Bonjour !

J'espère que votre dernière semaine s'est bien déroulée ! J'en profite pour souhaiter de bonnes vacances à ceux qui le sont déjà et du courage à ceux qui doivent encore affronter le train-train quotidien avant de souffler quelques jours ! :) Pour ma part je serais en vacances dès le week-end prochain, je m'absenterais une bonne dizaine de jours donc ne soyez pas surpris de n'avoir aucune publication la semaine prochaine et la semaine suivante. Bien sûr j'emporterai mon ordi avec moi mais il n'est pas dit que je trouve le temps d'écrire donc soyez patients ! :)

D'ici là je vous souhaite une bonne lecture, j'espère que ce chapitre vous plaira ! ;)

Blond'sparkle

Réponses aux reviews :

SaniaWive : Merci pour ta review, comme toujours ! :) J'espère que tu trouveras ce chapitra aussi intéressant que tu te l'imaginais ! ;)

MissKara1759 : Merci pour ta review ! Oui il est vrai que le dernier chapitre n'est pas foudroyant d'émotion comme l'était son prédécesseur. ^^ C'est ce que j'aime appeler un chapitre de transition, comme tu le dis également et en effet il n'est pas transcendant mais toutefois essentiel à la bonne compréhension de l'histoire, il est là pour transmettre des informations, en quelque sorte. Oui j'aime beaucoup la fin également, j'espère que la suite sera à la hauteur de tes espérances ! ;) Bonne lecture !


Chapitre 7 :

Between sky and sea, you're still here

Debout devant le lavabo de la salle de bains, il contemplait son reflet dans le miroir. Son regard s'attarda sur une cicatrice particulièrement profonde qui barrait sa joue gauche, sa main traça le sillon qu'elle laissait sur sa peau et il se remémora avec précision le jour où on la lui avait offerte. À peine quelques semaines après son arrivée en Roumanie il s'était retrouvé coincé dans l'enclos d'un jeune Boutefeux chinois sans baguette magique, autant dire que cela avait été compliqué de sortir de là sans être blessé, c'était d'ailleurs lors de cet accident qu'il avait rencontré Salaun et depuis ils ne s'étaient jamais lâchés. Beaucoup d'autres blessures avaient suivies, laissant de nombreuses balafres sur son corps et il se souvenait de chacune d'entre elles sauf une, un instant il baissa les yeux sur son thorax où s'étendait une entaille des plus impressionnantes. Les gens diraient que ce n'était pas étonnant d'avoir de telles blessures lorsque l'on dressait des dragons mais Charlie devait avouer que pour celle-ci il était sûr que les créatures n'y étaient pour rien, à dire vrai il ignorait complètement qui en était la cause. Qui... ou quoi ? devrait-il dire. Irrémédiablement son esprit dériva vers Charlotte, encore et toujours. Il avait su par le biais de Cole qu'elle avait été là, qu'elle avait été présente ce soir-là mais il s'était passé tellement de choses depuis qu'il n'avait jamais vraiment eu l'occasion de lui poser la question et quand il avait évoqué l'idée avec Fleur et Hermione elles l'avaient complètement ignoré. Le rouquin soupira et ne put s'empêcher de penser que cette question demeurerait sans réponse, comme tant d'autres... D'un geste las il attrapa une serviette et fit en sorte d'essuyer ses cheveux qui dégoulinaient d'eau, il les frotta vigoureusement avant de s'habiller. Tandis qu'il boutonnait sa chemise le jeune homme crut entendre du remue-ménage au rez-de-chaussée. Qui pouvait faire autant de bruit à une heure pareille ? Très vite il s'empara de sa baguette sur le rebord de la baignoire et sortit à pas de loup dans le couloir, depuis l'étage il pouvait entendre des murmures précipités, toutefois les voix étaient si basses qu'il avait du mal à distinguer si c'était un homme ou une femme qui parlait.

« ... je suis tout de suite venue... »

« … Qu'est-ce que tu veux dire ? »

« Je sais…la Triade… »

« Tu veux dire… »

Le dragonnier ne percevait que des bribes de conversation, il descendit doucement les escaliers et put reconnaître la voix de Fleur ainsi qu'un sanglot étouffé.

« Tu débarques au mauvais moment… nous ne sommes pas… »

« Fleur je t'en prie… Il faut que je me rende là-bas ! »

En arrivant en bas des marches il distingua sa belle-sœur discutant avec…

- Charlotte ? ne put-il s'empêcher de lâcher, abasourdi.

Tandis que Fleur se tournait vers lui avec un visage inquiet Charlie vit clairement l'autre blonde se figer de stupeur. Si le moment n'avait pas été aussi sérieux, le rouquin aurait éclaté de rire devant la mine ahurie de la jeune femme, elle ne s'attendait visiblement pas à tomber sur lui. Il l'observa fermer imperceptiblement les yeux puis les rouvrir, espérant sans doute que tout cela ne soit qu'un rêve mais non, ils étaient bien tous les trois là, dans l'entrée de la chaumière aux coquillages.

- Charlie ?!... Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle enfin, la panique perçant dans sa voix.

- Je suis venu passer quelques jours ici, répondit-il simplement, mais toi ? Je te croyais repartie en Amérique ?...

Oui, il pensait qu'elle avait quitté le pays quelques jours plus tôt, il pensait lui avoir fait ses adieux ce matin-là à King's Cross et il y a encore quelques heures il pensait ne jamais la revoir… Et il y a encore quelques heures il avait découvert son terrible secret... Savait-elle alors qu'il était au courant ? Sûrement que non... Le jeune homme sortit de ses songes pour se concentrer de nouveau sur la blonde, il se mit à l'observer ; elle paraissait plus pâle encore qu'à l'accoutumée et de larges cernes violacés s'étalaient sous ses grands yeux témoignant d'un manque de sommeil évident, ses cheveux clairs renforçant cet aspect maladif. À la façon dont elle tordait ses pauvres mains elle semblait en proie à un intense dilemme, n'ayant de cesse de lancer des coups d'œil frénétiques partout autour d'elle sans une seule fois croiser son regard. Il sursauta presque quand elle reprit finalement la parole, la voix étrangement aiguë :

- Je suis revenue pour... pour une affaire urgente.

