Chapitre 29
That is so unfair
Afin de pouvoir correctement définir la gravité de l'état d'Elsa, et surtout lui prescrire un traitement, on avait demandé dès le lendemain à faire venir au plus vite un médecin spécialisé au château. Mais il était illusoire de croire que ce serait la seule visite qu'Elsa recevrait durant sa convalescence. Car dès que la nouvelle confirmant que la reine était bien vivante et consciente eut fait le tour du royaume, le nombre de venues fut exponentiel d'heure en heure.
Ainsi, même si Elsa avait demandé à ce que la première visite soit celle du médecin, elle ne put s'empêcher de céder à sa propre règle et laisser entrer les villageois ou les membres du personnel qui se pressaient devant l'infirmerie pour venir voir l'état de leur souveraine.
- Doucement ! prévint Anna lorsque deux enfants jumeaux arrivèrent en courant dans la pièce.
Mais ils trébuchèrent sur le sol en pierre puis rentrèrent l'un dans l'autre en se cognant, si bien qu'Anna n'eut pas à les faire ralentir elle-même.
Une journée et demie s'était écoulées depuis le réveil d'Elsa après son coma, et la princesse avait descendu tous les habits de leurs chambres pour venir les stocker dans les meubles à disposition à l'infirmerie. Anna avait insisté, d'un ton solennel, qu'elles y éliraient domicile jusqu'à ce qu'Elsa aille mieux.
Celle-ci l'avait corrigée, lui précisant que techniquement, le terme "élire domicile" était faux car Anna était déjà chez elle, et qu'elle changeait simplement de pièce. Anna avait agité la tête à son sarcasme, dont elle commençait vraiment à être fascinée.
La cadette avait déplacé le mobilier de l'infirmerie puis tiré les rideaux de lit de telle sorte qu'elle avait en quelque sorte créé une pièce dans la pièce, composée autour d'Elsa qui ne pouvait pas bouger.
- On vient voir la Reine Elsa ! S'écria un des deux jumeaux, qui apparemment avaient cinq ou six ans.
- Je m'en doute, sourit Anna en les aidant à se relever.
- Et on a amené un cadeau ! Lança le second, ravi, en lui tendant une boîte de chocolats agrémentée d'un ruban, ce qui intéressa aussitôt Anna.
Les deux enfants arrivèrent jusqu'au lit d'Elsa, mais, bien éduqués, et surtout bien mis en garde par le personnel au préalable, ils ne la brusquèrent pas pour ne pas qu'elle se fasse mal. Depuis la veille, elle s'était complètement redressée en position assise, ce qu'elle jugeait plus élégant pour recevoir du monde, et Anna l'avait aussi aidée à se changer.
Plusieurs minutes passèrent où Elsa discuta avec les deux garçons, et ils repartirent aussi ravis qu'ils étaient venus, caquetant de bonheur comme à chaque fois qu'ils avaient l'occasion de voir leur idole.
- C'était la dernière visite de ce matin, assura Anna, posant la boîte de chocolats en équilibre sur l'énorme pile de cadeaux que la reine avait reçus.
Anna avait commencé à compter le nombre de bouquets de fleurs, boîtes de friandises, pâtisseries, habits, figurines, bijoux et livres qui s'entassaient depuis le début de la journée ; mais lorsque Kai et Gerda, les deux servants les plus proches d'Elsa et Anna depuis leur naissance, apportèrent un gigantesque ornement de fleurs qui fit s'écrouler toute la pile, elle avait renoncé.
- Où est-ce qu'on va bien pouvoir mettre tout ça ? Souffla Anna en s'asseyant de tout son poids sur le lit, ses jambes endolories à force de faire des allers-retours entre la porte et sa sœur.
- Il reste de la place dans ta chambre, je crois, maintenant que tu as descendu toutes tes affaires, ricana Elsa, et Anna lui tira la langue.
- Très drôle. Bon, déjà, on peut s'occuper des chocolats, ce n'est pas un problème.
- C'est même loin d'être un problème, sourit Elsa.
Anna sourit, prit une boîte au hasard – ou plutôt, celle la plus facile à atteindre – et s'assit sur le bord du lit d'Elsa. Ne pouvant même pas lever les bras, il était impossible pour l'aînée de manger seule.
