Chapitre 29 :

-Il aimerait te voir, dit Severus d'un ton qu'il voulait apaisant.

Draco ne lui répondit pas et continua à couper les racines de bette à carde dont il avait besoin pour sa potion revivifiante, sans même lever les yeux vers son parrain. Ce dernier soupira, il détestait l'impertinence qu'affichait parfois le blond, c'était décidément un vrai Malfoy, le véritable portrait de son père, mais ce n'était vraiment pas le moment de le lui indiquer.

-Il..., commença Rogue, mais il fut aussitôt interrompu par l'autre qui leva la tête en posant brusquement son couperet.

-Je ne veux plus entendre parler de lui, jamais.

Rogue pinça les lèvres, se retenant de ne pas intervenir, car il comprenait la réaction de son filleul et il ne parvenait pas à le blâmer, lui-même avait voué une haine féroce à son propre père. Il savait que Draco tenait Lucius responsable de la mort de sa mère et qu'il lui en voulait d'avoir survécu alors qu'elle était morte. Ce qu'ignorait Draco, par contre, c'était à quel point Severus se sentait responsable du décès de Narcissa Malfoy et comme il s'en voulait de tout ce qui s'était passé. Pour une fois encore dans sa vie, Severus Rogue sentait qu'il avait fait les mauvais choix et en subissait les conséquences.

Lucius Malfoy avait échappé de très près à la mort et n'avait repris conscience que deux jours plus tôt, mais Rogue estimait qu'il aurait besoin de plusieurs mois avant de retrouver son état normal. Toute sa force magique avait été arrachée à son corps et il doutait qu'elle ne revienne jamais comme avant. Sans compter qu'il avait subi de nombreuses blessures tant physiques et que magiques.

Lorsque Remus, Hermione, Arthur Weasley, Luna Lovegood et Neville étaient arrivés sur place, ils avaient d'abord aperçu Étienne Frédyk qui étaient assis devant la cabane et qui était plongé dans un état quasi végétatif. Ils l'avaient aussitôt neutralisé et capturé, puis ils étaient entrés à l'intérieur où ils avaient trouvé tous les autres. Harry et Draco semblaient n'avoir subi que des blessures mineures alors que Lucius Malfoy gisait attaché à un fauteuil entre la vie et la mort. Draco n'avait pas voulu s'éloigner du corps de sa mère et Harry était resté près de lui alors qu'on l'amenait.

Plus tard, Rogue, qui filait Bellatrix pendant ce temps, inconscient de tout ce qui s'était passé, avait demandé que Lucius soit détenu chez lui pour qu'il puisse lui fournir les soins appropriés, ce que l'Ordre avait fini par accepté à contrecœur, Remus Lupin s'y opposant fermement. Ayant peur que Lucius ne leur échappe. Frédyk était aussi de nouveau emprisonné dans ses cachots, mais il n'avait pas reparlé depuis ces évènements, ce qui convenait parfaitement à Rogue.

-Si c'est tout ce dont tu voulais me parler, je préférerais être seul maintenant, j'ai beaucoup de travail, ajouta le blond qui était de retour à la préparation de sa potion.

-Je comprends que tu souffres, mais je te prierais de rester poli, répondit Rogue en fronçant les sourcils, se retenant de le semoncer de manière encore plus acerbe.

Draco ne répondit rien et continua sa tâche machinalement. Rogue hésita un instant avant d'aborder l'autre aspect de ce dont il devait parler avec le blond, sachant que cela créerait certainement une commotion.

-Nous avons discuté et nous croyons qu'il serait préférable qu'elle soit incinérée.

Le couperet se figea une nouvelle fois dans les airs et une pensée furtive traversa l'esprit du maître des potions, il se dit que son filleul était vraiment doué et que dans d'autres circonstances, il l'aurait pris comme apprenti à Poudlard pour qu'il puisse entrer dans la prestigieuse Institut de potion d'Angleterre, là où il avait lui-même étudié.

-Non, jamais les familles de sang pur n'ont incinéré leurs morts, elle sera enterrée dans le tombeau familial comme tous les membres de la famille Malfoy, coupa Draco d'une voix acérée en dévisageant son parrain comme s'il était tombé sur la tête.

Le maître des potions s'attendait à cette réaction et ne fut pas surpris.

-Réfléchis un peu, si nous faisons cela, les mangemorts auront aussitôt fait de profaner sa tombe et de s'emparer de son corps! Voldemort la recherchait vivement avant sa mort, il désire s'approprier cette magie, même si c'est impossible pour lui de le faire. Il détient ta tante, sa mangemort la plus fidèle, alors si tu crois qu'il va s'abstenir concernant le corps de ta mère, qu'il considère comme une traîtresse, tu es stupide.