Fleur soupira avec résignation avant de glisser une main lasse sur son visage. Elle tourna vers Charlie un regard indéchiffrable, celui-ci tenta de comprendre ce qu'elle attendait de lui mais ne dit rien. Ils restèrent ainsi, debout dans l'entrée, pendant de longues minutes sans qu'aucun d'entre eux n'ose dire quoi que ce soit.

- Fleur ?..., croassa alors Charlotte dans une supplique. Qu'est-ce qu'il se passe ?...

Elle regardait alternativement Fleur puis Charlie, attendant que l'un ou l'autre daigne lui répondre. Le rouquin la vit s'impatienter, tordre ses mains de plus belle tandis que ses cheveux se dressaient sur sa tête.

- Il y a quelque chose,... je le sais, je le sens...

Elle avait l'air d'une démente, ne put s'empêcher de penser le dragonnier. Jamais encore il ne lui avait vu ce regard fou, elle semblait au bord de la crise de nerf et inévitablement il sentit son estomac se contracter douloureusement. Alors que la tension montait d'un cran encore il voulut s'approcher de la jeune femme mais il fut stoppé dans son élan par Fleur qui reprit la parole :

- Charlotte..., commença-t-elle d'un air sombre. Charlotte, il sait...

Voilà. Voilà, c'était dit. Il n'avait fallu que trois mots. Trois mots pour qu'elle comprenne la gravité de la situation, pour que Charlie se fige de manière imperceptible, comprenant lui aussi l'importance de cette révélation. Il avisa la blonde et, n'imaginant pas que cela puisse être encore possible, vit son visage pâlir brutalement si bien qu'il craignait qu'elle ne s'évanouisse à tout moment. Elle fit un pas en arrière avant de porter ses mains devant sa bouche, ses yeux brillant étrangement.

- Quoi ?!..., s'exclama cette dernière avec une intonation de parfaite surprise. ...Comment ça il sait ? Qu'est-ce qu'il sait ? - Le rouquin sentit sa belle-sœur se tendre à ses côtés - Qu'est-ce qu'il sait ? répéta-t-elle d'une voix stridente, ses mains tremblant violemment.

- Je suis désolée..., murmura précipitamment Fleur, au bord des larmes. Hermione et moi... Nous avons été obligées ! Nous ne voulions pas que...

- Vous lui avez dit..., souffla Charlotte d'une voix blanche, comprenant où son amie voulait en venir. Elle recula brusquement pour venir heurter le porte-manteau qui vacilla dangereusement sous son poids mais personne n'y prêta attention.

- Nous n'avions pas le choix...

Le dragonnier demeurait là, entre deux eaux, sentant la vague approcher et prête à s'abattre sur eux d'une minute à l'autre. Il regarda la jeune femme, les traits tirés par la terreur mais il y avait autre chose également… elle semblait souffrir le martyr. Il la vit serrer son poing sur sa poitrine et l'écho de sa précédente conversation avec Hermione et Fleur résonna à ses oreilles, il se souvint du tatouage, des douleurs et de tout le reste.

- Je vous faisais confiance ! s'époumona-t-ell avec hargne. Vous m'avez... vous m'avez trahie !

Jamais Charlie ne l'avait vue aussi énervée ; ses yeux flamboyaient de colère, ses cheveux semblaient former un halo argenté autour de son visage qui se déformait de plus en plus sous la fureur. Il sentit Fleur lui agripper violemment le bras, il se tourna vers elle et la vit tendre une main tremblante vers la blonde.

- Charlotte... Charlotte, je t'en prie...

- Comment avez-vous pu… Co... comment... AAARGH ! cria tout à coup celle-ci en se prenant la tête entre les mains.

Elle tituba un instant, les larmes ruisselant sur ses joues rouges tandis que s'élevait de sa gorge une longue plainte de souffrance. Pris de panique, le jeune homme fit un mouvement dans sa direction mais Fleur le retint par sa chemise. Soudain la blonde se redressa, elle leur jeta un dernier regard de colère avant d'ouvrir la porte d'entrée avec violence et de s'enfuir à toutes jambes dehors, la porte se referma avec une telle force qu'ils ressentirent une bourrasque les submerger, les faisant vaciller sur leurs pieds.

- Qu'est-ce que... Qu'est-ce qui s'est passé ?..., parvint-il à dire enfin, le souffle saccadé.

- Elle est... elle est en colère, répondit maladroitement sa belle-sœur, les larmes dévalant ses joues roses. C'est normal... Il faut lui laisser le temps de se calmer...

Bill choisit se moment pour sortir de la cuisine, l'air complètement perdu.

- C'était quoi ça ? demanda-t-il en pointant du doigt la porte d'entrée.

Avant même qu'une autre parole soit prononcée sa femme se jeta dans ses bras et se mit à pleurer bruyamment, il jeta un coup d'œil interloqué à son frère mais celui-ci ne put que hausser les épaules face à son incompréhension. Charlie reporta son regard sur la porte close de l'entrée, ne sachant pas vraiment ce qu'il était bon de faire. Finalement il revint vers Bill et Fleur et tapota d'une main maladroite l'épaule de cette dernière, elle tourna son visage triste vers lui.

- Il faut que tu y ailles, Charlie..., croassa-t-elle entre deux reniflements. Il faut que tu ailles la voir, j'ai peur qu'elle fasse une bêtise.

Son mari baissa les yeux vers elle, elle lui sourit faiblement avant de murmurer :

- Je t'expliquerai.

Le dragonnier acquiesça doucement à la requête de sa belle-sœur, il enfila ses espadrilles qui traînaient dans l'entrée et avant qu'il ne ferme la porte de la maison derrière lui il vit Fleur entraîner son frère dans le salon. Dehors il ne pleuvait plus, le vent était tombé et seule une petite brise nocturne effleurait la surface de l'eau, la mer paraissait presque endormie. Le jeune homme descendit jusqu'à la plage où il l'aperçut enfin. Charlotte était face à l'océan, le visage marbré de larmes mais ses traits ne laissaient plus rien transparaître. Elle semblait figée, les cheveux à peine soulevés par le vent et les bras croisés sur sa poitrine, seules ses mains tremblaient encore. Le rouquin se mit à côté d'elle et pendant un long moment ils restèrent ainsi, à observer la mer, placide.