Sa cadette lui donnait donc directement à manger à la bouche, mais cette situation n'était jamais gênante, et au contraire parfois très drôle, en plus d'ajouter des moments complices comme elles en manquaient depuis treize ans.
- Je te laisse le privilège de choisir le premier chocolat, exposa Anna d'un air précieux en levant la boîte ouverte de la même manière qu'un serveur arborerait un plat dans un grand restaurant.
- C'est très aimable à vous, merci, gloussa Elsa en jouant son jeu.
L'aînée prit le temps de réfléchir, car parmi la vingtaine de chocolats présents sous ses yeux, il y en avait certainement qui étaient fourrés à la liqueur, et elle n'aimait pas du tout les chocolats fourrés à la liqueur.
- Celui-ci, indiqua-t-elle du regard.
- Celui-là ? Montra Anna, désignant le chocolat le plus au centre.
- Non, non, celui à droite.
- Lui ?
- L'autre droite, Anna.
- Ah, pardon. Celui-là alors ?
- Non, plus au-dessus.
- Celui-ci ?
- Plus au-dessus, mais dans ta direction.
- Dans ma direction ?
- Plus vers toi, sourit Elsa, qui agita la tête en voyant bien qu'elle prenait un malin plaisir à faire l'idiote.
- Celui en forme de Lune ?
- Presque ! Celui juste à côté.
- Juste à côté… Dans ta direction ou dans ma direction ?
- Je te jure que si dans trois secondes, tu ne me donnes pas ce chocolat, je gèle toute la boîte et ta main avec.
- D'accord, d'accord… Celui en forme d'étoile, alors ?
- Oui, celui en forme d'étoile, souffla la blonde.
Anna gloussa et détacha le chocolat du reste de la boîte, puis le tendit à la bouche d'Elsa.
- Je prends celui en forme de soleil, annonça Anna en se lançant le dit chocolat dans la bouche.
Elle haussa un sourcil en voyant Elsa grimacer.
- Quoi ?
- Celui que j'ai pris était à la liqueur, gémit-elle.
Anna éclata de rire, et faillit renverser la boîte posée sur ses genoux. Au même moment, Kristoff entra dans la pièce.
- Bonjour, vous deux !
- Kristoff ! Sourit Anna, surprise, et son visage s'éclaira.
Elle posa la boîte sur la table de chevet et alla l'embrasser.
- Tu es en pause ?
- Oui, et j'ai fait exprès de choisir une mission près du château, aujourd'hui. Comment ça va, depuis ce matin ?
- Très bien. J'ai fini d'amener toutes mes affaires en bas, et je les ai installées derrière le rideau, là-bas.
- Je parlais à Elsa, sourit Kristoff, mais il l'avait quand même écoutée.
- Oh, je vais très bien, assura Elsa. Enfin, je ne peux pas du tout bouger et j'ai horriblement mal à l'abdomen, mais ça peut aller.
Kristoff acquiesça avec une moue et remarqua la pile de cadeaux.
- Waoh ! Vous avez été gâtées ! S'exclama-t-il, admiratif.
- C'est sûr, gloussa Anna. Un chocolat ?
Elle lui proposa d'en choisir un dans la boîte et il avala un de ceux ayant une forme de croissant de Lune.
- Et moi, je n'ai rien amené… Pardon d'être parti si tôt, ce matin, c'est que… J'avais une livraison, j'espère que vous ne m'en voulez pas…
- Pas du tout, promit Elsa, navrée qu'il culpabilise pour si peu.
- Et puis tu t'es amené toi, alors que tu as du travail, c'est déjà super ! Sourit Anna en l'enlaçant, sur la pointe des pieds car il faisait une tête de plus qu'elle.
Il lui sourit tendrement, mais fut aussitôt ramené à la réalité par la politesse liée à la présence d'Elsa.
- Hum… Le médecin arrive bientôt ?
- Oui, d'ici demain matin, sourit Elsa. Avec les traitements qu'il me donnera, je pourrai retourner à mes fonctions au plus vite.
- Prenez le temps de vous reposer, il ne faut pas vous surmener, avertit Kristoff, soutenu par le regard inquiet d'Anna.
- Tout ira bien, garantit Elsa. Ah, et, je t'en prie, arrête de me vouvoyer. Tu agis exactement comme Raiponce. C'est très perturbant, on a le même âge !
