Salut mes chers lecteurs et lectrices!

Merci de votre patience!

Merci aussi à ceux qui sont venus me "botter les fesses" pour savoir quand serai posté mon nouveau chapitre! Mine de rien ça me fait accélérer lol


Hermione baissa les yeux sur sa magie rougeoyante, scrutant les langues de chaleur qui s'enroulaient sur elles mêmes. Il lui semblait qu'elles lui résistaient, ne cédant à son regard qu'à contrecœur, comme si elles cherchaient à protéger un secret profondément enfoui sous la lave.

Alors elle persista. Elle ouvrit chaque fleur et remonta chaque rivière. Elle souleva le moindre pétale, et détourna le moindre courant incandescent qui semblait éternellement se mettre entre elle et ce nouveau froid dont elle semblait se nourrir.

Plus elle creusait profondément en elle, plus elle sentait sa douce morsure et quand enfin il ne resta plus nul part où chercher, elle vit le dernier bouton solaire flotter au cœur du brasier. Doucement, comme si elle craignait d'anéantir ce qu'elle allait y trouver, elle écarta un à un les derniers doigts de flammes et le cœur battant elle les regarda s'épanouirent sans plus de résistance. C'est là, au creux d'elle même, qu'elle la vit pour la première fois briller dans son écrin d'acier. Froide et précieuse, enroulée dans l'infini de ses cristaux glacés, grandissait la vie.

À cet instant Louis apparut près d'elle. Le visage sombre, il tenait un parchemin dans son poing.

« Je sais où ils ont emmené Malfoy. Et je sais qui le détient. »

Suite du chapitre « La tempête venue du nord ». Hermione découvre qu'elle est enceinte, Harry réapparait et ils apprennent que Draco est détenu au Witchery par les Russes et Voldemort.


« Je t'arrange ça en deux secondes, Potter. » Proposa Louis, ses doigts fins jouant avec sa baguette magique.

Harry, assis dans un des fauteuils de la salle commune des Poufsouffles, avait renversé la tête en arrière et couvrait son nez ensanglanté d'un mouchoir déjà imbibé.

« Non, merci Louis. Je l'ai mérité. »

Debout derrière lui, Aliénor lisait gravement le parchemin qui était arrivé le matin même, envoyé par un de ses nombreux informateurs disséminés dans Édimbourg. Bien qu'elle ait eu l'air absorbée, Hermione la vit tiquer et un instant elle lança à Harry un regard réprobateur.

Ce matin, quand Ron avait aperçu Harry dans le parc, il avait fait trois grands pas dans sa direction avant de lui écraser son gigantesque poing dans la figure. Harry n'avait pas fait un geste pour l'arrêter et il s'était volontairement laissé casser le nez. Il était resté là, le sang dégoulinant entre ses lèvres écarlates et le long de sa mâchoire blanche. Ron avait fulminé un moment, son plaisir à moitié évanoui et sapé par l'absence de combattivité de l'adversaire, avant de battre en retraite sans un mot. Le bonheur des retrouvailles viendrait mais pour le moment, soulagement et colère livraient leur bataille dans le cœur de Ron.

« Oui, tu l'as mérité. » Ron, adossé au mur à l'autre bout de la salle, posait sur lui un regard d'acier. Ce nouveau regard dur et intransigeant qu'Hermione était encore parfois surprise de voir briller sous ses mèches flamboyantes.

« C'est pour nous avoir laissé croire que tu étais mort durant toutes ces années. » Laissa-t-il tomber avant de se tourner vers Louis, son regard implacable à présent posé sur le jeune blond.

« Et toi ne t'avise pas de l'arranger, sinon ton nez sera le suivant à y passer. »

N'importe qui aurait flanché devant le calme et la colère qui couvait sous l'immense corps parfaitement immobile. Un mouvement, un seul instant, c'est tout ce qu'il fallait à Ron pour faire surgir le monstre de ses entrailles et lacérer chaque corps présent dans cette pièce. N'importe qui sauf Louis.

Hermione vit les prunelles étincelantes du Montdragon glisser lentement dans l'ombre de ses cils pour se poser finalement sur Ron. De sous ses paupières et boucles blondes, figé dans sa perfection, il ne le lâchait pas des yeux, aussi mutin que venimeux.

