Bonjour, bonjour !
Me voilà donc (enfin) de retour avec un nouveau chapitre. Je m'excuse de ce retard, mais disons que j'ai eu un mois de janvier plutôt…chargé. Donc…
J'ai quasiment fini de traduire les chapitres restants, huit au total, mais il me faut encore les lire, les relire, et les re-relire…Que voulez-vous, on ne se refait pas. On est perfectionniste ou on ne l'est pas.
Bref, j'espère que vous retrouverez Adie avec plaisir.
Bonne lecture !
CHAPITRE 29
POV Speirs
Je me réveillai doucement, m'attendant à la trouver endormie dans mes bras. Mon rêve avait été si réel. Si tangible que je pouvais encore en sentir la passion et le désir flotter dans l'air.
Elle me fixa de ses yeux verts, brillants comme des émeraudes. Prenant mes mains dans les siennes, elle les guida jusqu'à son uniforme, m'adressant un sourire à la fois timide et enjôleur.
« Déshabille-moi. »
La chaleur pulsant dans mes veines prouvait encore de l'effet de ces mots sur moi. Je pouvais encore sentir la fraîcheur de sa peau d'ivoire sous mes doigts. Je pouvais encore sentir son pouls s'accélérer tandis que je mordillais doucement la base de son cou. Le goût de ses lèvres et de sa bouche flottait encore sur ma langue. Je secouai la tête, souhaitant que cette nuit puisse avoir été aussi réelle que ce que je ressentais à présent.
« C'est réel. »
Sa voix n'était qu'un murmure contre ma peau, me faisant frissonner. Elle se pencha en avant, une lueur dangereuse dans les yeux et m'embrassa passionnément. Je lui rendis son baiser avec désespoir, ivre de désir. Lorsque sa langue caressa ma lèvre inférieure, je gémis. Ce son et la sensation de sa langue explorant ma bouche me fit durcir un peu plus.
« Nom de Dieu ! », grognai-je, passant ma main dans mes cheveux, tentant d'oublier ce rêve.
Tâchant de me convaincre que la seule chose qui s'était passée la nuit dernière était que j'étais rentré dans cette chambre et m'étais endormi. Elle n'était pas venue ici, peu importait à quel point j'aurais voulu que ce soit le cas.
Ressentant le besoin de m'occuper, je traversai la pièce et récupérai mon pantalon à l'endroit où je l'avais jeté la veille en me déshabillant. Alors que mes doigts saisissaient le tissu rêche, mes yeux accrochèrent quelque chose au sol. Lâchant mon pantalon, je ramassai les petits bouts de tissu.
Mes doigts suivirent leurs contours rigides, à la recherche d'un peu de sa chaleur restée en eux. Je me souvins de la dernière fois que je les avais vus. Je considérai les gants entre mes mains. Elle était venue ici. Le rêve de la nuit dernière n'en était finalement pas un. La seule question qui bourdonnait à présent dans mon esprit était…
Pourquoi était-elle partie ?
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POV Adelina
Je cherchais frénétiquement mes gants. Je me souvenais que Ron me les avait ôtés pour les jeter à terre.
Mais je les avais récupérés. Je n'avais tout de même pas été assez bête pour les laisser là-bas.
Je fouillai mon casier pour la troisième fois de suite et je compris que je les avais oubliés. Je gémis, mêlant mon souffle à l'air glacé. Je baissai la tête un instant, mais mon apitoiement fut interrompu par un coup frappé à la porte. Je relevai la tête si vite que j'en eus mal à la nuque. Mon cœur se mit à battre la chamade, et je crus qu'il allait s'échapper de ma poitrine.
« Une minute ! », lançai-je, d'une voix rauque, différente de la mienne.
Qui que ce soit, il attendit sans protester. Quelque part, au fond de mon esprit, je savais que c'était lui. Je pouvais sentir sa présence, même avec le mur entre nous. J'ouvris les yeux, réalisant que je les avais fermés. Poussant sur mes jambes, les mains moites, je parvins à me déplacer. A chaque pas, je sentais que je me recroquevillais sur moi-même. Lorsque je fus à portée de main de la poignée de la porte, je m'arrêtai. La terreur de trouver Ron de l'autre côté m'envahit. Qu'allait-il dire ? Que la nuit dernière ne signifiait rien pour lui ?
