Mention légale :
Ce vêtement de lumière est tissé par miaokuancha, la trame du Crépuscule l'a été par Stephenie Meyer. Moi, je ne suis que la navette.


28-Quasimodo

"Nous ne tenterons pas de donner au lecteur une idée de ce nez en tétraèdre – de cette bouche en fer à cheval – de ce petit oeil gauche surmonté d'un sourcil roux et broussailleux, tandis que l'oeil de droite disparaissait en totalité sous une verrue énorme – de ces dents sans ordre avec des brèches ici et là telles les créneaux d'une forteresse – cette lèvre cornée, par-dessus laquelle ces dent saillaient telles les défenses d'un éléphant – de ce menton fourchu – et surtout de l'impression diffusée par l'ensemble – ce mélange de malice, d'étonnement, et de mélancolie. Laissons le lecteur, s'il le peut, se figurer par lui-même cette combinaison" (P 62)

"La chouette ne va point dans le nid de l'alouette". (P.502)

Victor Hugo, Notre Dame de Paris[1]


Il y a de la lumière dans la maison Swan. Le père de Bella se déplace à l'intérieur, pliant le reste d'une machine de linge. Je vois les vêtements de sa fille entre ses mains, tandis que ses pensées dérivent vers l'extérieur et la petite pelouse.

... en ferait vomir un bouc...

Un homme du comté voisin a été tué par un ours. Le corps, partiellement dévoré, incomplet quels que soient les critères, flotte, trempé de glace et blanc, dans sa conscience, entouré des bois sombres où il avait été traîné. Les chiens s'affairent autour, gémissant, la queue entre les pattes, incapables de relever une odeur, en dépit des encouragements et des exhortations de leurs maîtres.

Vaudrait mieux appeler Billy ce soir. Pas tout près de la réserve, mais quand même. Doris a alerté toutes les écoles.

Peut-être qu'Emmett et moi devrions chercher cet ours, lorsque nous chasseront la prochaine fois. Si c'est un solitaire, il devrait être assez facile à trouver. Le sang souillé par la maladie, ou une blessure infectée, se dégage encore plus fortement pour nous que pour les chiens. D'ordinaire, comme les chiens, nous les évitons. Mais un mangeur d'hommes... ... Nous nous occuperons de lui lorsque nous le trouverons.

Swan est dans la chambre de sa fille à présent, remuant ses cahiers et les papiers sur son bureau. Il a déjà un assortiment complet de vêtements – jusqu'aux sous-vêtements, chaussettes et tennis – pliés dans un sac de toile.

Elle a dit que c'était le classeur bleu. Ferait mieux de tout apporter, juste au cas où.

Son regard se tourne vers le lit de Bella. Il est en bataille, encore défait.

Elle devait être pressée, ce matin.

L'homme pose tout ce qu'il a dans les mains, et fait le lit de sa fille avec soin. D'autres images défilent dans son esprit. Une petite main, tenant une dent de lait dans sa paume ouverte, une minuscule goutte de sang séchant sur la racine perdue. La scène de l'accident d'aujourd'hui fait irruption d'un autre côté. C'est le van vert qui, de loin, en est sorti dans le pire état, ayant supposément frappé le pare-choc du pick-up rouge obliquement. Il y avait eu du sang sur le lieu de l'accident, mais pas une goutte n'était celui de Bella.

Le Chef Swan lisse le couvre-lit, et se retrouve agenouiller. Gauchement et manquant d'habitude, il presse ses mains l'une contre l'autre en silence. Le noir envahit ma vision, comme il ferme les yeux. Je peux presque sentir son front peser sur ses doigts entrelacés.

Des images de ce qui aurait pu être, d'autres accidents, d'autre enfants d'autre parents, sont écartées pour mieux revenir. Le sang et l'os. Le rouge et le blanc. Les gyrophares de son véhicule. Rouge et blanc lançant leurs flashes dans les ténèbres pluvieuses.

Sa respiration ralentit, se fait plus difficile. Patiemment, il attend que le passé lâche prise.

Enfin, il revoit sa fille. Sur une civière, mais en un seul morceau.

Merci, mon vieux... murmure le Chef.

... D'avoir envoyé tes anges pour veiller sur ma petite.

Il prend congé rapidement après cela. Je vois dans son esprit qu'il va à l'hôpital, pour y passer la nuit dans un fauteuil inconfortable dans la chambre de Bella.

Et maintenant, j'ai la maison pour moi.

Jamais je n'aurais de nouveau une pareille opportunité.

