B'jour tout le monde ! Merci de vos reviews hyper sympathiques. Je suis contente de voir qu'au 29ème chapitre vous aimez toujours autant cette fanfic.
Dans ce chapitre, vous verrez surtout Amélie Vermeil. Certains pensent qu'elle est une autre Valkyrie (quelle théorie intéressante !) d'autres ne l'aiment pas et sautent les passages de son point de vue. Je vous garantis que cette fille est sacrément importante et qu'elle aura son "quart d'heure de gloire" au moment voulu.
Mais le chapitre commence avec un POV Ginger. Je vais maintenant arrêter de vous souler avec mon bavardage et vous laisser tranquilles. Bonne lecture !
Le lendemain matin, au petit-déjeuner, je médite mon rêve. Freddy, plein de tact, ne m'adresse pas la parole.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » me demande Gondul en s'asseyant à côté de moi.
Je fais défiler dans ma tête les images de cette nuit et observe sa réaction. Son visage s'assombrit.
« Tu m'as déprimée pour la journée », marmonne-t-elle avant de s'en aller sans plus d'explication.
– Tu es… triste, aujourd'hui ? me demande finalement Freddy.
– Nan, un peu dans les vapes, c'est tout. J'ai fait un rêve bizarre.
Voyant la question dans son regard curieux, j'improvise :
– J'ai rêvé que j'étais un gros serpent et que je me baladais dans un couloir interminable… Je voulais atteindre la porte tout au fond mais je n'y arrivais jamais…
– Carrément étrange, admet-il. Moi, cette nuit, j'ai rêvé que je dansais la salsa avec la directrice.
Je lui lance un regard horrifié et lui dis en grimaçant :
– J'espère sincèrement pour toi que ce n'était pas un rêve prémonitoire !
Nous jetons un œil à la table des professeurs et nos regards se posent sur la silhouette droite et le chignon serré de McGonagall. Nous éclatons de rire.
– Le jour où quelqu'un fera danser la salsa à McGo, les cours de Binns deviendront intéressants, déclare-t-il sentencieusement. C'est-à-dire jamais.
OoOoO
Pendant la journée qui précède le retour des élèves partis en vacances et (soupir) la rentrée, Kreeps et moi flânons dans le parc, emmitouflés dans nos capes. Freddy me demande :
– Alors… Tu sors vraiment avec Albus ?
– Oui, je mens. C'est si étonnant que ça ?
– Eh ben… dit-il en grimaçant. Theodore et moi avions parié que tu sortirais avec James avant la fin de l'année. Tu m'as fait perdre pas mal d'argent.
– Quoi ?
L'image furtive des yeux bleu-marron de Potter à quelques centimètres des miens s'impose immédiatement dans mon esprit, et je la chasse aussi vite qu'elle est apparue.
– Il y a cette espèce de tension bizarre entre vous deux… Comme si vous étiez prêts à vous jeter l'un sur l'autre à tout moment…
– On appelle ça la haine, je réplique froidement. Tu as PARIÉ dans mon dos ?
– On s'ennuyait, dit-il simplement en haussant les épaules.
– C'est pas une justification !
– Par contre, c'est carrément étrange que tu sortes avec Albus. C'est tellement pas ton genre. Et c'est tellement pas son genre à lui non plus.
– Qu'est-ce que tu en sais, de nos « genres » ? je m'exclame.
– Rien qu'à vous voir, dit-il avec un sourire en coin. Lui, hyper timide et réservé qui rougit quand on lui adresse la parole, et toi, prête à sauter à la gorge de tout le monde…
J'ai le bon goût de rougir et d'essayer de calmer ma fureur.
– Et c'est sérieux ? fait-il.
– Eh bien, en fait… je n'en sais rien, je réponds sincèrement.
– C'est la première fois que tu sors avec quelqu'un, non ?
– Oui, mais pas la première fois que j'embrasse un garçon, je rétorque en le fusillant du regard.
– Oh ! s'écrie-t-il, un grand sourire aux lèvres. Tu m'en veux encore pour ça ?
– Oui. Je suis TRES rancunière.
– Oh, je t'en prie, c'était rien…
Nous continuons de nous chamailler gentiment tout l'après-midi, puis, vers dix-huit heures, nous nous séparons à l'entrée du château lui rentre dans son dortoir, moi, je vais accueillir mes amies à la gare de Pré-au-Lard.
Pour les élèves désirant retrouver leurs camarades rentrés chez eux pour les fêtes, les carrosses sans chevaux sont préparés et postés à l'entrée du château. Sauf que cette fois-ci, des animaux ont été placés pour tirer les voitures. Je n'ai jamais vu d'équidés aussi étranges : grands, noirs, avec des ailes aux allures reptiliennes. Leurs yeux sont blancs et vides.