- Pardon. L'habitude. V— Tu es tout de même notre reine, je ne veux pas te manquer de respect.
- Tu peux être très poli en tutoyant des personnes de famille royale, garantit Elsa. C'est ce que nous avons fait quand nous étions à Corona. On peut être très poli en tutoyant comme très irrespectueux en vouvoyant, à vrai dire.
- C'est juste.
L'homme fut visiblement rassuré.
- Tu as combien de temps libre ? Demanda soudainement Elsa, à la surprise générale.
Anna et Kristoff la dévisagèrent. C'était rarement le genre de question qu'elle posait.
- Oh, euh, eh bien, j'ai juste la pause de midi, mais environ deux heures. Pourquoi ?
- Anna meurt d'envie d'aller un peu dehors mais n'ose pas me le demander, alors vous pourriez aller passer du temps ensemble, sourit Elsa.
- Hein ? M-Mais je… Comment tu… Bredouilla la rouquine.
L'aînée pencha la tête et la fixa d'un air maternel.
- Je te connais par cœur, Anna. Et puis tu as le droit d'aller prendre l'air, je ne vais pas te retenir éternellement ici, même si c'est très aimable à toi de m'aider.
- Mais… Je… Balbutia Anna, qui ne s'attendait vraiment pas à ça.
- Kristoff est rarement disponible et dans les environs, c'est l'occasion ou jamais !
L'homme sourit car elle avait raison, et baissa les yeux vers Anna qui était désormais tiraillée par un choix drastique.
- Allez ! Insista Elsa en riant. Vous allez regretter si vous attendez qu'Olaf retrouve Kristoff et qu'il prenne sur votre temps.
- Elle n'a pas tort, soupira Kristoff, car le bonhomme de neige ne cessait d'accompagner Sven et le montagnard dès qu'il le pouvait, et même s'il était très sympathique et utile, il s'avérait parfois envahissant.
- Bon… Marmonna Anna, peu convaincue.
- Tu reviendras dans deux heures, Anna. Il n'y a pas de souci à se faire, promit Kristoff, ce à quoi Elsa acquiesça.
La cadette grimaça, puis accepta.
- Très bien.
Anna attrapa son gilet sur le bord de son lit et suivit Kristoff vers la porte.
- Tu ne bouges pas, hein ? Demanda-t-elle à Elsa.
- Où veux-tu que j'aille…?
- Pas faux. Bon, tu m'attends, hein ?
- Oui, Anna, je t'attends.
Le ton d'Elsa n'était ni moqueur ni sarcastique, car elle savait qu'à cause de l'isolement qu'elle s'était imposée lorsqu'elles étaient enfants, Anna avait un traumatisme de l'abandon. Son cauchemar à Corona, cause de son athazagoraphobie, en avait été la preuve. Si Elsa partait quelque part sans le lui dire, elle savait que cela la terrifierait autant que l'attristerait. Mais après tout, paralysée comme elle l'était, elle ne pourrait même pas bouger du lit.
- À tout à l'heure !
- À tout à l'heure, sourit Elsa, et sa petite sœur passa le seuil de la porte.
Elle regretta son choix dans la seconde qui suivit, mais considérait que garder Anna pour soi était un acte plutôt égoïste, et sa sœur avait le droit profiter du temps libre de Kristoff dès qu'elle le pouvait.
Elsa sursauta hors de son rêve lorsqu'Anna lui secoua le bras le matin qui suivit.
- Mmh, pardon, je m'étais endormie, marmonna l'aînée, la voix brisée et la bouche pâteuse à cause du sommeil.
- Réveille-toi vite, les gardes viennent de me dire qu'il arrive dans le couloir, prévint Anna, non sans glousser à la manière dont sa sœur venait de se rendormir d'un coup sec.
Elles s'étaient levées aux aurores en apprenant que le médecin était en route et s'approchait d'Arendelle. Elsa avait d'abord culpabilisé de savoir que le guérisseur venait de passer toute la nuit à cheval pour arriver le plus vite possible au château, mais Anna l'avait immédiatement coupée en lançant que ce geste était la moindre des choses, car, "après tout, la reine est en santé critique et il est important et urgent qu'elle aille mieux".