- Ne leur en veux pas…, souffla-t-il enfin, c'est de ma faute. Je…

- Qu'est-ce qu'elles t'ont dit ? demanda-t-elle alors d'une voix froide où transperçait de la rancœur.

Il haussa les épaules et se rapprocha d'elle, la blonde ne bougea pas d'un pouce, le regard résolument fixé droit devant elle.

- Qu'est-ce qu'elles t'ont dit ? répéta-t-elle sur le même ton.

Charlie poussa un long soupir, il passa une main lasse sur son visage.

- Je crois savoir qu'elles m'en ont révélé le moins possible… si ça peut te rassurer, ajouta-t-il en observant les remous de l'eau à ses pieds. Elles m'ont parlé de cette histoire de… malédiction – Du coin de l'œil il vit la blonde fermer les yeux douloureusement – et de ton… ton… ta marque sur… Tes douleurs… Et que tout ça jouait sur ta santé… en quelque sorte.

- En quelque sorte… murmura-t-elle comme pour elle-même.

- Je sais aussi que vous essayez de l'annuler… Enfin, de trouver une solution pour y remédier… C'est à peu près tout.

- C'est déjà beaucoup trop…, souffla la jeune femme, la voix brisée.

Au loin quelques nuages traînaient encore paresseusement dans le ciel étoilé, Charlie les observa un instant lutter contre le vent qui les éloignait de plus en plus vers le large.

- Pourquoi ne m'en as-tu pas parlé ? demanda-t-il après un moment, laissant son regard couler vers la Française.

- Parce que… parce que… tu ne sais pas… tu…Tu ne dois pas savoir, tu ne comprendrais pas…, bafouilla-t-elle.

- Quoi ?... Qu'est-ce que je ne comprendrais pas ?... demanda le rouquin en s'emparant doucement de son bras.

Sa réaction fut immédiate, Charlotte se défit vivement de sa poigne et s'éloigna de lui.

- Non ! Non… Tu ne dois pas… on ne doit plus… C'est trop risqué ! Si jamais…

La jeune femme serra plus fort encore ses bras autour d'elle et baissa la tête avant de lui tourner complètement le dos, le corps à nouveau secoué de tremblements. Charlie voulut s'approcher d'elle une nouvelle fois mais se ravisa, ne voulant pas la brusquer davantage.

- Je ne veux pas… je ne veux plus qu'il t'arrive quelque chose…, murmura-t-elle finalement, la voix entrecoupée de sanglots.

Le rouquin sentit son cœur se serrer à l'entente de ses mots, de ses pleurs, c'était comme si à travers ceux-là il pouvait ressentir toute la douleur de la jeune femme, l'enveloppant comme une lourde chape de plomb. N'y tenant plus il saisit la blonde par les épaules, l'obligeant à se retourner.

- Bon sang, Charlotte…, souffla-t-il avant de la serrer dans ses bras. Il ne m'arrivera rien, je te le promets…

Celle-ci se laissa faire, s'agrippant à sa chemise et pleurant de plus belle.

- …tu ne sais pas qui je suis…, lança-t-elle dans un murmure presque inaudible.

- Alors je vais prendre le risque de le découvrir, répondit Charlie et il embrassa le sommet de son crâne, raffermissant son étreinte avec douceur.

Il avait presque oublié qu'il l'aimait, il aurait pu lui dire là, glissé entre deux phrases mais était-ce vraiment le bon moment ? Non, sans l'ombre d'un doute. D'ailleurs quand disait-on à quelqu'un qu'on l'aimait ? Y avait-il un moment privilégié pour le faire ? Fallait-il encore qu'elle menace de s'échapper au bout du monde pour qu'il lui révèle son amour ? Le rouquin soupira intérieurement et, préférant oublier un instant ses problèmes, il enfouit son visage dans la chevelure de la jeune femme et respira profondément le parfum vanillé qui s'en dégageait. Il sentait la blonde trembler contre lui, dans un geste de réconfort il laissa une main glisser légèrement dans ses long cheveux blonds. Ils restèrent ainsi pendant un long moment, chacun profitant de la chaleur de l'autre.

- Je suis désolée…

Ce fut à peine un murmure, un souffle contre son torse qu'il faillit ne pas l'entendre.

- De quoi es-tu désolée ? demanda-t-il doucement, les sourcils froncés.

- Charlie… c'était ma fau… c'était moi…

- Quoi ? Qu'est-ce que tu veux dire ?

Charlotte releva vivement la tête, dardant ses grands yeux bleus dans les siens. Lentement elle se détacha de lui et fit quelques pas en arrière.

- Ce soir-là… c'était moi… c'était moi…

Et elle répétait sans cesse cette phrase comme une litanie, les mains devant sa bouche et les yeux à nouveau brillant de larmes.

- Ecoute, je ne comprends rien... Tu devrais peut-être rentrer et te reposer, tu as l'air épuisé, dit le rouquin en s'approchant d'elle. On reparlera de ça plus tard…

- Non ! Non… tu ne comprends pas… c'était moi…

Elle se mit à pleurer de nouveau, dissimulant son visage derrière ses mains tandis qu'elle se laissait tomber sur le sable froid. Charlie s'agenouilla à son tour, avec lenteur il attrapa les mains de la blonde et les serra dans les siennes un instant, il en profita pour observer son visage où les larmes continuaient de dévaler, traçant d'imperceptibles sillons sur sa peau. Ç'aurait été mentir que de dire que ça ne lui faisait rien de la voir dans cet état, en réalité il en était bouleversé. Le jeune homme lâcha finalement ses mains et prit son visage en coupe, embrassant avec douceur chacune de ses joues, rougies par ses pleurs. Charlotte lui fit alors un sourire tremblant auquel il répondit avant de reprendre la parole :

- Viens… Rentrons.

La jeune femme acquiesça et attrapa la main qu'il lui tendit, l'aidant ainsi à se relever. Le rouquin passa un bras autour de ses épaules et ensemble ils se dirigèrent vers la chaumière aux coquillages. Quand ils passèrent la porte d'entrée Charlie vit Fleur se précipiter sur eux, la mine inquiète et les yeux rougies par ses précédentes larmes.