Je frissonne. Des Sombrals. Nous les avons étudiés en troisième année, et notre professeur de Soins aux Créatures Magiques nous les avait longuement décrits. Pourquoi puis-je les voir ? Je n'ai jamais vu personne mourir, si ?
« L'intelligence n'est décidément pas ton point fort » soupire Gondul tout près de moi, si bien que, ne l'ayant pas remarquée, je fais un bond de trois mètres. « Tu as vu bien des gens mourir ! Odin, et tous les gens qu'il t'a ordonné de tuer, sans compter les Valkyries que tu as vues mourir… »
Oui, mais avant je n'avais jamais vu les Sombrals…
« Dans tes rêves, tu as bien vu le fiancé de Kara mourir de ta main, non ? »
Ce n'était qu'un rêve, justement.
« Non, ce n'était pas un rêve. C'était un souvenir. Nuance. »
Sans me poser plus de questions, je monte dans le carrosse en compagnie d'une jeune Poufsouffle en deuxième ou troisième année. Au bout de dix minutes de voyages, nous arrivons. Je marche légèrement en retrait du groupe d'élèves, flânant dans les rues commerçantes du village le plus sorcier d'Angleterre, jusqu'à la gare. Le train vient d'arriver, et un flot d'élèves se déverse déjà sur le quai.
Je cherche mes amies du regard pendant quelques secondes, avant qu'une chevelure blonde surgissant de nulle part m'empêche de voir plus loin j'ai l'impression de passer sous un rouleau compresseur.
– Ginger ! Tu m'as tellement manqué ! s'exclame Judith.
– Bonjour à toi, la Fugueuse, me salue sentencieusement Roxanne.
– Du calme, Judith ! On s'est vues à midi ! je m'écrie en me dégageant de son étreinte, faisant allusion à notre conversation inter-cheminée que nous avons tenue avant que je ne prenne mon déjeuner.
– Oui mais quand même !
Nous partons vers les carrosses en discutant gaiement. Je suis contente d'avoir retrouvé mes amies.
« Elles sont ridicules. », me dit Gondul en faisant la moue.
TU es ridicule, et même pathétique. J'ai le droit de me faire des amies normales.
Elle ne répond rien et disparaît.
Je hausse les épaules et poursuit ma conversation avec Judith et Roxanne. En passant près de Potter, je ne manque pas de l'assassiner du regard et celui-ci me le rend bien.
– Salut, bouse de gnou.
– Salut, abrutie congénitale.
– C'est moi l'imbécile ? Pourtant c'est toi qui crois encore aux contes de fées, je me trompe ? je souffle en lui lançant un sourire sardonique.
– Comment… Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
– On ne me la fait pas, à moi, je réplique d'un air mystérieux.
– La rouquine, soupire Abercrombie en me remarquant, n'ayant pas entendu la petite conversation que je viens d'avoir avec Potter. J'avais oublié comme la couleur de tes cheveux faisait mal aux yeux.
– Toujours un plaisir de te faire souffrir, H&M.
-X-X-
Chaque année et même à chaque vacance, l'emplacement de l'école changeait de lieu. Mais le point de rassemblement des élèves était toujours le même : Paris. Le père de Cathy refusant de l'accompagner en transplanage d'escorte, nous prîmes le train, seules Violette et Yune, qui étaient à l'étranger pendant les vacances, nous rejoindraient plus tard.
Une demi-heure après notre arrivée en gare, après avoir galéré dans le métro parisien, nous nous dépêchions de rejoindre le Palais du Louvre, et plus précisément la cour intérieur du Pavillon de l'Horloge. Il était presque six heures, et il ne fallait surtout pas que nous arrivions en retard. Nous dépassâmes quelques touristes émerveillés devant la pyramide en verre et arrivâmes bientôt devant une porte gardée par un homme habillé en noir.
– Il est interdit de passer ici, annonça-t-il. C'est fermé.
Blasée, Cathy montra l'insigne de Beauxbâtons cousu sur son uniforme qu'elle portait sous son manteau, et je fis de même. Le blason de Beauxbâtons était très classe d'après mon humble avis : deux baguettes croisées au bout desquelles apparaissaient trois étoiles.
– Bon voyage, marmonna l'homme en nous laissant passer.
Comprenez : il ne fallait pas que des moldus entrent ici et voient les carrosses. Seuls les élèves de Beauxbâtons pouvaient passer dans la cour du Pavillon de l'Horloge à la rentrée et après les vacances.