Le silence s'étira, lourd et provocateur et Aliénor se déplaça légèrement sur la droite, s'interposant entre son frère et le loup. Elle déposa la lettre sur la table, prés d'elle, comme si de rien n'était mais Hermione voyait qu'elle se tenait prête à intervenir.

« Que fait-on pour Draco ? » Interrogea-t-elle pour détourner l'attention.

« Je vais aller le chercher, répondit Louis dans le silence de la salle. On ne peut pas le laisser là-bas. »

« Je ne savais pas que tu t'étais fais un nouveau meilleur ami, Louis. » Lança Ron, prêt à tout pour évacuer sa mauvaise humeur.

« Je préfère savoir le Résurrectionniste de notre bord que de celui de Voldemort. » Trancha Louis. Hermione baissa les yeux. Elle savait, elle, que Draco ne serait plus jamais du bord de Voldemort, mais il ne serrait sans doute jamais vraiment du leur non plus.

« Et puis c'est le père de l'enfant ! » Reprit Louis.

Harry avait tourné les yeux vers Hermione mais n'avait rien dit. Ils étaient tous au delà de bien des choses depuis la guerre.

Et si la prophétie n'était pas d'eux, Harry et Aliénor en étaient les seconds créateurs. Ils l'avaient saisi entre leurs mains d'enfants prodiges et nourri de désespoir et de magie.

Ils l'avaient rendu possible, ils lui avaient donné la vie. Ils avaient fait descendre Uranus des étoiles jusque dans leur douloureuse réalité.

« Oui, c'est vrai. C'est son père… » Avait répété Ron en se calmant immédiatement comme s'il avait déjà oublié ce fait. Il était encore ébranlé et Hermione ne pouvait pas lui en vouloir. Elle même avait les plus grandes difficultés à intégrer cette nouvelle idée.

« Je vais aller le chercher. » Répéta Louis.

« Non, tu ne dois pas t'approcher de Voldemort. » C'était Harry qui avait parlé et Hermione lui lança un regard surpris.

« Il a raison, approuva Aliénor, plus habile qu'Hermione à dissimuler ses émotions. Elle ne jeta pas même un regard à Harry, pourtant ses yeux s'étaient troublés.

« Tu ne dois pas y aller, Louis, reprit-elle. Tout le monde te croit mort et c'est un atout considérable pour nous. Nous allons avoir besoin de toi pour autre chose. »

Hermione essaya d'attraper le regard de la Montdragon mais celle-ci se déroba. Autre chose ?

« C'est moi qui vais aller le chercher. » Dit Harry en retirant le mouchoir de son visage.

Il y eut un court silence étonné vite rompit par Ron qui apparemment avait d'autres choses en tête.

« Où étais-tu ces derniers mois ? » L'interrogea-t-il sans la moindre once d'affection dans la voix.

« Je cherchais le Graal. » Répondit-il simplement. Hermione étouffa une exclamation de surprise pendant que Ron le fixait froidement, imperturbable. Aliénor et Louis, eux, ne semblèrent pas surpris.

« Je voulais le trouver avant lui mais j'ai échoué, soupira-t-il, l'air fatigué. Comme toujours. Ma propre mort continue de me filer entre les doigts. »

Aliénor qui était retournée près de lui baissa la tête et ses cheveux blonds glissèrent sur ses joues qui avaient pâli.

« Alors ma famille a échoué en fin de compte, murmura-t-elle. J'ai échoué. »

« Ce n'est pas de ta faute, déclara Harry. Le ton était sincère mais sans aucun apitoiement. Il n'était pas là pour l'épargner ou la protéger, on ne protégeait pas Aliénor de Montdragon. Elle était l'élite, l'enfant de plusieurs siècles de vies et de morts qui avaient laissé leurs baisers sur ses lèvres et son âme.

