Ohayo mina' !
Le 2 juin 2014, "Alors, est-ce que tu me suis" atteignait son 29ème et dernier chapitre. Une pensée pour cette fiction désormais archivée u_u
Allez, on arrive vers les 2/3 de RVEE qui, elle, continue ! Courage... ! J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira. Désolée, la confrontation Ace-Boa n'arrivera pas, haha... ! enfin... pas tout de suite, fufu. [tu sais qu'elles vont te tuer pour ça ?] (moui.)
On parlera très, très, très brièvement de Jinbei dans ce chapitre. Je suis pas sympa avec lui, mais j'avais besoin d'une caricature. Et je vous rassure : j'adore ce perso. Classe. Prestance. Il impose le respect, et son Gyojin Karate envoie du pâté. Alors... je vous prie de m'excuser de ce blasphème.
Encore une précision : Ace n'est pas un psychopathe ;) je tiens à mettre ça en avant. Les psychopathes ne distinguent par leur incapacité mentale (réellement !) à ne pas pouvoir ressentir d'émotions autres que la colère ou le plaisir (grosso modo). Les remords, l'amour, la joie... ils ne ressentent rien de tout ça, ils agissent par pur mimétisme en copiant les réactions des autres. C'est vulgairement résumé mais c'est l'idée générale. Ace, aussi frappé soit-il, ne rentre donc pas dans cette catégorie ! Mais j'ai bien conscience que je chipote. Frappez-moi virtuellement si vous le voulez.
J'arrête de blablater, et bonne lecture à vous ! on fait encore la connaissance de nouveaus personnages, dans ce chapitre, mais on CONNAIT leurs noms... ! Sauf le tueur, bien sûr, haha.
Enjoy it !
J-120 avant l'impact.
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POV Luffy :
Debout face aux casiers, les mains sur les hanches, je reste… dubitatif.
J'ai vraiment foutu un gros bordel à l'intérieur et Ace s'est… un peu énervé, ce matin, pour que je range mon foutoir.
Je lui ai promis de le faire avant son retour, sauf que ça fait déjà dix minutes que je suis planté devant en me demandant par où je vais bien pouvoir commencer ; les ranger par casier ? tout regrouper par famille – l'argent avec l'argent, les bijoux avec les bijoux, fringues avec fringues – ou bien faire du tri ? j'en ai aucune idée, et je veux qu'Ace soit content, alors je n'arrive pas à savoir comment ordonner ce… merdier sans définition.
Bon, puisqu'il faut y aller…
Je grimpe sur le lit et, la langue entre les dents, je me hisse sur la pointe des pieds pour tout vider, en commençant par les casiers les plus hauts ; tout y passe, et des billets volent un peu partout.
Ça me rappelle ce soir où on était rentrés avec un gros sac sur le dos, et où Ace m'avait pris au milieu des billets de banque, dans les draps. Un matelas de billets verts pour notre partie de jambes en l'air. J'en avais rigolé pendant des heures, après ça, alors qu'Ace faisait un barbecue de Benjamin Franklin.
Cette blague.
Je m'assure que tous les casiers sont vides, avant de descendre et de me pencher sur cet amas de trucs en tous genres. Bon, déjà, mes fringues – je plie mes tee-shirts, mes jeans, mes bermudas et les chemisiers que je porte, avant de les ranger et de mettre mes sous-vêtements et mes chaussettes à part. Je fais la même chose avec les vêtements d'Ace – non sans m'amuser à enfiler un de ses tee-shirts, pour déconner : il m'arrive au-dessus du genou – et je commence à mettre ses armes d'un côté, les miennes de l'autre. Je trie nos munitions et je déniche deux boîtes dans les placards de la cuisine pour les ranger, et j'attribue un autre casier à nos armes respectives.
Je récupère les billets – tous les billets – et je les classe par montant en piles bien nettes, que je scelle avec des élastiques pour ne pas les voir s'effondrer et voler partout dans les cases. Billets de cent, cinquante, vingt… je les empile sur les étagères des casiers et je remets le nez dans le joyeux bazar qui s'étale sur les couvertures.
Les bijoux, maintenant. Colliers, bracelets, perles d'un côté, pierreries de l'autre, et…
… putain, c'est quoi, ça ?!
Je soulève les sachets remplis de poudre blanche et j'écarquille les yeux. Nom de Dieu. Je fouille fébrilement dans ma poche et je sors mon portable, avant d'appeler Ace ; il ne répond pas, mais j'insiste, encore et encore.
Il va m'entendre, ce foutu abruti.
Finalement, après le septième appel, sa voix se fait entendre, agacée, à l'autre bout du fil.
- J'suis occupé, la messagerie c'était pas assez subt-
- Quand tu rentres, j'te défonce.