« Adie, ouvre cette porte. »
J'entendis sa voix à travers l'épais morceau de bois. Puis, dans un effort, il ajouta :
« S'il te plaît. »
Sans m'en rendre compte, mes doigts se refermèrent autour du métal et j'ouvris la porte. Rendu plus pâle par les arbres sombres et les bâtiments en arrière-plan, des cristaux de neige flottant dans les airs autour de lui, Ron ne m'avait jamais paru aussi beau. Peut-être cette impression venait-elle de sa vulnérabilité de la veille ?
Nous restâmes là, les yeux dans les yeux. Chacun attendant une réaction de l'autre. J'ignorais ce qu'il pouvait voir dans mon expression. La peur ? Le bonheur ? L'anxiété ?
« Bonjour. », dit-il calmement.
Il pensait sûrement qu'au moindre mouvement ou son brusque, je lui claquerais la porte au nez. Il ignorait que j'étais clouée sur place. Fascinée et exaltée par la chaleur de son corps si près du mien. Ma peau était en ébullition, attendant qu'il franchisse la distance nous séparant et me touche enfin. Mais il ne le fit pas.
« B-Bonjour. », balbutiai-je.
Ma voix était un simple murmure et mon inquiétude perçait à travers cette simple salutation. Je le regardai si attentivement que je perçus l'éclat nouveau de ses yeux. Comme si une lueur s'y était rallumée. Puis, un sourire vint étirer ses lèvres. A ce sourire, je compris qu'il souhaitait la même chose que moi. Il était seulement plus habile à cacher ses sentiments. Il regarda ses mains et je vis qu'il tenait quelque chose.
« J'ai pensé que tu en aurais peut-être besoin. », souffla-t-il, sans me les tendre.
J'étais incapable de détacher mon regard du sien.
« Oh, oui. Je les ai cherché ce matin. M-merci. », répondis-je.
Mes dents claquaient sous le vent qui soufflait dans mes cheveux. Il parla en se rapprochant.
« Nous devrions rentrer. »
Je fis un pas de côté, pensant qu'il me suivrait. Mais il ne le fit pas et je me retournai. Il souriait légèrement, sa tête penchée sur le côté. Sa main était tendue vers moi, les gants entre ses doigts.
« Tu n'entres pas ? », demandai-je.
Je ne pus cacher la confusion et la déception de mon ton. Il secoua la tête, souriant toujours.
« Non, mon amour. Je dois voir le colonel Sink dans dix minutes. »
Mon cœur bondit dans ma poitrine, me muselant.
Mon amour ? Il ne m'avait jamais appelé ainsi.
Ses pas résonnèrent à mes oreilles lorsqu'il s'approcha encore.
« Mais je reviens vite. Je voulais juste te rendre ça. », dit-il en déposant les gants dans ma paume. Sa peau effleura la mienne et je ne pus m'empêcher de frissonner à ce contact.
« Ron. », gémis-je.
C'était la première chose que je prononçais depuis cinq minutes et il se crispa aussitôt. Ses doigts quittèrent les miens et je sentis sa main lâcher les gants. Son bras s'enroula autour de ma taille et il me poussa doucement contre le mur. Je sentis son souffle chaud et humide tout contre mon oreille lorsqu'il murmura :
« Pourquoi es-tu partie la nuit dernière ? »
Mon cœur tambourinait dans ma poitrine et je fus un instant incapable de répondre.
« Je ne sais pas. », mentis-je, espérant qu'il ne remarquerait pas la variation suraiguë de ma voix.
Je le sentis sourire dans mon cou. Il y déposa un léger baiser avant de s'éloigner légèrement de moi.
« Tu mens, Adie. », affirma-t-il, comme s'il s'agissait de la chose la plus évidente du monde.
