Normalement, le chapitre aurait dû être beaucoup plus long... Mais avec tout ce qui devait s'y passer, ça faisait un peu trop d'évènements d'un coup. Première partie donc, la seconde prendra moins de temps à être postée :)


Allongée dans le lit à côté de Yukki dont le bras entourait sa taille, Karin observait depuis quelques minutes la mine calme du musicien. Elle regrettait presque que son amant n'affiche jamais une telle expression... Cela dit, ce n'était peut-être pas plus mal : le nombre de ses admiratrices augmenterait d'un seul coup si elles lui connaissaient un visage pareil. Endormi et apaisé, Yukki n'en était que plus beau.

Avec un soupir d'aise, elle se remémora ce qui s'était passé un peu plus tôt. Yukihiro s'était montré aussi doux qu'elle l'avait imaginé, se mouvant délicatement en elle et alternant baisers et caresses. Elle avait jugé trop courte la durée pourtant raisonnable de l'acte, et le moment intime s'était prolongé plus que prévu.

Plus rien ne l'empêchant de se reposer maintenant que l'orage s'était calmé, Karin repoussa une mèche noire masquant en partie les yeux fermés de son voisin et se blottit un peu plus contre lui. De cette façon, elle était sûre de passer une bonne nuit, ou ce qu'il en restait.

- Tu es partante pour visiter les magasins sorciers cet après-midi ? demanda Yukki quelques heures plus tard.

- Évidemment ! Ça me permettra de voir les différences avec le Chemin de Traverse. Et ensuite ? Parce qu'on a encore une semaine de vacances...

- Hum... Et si nous partions faire un peu de tourisme dans le sud-ouest ?

- Donne-moi plus de précisions et j'y réfléchirai.

Le batteur sourit avant de reprendre :

- Allée de sakura le long d'une rivière, coucher de soleil sur un lac, château, sanctuaire, et onsen s'il ne fait pas trop chaud.

- Ça m'a l'air parfait ! J'ai vraiment hâte d'y être.

- Je réserve les billets alors. Profites-en pour utiliser la salle de bain.

- Et si je n'ai pas envie de me doucher seule ? fit malicieusement Karin.

- ... D'accord, les places de train attendront.

Son premier arrêt sur l'Avenue fut la boutique de Quidditch, où il repéra aussitôt son amie d'enfance installée derrière le comptoir. Apparemment contrariée par le manque de clients, la brune se redressa à l'entrée des visiteurs imprévus.

- Bonjour, qu'est-ce que vous... Ooooh, Yuchan ! Mais... T'AS CONCLU ?!

- Pas si fort, protesta l'Animagus dont la main tenait celle de sa voisine. C'est tout récent, alors ne joue pas les commères.

- Compris !

L'arrivée de Ueda depuis l'étage et un coup d'œil à sa montre lui firent ensuite déclarer :

- Bon, je te laisse, c'est l'heure d'aller relever belle-maman à la confiserie. On se revoit lundi prochain !

Pendant que Yukki entamait une discussion avec le propriétaire des lieux, Karin fit le tour des rayons en s'arrêtant parfois devant un article qui lui plaisait. Ueda remarqua finalement son intérêt pour le dernier balai en vente et lui proposa de l'essayer dans le vaste espace à l'arrière. Enthousiaste, la jeune femme prête à accepter se retint néanmoins à la vue du visage anxieux de Yukki.

- Quelque chose ne va pas, Yukihiro ?

- Ne t'en fais pas, dit-il afin de la rassurer. Avec tes compétences, il ne lui arrivera rien, pas vrai ?

- Honte à toi de douter du savoir de ma famille en ce qui concerne les balais et leur fabrication ! répliqua Ueda sans pouvoir s'empêcher de sourire.

- Tu sais, intervint Karin, même en étant remplaçante j'ai eu l'occasion de jouer plusieurs fois. J'en connais assez pour pouvoir le contrôler.

- D'accord, soupira le musicien. Je m'incline !

Ueda profita immédiatement de sa résignation et prit les devants.

- Ishizuka-san, si vous voulez bien me suivre...J'ai quelques prototypes qui n'attendent que d'être testés.