Je crois qu'il ne s'attendait clairement pas à m'entendre débuter une conversation dans ce genre.
Encore plus si je l'agresse verbalement, ce qui n'est pas du tout mon genre, de surcroit. Ma respiration est un peu hachée, et je suis étonné moi-même de la force avec laquelle ma voix a claqué.
- … pardon ?
- Depuis quand tu planques de la cocaïne ?!
- … ah, tu l'as trouvée.
C'est tout ce que cet idiot a à m'dire...?!
- Ouais, pas d'bol. T'as intérêt à bien réfléchir à ça avant de rentrer, parce que t'es dans la merde. Et sérieusement.
Je raccroche, rageur, avant de serrer les dents et de balancer les sachets à travers le container. Non mais c'est pas vrai… de la coke ?! merde ! les joints, d'accord, mais le reste…
Bon, il faut que je pense à autre chose. Et surtout, que je ne me dégonfle pas. Parce qu'Ace, dans le genre pas commode, on fait difficilement pire. Si je hausse le ton, il va s'énerver aussi, et lui et moi c'est comme David et Goliath. Sauf que je n'ai pas de fronde, juste mes petits poings et ma hargne.
… je sais, ça pèse pas lourd.
Je suis encore énervé quand je reprends mon rangement, et que mes mains fouillent au-dessus des casiers pour voir s'il ne reste rien ; j'agrippe un sac à dos que je tire, qui pèse une tonne et qui manque s'écraser sur ma tête. En pestant, je redescends de mon perchoir et je l'ouvre pour voir ce qu'il contient, sans même prendre le temps de peser le pour et le contre.
Qu'est-ce que c'est que ça, encore ?!
Des CD gravés, qui n'ont aucun titre, hormis des dates ; la plus ancienne date de janvier 1990, et la dernière de février 2005.
Bon… qu'est-ce que je fais, moi ?
Je suis encore sous le coup de l'agacement – ça m'énerve vraiment de savoir qu'Ace planque de la coke dans les casiers du haut pour que je ne mette pas le nez dedans – et il l'emporte sur ma raison. J'escalade le lit pour passer de l'autre côté et je m'installe au bureau, en faisant sauter l'écran de veille avant d'insérer le plus vieux des enregistrements dans la tour.
Janvier 1990… qu'est-ce qui s'est passé cette année-là ? pourquoi Ace a-t-il gardé ça ?
Je lance la lecture et j'appuie mon menton dans mes mains en soufflant, comme l'éternel ado que je suis.
Une caméra, un angle qui s'ajuste…
- Fais un sourire à la caméra, sourit une voix grave et rauque.
- Chéri, j'suis affreuse, marmonne Rouge en se frottant les yeux.
Une partie de moi me hurle que la vie d'Ace ne me regarde pas, au même titre qu'il n'a pas à savoir la mienne, mais je ne peux pas m'empêcher d'être curieux, encore.
Rouge a les traits tirés et le regard brouillé de fatigue, et elle tient un bébé dans les bras. Minuscule, recroquevillé dans un paquet de langes. Ace, né quelques heures auparavant, à en juger l'heure inscrite à l'écran : le premier janvier à quinze heures.
On voit à peine son visage, et il ressemble à un petit clafoutis ; je ne peux pas m'empêcher de sourire en le contemplant. J'ai toujours eu du mal à me représenter Ace enfant, et on dirait que je vais en avoir l'opportunité.
- Les infirmières veulent qu'on se mette d'accord sur un prénom.
- J'veux l'appeler Ann, et on lui fera des couettes, boude Roger.
- D'accord, sauf que je t'avais dit que j'étais sûre que c'était un garçon, et toi tu t'es entêté.
- T'as pensé à appeler le service après-vente… ?
- Roger, menace Rouge en plissant les yeux.
- Bon, bon… va pour Ace, alors.
- Tu n'es pas heureux ?
- Bien sûr que si, sourit-il. La femme que j'aime m'offre un fils… qu'est-ce que je pourrais demander de plus ?
La vidéo se brouille et reprend quelques temps plus tard, visiblement ; Ace doit avoir quelques mois… novembre 1990. Dix, donc.
Il est assis sur une couverture et joue avec des cubes, en essayant de les empiler – en essayant, hein… la coordination moteur, à cet âge, c'est pas joli à voir.
Encore une fois, je ne peux pas m'empêcher de sourire : Ace adulte est beau, mais Ace enfant est mignon à croquer, avec ses cheveux noirs tous bouclés et son visage constellé de taches de rousseur.
Ses yeux sont déjà noirs, comme ceux d'aujourd'hui, à la différence près qu'il est super chou... et que maintenant, il fait quand même bien flipper, l'animal.
- Regarde, mon ange, il neige, sourit Rouge en apparaissant dans le champ de vision de la caméra.
