Auteur : Cybèle

Si vous êtes prêt : advienne que pourra.

Chapitre onze : blâme.

Je fixe silencieusement les flammes, ressentant les vagues récurrentes de magie qui traversent la pièce. Au bout de deux heures, j'ai cessé d'y prêter attention, retrouvant l'espoir grâce au fait que cela ne s'est pas encore arrêté. Tant que la magie se fait sentir, je peux être certain que tout n'est pas perdu.

J'essaie de trouver une raison à ce qui s'est arrivé. En vain. La réponse la plus plausible que j'ai trouvée, c'est que d'une manière ou d'une autre Voldemort a réussi à lui lancer un Imperium. Mais ça n'est tout simplement pas possible. Même s'il était capable de jeter un sort à cette distance, il n'aurait quand même pas pu traverser les protections installées. Et Potter n'aurait pas pu le supporter, de toute façon. La magie invoquée aurait été trop puissante. Pour qu'un Imperius fonctionne sur une victime, celle-ci doit avoir un esprit qui puisse être contrôlé. Etant donné que celui de Potter était aux prises avec ses nouveaux pouvoirs, il aurait été inaccessible.

Et là n'est pas la question, de toute façon. J'aurais du m'être préparé à ça, voilà tout. M'être endormi n'est pas un crime en soi. C'était normal, surtout après dix-huit heures à parer diverses attaques magiques incontrôlées, annulant les sorts invoqués, éteignant le feu occasionnel, nettoyant les crachats et le sperme. Le ramassant à chaque fois qu'il était pris de convulsions et tombait du lit.

S'endormir était compréhensible.

Ne pas avoir fait attention à ma baguette, voilà ce qui m'a perdu. Cette maladresse est impardonnable.

De même que ma stupidité. J'aurais du appeler Dumbledore immédiatement, suivant mon instinct qui me criait que quelque chose ne tournait pas rond. Je savais. Je savais, quelque part au fond de mon cerveau, mais je ne pouvais pas y croire. Je ne pouvais pas comprendre comment ça pourrait être possible. Mais au moment où mes yeux se sont posés sur lui, j'ai su. Lorsqu'il a dit mon nom. Normalement, il n'aurait pas du être capable de me reconnaître. Ni même de se tenir debout. J'aurais du activer le Portoloin dès que je l'ai vu. Mais je ne pensais pas…

Je n'ai pas pensé. Voilà le crime que j'ai commis.

Je sens que je vais être malade. Encore.

Je ravale la bile qui m'est remontée jusqu'à la gorge lorsque j'entends soudainement un bruit dans la cheminée. Black a reçu le message. S'il me tue, je lui en serais reconnaissant.

Même si je ne mérite pas autant de pitié.

J'évite de poser les yeux sur lui tandis qu'il s'extirpe de l'âtre.

« Que s'est-il passé ? » fait-il d'une voix paniquée.

Je secoue lentement la tête. « Je ne sais pas. »

« Est-ce qu'il va bien ? »

Ma gorge se serre et mes yeux se mettent à brûler. Je les ferme en secouant à nouveau la tête.

Il se précipite vers la porte, renversant presque la table dans sa hâte. Je me rends compte de la tranquillité de la pièce. Il y manque une certaine forme d'énergie qui vient hanter le peu de vie qu'il me reste. La porte de la chambre à coucher s'ouvre avec fracas.

« Bon dieu, Harry ! »

Je grimace intérieurement en songeant à la vision qu'il doit avoir, la même à laquelle j'ai essayé d'échapper depuis des heures. Le gosse, complètement nu, étendu sur le dos dans son propre sang qui a séché pour prendre une couleur brun rougeâtre sur sa peau et ses cheveux. Albus, voûté au-dessus de lui, chantonnant sans fin, inconscient de l'humidité tâchant ses genoux.

Je n'ai rien pu faire.

Cela prend neuf secondes pour saigner jusqu'à ce que mort s'en suive, si l'incision est effectuée au bon endroit. Neuf secondes avant que tout espoir ne soit perdu. Je ne me souvenais même pas avoir pris ça.

Il était à peine vivant lorsque Dumbledore m'a fait sortir. Je suis resté là, à attendre sa mort. Et quelque part ailleurs, Voldemort l'attend aussi. Ou peut-être que l'attente s'est enfin terminée. Tant mieux pour le gosse.

« Harry ! » j'entends Black crier à nouveau. Mes oreilles s'étirent comme pour essayer de deviner quelle va être la réponse de Dumbledore. Va-t-il le consoler ? Le rassurer ?

Je n'entends rien.

« Rogue. Viens m'aider putain de merde ! »

J'entends le pas lourd de Black derrière moi et je regarde en arrière. Le gosse repose mollement dans ses bras. « Va chercher Albus. Vite. »

Je me lève tandis qu'il passe la porte et je me précipite vers la chambre à coucher. Il ne m'est même pas venu à l'idée de m'inquiéter pour Dumbledore. La partie cynique de mon esprit rigole à coeur joie en me faisait réaliser que je suis peut-être responsable de la mort de deux des sorciers les plus importants du monde magique. J'entre dans la pièce pour le découvrir étendu sur le dos, les yeux vitreux et grand ouverts, fixant le plafond.

« Albus », dis-je faiblement, chaque petite parcelle de vie dans mon corps s'envolant aussi vite. Je tombe au sol à ses côtés. Ses yeux d'un bleu éclatant se posent sur moi. Je me cramponne désespérément à la lueur d'espoir que m'offre ce simple petit signe. Tandis que je le soulève du sol, je suis vaguement dégoûté par le fait que le bas de ma robe se colle de lui-même à mes jambes.

Il est bien plus léger que je ne l'aurais jamais imaginé.

Je remarque ma baguette, posée au milieu de tout ce bordel. Je l'enjambe et transporte le vieil homme jusqu'à l'hôpital.