- Tout va bien ? murmura-t-elle en faisant un mouvement vers son amie mais celle-ci se recula.

Il y eut un moment de silence pendant lequel chacun d'entre eux retenait son souffle, le dragonnier vit sa belle-sœur ramener son bras vers elle en pinçant les lèvres furieusement tandis que Charlotte faisait glisser une mèche de cheveux derrière son oreille.

- Pardonne-moi Fleur…, marmonna cette dernière après ce qui semblait être une éternité. Je n'aurais pas dû réagir comme ça… C'est juste que… je n'imaginais pas... Elle ne termina pas sa phrase et haussa les épaules, l'air résigné.

Fleur lâcha une exclamation étranglée avant de prendre la jeune femme dans ses bras. Le rouquin vit alors Bill sortir du salon d'un pas lent, à son expression il comprit immédiatement que celui-ci savait, que sa femme n'avait pas eu d'autre choix que de tout lui raconter. Il lança à son frère un regard qui en disait long et Charlie lui répondit par un bref mouvement de la tête.

- Ça va Fleur, lâcha la blonde en se dégageant de son étreinte. Je vais bien, je... Il faut que je parte maintenant...

- Il est hors de question que tu t'en ailles à une heure pareille ! s'énerva tout à coup son amie en retrouvant toute sa verve. Tu vas dormir ici, on va te trouver de la place.

- Elle peut prendre la chambre d'ami, lança précipitamment le rouquin. Je dormirais dans le canapé.

Tous se tournèrent vers lui avec des visages surpris, il passa une main dans sa tignasse désordonnée comprenant soudain l'étrangeté de ses propos.

- Enfin, je veux dire..., tenta-t-il de se rattraper en évitant du mieux qu'il put le regard de Charlotte.

- Merci Charlie, souffla-t-elle timidement en l'arrêtant d'un geste de la main, mais je dois m'en aller. j'ai quelque chose d'important à fai...

- Non, reste ! ordonna celui-ci d'un ton sans réplique. Tu as besoin de repos, ajouta-t-il en guise d'explications.

La jeune femme se tourna brusquement vers lui, abasourdie et la bouche entrouverte, sans toutefois répondre. Le rouquin lui-même semblait étonné de sa soudaine ferveur. Alors elle braqua son regard dans le sien et pendant quelques instants il n'y eut plus aucun bruit, comme si tout se jouait au travers de leurs yeux. Le jeune homme distingua son propre reflet dans le miroir de ses iris azurées mais au-delà il pouvait presque voir les rouages de son cerveau s'activer ardemment. Enfin, elle soupira et détourna brutalement le regard. Il sut qu'il avait remporté cette manche.

- Très bien, abdiqua la blonde d'une voix sèche, puisqu'on ne me laisse pas le choix... Je prendrais la chambre.

Et ce fut le visage fermé qu'elle grimpa les escaliers quatre à quatre, disparaissant peu à peu et quelque part au-dessus d'eux une porte claqua. Bill et Fleur se tournèrent vers Charlie qui leur fit un sourire d'excuse.

- Désolé, je vais...

- Quel tact, vraiment..., se moqua son frère avec un sourire en coin, lui coupant la parole par la même occasion.

Le dragonnier n'eut pas le temps de répliquer que déjà Fleur reprenait la parole :

- Ne te mêle pas de ça, déclara celle-ci à l'intention de son mari. Viens Charlie, je vais préparer un plateau que tu lui monteras ensuite, ajouta-t-elle en tirant le jeune homme vers la cuisine. Je suis sûre qu'elle n'a même pas dîné...

L'instant suivant le rouquin était devant la porte de la chambre d'ami, une tasse de thé et une assiette de soufflés flottant doucement sur un plat devant lui. Il se racla la gorge afin de se donner une contenance puis frappa trois coups contre le panneau de bois. Il entendit un « Oui ! » étouffé et avant qu'il n'ai pu tendre la main vers la poignée, celle-ci tourna dans un léger cliquetis et la porte s'ouvrit, dévoilant une petite pièce à peine éclairée par une chandelle posée sur la commode. En entrant dans la chambre le dragonnier remarqua Charlotte, debout près de la fenêtre, et lui tournant le dos.

- Fleur a insisté pour que tu manges quelque chose, dit-il.

- Je n'ai pas d'ordre à recevoir, de toi moins que quiconque, lâcha-t-elle d'un ton sec sans se détourner de la fenêtre.

- On s'inquiètes pour toi ! expliqua Charlie en fronçant les sourcils, imperturbable malgré tout.

- Eh bien il ne faut pas, je suis assez grande pour me débrouiller toute seule.

Agacé, le jeune homme fit un mouvement rapide de sa baguette et le plateau se posa brutalement sur la table de chevet dans un bruit de porcelaine, le thé se renversant à moitié dans la soucoupe. Il s'appuya sans douceur sur le mur et attendit les bras croisés que la blonde daigne enfin avaler quelque chose. Après cinq minutes celle-ci jeta un bref coup d'œil par-dessus son épaule et fronça les sourcils en voyant qu'il n'avait pas bougé d'un iota, finalement elle poussa un soupir de frustration avant de marcher vivement vers lui non sans lui lancer un coup d'œil furieux. Charlie répondit par une œillade amusée et l'observa s'approcher du plateau que lui avait préparé Fleur, alors qu'elle attrapait la tasse de thé sa main s'arrêta à mi-chemin comme figée. La blonde tourna vers lui un visage surpris où toute trace de colère avait soudainement disparu.

- Il y a un problème ? questionna le dragonnier, se redressant à moitié.

Charlotte ne répondit pas, à la place il la vit s'emparer avec lenteur de la sphère aux étoiles qui reposait sur la table de nuit, juste à côté du plateau.

- Tu l'as gardée après tout ce temps…, murmura-t-elle avec émotion en serrant l'objet dans ses mains.

Le rouquin demeura silencieux, trop surpris par le brusque changement qui s'était opéré chez la jeune femme. Il la contempla un instant, la lueur de la bougie se reflétant sur ses joues pâles tandis que ses yeux brillaient de manière singulière.

- Bien sûr, répondit finalement Charlie dans un souffle. Elle ne m'a jamais quittée.

