoire bien remplie l'attendait. Des vêtements propres étaient empilés sur une petite commode en bois. Hermione Granger remercia Dina et ferma la porte derrière elle, à double-tours. Depuis son « sauvetage », la jeune fille s'était efforcée de ne pas penser, de profiter de ces deux jours de répit. Répit, avant la reprise des hostilités. Elle avait pu manger, et se rendait à présent compte de la nécessité de cet acte. Les quignons de pain n'avaient pas pu la contenter, puisqu'elle n'était à présent qu'une frêle carcasse qu'elle comptait bien remplumer dès que possible. Hermione ôta ses haillons jusqu'à se retrouver complètement nue devant la glace. Elle s'examina de la tête aux pieds, et considéra qu'elle avait suffisamment été dépossédée de son corps comme cela. Elle tendit l'oreille vers l'extérieur, et entendit l'agitation qui y régnait. Les propriétaires avaient certainement dû envoyer des hiboux pour annoncer la bonne nouvelle. Les élèves de Poudlard rappliqueraient sans doute, tout à leur excitation de la voir. Qui sait, peut-être Harry allait-il être parmi eux ?
La jeune fille s'efforça de ne plus faire attention aux hématomes et aux blessures diverses qu'elle avait sur le corps. Elle entra dans le bain chaud, et s'affaissa, jusqu'à ce que son corps se retrouve en position allongée. Seule sa tête dépassait de l'eau.
La sensation qu'elle éprouva alors s'apparentait certainement au bonheur simple de subvenir à ses besoins élémentaires. Un intense sentiment de reconnaissance la possédait, la prenait au cœur, elle qui se voyait déjà morte. Elle toucha du doigt durant un moment l'illusion d'un bonheur retrouvé. Un bonheur presque simplet qui consisterait à réunir leur trio, à se voir tous les trois avant que Draco n'apparaisse et ne complique les choses, avant de savoir qu' Harry était tombé amoureux d'elle. Sur ces pensées, elle ferma les yeux et s'endormit.
Des coups successifs frappés à la porte de la salle de bains la réveillèrent.
- Hermione ! Hermione ! Qu'est-ce qui se passe ?
Il s'agissait de Ron, qui prenait sa voix inquiète, celle qui semblait appartenir à un petit homme tout frêle.
Hermione se redressa et cria, la voix un peu enrouée, à travers la porte :
- Tout va bien, ne t'inquiètes pas ! Je me suis endormie. J'arrive.
Il sembla à Hermione qu'elle entendit un long soupir de soulagement derrière la porte. Elle crut même voir les épaules de Ron se relâcher devant ses yeux, tant elle le connaissait.
Elle enfila les vêtements un peu trop grands pour elle, mais néanmoins confortables. Lorsqu'elle sortit, elle s'attendait à voir surgir les élèves cachés derrière les recoins et une grande banderole pour l'accueillir. Cela la fatiguait d'avance, de devoir faire semblant de d'accoutumer à cette joyeuse agitation, elle qui avait besoin de calme pour le moment. Il n'en fut rien. Le bar était aussi calme que lorsqu'ils étaient entrés. Dina buvait un chocolat chaud, dont la cuillère remuait toute seule. Son mari s'était installé un peu plus loin, lisant Le sorcier baroudeur. Ce numéro vantait les mérites des dragons que l'on trouvait dans les contrées de Jyngenzbay.
Hermione se dirigea vers Ron, qui semblait anxieux. Elle se rendit soudain compte qu'il paraissait exténué, comme s'il avait consacré deux bonnes semaines à ne pas dormir. Pour preuve, il était en train de boire son troisième café. La jeune fille s'installa en face de lui. Il releva la tête et lui adressa un pâle sourire. En signe d'encouragement, Hermione débuta la conversation :
- Il faut que je te remercie. Je suis vraiment heureuse de t'avoir retrouvé … J'ai l'impression que tout va bien, là, maintenant. Crois-moi, je n'ai pas ressenti ça depuis un moment déjà !
Tout en parlant, Hermione lui sourit, comme pour appuyer ses propos. Ron l'écouta patiemment, mais son amie sentait bien que quelque chose n'allait pas.
- Qu'est-ce qu'ils t'ont fait, là-bas ? Hermione, c'est impossible de ne pas garder de séquelles tu sais.
- Ils ne m'ont rien fait de plus que ce que je ne connaissais déjà. Ce n'est pas bien grave, je suis là, maintenant. Profitons-en avant de voir à nouveau débarquer ces affreux mangemorts !
Hermione avait parlé sur le ton de la plaisanterie, mais elle vit que Ron n'était pas dupe. Elle savait très bien où il voulait en venir, mais elle voulait perdre du temps afin de contourner le sujet. D'ailleurs, le visage de Ron restait anormalement neutre, du moins semblait-il faire de gros efforts pour conserver cette expression.
- Hermy …
- Oh et puis ne m'appelle pas Hermy hein, j'accepte ce surnom depuis des années mais on dirait que tu désignes un de ces hideux caniches volants lorsque tu m'appelles ainsi !