Je ne pouvais pas le quitter des yeux et il se pencha un peu plus vers moi. Ses lèvres n'étaient qu'à quelques centimètres des miennes. Invitantes. Ne demandant qu'à être embrassées. Il me regarda, attendant pour une fois que je fasse le premier pas. Mes doigts agrippèrent sa veste et je l'attirai à moi.
La sensation de ses lèvres sur les miennes électrisa mon corps tout entier. Son gémissement embrasa mes veines, et je dus me décoller de lui pour m'empêcher de l'entraîner vers les escaliers. Il suivait chacun de mes mouvements. Ses lèvres se firent plus insistantes contre les miennes, réclamant l'entrée de ma bouche. Lorsque je lui cédai enfin le passage, il parut vouloir m'absorber toute entière. La façon dont sa langue explorait ma bouche me fit songer qu'il en mémorisait chaque courbe, chaque détail. Son excitation grandissait, se pressant contre ma jambe. Je repris soudainement mes esprits et l'éloignai de moi.
« Ton rendez-vous... », haletai-je, d'une voix rauque, le désir embrumant encore mon esprit.
Il me fixa longuement, avant de regarder mes doigts, le retenant toujours contre moi.
« Je voudrais bien, mais tu t'agrippes plutôt bien à moi, Adie. »
Je rougis, et le libérai, tremblante. Honteuse de ma réaction, je baissai la tête. Ses doigts accrochèrent mon menton, me forçant à le regarder.
« Je reviendrais. N'aie pas l'air si triste, mon cœur. »
Je parvins à lui sourire doucement avant qu'il ne s'éloigne dans la brume matinale. Je sentis de légers picotements au bout de mes doigts. Je les effleurai doucement. Je pouvais sentir l'électricité sous la mince couche de peau. Mon sang bouillonnait toujours et j'avais du mal à respirer.
J'avais peine à croire que toutes mes douleurs et souffrances pouvaient disparaître ainsi en quelques minutes. Pour la première fois depuis des mois, je me sentis entière. Les morceaux brisés de mon cœur à la dérive étaient enfin réunis. Lentement mais sûrement, et je savais que ça avait tout à voir avec Ron. Je n'osais espérer que ça allait durer. Mais pour l'instant, je comptais bien tirer profit de notre temps passé ensemble.
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« Adie ! Tu as cinq minutes pour finir d'emballer toute tes affaires et les charger à l'arrière de ce camion ! », entendis-je derrière moi.
Je gémis tout en fronçant les sourcils en reconnaissant le propriétaire de cette voix.
« Un vrai gentleman, Nix. Ne voudrais-tu pas venir aider une pauvre fille démunie à emballer tous ces effets ? »
Je lui adressai mon sourire le plus charmeur. Le rire qui monta de sa poitrine pour éclater dans l'air me réchauffa le cœur. Entendre encore ces hommes rire relevait du miracle, après tout ce qu'ils avaient vécu.
« Adelina, il te faut environ dix minutes pour être prête à partir. Mais lorsque ce sera le cas, tu peux venir m'aider à empaqueter. », fit Nix par-dessus son épaule.
J'aperçus le sourire moqueur sur son visage et m'agaçai. Maudit soit son charme.
« Je ne pense pas, Lew. Merci pour la proposition, mais je crains de ne pas trouver le courage. »
« Comme tu veux. Mais peut-être que Sparky peut venir t'aider. Il avait l'air complètement abruti à la réunion de toute à l'heure. Peut-être que cela avait quelque chose à voir avec cette petite entrevue sur ton pas de porte ce matin ? »
Je le regardai, bouche bée. Je sentis mes joues rougir, et les mots me manquèrent pour lui répondre.
« Lewis Nixon ! Tu nous espionnais ? »
« Je n'ai pas pu m'en empêcher, Adie. J'avais l'impression que vous alliez vous jeter l'un sur l'autre pour vous arracher vos vêtements et je ne voulais pas manquer ce spectacle. »
Je lui jetai un regard noir, qui ne réussit cependant pas à être complètement furieux, du fait de ses yeux étincelants lorsqu'il se retourna pour juger de ma réaction.