-Nous pouvons mettre des protections! Ragea Draco qui réalisait l'absurdité de ses paroles, car aucune protection magique, aussi puissantes soient-elles n'empêcheraient le Lord noir de parvenir à ses fins.

Rogue ne répondit pas, il savait que son filleul était à bout, que la perspective de ne pas pouvoir honorer dignement la mort de sa mère rajoutait à son abattement.

-On dit que lorsqu'on brûle un sorcier, toute trace de sa magie disparaît et que son âme est à jamais effacée...

-Sottises... Rien ne pourra l'effacer, elle vit en nous, dans nos souvenirs et surtout en toi, dans ta chair, dit Rogue avec fermeté, repensant à sa propre mère, morte alors qu'il n'était encore qu'un enfant.

-De toute manière nous n'avons pas le choix, céda Malfoy en pinçant les lèvres.

-Effectivement, ajouta l'autre.

Sur ces mots, Rogue salua Draco et s'apprêta à quitter la pièce, mais il se ravisa.

-Tu n'as pas besoin d'affronter cela seul, dit-il.

Draco fronça les sourcils et Severus pensa qu'il allait l'envoyer paître ou encore qu'il allait piquer une crise, mais il resta un bon moment comme cela, pensif.

-Je ne suis pas seul, répondit-il d'un ton mesuré qui ne lui ressemblait pas.


Bellatrix était agenouillée devant son maître, la tête baissée, n'osant pas lever les yeux vers lui, sentant l'aura de sa puissance magique bouillonner de rage autour d'elle.

-Je suis désolée mon seigneur, j'ai essayé de la retrouvée! Carrow me ralentissait, vous savez comment elle était... Rogue a menti maître, j'essayais de la retrouver! Supplia-t-elle d'une voix paniquée.

-Silence! Cracha Voldemort, puis il lui lança un doloris qui la fit s'écrouler sur le sol en hurlant de douleur.

Le sort cessa et Bellatrix haletait à toute allure, crispée sur le sol de pierre froid.

-Maître, jamais je ne vous trahirai, c'est lui le traître, murmura-t-elle de sa voix éraillée par la douleur.

-Severus ne m'a pas trahi, c'est moi-même qui lui ait donné l'ordre de te suivre pour s'assurer que tu menais ta mission à bien et de te ramener ici le cas échéant, coupa froidement Voldemort en la dévisageant avec dégoût.

Bellatrix sentit son sang se glacer à ces mots et un poignard s'enfoncer lentement dans son cœur. Elle ne parvenait pas à croire que son maître l'avait trompée de la sorte, qu'il ne lui faisait plus confiance, elle qui avait toujours été sa plus fidèle servante, elle qui lui vouait la plus pure admiration et son amour. Elle avait de tout temps cru que Voldemort la réclamerait à ses côtés, l'arrachant à cet imbécile de Rodolphus et la faisant sienne. Elle l'avait tellement méritée, elle avait tout sacrifié pour cet homme, elle avait patienté à Azkaban pendant plus de 14 ans, sachant qu'il reviendrait pour la libérer.

-Maintenant que ta sœur est morte, tu es l'unique personne qui possède ce qui m'intéresse...

Elle fronça les sourcils sans comprendre ce qu'il voulait dire.

-Tu es la dernière descendante de la famille Black, tu es la seule à pouvoir me donner cette magie du sang et je ferai tout pour l'avoir maintenant que j'ai vu ce qu'elle pouvait faire, continua-t-il alors que les yeux de la mangemort s'agrandissaient de plus en plus au fur et à mesure qu'elle comprenait.

-Non mon seigneur, vous faites erreur, je n'ai pas hérité du don! Dit-elle en se redressant, remplie de terreur face à lui qui la dévisageait maintenant avec avidité de son regard rouge.

Il claqua des doigts et des chaînes magiques la retinrent au sol en s'enfonçant douloureusement dans sa chair, l'empêchant de faire tout mouvement et bien évidemment de prendre la fuite, même si elle ne l'aurait jamais fait. Elle se doutait de l'horreur qui l'attendait, mais elle ferma les yeux, se préparant à souffrir mille morts plutôt que de décevoir celui qui était le centre de son admiration la plus totale.