Les deux jeunes gens se mirent à rire à l'unisson, et Hermione fut soulagée de retrouver le « véritable » Ron.
- Non, sérieusement, Hermy …
- H-E-R-M-I-O-N-E !
- Hermy. Parlons de Malefoy.
Le sourire d' Hermione s'effaça aussitôt, et elle blêmit malgré elle. Sa posture se modifia d'emblée, et ses bras se croisèrent en signe d'hostilité. Elle fixa une des tasses de café posée là, et s'aperçut que le bord en était légèrement ébréché.
- Est-ce qu'il t'a fait du mal ?
À cette question, Hermione tressailit.
- Je n'ai pas envie d'en parler, je ne veux pas parler de lui. S'il-te-plaît, je ne veux pas que ça recommence comme avec Harry et … Il n'a rien fait.
- Alors pourquoi je suis venu te chercher en pleine cérémonie de « coucou c'est moi la fouine je deviens mangemort » ?
Les yeux d'Hermione se posèrent sur Ron. Elle n'avait pas réellement pensé aux conséquences de cette « relation ». Bien sûr, elle savait très bien que les deux camps étaient opposés, elle savait que Draco lui avait fait du mal moralement, et physiquement, bien que sous la contrainte. La seule chose est qu'elle n'avait jamais réalisé à quel point Les Gryffondor et les Serpentards ne pouvaient pas se supporter, et ce depuis toujours. Elle n'avait pas réellement mesuré le danger de cette fréquentation. À présent, Draco était un mangemort, et il pourrait tout à fait être amené à la tuer. Pourtant, le jeu malsain qu'ils poursuivaient depuis quelques temps déjà ne pourrait pas se stopper brutalement, se solder par la mort. Il s'agirait d'une fin trop déplorable, trop facile.
- Peux-tu me répondre ? Tu étais dans une cage, comme un chien avec son os, tu tournais en rond, c'était forcément pour qu'on te donne en spectacle, non ? D'ailleurs, leur mise en scène ressemblait beaucoup à un spectacle, si tu veux mon avis … Les fauteuils, et puis tout ce luxe, toute cette nourriture … C'est du gâchis. Les elfes de maison, aussi …
Dina prêtait une oreille discrète à la conversation des deux jeunes gens. Hermione le remarqua, et elle ne put s'empêcher, bien malgré elle, de la fusiller du regard. Dina baissa furtivement les yeux, et, prise en faute, vaqua à ses occupations.
- Ecoutes, Ron, tout ça c'est terminé maintenant. Nous sommes là, Draco et moi on ne se reverra plus et tout rentrera dans l'ordre …
- Tu mens. Luna et moi, on a parlé. Elle m'a dit que votre attirance crevait les yeux.
- Tu te souviens, lorsque Harry et toi vous disiez que vous alliez faire des efforts ?
- Très clairement, oui. Très clairement. C'est différent maintenant. Il s'agit de ta vie.
Ron et Hermione haussaient progressivement le ton, et ils semblaient sur le point de se disputer, leurs retrouvailles à peine entamées. Hermione avait l'impression que la question « Draco » ne mettrait jamais ses amis d'accord. Elle ne savait pas elle-même où elle se situait à ce niveau. Perdue, sans doute, bien qu'elle joue volontiers le jeu lorsque le jeune homme la provoquait. Et le retour de cette … Lily, qui elle pouvait se confondre en minauderies et en sentiments superficiels devant Draco. Lily qui n'avait même pas assez d'intelligence et de présence d'esprit pour se rendre compte que Draco l'utilisait.
Draco était à présent assis en tailleur dans le terrain vague, tout absorbé à la contemplation du diamant. Il commençait à avoir du mal à respirer, ayant l'impression à chaque inspiration que de la fumée obstruait ses poumons. Il n'avait toujours aucune espèce d'idée où il se trouvait, sans doute était-ce un endroit où tous les nouveaux mangemorts étaient envoyés. Une sorte de mise à l'épreuve, ou qu'en savait-il …
Curieusement, Draco était apaisé dans ce lieu. Une sorte d'entre-deux, où rien ne pouvait être définie. Aucune heure, aucun moment, pas d'objets à contempler, simplement le vide en soi, et les pensées qui peuvent se heurter à loisir les unes contre les autres. Malgré la respiration difficile, le cadre qui n'était pas idéal, Draco savait qu' Hermione était en sécurité, avec le rouquin. Il voulait s'en assurer, mais la persévérance le retenait près de ce diamant.
Après des instants indéfinis d'observation, Draco soutint le regard vert, brûlant, d'un être qu'il connaissait bien. Il était seul, détaché des autres silhouettes qui s'étaient évanouies. La surprise lui fit lâcher le diamant, qui s'écrasa au sol et se brisa, pour ensuite se matérialiser à nouveau. Les yeux verts ne l'avaient pas lâché, possédés d'une intense fièvre. Le corps semblait prêt à exploser en milliers de morceaux tant il semblait sous-tension. Draco reprit le diamant et fit face au petit personnage, tentant de déchiffrer la signification de cet affrontement visuel.