- "Prototypes" ? Tu as perdu la tête ?!

- Je blaguais, Awaji.

- ... Très drôle.

Amusée, Karin fit demi-tour le temps d'embrasser son hôte puis passa devant le vendeur qui murmura :

- Je séduirais bien ta copine si je n'étais pas avec Yume.

- Tente le coup et tu pourras dire au revoir à tes attributs. J'ai déjà changé un homme en femme, je peux très bien recommencer.

- Donc la Chiyô qui te servait de cavalière au bal où tu es venu accompagné, c'était Sato... N'est-ce pas ?

- ... Oui.

- Ueda-san, vous venez ? J'ai encore bien des choses à voir ici !

Pressé par Karin, Ueda demanda à Yukki de rester surveiller les lieux, et le jeune homme nostalgique se laissa tomber sur le tabouret. Par chance, le prix du balai était trop élevé pour le salaire de sa petite amie, ce qui lui tira un soupir de soulagement lorsqu'ils repartirent du magasin sans avoir rien acheté.

Les trois jours d'escapade permirent à l'Animagus de décompresser un peu. Assis dans le bassin, il avait fermé les yeux et laissé son esprit vagabonder sans but précis. Une voix féminine dans le couloir voisin le tira soudain de sa rêverie, puis il se demanda comment Karin s'en sortait dans sa visite du village. Apparemment déterminée à se débrouiller seule, la jeune femme avait fortement insisté pour que son accompagnateur prenne un moment pour s'occuper de lui, et Yukki s'était finalement vu contraint d'accepter.

L'onsen étant non-mixte et peu connu, Yukki profitait donc à loisir du calme environnant. Tranquillité qui le faisait aussi réfléchir à sa relation actuelle. Comme il l'avait répété à Yume plus tôt dans la semaine, il préférait rester prudent malgré ses sentiments pour Karin, sans chercher à faire des plans sur le long terme. Pas parce que la jeune femme pourrait le trahir, non, il n'y croyait pas une seule seconde. C'était surtout l'idée qu'un élément imprévu se dresse entre eux qui l'effrayait. Encore une fois, il se posait trop de questions... Son amie d'enfance l'aurait giflé pour moins que ça, alors autant vivre pleinement sans se soucier du lendemain. Et si quelque chose devait arriver... il ferait tout pour éviter que le grain de sable vienne tout bouleverser.

Lorsqu'il retrouva Karin une heure plus tard, la mine réjouie de cette dernière grâce aux souvenirs achetés relégua ses craintes au second plan.

La veille du départ vit Yukki raconter ce qui avait causé son introversion. Il passa évidemment sous silence les évènements survenus lors de sa première venue à Los Angeles et se contenta de mentionner les brimades subies par Yamato pendant des mois. Karin l'écouta jusqu'au bout sans l'interrompre et le serra un peu plus contre elle quand il acheva son récit. Le temps de reprendre son souffle, et il demanda :

- Je sais déjà ce que tu as fait avant tes onze ans et les grandes lignes de ton passage à l'école sorcière. Tu veux bien m'en parler plus en détail ?

Karin garda le silence quelques instants.

- J'ai reçu ma lettre de la même façon que toi, comme tu peux t'en douter, sauf que mes parents ont bien pris la chose. En arrivant, j'étais plutôt intimidée, surtout en étant placée parmi ceux qui se battaient pour avoir les meilleures notes. Le trait principal caractérisant la maison à laquelle j'appartenais... Heureusement, j'ai vite été soutenue par deux pseudo-terreurs. Ceux-là, alors... Ils faisaient enrager leur sœur l'année où ils se sont retrouvés tous les trois au château, dit-elle avec un sourire. Enfin... Il n'y a pas eu que des choses joyeuses.

- Tu n'es pas obligée de continuer, dit rapidement Yukki.