Elle ne possédait le don que sa sœur avait hérité de leur mère, mais elle savait qu'il ne servait à rien de le répéter au seigneur des ténèbres, il ne la croirait que lorsqu'il l'aurait par lui-même constaté et elle savait qu'elle n'y survivrait pas. Le sol de pierre était glacé et elle pouvait le sentir à travers sa robe assez légère, mais elle essayait de ne pas avoir peur, elle devait servir son maître, peu importe en quoi cela consistait. Elle entendit un mouvement de tissu qui glissait sur la pierre et su qu'il s'approchait d'elle.

-Ouvre les yeux, ordonna-t-il d'une voix vide de toute émotion.

Elle obéit immédiatement, mais n'osa pas le regarder droit dans les yeux.

-Tu vas me dire tout ce que je veux savoir.

-Oui maître, murmura-t-elle en regrettant les liens qui la maintenaient au sol et l'empêchait de lui toucher une dernière fois.


Lors du retour de Harry et Draco à Square Grimmaurd, ils avaient eu droit aux semonces et aux regards réprobateurs de Lupin, Tonks, Monsieur et Mme Weasley. En fait, c'était plutôt Harry qui avait eu droit à ces reproches, car ils avaient laissé Draco tranquille étant donné les circonstances. Remus avait été particulièrement déçu du comportement de Harry et ne s'était pas gêné pour le lui indiquer, il l'avait taxé d'irresponsable et d'imbécile. Jamais il n'avait été aussi dur à son endroit et cela avait blessé le gryffondor plus qu'il n'avait voulu le montrer.

Le loup-garou lui avait bien fait comprendre qu'il n'était plus à Poudlard et que c'était inadmissible pour lui de se mettre en danger de la sorte sans en avertir quiconque. Il l'avait vertement engueulé devant tous les autres ce qui était loin d'être dans ses habitudes.

Hermione aussi avait été semoncée pour avoir aidé Harry dans son entreprise et surtout pour n'avoir pas voulu révéler où il était, sachant que l'Ordre serait aussitôt intervenu pour les ramener à la base.

Sa relation avec Remus était donc demeurée froide depuis leur retour et cela le peinait, car c'était normalement à lui qu'il parlait lorsqu'il voulait se confier et c'était le dernier lien qu'il avait avec ses parents. Il espérait donc qu'au fil du temps, leur amitié revienne comme avant.

Neville, Luna et Hermione, quant à eux, s'étaient jetés dans ses bras et l'avaient accueilli plus que chaleureusement. Ils avaient aussi présenté leurs sympathies à Draco et Luna lui avait fait la bise, à la surprise de tous et surtout à celle du blond qui s'était raidi à ce contact.

Il avait appris que Ginny était partie vivre avec les jumeaux contre l'avis de sa mère, mais elle ne lui avait pas laissé le choix et lui avait dit qu'elle n'en pouvait plus de rester enfermée ici et que de toute manière, elle ne craignait rien, car ses frères la protégeraient. Les jumeaux l'avaient accueilli à condition qu'elle travaille à leur boutique en échange, ce qu'elle avait accepté. Hermione avait alors pris sa chambre, ce qui laissait Harry et Draco seuls dans l'ancienne qu'ils occupaient. Mme Weasley s'était vu rassurer et avait dit que c'était beaucoup plus décent qu'une jeune femme ne partage pas sa chambre avec de jeunes hommes. Harry et Hermione avaient échangé un regard amusé à cette remarque, se rendant compte de l'absurdité de la situation puisqu'ils étaient comme frères et sœurs et que Draco était gay.

La nouvelle des fiançailles de Luna et Neville lui avait fait chaud au cœur, il s'était réjoui qu'enfin un évènement heureux arrive au milieu de cette guerre. De plus, la plante de Neville avait commencé à pousser et bien qu'ils ignoraient tous quelle en était l'utilisation, ce qui les agaçait tous, c'était tout de même une bonne nouvelle.

Ce soir-là, après le souper, Hermione, Luna, Neville, Draco et Harry s'étaient retrouvés au salon tandis que Remus et Tonks étaient demeurés dans la cuisine pour discuter avec les Weasley. Remus et Tonks semblaient passés de plus en plus de temps ensembles si bien que des rumeurs circulaient à leur sujet, mais Harry pensait que c'était une bonne chose, Tonks était gentille et Remus méritait d'être heureux et que de bonnes choses lui arrivent pour une fois. Harry écoutait distraitement la conversation qui avait lieu entre ses amis et sourit en complimentant Luna sur la bague de fiançailles que lui avait donnée Neville lorsqu'elle la lui montra. Hermione discutait avec Draco de potions pour tenter de le joindre à conversation, sachant qu'il en avait fait toute la journée, mais il avait l'air ailleurs et lui répondait le plus brièvement possible. Harry savait que quelque chose le tracassait et il se doutait que la visite de Rogue y était pour quelque chose.