- Potter ?
Le petit personnage ne cilla pas, possédé de la même volonté de fer. Le regarder était oppressant.
- Potter ?
Cette fois, la figure du dénommé Harry Potter se changea en un personnage presque inhumain, que Draco pouvait reconnaître entre mille. Lord Voldemort. Celui-ci semblait concentré, et il regardait également fixement Draco. Pourtant, cet affrontement visuel ne fit pas peur au jeune homme.
Les deux visages se superposèrent, d'abord lentement, puis, plus rapidement. L'effet produit était effrayant, à tel point que Draco serra machinalement sa baguette. Les visages se mirent à chantonner une sorte de petite comptine, en boucle.
- Nous sommes morts dans la pensine de Dumbledore,
Ce vieux fou nous prenait pour des novices
Mais notre puissance était égale
Les dégâts seront grands
Malefoy eut l'impression de tomber fou. Ces personnages racontaient des choses insensées. Pourtant, son instinct lui disait que ce diamant voyait juste. Ils étaient morts. Morts pour de bon. Mais, alors, que venait faire la pensine dans toute cette histoire ? Après une « comptine » répétée en boucle plus d'une dizaine de fois, l'image d'un bar se dessina. Au fond se trouvaient Ron et Hermione.
Draco se souvint qu'il lui restait un fond de polynectar, qu'il gardait en cas d'urgence. Il en but une ou deux gorgées. Son corps et son visage se modifièrent progressivement. Il prit enfin totalement les traits de Botchi Rocca, un individu dont il avait subtilisé la carte d'identité magique et la mèche de cheveux durant un match de Quidditch.
Botchi Rocca était assez séduisant. Il avait la vingtaine, et possédait d'épais cheveux noirs qui donnaient à penser qu'il était d'origine hispanique. Sa corpulence était moyenne. Draco palpa son visage et constata avec satisfaction que les traits n'étaient pas les mêmes. Seuls les yeux de Draco avaient gardé leur couleur et leur intensité d'origine.
Il jeta un regard circulaire au terrain vague et transplana, juste devant ce bar au nom inconnu. Avant d'entrer, le jeune homme s'assura qu'il s'agissait bien de ce bar en regardant discrètement par la fenêtre. Il aperçut son reflet en transparence, et ses yeux acérés qui le transperçaient lui-même. Malefoy toucha La Marque, comme pour s'assurer qu'il ne s'agissait pas d'un cauchemar.
Botchi-Malefoy entra d'un air qui se voulait assuré, et commanda un café. Ron le regarda brièvement. Hermione, quant à elle, accrocha son regard, comme si elle l'avait déjà vu quelque part.
Le jeune homme avança et s'installa tout près de Ron et d'Hermione, faisant mine de s'intéresser à « l'architecture » de la bâtisse. Hermione allait bien, elle était, pour le moment, en sécurité. Draco savait qu'il était poussé par la curiosité, mais il désirait savoir ce qui se disait en son absence. Draco risqua un coup d'oeil vers les deux amis, qui semblaient visiblement énervés.
Ron et Hermione débattaient depuis quelques temps sur la question « Draco », et la jeune fille commençait à s'en lasser. Comme si tout ne le lui rappelait pas déjà … Comme cet homme, avec le même regard que Draco … Sans doute le fruit de son imagination.
- Tu es en danger, tu dois me croire. Il est dangereux, c'est le fils de Lucius !
Hermione hocha brièvement la tête et son regard suivit Dina, qui apportait le café.
- Bon, et si on parlait d'Harry, maintenant ? Les nouvelles sont bonnes ?
Le visage de Ron se décomposa, et il sembla soudain encore plus exténué qu'il ne l'était déjà. Hermione perçut ce changement, et elle se mit à trembler, mobilisant toutes ses pensées pour que ce ne soit pas ce qu'elle croyait.
- Harry …
- Il est mort, c'est ça ? Il est mort ? C'est Voldemort qui l'a tué ? Où est son corps ?
Hermione s'était levée de sa chaise et jetait des coups d'oeil frénétiques dans la pièce, cherchant un objet auquel elle pourrait se raccrocher.
Elle fut abasourdie durant cinq bonnes minutes, avant de se lever tout à fait et de marcher frénétiquement dans le bar, renversant au passage les tables, les chaises, les cadres, les tasses … Draco et Ron s'étaient levés, tentant de la rattraper et de la calmer. Dina ne semblait pas savoir quoi faire. Seul son mari était demeuré parfaitement calme. Il savait ce que Ron avait annoncé à son amie. A l'annonce de la mort de sa fille, il avait réagi de la même manière …
Hermione criait, et emplissait à elle toute seule le silence qui régnait auparavant dans la pièce.
- C'est ma faute ! C'est ma faute … Pourquoi je l'ai écouté, pourquoi,pourquoi ?
Elle marmonnait parfois, tombait à terre puis se relevait, laissant le chagrin pénétrer tout à fait son esprit.