« Je savais que durant l'attaque de votre famille Telchar avait disparu. J'ai appris après que c'était pour confier la coupe à l'Étoile, une congrégation secrète de Gobelins qui trouvent, cachent et protègent les plus vieux trésors du monde. »

« J'ai entendu parler d'eux, coupa Aliénor. Des pirates, des violeurs de tombes et de temples. Ils n'ont aucunes règles, aucun honneur. Ils mourront pour voler ce qui ne leur appartienne même pas. »

« Ils mourront aussi pour le protéger, tempéra Harry. J'imagine que c'est pour ça que Telchar a choisi de leur donner le Graal. Il ne voyait qu'eux pour le dissimuler aux yeux de Voldemort. »

Harry se tue un instant, partagé entre colère et résignation.

« Il a toujours été fidèle aux Montdragon cependant et il a cherché à le récupérer plusieurs fois après ça. Mais ses congénères l'ont trahi. Ils n'ont jamais voulu le lui rendre. Ils savaient qu'il s'empresserait de le remettre à sa maitresse et pour eux il était inconcevable, presque blasphématoire, qu'une simple humaine, même sorcière, possède cette coupe. »

La voix d'Harry trembla quand il prononça le mot humain. Il fixait Aliénor, ses cheveux blonds comme le soleil et la courbure princière de son cou. Il voyait la lumière dans l'acier de sa lame et la nuit dans le noir de ses lèvres. Jamais tel humain n'avait posé ses pieds sur leur monde. Elle était la gardienne et le guerrier et il était tombé pour la plus belle des reliques après laquelle il eut jamais couru.

« Quand j'ai réussi à le persuader que je ne voulais pas la coupe pour moi mais seulement la remettre entre tes mains, il a accepté de me mener à l'Étoile. Ce fut long, même avec son aide car ils changent constamment de place. Nous sommes arrivés trop tard. Voldemort était déjà passé par là. »

« Qu'est-il arrivé à Telchar ? » Interrogea Aliénor en regardant Harry droit dans les yeux.

« Il est mort, répondit-il tristement. Il s'est tué avec les quelques autres chargés de protéger la coupe et qui avaient survécu à l'attaque de Voldemort. Ils ont dit que tel était leur châtiment pour avoir failli. » Aliénor, peu surprise, hocha la tête avec résignation.

« Il était un bon conseiller, ses avis me manquerons. » Hermione devina que venant de la jeune femme, toujours si froide et grave, ces quelques mots représentaient une grande marque d'affection.

« Après ça j'ai cherché à savoir où Voldemort l'avait caché et ce qu'il voulait en faire mais cela ne servait plus à grand chose, continua Harry. Je me suis alors demandé pourquoi tes parents ne t'avaient jamais parlé de la coupe ? Pourquoi t'avoir entrainé si intensivement, presque cruellement, à protéger quelque chose dont ils t'avaient toujours tenu dans l'ignorance ? C'était forcément qu'il y avait autre chose. Tu étais destiné à te battre pour un autre trésor. »

Harry se tourna vers Louis mais c'est à sa sœur qu'il s'adressa.

« Te souviens-tu de ce que tu m'as raconté ? Te souviens-tu de ce que ton père t'a dit, en haut de la tour, quand il t'a offert ton armure ? »

Aliénor fronçait les sourcils. Elle se souvenait mais ne semblait pas comprendre où il voulait en venir.

« Il ne t'a jamais dit de protéger le Graal, reprit Harry. Par contre, il t'a fais jurer de protéger autre chose. Il t'a fait jurer de protéger… »

« … mon frère. » Acheva Aliénor dans un souffle.

Tous les yeux se tournèrent vers le jeune homme. Son profil découpé et ses sourcils blonds, irréel dans sa perfection.

« Je ne sais pas ce que t'ont fait tes parents, Louis, murmura Harry après un silence. Je sais juste que si Aliénor est la gardienne, toi tu es le trésor. »

Hermione comprenait à présent. Cette couronne de lumière qui brillait continuellement autour de sa tête blonde, même sans le moindre éclat de soleil, n'était autre que le bandeau d'immortalité qui ceignait d'ordinaire le front de jeunes dieux. Il avait été déposé sur les cheveux de soie d'un enfant des citadelles du vent, ces châteaux construis sur le toit des hommes. Les plus proches des cieux et les plus proches des Dieux.