Comme à chaque fois, la vision des immenses chevaux ailés de l'Académie, chacun de la taille d'un éléphant, m'impressionna. Ils tiraient deux par deux des carrosses bleu pâle, grands comme des maisons.
– Vous voilà ! On n'attendait plus que vous pour entrer, fit une voix.
Yune et Violette étaient au pied de l'un des carrosses, et c'était la première qui venait de parler. Nous les rejoignîmes et montâmes à l'intérieur : dix compartiments, de la taille normale des cabines de trains, étaient répartis sur deux étages. Nous en trouvâmes un où nous pouvions toutes nous asseoir et où se trouvaient déjà André Béryl et Benjamin Laurent, élèves qui ne faisaient pas partie de notre école mais avec qui nous étions amies.
Je m'explique : Beauxbâtons a emprunté ce concept de différentes maisons à Poudlard. Ici, elles sont au nombre de cinq : Inventions, Potions, Enchantements, Arts et Sport. Chacune de ces « maisons » est appelée « école », et une école est composée d'un peu plus de quatre-vingt élèves, répartis sur sept années scolaires. J'étais moi-même en sixième année. Les nouveaux élèves, pendant leurs deux premières années, n'avaient pas d'école ils choisissaient la suite de leur scolarité en fonction de leurs résultats aux AIGLES.
A la fin de la deuxième année, en effet, avaient lieu d'importants examens, les Accumulations Impressionnantes de Gribouillages Laborieux par les Etudiants en Sorcellerie ou AIGLES (ne me demandez pas qui a décidé d'appeler ces examens comme ça…). Selon ses résultats, l'élève choisissait l'école dans laquelle il irait. Si ses résultats étaient trop mauvais, un jury choisissait à sa place et l'élève ne pouvait pas donner son avis.
Nous quatre avions réussi à entrer dans la même école : celle des Enchantements. Les Enchanteurs avaient une réputation d'hyperactifs, et chaque école, de même, avait sa propre réputation : les artistes étaient barjos, les sportifs « cools » (c'étaient de loin les plus populaires de l'académie), les maîtres de potions « mystérieux », et les inventeurs, farfelus ou particulièrement intelligents (l'école des Inventions était la plus difficile à intégrer).
Dans chaque école, les élèves pouvaient suivre différents cours, plus une option s'ils le désiraient. Mais le véritable intérêt d'être dans une école plutôt qu'une autre était les clubs. Chaque école avait trois clubs, que les élèves pouvaient joindre. Dans mon école, celle des Enchantements, nous avions Duels, Inventions de sorts et Entraînements fictifs. Cathy et Violette faisaient partie du premier, moi du second et Yune du troisième.
Nous venions donc d'arriver dans le compartiment d'André Béryl et de Benjamin Laurent. André était un Inventeur et Ben, un Maître de potions. Du fait de nos deux premières années passées ensembles, nous étions restés amis.
Nous nous saluâmes et commençâmes à ranger nos valises. Bientôt, le carrosse décolla. Rêveusement, je regardai la ville de Paris, au-dessous de nous, progressivement rapetisser.
Nous discutâmes pendant un long moment avec André et Ben, racontant tour à tour nos vacances. Je sortis Kalevala de sa cage et le chaton, de mauvaise humeur, grogna quand il remarqua les regards émerveillés de mes amies.
C'est à ce moment-là que la porte s'ouvrit. J'étais toujours assise près de la fenêtre, couvant du regard le demi-Fléreur d'un air maternel. Toutes les têtes se tournèrent de concert avec la mienne vers le visiteur. Mon cœur fit un looping.
Ses cheveux fous étaient blonds, presque blancs, et retombaient élégamment sur son visage de porcelaine. Sa peau diaphane contrastait avec ses yeux d'un bleu très pur. Ses traits bien dessinés formèrent un sourire, et ses lèvres laissèrent découvrir des dents d'une blancheur immaculée. On aurait dit un ange.
– Qu'est-ce que tu fiches ici ? fit simplement André, brisant la magie du moment.
– C'était juste pour te dire bonjour, je ne t'ai pas vu des vacances, répondit la créature merveilleuse. Bonne année, au fait, ajouta-t-il en se tournant vers nous.
J'avais toujours la main légèrement au-dessus du pelage fourni de Kalevala, la bouche entrouverte, les yeux écarquillés. Je devais avoir l'air stupide, et quand je réalisai cela, je me mis à rougir furieusement et m'empressai de refermer la bouche. Je recommençai à caresser Kalevala, mais un peu trop brutalement et rapidement pour que cela puisse paraître naturel. On aurait dit que j'essayais de l'aplatir contre moi. Le chaton miaula de colère.