La Française lui fit un sourire tremblant et reposa la boule sur le meuble, elle glissa une mèche de cheveux derrière son oreille avant de croiser ses bras sur sa poitrine.

- Pas comme moi…, marmonna-t-elle, gênée.

- Maintenant j'en connais la raison, sourit le rouquin, sentant quelque chose remuer au fond de son ventre et il savait que ce n'était ni de la colère ni de l'angoisse...

- En es-tu sûr ?..., questionna la blonde en haussant les sourcils.

- Tu es partie en Amérique pour chercher une solution, déclara le jeune homme comme une réponse à sa question.

Cette dernière ne répondit pas mais gardait plaqué sur son visage ce sourire figé, elle laissa sa tête dodeliner sur ses épaules avant de lâcher un rictus étranglé. Un instant elle passa une main dans ses longs cheveux blonds puis fit demi-tour pour se placer de nouveau devant la fenêtre, se murant dans un silence dont elle seule avait le don. Charlie s'approcha d'elle, pris d'un doute.

- Charlotte... Tu es partie pour cette raison, n'est-ce pas ? questionna-t-il, les sourcils froncés et le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine.

La jeune femme fut parcourue de frissons, elle baissa la tête mais le rouquin ne la laissa pas se défiler. Il attrapa ses épaules et l'obligea à se retourner, à lui faire face.

- Charlotte... Charlotte, dis-moi... Dis-moi que c'était pour ça, supplia-t-il en serrant ses doigts autour de ses membres. Pour quelle autre raison serais-tu partie ? Il y a quelque chose d'autre, quelque chose que je devrais savoir ?... Je t'en prie, il faut que tu me le dises..., souffla-t-il enfin en rapprochant sa figure de la sienne.

L'espace d'une seconde il crut discerner une expression de terreur sur le visage de la blonde puis elle ancra de nouveau son regard dans le sien, attrapant au passage sa main qu'elle serra avec force. La Française ouvrit la bouche et la referma plusieurs fois, elle semblait chercher ses mots.

- Charlie, je..., murmura-t-elle douloureusement. Il faut que tu saches... Cette nuit-là...

Soudain des coups frappés à la porte les firent sursauter tous les deux, la blonde sembla retrouver ses esprits et se recula vivement de lui tandis que la porte s'ouvrait sur Bill.

- Tiens Charlotte, dit celui-ci en tendant une pile de serviettes propres. Fleur m'a chargé de te les donner. Il te faut quelque chose d'autre ?

- Non, merci, sourit-elle maladroitement avant de se racler la gorge.

- Très bien, je vous laisse alors, répondit le jeune homme et il referma doucement la porte non sans faire un clin d'œil à son frère.

Charlie ignora complètement son aîné, jamais encore il ne lui en avait autant voulu. Alors que Charlotte était à deux doigts de lui révéler quelque chose qu'il devina important, son frère avait eu la merveilleuse idée de débarquer à ce moment-là. Le rouquin se concentra de nouveau sur la blonde qui s'était reculée d'un bon mètre, les yeux fixés quelque part au-dessus de son épaule.

- Nous ferions mieux d'aller dormir, la soirée a été longue, déclara-t-elle d'une voix monocorde, sans jamais croiser son regard.

Le jeune homme soupira, résigné, avant d'acquiescer mollement et de sortir de la chambre, sans un mot.


Allongé sur le canapé, un bras coincé sous sa tête, Charlie contemplait le plafond du salon, observant pendant de longues minutes les ombres que la lune projetait sur celui-ci. La pendule au-dessus de la cheminée sonna quatre heures, le rouquin soupira en constatant comme il était tard. Plus la nuit avançait plus le sommeil tardait à l'emporter, inconsciemment il ressassa l'une des plus intenses journées qu'il avait eu à vivre jusqu'alors. Entre les révélations de Fleur et d'Hermione plus tôt dans l'après-midi et Charlotte qui avait débarqué au milieu de la soirée il était impossible pour lui de s'endormir. En pensant à la jeune femme il ne put s'empêcher de frissonner, quand elle avait appris que ses deux belles-sœurs lui avaient tout raconté à son sujet sa réaction avait été effrayante, jamais jusqu'à ce jour il ne l'avait vu aussi en colère. Après ça il avait craint que la Française lui en veuille ou pire encore, qu'elle l'esquive comme elle en avait la fâcheuse habitude. Heureusement pour le jeune homme ce ne fut pas le cas, elle n'avait pas été non plus d'une grand loquacité et il savait très bien qu'elle lui cachait encore des choses... La preuve en était ! Cette conversation abrégée dans la soirée ! Si seulement Bill était arrivé cinq minutes plus tard... Alors il aurait su, il aurait su ce qu'il cherchait tant à savoir depuis des mois !... Bon sang, se dit le rouquin en passant une main sur son visage, Charlotte le rendait fou, complètement fou... Plus il creusait plus il lui semblait que la jeune femme s'enfonçait davantage, l'éloignant toujours un peu plus d'elle et de ce qu'elle essayait de dissimuler par tous les moyens. Pourquoi se refusait-elle à lui faire confiance ? Et pourquoi s'obstinait-il à creuser encore et encore ?...
Alors qu'il réfléchissait depuis cinq bonnes minutes à ce qu'il aurait à faire en retournant à Bedgellert Charlie perçut un infime craquement dans les escaliers. Il releva la tête juste à temps pour voir une ombre passer furtivement devant le salon avant de se glisser dans l'entrée, le jeune homme reconnut sans mal Charlotte, trahie par ses longs cheveux flottant derrière elle telle une traînée d'argent. Il entendit la porte d'entrée s'ouvrir et se refermer presque imperceptiblement. Il n'en fallut pas plus au rouquin pour se lever d'un bond, il enfila un jean par-dessus son caleçon ainsi qu'un tee-shirt et très vite il sortit de la maison, trop effrayé à l'idée que la jeune femme puisse à nouveau s'enfuir comme une voleuse. Depuis qu'il la connaissait, ou presque, il avait cette impression qu'elle pouvait disparaître à n'importe quel moment, s'élevant dans les airs comme un nuage de fumée et s'évaporant peu à peu dans le ciel sans laisser de trace. Mais Charlie ne voulait pas qu'elle disparaisse, il ne voulait pas qu'elle s'en aille, il ne le voulait plus. Cette fois-ci il était bien décidé à ce que la blonde demeure en Angleterre car il était inimaginable pour lui qu'elle reparte de l'autre côté de l'Atlantique, il ne pourrait le supporter une fois encore. Devant la maison le dragonnier lança quelques coups d'œil frénétiques autour de lui, cherchant une silhouette familière. Soudain il la vit en contrebas, sur la plage et les pieds au bord de l'eau alors le rouquin dévala la dune pour la rejoindre puis s'approcha d'elle avec précaution. Charlotte ne bougeait pas, droite comme un « i » et n'ayant, apparemment, aucune intention de fuir. Toutefois elle dut sentir sa présence car elle tressaillit légèrement quand il fut près d'elle mais ne réagit. En voyant cette silhouette frêle, ce corps fragile, se découper dans la nuit, Charlie sentit son cœur se serrer avec douleur, ne répondant qu'à son instinct - ou peut-être était-ce juste une simple envie - il enroula ses bras autour de ses épaules et posa sa tête sur la sienne, ses cheveux lâches lui chatouillant le menton. Il attendit quelques secondes mais la jeune femme ne dit rien, ne fit rien et ne le repoussa pas non plus.

