-Tu es vraiment cinglé, George. Enfin, qu'est-ce qui t'as pris de faire ça, lui lance Hermione.
-Et pourquoi pas ?
-Pour plusieurs raisons, à commencer par le fait qu'il s'agit d'Ombrage, et qu'ensuite, si tu veux t'attirer encore plus d'ennuis et te retrouver en retenues nocturnes jusqu'à la fin de l'année scolaire, je crois que tu es bien parti pour.
-Hey, elle m'a demandé de sortir un morceau de parchemin, et j'ai simplement refusé parce que techniquement, si on n'en a pas, on ne peut pas. Ça me parait logique, à moi.
-Tu savais qu'il y avait une retenue collective.
-Bien sûr que je le savais. Mais ce n'est pas comme si j'allais vraiment me fouler pour cet horrible Scroutt à Pétards…
-Laisse tomber…
-Quoi, laisse tomber ? Tu la détestes autant que nous tous, Hermione !
-Et tu crois qu'en ce moment, un acte de rébellion peut se révéler utile. Enfin, réfléchis !
-Hermione, c'est bon, je crois que de toutes manières, ça allait mal se passer, je lui dis d'une voix calme. Ombrage nous à tous dans sa ligne de mire, et ça ne va sûrement pas changer.
-Si tu veux, Granger, je ferais plus attention la prochaine fois, poursuit-il en lui adressant un sourire complice.
-Je t'ai à l'œil, Weasley. Eh, toi aussi, Fred. Comptez sur moi pour vous surveiller, tous les deux... Charlie, j'espère que toi tu m'aideras, parce que je doute que Ron et Harry se porterons volontaires pour s'occuper de deux gamins pareils…
-A la limite, ils sont « passables », à côté de certains, je lui réponds. Ce n'est pas comme s'ils avaient pour plans de faire sauter le bureau d'Ombrage…
Fred et George se regardent, puis un large sourire fend en deux leur visage.
-Les gars… commence Hermione.
Nous sommes interrompus pas Harry et Ron, qui arrivent en courant de la Grande Salle, complètement essoufflés.
-Merci de nous avoir attendus, les filles…
-Ronald Weasley, tu ne te rends pas compte à quel point tu es lent lorsque tu prends ton petit-déjeuner…
-… J'avais faim.
-Et toi, Harry c'est quoi ton excuse, lui lance Fred.
-'Pas envie de bouger. Et je revoyais avec Ron si on avait bien détaillé notre carte en Astrologie. Et puis, je n'allais pas le laisser tout seul, avec comme seule personne à la table Lavande Brown…
-Qu'est-ce que tu as contre Lavande, lui demande Ron, quelque peu étonné par sa réaction.
-Bah, peut-être est-ce dû au fait qu'elle ne peut s'empêcher de glousser au moins quatre fois par jours avec Parvati comme deux pintades, nous lance Ginny en passant près de nous, avant de disparaitre dans les escaliers.
Hermione et moi nous mettons à éclater de rire, ensuite suivies de jumeaux, puis d'Harry qui se prend au jeu. Ron nous regarde tous un par un, un peu hébété.
- Sérieusement, je ne vois pas pourquoi vous ne l'aimez pas… Moi, je la trouve vraiment sympa, et puis, comme elle est douée en potions, elle tient à m'aider pour remonter mes notes. D'ailleurs, comme on travaillait ensemble à la bibliothèque le week-end dernier, j'ai obtenu un « E » à mon devoir sur les Métamorphoses.
La première personne à cesser de rire est Hermione, dont le teint vire au rouge.
-… Mes conseils ne t'aident pas, lui demande-t-elle.
-Tu ne me passes presque jamais tes feuilles, Hermione…
-Oui, eh bien… La prochaine fois, je te les passerai, point final.
Le silence demeure durant quelques secondes, jusqu'à ce que George ne jette à coup d'œil à « la montre invisible de son poignet » en s'exclamant
-Oh là, on va être en retard en cours de… En cours ! Tu viens, Fred, 'faudrait pas qu'on soit en retard… A notre cours, parce qu'on n'aime pas arriver en retard et… Salut.
