Chapitre 29 : Une vie ordinaire
Les jours qui suivirent furent plus calmes. Pour le plus grand bonheur du couple, aucune nouvelle enquête ne vint perturber le rythme qu'ils avaient instauré pour leur fille. Le matin, Julia passait un moment avec Jane avant de partir pour la morgue afin d'y être à huit heures puis Mary et Timothy Ogden s'occupaient d'elle jusqu'au début de l'après-midi. Comme la fillette avait encore des difficultés à dormir loin de ses parents et dans la mesure où ils n'avaient pas d'affaires, la jeune domestique déposait Jane à l'un de ses parents. S'il s'agissait de Julia, l'enfant faisait sa sieste sous le bureau de sa mère qui lui avait aménagé une couche confortable avec quelques jeux. Dans le cas de William, il avait transformé le renfoncement qui lui servait de placard en un espace de repos pour la fillette. Ce n'était pas la solution idéale mais la fillette était rassurée et se détendait peu à peu les jours où ce n'était pas possible.
Comme promis à Elisabeth et Harvey, le couple rencontré lors de leur voyage en train, Julia leur avait obtenu un rendez-vous dès le vendredi en fin de journée avec le Docteur MacGregor. A leur demande, la jeune femme les y accompagna et fut pour eux d'un grand soutien. En effet, le médecin diagnostiqua un excédent de liquide autour du cœur de la vieille femme et programma un drainage péricardique pour le jour suivant, l'état de la patiente étant très préoccupant. Fort heureusement, l'intervention se passa à merveille et Elisabeth put quitter rapidement l'hôpital afin de se reposer à l'hôtel auprès de son époux.
Trois semaines après l'opération de la vieille femme, en un magnifique dimanche après-midi, William et Julia, accompagnés de Jane, rendirent visite au couple qui les accueillit chaleureusement dans le salon du Queens Hôtel.
-« Quel plaisir de vous revoir tous les trois ! » sourit Elisabeth en les invitant d'un signe de la main à les rejoindre. « Comment allez-vous ? »
-« Ce serait plutôt à nous de vous poser cette question, » sourit William en aidant Julia à prendre place autour de la table. « Mais ne vous en faites pas, nous allons parfaitement bien. »
-« Et c'est également mon cas. Cela fait bien longtemps que je ne me suis pas sentie aussi vivante qu'aujourd'hui ! »
-« Je ne sais pas comment vous remercier Docteur ! Grâce à vous, j'ai retrouvé mon épouse que je pensais perdue, » fit avec émotion Harvey.
-« Je n'ai fait que vous mettre en relation avec un ami qui pouvait vous aider vous savez. Ce n'est pas grand-chose. »
-« Ça compte énormément pour nous, » sourit Elisabeth en posant sa main sur celle de la jeune femme avant de changer de sujet. « Et sinon, les préparatifs de votre mariage avancent comme vous le souhaitez ? »
-« Aussi bien que possible. Ce n'est pas toujours évident de faire s'entendre le prêtre et le pasteur mais globalement tout se passe bien, » sourit le jeune homme.
-« Et avez-vous déjà vos tenus ? » questionna Harvey avec un fin sourire en se remémorant un souvenir personnel que personne ne partageait.
-« J'attends ma sœur pour aller choisir ma robe avec elle. Elle devrait arriver une dizaine de jours avant la noce, » répondit gentiment Julia tout en donnant un gâteau sec à Jane qui était assise sur ses genoux avant de poursuivre avec un sourire à l'intention de son fiancé. « Mais je sais que Père a déjà entrainé William faire un tour chez son tailleur. »
Les deux couples discutèrent encore pendant deux bonnes heures puis le plus jeune s'excusa, ne souhaitant pas fatiguer outre mesure leur aînée, toujours convalescente. En rentrant ce jour-là, le jeune homme entraina sa fiancée et leur fille au parc afin de savourer quelques instants riens qu'à eux avant de rentrer chez Monsieur Ogden.
-« Tout va bien William ? » demanda Julia à son bras alors que leur fille gambadait autour d'eux.
-« Oui… » répondit le jeune homme toujours perdu dans ses pensées.
-« William, » insista la jeune femme en s'arrêtant de marcher et l'obligeant à faire de même. « A qui pensez-vous ? Qu'est-ce qui vous tracasse tant ? »
-« Je ne veux pas vous dire où je compte vous emmener pour notre voyage de noce mais j'aimerai avoir votre avis à propos de quelque chose d'important. »
-« Je vous écoute, » sourit Julia en les guidant vers un banc libre avant de lancer à l'intention de leur fille. « Jane, reste près de nous s'il te plaît ! »
-« Paccord Maman ! »
Alors que la fillette revenait vers eux, le jeune homme chercha ses mots. La jeune femme lui laissa le temps nécessaire sachant qu'il lui parlerait lorsqu'il serait prêt.
-« Nous allons faire ce voyage avec Jane et, dans mon idée, nous n'allons pas rester dans les environs de Toronto mais je n'en dirai pas plus. Cependant, ce qui m'embête le plus, c'est le transport. Est-il raisonnable d'entrainer notre fille dans un trajet de plusieurs jours ? »
-« A partir du moment où notre cabine est suffisamment spacieuse pour nous trois et qu'elle peut de dégourdir les jambes dans le train avec nous, je ne pense pas que cela pose problème. »
-« Même si le trajet dure une semaine ? »
-« Une semaine ? Mais où comptez-vous nous emmener ? » s'étonna la jeune femme avec un grand sourire.
-« Est-ce trop loin ? » demanda timidement William.
-« Faites comme bon vous semble et profitez-en pour réaliser l'un de vos rêves. Nous saurons nous occuper de notre fille et la divertir suffisamment pour qu'elle ne souffre pas du confinement dans cet espace clôt qu'est un train. »
-« Vous êtes sûre ? »
-« Certaine ! » assura Julia en souriant avant de poursuivre en mettant sa main sur l'avant-bras du jeune homme. « Je trouve que vous faites un père merveilleux, vous savez. »
Le jeune homme la regarda d'un air intrigué ce qui incita la jeune femme à poursuivre.
-« Vous vous souciez de son bien-être et de ses états d'âmes. Vous anticipez ses besoins. Je n'aurai jamais cru trouver un homme comme vous… » avoua dans un souffle la jeune femme alors qu'elle rougissait doucement. « Vous êtes un homme incroyable William Murdoch. »
-« Je pourrais dire exactement la même chose de vous Julia. Vous êtes douce, attentive et incroyablement maternel dès qu'il s'agit de notre fille. Vous avez réussi à concilier votre travail pourtant prenant avec son éducation et son bien-être. Grâce à votre amour, Jane se détend et réapprend à faire confiance malgré ce qui lui est arrivé. »
-« Ce n'est pas uniquement grâce à moi vous savez William. Vous y êtes également pour beaucoup, d'autant que notre fille vous adore et vous le lui rendez bien… »
-« Ce n'est pas difficile, elle est adorable et me rappelle une certaine jeune femme dont je suis follement amoureux, » avoua le jeune homme en rougissant légèrement.
-« Ah oui ? Et je la connais ? » fit malicieusement la jeune femme.
-« Réfléchissez-bien, » répondit en souriant William en se penchant pour lui voler un baiser.
Ils continuèrent à discuter une petite heure des semaines à venir avant de rentrer à la maison. Le lendemain la vie allait reprendre à un rythme soutenu.
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