- Reste, murmura-t-il alors d'une voix rauque. Reste ici...

Charlie la sentit frissonner contre lui, il l'entendit prendre une profonde inspiration et bien qu'il ne pouvait voir son visage il devina qu'elle avait les yeux fermés.

- Il faut que je retourne à Londres dès demain matin..., déclara-t-elle dans un souffle.

- Je suis sûr que ça peut attendre, la coupa-t-il en resserrant ses bras autour d'elle. S'il-te-plaît... Je voudrais que tu restes encore un peu...

Pour seule réponse Charlotte posa ses mains sur ses bras, quand il sentit la peau froide de la blonde contre la sienne ce fut à son tour de frissonner. Et là, sans même qu'elle ne prononce un seul mot, il sut qu'elle avait accédé à sa requête.

- Il pourrait se passer des années avant que je ne trouve l'origine de cette malédiction, dit-elle après un moment. Charlie, quand je t'ai dit que je ne pouvais rien t'offrir c'était la vérité. Le fait que tu saches ce qu'il m'arrive ne change rien à ça...

Le jeune homme ne répondit pas, il ne voulait pas répondre car il sentait que s'il prononçait ne serait-ce qu'un seul mot cela ne pourrait que confirmer ce qu'elle venait de lui dire et pour le moment il voulait encore se voiler la face, il voulait encore rester caché derrière l'espoir qu'elle ne le repousse pas à nouveau, qu'elle ne le quitte pas encore une fois.

- Tu pourrais... tu pourrais simplement arrêter de chercher et vivre... normalement, comme si de rien n'était, proposa-t-il avec toute la conviction dont il pouvait faire preuve.

La jeune femme lâcha un rictus plein d'amertume.

- Je ne pourrais jamais vivre normalement avec ça, je ne veux être un poids pour personne.

- Tu ne le serais pas pour moi.

Charlotte se tendit imperceptiblement à ses mots mais ne répondit pas, à la place elle appuya davantage sa tête contre son torse et le rouquin en profita pour embrasser chastement son épaule dénudée. Ils restèrent ainsi jusqu'à ce que les premiers rayons du soleil viennent effleurer de leur éclatante lumière l'étendue d'eau qui s'étirait devant eux. Alors ils décidèrent qu'il était temps de rentrer et de récupérer les quelques heures de sommeil qu'ils avaient manquées. Une fois sur son lit de fortune Charlie s'endormit presque aussitôt pour être réveillé que bien plus tard par une Victoire échevelée, le pyjama enfilé de travers.


- C'était vraiment super oncle Charlie ! Quand est-ce qu'on refera un tour ?

- Pas tout de suite ma grande, sourit-il en calant son balai sous son bras. Je ne voudrais pas que tes parents découvrent notre petit secret. Tu ne diras rien, hein ?

- Promis ! s'exclama la petite fille en levant ses deux pouces en l'air.

Le rouquin éclata de rire devant la mine réjouie de sa nièce et ensemble ils prirent le sentier qui les mena à la chaumière aux coquillages. Pendant toute la durée du trajet la petite blonde, assise sur ses épaules, déblatérait sans cesse sur sa première leçon de vol, Charlie l'écoutant attentivement et commentant parfois. Arrivé devant la maison il fit descendre Victoire qui ouvrit la porte d'entrée avec fracas, à l'intérieur cependant il semblait n'y avoir personne pour les accueillir.

- Vas-y, je te rejoindrai, dit-il à la petite blonde qui grimpait déjà quatre par quatre les escaliers jusqu'à sa chambre.

Le jeune homme entendit une porte claquer à l'étage puis s'avança dans le vestibule, ayant cru discerner des bribes de conversation provenant de l'extérieur. Lentement il avança vers le jardin et sur le seuil de la grande baie vitrée, dissimulé par un paravent où se mouvaient plusieurs cygnes blancs qui lui lançaient par moment quelques regards torves, il se mit à écouter. En reconnaissant les voix de sa belle-sœur et de Charlotte il voulut se dévoiler mais la soudaine question de la première le stoppa dans son geste.

- …qu'est-ce que tu vas faire maintenant ? Tu vas repartir à New-York ?

- Je n'y ai pas vraiment réfléchi... Et maintenant que je sais où se trouve le… la… Mais j'imagine que oui, il faut que je clarifie la situation avec le Macusa.

- Qu'est-ce que tu entends par « clarifier la situation » ?

- Sans doute étudier les possibilités de mutation, je ne pense pas être capable de rester là-bas éternellement.

À ses mots Charlie sentit son cœur s'envoler dans sa poitrine, il s'était mis à battre tellement fort contre ses côtés qu'il était persuadé que les deux jeunes femmes pouvaient l'entendre de là où elles étaient.

- Tu veux dire… revenir ici ?! s'exclama Fleur d'une voix suraiguë.