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Mes mains tremblent tout en acceptant la tasse de thé que l'on y force. Je la fais doucement rouler entre mes paumes, appréciant sa chaleur contre ma peau. Je n'ose pas croiser le regard de Lupin, me contenter de murmurer un léger « merci » empli de culpabilité.

Je ne devrais pas être là.

Black parcourt l'entièreté du couloir, longeant un mur recouvert de fenêtres, prêt à recevoir n'importe quelle nouvelle. Lupin lui, reste assis calmement avec un tel air de quiétude et de patience que j'ai envie de le frapper. Je ne devrais pas être là.

Mais je ne peux pas revenir en arrière.

La pensée même m'en retourne l'estomac. Tout ce sang qui s'est probablement incrusté dans la pierre, de même que dans ma robe, laquelle pend avec raideur entre mes jambes. L'image de son sourire dément tandis qu'il se tranche lui-même la gorge, ses yeux brillant d'une lueur sadique. Des yeux qui, d'une manière ou d'une autre, savaient quel jeu d'acteur aurait l'effet le plus désastreux sur leur public. Son corps maigre, nu, s'effondrant soudainement au sol tel un vêtement que l'on jette.

Je ne peux pas. Revenir en arrière.

« Il est vivant, Severus », j'entends Lupin me dire. Je lève les yeux pour le voir m'observer avec intensité. Je tente de ricaner, sans y parvenir. Je détourne le regard. Je ne veux pas qu'on me console.

Je croise le regard de Black par accident. Il s'arrête un moment pour me fixer durement. Je lui ai dit ce que je savais. Je lui ai dit ce que j'ai fait. Ce que je n'ai pas fait. Ce que j'aurais du faire. L'accusation que je vois dans ses yeux est réelle.

Je regarde ailleurs et il reprend son mouvement. Et les images se remettent à tourner en boucle à nouveau.

« Comment a-t-il pu faire ça ? » murmure Lupin dans le vide. « Comment…je n'arrive vraiment pas à comprendre. »

« De toute façon, ça n'aurait pas du se produire ! Tu étais là pour t'assurer que ce genre de choses n'arriverait pas ! » me crie Black.

Je repousse aussitôt toute fierté naturelle se sentant insultée par cette attaque. Il a tout à fait raison.

« Sirius », fait Lupin avec une pointe d'avertissement.

« Il était supposé le protéger », siffle-t-il, sa voix déraillant sous l'effet d'une émotion pauvrement maîtrisée.

« Je suis certain qu'il a fait ce qu'il pouvait », insiste Lupin.

J'explose de rire, animé par une haine amère envers moi-même. « Je n'ai rien fait. Je suis resté assis comme un con tandis que le gamin se tranchait la gorge. Je l'ai regardé se vider de son sang pendant que Albus se tuait littéralement pour le garder en vie. Je n'ai rien fait. »

Rien du tout. Je venais de prendre en plein fouet un bête sortilège de protection qu'un élève de quatrième aurait su éviter, et j'aurais pu en faire de même si seulement je n'avais pas laissé ma putain de baguette dans les mains d'un gosse complètement cinglé.

« Il est vivant. Ils sont tous les deux vivants, » dit Lupin d'une voix ferme.

Malgré le silence gêné que j'ai créé avec ma petite crise, je lève les yeux. Je ne parviens pas à identifier l'expression avec laquelle Black me regarde. Il s'appuie contre le rebord d'une fenêtre et croise les bras. Derrière lui, les derniers rayons de soleil s'atténuent tout doucement tandis que meurt le dernier jour de juillet. Je réalise soudainement que nous étions déjà ici l'année dernière, à attendre de savoir s'il allait survivre une fois de plus. Je me demande si l'année prochaine, nous aurons la chance de nous le demander à nouveau.

Mes pensées sont interrompues par l'ouverture de la porte, révélant Pomfresh, l'air exténuée. Elle lâche un profond soupir. « Il s'en remettra. Je lui ai donné des sédatifs tandis que son corps régénère peu à peu tout le sang qu'il a perdu. Normalement, ça ne devrait pas durer trop longtemps, mais après tout ce qu'il a enduré ces dernières vingt-quatre heures et le fait qu'il n'a pas mangé depuis des jours, la potion aura du mal à agir correctement. » Elle secoue la tête. « Il est soit le garçon le plus chanceux du monde, soit le plus malchanceux. Je n'arrive vraiment pas à décider. » Elle s'appuie contre le rebord de la porte et replace une mèche de cheveux rebelle derrière son oreille.

« Et pour Albus ? » je demande.

Elle pince les lèvres. « Il est épuisé. Et certainement le patient le plus borné dont j'ai jamais eu à m'occuper. Malade comme il était, il a eu de la chance que tout ceci ne l'est pas tué. »

« Malade ? » intervient Lupin, parlant au nom de tous.

Pomfresh nous fixe d'un air perplexe avant de détourner le regard. « Je sais que Albus est un acteur hors pair, mais vous avez sûrement remarqué… » Elle soupire avec impatience. « Bon, je suppose que de toute façon il ne l'aurait pas laissé paraître. Il ne croit même pas aux maladies, à ce qu'il dit. Allons donc. Merlin vienne en aide à celui qui devra un jour convaincre cet homme de sa propre mort. »

« Est-ce qu'il va bien ? » demande Black.

« Il est vieux, monsieur Black. Qu'il le veuille ou non. Il n'a plus la force de courir à gauche à droite pour sauver le monde. Bien qu'il est préférable pour monsieur Potter que Albus n'ait pas encore accepté d'y mettre un terme. Il dort à présent, et si cela ne tenait qu'à moi il resterait au lit tout l'été. Mais je crois pas que je parviendrai à le retenir ici, de toute façon », soupire-t-elle. « En tout cas, il est inutile que vous restiez ici tous les trois. Je ne laisse entrer personne ce soir. »

« Quelqu'un doit rester avec Harry tant qu'il n'a pas terminé », insiste Black en s'avançant.