Ils disparaissent de notre vue en un quart de seconde, de la même façon dont Ginny avait fait surface, puis s'était éloignée aussi vite qu'elle était arrivée.
-Bah, qu'est-ce qu'il leur prend, demande Ron, étonné. Depuis quand ils n'aiment pas arriver en retard aux cours ? Vous ne trouvez pas qu'ils sont bizarres ?
-Hum… Aucune idée, je lui réponds en jetant un bref regard vers Harry, qui semble comprendre ce qu'il se passe. Mais nous, on risque vraiment d'être en retard si on ne se dépêche pas.
Hermione acquiesce, puis elle se dirige à grands pas vers la porte principale du château, nous trois sur ses pas. Tandis que nous la suivons, Ron me demande à voix basse si je connais la cause de la réaction d'Hermione, et surtout pourquoi elle est finalement d'accord de lui passer ses cours.
Je lui réponds que non. Même si c'est flagrant.
Tandis que nous dépassons un groupe d'élèves de Serdaigle lorsque nous sommes dehors, nous apercevons, collés contre le mur, Neville et Luna se tenant par la main.
-Hey, Neville, lui lance Ron, tu viens ? On va être en retard au cours.
-Ah, heu… Oui, j'arrive. A tout à l'heure, Luna, dit-il à celle-ci en lui souriant timidement.
Elle lui répond d'un bref signe de la main et disparait dans le couloir principal, puis Neville nous rejoint, tenant ses cahiers serrés contre lui.
Lorsqu'il nous a dépassés, je ne peux m'empêcher d'écraser le pied de Ron sous ma chaussure en lui disant à voix basse
-C'est fou ce que tu manques de tact, Ronald Weasley !
-Eh, mais qu'est-ce que j'ai fait encore ?
-Tu ne t'es pas dit qu'ils aimeraient peut-être qu'on les laisse tranquille ?
-Mais quoi, on allait être en retard.
-Tu es incorrigible… Va vraiment falloir t'apprendre deux-trois trucs, à toi…
Nous descendons la pente douce qui mène à l'orée de la forêt. Nous y apercevons déjà plusieurs élèves regroupés près de l'affreux épouvantail, mais leur nombre démontre que nous ne sommes finalement pas les derniers. En effet, lorsque nous les rejoignons, nous pouvons voir que Seamus et Dean, accompagnés de Parvati et Lavande se mettent à dévaler la colline afin de nous rejoindre le plus vite possible. Lorsqu'ils arrivent à notre hauteur, je remarque leurs états, celui de Seamus en particulier, et je me mets à le détailler de la tête aux pieds.
Ses cheveux sont ébouriffés, vont dans tous les sens. Sa robe de sorcier est froissée de toute part, et son visage, ainsi que sa chemise, comporte de nombreuses traces de suie.
L'état des trois autres semble un peu moins catastrophique, mais il s'approche du même résultat.
-Seamus, qu'est-ce qui vous est arrivé ?
-En fait, on s'est fait coincés dans un placard à balais par Peeves*, il y a environ une heure. Je ne sais aps trop comment il a fait, mais même avec le sortilège Alohomora, on n'arrivait pas à sortir.
-Et c'est ça qui explique l'état dans lequel vous êtes ?
-Pour faire court, reprend Dean, Seamus a eu la –merveilleuse- idée de se servir de l'un de ses sorts dit « fait maison ». Et en gros, voilà le résultat.
-Au moins, j'ai réussi à faire sauter le verrou, c'est déjà un gros progrès…
-Mouais, j'imagine que c'est possible de le mettre dans son CV, me murmure Hermione. Qu'il réussisse un sort explosif sans causer trop de dégâts est vraiment exceptionnel…
-Rassemblez-vous tous devant la clôture, rugit une voix grave dans notre dos.
Je vois Harry sursauter et se retourner d'un bond. Je l'imite, et nous découvrons un… Le mot « homme » serait-il approprié, vu sa taille ?