« Mais tout cela n'est pas notre combat, c'est celui de votre famille, souffla Harry. Je sais juste qu'il n'est dans l'intérêt de personne de te laisser approcher de Voldemort, Louis. »

Aliénor fixait son frère mais il était impossible de comprendre ce regard, car plus que celui d'une sœur, il y avait aussi le poids de plusieurs générations de Montdragon. Tous anciens protecteurs du secret Cathare et des reliques de Dieu. Après un moment Harry reprit la parole, les yeux rivés sur elle.

« Nous devons suivre la prophétie, Ali. Voldemort doit me tuer et Hermione devra l'anéantir. Ainsi Louis sera en sécurité. Uranus sera en sécurité. Et notre monde avec eux. »

Elle se tourna vers lui, plus rigide que jamais et ses doigts caressant inconsciemment le pommeau de l'épée qui pendait au côté de sa haute silhouette.

« Ce soir nous irons chercher le Résurrectionniste et nous le ramènerons aux côtés d'Hermione et de son fils, déclara Harry. Car c'est là qu'est sa place dans cette guerre et nulle part ailleurs. »


Quelques heures plus tard, au Witchery

« Aujourd'hui ? »

Draco, anxieux comme à chaque fois qu'il avait posé cette question, attendait de savoir si le moment propice à son évasion était enfin venu. Au début il l'avait questionné toutes les heures, sa langue brulant de lui demander plus souvent encore, puis jour après jour. Et toujours la réponse muette de la voyante lui écorchait le cœur.

Car elle n'avait plus prononcé un mot depuis leur première rencontre. Elle était restée figée contre la pierre froide, parfaitement immobile dans le drapage de souffrance silencieuse qui était le seul habit qui lui restait. La seule couverture, la dernière protection contre un plus grand mal encore. Draco comprit bientôt que c'était cette douleur plus que l'espoir ou tout autre chose qui la maintenait en vie et elle la protégeait, sachant qu'il s'agissait là de sa dernière réalité dans un monde qui n'existait déjà plus pour elle.

Il dormait, bercé dans le creux de la nuit. Malgré le noir éternel de leur cellule il savait qu'elle était là. Plus épaisse que le jour et plus peuplée aussi. Les autres s'y mouvaient, presque vivants, caressant ses cheveux blonds et le veillant comme une mère son enfant. Il était le seul corps tiède dans le vide glacé qu'ils emplissaient et ils le chérissaient pour ce qu'il y apportait.

« Tu dois partir. Maintenant. »

Quatre mots silencieux mais qui résonnèrent en lui comme un tremblement de terre. Le Résurrectionniste l'avait entendu avant Draco et il lui abandonna immédiatement son corps et sa vie. Aussi silencieux et mortel que les morts, il se redressa dans le noir, son corps tremblant d'un pouvoir qu'il était sur le point de libérer. Il avait passé trois mois dans ce cachot, trois mois à le sentir enfler dans sa poitrine comme un océan qui gronde impatiemment dans l'ombre de la tempête. Mais il n'était plus capable de le contrôler. Il ne voulait plus le contrôler.

Il ferma les yeux et le laissa éclater hors de son corps avec une telle violence qu'il empêcha ses poumons de se dilater et son cœur de battre. Figé à l'intérieur de lui même, il ne s'était jamais senti aussi libre. Il ne s'était jamais senti aussi puissant. Ce qui lui avait demandé des efforts auparavant se faisait maintenant aussi naturellement que de respirer, et il savait pourquoi. Il avait créé et commandé des armées d'inferis mais il ne s'était jamais libéré de la peur de la mort et de la nuit. Cette peur il venait de la quitter, il venait de la laisser glisser de ses épaules, franchissant l'ultime frontière, la dernière barrière qui le séparait de ce qu'il était vraiment : le plus grand Nécromancien de son temps. Un Nécromancien nourri par un Obscurius. Abreuvé de son sombre et terrible pouvoir durant des semaines, il vivait à présent sa force et son ombre comme ce qu'elle était vraiment : une partie de lui même.

Une seconde vague le happa dans l'autre réalité et des milliers de fils explosèrent simultanément hors de son corps, l'écartelant dans l'obscurité. Il n'eut pas à chercher, il savait déjà où ils étaient. Et dans les couloirs, dans les murs et les sous sols, il n'était pas seul. Les chuchoteuses, cette fois silencieuses, l'accompagnaient, bordant son chemin de leur présence.

