Gays of thrones

Chapitre 29

Cersei dans un trou

La reine Cersei touchait le fond. Littéralement : incarcérée au fond d'un sombre cachot, elle se retrouvait à devoir lécher le sol pour pouvoir assouvir sa soif.

Avec de l'eau.

Plus déchue, tu meurs.

Bon, comme je vous vois venir, je vais vous expliquer comment elle en était arrivée là.

Evidemment, comme toutes les catastrophes qui s'abattaient sur les Lannister, la faute en incombait aux Tyrell. Ou aux Stark. Ou au nabot. Bref, c'était toujours la faute aux autres. Pour cette fois, la coupable était toute désignée : c'était Margaery.

Sitôt mariée, la jeune reine avait clamé haut et fort que Tommen était le coup du siècle, ce que tout le monde faisait semblant de croire, parce que, bon, vu son âge, on se disait bien qu'il était puceau.

Mais au fond d'elle, elle préparait sa revanche. Maintenant qu'elle était reine (enfin ! Après trois essais, elle y était parvenue !), Margaery avait décidé de faire goûter au monde entier la manière des Tyrell. Et chez les Tyrell, ce sont les femmes qui portent la culotte (en l'occurrence, Margaery était plutôt string, et Mamie Olenna plutôt gaine). Puisque Tommen avait cru faire le malin en se tapant son frère, Margaery allait lui rendre la pareille. Pas de chance pour elle : Myrcella n'était pas encore rentrée de Dorne. Elle la savait en chemin parce qu'elle avait quand même pris l'initiative de lui écrire, officiellement pour nouer avec elle des relations parfaitement sororales. Chose que Myrcella eût agréé, n'ayant pas non plus eu de sœur, si elle n'était pas en train de plier bagage pour revenir à Port-Réal. Du coup Margaery s'était rabattue sur la mère.

En toute honnêteté, elle avait un peu hésité. Cersei n'était pas vraiment son genre. Margaery aimait ses suivantes délurées, et à la rigueur les vierges nobles comme Sansa. Mais Cersei la cougar, ça, c'était exotique ! « Et après tout, pourquoi pas ? », s'était-elle dit. « Oui, au fond, pourquoi pas ? Mamie me l'avait conseillé, et Mamie n'est jamais de mauvais conseil. Même s'il est vrai que je ne courrai pas avec Tommen les dangers que j'aurai pu courir avec Joffrey… Cersei reste une femme influente, mieux vaut me la mettre dans la poche. »

Elle avait donc pris le taureau par les cornes, et, le chandelier à la main, s'était élancée dans les couloirs du Donjon Rouge. Avec une conquête aussi ardue, mieux valait jouer les cartes qu'on maîtrisait, et Margaery maîtrisait les irruptions surprises dans les chambres.

Toutefois, arrivée devant la porte de la douairière, elle se heurta à un problème de taille : La Montagne gardait l'entrée. « Ah, fichtre ! », songea-t-elle, « maintenant qu'il est mort-vivant, il n'a plus besoin de dormir ! Comment je m'en débarrasse ? »

Elle se planta devant lui, et, essayant de soutenir ce qui lui faisait office de regard, elle se racla la gorge et déclara : « Je dois voir la reine mère. Affaire d'Etat. »

« Hum… », fit simplement La Montagne, incapable d'articuler quoi que ce fut.

« Je prends ça pour un oui », répondit Margaery, et elle passa devant lui.

Lorsqu'elle vit la lumière du couloir éclairer sa chambre sombre, la reine Cersei sursauta sur son lit.

Elle avait dénoué ses longs cheveux dorés, et elle portait une robe légère, tenue par des bretelles en dentelle. Une robe de nuit d'été. Vue ainsi, le regard enflammé par quelque colère surprise, elle donna à Margaery l'impression d'être un songe. Un songe de nuit d'été.

« Qu'est-ce que vous voulez ? », demanda-t-elle un peu sèchement.

« Ma mère, dit Margaery, je dois m'entretenir avec vous d'un sujet extrêmement privé. »

Hum ? Cersei haussa un sourcil. Un conciliabule de têtes couronnées, voilà qui rentrait dans ses cordes.

« Je vous écoute », soupira-t-elle.

Margaery s'assit aussitôt sur le lit sans y avoir été invitée. Cersei reconnut bien là l'incruste à la Tyrell. Mais Margaery était désormais la reine, elle faisait ce qu'elle voulait – même si ce qu'elle voulait consistait à fixer Cersei de ses grands yeux de biche écarquillés en se tripotant les bouclettes. C'est quoi ce manège, encore ? se demanda Cersei, passablement mal à l'aise.