Elsa avait surtout entendu dans cette affirmation l'angoisse d'Anna pour son état, et sa volonté de lui procurer un remède au plus vite. Ce souvenir la fit sourire. La princesse n'aperçut pas ce rictus car elle avait précipité sa main dans les cheveux d'Elsa pour les lui recoiffer.
- Qu'est-ce que tu…! Paniqua Elsa, déconcertée, qui rougit. Arrête !
- Tu as les cheveux emmêlés, expliqua Anna. Ce n'est pas très présentable.
La rouquine passait sa langue entre ses dents en se concentrant sur les mèches rebelles de sa sœur. Elsa avait beau agiter sa tête de gauche à droite, le mieux qu'elle puisse faire pour éviter à Anna d'attendre son crâne, rien n'y faisait. Mais les cheveux blonds platine, à la couleur unique éclatante de blancheur, finirent par céder à son brossage et Anna lança un sourire, satisfaite.
- C'est très gênant, avoua Elsa, rougissant toujours.
Anna acquiesça en faisant la moue.
- C'était nécessaire, je t'assure. On aurait dit un oiseau déplumé.
- Je ne te permets pas ! Fit semblant d'être choquée Elsa, car elle savait que ce n'était pas vrai, Anna exagérant toujours outre mesure.
- Franchement, il le fallait. On voyait vraiment que tu venais de te rendormir. Dommage que tu n'aies pas la trace de l'oreiller, je n'aurais rien dit et ça aurait été très drôle.
Elsa grimaça un sourire moqueur. Sa tête retomba sur les coussins.
- Il est tellement tôt… Soupira-t-elle. Je n'ai pas l'habitude de me lever de si bonne heure.
- Non, correction ! Annonça Anna. Tu n'as plus l'habitude de te lever de si bonne heure. Encore une fois, je ne sais pas comment ni pourquoi, mais on a échangé nos rythmes de sommeil.
- Ah oui, admit Elsa. On a vécu pas mal d'irrégularités à Corona, sourit-elle.
- Je vote pour qu'on fasse toutes les deux des grasses matinées jusqu'à la fin des temps, proposa Anna, très sérieuse.
Elsa ricana, mais se redressa aussitôt car elle venait d'entendre des pas dans le couloir, tout comme Anna qui se retourna d'un geste vif. On toqua à la porte trois fois et Anna autorisa qu'on ouvre, puis entrèrent tour à tour une jeune servante et un homme d'une soixantaine d'années légèrement corpulent portant un long manteau de voyage, le visage sage et le nez juché de petites lunettes rondes.
Les deux sœurs comprirent qu'il s'agissait du médecin, mais à vrai dire, le stéthoscope qui pendait à son cou et l'énorme valise de consultation qu'il portait à la main formaient des indices clairs. Il sourit poliment aux deux jeunes femmes, et enchaîna avec une courbette formelle.
- Vos Altesses, salua l'homme.
- Bonjour, sourit Anna.
- Bonjour. Je vous en prie, entrez, invita Elsa.
Il sourit et traversa la pièce pour approcher du lit, faisant un signe à la servante qui l'accompagnait. Anna la reconnut, il s'agissait tout simplement de la chef de service du rez-de-chaussée, qui avait une formation en médecine et servait également d'intérimaire à l'infirmerie au cas où cela était nécessaire. Elle était en effet déjà passée plusieurs fois dans la pièce ces derniers jours et avait échangé un peu avec les deux sœurs.
- Je me suis permis de requérir une assistante, indiqua le médecin en la montrant, et elle sourit à son tour, timidement.
- Vous avez bien fait, assura Anna, qui faillit ajouter "Elsa ne sera pas facile à porter" pour plaisanter, mais se retint car la situation était devenue sérieuse.
D'ailleurs, lorsque l'homme fut installé, sa mallette ouverte, et les premières auscultations classiques données, la princesse remarqua que le visage d'Elsa était soudainement devenu plus grave, et elle fixait le médecin en attendant le moment crucial.
- Bien, maintenant, demanda-t-il en rangeant son stéthoscope, je vais prendre le temps d'analyser la plaie. Pourriez-vous vous tourner légèrement sur le côté, je vous prie ?
Elsa en était capable seule, et elle s'exécuta aussitôt.
- J'aurais besoin de voir toute la longueur de la blessure, poursuivit le médecin en s'approchant, mais cette fois la demande s'adressait discrètement à Anna.