Je n'ai pas trop de mal à deviner qu'il s'agit d'Hagrid, les autres m'en ayant déjà tant parlé auparavant. Et il se trouve qu'il est à peu près comme je l'imaginais. Cependant, je ne perçois pas les yeux rieurs qu'Harry m'avait décrits. Au contraire, son regard est dur, voir sévère, il a les traits du visage tiré. Mais ce n'est que lorsqu'il s'avance vers nous que nous devinons pourquoi.
Haute de son mètre vingt, les pieds collés l'un à l'autre, serrée dans son affreux cardigan rose bonbon, un bloc-notes dans une main et une plume dans l'autre, la silhouette d'Ombrage se dessine devant nous. Elle hausse les épaules en nous regardant de haut, puis elle repart vers l'école sans prononcer le moindre mot.
-Bien, hum…
La voix d'Hagrid semble perdue et incertaine.
-Pour ceux qui ignoreraient encore qui je suis, il se trouve que votre professeur de Soins aux Créatures Magiques, c'est moi, et non ma collègue, le professeur Gobe-Planche. Aujourd'hui, nous… Nous étudierons donc les Sombrals. Ainsi que durant le reste de ce mois-ci. Vous avez tous vos livres, « Les Créatures Fantastiques » de Norbert Dragonneau ?
Quelques élèves marmonnent un petit « oui » inaudible
-Sortez-les. Allez, dépêchez-vous, au fond.
Sa voix prend peu à peu un ton plus calme et posé. Il pose sa main droite sur la clôture, puis, apercevant finalement l'état de Seamus, lui demande
-Tout va bien Finnegan ? Vous vous êtes frotté à un nouveau sort, je parie ?
-En quelques sortes, oui…
-Bon. Faites-moi le plaisir de lire le premier paragraphe du chapitre sur les Sombrals.
Il ouvre assez maladroitement son manuel, et une fois à la abonne page, suite à un coup de baguette donné par Dean, il se met à lire distinctement le premier paragraphe.
-Alors… « Le Sombral, ou Thestral** en langue ancienne, est ce qui ressemble le plus à un cheval ailé au corps squelettique. C'est une créature généralement associé à la Mort, d'après les présages, mais elle ne s'en prend qu'à ses ennemies. Le Sombral et une tête de dragon, d'immenses ailes de chauve-souris et des crocs pointus utiles à déchiqueter sa nourriture, celui-ci étant carnivore. »
-Merci, Monsieur Finnegan, ce sera tout pour le moment. Alors, d'après cette brève description, est-ce que quelqu'un peut-il me dire s'il a déjà vu un Sombral ? Par exemple, en début d'année ?
Plusieurs mains se lèvent, dont la mienne et celle d'Harry, mais également celle de Neville et celle de Drago.
-Vous êtes plus nombreux que l'an passé… Maintenant quelqu'un pourrait-il me dire pourquoi ces quatre-là les voient, et pas les autres.
Je lève à nouveau la main.
-Miss Bradbury ?
-Seuls ceux qui ont vu la mort en sont capables.
-C'est exact. Dix points pour Gryffondor. Maintenant, attendez-moi là, je reviens.
Il passe de l'autre côté de la barrière et disparait entre les arbres sans dire un mot. Durant quelques instants, le silence est total, jusqu'à ce que la voix grinçante de Pansy Parkinson ne s'élève, à note grand désarrois.
-Vraiment, son cours est de plus en plus nul chaque année… Avec Gobe-Planche, on apprenait quelque chose, au moins… Quand je pense que j'ai pris cette option… Pour finalement tomber sur ça ?
Elle pointe l'image du Sombral de son livre avec dégout.
-Ce truc hideux ?
-Un peu comme toi, murmure Neville entre ses dents, mais pas assez bas pour que Pansy n'entende rien.
-Tu cherches encore des problèmes, Longdubas, c'est ça ?