J'entre par la porte principale, en me servant du double de la clé qu'une idée passagère m'a montrée lorsque le Chef fermait derrière lui. Je me demande, quand Carlisle m'a changé, s'il aurait pu imaginer quelle chose honteuse je deviendrais.

La maison est sombre. Pas simplement parce que c'est la nuit et qu'aucune lumière n'a été laissée allumée. Les espaces sont étroits, les couleurs ternes, les rideaux lourds au fenêtres. Il n'y a pas de salon, mais une ''pièce familiale'' qui ressemble à une caverne sur la droite de l'escalier. Je m'y aventure. Les meubles sont vieux: un canapé marron affaissé, une table basse usagée portant des traces de liquides et de brûlures sur son plateau de bois. Un écran de télévision plat et brillant couvre une vaste portion du mur opposé. Derrière, se trouvent des étagères encastrées qui peuvent avoir contenu des livres naguère. A présent elles sont nues, à l'exception de petites portions exposées de chaque côté de la télévisions. D'un côté, s'y empilent des magazines: Field of Streams, In-Fisherman, un encombrant et antique volume de The Fisherman's Digest [2]. C'est l'autre côté qui m'attire. Carré après carré, neuf par treize, fanant dans des cadres de papier trop fins : les portraits scolaires de Bella. Je les examine un par un.

Maternelle. Très proche du souvenir que j'avais volé à son père. Les cheveux encore fins, les joues encore rondes. Mais le sourire est différent. Les yeux semblent regarder ailleurs, ou chercher quelque chose. Ou est-ce de l'appréhension, peut-être? Peut-être que ça n'est que mon imagination. Je ne sais plus comment interpréter les expressions des visages.

Je compte onze photographies en tout, et suppose qu'elles montrent chaque année exceptée la plus récente.

La troisième année est frappante: sobre, studieuse, mais peut-être satisfaite. Le petit sourire n'a l'air ni forcé ni emprunté. [3]

La photographie suivante est retranchée, fermée. Qu'est-il arrivé entre les deux?

En Septième année, elle a commencé à laisser pousser ses cheveux plus bas que ses épaules [3]. En neuvième, elle a essayé la raie sur le côté [3]. Je suppose que cela ne lui a pas plu parce que sur la dernière photographie et chaque fois que je la vois à présent, ses cheveux sont partagés par une raie au milieu.

Je les feuillette à nouveau toutes, et regarde cet enfant grandir entre mes mains. Les humains changent. Dans une poignée d'années, elle sera une jeune femme. Je pense à la celle qui l'avait portée sur sa hanche dans la cuisine. Je pense à Bella avec un enfant sur la hanche.

Les photos retournent à leur place sur les étagères. Exactement comme je les avais trouvées. Personne ne saura jamais que je les ai touchées.

Je devrais partir, mais au lieu de cela, je retourne dans la cuisine au delà de l'escalier. Elle est en ordre et peu encombrée. Je me demande qui fait la cuisine. Des odeurs de nourriture traînent dans l'air. Rôti en cocotte accompagné de pommes de terre et de carottes. Une espèce de gâteau et des fruits. Je ne me souviens pas à quoi sentait la cuisine de ma mère. Celle d'Esme est immaculée. Je sais seulement que les arômes ici, qui devraient être accueillants et réconfortants, me laissent légèrement nauséeux.

La salle à manger au-delà de la cuisine est une nature morte. Clairement inutilisée. Ils mangent ici, dans la cuisine, au foyer proprement dit. Entourés des placards jaunes qui se fanent, et oui, voici la petite empreinte de la main de Bella sous l'évier. Je pense à l'endroit où ma famille et moi mangeons.

Je ne peux rester ici ne serait-ce qu'un instant plus.

Je devrais partir. Je n'ai aucune place dans cette maison. Pa la moindre. Mais l'escalier m'appelle. J'y monte lentement dans le noir.

Mon journal tire lourdement sur ma chemise, et je rentre davantage les pans de celle-ci pour qu'il reste en lieu sûr. La cage d'escalier manque tant de luminosité qu'elle fait échec même à la vision d'un vampire. Je me sens comme un Leviathan remontant lentement à la surface depuis les abysses. Le craquement d'une des marches sous mon pied le dispute à l'image, mais seulement un instant. L'odeur de Bella continue de me conduire droit à sa chambre.

Les contours de ses meubles me sont si familiers: son bureau et son fauteuil, la bibliothèque basse le long d'un des murs, son lit, bien sûr, et le rocking-chair, mon perchoir préféré. C'est là que je prends ma place, à présent, étrange maître de tout ce que mon regard embrasse. Sans sa forme agitée se mouvant par intermittence sous les couettes, mon attention est libre de vagabonder. Il y a des dessins scotchés au mur. Des chevaux: paissant dans un enclos, regardant par une fenêtre de box. Je quitte le fauteuil pour les examiner. Chacun des chevaux a son nom manuscrit lentement au crayon : colonel Sandy, Double tuff, Boss Mare, et Peaches. Et sous le dernier, on peut lire : Ma meilleure amie. Tu me manques. 18 Juillet 2011.