Je remarque qu'elle est enceinte, et pas qu'un peu : Sabo est bien en cours, au vu de la rondeur de son ventre.
Elle ouvre la porte et Ace se précipite à quatre pattes sur le perron, les yeux écarquillés devant le manteau blanc qui recouvre tout, dehors. Il sort et Roger donne la caméra à Rouge avant de sortir à son tour et de le soulever dans ses bras ; Ace tend les siens et essaye d'attraper des flocons.
Ça me fait bizarre, de voir ça. De penser qu'Ace a été un bébé mignon et affectueux avant de devenir le… monstre qu'il est maintenant. Ça peut sembler dur ou cruel de ma part, mais c'est ce qu'il est, et la tendresse qu'il a pour moi ne suffit pas à racheter toutes les horreurs qu'il fait à côté.
Est-ce qu'il était déjà conditionné pour ça ? ou est-ce que ça vient d'un autre traumatisme, bien antérieur à celui de la prison, ou encore à celui de l'explosion de sa famille...? Quelle étincelle provoque tout ça...?
Les séquences sont courtes, et la vidéo suivante montre le miroir d'une salle de bain ; décembre 1994. Ace va avoir quatre ans.
C'est Rouge qui se filme. Mon Dieu ce qu'Ace lui ressemble… les mêmes traits fins, les mêmes boucles, les mêmes yeux sombres. Et leurs taches de rousseurs, qui accentuent encore plus leur ressemblance.
Mais son visage est terriblement triste.
- C'est le baptême de Sabo aujourd'hui, murmure-t-elle en fixant son reflet. Et Roger n'est pas là… parce qu'il ne veut pas y assister. Il ne veut pas qu'il soit baptisé, parce qu'il ne croit pas à ça. J'ai cédé, pour Ace… mais je ne cèderai pas pour Sabo.
Sabo devait déjà être à un stade avancé de sa maladie, si Rouge avait décidé de le faire baptiser. Une autre incohérence que ma mère n'a jamais été capable de m'expliquer, quand je lui ai demandé pourquoi il fallait baptiser les bébés, le jour où ma cousine Camie a eu droit à une immersion dans le bénitier.
Question de péché, ou je ne sais pas quoi. Je m'en fous, en réalité, mais Rouge devait avoir peur que Sabo meurt sans avoir reçu une bénédiction. Je comprends. J'y suis passé aussi, parce que ma mère pensait que j'étais trop faible, trop fragile pour affronter le monde, et que j'avais besoin d'un coup de pouce divin.
Et Ace n'y a pas eu le droit… parce que Roger le refusait ? compréhensible, si on connait le bonhomme. Je ne sais pas si cet incident a eu une influence sur la relation entre Sabo et Ace. Si cette différence, marquée dès les premiers mois de leur vie, a laissé ses marques.
- Ace ? lance-t-elle en prenant la caméra avec elle.
Ses pas l'emmènent dans la chambre des garçons, et j'aperçois Ace dans le lit à barreaux ; il est allongé près de Sabo, et sa petite main caresse les cheveux blonds de son petit frère.
- Ace, viens, chéri. Il faut qu'on se prépare.
Il relève la tête, la secoue et se colle contre le tout petit garçon endormi, la tête dans son cou. Rouge soupire, se penche sur le lit et caresse le dos de son aîné aux cheveux noirs, qui soupire sans un mot.
Je ne sais pas quand est né Sabo, mais ils doivent avoir environ un an d'écart, à en juger la date à l'écran. Et Ace semble déjà vraiment protecteur… s'il ne l'était pas avec moi, je jurerais que c'est un autre enfant que je vois.
Il y a du bruit, derrière Rouge, et la caméra coupe le film ; le CD s'éjecte et je le récupère, pensif.
Est-ce que je vais oser regarder la suite ? prochaine date : décembre 1996. Ace va sur ses sept ans, et Sabo doit en avoir cinq, à première vue. Je lance le disque et j'attends que l'ordinateur le lise en pianotant sur le bureau. Noël, sûrement. Les garçons doivent avoir beaucoup grandi.
- Sur la pointe des pieds, hein ? se moque Rouge en filmant Roger entrer dans la chambre des garçons.
- J'adore les réveiller le matin de Noël, me gâche pas mon plaisir, grogne-t-il en disparaissant dans le noir.
Rouge entre à sa suite et des chuchotements s'élèvent.
- Ace… Sab'…
- Mmmn…
- Debout… y'a des choses qui vous attendent, je crois…
- … hhnn ? gémit une voix.
- On est le 25 Décembre, les gars.
Oh, ce branle-bas de combat… j'entends des petits pas qui résonnent dans le noir, et Ace est le premier à émerger, en pyjama rouge, les cheveux en tous sens et les yeux encore collés de fatigue.
- M'maaaan… !