« Ma mère, dit Margaery, je dois vous confesser quelque chose. Quelque chose d'intime. »

Qu'est-ce qu'elle va me déballer ? se demanda la reine mère. Je te préviens, si c'est pour me dire que tu as refilé la chaude-pisse à mon bébé, je te fais empaler sur les remparts !

Fichtre, songeait Margaery pendant ce temps-là, ça fait bizarre de donner du « ma mère » à une femme que je suis censée séduire… On reconnaît bien là la drague façon Lannister. Tant pis, on ne lâche rien, on poursuit !

« Voyez-vous, dit-elle, le roi m'a intensément comblée chaque nuit depuis notre mariage… »

C'est moi ou elle a fait exprès d'accentuer l'adverbe ? Cersei restait songeuse.

« Toutefois, il m'a fait des demandes… hem, c'est assez délicat… »

« Il n'y a rien de délicat. », trancha Cersei. « Si le roi demande, vous obéissez. Il n'y a pas plus simple ! »

Le couperet était tombé. Margaery, déstabilisée, hésita à battre en retraite, mais décida d'insister. Après tout, elle était la reine !

« Pour tout vous avouer, lui dit-elle, je doute de pouvoir donner un héritier à Sa Majesté si je cède à cette demande-là. »

Le sourire qui se dessina sur les lèvres de Cersei, pour disparaître aussi furtivement qu'il était apparu, lui fit comprendre qu'elle était mal engagée. Evidemment, réalisa-t-elle, si je ne donne pas de fils à Tommen, sa maman va garder la main !

Elle prit alors son air le plus innocent possible et, passant sa main le long de la courbe de sa croupe, dit d'une voix aigüe : « Je ne comprends pas… Renly et Joffrey m'avaient fait des demandes similaires… Qu'ont-ils donc tous avec cela ? »

Ben parce que t'es une salope, pardi ! pensa Cersei. D'ailleurs, elle aussi, elle regardait la main de Margaery s'égarer pensivement le long de sa cuisse, puis, lui titiller à nouveau une boucle, avant de la quitter pour s'appesantir sur son décolleté.

Pendant que les yeux de Cersei suivaient le petit manège de la main de Margaery, ils ne remarquèrent pas que celle-ci n'avait rien perdu de leur trajectoire. Avec son air de fausse niaise, et bien que sa belle-mère s'en défendît, Margaery avait repris la main. La lionne peut donc s'apprivoiser, songea-t-elle.

« Donc, selon vous, dit-elle, s'il veut me découvrir par des chemins stériles, je ne dois pas m'en inquiéter ? »

« Vous êtes à la disposition du plaisir du roi. », lui dit Cersei, plus blasée que stoïque.

« Et j'y suis fort disposée… », répondit docilement Margaery, en glissant un doigt sous son corsage.

Cersei fixait ce doigt caché sous le vêtement, incapable de penser quoi que ce fût. Bug digital. Margaery, le remarquant, meublait la conversation comme elle pouvait (et en ce domaine, broder sur du vide était un de ses points forts) : « J'ai juste peur que, le roi y prenant trop de plaisir, il en néglige nos devoirs et ne me mette pas enceinte de lui. Non que je ne redoute de mourir en couches, mais c'est mon devoir qui est en jeu… »

Cersei essayait de se raccrocher au wagon, mais ce petit doigt la perturbait vraiment. Il est vrai aussi qu'elle était fatiguée et avait pas mal bu au dîner, ce qui n'aidait pas. Ça va, se dit Margaery, je viens de me vanter d'être un excellent coup devant elle sans qu'elle tique, et maintenant, l'idée que j'y reste semble la faire réagir.

Elle réfléchissait à la prochaine réplique. Qu'est-ce que je lui sors ? Est-ce que j'y vais franco, en mode rentre-dedans, ou est-ce que je continue à tourner autour du pot ?

Croyez-vous que ça puisse rentrer ?

Non, oublie : oie blanche à ce point-là, ce ne sera pas crédible.

« Comment puis-je persuader le roi d'accomplir son devoir sans le frustrer ? », demanda-t-elle.

Euh… pourquoi elle me demande ça à moi ? songea Cersei. D'accord, je me suis tapée mon frère, mais quand même, on parle de mon bébé, là !

Margaery défit alors son corsage.

Mais qu'est-ce qu'elle fout ? Cersei commençait à paniquer.

« Pensez-vous qu'il me manque quelque chose ? », demanda alors Margaery.