Lorsque les connections se firent il senti les cadavres se redresser un peu partout dans le Witchery, extensions ténébreuses de lui même. Il n'était plus Draco Malfoy, il était le Résurrectionniste. Il était des dizaines de corps abandonnés à la mort qui se relevaient maintenant pour lui. Voldemort avait commis une grossière erreur en laissant ses victimes à proximité de lui, même sans son anneau, et il allait le lui faire payer.

Une infime impulsion, l'étiolement d'une pensée dans le vide et les morts s'avancèrent, glissant silencieusement le long des couloirs déserts. Il y eut un bruit sourd, presque immédiatement englouti par le silence lorsque le premier corps s'écrasa sur la porte de sa prison. Mais un second suivit rapidement, puis un troisième et bientôt ils furent des dizaines à se ruer en avant alors que Draco les envoyait se heurter aveuglément contre le bois et les enchantements. Ils ne ressentaient aucune douleur, aucune peine et le sang coulait entre la porte et la pierre alors qu'ils continuaient de s'élancer en vagues incessantes qui se déchirent dans le bruit écœurant d'os brisés. La mort elle même frappait à sa porte et Draco voyait les gonds qui commencèrent à céder et le fer à pleurer sous sa main froide.

« Dépêches toi, ils arrivent. » Encore un murmure inaudible qui le transperça de part en part. Il devait s'échapper. Il devait sortir d'ici.

Le Résurrectionniste se redressa un peu plus et l'impulsion ravageuse qui traversa la nuit envoya d'un même mouvement tous les cadavres s'écraser impitoyablement sur la porte qui vola en éclat. La lumière se déversa avec les morts, la chair et le sang et derrière eux se tenaient les silhouettes immobiles de Nicolaï et des autres. Les baguettes se levèrent instantanément mais les morts s'étaient déjà relevés, formant de leur corps déchirés un mur protecteur pour leur maitre. Ils reçurent les sors à la place de Draco et les membres volèrent dans la cellule et l'étroit couloir. Le Résurrectionniste commença à s'avancer, laissant les cadavres le précéder et bientôt il eut franchi la porte de la cave. Les Russes faisaient pleuvoir leurs sortilèges mais chacun d'eux était avalé par un nouveau corps qui s'interposait et jamais ils ne réussissaient à l'atteindre. Les inferis tombaient les uns après les autres aux pieds du Résurrectionniste qui continuait d'avancer, étirant toujours plus loin un chemin écarlate de sang déjà coagulé, forçant ses adversaires à reculer, encore et encore.

Ils avaient rejoint le rez-de-chaussée lorsque les cadavres vinrent à manquer. Démembrés, éparpillés sur les murs et le sol, ils ne parvenaient plus à se relever. Il était temps pour Draco de fuir.

« Attrapez-le ! »

Mais il s'était déjà élancé. Son corps s'écrasa contre la fenêtre à croisillons alors que plomb et verre volaient en éclat. Le tintement des carreaux qui s'écrasent comme une rivière sur les pavés résonna dans la rue sombre mais lui même ne toucha pas vraiment le sol. L'attraction faisait partie de cette autre réalité qui ne pouvait l'affecter lorsqu'il respirait l'air toxique de l'autre côté. Le bout des ses pieds frôla la pierre et le Résurrectionniste le propulsa en avant. Les trainées lumineuses traversèrent l'air autour de lui, accompagnant sa fuite dans une pluie d'étoiles mortelles et magnifiques. Elles étiraient l'ombre de sa haute silhouette sur le sol de la vielle cité qui défilait à grande vitesse dans sa course effrénée.