Il court vers Rouge, lui plante un baiser sur la joue et se détourne pour retourner dans la chambre, avant d'en ressortir en traînant Sabo derrière lui.
Ils ne se ressemblent absolument pas, mais ont tous les deux pris de leurs parents à des degrés différents. Sabo attache ses cheveux longs en suivant Ace, qui se fout pas mal d'avoir les siens dans la figure ; ils remontent le couloir en riant et en se chamaillant, et débarquent dans la salle. J'entends des cris de joie et je souris comme un crétin devant l'écran, alors que Rouge et Roger entrent dans la pièce à vivre ; le sapin est immense, et il a un nombre assez conséquents de paquets sous ses branches.
Ace et Sabo n'ont manqué de rien. Je ne sais pas quelle était la vie de Roger, mais je me demande ce qui a poussé Ace à basculer, alors que tout allait bien avant que Roger ne se fasse épingler ; une prédisposition génétique ? je ne vois que ça.
Les deux garçons commencent à trier les paquets, et chacun en apporte à leurs parents qui feignent la surprise.
- Des cadeaux ? pour nous ?
- Ouais, ouvrez-les ! s'exclame Sabo en s'asseyant face à eux.
- Vous d'abord.
- Naaan, vous ! pouffe Ace en poussant le premier paquet vers sa mère.
Rouge l'ouvre et trouve une paire de chaussures à talons vertigineux ; elle pouffe de rire et Ace lui offre un sourire de trois kilomètres de long.
- Tu dis que les tiens sont cassés alors j'ai demandé au Père Noël de t'en amener une paire… elles sont jolies ?
- Très, mon ange. Merci.
Elle l'embrasse pendant que Roger ouvre le paquet que Sabo lui tend.
Je devine qu'ils ont dû écrire ça dans leur lettre, et que Roger et Rouge se sont offerts ces cadeaux pour jouer le jeu ; je me demande jusqu'à quel âge Ace et Sabo ont cru à ce bobard. J'ai un peu honte de le dire, mais j'y ai cru jusqu'à mes dix ans. Ouais, c'est tard, mais j'ai toujours été crédule et je voulais y croire dur comme fer, jusqu'à ce que ma mère me remette mes cadeaux en main propre. Je me rappelle ma déception, et je crois qu'elle s'en est voulu, mais je ne pouvais pas continuer à croire à ça à mon âge.
Et connaissant Ace, il a dû très vite découvrir la supercherie.
... et toujours en connaissant Ace... est-ce que cette révélation n'a pas sonné comme un glas, dans son esprit d'enfant peut-être déjà malade...?
- Ça t'plaît ? s'inquiète Sabo quand Roger découvre son présent.
Un penny de 1910. Une rareté pas possible… Sabo voulait ça pour son père ?
- J'sais que t'aimes les trésors, comme les pirates ! alors t'aimes bien ? il est rare, tu sais… !
Je me demande comment Roger a fait pour se procurer ça.
… non, en fait, je ne veux pas le savoir.
Il éclate de rire en disant que c'est le meilleur cadeau qu'on lui a fait, avant de le serrer dans ses bras ; Rouge l'enlace et attire Ace contre elle, et tous les quatre restent lovés ensemble, avant que les garçons ne déballent leurs jouets. Ace reçoit des jeux de construction, et Sabo des jeux de société - leurs préférences sont marquées, là encore. Des voitures, des figurines... la même chose que moi cette année-là, je suppose.
Je coupe à nouveau et je fixe l'image fixée sur l'écran ; Ace a l'air terriblement normal. Est-ce que ses tendances sont apparues plus tard, ou est-ce qu'il développait déjà, à cette époque, les premiers symptômes de son avenir de meurtrier… ?
Un autre CD. Juillet 2000, Ace a dix ans, Sabo neuf.
Il a l'air de faire vraiment chaud ; je vois une plage de sable fin, déserte. Le genre de petit coin de paradis que personne ne connaît.
Ace et Sabo jouent au sable ; Sabo a l'air vraiment chétif par rapport à son frère, alors qu'ils ont presque le même âge. Il est beaucoup plus pâle, aussi… il ne doit pas sortir souvent. Ils construisent un château, et je dois reconnaître qu'il y a de l'idée. Ils se battent à coups de râteaux en plastique et se courent après en se balançant du sable mouillé, au milieu d'éclats de rire et de chutes à répétition.
De l'angle de la caméra, j'aperçois deux longues jambes féminines, allongées dans le sable. Rouge, sûrement. Deux pieds apparaissent près des siens. Plus poilues, les jambes – je rigole et je regarde Roger occupé à empêcher sa femme de filmer.
- Roger, menace-t-elle.
- Ben quoi ?
- Ne sois pas pénible. J'ai passé une nuit atroce, tu n'as pas arrêté de bouger.