Neville leur raconta comment la plante grandissait de plus en plus et il dit qu'il devrait en avertir Dumbledore, mais qu'il ignorait comment, car il ne connaissait pas le lieu où il se trouvait. Harry lui suggéra de demander à Remus ou à Arthur Weasley qui avaient certainement un moyen de le contacter.

Il jeta de nouveau un regard à Draco qui acquiesçait lentement à une question que venait de lui poser Hermione, leurs regards se croisèrent alors et Harry vit qu'il n'allait pas bien. Il le connaissait désormais assez bien pour le remarquer aussitôt lorsque quelque chose clochait chez le blond. Il interrompit sa conversation avec Neville et invita Draco à monter à la chambre avec lui. Les autres leur souhaitèrent une bonne nuit et continuèrent leur discussion. Hermione lui lança un regard inquiet, mais Harry la rassura d'un bref signe de tête et d'un sourire.

Une fois dans leur chambre, ils revêtirent leurs pyjamas en silence et s'assirent tous deux sur le lit de Harry.

-Ça a été avec Rogue? S'enquit Harry en s'installant dans son lit.

Draco haussa les épaules en s'adossant au mur, il avait l'air particulièrement fatigué et las.

-Lui as-tu parlé du pendentif? Demanda Harry en désignant le tiroir de sa table de chevet dans lequel il savait qu'il se trouvait, protégé par un sort.

Le blond soupira fortement, mais Harry ne s'en préoccupa pas outre mesure, l'autre était particulièrement excédé le soir, car les journées lui pesaient et il savait qu'il faisait de nombreux efforts pendant le jour pour ne pas s'effondrer. En fait, il avait de la difficulté à comprendre comment Draco faisait pour continuer à vaquer à ses tâches et à côtoyer les autres sans flancher. Lui, lorsque Sirius avait disparu, il n'avait été que sautes d'humeur, altérant entre une tristesse profonde et insurmontable et une colère destructrice et dévorante. Malfoy, quant à lui, vaquait à la fabrication de potion toute la journée, mangeait avec eux, participait faiblement aux conversations, mais depuis leur retour, il n'avait pas pleuré une seule fois et n'avait pas non plus évoqué la mort de sa mère. Harry voyait bien qu'il souffrait, mais il le faisait en silence.

-Non... Il me le prendrait, répondit le blond d'un ton froid indiquant qu'il n'aimait pas se faire questionner de la sorte.

-Ce serait peut-être une bonne chose. On ne sait pas ce qu'il peut faire et après ce qui est arrivé à ta... Commença le gryffondor en se rendant aussitôt compte de sa maladresse.

-Je sais ce qui lui est arrivé, inutile de me le rappeler, je sais plus que quiconque ce qui lui est arrivé! Cracha Draco en s'éloignant de Harry.

Harry afficha une mine désolée en levant les mains en signe de paix et Draco se détendit légèrement.

-Je disais seulement qu'on devrait demander de l'aide à quelqu'un, je ne connais rien dans cette magie et ici, il n'y a aucun livre à consulter sur le sujet. On pourrait en parler à Hermione, après tout, c'est elle qui m'a aidé à te poursuivre après que tu m'aies stupéfixé avant de partir, c'est sûr qu'elle va vouloir t'aider, plaida le brun.

Draco parut considérer l'offre un instant.

-Peut-être, oui... Dit-il, puis il changea complètement d'expression, ajouta : «Penses-tu que si on le détruit, Étienne aussi va...mourir?»

Harry s'était posé la même question à de nombreuses reprises depuis leur retour à Square Grimmaurd, mais il n'avait pas osé la formuler à voix haute, craignant la réaction de Malfoy et ne voulant pas le bouleverser plus qu'il ne l'était, même s'il tentait par tous les moyens de le cacher. Il n'aurait pas non plus dit tout haut que selon lui cela valait la peine de tenter le coup, car cette magie était certainement mauvaise vu l'état dans lequel elle avait plongé Narcissa Malfoy. De plus, il ne pensait pas que garder un tel objet à proximité était une bonne chose.

-As-tu ressenti des effets? Je veux dire par rapport à la magie du sang? Demanda le brun.

-Non, mais ce n'est pas surprenant, je l'ai toujours eu en moi, c'est juste que je l'ignorais, il n'y a rien de changé. Tant que je ne l'utilise pas, il ne devrait pas y avoir de problème. Je ne l'ai pas dit à Severus et je ne tiens pas à ce qu'il soit au courant, répondit Draco en fronçant les sourcils en direction de Harry pour l'avertir de tenir sa langue, car il savait que c'était son genre d'aller lui dire, «pour sa sécurité».