« Tu n'es qu'un crétin, tu sais… »
Nixon haussa les épaules, avec un sourire amusé et les yeux brillants.
« On me l'a déjà dit, oui. Je crois que le fait d'aller à Yale m'a rendu atrocement arrogant. »
Il se retourna et poursuivit sa route vers l'endroit où il était logé, tandis que je le regardais s'éloigner, avant de l'imiter. Je retournai dans ma chambre et emballai mes affaires rapidement. Lorsque j'eus terminé, je saisis mon sac et me dirigeai vers l'endroit où les camions étaient stationnés. Quelques-uns des gars s'y trouvaient déjà, leurs bagages en main. Parmi eux, je pus voir, épuisés mais souriants, Lipton, Malarkey, Martin, Heffron, Cobb et Jackson. Cobb, le plus proche, vint vers moi, et passa son bras autour de mes épaules. Il me donna une accolade avant de laisser glisser son bras dans mon dos jusqu'à ce qu'il retombe à ses côtés.
« Hey, petite ! Tu tiens le coup ? », lança Heffron en m'adressant un sourire chaleureux.
J'haussai les épaules et m'assis entre lui et Marlarkey dans le groupes de soldats.
« Ca va. La vraie question est : comment allez-vous, vous ? »
En disant cela, je sentis des doigts s'enrouler nerveusement aux miens. Je regardai ma main, m'assurant qu'il ne s'agissait pas d'un effet de mon imagination. La main de Malarkey tenait la mienne. Je serrai doucement ses doigts glacés avant de reporter mon attention vers les autres. Heffron raconta une blague, qui les fit tous rire aux éclats. J'esquissai un sourire, mais le cœur n'y était pas vraiment.
Mon esprit fut soudain happé par autre chose. Des choses auxquelles j'aurais voulu ne pas penser. Mais l'étreinte de Malarkey me faisait inexorablement songer à tous ces hommes qui auraient dû se trouver là, auprès de nous. Je sentis les larmes me picoter les yeux comme les visages de Guarnere, Muck, Penkala, Toye, Gordon, Welsh, et tous les autres qui avaient souffert avec nous à Bastogne défilaient rapidement devant moi. Je poussai un léger soupir, à peine audible à mes propres oreilles. Malarkey était tendu à mes côtés, et je savais qu'il pensait aux mêmes choses. Le reste du groupe était concentré sur Martin. Je n'entendis pas ce qu'il disait, mais cela fit naître des sourires sur leurs visages fatigués, et c'était le plus important. Si on pouvait trouver un peu de bonheur dans ce désert gelé, peut être y avait-il un espoir pour que nous survivions à cette terrible guerre.
Le temps semblait s'étendre à l'infini, et il était difficile d'imaginer la fin de quelque chose d'aussi atroce. Aucun d'entre nous n'avait la moindre idée du moment où la guerre se terminerait et cela m'inquiétait. Quand viendrait le temps de revenir à la vie, en suspens tandis que nous nous efforcions de sauver le monde d'un anéantissement total ? Quand viendrait le temps de construire des maisons, de se marier, d'avoir des enfants ?
Je n'avais aucune idée des réponses à toutes ces questions, et cela me terrifiait plus que toute autre chose jusqu'à ce jour. Et même si j'avais su, qu'en aurait-il été de mon futur ? Je savais que peu importait de quoi il serait fait, je voulais être auprès de Ron. Il m'était impossible de m'imaginer vivre sans lui, et je ne voulais même pas y penser. Une pression sur mon bras attira mon attention. Je tournai la tête pour voir Malarkey à mes côtés, le visage empreint d'inquiétude.
« Adie, ça va ? », demanda-t-il, d'une voix calme et vide de toute émotion, mis à part son inquiétude à mon sujet. Je serrai sa main.
« Ca va. J'étais perdue dans mes pensées. »
Je vis que tout le monde se dirigeait à présent vers les camions.
« Je crois que nous devrions y aller. »
Malarkey me fit un petit sourire, fantôme de ceux qu'il adressait autrefois à ces amis disparus.