- Je ne sais pas, répondit la jeune femme d'une voix lasse. Il faut que je prenne le temps d'y réfléchir… Pour tout te dire, j'aimerais beaucoup mais... mais je ne pense pas que ce soit la meilleure solution après tout ce qu'il s'est passé… et tu sais bien qu'avec Charlie dans les parages…

- … ce ne serait définitivement pas une bonne idée, termina Fleur à sa place bien qu'à l'intonation de sa voix le rouquin devina qu'elle ne semblait pas partager son avis. Enfin je ne vais pas te donner mon opinion sur le sujet, tu la connais déjà.

- Fleur…, prévint Charlotte d'une voix lasse.

- Il faut admettre que sa proposition était tout à fait intéressante, répondit l'autre sur le ton de la conversation.

- Ça n'avait rien d'une proposition ! C'était juste… On parlait, rien de plus ! Il essayait d'être gentil, c'est tout !

- Bien sûr, renchérit son amie, pas le moins du monde convaincue.

Le dragonnier, en entendant son nom sortir de la conversation, se sentit tout à coup mal à l'aise. Il s'en voulait d'espionner ainsi les deux jeunes femmes car, après tout, ce n'était pas son genre d'écouter aux portes et il ne pouvait s'empêcher de penser que si sa mère l'avait surpris, elle lui aurait passé un sacré savon et lui aurait peut-être même lancé un sort cuisant pour être sûre qu'il ne recommence pas. En imaginant le visage furieux de la matriarche Weasley le rouquin se demanda même s'il ne ferait pas mieux de rebrousser chemin et de faire semblant de n'avoir jamais entendu mot de cette discussion.

- D'ailleurs…, reprit Charlotte après un instant. Comment a-t-il su pour moi ?

Il y eut un long moment de silence pendant lequel il n'entendait plus que le bruissement du vent dans les feuilles du charme planté à l'orée du jardin et le bourdonnement des abeilles dans l'air. Finalement Fleur se racla la gorge à plusieurs reprises avant de reprendre la parole d'une voix mal assurée :

- Il a… il a découvert des lettres et… enfin Charlotte, il n'est pas idiot !... - Il y eut un bruit de verre et le jeune homme devina qu'elle avait posé un récipient avec force sur la table de la terrasse - Je t'avais déjà dit que Charlie était très intelligent, ce n'était qu'une question de temps avant qu'il découvre le pot aux roses ! Ne penses-tu pas qu'il serait temps de tout lui avouer ?

Une chaise racla, le dragonnier perçut des pas se rapprocher dangereusement de lui alors il s'enfonça davantage dans sa cachette, retenant sa respiration.

- J'ai essayé mais… mais..., reprit la Française, la voix toute proche et le rouquin comprit qu'elle se tenait juste derrière le paravent, il l'entendit soupirer. Je n'y arrive pas… Fleur, si jamais il apprend que… Il m'en voudra à jamais.

- Qu'est-ce que tu en sais ?

- Je le sais, c'est tout. Souviens-toi de Paul, je pense que c'est assez suffisant pour illustrer mon avis sur la question.

- Ce n'est pas du tout la même chose ! Paul est une parfaite raclure de fond de chaudron et je pèse mes mots !

- Peu importe, je ne reviendrais pas sur ce point, la coupa-t-elle, butée en s'éloignant de nouveau dans le jardin. Il faut tenir Charlie le plus éloigné de tout ça. Je ne supporterai pas qu'il lui arrive quelques chose, pas encore.

- Charlotte, je t'en prie… Même si tu refuses de lui dire la vérité, s'il-te-plaît n'agis pas inconsciemment… Tu ne peux pas affronter ça toute seule.

Le jeune homme n'écouta pas sa réponse, il préféra ne pas l'entendre et s'éclipsa sans bruit, ne sachant que penser de ce qu'il venait de comprendre.


Durant les deux jours qui suivirent Charlie n'eut pas tellement l'occasion de voir Charlotte hormis pendant les repas. La Française passait le plus clair de son temps cloîtrée dans sa chambre, Fleur restant parfois avec elle des heures durant. Il ne savait pas ce qu'elles faisaient, ce qu'elles se disaient mais le rouquin se doutait que quelque chose clochait, il se doutait que cela n'augurait rien de bon.
Cette après-midi-là le soleil était au rendez-vous, inondant la plage de sa lumière blanche et caressant de sa main brûlante tous ceux qui avaient osé mettre un pied à l'extérieur. Allongé sur le sable chaud, le jeune homme gardait les yeux obstinément fermés, somnolant doucement entre les hautes herbes. Alors qu'il faisait tout pour éviter de penser à une certaine blonde son esprit prenait un malin plaisir à le torturer, lui faisant ressasser encore et encore la conversation qu'il avait surpris entre Fleur et la jeune femme deux jours auparavant. Il grogna doucement, sentant sa bonne humeur et sa patience le quitter petit à petit. À dire vrai il aurait aimé ne pas entendre cette discussion car, plus encore qu'avant, il avait la certitude que Charlotte lui dissimulait un fait important qui, il en avait eu la confirmation alors, le concernait. Quel était-il ? En quoi cela le touchait-il ? Il l'ignorait et n'avait pu en savoir davantage. En effet, toutes les fois où il avait essayé d'en demander plus à la jeune femme, celle-ci avait toujours réussi à l'éviter et à s'éclipser pour ne réapparaître que bien plus tard, le laissant ainsi seul pendant plusieurs heures avec ses interrogations. Charlie ne savait pas s'il lui en voulait ou s'il l'admirait pour ce don étrange qu'elle possédait, ce don qui lui permettait de s'échapper, d'être, d'une certaine manière, aussi volatile qu'un Vif d'or. Comme si personne ne pouvait l'attraper et la garder prisonnière, comme une étoile… Une étoile qui était là, chaque nuit, une étoile que l'on pouvait admirer et retrouver mais que jamais on ne pouvait toucher, que jamais on ne pouvait atteindre. Charlotte était comme ça, elle était tout cela à la fois. Charlotte était une étoile. Inaccessible.

- Charlie ?

Il sursauta violemment, se redressant tant bien que mal sur ses coudes qui s'enfonçaient dans le sable. En levant la tête il fut un instant aveuglé par le soleil alors il mit sa main en visière pour voir l'objet de ses pensées debout, devant lui.

- Je viens te dire au revoir, déclara celle-ci d'une voix étrangement lointaine.