Dangereusement exposé, il devait retrouver son monde. Il devait aller là où il était le plus puissant. Ses pas lui firent dévaler la Royal Miles, ses assaillants à ses trousses et alors qu'il courait, il scannait automatiquement la ville, repérant morts et cimetières comme cette seconde cité invisible qui s'étendait dans la première. Rapidement dans son esprit se dessina l'étoile sombre de ruelles enterrées. Sous ses pieds s'étirait Mary king's Close, la nécropole. Et entre les murs de ses catacombes, des corps qui dormaient par centaines. Draco accéléra, laissant le Résurrectionniste trouver son chemin pour le monde souterrain. Les Russes se rapprochaient dans son dos, inondant la rue déserte de la magie destructrice de leurs sortilèges et avec eux venait le son effroyable de trottoirs éventrés et de vitrines qui implosaient. Les moldus ne tarderaient pas à envoyer leurs propres forces et il ne tenait absolument pas à se retrouver pris entre les deux.

Draco, sous une impulsion qui n'était pas la sienne, stoppa sa course qui l'emmena glisser sur les pavés mouillés. Il bifurqua dans une étroite ruelle et dévala un escalier. Sa tête blonde passa sous une arcade et sa silhouette fut engloutie dans les ténèbres. L'odeur l'assaillit en premier, celle de la mort mais aussi celle de la maladie qui dort. Lourde et menaçante, elle avait laissé sa marque jusque dans la pierre et le Résurrectionniste senti un frisson secouer son corps. Il y avait des fléaux pires que les sorts et celui ci avait frappé aveuglément, peu importe qu'il y ait de la magie dans le sang. Draco s'était arrêté, un moment submergé par les cris et il les entendait l'appeler, suppliant pour une seconde chance de se relever. Suppliant pour une dernière revanche sur la nuit. Il faisait noir mais pas pour lui et il distinguait chaque pierre, chaque couloir de ce labyrinthe souterrain comme celui d'un monde qui était déjà le sien. Il y avait des rues pavées qui jamais n'avaient vu le ciel, il y avait des maisons abandonnées et des allées vidées d'air et d'humanité. Mais pour lui ce n'était qu'un lieu à l'abri des dieux et de la vie.

Dans son dos la lumière se fit et il sut qu'ils l'avaient rattrapé. Il lança son bras et de ses doigts s'étira de nouveaux fils de soie. Ils plongèrent instantanément dans la terre et les murs et de leurs entrailles de pierres surgirent des dizaines de squelettes ensevelis. Draco senti le souffle des os qui s'effondrent et la poussière qui étouffe les cris derrière lui. Il avait eu le temps de dévaler deux allées lorsqu'une implosion fit vibrer le sol sous ses pieds. Il ressentit jusque dans son propre corps la violence du sort qui avait ouvert une brèche dans le mur de corps qu'il avait dressé pour couvrir sa course et il trébucha, un moment déstabilisé.

Quelques secondes plus tard, les sortilèges tombaient à nouveau sur lui. Il continuait à courir, appelant du fond de son être toutes les ressources du Résurrectionniste. Mais déjà celui-ci ripostait et alors que Draco s'engageait dans une nouvelle ruelle, il relançait ses fils invisibles dans la nuit. De ses filets s'éleva tous les corps qu'il était capable d'emporter et dans le sillage de sa fuite les morts se jetaient des alcôves et déchiraient le sol dallé dans un grondement effroyable de pierre éventrée. Certains n'avaient pas le temps de complètement se redresser avant que les sortilèges des Russes ne les fasse exploser mais il y en avait tant qu'ils ne parvenaient pas à endiguer le flot de membres qui se dressaient entre eux et le Résurrectionniste. Des sorciers furent irrémédiablement ensevelis et emportés dans le tréfonds d'une ville qu'ils ne reverraient jamais.

Il ne fallu pas longtemps à Nicolaï pour comprendre qu'ils devaient cesser de suivre Draco et le chemin d'enfer chaotique qu'il laissait derrière lui. Il suffisait qu'il pose un pied sur le sol pour qu'en surgisse le moindre cadavre et les limbes s'ouvraient sur son passage comme la sombre traine de la mort personnifiée. Nicolaï entraina alors les hommes qui lui restait dans un réseau de rues qui couraient parallèlement à la course de Draco et c'est ainsi qu'ils lui tombèrent dessus, au détour d'un carrefour et lui coupèrent la route. Draco bifurqua au dernier moment mais un sort le heurta, déchirant son épaule et l'envoya rouler sur le sol. Le Résurrectionniste tenta d'appeler de nouveaux morts mais la douleur de Draco l'empêchait de se focaliser. Les Russes s'approchaient et les fils de soie qu'il étirait ne faisaient que retomber dans la nuit, sans parvenir à rejoindre le moindre corps. Étendu sur le sol qui se couvrait lentement de son propre sang, il vit Nicolaï viser de sa baguette et comprit qu'il allait mourir. Il allait crever ici, seul dans le noir et déjà étendu sous la dalle d'un tombeau qui jamais ne se rouvrirait.