« Oui, je crois. Allons-y… »
Il se redressa, soulevant son sac sur son épaule et marcha à mes côtés vers le camion du deuxième peloton.
Je ne pus retenir la vague de douleur qui envahit mon cœur en constatant combien ce dernier était vide. Je sentis Marlarkey se tendre à mes côtés, comme s'il ressentait la même chose. Je me tournai vers lui, les larmes aux yeux, et je sentis mon cœur se briser en voyant son expression. Et la seule chose dont je fus capable fut de le serrer dans mes bras. Il enfouit son visage dans mon cou et ses épaules tressaillirent un moment avant qu'il ne se détache de moi. Il m'adressa un sourire empreint de tristesse, m'indiquant que ça irait, mais qu'il était encore sur la voie de la guérison.
« Ils me manquent tant, Adie. Parfois, j'aimerais être insensible. Ca vaudrait mieux que de ressentir ça tout le temps. », déclara-t-il, dans un mumure. Comme si c'était moins douloureux que de parler fort. Comme si l'avouer à quelqu'un d'autre que moi représentait un crime envers nous tous.
« Ils me manquent aussi, Don, mais ça va passer. Il faut du temps, mais finalement, la douleur s'apaisera. Elle ne disparaîtra jamais complètement, mais il y aura des jours meilleurs. »
Il me regarda, une lueur d'espoir brillant dans ses yeux.
« Hey, les inséparables, montez ! », nous appela Heffron depuis l'endroit où il était déjà assis.
Nous nous retournâmes en roulant des yeux, avant de monter dans le camion. Comme je prenais place près d'Heffron, je remarquai une paire d'yeux noirs braqués sur moi. Je rougis, incapable de stopper la chaleur qui me monta aux joues. Je réussis à ne pas détourner le regard, et souris timidement. Le sourire qu'il me rendit fit bondir mon cœur et colora encore plus mon visage. Ce regard me rappelait la promesse qu'il m'avait faite avant de partir à sa réunion. Et mes veines s'embrasèrent aussitôt au souvenir de ses lèvres contre les miennes. Mes mains tremblèrent de joie et d'anticipation. Je les croisai sur mon ventre et m'adossai à la rampe du camion, tentant de me concentrer sur autre chose que son regard, que je sentais toujours sur moi.
« Ca va, Adie ? », demanda Babe près de moi, en me donnant un coup de coude dans l'épaule, sans douceur.
Je lui fis un sourire forcé.
« Oui. Je suis juste fatiguée. Je pense que je vais faire une petite sieste. Réveille-moi quand nous arriverons, d'accord ? »
Babe me serra le bras, tout en acquiesçant.
« Tu sais, c'est très difficile d'oublier que tu es une Brit' quand tu causes comme ça. »
« Ouais… », fis-je en souriant tandis que les camions se mettaient en route vers Reschamps. « C'est pour vous rappeler que je ne suis pas une stupide Yankee. »
« Hé ! Nous sommes venus à votre secours plusieurs fois au cours de cette guerre. Les bérets rouges, ça ne te rappelle rien ? », me lança Heffron.
« Bien sûr que si, mais il ne s'agissait pas de moi. Je suis à vos côtés depuis le D-Day, Babe. », rappelai-je.
Mon intercoluteur resta bouche bée.
« D'accord. », fit-il. « Tu gagnes pour cette fois ci. Mais tu dois bien admettre que tu t'amuses bien avec nous. »
Je m'assis et le regardai.
« Evidemment, Babe. Je suis tellement chanceuse de vous connaître tous. », affirmai-je.
Chacun des gars m'adressa un sourire, avant de se replonger dans leurs occupations. Babe passa un bras autour de moi et je laissai aller ma tête contre son épaule.
« C'est pareil pour nous, Adie »
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« Et c'est reparti ! », cria Malarkey tandis que le camion ralentissait.
Webster qui revenait tout juste de l'hôpital après avoir été absent quatre mois, discutait vivement avec Liegbott et Heffron. Je ne pouvais pas leur repprocher d'être agacés par Webster. Ils avaient connu l'enfer et avaient survécu à Bastogne, et lui avait tout manqué. Heffron m'aida à descendre du camion et déposa un baiser sur ma joue.