-Mais tu as déjà commencé à l'utiliser et lorsque tu as perdu conscience là-bas, qui sait ce qui t'es arrivé, je veux dire...

-Tout va bien! Grogna le blond pour mettre un terme au sujet.

Draco bâilla longuement et Harry en fit de même.

-Je crois que nous devrions dormir, dit le brun en tirant les draps de son lit.

Le blond acquiesça et se glissa à ses côtés dans le lit, sans rien ajouter. Harry, comme tous les jours depuis leur retour, le laissa faire sans rien dire et tira la couverture sur eux. S'il avait tout d'abord été plus que surpris lorsque Draco s'était glissé dans son lit le premier jour, il n'avait fait aucune remarque et s'était dit que c'était peut-être normal que l'autre ait envie de ne pas être seul après les évènements qui s'étaient produits quelques heures plus tôt. De toute manière, il était alors tellement épuisé qu'il ne s'était pas vraiment posé de questions et avait sombré dans un sommeil profond qui avait duré jusqu'au lendemain midi. À son réveil, Malfoy n'était plus dans le lit, ni même dans la chambre et ils n'en avaient pas parlé, faisant comme si de rien n'était.

C'était le lendemain, lorsque le blond était revenu dormir avec lui qu'il s'était posé plus de questions, mais encore là, il n'avait pas osé dire quoi que ce soit et la chose ne le dérangeait pas. Ils n'en avaient pas non plus parlé le lendemain et rendu au troisième jour, il sentait qu'il était désormais trop tard pour en parler et donc, le sujet n'avait jamais été abordé entre eux. En fait, Harry craignait surtout que s'il en parle à Malfoy, celui-ci se fâche ou se mette sur la défensive et cesse de partager son lit. Aussi difficile était-il de l'admettre, il appréciait la nouvelle habitude du blond, mais ça, il ne l'aurait jamais avoué, même sous la torture.

Ce n'était pas si gênant après tout, car ils dormaient chacun de leur côté, sans jamais se toucher. Le comportement général de Malfoy à son endroit s'était aussi un peu modifié, il lui parlait plus ouvertement et leur épreuve les avait rapprochés, mais il était toujours prêt à se braquer au moindre commentaire qu'il n'appréciait pas, c'était tout de même Draco Malfoy.

Comme s'il avait pu lire dans les pensées du brun, Draco se retourna pour lui faire face et Harry pouvait voir qu'il avait les yeux ouverts.

-Ils veulent l'incinérer, dit simplement le blond.

Ne comprenant pas où se situait le problème, mais ne voulant pas passer pour un inculte du monde sorcier, Harry acquiesça en marmonnant un «d'accord».

-Non, ce n'est pas du tout «d'accord»! Aucun sorcier de sang pur ne s'est jamais fait réduire en cendres, ça c'est pour les créatures magiques, les monstres, les vampires et les loups-garous! Se fâcha Draco.

Harry fronça les sourcils à la façon dégoûtée et méprisante dont Draco prononça le mot «loups garous», Remus en était un et il n'était d'aucune façon un monstre. Parfois les idées arrêtées et élitistes du serpentard lui rappelait comment il avait pu lui porter une haine si féroce à une certaine époque et même s'il avait appris à apprécier sa présence, il n'aimerait jamais ce côté de sa personnalité.

-Ses... restes seront mis dans le tombeau familial dans deux jours. Tu... Je me demandais si...

-Je viendrai, dit Harry doucement, touché que Draco requière sa présence dans un tel moment.

Harry devina que Draco avait acquiescé en voyant du mouvement et en entendant le bruissement sur l'oreiller. Ce qu'il ignorait, c'était que Draco ne pouvait plus parler, car sa voix s'était bloquée dans sa gorge et ses yeux s'étaient remplis d'eau. Il se força au calme et murmura un «Bonne nuit Potter» avant de se retourner dos à lui par crainte que l'autre ne se rende compte des larmes qui coulaient sur ses joues.

-Bonne nuit Draco, répondit Harry et il se raidit lorsqu'il entendit le prénom du blond franchir ses lèvres, mais l'interpellé ne fit rien du tout.


-Oui, j'ai déjà entendu parler ce cela dans mes cours de magie ancienne, réfléchit Hermione à voix haute après avoir écouté attentivement Draco en silence.