Elle semblait mal à l'aise, sautillant d'un pied à l'autre. En guise de réponse le jeune homme lâcha une exclamation qui ressemblait plus à un grognement. Rapidement il se mit debout, secoua ses cheveux avant de les coincer dans un élastique puis passa une main sur son short élimé, chassant le sable qui y était resté accroché. Avec lenteur il se mit à son niveau, la blonde descendit maladroitement la dune sur laquelle il était perché et il lui emboîta le pas. Pendant quelques instants aucun d'eux ne parlèrent jusqu'à ce que Charlie, n'y tenant plus, prenne la parole :

- Tu retournes en Amérique alors ? demanda-t-il en essayant de dissimuler la pointe de déception qui perçait dans sa voix.

- Je vais à Londres pour quelques jours mais ensuite oui, je retournerai à New-York, répondit la jeune femme sans le regarder.

Le rouquin hocha mollement la tête, pinçant les lèvres avec violence, comme tentant d'assimiler, de digérer l'information. Alors qu'ils marchaient depuis quelques minutes Charlotte trébucha et le dragonnier eut tout juste le temps de la rattraper avant qu'elle ne s'écroule sur le sable. Une seconde leurs regards se croisèrent et tandis qu'il avait son bras serré autour de sa taille il ne put s'empêcher de la contempler. Il aurait voulu l'embrasser, il aurait tellement voulu l'embrasser mais quelque chose, quelque part au fond de lui l'en empêchait, lui criant de ne pas céder, une fois encore, à la tentation qu'elle représentait… Peu importe ce qu'il pouvait ressentir à son égard.

- Attention, dit-il d'une noix neutre en la redressant sur ses pieds. Ça peut être dangereux quand on ne se méfie pas.

- Je… Merci…, souffla-t-elle en massant sa cheville.

Le jeune homme lui fit un bref mouvement de tête et reprit la marche sans se soucier de savoir si elle le suivait ou non.

- Alors, quand vas-tu te décider à me dire ce qui cloche ? demanda-t-il d'un ton beaucoup plus dur qu'il ne l'aurait voulu.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? questionna la jeune femme en tourna un visage surpris vers lui.

Charlie serra les poings dans ses poches et tenta de reprendre la parole, sa voix tremblant sous son impatience :

- Je sais que tu ne m'as pas tout dit et je comprends qu'il y ait des choses que tu veux garder pour toi mais j'aimerais tout de même être au courant quand cela me concerne. Je veux savoir ce que tu me caches, je veux savoir pourquoi tu veux me préserver.

- Je ne vois pas de…

- Tu vois très bien de quoi je veux parler, je t'ai entendue en discuter avec Fleur l'autre fois ! la coupa-t-il avec véhémence.

La jeune femme ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit, à la place elle fronça les sourcils et passa une main nerveuse dans ses cheveux. Elle se détourna de lui avant de faire volte-face et de pointer un doigt accusateur dans sa direction.

- Tu… - Elle lâcha une exclamation étranglée avant de croiser fermement ses bras sur sa poitrine - Ça ne te concerne en rien Charlie, déclara-t-elle finalement en plantant ses yeux dans les siens.

- Encore des mensonges ! lança le rouquin avec amertume.

La Française ferma les yeux, comme encaissant sa dernière remarque. Il l'observa décroiser ses bras qui retombèrent le long de son corps avec mollesse. Un instant elle dissimula son visage derrière ses mains, quand elle releva la tête vers lui elle avait perdu toute son assurance.

- Tu ne veux pas comprendre..., souffla-t-elle enfin.

- C'est toi qui ne veut pas comprendre ! s'emporta le jeune homme en s'approchant vivement de la blonde. Je sais qu'il y autre chose ! Pourquoi tu ne me dis rien ?! Pourquoi ?! insista-t-il en lui saisissant les épaules.

- PARCE QUE JE TIENS TROP A TOI POUR ÇA ! hurla-t-elle finalement en se dégageant de sa poigne.

Charlie avait l'impression de flotter quelque part au-dessus du sol, l'écho de sa voix résonnant à ses oreilles comme un bourdonnement lointain. Charlotte se recula maladroitement, le corps secoué de tremblements, et serrant les poings avec nervosité tandis que son visage reflétait un trouble évident : les traits de son visage étaient crispés et des larmes perlaient au coin de ses yeux, elle souffrait.

- Je…, marmonna-t-il après une éternité mais il fut coupé dans son élan.

« CHARLIE ! » cria quelqu'un au loin.

Celui-ci se retourna vivement pour apercevoir Bill courir vers eux comme un dératé, l'air hagard et les cheveux volant derrière lui comme une traîne écarlate. Le rouquin fronça les sourcils, la dernière fois qu'il l'avait vu aussi échevelé c'était à la naissance de Victoire. Son aîné s'arrêta enfin à leur niveau, les mains sur ses genoux avant de lâcher d'une voix hachée :

- Ginny... Elle va… elle va accoucher !


Note de l'auteur : Voilà ! J'espère que vous avez aimé ! Moi j'aime beaucoup ce chapitre je dois dire, je l'ai réécrit plusieurs fois et je suis particulièrement fière de certains passages.
Pour ce qui est du contenu je suis certaine que pas mal d'entre vous ne s'attendez pas à une réaction aussi peu violente de la part de Charlotte quand elle apprend que Charlie est au courant mais j'ai voulu retranscrire une certaine forme de résignation, comme si quelque part elle savait ou du moins se doutait que tôt ou tard son secret n'en resterait plus un. Et Charlie... Charlie qui l'aime et qui est trop gentil sauf sur la fin où il pète un câble mais il faut le comprendre, c'est beaucoup d'émotion en peu de temps. Clairement on voit bien qu'ils se tournent autour ces deux-là, Charlotte ne le repousse plus aussi violemment qu'elle aurait pu le faire par le passé. Dans ce chapitre ils se disent des choses, chacun à leur manière sans vraiment avouer clairement qu'ils sont attirés l'un vers l'autre mais ça se ressent tellement dans leur comportement... Oh là là hâte hâte hâte de vous poster la suite ! ^^ Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? Dites-moi tout ! ;)
A bientôt ! :)

Blond'sparkle