« Je te vois plus tard, Adie. Je ne supporte plus ce mec. », murmura-t-il à mon oreille avant de se détourner, suivant le reste de la Easy vers les maisons que nous allions réquisitionner. Je concentrai mon attention sur la discussion entre Malarkey et Webster.
« …en parler au Capitaine Speirs. Assures-toi qu'il te veut avec nous. »
« Speirs. Qu'est-il arrivé au Capitaine Winters ? »
Je donnai une tape dans le dos de Webster et lui fit un petit sourire.
« Il a rejoint le bataillon, Web. Pourquoi ne pas m'accompagner pour savoir où tu es affecté. J'allais justement au QG de la Easy. »
Un silence s'installa, sans être gênant.
« Quand est-ce que Winters a été promu ? »
Je lui adressai un sourire espiègle.
« Juste après que tu nous aies quitté, en fait. »
Il fixa le sol un moment.
« Je ne voulais pas embêter les gars… », commença-t-il, mais je lui pris la main.
« Tu n'as pas à te justifier, David. Il leur faudra du temps, mais ils reviendront vers toi. Fais-moi confiance. »
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J'atteignis enfin le QG de la Easy. Je contournai les gravats au sol pour entrer. Lorsque je levai les yeux, j'aperçus la silhouette de Ron dans une autre pièce du bâtiment. Je secouai la tête et reportai mon attention sur Lipton, qui venait tout juste de se remettre de la pneumonie contractée à Reschamps. Je traversai la pièce à sa rencontre, le repoussant vers le canapé au milieu de la salle.
« Reste là. Je vais te chercher une couverture. »
J'allai dans la chambre de Luz. Il m'adressa un sourire effronté en m'apercevant.
« Et à quoi dois-je cet honneur ? »
Je ris, surprise de la tonalité de ce son à mes propres oreilles.
« Je suis à la recherche d'une couverture pour Lipton. Tu en aurais une en rab' ? »
« Sûrement. », affirma-t-il en se retournant pour fouiller dans une boîte en carton.
Il se redressa un instant plus tard, et me tendit une couverture militaire usée.
« Merci, George. »
Je lui souris et déposai un baiser sur sa joue râpeuse. Lorsque je revins dans l'autre pièce, un lieutenant réclamait l'attention de Lipton. Je lui lançai un regard noir. Il ne le remarqua pas, ou bien ne le montra pas. Le visage rasé de près et la peau pâle, presque transparente, il ne devait pas avoir plus de dix-sept ans. Je me penchai vers Lipton et l'enroulai dans la couverture.
« Voilà, Lip. Tu as besoin d'autre chose ? Du café ? »
Je sentis le Lieutenant tressaillir à ma voix féminine, et il détailla mes courbes camouflées. Je tentai de l'ignorer. Lipton m'adressa un sourire malicieux avant de hocher la tête.
« Ca serait vraiment parfait, Adie. Merci. Vous voulez un café, monsieur ? »
Il sembla réfléchir un instant avant de secouer la tête.
« Non, merci. »
« Très bien. Le Capitaine Speirs devrait être de retour d'ici une minute. Vous pouvez prendre un siège en l'attendant si vous voulez. »
Lorsque je revins avec une tasse de café pour Lipton, Ron était là. Son regard accrocha le mien une seconde avant de dévier vers Lipton.
« Monsieur, voici le Lieutenant Jo… », commença ce dernier avant que Ron ne l'interrompe.
« Pour l'amour du Ciel ! Pourquoi n'allez-vous pas dans une de ces chambres vous reposer un peu ? Il y a des lits avec des draps frais. », fit-il avant de se tourner vers moi.
Il me fit signe et je le rejoignis avec empressement. Je ne pus retenir le tremblement de mes jambes et de mes mains tandis que je m'approchais de lui. Il m'attira à lui, entrelaçant ses doigts aux miens.
« Pourrais-je avoir un peu de café aussi ? », demanda-t-il, son souffle s'égarant dans la peau de mon cou.