« Harry est parvenu à maturité et il dort à présent d'un sommeil récupérateur. Je serai là pour veiller sur lui. »

Black sourit avec incrédulité. « Mais ça n'est pas possible. Ca fait à peine un jour. »

« C'est possible, Mr Black », le contredit Pomfresh. « Harry est officiellement un sorcier adulte – malgré tous ses efforts pour ne jamais atteindre ce jour. »

« Mais…il ne peut pas - »

« Ce garçon vienne juste de survivre à une nouvelle confrontation avec la mort. Je vous en prie, soyez heureux de le savoir vivant, ne vous préoccupez pas de ce qu'il pourrait bien avoir ou non comme pouvoirs magiques. Bonne nuit, messieurs », fait-elle, le visage rouge. Elle pivote brusquement et quitte la pièce.

Black fixe la porte avec une expression déconcertée. Je ne peux pas prétendre avoir une meilleure tête.

« Je ne crois pas que même avec tout ça, il en aurait fini aussi vite, non ? » dit-il calmement.

« Je ne pense pas », répond prudemment Lupin. « Severus, est-ce toute sa magie était déjà relâchée ? »

« Je ne sais pas », dis-je. Mais il n'avait pas encore terminé, pour être franc. Même Longdubat avait eu besoin d'un jour et demi.

De plus, je ne trouve toujours pas d'explications au fait qu'il ait été suffisamment lucide pour…

Non. Je ne veux pas penser à ça.

Black renifle avec dégoût. « Tu ne sais pas ? Tu as dormi tout le temps ou quoi, Rogue ? »

« Sirius ! »

« Black, combien de libération de magie as-tu déjà supervisée ? » Il me foudroie du regard. « Tu peux savoir exactement lorsque ça commence, » je reprends. « Tu peux également savoir lorsque c'est terminé. Mais les différentes étapes de relâchement et d'acquisition sont impossibles à déterminer, », dis-je, ma voix vacillant quelque peu tandis que j'essaie de l'élever. « Alors non, je ne peux pas te dire s'il a déjà fini ou non. Mais ce dont je peux t'assurer, c'est qu'il était suffisamment éveillé pour attraper ma baguette, casser une bouteille et trancher sa putain de gorge. Quelque chose qu'un sorcier en milieu de libération de magie n'aurait jamais pu faire. »

« Ca n'était pas lui ! Il n'a pas pu…Espèce de sale connard, il n'aurait jamais fait ça. »

Il se détourne pour regarder par la fenêtre.

« Toujours est-il que n'importe quel sort de contrôle de l'esprit ne peut se faire que si la victime est lucide, et pendant sa libération il n'aurait jamais pu l'être », dis-je, réprimant ma colère en essayant de la diriger vers la bonne personne.

C'est-à-dire moi.

« Ecoutez, c'est futile, tout ça », intervient Lupin. « Sirius, ce n'est pas comme si Harry était un Cracmol. Mais il est tout à fait possible que nous ayons surestimé ses pouvoirs. Au lieu de nous disputer pour quelque chose qui n'a aucune putain d'importance, on devrait essayer de découvrir ce qui a bien pu se passer et être certains que cela ne se reproduira plus. »

En l'observant, je me rends compte que je n'ai jamais vu Lupin en colère. Ou même légèrement énervé. Je l'ai déjà vu en bête féroce, l'écume aux lèvres, avide de chair fraîche. Mais en colère, jamais.

Je ne suis pas sûr de savoir lequel est plus impressionnant.

« Bon, voilà ce que j'en pense », commence Lupin une fois que les choses se sont calmées. « Il n'y a que deux explications possibles : un contrôle mental ou une possession. »

« Aucun des deux n'est possible. Aucun maléfice ou sortilège n'aurait pu transpercer les barrières magiques installées dans mes appartements. Et dois-je te rappeler que les possessions sont quelque chose dont seuls les esprits sont capables, et que Voldemort est comme qui dirait vivant? » Comme si qui que ce soit pouvait l'oublier.

« Est-ce qu'il aurait pu d'une manière ou d'une autre utiliser son…enfin le… » Black s'interrompt, ruminant ses propres mots.

« Je ne sais pas », dis-je calmement. « Mais si c'est le cas, pourquoi ne l'a-t-il pas utilisé avant ? »

« Peut-être qu'il avait besoin que Harry soit incohérent », propose Lupin. « Ca serait logique. Pour qu'une possession soit possible, l'esprit de la victime doit être dans une phase de dissociation. C'était peut-être le cas. » Il me cloue le bec avec un regard qui me au défi de lui prouver le contraire. « Et même si tu as raison en disant que Voldemort est vivant, Severus, je te rappelle qu'il a déjà réussi auparavant à faire des choses dépassant les limites du compréhensible. Je ne crois pas qu'il se soit servi d'une magie que nous connaissons déjà. »

Je soupire et dois bien admettre qu'il a raison. Mais ce qui est vrai également, c'est que nous ne pouvons même pas espérer deviner ce qu'il a bien pu faire. S'il avait besoin que le cerveau de Potter soit hors service pour utiliser sa magie, dans ce cas nous pouvons estimer que cela ne se reproduira plus. Quoiqu'il serait totalement stupide de s'imaginer que le gosse est à nouveau en sécurité.

Quelque chose que j'aurais aimé avoir réalisé quelques heures plus tôt.