– Ça s'est bien passé, merci de te soucier de moi, Armand, répliqua André avec un sourire espiègle. L'Espagne, c'était très sympa. Et toi ? Tu t'es bien amusé, seul avec Papa et Maman ?
Armand Béryl grimaça, mais il gardait malgré tout son insupportable beauté.
– Tu peux rire, rétorqua-t-il. L'année prochaine, quand je ferais des études supérieures, c'est toi qui seras tout seul.
Armand s'apprêta à sortir, mais s'arrêta au dernier moment et ses yeux bleus se fixèrent sur mon chat. J'essayai vainement d'arrêter de trembler. J'étais incapable de formuler une seule pensée cohérente. Pitié, qu'il ne me parle pas !
– Il… ou elle, est mignon, commenta-t-il en souriant. C'est un mâle ou une femelle ?
Bien ma veine.
– Je… je sais pas, bafouillai-je. On ne peut pas chavoir. Il est trop jeune.
– D'accord. Bon, eh bien… Salut, dit-il en regardant tous les occupants de la pièce, avant de refermer la porte derrière lui.
A ce moment-là, mes neurones entrèrent enfin en contact et je repassai dans ma tête ce qu'il venait de se passer. Pour la première fois de ma vie, Armand Béryl s'était adressé à moi, Armand que j'aimais secrètement depuis la première fois que je l'avais vu. Et j'avais bafouillé ! J'avais eu l'air d'une parfaite idiote. « Chavoir » ! Il avait dû croire que j'essayais de faire un jeu de mot débile. Chat-voir. Oh, là, là… J'aurais bien aimé mourir sur-le-champ. Je me sentais vraiment nulle.
– J'vais aux toilettes, s'écria Yune. Tu m'accompagnes, Amélie ?
Sans attendre ma réponse, elle m'empoigna et m'attira à l'extérieur du compartiment. Mais qu'est-ce qu'il lui prenait ?
– Ecoute, fit-elle à voix basse en m'entraînant au fond du carrosse.
Elle s'arrêta devant les escaliers, s'assit dessus et m'invita à m'installer près d'elle en tapotant la marche en question. Je la rejoignis.
– Je veux bien comprendre que tu sois amoureuse de ce type depuis la première année, même si j'ai du mal à croire que l'on puisse rester aussi longtemps sous le charme d'un même garçon. Je veux bien comprendre que tu sois timide et que tu bafouilles devant lui.
Tout le monde avait remarqué ! C'en était fini de ma vie sociale.
– Mais pourquoi tu n'essaies pas au moins de l'ignorer ? De passer à autre chose ?
– Parce que je ne peux pas, répondis-je simplement. Je ne peux pas et je ne veux pas. Il est beau, il est sympa, mais il reste mystérieux… Je voudrais tout savoir sur lui. Et tant que ce ne sera pas fait, je ne pourrais pas me détacher de cet amour.
Elle leva les yeux au ciel.
– Je parie que tu l'as appris par cœur du dernier roman à l'eau de rose que tu as lu. On est dans la vraie vie, Amélie. Et il n'est pas « sympa ». Je te signale que depuis qu'on le connaît, il a dû changer de copines au moins vingt fois.
– Dix-huit, la corrigeai-je distraitement.
– Tu COMPTES le nombre de petites amies qu'il a ? s'étrangla-t-elle.
– Chut ! Non, je ne compte pas, je… J'ai bonne mémoire, c'est tout.
Elle leva une nouvelle fois les yeux au ciel.
– Il a changé dix-huit fois de copines, alors, si tu préfères. Il m'a tout l'air d'être un Don Juan.
– A mon avis, objectai-je, il est simplement romantique et il cherche la femme parfaite.
– Qui n'est autre que toi, bien entendu, répliqua-t-elle d'un air sardonique. Ça, c'est dans tes rêves. Tu ne le connais pas, c'est toi qui inventes sa personnalité. Mais il n'est sûrement pas aussi génial que tu te l'imagines. Ce n'est pas un prince charmant, c'est juste un garçon.
Je rougis jusqu'à la racine des cheveux. Elle avait raison. Dans mes rêves, il était timide, doux, attentionné, il volait sans cesse à mon secours et était subjugué par mes qualités. Il était romantique, et il voyait en moi la femme qu'il attendait depuis toujours. Chaque jour, je nourrissais cet espoir, et chaque soir, avant de me coucher, je me disais que, peut-être, le lendemain, il me remarquerait. C'était certes très fleur bleue, mais bon, ça me rendait heureuse de penser ainsi alors pourquoi changer ?