Dès leur réveil, Harry avait insisté pour qu'ils parlent du pendentif à Hermione, Draco avait rechigné, mais il avait fini par accepté, voulant obtenir des réponses et étant un peu inquiété par la présence de l'objet magique dont ils ignoraient tout à ses côtés. Il tut par contre son inquiétude à Potter, ne voulant pas que l'autre voie sa faiblesse.

Draco avait raconté à contrecœur ce qu'il savait sur le pendentif, que c'était un cadeau qu'il avait autrefois fait à Étienne, qu'il avait été ensorcelé par sa mère et permettait de contrôler le mangemort, d'une certaine façon. À la mention de sa mère, il s'était raidi et Harry avait voulu prendre le relais, mais il l'avait arrêté d'un geste de la main, car c'était à lui de raconter cela. Il lui raconta que sa mère avait hérité du don qui se passait parfois de mère en fille dans sa famille de pouvoir utiliser la magie du sang.

Il cacha cependant tout ce qui l'entourait lui-même, il ne révéla pas qu'il pouvait lui aussi contrôler Étienne, qu'il avait eu des visions de sa mère enfant et qu'il avait eu ces illusions de sa mère lorsqu'il était dans la cabane. Il n'avait pas non plus parlé des évènements qui s'étaient déroulés dans la cabane à Potter. Il ne dit pas non plus à la jeune femme qu'il avait lui aussi hérité de ce don, même s'il était un homme.

Hermione continua à murmurer à voix basse, comme pour elle-même et Draco jeta un regard interrogatif au brun qui secoua la tête pour lui assurer que tout était normal et que c'était dans ces habitudes de réfléchir ainsi. Mal à l'aise, le blond bougea sur le lit qui n'avait pas été fait et sur lequel il était assis, alors qu'Hermione était assise sur l'autre lit lui faisant à côté d'Harry. Soudain, la jeune femme releva brusquement la tête et son regard s'attarda sur le lit défait, puis sur les deux oreillers posés l'un à côté de l'autre, puis sur le lit qu'occupait normalement Draco et dont l'oreiller était absent, puis il alla de Draco à Harry qu'elle dévisagea un moment d'un air surpris. Ce dernier comprit immédiatement à ce qu'elle pensait et pria pour qu'elle ne dise rien et lorsqu'elle ouvrit la bouche, il retint presque son souffle.

-Est-ce que je peux voir ce pendentif? Demanda Hermione en se tournant vers le serpentard qui affichait un air froid et distant, comme s'il n'avait rien remarqué de ses regards sur le lit dans lequel ils avaient dormi.

Harry remercia le ciel qu'Hermione n'ait fait aucun commentaire, mais se sentir rougir tout de même et ce maudit pour cela. Dès que quelque chose le gênait, il devenait aussitôt écarlate, c'était son point faible et il en était d'autant plus gêné, ce qui n'améliorait en rien les choses.

Draco hésita un instant, puis il se pencha vers la table de chevet, marmonna une formule et en tira le petit pendentif en or blanc. Le médaillon qui était à l'origine de la même couleur que la chaîne brillait maintenant d'une étrange lumière bleutée. Il le tendit alors à Hermione qui s'en saisit, mais elle poussa aussitôt un hurlement et le laissa tomber par terre, portant rapidement sa main à sa bouche comme si elle s'était brûlée. Les trois se regardèrent avec surprise et Draco se pencha doucement pour le ramasser, le touchant d'abord du bout des doigts, craignant de se brûler à son tour, mais le métal était tiède à son contact.

Hermione regarda sa main et vit qu'une petite cloque commençait à se former à l'endroit où le médaillon l'avait touché, elle lança un bref sort de diagnostique pour être certaine de ne pas avoir été contaminée par cette magie, mais c'était seulement une brûlure.

-As-tu touché au pendentif? Demanda-t'elle à Harry.

-Non, jamais.

Elle acquiesça lentement, pensive, puis jeta un regard à la main de Malfoy dans laquelle le bijou était posé et qui ne ressentait aucune douleur.

-Ce que je ne comprends pas, c'est comment toi tu peux y toucher. Peut-être que c'est parce que tu es son fils et que son sang coule en toi, dit-elle en fronçant les sourcils, puis elle continua :« Dans mon cours, nous avons appris que la magie du sang se transmet génétiquement et qu'elle a peu à peu disparu au fil du temps, car elle ne se transmet pas à tous les descendants d'un porteur. Aussi, elle a été considérée diabolique au Moyen âge et fut interdite, on brûlait d'ailleurs ceux qui la pratiquait et on tuait leur descendance pour ne pas qu'elle se transmette. J'imagine qu'il doit y avoir une infime partie de sorcier qui la pratique encore aujourd'hui et cela doit demeurer très secret, car il faut une offrande de sang pour en accomplir les sorts et normalement ces sorciers utilisaient celui d'un autre sorcier, car sinon...