- Je suis désolé, mon amour. Je te masserai les pieds, ce soir.
Elle pouffe de rire et ajuste le zoom sur Ace et Sabo ; ils chahutent et délaissent leur château pour aller vers l'eau. Aussitôt, Rouge se redresse, et pose la caméra sur sa serviette de bain avant de s'éloigner vers l'océan, en tenant son chapeau sur sa tête. Roger soupire et marmonne qu'elle couve trop Sabo, et qu'un bain de mer tiède ne va pas lui faire passer l'arme à gauche - avis médical à l'appui.
- Sabo, pas dans l'eau, mon cœur !
- Mais elle est chaude ! argumente Ace en s'agitant. Alleeeez, M'man, juste cinq minutes ! il aura pas froid… !
- Hors de question !
- Mais on ira pas dans les vagues, on va même pas nager, on veut juste se tremper ! trépigne Sabo.
- Promis, j'le surveille ! jure Ace en passant son bras sur les épaules de son frère. Il boira pas la tasse !
Rouge a l'air d'hésiter, et Ace choisit pour elle en entraînant Sabo dans l'eau jusqu'à la taille. Elle capitule, ses épaules retombent et elle retourne vers Roger, qui ricane en off.
Les garçons reprennent leur bagarre, et s'éclaboussent tout ce qu'ils peuvent – Ace brave l'interdit familial et Sabo fait la planche, pendant que son frère le tient à la surface, les mains sous son dos pour le soutenir.
- Ace te mène par le bout du nez.
- Il nous mène par le bout du nez… nuance. Il a vite compris où étaient ses intérêts… sourit-elle en s'agenouillant sur la serviette de bain.
- Avec un caractère comme le sien, que crois-tu qu'il va devenir… ?
- Aucune idée. Il t'en a parlé ?
- Il a dit qu'il voulait se la couler douce avec des filles pour le masser et lui apporter du jus de fruits, soupire Roger.
Rouge éclate de rire et se penche sur lui en repoussant la caméra – je devine qu'ils échangent un baiser et je ne peux pas m'empêcher de penser aux meurtres de Roger. À l'état dans lequel on a retrouvé ses victimes… ça forme un tel contraste avec l'homme tendre et amoureux qu'il était en famille. Ace et Sabo sortent de l'eau, au loin, et se chuchotent des choses à l'oreille en ricanant, leurs yeux rivés sur leurs parents.
Mon père et ma mère ne faisaient pas ça quand j'étais là. C'est à peine s'ils se touchaient… je suis quasiment sûr que c'était ma mère qui ne voulait pas. Pas devant moi, en tout cas. Je les ai déjà surpris enlacés dans la cuisine, alors que j'étais supposé être dans ma chambre, ou en train de s'embrasser quand ils pensaient que j'étais ailleurs dans la maison. C'était très tendre, et c'est avec ce genre de petits gestes que j'ai compris ce que c'était d'être amoureux. Ace n'a pas échappé à ça non plus, et je m'étonne qu'il ait eu autant de mal à se rendre compte de ce qu'il ressentait pour moi. Lui aussi est doux, de temps en temps. Surtout au réveil… Ace est très câlin au petit matin. J'en profite, parce que ça n'arrive pas pendant la journée. Je me demande pourquoi.
L'autre disque indique septembre 2000. Juste après cet été-là. Quels genres de souvenirs vais-je observer, cette fois-ci ?
Oh, et puis…
Je lance le CD et je me fige.
Des souvenirs… d'un genre un peu spécial.
Ace est assis sur une chaise, les bras croisés, le regard noir. La vache… Rouge est assise à côté de lui et lui caresse distraitement les cheveux, et jette des regards à un homme en costume assis en face d'eux, à son bureau. L'intérieur est richement décoré, il y a aussi un divan, des fauteuils et des bibliothèques ; le décor pompeux d'un cabinet de psychiatre.
- Il faudrait que vous nous laissiez, Rouge, toussote l'homme en griffonnant quelques mots sur son calepin. Je viens vous chercher quand la séance est terminée.
- Ace… chéri, je suis juste à côté, d'accord ?
- Ouais, marmonne-t-il sans la regarder.
Elle l'embrasse sur la tempe, lui touche une dernière fois les cheveux et sort de la pièce ; je crois que je n'ai jamais vu une expression comme celle-là sur le visage d'un enfant… c'est dérangeant. Malsain.
- Alors… tu sais pourquoi tu es là, Ace ?
- Ouais. Je suis fou.
- Tout de suite les grands mots… tu n'es pas fou, Ace. Nous sommes tous différents, et toi, tu as quelque chose qui se démarque encore plus. Il faut simplement savoir ce que c'est, pour que tu ne te fasses pas du mal, ou que tu en fasses aux autres.