« Euh… »

Cersei fixait la poitrine de Margaery. Impossible de détourner le regard en jouant les matrones choquées, elle était hypnotisée. Il n'y manquait rien – bon, peut-être un bonnet, à la rigueur, parce qu'il est vrai qu'à la naissance de Tommen, les seins de Cersei avaient pas mal crû. Donc peut-être qu'il les aimait plus gros…

Par les Sept Enfers, mais à quoi est-ce que je pense ? Cette fille est diabolique, elle m'inspire de ces idées…

« Que voulez-vous que je vous dise ? », dit-elle enfin. « Je… c'est vous qui avez épousé mon fils, que voulez-vous y faire ? Débrouillez-vous ! »

« Oh ! », fit simplement Margaery.

Elle ne remit toutefois pas son corsage. Pire : elle se leva et, à moitié dénudée, elle fit le tour du lit pour se tenir devant Cersei, droite comme un phallus.

« Je comprends, dit-elle. Vous refusez de m'aider. Vous refusez de servir la Couronne… »

« Oh, ça va ! Epargnez-moi votre blabla sur le bon droit et la famille, mon père n'est pas mort pour qu'on le remplace ! »

« Je sais que vous me détestez… »

« Ah, quand même, vous l'admettez ! »

« Vous détestez l'idée que j'aie épousé votre fils… »

Cersei leva les yeux vers elle, le sourcil haussé.

« … vous détestez l'imaginer, chaque nuit, heureux entre mes bras… »

« Ça suffit ! »

« C'est moi qui décide, désormais, Cersei. Oui, vous détestez l'idée que je vous l'aie pris. Pourtant, vous le regardez, ce corps qu'il aime tant, et je sais ce que vous imaginez en le regardant… »

« Alors ça, ma gueuse, ça m'étonnerait ! »

Une telle franchise laissa Margaery coite pendant une seconde. Bien qu'elle la connût depuis un moment, maintenant, elle ne s'attendait pas à un aveu aussi cru. Les vertus du vin, sans doute…

Elle se reprit : « Vous imaginez lui faire du mal, à ce corps jeune et lisse. Vous voudriez en détourner votre enfant. Mais votre enfant est mort, il a été tué pour que l'homme vive… »

« Conneries ! », lâcha Cersei, sifflant de mépris.

Margaery, qui n'était pas la dernière des comédiennes, s'agenouilla soudain devant elle.

« Eh bien, allez-y ! », lui cria-t-elle. « Torturez-le, ce corps ! Tenez, il s'offre tout à vous. Faites-en ce que vous voulez ! »

Et, disant ces mots, elle prit la main de Cersei et la porta à sa gorge. Allez savoir comment, et à l'initiative de qui, la main glissa au Sud, sur une colline de Hautjardin. Cersei pensa un instant à l'enlever, mais Margaery l'y maintenait.

« Mais qu'est-ce que… ? », demanda la reine-mère.

« Faites ce que vous voulez », répéta Margaery, sans lâcher sa main.

Je veux bien mais là… Cersei était embarrassée.

Soudain, de son autre main, Margaery lui brandit une outre.

« Ça sort d'où, ça ? », s'écria Cersei.

Margaery lui enfourna le goulot de force dans la bouche, et Cersei se retrouva à avaler un liquide âcre, terriblement sucré, et terriblement étourdissant.

« C'est du punch arrangé, lui dit Margaery. On mélange du rhum de canne à sucre avec des fruits bien mûrs et on y rajoute du gingembre de Myr, ça vous fait une de ces marinades… »

Et ça assomme les éléphants, pensa Cersei, complètement sonnée par ce cul-sec.

Margaery posa son visage sur son corps, et le pressa avec sa bouche à travers la fine toile du vêtement. Un souvenir vague, embué par l'alcool, revint à l'esprit de Cersei : l'image de Sansa Stark se cambrant sous la pleine lune, subissant l'étreinte envoûtante de Margaery Tyrell.

« Dia… bolique… vous êtes… », murmura Cersei à sa belle-fille.

Vaincue, l'esprit parti en mode Yoda, elle s'affala, et laissa la petite Tyrell et son foutu punch triompher d'elle. Puis, une fois le pic d'alcoolémie franchi, elle repartit à la charge.

Ce fut donc dans cette posture sans équivoque que des moineaux la surprirent, la main dans le sac (ou plus exactement, dans l'ascidie de Margaery). Ils étaient parvenus on-ne-sait comment à détourner l'attention de La Montagne (en même temps, ils étaient au moins quinze, donc bon, quinze abrutis, ça peut quand même donner quelque chose).

Et alors que son cousin Lancel la saisissait par le bras en lui enjoignant de les suivre, Cersei se mit à lui vomir dessus.