La rouquine comprit pourquoi et, après un regard à sa sœur, souleva le vêtement d'Elsa vers le haut et en retroussa le bord. Et ce qu'elle vit arrêta net sa respiration. Son cœur fit un bond, puis se crispa et s'effondra au creux de son être. La blessure de son aînée était beaucoup plus grave qu'elle ne le pensait.
Sous ses yeux écarquillés et figés par l'effroi s'étendait un énorme hématome sur toute la longueur du flanc gauche d'Elsa. Il couvrait plusieurs de ses côtes, en ayant visiblement brisé deux au passage, puisqu'elles étaient recouvertes de sang qui avait viré au bleu violacé sous sa peau.
La largeur de la blessure était spectaculaire, mais c'était un spectacle dont Anna se serait volontiers passée. Elle faillit tourner de l'œil en voyant tout le sang de l'hémorragie et haleta en reculant, avec un frisson.
Elsa avait bien sûr assisté à toute sa réaction, son regard alternant entre son horrible blessure, dont elle essayait de ne pas paniquer à la vue, et Anna, dont l'expression sur son visage lui faisait beaucoup de peine. Il y eut un long silence, uniquement ponctué des marmonnements du médecin tandis qu'il analysait la blessure, et des halètements d'Anna, qui devenait de plus en plus pâle. Elle tenta de dire quelque chose.
- Je… Il f…
La cadette déglutit bruyamment, luttant manifestement pour ne pas s'évanouir à cette vision cauchemardesque.
- Il faut que j'aille prendre l'air.
Elle se leva précipitamment, maladroitement, et faillit heurter le bord du lit voisin, puis se dirigea très vite vers la porte.
- Anna ?! Lança Elsa, inquiète.
- Ne t'inquiètes pas, je reviens, assura Anna d'une voix très faible sans se retourner.
- Tu es sûre que ça va ?
- Je… Murmura-t-elle, le dos toujours tourné à son aînée. Je dois juste respirer un instant.
Elsa comprit son ressenti et regarda, impuissante, Anna s'éloigner.
Juste avant qu'elle ne ferme la porte derrière elle, la reine remarqua qu'une larme coulait sur la joue de sa cadette.
- C'est de ma faute.
- Je t'interdis de dire ça. Ou même de penser ça.
- Je te dis que c'est de ma faute !
- Non, c'est de la mienne !
Cela faisait maintenant trois bonnes minutes qu'Elsa et Anna ne s'arrêtaient pas de parler et essayaient de prouver à l'autre que l'accident était entièrement à cause d'elle. Anna tentait de persuader Elsa que c'est en voulant rattraper sa maladresse qu'elle s'était placée au mauvais endroit sur le toit, et Elsa voulait prouver à Anna que sa chute était uniquement due au fait qu'elle avait été têtue en se laissant tomber et ne l'avait pas écoutée.
Cela faisait donc trois minutes que leur conversation tournait en rond et n'avançait pas. Et ce sous le regard très gêné du médecin et de la servante, qui ne savaient pas où se mettre.
- Euh… Voulut intervenir le médecin, mais il fut aussitôt coupé et ignoré par une nouvelle vague d'arguments confrontés.
Elsa haussait maintenant un peu plus la voix et Anna accentuait ses larges gestes.
- Hum, toussota la domestique. Mesdemoiselles. Vos Altesses, marqua-t-elle pour se faire entendre.
Elles consentirent enfin à interrompre leur débat pour se tourner vers eux, ayant complètement oublié leur présence.
- Pardon, s'excusèrent-elles en cœur.
- Euh, je vous disais donc, Votre Majesté, que cette blessure est très grave, dit le médecin.
Elsa crispa son visage et acquiesça, tandis qu'Anna hésitait entre la foudroyer du regard ou fondre en larmes.
- Et par "très grave", continua l'homme, j'entends que vous devrez suivre à la lettre le traitement que je vous ai donné. Et manger convenablement à tous les repas, afin d'avoir suffisamment de protéines et de vitamines. C'est-à-dire prendre trois repas copieux par jour, et n'en sauter aucun. Sinon votre corps n'aura pas la force de guérir.
La reine acquiesça de nouveau.
- Et je vous prescris deux mois sans activité brusque.