- Maman elle dit que j'ai un problème, marmonne-t-il, buté.
À peine dix ans… Ace ne m'a pas menti, il y a quelques semaines de ça. Rouge savait déjà que quelque chose n'allait pas avec son fils, et Ace lui-même savait quels doutes elle entretenait. Est-ce qu'elle savait déjà pour Roger, à ce moment-là ? vraiment difficile à dire. Elle pouvait très bien l'ignorer et ne pas savoir d'où venait le problème avec Ace, ou alors avoir peur que son fils marche dans les pas de son mari… les deux solutions sont envisageables.
Ace tend le bras et attrape un stylo, qu'il fait tourner entre ses doigts. Et ses yeux…
J'en ai des frissons. La seule fois où j'ai vu un regard qui y ressemblait… c'était celui de Trafalgar Law. Déjà adulte, et de loin.
- Rouge ne sait pas ce que tu as. C'est un problème, puisque tu te fais remarquer à l'école. Et à ce propos… tu ne veux pas me parler de ce que tu as fait à…
Le psy fouille dans ses notes et jette un regard à Ace, qui le fixe toujours avec… ouais, une méchanceté pure dans le regard.
S'il le pouvait, il lui enfoncerait ce crayon dans l'œil, j'en suis sûr.
- … Jinbei ?
- L'asiat' ? soupire Ace en laissant sa tête basculer en arrière pour contempler le plafond. Et ben, quoi ? on s'est battus. Tout l'monde se bat dans la cour, c'est pas pour autant qu'on en fait tout un foin.
- Ace… tu te rappelles bien de ce que tu lui as fait, n'est-ce pas ? c'était lundi dernier. Tu t'en souviens… ?
- Bien sûr que j'm'en souviens, rétorque-t-il, dédaigneux. Il voulait pas me prêter ses voitures, et il m'a poussé.
- Oui, il t'a poussé. Juste poussé, Ace. Et toi…
- … moi, je lui ai fait bouffer ses voitures, je vois pas où est le problème, s'il les aimait tellement, il avait qu'à les gober, ce gros plein d'soupe, s'énerve-t-il en se redressant sur sa chaise.
… il a fait avaler ses petites voitures à un autre gosse… ?
Je rêve. Pincez-moi, c'est juste… mon esprit refuse en bloc, je le sens. Je ne parviens pas à imaginer un enfant de cet âge faire quelque chose d'aussi… immonde ? mon cousin Eustass était odieux, et il était plus bête que méchant. Ace, lui… il était déjà cruel. Et il avait des idées bien arrêtées.
- Et toi, tu prêtes tes affaires, Ace ?
- Juste à Sabo. Et à Kaya, murmure-t-il en reprenant sa position plus décontractée.
- Kaya… c'est une fille de l'école ?
- Ouais, elle est marrante. Elle sourit tout l'temps, elle pleurniche pas comme les autres filles.
- Tu n'aimes pas les enfants qui pleurent ?
Ace relève la tête, et la caméra immortalise la haine dans ses yeux noirs.
- Nan. J'ai horreur de ça.
- Et… quand Sabo pleure, tu…
- Sabo pleure pas, le coupe Ace, agacé. C'est pas un pleurnichard, lui ! et puis il est malade, alors il a le droit de pleurer parfois.
- Donc ceux qui ne sont pas malades n'en ont pas le droit ?
- Vous m'embrouillez avec vos questions ! s'énerve Ace en serrant le crayon si fort entre ses doigts qu'il se brise. J'en ai marre, j'veux rentrer… !
Il se laisse tomber de la chaise et court dans le cabinet pour ouvrir la porte à la volée, et trouve refuge dans les bras de Rouge qui le soulève contre elle.
Bon, c'est clair : Sabo et Kaya sont dans ses bonnes grâces, et tous les autres enfants méritent de passer l'arme à gauche. Je me demande ce que cette fille avait de spécial pour être autant appréciée d'Ace.
Effectivement… ça vient corroborer l'histoire qu'Ace m'avait racontée ; son premier psy le prenait pour un psychopathe, alors qu'il était parfaitement capable d'éprouver des choses. De l'amour pour ses parents, Sabo, de l'amitié pour cette Kaya… et de la haine pour le reste.
Ma curiosité prend le dessus, comme toujours, et un deuxième film se met en route.
Ace est plus vieux, nettement. De toute manière, la date ne trompe pas : février 2004. Ace a quatorze ans, et il a bien grandi, même s'il reste très svelte et que son visage a gardé quelques rondeurs enfantines – je ne le vois pas bien, la caméra est de moindre qualité.
Il est assis dans un autre fauteuil, et l'intérieur n'a rien à voir avec celui qu'on a vu plus tôt ; si je me fie à ce qu'Ace m'a raconté, c'est le dernier psy qu'il a vu avant que sa vie ne bascule. Le dernier et le bon.