Ce jour-là, il m'avait remarqué, pour la deuxième fois de ma vie. Mais comme pour la première fois, je m'étais couverte de ridicule.
Ce jour-là, Amélie avait les cheveux courts et noirs. Elle marchait aux côtés de Cathy et de Violette, ainsi que d'une quatrième fille rencontrée dans le carrosse répondant au nom de Yune Lee. Bientôt, la foule d'élèves dans laquelle elles marchaient s'arrêta devant un immense lac, où se profilaient au loin deux silhouettes énormes mais indistinctes.
– Comment on va faire pour passer ? demanda pertinemment un nouvel élève en première année.
De grandes barques apparurent à la surface de l'eau et les élèves plus âgés montèrent tranquillement à bord. Les plus jeunes les imitèrent. Cathy, Violette, Amélie et Yune s'installèrent sur une barque sur laquelle se trouvaient déjà quatre autres personnes assises c'était une nuit sans lune, et il était impossible de distinguer leurs visages.
Quand tous les élèves furent dans les barques, celles-ci se mirent à glisser silencieusement sur le lac. Elles bifurquèrent en même temps vers l'une des deux immenses silhouettes sombres.
– C'est quoi ? demanda Yune en montrant du doigt la structure élancée.
– Le château de Beauxbâtons, répondit la voix d'un jeune garçon qui était assis avec elles sur la barque. L'autre montagne que tu vois là-bas, c'est la ville de Beauxbâtons. Dans le château, il y a l'Académie, et c'est là que vous allez étudier.
– On est bientôt arrivés ? demanda Cathy au mystérieux informateur.
Amélie était intriguée. La voix était douce et agréable, selon elle. Elle voulait savoir à qui elle appartenait.
– D'ici une minute, vous devriez pouvoir voir le château.
Tous les regards se focalisèrent sur la silhouette sombre, mais Amélie s'en fichait un peu. Qui parlait ainsi ? A quoi ressemblait-il ? Etait-ce un ange ? Cette pensée n'était pas si folle, compte tenu des événements. Les carrosses avaient atterri, si elle avait bien compris, sur une île volante, l'île de Beauxbâtons, qui survolait toute la France sans jamais s'arrêter. L'apparition d'un être céleste dans ce contexte avait presque l'air, du point de vue d'Amélie, logique et pleine de bon sens.
Soudain, le château s'illumina, et tout le monde put enfin le voir. Les élèves s'émerveillèrent face à tant de beauté, les exclamations fusèrent de toutes les barques. Amélie n'échappa pas à la règle, sauf qu'elle était surprise pour une toute autre raison. Elle avait vu le visage du garçon qui avait parlé. Ses cheveux blonds qu'elle voyait blancs à cause de sa demi-métamorphomagie, ses yeux bleus, son sourire charmant. Son cœur s'arrêta, et elle sentit ses cheveux changer de forme sur sa tête. Ils étaient devenus blancs. Elle tourna vite la tête vers le château, et personne ne remarqua quoi que ce soit.
Plus tard, ses amies avaient pensé que ses cheveux s'étaient métamorphosés à cause du choc de la vision de Beauxbâtons, ce que le Dr. Saune approuva par lettre quelques jours plus tard. En revanche, personne ne fit le lien entre les cheveux blonds presque blancs d'Armand Béryl, qui était assis sur la même barque qu'elle lors de son premier voyage vers le château de Beauxbâtons, et la coupe de cheveux, presque habituelle depuis ce jour-là, d'Amélie Vermeil : blancs et courts.
Evidemment, je n'aurais jamais parlé de cela au père de Cathy de toute façon, j'avais bien compris que mes cheveux imitaient ceux de la personne à laquelle je pensais sans arrêt.
Armand, Armand, Armand. Son nom résonnait comme une musique dans ma tête. Armand, Armand, Armand.
C'était la seconde fois de ma vie que mes cheveux se métamorphosaient en pleine journée. « Lors d'une très forte émotion, cela peut arriver », m'avait expliqué le Dr. Saune. C'en était une, assurément : puisque depuis ce jour, je ne pensais plus qu'à lui ou presque. En me levant, en me couchant, en marchant, en travaillant, en bâillant pendant les cours de Sortilèges, le souvenir me suivait partout, m'accompagnait dans le moindre de mes déplacements, de mes gestes ou de mes pensées, et son sourire me hantait littéralement.
Ce n'était pas un cauchemar. C'était un très beau rêve. Le genre de rêve douloureux quand il disparaît.