Ses lèvres étaient si près que je pus sentir la vibration de chacun de ses mots contre ma peau nue. Le frisson qui me parcourut fit dangereusement trembler mes genoux. Mais je parvins tout de même à murmurer un « Bien sûr », avant de m'éloigner de lui pour lui servir une tasse. La vapeur qui s'échappa de la cafetière réchauffa mes doigts glacés et tremblants et je repris contenance. Jusqu'à ce que j'entende les mots sortant de la bouche de Dick, comme il entrait précipitamment dans la pièce, talonné de Nixon.
« Ecoutez ça ! », lança-t-il, tout en passant une main nerveuse dans ses cheveux cuivrés.
Je concentrai mon attention sur lui, la tasse m'échappant des mains alors que Ron s'en saisissait. Il me lança un sourire qui me coupa le souffle et je le lui rendis faiblement.
« Le Régiment veut une patrouille pour faire des prisonniers. »
Cette simple déclaration fit naître la peur dans mon ventre et ma gorge. Combien d'hommes allaient encore mourir pour cette mission ? C'était un rappel flagrant que la guerre n'était pas finie, même si les évènements laissaient paraître le contraire.
« Ca vient tout droit du Colonel Sink. Ce n'est pas mon idée. », assura Nixon, détournant tout blâme de sa personne.
« De l'autre côté de la rivière, sur la route principale de… »
La voix de Dick se fit floue lorsque je perçus de douces caresses sur ma main droite. Chacun de mes nerfs eut soudain une conscience aiguë de l'homme à mes côtés. Ses doigts traçaient des lignes lascives contre ma paume nue. Faisant naître en moi une sensation sans limites de passion et de désir ardents qui monta crescendo.
« Speirs ! Qui souhaitez-vous prendre avec vous ? »
Je repris mes esprits et serrai instinctivement mes doigts autour des siens. Il se tourna vers moi et m'adressa un sourire qui anéantit toute pensée cohérente de mon esprit.
« Je reviens, mon amour. », murmura-t-il, avant de s'éloigner de moi pour aller s'entretenir avec Dick.
Je laissai enfin l'air s'échapper de mes poumons, avant de prendre une profonde inspiration, espérant combler le sentiment de vide qui m'avait envahi. Je me sentais faible et essoufflée, comme si je venais de courir un kilomètre. Du coin de l'oeil, je vis Nixon m'observer. Nos yeux se rencontrèrent et il m'adressa un sourire insupportable. Il se dirigea vers moi, après avoir salué le nouveau Lieutenant.
« On dirait que la relève arrive, Nix ? », lançai-je, taquine.
Il me fit un rapide clin d'œil, avant de regarder par-dessus son épaule, où mon regard se perdait.
« Alors, toi et Sparky passaient du bon temps, hein ? J'aurais jamais imaginé ça. », fit-il, à voix basse. Je frappai son bras.
« La ferme, Lew ! Personne ne t'a demandé de rester là et de regarder le spectacle ! »
« Quel spectacle ? », demanda Dick, en venant vers nous.
Je fusillai Nixon du regard, l'empêchant de répondre quoi que ce soit. Il leva les mains et je souris à Dick.
« Rien du tout. Lew fourre son nez dans les affaires des autres, comme toujours. Il ne peut pas être heureux s'il n'est pas le centre de l'attention. »
Dick ricana avant de tapoter le dos de Nixon.
« Bien, nous devons y aller. Nous avons rendez-vous avec le Colonel à propos de cette patrouille. », lança Dick en me sondant de ses yeux bleus glaciaux.
Je souris et les regardai s'éloigner avant de me retourner. J'ouvris la bouche de surprise, en remarquant la personne qui se tenait juste derrière moi. Ma main agrippa la sienne et mes yeux cherchèrent son regard noir dans lequel j'aimais tant me perdre.
« Ron. », soupirai-je, avant de laisser reposer ma main entre nos deux poitrines proches.