Je retrace les dessins du bout des doigts. Tous sont réalisés avec soin, toutes les couleurs bien gardées dans l'enclos des lignes. Les yeux sont grands et lumineux, même exécutés au crayon, même dans le noir.

Isabella.

''Juste Bella'', a-t-elle dit pendant toute cette première journée interminable. Mais, moi, je préfère

Isabella.

Il est si étrange d'être en mesure de me déplacer librement dans cette chambre. Un bout de tricot sur la table de nuit arrête mon regard. Pas du tricot, mais du crochet, vois-je tandis que je le prends pour l'examiner. Pour le moment, il semble seulement être en train de ramasser la poussière. Je le remets en place, exactement tel que je l'ai trouvé.

Je n'aurai jamais deux fois pareille opportunité. D'apprendre ses secrets.

Je contourne son lit, et m'accroupis entre lui et la bibliothèque. Qu'est-ce qui remplit sa tête, son cœur, son âme ? Je le découvrirai.

Little Pig, Big Trouble (Le gros problème du petit Marcus)

Bonsoir, Lune

Stella Luna [4]

Je les feuillette et m'aperçois que ce ne sont là que des livres pour enfants. Pourquoi sont-ils ici ? D'après tout ce que j'avais pu entendre en écoutant ses camarades de classe et ses professeurs à l'école, elle n'avait pas du tout grandit dans cette maison. Alors pourquoi ces livres sont-ils ici ?

Le bisou secret. Celui-ci porte un mot manuscrit. Pour Bella, pour ton premier jour d'école. Avec tout mon amour, Grand-maman. Je le lis lentement, de la première à la dernière page. Je me sens la poitrine lourde, ou peut-être que ça n'est que le poids de mon journal, plaqué contre moi comme je suis assis là, inconfortablement coincé entre le lit de Bella et ses livres. Je le sors et le pose sur le dessus de la bibliothèque. Cela aide un peu. Peut-être.

Mais il y a plus.

Des contes de fées, accompagnés d'illustrations, somptueuses et complexes, à la beauté hypnotique d'un artiste nommé Craft.

Le bal des douze princesses.

Vasilisa la très sage.

A l'est du Soleil et à l'ouest de la Lune. [4] Celui-ci aussi porte une dédicace : Que tes rêves soient profonds, ma petite. Grand-maman.

Est-ce donc la raison pour laquelle son sommeil est si souvent agité ?

Je les étudie tous de près. Juste à côté des mythes, la science. Les livres sont étonnamment vieux. Des tampons, au dos, montre qu'il ont un jour appartenu à la Bibliothèque Calvin S. Smith de Salt Lake City, dans l'Utah. Je suppose qu'elle, ou bien un parent, les a achetés lors d'une braderie de bibliothèque. J'imagine mal Bella capable de voler des livres ou même de négliger de les rendre.

Aussi vieillots et périmés qu'ils soient, les informations qu'ils contiennent peuvent encore servir.

ABCs of Chemistry.

Un, deux, trois … l'infini.

The Lives of a Cell.

L'immense voyage. [4]

Je la vois.

Je la vois.

Silencieuse. Intelligente. Curieuse.

Amoureuse des choses anciennes. Et du beau. Et de la pensée.

Elle est comme moi.

Elle est comme moi.

Il m'est impossible de me sentir fatigué et pourtant, c'est bien ce que je ressens. Je veux me lever, mais en me relevant, je me rends compte que je veux m'allonger. Il y a son lit, là, juste devant moi. Son odeur, comme un souffle de paradis, tout autour de moi. Son père a fait le lit. Je peux toujours le refaire avant de partir. Tout sera comme je l'ai trouvé. Tout.

Je me laisse sombrer. Le matelas, les couettes, l'oreiller. Doux : comme elle doit l'être, puisqu'elle est humaine. Et odorants. Oh, odorants... Comme elle l'est, comme je sais si assurément qu'elle l'est. Son odeur, partout. Je veux rester. Ne jamais repartir.

Ceci est dangereux, terriblement dangereux, mais je ne parviens pas à me forcer à m'en soucier. Elle n'est pas ici. Il n'y a personne ici, à part moi, et donc, j'aurai ce dont je me languis, de la seule façon possible sans avoir à l'assassiner.