- C'est bon, ne t'en fais pas. En fait, reprit la jeune femme, il y a eu un tournoi entre les écoles européennes les plus importantes, et c'est la sœur des jumeaux qui nous représentait. Pendant la dernière épreuve, l'autre fille participante a été tuée par un loup-garou. Elladora a essayé de la sauver sans succès... C'est grâce à sa capacité d'Animagus qu'elle a réussi à s'en sortir, mais elle est restée traumatisée pendant plusieurs semaines, comme un de ses amis et les camarades de la fille. Le drame a aussi rappelé à sa sœur aînée ce qu'elle a vécu à quinze ans, quand le pire mage noir de notre époque a attaqué l'école, et qu'elle a vu mourir plusieurs de ses proches. C'est arrivé bien avant mon entrée dans le monde magique, alors je n'en ai entendu parler que pendant les cours d'histoire. Cet homme avait rassemblé une armée constituée en majorité d'humains, auquels s'étaient joints des géants, des araignées géantes et des Détraqueurs.

Le batteur ne put s'empêcher de frissonner.

- On n'a eu personne de ce genre ici, du moins pas à être allé aussi loin. J'espère que ça n'arrivera jamais.

- Je te le souhaite ! À mon arrivée, la guerre était encore dans l'esprit des professeurs présents à ce moment-là. On ne peut pas l'imaginer sans y avoir participé... Le farceur que j'ai fréquenté à une époque m'a juste expliqué que sa famille était contre l'idéologie de la pureté du sang. Son frère, sa sœur qui allait participer au tournoi bien plus tard et lui étaient cachés chez leur grand-mère grâce à un Fidelitas pendant que le reste de leur famille se battait au château.

Elle fit une pause le temps de reprendre son souffle et acheva :

- Après la mort du mage noir, la vie a été beaucoup plus tranquille dans la communauté sorcière et chez les Moldus qui connaissaient l'histoire de près ou de loin. Pour être franche, je prie de ne jamais vivre la même chose.

- Si ça devait se produire, je te protégerai, répliqua Yukki avec conviction.

- Je suis capable de me défendre seule, rappela Karin. Mais savoir que tu serais à mes côtés est plutôt réconfortant.

Souriant malgré la tension palpable, Yukki l'attira davantage entre ses bras.

- La suite de ma scolarité a été assez calme. Globalement, mes notes étaient plutôt bonnes, même si les plantes ne m'appréciaient pas trop. Je suis devenue poursuiveuse remplaçante en sixième année, après que mon copain de l'époque ait fortement insisté pour que je joue contre lui. On ne s'est croisé qu'une seule fois en fait puisque je n'ai joué un seul match, dit Karin avec un petit rire. J'ai mis un moment à trouver ce que je voulais faire à la fin de mes études, et puis comme dans ton cas l'opportunité d'enseigner s'est présentée, même si c'était seulement comme assistante. Tu connais la suite.

- J'ai juste deux questions, fit Yukki après un silence.

- Je t'écoute.

- Ton farceur, il est devenu quoi ?

- Joueur professionnel de Quidditch avec son frère. J'ai suivi leurs exploits dans les journaux jusqu'à mon départ. Et ensuite ?

- L'Animagus de leur sœur, qu'est-ce que c'était ? Ça devait donner si elle s'en est servie pour affronter un loup-garou.

- Une panthère noire, répondit la jeune femme. Superbe animal d'ailleurs, beaucoup plus que ton loup. Sans vouloir t'offenser bien sûr.

- Je serais idiot de me vexer pour si peu.

Alors qu'il assimilait tout ce qu'il venait d'entendre, l'estomac de Karin gargouilla bruyamment.

- Aurais-tu faim ?

- D'après toi ?

- Je prends ça pour un oui. Allez, lève-toi, n'oublie pas que c'est notre dernier dîner ici.

- Malheureusement, soupira l'enseignante. J'ai vraiment apprécié nos trois jours de vacances.

- Il en va de même pour moi, murmura Yukki en se penchant pour l'embrasser.

Durant les mois qui suivirent, ils prirent l'habitude de passer leurs soirées ensemble à l'école et ne rentraient chez Yukki que le weekend. Désireuse de connaître les moindres recoins de la capitale, Karin partait régulièrement se promener en ville, la plupart du temps seule, parfois accompagnée de son amant ou de Yume pour une sortie shopping. Dans ces moments-là, Yukki n'appréciait pas vraiment d'être traîné d'un magasin à l'autre et préférait laisser sa place à son amie d'enfance qui, malgré les apparences, aimait beaucoup faire les boutiques.