« Peu importe ce qu'il tentait de faire, il ne voulait pas être dérangé. Le château était entouré par des dizaines de détraqueurs, » fait Black. Je lève les yeux pour le voir frémir légèrement. « Je veux dire…Je savais qu'il complotait quelque chose, mais je m'attendais à...une attaque ou… »

Des détraqueurs. « Tu l'as dit à Albus, pour les Détraqueurs ? »

Il me fixe avec une expression perplexe. « Il est au courant. Voldemort en a plusieurs dans ses rangs, il les utilise comme gardes. »

« Il les a aussi utilisés pour localiser Potter l'été dernier. »

« Mais comment - » Je stoppe Lupin d'un regard plein de sous-entendu. Ses yeux s'élargissent puis il fronce les sourcils, son esprit certainement assailli par une centaine de questions somme toute logiques. Il redevient silencieux.

« Donc tu penses qu'il aurait pu se servir d'eux à nouveau pour réussir à se connecter à Harry, ou quelque chose comme ça. »

« Je pense que c'est assez probable. » Une voix faible se fait entendre près de la porte.

Nous nous tournons tous pour apercevoir Dumbledore s'appuyant contre le mur. Je serais bien tenté de rire devant sa robe de chambre décorée de petits motifs en forme de ballons colorés, mais je suis bien trop choqué par l'impression de fragilité qui se dégage de lui. Il semblerait que tout son pouvoir soit retenu dans les innombrables plis de sa robe. Je me lève rapidement, pour lui offrir mon aide. Mais Black me devance. Je lui laisse donc ma chaise.

« Albus, Pom-pom va nous tuer si elle vous découvre ici », fait Lupin avec une pointe de reproche derrière son sourire amusé.

Dumbledore soupire. « Elle est plutôt têtue, n'est-ce pas ? Mais je l'ai persuadée de me laisser un peu de temps. » Il glousse faiblement. Je détourne le regard, incapable de supporter à cette image plus longtemps. Aussi souvent ai-je pu souhaiter voir cet homme mort, à présent que je me retrouve face à la réalisation prochaine de mon vœu, je me sens malade. Aussi exaspérant que cette pensée puisse être, le monde a besoin de lui.

Mon attention se reporte vers lui lorsqu'une peau aussi fine que du papier se fait sentir contre ma main. Il la serre, levant les yeux vers moi. « Vous n'auriez rien pu faire pour l'empêcher, Severus. Personne n'aurait pu le prévoir », dit-il.

Je retire brusquement ma main. Il a tort, évidemment. Mais je n'ai ni l'énergie ni même l'envie de le lui faire remarquer.

« A présent, avant que Pom-pom ne vienne m'amener de force au lit, il a quelques petites choses que j'aimerais que vous fassiez tous. Sirius, si vous pouviez rassembler tout le monde et me les envoyer pour demain dans mon bureau. » Il lève la main pour couper court à toute protestation de Black. « Il ira très bien jusqu'à votre retour. Je crois que Voldemort sera extrêmement fâché de voir qu'il a manqué une autre opportunité et il lui faudra un peu de temps avant d'élaborer un autre plan. Vous pouvez donc il aller. Je vous en prie. »

Black inspire profondément avant de pincer les lèvres avec rancoeur. A sa décharge, Dumbledore l'avait déjà assuré de la sécurité du gosse auparavant. Il n'a aucune raison de le croire maintenant. Je m'interromps un moment pour me demander comment je peux être assez stupide pour me retrouver du côté de Black en quoi que ce soit.

Je vais mettre ça sur le compte de ma santé mentale défaillante.

« Remus, j'aimerais que vous collectiez toutes les informations que vous pourrez trouver à propos des possessions et des projections d'esprits. Et, si cela ne vous dérange pas, veuillez écrire à Minerva et lui demander de venir à Poudlard. »

Lupin se lève et hoche la tête. Il me sourit avant de retrouver Black à la porte.

« Severus », fait doucement Dumbledore, tournant sa tête vers moi. Après une seconde, il me sourit tristement. « J'aimerais que vous vous asseyez et buviez une tasse de thé en ma compagnie. »

Je contracte ma mâchoire, mon ventre frémissant avec appréhension. Je n'ai pas envie de parler de ça. Je n'ai pas envie d'entendre dire que ce qui est arrivé n'est pas ma faute dans le but de me rassurer. Je sais ce qui s'est passé. Il est d'ailleurs probable que je ne l'oublierai jamais.

Mais je m'assieds quand même parce qu'il est toujours Dumbledore et qu'il est toujours impossible de lui dire non. Je commence à lui servir une tasse du thé qui se trouve sur la table lorsqu'il me stoppe.

« Je préférerais un bon vieil Earl Grey », fait-il en souriant. Il tapote la table à côté de la chaise et je hausse un sourcil avant de chercher après ma baguette.

Mais je ne l'ai pas.

Je passe mes mains sur mes jambes inutilement. « J'ai laissé ma baguette… » Je n'achève pas ma phrase.

« Ah », fait-il en hochant la tête. Une expression de déception passe sur sa figure. Mes lèvres se retroussent avec dégoût, un dégoût amer envers moi-même. « Pas de problème », dit-il en désignant la théière. « Je vais servir. »

Je me penche en avant, poussant la théière et une tasse vide dans sa direction, me demandant vaguement pourquoi il ne le fait pas apparaître lui-même. Si le simple fait de le regarder peut donner une quelconque indication, il n'a probablement pas l'énergie suffisante pour lancer le sort.

Le bruit du thé versé et des éclaboussures interrompent une nouvelle inondation de culpabilité.

Il s'est visiblement détendu le temps que sa tasse soit pleine. Il la porte à ses lèvres et me fixe par-dessus sa tasse. « Vous avez l'air affreux », lâche-t-il avant de boire.

« Vous n'êtes pas non plus l'image d'un homme en parfaite santé. »

« Et bien, je suis en train de mourir. »

Il aurait aussi bien pu dire « je me sens un peu patraque », étant donné la gravité que son expression suggère. Il n'y a même pas le moindre soupçon de rancœur dans sa voix. Aucune indication qu'il a eu à se résigner à son sort. Il parle comme si c'était une décision consciente.