- DEUX MOIS ?! Répéta la blonde, sidérée. Tant que ça ?
Anna ferma les yeux en soupirant.
- Ne commence pas déjà à râler.
- Deux mois ! Protesta-t-elle d'une voix faible.
- C'est ce qu'il faut !
- Mais c'est beaucoup trop lo— Attendez, s'interrompit-elle.
Le médecin et Anna haussèrent un sourcil synchronisé.
- Vous dites "deux mois sans activité brusque", mais finalement, c'est bon, puisque je ne fais jamais de sport.
L'homme toussa légèrement.
- Cela veut aussi dire n'effectuer aucune activité royale, Votre Majesté.
Les épaules d'Elsa s'affaissèrent et elle marmonna un juron.
- Vous ne devrez, pendant ces deux mois, ne faire aucun sport, aucune activité royale, aucune action en extérieur non plus. Tout ce dans quoi vous devrez investir de l'énergie ou qui pourrait générer du stress est fortement interdit.
Elsa marmonna un autre juron, beaucoup moins discrètement cette fois.
- Vous comprenez ? Demanda le médecin, avec gentillesse mais fermeté, pour confirmation.
- Moui, je comprends.
Rien dans sa voix ne laissait transparaître le moindre enthousiasme, mais elle acquiesça.
- Ne vous inquiétez pas, j'ai bien pris note de tout cela, sourit Anna, qui voyait le doute planer dans le regard du médecin. Merci à vous.
Elle salua à la fois la servante et l'homme.
- N'hésitez pas à me recontacter au moindre problème. Je resterai dans le village pendant une semaine, au cas où, informa-t-il.
- Merci beaucoup, sourit encore plus largement Anna, ravie de cette initiative. C'est très aimable à vous.
Une fois les affaires rangées, les habits et draps changés, les deux visiteurs repartirent, accompagnés à la porte par Anna. Puis elle la referma et elles se retrouvèrent de nouveau seules, toutes les deux, dans l'infirmerie. La cadette s'appuya contre le bois de la porte, un léger sourire en coin car elle voyait son aînée fermer les yeux et froncer les sourcils depuis où elle était.
- Je te jure… Que de toute ma vie… Je n'ai jamais eu autant envie de crier un milliard d'insultes du haut d'un balcon.
- Du haut d'un balcon ? Ricana Anna, car le choix de la scène était plutôt précis.
- Celui de mon palais de glace serait parfait pour ça.
- Oui, mais là, tout de suite, tu es alitée ici et tu ne dois pas bouger jusqu'à nouvel ordre, nargua la princesse avec un grand sourire sarcastique.
Elsa rouvrit les yeux et tourna la tête sur son oreiller pour la fusiller du regard. Mais l'air sarcastique de la rouquine ne changea pas le moins du monde, et Elsa l'admira d'une certaine manière.
- Regardez un peu qui est devenue une vraie railleuse, observa-t-elle.
Anna émit une moue fière en venant la rejoindre.
- Si j'en avais suffisamment la force, je te ferais tomber de la grêle dessus, grommela Elsa.
La princesse ricana et tira la langue en s'asseyant sur le bord de son lit.
- Je ne peux pas m'empêcher de me moquer, sourit Anna. Tu te rends compte, deux mois… Exagéra-t-elle volontairement.
Elsa la fusilla du regard.
- Viens là, très très près de ma main, pour que je t'étrangle, plaisanta-t-elle.
- Tu n'oserais jamais, sourit Anna, ce qui était évidemment vrai.
- J'ai deux mois d'ennui qui m'attendent, soupira l'aînée en se laissant retomber contre la tête de lit. Autant se divertir un peu.
- Calme-toi, la psychopathe. Tu as surtout besoin de finir ta nuit. Rendors-toi au lieu de dire des âneries.
Elsa sourit et obéit, puis tomba dans les bras de Morphée la minute qui suivit. Anna s'allongea à ses côtés et se rendormit à son tour.
NDLA :
La scène des chocolats, JPP puissance 1000 tant je me suis marrée à l'écrire !
Pauvre Elsa pour son diagnostic. Mais c'est comme ça !
Il était tout doux ce chapitre, et trognon.
…..Profitez-en, vous devinez bien que ce bonheur tout rose ne va pas durer. #SORRYNOTSORRY 3