Je tourne le visage pour l'enfoncer dans son oreiller, et je respire. Je ne fais que respirer. Boire son odeur. C'est presque comme boire son sang. Presque. Si proche. Ma bouche s'ouvre, pour goûter cette fragrance tandis que je l'aspire sur ma langue.

Je ne mordrai pas, je ne mordrai pas.

Pas de tissu déchiqueté. Pas de neige de plume. Non.

Je ravale le venin tandis qu'il tombe goutte à goutte et s'écoule, tout amer et chaud. Je ne sais même pas s'il laisserait une tache, mais je ne prendrai aucun risque.

Doulour... Dieu du ciel, que ceci fait mal ! Mais je ne peux m'arrêter. Je veux, Oh, je désire. Son odeur. Son sang. La souffrance est comme une flèche, une flèche rouge, serpentant en moi depuis ma bouche, jusque tout en bas, dans mes parties les plus intimes. L'oreiller n'est pas elle, mais je l'enveloppe désespérément dans mes bras. Doux, doux. Le parfum d'elle, sucré. Je n'en aurais jamais assez. Ni dans cette vie, ni dans aucune autre.

Mes doigs crissent contre quelque chose sous l'oreiller. J'ai juste assez de curiosité pour le chercher et le retirer. Je roule sur le dos et contemple ce qui se trouve dans ma main. Bien sûr que je le reconnais. C'est moi qui l'ai écrit, et moi qui l'ai plié. Placé dans le sac en papier craft avec le remède chinois. Elle l'a gardé sous son oreiller tant de jours ? Le garde encore ici. Et murmure mon nom dans le noir.

Et qu'en est-il du sien ? Des lambeaux de blanc, de vert et de rouge, perdus, abandonnés au vent de glace et aux eaux noires. Cela n'est qu'approprié. Ce n'est rien de plus que la vérité. Ni plus ni moins que ce que je suis. Mais ça fait mal.

Mon poing peut repousser mon cri jusque dans ma gorge, mais je ne peux m'empêcher de me tordre et rouler d'un côté de l'autre sur son lit. Ses couettes s'emmêlent et s'enroulent autour de moi. Comme Iphigénie à Aulis. Comme Agamemnon dans son bain [N/A]. Je suis percé et tailladé de part en part. Et pourtant tout ce que je souhaite encore, c'est de me noyer dans l'odeur de cette fille. Mon visage s'enfonce à nouveau dans son oreiller. Il est mouelleux et parfumé, et tout ce que je puis imaginer c'est son cou. Doux, tendre. Le pouls juste là. Je sais ce que ça fait. J'ai déjà fait cela. Bouche froide sur chaude peau.

Les images fleurissent, comme des coquelicots à la robe de vin sombre. Des fantasmes nés de sa fragrance la première fois, et qui recommencent.

Le corps petit et étranger. Maintenu au sol sous moi, ou contre un arbre, ou bien encore écrasé contre ma propre poitrine par l'étau de mes bras qui l'enveloppent. Son odeur m'emplissant, sa lutte m'incitant. La tendre, tendre chair ouverte dans un cisaillement tandis que je m'y penche et que j'y mords. Le sang, si chaud et si sucré, emplissant ma bouche en pulsations affriolante. Si bon, si bon, si bon.

La douleur, et la joie, et cette chose entre mes jambes pointe durement contre le matelas.

Seigneur, non !

Mais c'est bien là, et ne s'en ira pas. Des souvenirs me submergent. Précis, et vivants, indélébiles et éternels, comme seul peut l'être la souvenance d'un vampire. Les créatures que je chassais. Leur fascination pour la terreur et la douleur. Leurs pensées tandis qu'ils se stimulaient au milieu des actes les plus dépravés. Je croyais que je débarrasserais le monde de telles pensées. De tels actes.

Et rien – pas même toutes ces sirènes d'odeurs douloureuses que j'avais enduré jusque là, certainement pas les sueurs sales de la bête à mes pieds, et encore moins tout ce que Carlisle m'avait dit – rien, de toute ma jeune vie, ne m'avait préparé à cette première morsure, ce premier goût de sang humain. Pas même l'horreur nauséeuse que j'avais ressentie en lisant les pensées de la bête, ne pouvait défaire l'extase de ce goût-là. Je l'ai vidé jusqu'à la dernière goutte. Et me suis retrouvé dans le même état que lui quand je l'avais traqué jusque là, dans ce sous-sol, revivant dans son esprit les pitoyables morts qu'il avait infligées.