Je suis bien tenté de le croire.

Je déglutis avec force et serre les poings jusqu'à ce que je puisse sentir mes ongles perforer ma peau. J'acquiesce brièvement sans croiser son regard.

« Je veux que vous sachiez que les événements des jours précédents n'ont rien à voir avec ça », dit-il. « Cela fait un petit bout de temps que je le sais. Je suis vieux, et le temps est venu. »

Evidemment, cela finirait obligatoirement par arriver. Les gens meurent. J'avais juste espéré qu'il parviendrait à vivre plus longtemps que moi. Et je n'avais certainement pas imaginé sa mort aussi peu…spectaculaire. Je m'attendais à ce qu'il parte en héros dans un dernier face à face avec Voldemort.

Mais « je suis en train de mourir »…

Et pourtant, il semble déjà étrangement acceptable qu'il parte de cette façon-là – selon ses propres termes.

« Il est temps de lui faire comprendre. »

Cela me prend un petit moment pour réaliser de quoi exactement il est en train de parler. Une grosse boule se forme dans ma gorge aussitôt que la pièce tombe. Lui. Comprendre.

« Je ne peux pas… » Je m'étrangle. « Je ne peux pas lui dire, Albus. » Pendant les décennies durant lesquels j'ai servi cet homme, je ne lui ai jamais refusé quoi que ce soit. Mais dire au gosse qu'il est –

Cette seul pensée suffit à ma glacer le sang.

Il sourit gentiment. « Bien sûr que non, mon cher. Et je ne vous le demande pas. Je veux seulement que vous soyez prêt. »

Prêt ? Cette notion même me débarrasse du moindre grief que j'aurais pu avoir et je lâche un rire incrédule. Prêt. Pour ce qui sera probablement la destruction de la vie d'un jeune homme. Prêt. A voir quelqu'un se faire torturer par des tourments psychologiques dont je ne pourrais même pas avoir idée. Comment suis-je supposé me préparer à ça ?

« J'avais espéré repousser ça aussi longtemps que possible. Afin de permettre à Harry de s'habituer à ses nouveaux pouvoirs et de vous laisser raccommoder vos petits différends… » Il me regarde par-dessus ses lunettes, comme pour m'empêcher de prétendre qu'il n'y a rien à raccommoder. Mieux vaut ne pas mentir à un homme mourant, de toute façon. « Mais il semble que nous manquions de temps. Et tout ce que je pouvais donner à ce jeune garçon, je l'ai fait. »

Il baisse les yeux vers le sol et reste silencieux durant un long moment. Les rares personnes dont je ne me sois jamais soucié sont déjà mortes. Pour mon père, c'était survenu subitement, ce qui ne m'avait pas donné le temps de réfléchir à ce que sa mort pouvait bien signifier. Lorsque ce fut au tour de ma mère, j'étais presque heureux pour elle qu'elle n'ait plus à vivre. Les Potter, James, deux trois connaissances parties eux aussi, aucun d'eux ne m'a jamais rempli de cette sorte de néant que je ressens maintenant.

Il s'éclaircit la gorge avant de planter à nouveau ses yeux dans les miens. « J'ai l'intention de dire à Minerva tout ce qu'elle a besoin de savoir concernant la situation et je pense pouvoir la convaincre de le laisser sous votre protection. Bien évidemment, si vous y consentez. »

Sous ma protection ? Encore ? « Albus, ce gosse est allongé sur un lit de l'infirmerie à mi-chemin entre la vie et la morte parce qu'il était sous ma protection. Dans cette même foutue chambre qu'il était déjà l'année dernière lorsqu'il était sous ma protection. Vous pourrez sûrement trouver quelqu'un qui - »

« Dans les deux cas, les conséquences n'auraient pas été différentes avec quelqu'un d'autre, Severus », fait-il d'une voix calme. « Et à moi que vous, vous-même, ne vous sentiez pas à la hauteur de la tâche, je ne vois aucun inconvénient à le laisser entre vos mains. »

J'ouvre la bouche pour me répondre, mais il me coupe.

« Tout ce que je sais, c'est que si Harry a besoin de quelqu'un une fois qu'il saura la vérité, c'est vers vous qu'il se tournera. Mais si cela vous dérange - »

Ces idioties totales qu'il est en train de me servir me rendent malade, poussant à ses limites extrêmes ma patience déjà réduite. « Et merde », dis-je, incapable de retenir plus longtemps ma colère. J'ai vécu bien trop de choses ce soir pour laisser une chose aussi ridicule qu'un homme mourant m'empêcher d'exploser. Merde, ai-je lâché. Avant de me frigorifier, me demandant pourquoi au juste j'ai lâché ça. Parce qu'il sera en sécurité avec moi ? Parce c'est vers moi qu'il se tournera ? Parce mon propre bien-être semble avoir de l'importance pour ce vieil imbécile ?

« Si vous vous étiez préoccupé de mon bien-être, Albus, vous ne m'auriez jamais confié le gosse en premier lieu. » Voilà. Je l'ai dit. J'ai lacéré la toile de mensonges que cet homme a tissé durant des années.

Je suis un parfait salopard.

Il me fixe avec patience et tristesse. J'adorerais lui arracher les yeux. Mais je me contente de serrer les dents.