L'automne était bien avancé, rendant les vacances de Noël à la fois proches et lointaines, lorsque Yume et Karin se retrouvèrent dans le magasin Sofmap d'Akihabara à la recherche de cadeaux pour l'anniversaire de Yukki. Le choix étant trop grand, la première laissa la seconde au rayon des figurines avec pour requête d'acheter un lot de jouets Gundam, tandis qu'elle-même partait fouiner du côté des consoles.

Encore un peu étonnée par la profusion d'objets même si elle vivait au Japon depuis huit mois, Karin fit de son mieux pour se rappeler des statuettes que Yukki possédait déjà. Finalement, elle changea d'avis et se décida pour une réplique du personnage favori de l'Animagus dans Evangelion. Satisfaite, elle quitta le rayon afin d'aller payer, mais deux adolescents lui bloquèrent le passage.

- Excusez-nous... C'est possible que vous nous donniez la statuette de Rei ? Les autres modèles ne sont pas aussi bien.

Gênée, Karin répliqua néanmoins :

- Allez voir un vendeur au cas où une autre serait stockée dans la réserve. C'est pour un... un ami, je ne peux pas vous la laisser.

- Oh, allez, soyez sympa ! Je suis sûr qu'on peut s'arranger.

L'inquiétude montant malgré les clients autour d'eux, la jeune femme fit un pas en arrière. Heureusement, une voix retentit soudain dans son dos.

- T'es bouché ou trop con pour capter ce que la madame t'a dit ? Karin, passe-moi ça, je vais avancer l'argent. Tu n'auras qu'à me rembourser plus tard.

- Hé ! protesta celui qui n'avait pas encore parlé. C'est à nous !

Yume qui partait déjà vers la caisse s'arrêta net et se tourna vers les lycéens.

- Tu as dit quelque chose ? demanda-t-elle froidement.

- N... Non, rien, marmonna son interlocuteur. Viens, on se tire, acheva-t-il à l'attention de son camarade.

- Je ne te savais pas si impressionnante, dit Karin quelques instants plus tard.

- Bof... C'était seulement un gosse trop gâté, répliqua la petite brune sur un haussement d'épaules.

- Peut-être. Qu'est-ce que tu as déniché ?

- La dernière console portable de chez Sony. Bon, file-moi ton sac, je vais tout emmener chez moi. Y aura pas de risque que Yuchan tombe involontairement dessus.

Karin la remercia d'un sourire, et elles se séparèrent devant l'immeuble où logeait le batteur.

OoOoOoOoO

Avec les fêtes de fin d'année qui se rapprochaient, Karin se retrouva confrontée à un dilemme : passer Noël avec Yukki puisqu'il s'agissait davantage du jour des amoureux que de la fête chrétienne, ou rendre visite à sa famille ?

- Ça ne me dérange pas du tout que tu ailles les voir, déclara Yukki après qu'elle ait avoué son hésitation, le lendemain de son anniversaire. On peut le reporter à plus tard, ce n'est pas comme si tu allais quitter le pays. De toute façon, j'ai un petit concert avec des amis le soir du 24, je n'aurai qu'à aller chez Yume ensuite.

- Merci vraiment, Yukihiro, tu m'enlèves un sacré poids.

Le jeune homme lui sourit avant de reprendre :

- Va préparer tes bagages, je m'occupe de la réservation du vol.

Ravie, Karin l'embrassa longuement puis s'esquiva dans la chambre. Les jours qui passaient accrurent son impatience, et trois semaines plus tard, alors que les examens de fin de trimestre venaient de s'achever, Yukki l'accompagna à l'aéroport de Narita où il lui souhaita un bon voyage.

Décidé à ne pas rester chez lui à tourner en rond, il rendit visite à Tetsuya qu'il invita au concert. Noriaki avait fini par mettre son ressentiment de côté, et à défaut d'un retour d'amitié il salua Yukki de manière cordiale. Enfin, c'était surtout par commodité... L'état du batteur de Guerilla ne lui permettant pas de jouer longtemps ce soir-là, son leader n'avait pas eu d'autre choix que faire appel à Yukki par l'intermédiaire de Kaoru.