Ma vie dans la peau d'un démon vengeur. Cela ne fut pas comme j'avais cru que cela serait. Je croyais que j'allais débarrasser le monde de telles pensées. De tel actes. Je n'ai fait que les absorber en buvant. L'ivresse procurée par leur sang me leurrait et m'aiguillonnait, me chuchotait Justice et Droit à l'oreille, avait lustré et caché le poison qu'elle portait en elle. Jusqu'à ce que je ne désire rien d'autre que d'en avoir davantage. Jusqu'à ce que, à la fin, je ne puisse plus continuer.

Et voici que je gis sur le lit de Bella. En manque. En manque. Son sang à elle n'est pas un poison. Chaque objet dans cette chambre atteste de la pureté et de l'innocence de ses pensées. Pas étonnant que son sang ait ce parfum si sucré. Pas étonnant que je le désire si ardemment. Plus que tout ce que j'ai jamais désiré, jamais. Et pourtant, qu'ai-je fait ? Me mettre en rut à l'idée qu'elle se dé-saigne dans ma bouche. J'ai souillé cette chambre qui est la sienne, son linge de lit, les pensées-mêmes qui sont dans l'air. J'ai tout pollué.

L'horrible créature ne veut pas se coucher. Elle est imperméable à ma panique et à ma honte. C'est à peine si je ne fracasse pas la fenêtre de Bella toujours ligoté par ses couettes. M'en extirper sans rien déchirer prend si longtemps. Et mon corps refuse toujours de se laisser dompter.

Tout remettre en place. Exactement replacer tel que c'était. Exactement à sa place. Même la pitoyable missive pliée. Sous l'oreiller. Là.

S'il y a un Dieu, qu'il vienne, je vous en prie. Que sa main passe sur cette chambre et emporte ma souillure. Qu'elle emporte tout. Que cela soit propre à nouveau pour elle. Comme si je n'avais jamais été.

Je quitte la chambre par la fenêtre, et cours, une flèche de pierre douloureuse toujours logée à la jointure des cuisses.


N/A :
- Tous les livres sur les étagères de Bella peuvent être trouvés sur Amazon. Les contes illustrés par Kuniko Y. Craft sont exquis. A l'est du Soleil et à L'ouest de la Lune, exquis aussi, est illustré par P.J. Lynch.
- Iphygénie à Aulis, et Agamemnon à son bain : ces deux-ci sont des vignette tirées des tragédies grecques écrites sur la Guerre de Troie et qui devraient être familières à notre érudit Edward. Pour les curieux, j'ai posté les détails ici :
http(deux points, double slash)miaokuancha(point)livejournal(point)com.


NotesBleues

[1] Extrait de Notre Dame de Paris :
en Anglais américain dans le texte.

[2] Les magazines de Charlie :
Field of Streams : (Champs de torrents)
In-Fisherman : (le pêcheur à la page)
The Fisherman's Digest : (L'abrégé du pêcheur)

[3] Années scolaires :Third grade, seventh grade, ninth grade
Aux Etats-unis, on compte les années scolaires de 1 à 12 à partir de l'équivalent du CP.
La ''Troisième'' est donc l'équivalent du CE2 Français.
La Septième, l'équivalent de la Cinquième des collèges.
La Neuvième, l'équivalent de la Troisième des collèges

[4] Les livres de Bella
Little Pig, Big Trouble :(littéralement :Petit cochon, gros problème) [peut-être la version en Anglais du livre pour enfants de Gilles Gauthier Le gros problème du petit Marcus.]
Goodnight Moon de Margaret Wise Brown: Bonsoir Lune
Stella Moon: je n'ai rien trouvé sous ce titre à part, Sydney, Stella and the Moon de Emma Yarley (Sydney, Stella et la Lune)
''Twelve Dancing Princesses'' : ''Le bal des douze princesses'', conte des frères Grimm
– ''Baba Yaga and Vasilisa the Brave'' : ''Vasilisa la très belle/la très sage'' (selon les versions) Conte populaire russe.
– ''East of the Sun, West of the Moon '': ''A l'est du Soleil, (et) à l'ouest de la Lune'' Conte populaire norvégien.
The kissing hand : Le bisou secret. Livre pour enfants de Audrey Penn
ABCs of Chemistry : (L'ABC de la chimie) [N'ai pas trouvé l'auteur, ni une traduction officielle en Français)
One, Two, Three, Infinity : Un, deux, trois, l'infini. De George Gamow.
The Lives of a Cell : (Les vies d'une cellule : notes d'un observateur de biologie) de Lewis Thomas [Suis pas certaine qu'il ait été traduit en Français, et sous ce titre] Peut-être Le bal des cellules
The Immense Journey :L'immense voyage de Loren Eiseley