« Vous étiez le seul capable de vous occuper de ça, Severus » fait-il calmement. « Je vous ai choisi pour l'entraîner parce que vous étiez le seul suffisamment qualifié. Lorsque je vous ai mis courant du destin qui est le sien, je vous ai ainsi donné le choix. Vous auriez aussi bien pu décider que vous ne vouliez plus avoir rien à faire avec lui. Mais je savais, peu importe votre décision, que vous seriez capable de garder le secret, » dit-il en souriant. « Un homme aussi vieux que moi ne peut garder des secrets importants pour lui-même. C'est une question de sécurité. Quelqu'un devait savoir, au cas où quelque chose m'arriverait et vous étiez la seule personne sur laquelle je pouvais compter. Mais vous auriez tort en pensant que je n'ai jamais pris en compte vos sentiments. »

Il soupire avant de me lancer l'un de ses regards inquisiteurs. J'aimerais lui dire d'aller se faire foutre, mais je peux à peine respirer. Toute mon énergie est utilisée pour que garder mon calme et je ne lui donne aucune indication que ce qu'il me raconte m'affecte. « En dernier lieu, Severus », dit-il d'une voix toujours aussi calme, « et le plus important, je vous ai choisi parce qu'il y avait en jeu une âme qui demandait de trouver le bonheur, si celui-ci pourra jamais être trouvé dans la mort. »

Je roule mes yeux. « Pardonnez-moi, mais l'âme de ce gosse ne pourrait pas avoir moins d'importance pour moi. »

« Précisément », fait-il en souriant.

Je fronce les sourcils, totalement confus à présent, et je ne suis pas qu'un peu irrité par le fait qu'un homme qui se disait mourant il y a quelques moments à peine puisse avoir l'air aussi content de lui. Je ricane. « Honnêtement, Albus. Est-ce que j'ai l'air de la personne idéale pour apporter du bonheur à l'âme de qui que ce soit ? »

Il sourit. « Je pense que vous vous sous-estimez. Et vous m'avez mal compris. C'est à votre âme que je faisais référence. »

Mon âme. Et cet homme ose me fixer avec un regard pétillant comme s'il était sûr que je possède seulement une âme.

Je le fixe, estomaqué, pendant que mon cerveau tente de me fabriquer mille et une raisons prouvant que cet homme est un malade mental. Etant donné que je peine à n'en trouver qu'une seule, je me contente de grogner avec incrédulité. « Absurde », je crache.

Il n'a pas l'air convaincu le moins du monde. Et de toute façon, si cet homme est assez fou pour penser que j'ai été heureux durant un seul moment de cette période de bordel total, alors il est inutile d'essayer de le convaincre. Après tout, l'un de nous deux doit finir par être raisonnable, et Dumbledore, aussi intelligent puisse-t-il être, a clairement perdu la tête.

Il me regarde toujours.

« Albus - »

« Vous doutez de ma santé mentale. »

Je cligne plusieurs fois des yeux.

« Il n'y a aucun problème. Beaucoup de gens se posent la question, eux aussi », fait-il en souriant. Je fronce les sourcils en ouvrant la bouche pour répondre. Mais rien ne sort.

Je ne peux rien répondre à ça.

« Le fait est que ce matin-là, lorsque je suis arrivé dans votre salon et que je vous y ai trouvé tous les deux, j'ai su. »

« Vous avez su… », je répète. « Quoi…exactement ? » Je pince les lèvres.

« Que vous, vous deux, aviez trouvé la paix. » Il a l'air assez satisfait de lui. Je ne souhaite rien d'autre que faire disparaître cette expression sur son visage.

« Nous avions dormi plus longtemps que prévu. Je ne pense pas que - »

« Toujours est-il, mon cher, que vous aviez dormi », fait-il en haussant un sourcil. « Vous aviez trouvé tous les deux la paix l'un avec l'autre car il n'y avait personne d'autre. Et je mentirais en disant que cela ne me rendait pas heureux de voir ça. Vous avez mérité cette sérénité, Severus. »

Il y a tant de faux dans son affirmation que je ne sais même pas où commencer. L'idée même que ce que j'ai expérimenté avec Potter puisse être assimilé à de la paix est risible et serait un bon début. Ma vie tout entière fut torturée et ballottée dans tous les sens à cause de ce misérable gosse. Tout ce qu'il m'a jamais causé, c'est de l'angoisse et de la colère depuis que j'ai été assez stupide pour accepter de m'occuper de lui. Et même s'il est vrai que j'ai pu partager quelques rares moments de calme avec lui...et bien ce n'était pas…Je ne le qualifierai pas de sérénité. Et certainement pas du bonheur. C'était plutôt…

C'était…

D'accord. On dira donc de la sérénité en attendant de trouver un autre mot. Mais cela n'avait rien à voir avec lui. Qui plus est…

Je le foudroie du regard pour le voir me fixer avec une expression satisfaite. Ses lèvres s'étirent en ce qui pourrait tout aussi bien être un rictus, si ce n'était le fait que je n'ai jamais vu un rictus sur le visage de Dumbledore aussi loin que je peux me rappeler. Une brusque réalisation me traverse le corps et ma bouche tombe par terre.

Il sait.

Tout.

La partie la plus logique de mon esprit s'empare de cette idée et se met en tête de la réduire en morceau avant qu'elle n'atteigne ma bouche. Il n'y a aucune raison de penser qu'il sait quelque chose. Et il serait stupide de lui dire quelque chose qui lui causerait une attaque cardiaque juste après m'avoir souhaité de finir mes jours en enfer.

Mais cette pensée résiste. Et s'il savait ? Et qu'il l'acceptait ?

Selon moi, avoir commis ce crime en premier lieu était une erreur. Mais totalement compréhensible étant donné les circonstances. Maintenant, qu'il soit au courant, et qu'il ait fait semblant de ne pas voir que j'étais en train de profiter d'un de mes étudiants, un garçon dont Dumbledore était entièrement responsable du bien-être…

Ca, c'est intolérable. Impardonnable.

Quelque part, au fond de mon esprit, je suis conscient que la rage qui bouillonne en moi pourrait très bien être infondée. En fait, plus j'y pense, moins cela me surprendrait. Et plus j'y pense, plus il devient évident qu'il a toujours su. Et non seulement il n'a rien fait pour l'empêcher, mais il a aussi fait tout son possible pour le rendre décent.