-Oui, je sais, grogna Malfoy qui avait été troublé lorsque Hermione avait dit que les sorcières coupables avaient été brûlées se disant que c'était aussi le sort qu'attendait sa mère, mais il serra la mâchoire à s'en faire mal pour retenir le flot d'émotion qui menaçait de le renverser.

-Pardon, s'excusa Hermione en grimaçant.

Harry lui fit signe de continuer non sans lancer un regard à Malfoy.

-J'imagine que dans ce pendentif se trouve une partie de... la force vitale de cet homme, d'une partie de son âme en quelque sorte, ces sorts étaient assez communs à l'époque pour réduire un ennemi en esclavage, c'est pour cela qu'il obéissait à ta mère, expliqua-t-elle.

-Que va-t-il se passer si on détruit le pendentif? Va-t-il redevenir... complet? Demanda Harry.

Elle parut hésiter un instant, car elle n'avait pas appris cela dans ces cours.

-Je ne sais pas vraiment, mais je ne pense pas, je pense que le choc le tuerait, surtout après avoir été séparé si longtemps de cette partie de lui. Par contre, je ne pense pas qu'il pourrait survivre ainsi indéfiniment, en fait, je ne comprends pas que le pendentif ait continué à contenir son âme ainsi après... le décès de... je veux dire, ce collier n'a pas de force magique en lui-même, il ne fonctionne que parce qu'il s'alimente de la magie de son porteur, plus de vie, plus de magie... Je ne comprends pas... À moins que...

Elle dévisagea alors le collier dans les mains de Malfoy, puis Malfoy lui-même.

-C'est toi qui alimentes le collier! Évidemment! S'exclama-t-elle comme si une révélation venait de s'imposer à elle.

Draco fronça les sourcils, c'était impossible, il ne pouvait pas alimenter le pendentif, il n'avait rien fait pour cela. De plus, il ne le portait jamais sur lui et il était toujours rangé dans le tiroir. Ce fut ce qu'il lui dit.

-Tu n'as pas besoin de le porter, il se nourrit de toi à distance. Il agit comme un parasite et s'est associé à toi lorsque tu l'as pris, ne pouvant plus retourner vers son ancien... hôte. Malfoy, cela signifie que tu as hérité du don de ta mère, dit Hermione avec inquiétude.

Draco soupira bruyamment. Hermione aurait pensé qu'il aurait été surpris, mais il n'en était rien.

-Tu le savais déjà...

Harry et Draco acquiescèrent en silence.

-Pourquoi ne m'avoir rien dit dans ce cas? S'offusqua la brune et dévisageant surtout son meilleur ami qui ouvrit les bras pour lui signifier que ce n'était pas sa faute et que lui avait voulu le lui dévoiler.

-Ça ne te regardait pas, c'est tout, répondit Draco de son ton hautain qui ne pouvait être plus mal placé dans cette situation.

-Si ça ne me regardait pas, pourquoi avoir réclamé mon aide Malfoy? Répondit Hermione du tac a tac en serrant les dents, elle détestait cette manière qu'il avait de la traiter de haut.

Harry leur intima de se calmer.

-On n'a qu'à détruire le pendentif alors, comme ça il ne se nourrira plus de toi et on en sera débarrassé une bonne fois pour toutes, ensuite tu n'auras qu'à faire comme avant et à ne pas utiliser cette magie dangereuse, prononça le survivant comme si c'était la solution la plus évidente qui se présentait à eux.

Le silence de Draco fut la seule chose qui accueillit sa déclaration. Hermione bougea nerveusement sur le couvre-lit, faisant bouger un peu le matelas. Harry la regarda et vit qu'elle se mordait nerveusement les lèvres, Malfoy, quant à lui, observait le pendentif de manière hypnotique et son visage n'affichait aucune expression, c'était donc impossible de savoir ce qui lui traversait l'esprit. Harry attendit encore un moment, ne comprenant pas que les réactions à sa si simple solution suscitent si peu d'enthousiasme ou même d'intérêt. Pourtant c'était un choix facile, une solution sans danger bien plus facile à faire que nombre de celles qu'il avait dû appliquer avec Ron et Hermione lors de leurs aventures.

-Bon, alors on le fait? Réitéra le brun en touchant le bras d'Hermione pour attirer son attention, ne comprenant pas ce qui lui prenait d'être si peu amène soudainement.

Elle lui fit une esquisse de sourire, mais il la connaissait suffisamment pour voir que quelque chose n'allait pas.