… la dernière, à en juger par la silhouette vêtue d'un tailleur décontracté qui lui fait face, sous ses très longs cheveux noirs et sa frange coupés au cordeau. Ace la regarde comme un requin s'apprête à dévorer sa proie, mais ça n'a pas l'air de lui poser problème.
- Huitième séance, c'est ça, Ace ?
- Huitième, ouais. Vous avez bronzé.
- Et pas toi. Tu ne sors pas beaucoup, on dirait.
- D'autres occupations, sourit-il, goguenard, en reluquant ses jambes.
- Arrête de jouer les machos, ça ne te va pas. Toi et moi, on sait ce qui te plaît vraiment.
Ace sourit et se gratte la tête – gêné… ? c'est un geste qu'il fait quand il est embarrassé, ou que quelque chose heurte son mode de pensée.
- Ouais, ouais, les mecs, tout ça. On en a déjà parlé deux fois, on va pas revenir là-d'ssus ?
- Tu as accepté ta bisexualité ?
- Mouais. On peut changer d'sujet ?
- Non, sourit la femme aux longs cheveux noirs.
Je lis « Nico Robin » sur l'insigne posé sur le bureau ; Ace soupire et lève les yeux au ciel, avant de faire tournoyer un stylo entre ses doigts. Son geste habituel, on dirait – je l'ai déjà vu faire, entre deux coups de crayon à ses plans ; c'est mécanique. Il faut qu'il touche à quelque chose… il lui faut du mouvement. Il ne supporte pas l'immobilité.
- Ta sexualité, donc. Tu m'as dit que tu voulais essayer avec ce garçon du cours supérieur… c'est toujours d'actualité ?
- J'ai vraiment pas envie d'en parler, se plaint Ace en offrant sa tête butée des mauvais jours – rien à voir avec l'expression de haine qu'il arborait en étant enfant.
Soit son état a trouvé un léger mieux – et j'en doute plus que sérieusement – soit il a appris à jouer le jeu.
Beaucoup, beaucoup plus plausible, ça.
- Et bien, nous sommes là tous les deux bon gré mal gré. Alors je veux que nous en parlions, histoire de clore ce débat. Plus tu l'esquives, plus je vais insister, tu le sais, Ace.
- Vous voulez savoir quoi ? grogne-t-il, excédé.
- Si tu as fait l'amour avec ce garçon.
- Je ne fais pas l'amour, c'est bon pour les films à l'eau d'rose.
- Que fais-tu, alors ?
- Je baise, c'est tout.
- Oh, c'est tout… je vois. Et… où en êtes-vous, tous les deux ?
- Nulle part. On s'est embrassés, rien d'plus.
- Tu craignais que ça ne te dégoûte, le mois dernier. As-tu rencontré des problèmes ?
- Erectiles, ouais, ricane Ace. Sinon, nan, pas d'soucis particulier.
- Bien, bien. Autre chose à ce sujet ?
- Ben non, c'est au point mort pour l'moment.
- Alors on peut fermer ce chapitre, si tu es à l'aise avec ça à présent. On change diamétralement de propos… parle-moi de ton père. Comment ça va, avec lui ?
Ace hausse les épaules et jette un regard ennuyé par la grande fenêtre, qui ouvre sur un lac immense, ou une mer, je n'en sais rien. Ils sont au bord de l'eau, en tout cas, c'est tout ce que je reconnais du paysage qui les entoure.
- J'le vois presque jamais. Les rares fois où il rentre, j'dors ou j'suis sorti.
- Tu as des interactions avec lui ?
- Il veut que j'prenne soin de Sabo et de Maman. Il croit quoi… j'ai pas attendu qu'il me l'dise pour l'faire… !
- Quand tu sors, où tu vas ?
- Partout où j'peux aller. J'traine, j'essaye d'emmener Sabo, mais il est trop malade pour sortir, des fois. Alors j'y vais tout seul.
- Tu as arrêté la cocaïne ?
… Ace est accro à ça depuis qu'il est ado… ? non mais… quel merdier… et qui est l'inconscient qui lui a fait goûter à ça ?! c'est un gosse, ça se voit comme le nez au milieu de la figure !
- J'essaye, soupire-t-il, et il a l'air vraiment sincère. J'en prends plus qu'une fois par semaine. Ma mère était dingue quand elle en a trouvé dans ma chambre, elle flippait en pensant que j'en avais donné à Sabo, mais ils ont rien trouvé dans les analyses. J'le laisse pas toucher à ça, et puis il en a même pas envie.
- Ace… tu sais que ce que tu fais, ça va te détruire… ?
Il ne répond rien et fixe le crayon entre ses doigts ; je ne sais pas à quoi il pense… son expression est indéchiffrable, en ce moment.