« Severus, est-ce que ça va? »

Je lui lance un regard foudroyant. « Non, Albus, ça ne va pas du tout. » Cela me prend un petit moment pour réunir suffisamment d'énergie pour calmer le torrent de rage qui m'assaille. Je frotte mon visage avec mes mains. Il n'y aura donc pas de confessions au pied du lit. De secrets honteux enfin révélés. Je vais donc en revenir au sujet principal.

C'était quoi déjà ?

« Il me semble que je vous dois des excuses », dit-il, coupant court à ma recherche désespérée pour retrouver le but de cette discussion. « Lorsque l'on a mon âge, certaines choses semblent tellement simples. J'en oublie souvent à quel point elles pouvaient être compliquées lorsque j'étais jeune. »

Je me retiens de rouler des yeux avec insolence, essayant désespérément de me rappeler que ceci sera probablement l'une des dernières fois où je discuterai avec lui. « Albus, de quoi êtes-vous en train de parler ? »

« D'amour. »

« Je vous demande pardon ? » La colère augmente à nouveau.

Il glousse et tourne son regard pétillant vers la fenêtre.

« Vous saviez, » dis-je avant d'avoir eu le temps de fermer ma bouche. Et je ne suis pas le moins du monde désolé une fois dit. Qu'il me vire. Ce sera l'une de ses dernières bonnes actions avant de quitter ce monde.

« Saviez ? » répète-t-il en haussant les sourcils. « Je ne sais rien du tout, Severus. Et je n'en ai pas envie. Mais je ne suis pas naïf au point de croire que deux jeunes gens peuvent passer autant de temps ensemble sans qu'il y ait à la base de leur relation quelque chose de plus substantiel que des leçons d'études. »

« Comment avez-vous pu – pourquoi - » Toutes les questions jaillissent en même temps, requérant toutes des réponses. Je garde la bouche fermée pour essayer d'en éliminer au moins une.

« Severus, ce jeune garçon est destiné à ne rester que très peu de temps sur terre. Je n'allais pas le priver du peu de confort qu'il pouvait trouver. Et je n'aurais même pas osé en rêve vous empêcher de découvrir un peu de lumière de ce monde obscur dans lequel vous insister pour vous exiler. Je ne suis pas un homme cruel ». Il me fixe avec un regard sévère.

J'en fais de même. « Vous n'êtes pas un homme cruel. Vous avez balancé un gosse prêt à mourir dans ma vie, me permettant par là de tomber - » J'inspire profondément et ressemble mes pensées avant de reprendre. « Si vous pensez réellement que Potter ait pu apporter du bonheur dans ma vie, dans ce cas vous m'avez offert du bonheur qui est voué à disparaître. Si ça n'est pas de la cruauté Albus, alors je ne sais pas ce que c'est. » Je me lève, dans l'intention de partir. C'est soit ça ou le tuer, mais puisque de toute façon il est mourant, je ne gaspillerai pas mon énergie.

« Severus », dit-il. Je m'arrête à la porte, mais sans me tourner vers lui. « Toutes les bonnes choses ont une fin. Si vous refusez votre bonheur, simplement parce qu'il est temporaire, dans ce cas vous vivrez une vie très longue et très triste. Tout ce que nous pouvons faire, c'est profiter des joies présentes tant que nous le pouvons. »

C'est sur cette charmante petite maxime que je quitte les lieux.

Puisse ce vieil homme rôtir en enfers avec ses souvenirs heureux.

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Des coups frappées contre ma porte me font sortir de ma torpeur. Je réfléchissais au moyen de changer le programme des leçons de cette année, afin que tous ces petits crétins ne finissent pas tous par se changer en une immense vision de Potter, armé d'un tesson de bouteille, brûlant tous les petits ballons colorés du pyjama de Dumbledore.

Je me rassieds, grimaçant légèrement tandis que mon dos douloureux me rappelle que je suis bien trop vieux pour pieuter dans des fauteuils. « Entrez », j'aboie, prêt à me défendre contre celui ou celle qui va franchir cette porte, fut-il loup-garou, Animagus attardé, ou n'importe quel autre connard mêle-tout s'étant mis en tête de jouer les Doc Folamour.

Mais je ne m'étais préparé à voir la figure sévère de MacGonagall, qui entre dans la pièce, lèvres pincées et nez rougi. Je préfère ne pas penser à la raison pour laquelle la Directrice Adjointe a décidé de me faire l'honneur d'une visite. Je hausse les sourcils avec intérêt et hoche la tête. « Minerva « fais-je d'une voix qui sonne rauque et peu utilisée.

« Bonjour, Severus », soupire-t-elle, ses yeux s'adoucissant malgré que ses lèvres restent pincées lorsqu'elle referme la bouche. « Albus m'a demandé de venir ici pour ramasser quelques-unes de ses affaires et lui ramener à l'hôpital. Il semblerait que Mr Potter se soit réveillé. Personne ne m'a répondu à vos appartements, alors j'ai pensé que je vous trouverai ici. »

Mon estomac se soulève et j'ai besoin d'un petit moment pour le redescendre à sa place. « Quelles affaires ? »

« Ses lunettes. Et quelque chose à lui mettre sur le dos. Albus a l'intention de lui parler cet après-midi, » dit-elle avec un mouvement de tête chargé de signification.

Je déglutis avec difficulté. « Vraiment », je murmure, n'invitant aucun autre commentaire sur le sujet. Je ne veux pas en parler. Je n'ai même pas envie d'y penser. Au lieu de ça je me lève, et me dirige vers une armoire, en retirant une des vieilles robes d'école que je garde toujours pour les cas fréquents où des élèves mettent le feu aux leurs durant mon cours. Je les lui donne avant de me diriger vers mon stock de potions, à la recherche d'une potion de Visibilité que j'avais laissée de l'été dernier. J'en verse un peu dans un verre et la renifle pour être sûr qu'elle est toujours bonne.