-Qu'est-ce que t'as contre lui, à la fin, tu ne peux pas nous foutre la paix une bonne fois pour toute ? Et de toutes manières, il n'a pas tout à fait tort, je rétorque. C'est moi, au t'as essayé d'imiter Ombrage en lui volant un de ses pulls ?
-Tu en reveux une, Bradbury ? Je me souviens t'avoir pas mal amochée, la dernière fois… Et encore, je ne crois pas que ça aurait pu empirer quoi que ce soit sur ton visage, vu comment il est…
Derrière moi, je sens Hermione m'attraper par le pan de ma chemise. Harry, quant à lui, souffle rageusement à mes côtés, tenant sa baguette serrée dans sa main, sous sa robe de sorcier.
-Laisse tomber, Charlie. Si elle attaque, on se défend mais on l'attaque pas les premiers.
-Et puis quoi, encore ? Comme si j'allais m'en prendre à une gamine de cinq ans qui est pas foutue de se comporter convenablement…
Pansy sort sa baguette, je sors la mienne.
-J'ai comme l'impression d'avoir vécu ce moment… Mais crois-moi, je viserai plus haut cette fois-ci, genre le cœur, me crache Pansy.
Deux lignes se sont formées. D'un côté les Gryffondors, et en face, les Serpentards. Certains Serdaigles se joignent à nous, mais les Pouffsouffles préfèrent cependant rester en retrait.
Cette fois-ci, Hermione n'hésite pas une seule seconde, et elle sort sa baguette d'un geste vif et sûr de lui.
-On dirait que Miss-je-Sais-Tout est enfin prête à se frotter à nous, s'exclame Pansy en la fixant froidement.
-Disons que contrairement à vous, je n'ai aps besoin des cours inutiles d'Ombrage pour apprendre à me défendre.
Pansy, n'ayant pas apprécié cette dernière remarque, lève sa baguette au-dessus de sa tête, prête à l'attaquer. Mais comme précédemment, sa baguette s'envole, puis tourbillonne dans les airs avant d'atterrir à nos pieds. Et cette fois, tout le monde a la possibilité de découvrir le lanceur de sort.
L'entièreté de la classe tourne alors la tête vers Drago, et j'esquisse un sourire.
-Laisse-les tranquilles, Pansy.
-Attends, quoi ? Drago, tu as entendu ce que cette Sang-de-Bourbe m'a dit ?
-Expulso !
Pansy, les traits du visage tirés, se retrouve projetée plusieurs mètres en arrière sans avoir eu le temps de comprendre ce qu'il se passait.
-Ne l'appelle pas comme ça, reprend-t-il, sa baguette serrée dans sa main, gauche.
Il tourne ensuite le regard vers Hermione, qui semble trop choquée pour réagir.
-Tu es le premier à l'avoir appelée de cette manière-là, il y a trois ans !
-… Et c'était sans doute l'une de mes plus grandes erreurs.
-Tu… Tu les défends ? Tu les défends, alors que ce sont des Gryffondors ?
-Disons que c'est beaucoup mieux que de s'occuper d'une garce comme toi.
A ce moment-là, même moi, je ne trouve rien à ajouter. Tout le monde reste perplexe après ce qu'il vient de lui sortir.
-Alors maintenant, reprend-t-il en lui jetant un regard assassin, dis-toi que tu ferais mieux de commencer à te méfier de moi. Je ne sais pas si tu l'as déjà remarqué, avec ton QI presque inexistant, que les apparences sont souvent trompeuses.
-Tu n'es qu'…
-Quoi, un traitre à mon sang ? Un tricheur ? Un menteur ? Tu peux dire ce que tu veux, ça ne changera en rien ce que je suis. Parce que oui, je suis fier d'avoir changé. Aujourd'hui, je n'ai plus envie de rivaliser avec les autres Maisons.
-Je crois que Malefoy a complètement pété les plombs, murmure Seamus derrière moi.
-Peut-être, je lui souffle discrètement. Mais je le crois lorsqu'il dit qu'il a changé.
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*Fantôme du château, adore jouer de mauvais tours aux autres (présent uniquement dans les livres).
**Sombral en anglais, en réalité