Qu'est-ce qui pouvait bien lui passer dans la tête, à cette époque ? est-ce qu'il avait déjà commencé à tuer ? je suppose que oui… et y penser me donne la nausée. Ace, déjà tueur à peine sorti de l'enfance… ?
- Je m'en tape.
- Rouge m'a dit ce qu'elle retrouvait dans la cheminée. Tu brûles tes vêtements. Tu sais que… c'est grave, Ace, ce que tu fais.
- Secret professionnel, hein ? sourit-il en se redressant.
La psy est toujours assise contre son bureau, et elle ne prend aucune note – pas besoin, puisqu'elle a la vidéo, et certainement un dictaphone pour réécouter les bandes tranquillement après ses séances.
- Secret professionnel. Tu brûles tes vêtements pour que ta mère n'ait pas à retirer le sang qui s'y trouve ?
- Et si je vous dis oui ? susurre-t-il en se levant soudainement.
Il n'est pas aussi grand que maintenant, comme il me l'avait dit, mais il la dépasse d'une bonne tête ; il s'avance et plaque ses mains sur le bureau, de chaque côté d'elle, et son visage est très proche du sien, de même que leurs corps. Il cherche à l'intimider, et elle ne se laisse pas démonter.
- Vous feriez quoi en sachant que je les ai tués… ?
- J'essayerais de te convaincre de te rendre. Et si je vois que tu représentes une menace pour quelqu'un d'autre… alors là, je suis autorisée à contacter les services de police.
- … ça vous fait pas peur… ? sourit-il, ses lèvres tout près des siennes.
- C'est ça, qui te plaît quand tu fais du mal physiquement à d'autres personnes ? leur faire peur ? avoir le contrôle ?
Ace se mord la lèvre et un sourire en coin creuse une fossette sur sa joue.
Ce sourire, je le reconnaîtrais n'importe où. C'est le même sourire qu'il affiche quand il est satisfait de lui-même – penser aux crimes qu'il a certainement commis lui fait prendre un pied monstre.
- Les voir souffrir, ouais. Sinon, j'en vois pas l'intérêt. Y'a rien d'amusant.
- C'est un jeu, pour toi ?
- Pas vraiment. Y'a pas de challenge, puisque c'est eux les rats dans la cage. Le jour où j'vais devoir être dans la partie moi aussi… là, ça s'ra intéressant.
Les braquages. L'adrénaline. L'appréhension de se faire prendre, la vie qui ne tient qu'à un fil… finalement, on dirait qu'Ace l'a trouvé, son challenge.
- Rassieds-toi.
- Vous flippez ?
- Tu as le don de mettre les gens mal à l'aise, tu le sais et tu en joues. J'ai rencontré Kaya, elle m'a dit que tu étais le garçon le plus doux et le plus attentionné qu'elle ait jamais rencontré. Tu veux m'en parler, de ça ?
Un rictus étire la bouche d'Ace alors qu'il se laisse tomber dans son fauteuil, en reprenant le jeu de son stylo ; son regard a changé, et un frisson me hérisse la nuque.
Je ne suis plus certain que cette Kaya soit en vie, en réalité.
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Sabrina : Oya~! Oui, un peu de joie, ça fait pas de mal de temps en temps ! Je comprends que tu ne l'aimes pas (Vivi), et le chapitre t'a peut-être paru long, pour le coup, mais... pas le choix, en effet ! wari ^^" quant aux préférences de tout un chacun... j'ai prévenu au début de la fic que les thèmes abordés vont être dérangeants, donc il faut que tout le monde assume de lire, et je prends note de tes préférences sur quelque chose de sombre :p ouais, Lu' préfère ses greffiers. Ace, le mec trop dépité : non, on ne jette pas les chats...! Disons que Luffy a bien pris soin de virer les photos de Lucci qui encombraient son mur. Hé hé, pas bête, le môme... À très vite, merci pour ta review :D
MorceauDeSucre : Yoi ! ben... ouais. Quand RVEE s'arrêtera, ça sera dur, je pense, pour les lecteurs qui auront survécu jusque-là... Sacrilège, de tuer Vivi ? *bombe le torse* oui Madame ! parfaitement ! à bientôt ;)
La suite et fin de ce mini-arc la prochaine fois ! :)
PS : le prochain chapitre sera le dernier de l'année 2014. Comme tout être humain européen basique, il est temps pour moi de fêter la fin de l'année, comme Ace et Sabo ! :) pas de chapitre, donc, avant le 3 ou 4 janvier. La parution sera décalée mais se recalera sur un vendredi très vite... peut-être deux chapitres la même semaine au lieu d'un, qui sait ? [tu sais qu'elles vont pas te louper non plus ?] (héhé, ouais u_u)