Elle l'est.

« Cela devrait suffire pour le moment », fais-je en lui tendant le gobelet. Même si je devrais bien finir par retourner là-bas, je préférerais repousser ça au plus longtemps possible. Il s'agit de quelque chose pour laquelle on a besoin de se préparer. Et je ne le suis pas.

Elle regarde le verre d'une manière étrange avant de se tourner vers moi avec un regard perplexe. « Severus – je…Enfin, il y a sûrement… » Elle trébuche sur les questions que je peux voir jaillir dans sa tête.

Je tente rapidement d'inventer une raison pour laquelle il m'est impossible de retourner maintenant à mes appartements pour ramasser ses affaires. « J'ai une potion extrêmement délicate qui mijote. Je vous ramènerai ses affaires plus tard », dis-je d'un air ennuyé, incapable de dire si ma performance était convaincante. Il faudra bien.

« Si vous y consentez, je peux y aller - »

« Non, je n'y consens pas. »

« Severus, n'êtes pas raisonnable », dit-elle avec exaspération.

« Minerva je vous en prie ! » je m'écrie, me surprenant moi-même. J'aperçois son expression effrayée, et je me demande si j'ai l'air aussi ridicule qu'elle. J'inspire profondément, décidant qu'après tout je m'en fous. Je marche jusqu'à mon bureau et m'y assieds, me caressant l'arrête du nez.

« Je peux m'arranger pour que quelqu'un aille nettoyer ça pour vous », fait-elle calmement.

Je me raidis, me sentant totalement stupide de ne pas être disposé à faire quelque chose qui pourrait me racheter. Je secoue la tête. Je ne veux personne dans ma chambre. Ca n'est pas l'attitude la plus raisonnable à adopter, je me dis. Il n'y a pas aucune raison possible à ce que je veuille que tout reste ainsi. Donc, je n'ai pas à en donner. « Comment va Albus ? »je demande, afin d'écarter la discussion de ma santé mentale plus que discutable.

« Il est… » Elle s'interrompt un long moment et je lève les yeux. J'essaie de croiser son regard, mais elle l'écarte évasivement. « Incroyablement exaspérant pour un homme de son âge », rigole-t-il, se retournant pour fixer quelque chose sur les étagères derrière elle. Elle renifle discrètement. « Je me demande si j'arriverai à vivre assez longtemps pour arriver enfin à comprendre pourquoi il…fait ce qu'il fait. On pourrait penser qu'à force, je me serais habitué à tous ses petits secrets. Mais lorsque tout ça se déroule sous votre propre nez… »

« Minerva - »

« Ce n'est pas la peine, Severus », dit-elle d'un ton ferme, pivotant pour me foudroyer du regard. Je suis quelque peu (et agréablement) surpris de voir ses yeux parfaitement secs. Et je lui en serais reconnaissant s'il n'y avait le fait que j'ai l'impression que je viens juste de me faire surprendre en train de verser un laxatif dans le jus de citrouille de Black. « Je suis furieuse envers vous tous. Vous et Albus… » Elle inspire profondément. « Je viens de passer la matinée à me faire bombarder par une montagne d'informations qu'il a décidé de me révéler avant de…N'importe laquelle de ces choses, séparément, aurait été suffisante pour me glacer le sang. Et… » Elle ralentit sa respiration, remontant à nouveau ses épaules et pinçant ses lèvres un moment avant de dire : « Et bien, je suppose que toutes les personnes avec qui il aura planifié une petite discussion ce matin sortiront de son bureau quelque peu choquées, vous ne croyez pas ? Maintenant, si vous m'excusez, je dois partir et remettre à un jeune garçon sa sentence de mort » , fait-elle d'une voix tremblante. Elle se tourne brusquement, habit et verre à la main, avant de quitter la pièce.

Je m'extirpe un petit moment de l'immense fontaine d'auto apitoiement dans laquelle je me suis vautré pour remercier le destin de ne pas m'avoir maudit en lui donnant son travail. Etre le confident de Dumbledore est déjà suffisamment encombrant. Etre son second doit être tout simplement insupportable.

Evidemment, être sa bonne action doit cependant être le pire de tous.

Ma brusque montée de compassion commence à s'assécher. Une fois de plus, un flot de ressentiment m'assaille.

Maudit soit ce vieil homme et ses bonnes intentions.

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Réponses aux reviews (tant que c'est pas interdit !) -

Vif d'or : Méchante ? Hého les réclamations c'est à Voldy et Cybèle qu'il faut les envoyer ! Mais bon tu vois bien que Dumbledore s'est rattrapé dans ce chapitre-ci…-

Jenni994 : Non Harry ne meurt pas…à dix-sept ans les sorciers acquièrent tous leurs pouvoirs et c'est assez intense, sur plusieurs jours…je suis désolée je pense que j'avais mal traduit ça…mais de toute façon apparemment c'est fini là, donc on va dire Harry a survécu et Yallah !

Ornaluca : Artémis ? Tu n'étais pas sur l'Antre avant ? En tout cas merci de suivre cette fic :)

Loriane : Argh encore une qui me demande ce qui se passe…je suis honteuse…et oui Harry s'est fait « contrôlé » par Voldemort (apparemment) pendant que son corps ..heu…acquérait (ça se dit ?) tous ses pouvoirs magiques… mais bon comme j'ai dit plus haut il est vivant c'est le principal ! -

Fannymjv : arghhh avec ta review tu me rappelles des choses affreuses…chuis même pas sûre que j'ai envie de continuer à traduire…snif…(hého je déconne hein, mais le cœur n'y sera pas) -