C'est alors qu'un cri perçant résonna sous les voutes de pierres et à la lumière des baguettes il vit un corbeau battre des ailes et descendre la rue, droit sur eux. Nicolaï eut un violent mouvement de recul comme s'il savait déjà ce qui allait s'abattre sur lui et ses hommes, comme s'il savait déjà qu'ils allaient tous mourir. La seconde d'après un éclair d'argent percuta le sol. Les fondations grondèrent, menaçant de s'effondrer après des siècles à soutenir la nuit et Aliénor de Montdragon émergea de l'ombre, aussi brillante que le soleil. Immédiatement une partie des Russes se détacha pour lui faire front et dans le silence qui s'en suivit tous purent entendre la voix qui s'éleva derrière eux.

« Si j'étais vous, je partirais. Tout de suite. »

Draco se détourna et cette fois ce fut Potter qui apparut de la nuit. Les yeux étincelèrent sous l'ébène de ses mèches et il ne prit pas même la peine de sortir sa baguette. Il se tenait simplement là, devant une dizaine d'adversaires, sans la moindre peur, sans le moindre doute. Certains des Russes lui firent face et tout le monde à présent ignorait Draco.

Aliénor profita de ce moment d'inattention et le flamboiement de son fouet déchira l'air. Franchissant l'espace et l'obscurité, il frappa le premier homme qui s'effondra avant même d'avoir comprit qu'il en était la cible. La lanière de feu se ramassa avant de se déployer de nouveau, happant au passage les sortilèges mortels lancés dans sa direction. Les flammes embrassèrent sa seconde victime avant de lui emporter le visage. Le sang gicla et le blond d'Aliénor se teinta de rouge.

De l'autre côté les hommes avaient entamé une attaque sur Potter. Toujours sans arme, Draco le vit négligemment avancer sa main, propageant autour de lui une onde de choc si violente que tous les hommes quittèrent le sol avant de s'y écrouler. Il n'avait pas changé, pensa Draco. Jamais dans l'attaque directe, toujours dans le défensif. Expelliarmus avait toujours été sa marque et après des années il y excellait.

« Voldemort veut me tuer depuis ma naissance, vous pensez vraiment que vous avez une chance ? »

Il continuait tranquillement d'avancer dans leur direction. Sa main s'éleva à nouveau et une fois de plus les hommes furent soufflés avant de pouvoir riposter. Les baguettes s'envolèrent dans les airs alors qu'ils s'étalaient sur le sol, aux pieds même d'Aliénor qui n'avait plus qu'à les cueillir de son fouet.

« Vous ne savez pas que je lui appartiens déjà ? »

Le sol était à présent écarlate et le sang dégoulinait dans les ruelles. Aliénor abaissait son fouet encore et encore avec la rigidité de son jeune corps. Dans l'étincèlement de son armure elle ressemblait plus à la main de dieu qu'à n'importe quel mortel et de ses doigts délicats tombait le châtiment, splendide et cruel, d'un ciel qui ne connait ni culpabilité, ni lois.

Pendant ce temps Draco vit Harry se détourner et se diriger vers lui. Tendu à l'extrême, il ne savait pas à quoi il devait s'attendre. Il ne savait pas s'il s'agissait là d'une mission de sauvetage ou d'un abattage en règle et la souffrance continuait de l'empêcher d'appeler ses morts.

Potter n'avait fait que quelques pas lorsqu'il s'arrêta en chemin et le Résurrectionniste sut tout de suite pourquoi. Il avait senti son froid avant de voir son corps et l'instant d'après Tom Riddle apparut entre eux. Jeune, absurdement beau et puissant, et tout à coup, même Potter et Aliénor eurent l'air de deux enfants.