La chaleur sous mes doigts fut suffisante à emballer mon cœur. Silencieux et porteurs de promesses, ses doigts enlacèrent les miens et m'entraînèrent le long du couloir, vers une petite pièce dans l'arrière salle. Toujours en silence, il me poussa dans la chambre et referma la porte derrière lui. Je le regardai attentivement, tentant de percer ses sentiments derrière ses yeux insondables.
Lorsqu'il parla, le son résonna dans la pièce et me frappa de plein fouet. Une douce chaleur s'échappa de moi et fit bourdonner mes oreilles. Je pris conscience que nous étions réellement seuls, et ma gorge se serra d'anticipation. J'étais incapable de dire quelque chose de cohérent. Je m'embrasai lorsque ses doigts aggripèrent ma main. Je gémis, me rapprochant de lui et attrapant son uniforme pour le maintenir près de moi. Je levai les yeux vers lui, y cherchant la convoitise et le désir que je connaissais désormais. Je ne fus pas déçue.
Un instant plus tard, il baissa la tête et posa doucement ses lèvres sur les miennes. Le feu dansait derrière mes paupières closes et l'électricité se propageait de sa peau à la mienne. Je gémis à nouveau, haletante, et passai mes mains autour de son cou. Je ne me souciai même pas du fait que nous étions sales et pleins de boue. Les longs mois d'attente pour ce baiser, ce pardon, n'avaient plus aucune importance. La seule chose qui comptait pour chacun de nous était l'autre et je fus heureuse de constater qu'il m'embrassait aussi désespéremment que moi. Il se dégagea, hésitant, exhalant un souffle irrégulier.
« Adie. », gémit-il en regardant soudainement sa montre.
« Qu'y a-t-il ? », murmurai-je, effrayée que ce moment passé ensemble tire déjà à sa fin. Je ne voulais pas qu'il finisse.
« Je dois voir Dick dans vingt minutes. », dit-il, un voile de tristesse passant dans ses yeux. Ces mots, au lieu de m'assagir, me firent l'aggripper plus fermement encore.
« Et bien, dans ce cas, nous devrions faire bon usage de ces vingts minutes. », fis-je en riant doucement devant ses yeux écarquillés.
Un instant plus tard, ses lèvres recouvraient à nouveau les miennes. Cette fois, la timidité du premier baiser était loin. A présent, il était empli de l'urgence que nous ressentions tous deux. Sa langue effleura mes lèvres. J'ignorai ce qu'il attendait mais cette attente était insupportable. De moi-même, je quémandai l'accés à sa bouche. J'étouffai son gémissement avec délice et je pris mon temps pour l'explorer comme jamais auparavant.
Je n'avais même pas remarqué qu'il me poussait doucement, jusqu'à ce que mon dos n'heurte le mur. J'haletai et me détachai de lui pour reprendre mon souffle. Ma poitrine effectuait des mouvements désordonnés à chaque respiration, sous son œil goguenard. Il prit d'assaut mon cou, le suçant et le mordillant, se faisant un chemin vers le creux de ma gorge. Mes doigts s'emmêlèrent dans ses cheveux, le gardant près de moi tandis que je luttais pour garder un esprit cohérent.
« Ron. », gémis-je, comme ses mains me mettaient au supplice en jouant avec mon uniforme.
Il fit lentement glisser ses mains contre mes hanches avant de les remonter à nouveau. Je sentais son excitation contre ma cuisse. Si près de l'endroit où j'avais le plus besoin de lui. Mais il se détacha de moi, plongeant dans mon regard. Il embrassa tendrement ma joue et mes lèvres.
« Je dois y aller. Mais je reviens vite. », souffla-t-il contre ma peau sensible.
Et il partit, le claquement de la porte brisant ma rêverie. Le désir de courir après lui fut si grand que je glissai au sol pour ne pas être tentée. Il me faisait le désirer plus, avoir encore plus besoin de lui que jamais. Le tremblement de mes jambes fit écho à celui de mon pouls désordonné. Le sentir durcir contre moi…Cette pensée me fit frissonner et je portai ma main à ma bouche pour retenir le cri de frustration s'échappant de ma gorge. La douleur m'envahit et je dus me contenter de sa promesse de venir terminer ce qu'il avait commencé.