À la fin du live, il fut accosté par quelques filles avec lesquelles il discuta un peu, puis Tetsuya qui voulait absolument lui parler vint à son secours.

- Tu sais, dit aussitôt le jeune bassiste, je regrette presque qu'il n'y ait pas de place libre dans mon groupe.

Gêné, Yukki répliqua :

- Vous n'avez pas besoin de moi pour acquérir de la notoriété. La preuve, un album indies seulement, et vous voilà déjà chez Sony pour la suite ! De toute façon, j'ai des engagements professionnels ailleurs.

- Mh... Je maintiens quand même ce que j'ai dit : dommage que tu ne fasses profiter personne de ton talent.

À l'exception d'un au revoir, l'Animagus ne prononça plus le moindre mot. La musique était passée au second plan depuis qu'il enseignait, et il n'envisageait pas d'intégrer une formation pour le moment. Donner des cours à des enfants de onze et douze ans le satisfaisait largement, et puis il y avait Karin... L'éloignement dû aux concerts lui avait coûté une relation, ce que Tetsuya ignorait. Il ne tenait donc pas à renouveler l'expérience de sitôt. Quand la jeune femme revint de Londres une semaine plus tard, la discussion avec Tetsuya était tombée dans l'oubli depuis longtemps. Dès qu'il aperçut sa petite amie, Yukki eut un grand sourire, mais la tension présente chez Karin l'inquiéta d'office.

- Qu'est-ce qui ne va pas ? Des ennuis avec ta famille ?

- ... On peut dire ça... Ma mère a une maladie assez grave. Ils n'ont rien voulu me dire pour que j'évite de me faire du souci, d'autant plus que le traitement semble fonctionner. Mais ça n'a pas empêché son passage à l'hôpital le surlendemain de Noël. Surmenage, qu'ils ont dit... J'espère vraiment que c'était juste ça.

Yukki s'efforça immédiatement de la réconforter puis saisit sa valise.

- Tu veux aller directement à l'école ? Les élèves ne seront là qu'après-demain, on pourra profiter du silence.

- Comme tu le sens. Ça m'est égal tant qu'on reste ensemble.

Malgré l'absence de nouvelles, l'anxiété de Karin ne diminua pas. Elle allait vérifier ses mails tous les soirs en utilisant l'ordinateur de Yukki et revenait ensuite à l'école plus détendue pour quelques heures, tandis que l'Animagus essayait de lui changer les idées... Jusqu'à qu'un message arrive brutalement au milieu du mois de février.

Karin,

L'état de ta mère s'est aggravé. Pas au point que ses jours soient en danger, mais nous aimerions que tu reviennes. On ne sait jamais ce qui peut se produire...

- Ça a empiré... N'est-ce pas ? demanda Yukki quand elle se tourna pour lui faire face.

Comme elle ne répondait pas, il l'attira contre lui et resta silencieux afin de ne pas la brusquer.

- Mon père voudrait que je rentre le plus tôt possible, souffla-t-elle finalement.

Le batteur se sentit pâlir.

- Quand tu dis "rentrer"...

- Ce serait probablement définitif, oui. Viens avec moi à Londres ! Malgré les circonstances, ça serait l'occasion de te présenter à ma famille.

Mortifié, Yukki murmura :

- J'ai vraiment envie de te suivre, crois-moi... Sauf que ma vie est ici, avec mes amis, mes élèves et la musique. Il n'y a aucun moyen d'arriver à un compromis ? Parce que je n'ai vraiment pas envie de te perdre...

- ... Je suis désolée, Yukihiro... Mais non.

- ...

Consciente qu'elle risquait de fléchir si Yukki la suppliait de rester, Karin se dégagea doucement et garda les yeux baissés en annonçant qu'elle allait faire sa valise. Quelques minutes plus tard, la porte d'entrée claqua, et la jeune femme se mit à pleurer.

Une fois sorti de l'immeuble, le batteur se dirigea vers Tower Records. Il se doutait qu'il allait déranger le bassiste, mais Yume et Tetsuya travaillaient eux aussi, et seul Kaoru connaissait toute la souffrance qu'avait entraîné le départ de Chûya. Cette fois, il ne resterait pas dans son coin à se morfondre.