-Je ne peux pas faire ça, murmura Draco d'une voix qui ne lui ressemblait en rien.

-Quoi? S'écria Harry qui ne comprenait définitivement plus rien à ce qui se passait.

-Harry, si on détruit le pendentif, comme j'ai dit tout à l'heure, ça va aussi tuer..., commença Hermione.

-Mais on s'en fout de ce mangemort! Malfoy, on parle bien de cet enfoiré qui t'a trahi! Se fâcha Harry qui n'arrivait pas à en croire ses oreilles.

-Je ne peux pas! Hurla à son tour Draco en se levant.

-Il t'a attaqué dans la tente, il te détruit avec ce collier! Putain de merde, c'est lui qui t'a laissé te faire violé par une vingtaine de mangemorts pendant qu'il matait en te retenant! En te retenant! Comment peux-tu vouloir risquer ta vie pour lui? Tu l'aimes encore? Si c'est le cas, tu es vraiment le pire des connards! Vociféra le survivant en se levant à son tour, rejetant la main qu'Hermione avait posée sur son avant-bras pour le retenir.

Draco ouvrit grand les yeux à ces paroles, comme s'il n'arrivait pas à croire qu'elles sortaient bien de la bouche de celui qu'il avait autant laissé se rapprocher de lui, celui avec qui il dormait depuis bientôt une semaine, celui qui était devenu la personne la plus proche de son entourage. Il était à la fois en colère de se faire dire une telle chose, mais au fond de lui, il savait que le gryffondor avait raison, même si cela était terrible à s'avouer.

Il aurait voulu desserrer sa main du pendentif, le laisser tomber par terre et qu'ils le détruisent maintenant, mais il en était incapable et il se dégoûtait pour cela. Les paroles du brun étaient justifiées; il était le pire des connards, le pire des lâches. Pour la première fois de sa vie, il ne put rien répondre, il ne se reconnaissait plus lui-même et tout ce qui semblait le remplir était cette détresse immense et sans fond.

Il sut alors que par ces gestes il avait brisé quelque chose à jamais entre Potter et lui et, il ne l'aurait jamais cru auparavant, mais cette perspective le terrifiait et l'angoissait au plus haut point. Il voulut ouvrir la main, jeter le pendentif par terre, il hurla à son corps de le faire, mais sa main restait toujours fermement agrippée au bijou.

Harry dévisagea longuement Draco, tremblant et fou de rage, attendant une réponse qui ne vint pas.

-Je n'arrive pas à le croire... Dit le brun en secouant la tête de gauche à droite et en quittant la pièce, faisant claquer la porte derrière lui.

-Il va se calmer, dit Hermione qui était troublée par la rage de son ami qu'elle n'avait jamais vu agir ainsi.

Contre toute attente, Hermione vit de larmes couler le long des joues du blond et bientôt, il éclata en profonds sanglots. Désemparée face à ce qu'elle n'aurait jamais cru voir de toute sa vie, elle figea pendant quelques secondes, puis elle se leva et s'assit à côté de Malfoy qui n'essayait même pas de dissimuler ses pleurs. Ils restèrent ainsi longtemps, Hermione ne savait pas combien de temps exactement, mais étant donné le malaise de la situation, celui lui parut une éternité. Elle n'osait pas le toucher, elle était seulement assise à ses côtés et lui tendit une boîte de mouchoirs en silence. Elle aurait donné n'importe quoi pour être ailleurs et elle en voulu à son meilleur ami, mais en même temps, elle comprit quelque chose, quelque chose dont elle s'était doutée, mais dont elle avait maintenant la confirmation, elle devrait lui en parler pour clarifier la situation.

-Maintenant, je suis seul... Marmonna alors Draco ce qui brisa le cœur d'Hermione.


Note l'auteur :

Et puis? Ça vous a plus?

Moi, de mon côté, ce fut très agréable à écrire et ça a juste coulé hyper facilement. J'ai adoré écrire la dernière partie et je me suis lâchée lousse dans la cuteness, pour une fois que je n'écris pas des scènes de tristesse, de colère ou d'horreur, ça faisait du bien!

Avez-vous de la peine pour le pauvre Lucius qui se fait rejeter de la sorte par son fils alors qu'il a perdu sa femme et qu'il est blessé et affaibli et tout seul?

Prochain chapitre : Étienne et le fameux pendentif (TATATAM!), Neville/Luna et la plante, Hermione qui reprend du service!

Merci infiniment de me lire et merci triplement à ceux qui prennent le temps de me laisse un petit mot auquel je me ferai une véritable joie de répondre!

Harley Q.