- Salut gamin ! dit Kaoru en l'apercevant. Comment ça v...

- Je peux te parler ? l'interrompit Yukki.

- Euh... Je finis dans vingt minutes, tu peux attendre ?

- Oui, je vais jeter un coup d'œil aux nouveautés.

Kaoru le récupéra une demi-heure plus tard tandis qu'il rangeait ses trouvailles.

- Un Starbucks, ça te branche ?

- Pourquoi pas.

- Allez, raconte-moi ce qui t'arrive, fit l'aîné lorsqu'il fut installé devant un frappuccino.

Yukki dévora la moitié de son muffin puis expliqua d'une voix morne ce qui le perturbait. À la fin de son récit, Kaoru fixa un moment sa tasse, avant de relever la tête.

- Je comprends mieux pourquoi tu as l'air aussi abattu.

- Elle doit partir, marmonna le petit brun. Évidemment, j'aimerais que ça soit le contraire... Sauf que c'est hors de question que je me montre aussi égoïste. Et impossible aussi que je la suive.

- Peut-être que vous pourriez vous voir de temps en temps quand même ? Tu irais quelques jours en Angleterre et elle ferait pareil en venant à Tôkyô.

- Ça m'est venu à l'esprit, reconnut le batteur, mais je pense que ça ne se fera pas. Les séparations seraient trop difficiles à supporter à la longue.

- Donc tu ne la reverras plus jamais une fois qu'elle aura passé la porte d'embarquement.

Trop secoué pour parler, l'Animagus se contenta d'un hochement de tête.

- Conseil de ton pote alors : profite à fond du peu qu'il vous reste. Je parle pas de coucher, attention ! Je veux juste dire qu'être simplement l'un contre l'autre représente parfois bien plus. Bon, c'est pas certain que ça arrange les choses... Mais autant terminer sur une note positive.

- Tu es devenu bien sage, remarqua Yukki en esquissant un sourire.

- Pas tant que ça si on regarde la durée maximale de mes relations passées, répliqua son ami.

L'humeur morose du jeune homme s'était atténuée au moment où il rentra chez lui. Assise dans le salon, Karin qui fixait tristement l'extérieur par la baie vitrée ne réagit qu'à l'entente de la voix de son amant.

- Karin ? appela-t-il doucement. Tu as fini de te préparer ?

- Oui... Valises bouclées et lettre de démission écrite. Je la donnerai à Akimoto-sama lundi matin, en même temps que je saluerai tout le monde.

- ... D'accord, comme tu veux. D'ici là... Qu'est-ce que tu dirais d'aller dîner en ville ?

L'enseignante eut un sourire contrit.

- C'est que la robe que tu préfères est déjà rangée...

- Ça ne fait rien. Je te l'ai dit : porter une salopette ne change pas mon opinion sur le fait que tu sois belle.

- ... Je m'arrange un peu et j'arrive, souffla Karin subitement rougissante.

Deux jours plus tard, juste avant le début des cours, Karin alla donner sa lettre au directeur. La porte étant restée entrouverte, l'échange entre eux fut en partie suivi par les autres enseignants.

- Vous partez définitivement ?

- Oui, sensei, je le crains.

- Je vais encore devoir chercher une personne qualifiée pour le poste, soupira Akimoto.

Gênée, la jeune femme s'inclina.

- Veuillez m'excuser pour le désagrément.

- Ne vous en faites pas. J'ai eu de bons échos de vos cours, les élèves vont vous regretter. Et... Je vais me mêler de ce qui ne me concerne pas, mais qu'en est-il d'Awaji ?

Alors que l'ensemble des regards se posait sur lui, Yukki préféra quitter la pièce. Peu après, Yume le retrouva sur le toit et hésita à s'approcher : l'Animagus avait dissimulé son visage derrière ses bras croisés, et un tremblement qu'il s'efforçait de retenir secouait ses épaules.

- Arrête de tout garder pour toi, Yuchan... On ne se moquera pas si tu pleures.

Elle l'étreignit le plus fort possible sous les yeux de Misaki silencieuse, et il se laissa enfin aller.