Pairing Drago Malefoy / Hermione Granger. _ Et oui, enfin... :P _ et y'a toujours quelques couples qui tentent de passer faire coucou d'temps en temps.

Genre Romance/Famille.

Rating M.

Disclaimer Coucou petits lecteurs de mon coeur :D Et merci beaucoup pour les reviews &...

Tous frais médicaux envisageables & toutes réparations d'ordinateur, iPad, ou portable relatives à la lecture de ce chapitre ne peuvent être prises en charge par ma petite personne.

Bonne lecture ! xD


Un Air de Famille

Chapitre 29


Anaïa s'était assise à la barre, vêtue le mieux possible de sa tenue qui lui donnait l'air d'une petite fille modèle. Sa tante Ginny lui avait même fait des nattes, assorties d'un ruban rose clair qui allait très bien avec sa robe d'un blanc immaculé. Son grand-père Robert avait haussé un sourcil en la voyant descendre les escaliers ce matin là, se demandant de toute évidence s'ils n'en faisaient pas trop, mais Blaise avait longuement insisté sur l'apparence à donner : elle se devait d'être l'innocence même.

Pourtant, installée dans ce fauteuil inconfortable dont elle ne pourrait –lui semblait-il– jamais s'extirper, elle se sentait plutôt comme une sorcière mise sur un bûcher. Elle observa la salle qui était remplie, jusqu'au moindre petit espace : les Weasley étaient présents, ainsi que les Potter et les Nott. Hermione n'avait pas fait l'effort d'éviter Drago cette fois et s'était assise juste derrière lui pour pouvoir lui parler en cas de besoin. Ses parents étaient à ses côtés, ainsi que Kylian qui –à l'envers sur le banc– discutait avec Cameron qui était installé sur le banc d'après. Les Weasley s'étaient mis derrière Ron, bien entendu, qu'ils soutiennent ou non son entreprise, par pur respect pour leurs valeurs familiales qu'Anaïa trouva ridicules ce jour là.

Dernier jour du procès. Ils n'auraient droit au verdict qu'après les fêtes sans doute, le juge ayant dit qu'il lui faudrait quelques jours pour réexaminer le dossier d'un bout à l'autre et relire chaque témoignage pour leur faire part de sa décision. Mais cette fois, ce serait fini. Plus que quelques heures et aucun ne pourrait plus rien faire pour changer le cours de ce procès. Ils devraient juste vivre avec. Et Anaïa savait pertinemment que tout reposait désormais sur ses épaules, même si elle soupçonnait le juge d'avoir déjà pris sa décision.

Elle observa Bradley qui organisait ses papiers et reporta son regard sur les derniers rangs où de nombreux journalistes prenaient déjà des notes : au vu des derniers événements, le juge Shepard avait compris que les journaux apprendraient la vérité, qu'il les laisse ou non entrer. Finalement, il avait levé l'interdiction de circuler dans la salle d'audience de tous ces vautours qui prenaient déjà quelques photos, comme des touristes de leur vie. Anaïa en fusilla un du regard dès qu'il zooma sur Hermione, penchée près de Drago pour lui chuchoter quelques mots à l'oreille, et l'homme rangea son appareil avec un rougissement honteux.

Finalement, Blaise se leva avec un sourire encourageant et vint se poster devant elle. Il lui avait fait répéter quelques réponses la veille même si elle se connaissait par cœur : jamais elle ne les répéterait au mot près, elle préférait être naturelle. Elle ne craignait cependant rien. Elle était prête, plus que jamais. Depuis le début du procès, elle rêvait simplement de pouvoir rabattre le clapet de son ancien père et défendre le nouveau. Elle en avait enfin l'opportunité et ne comptait pas la laisser passer.

« Alors, Anaïa… commença Blaise sans employer le ton très givrant qui l'avait rendu célèbre parmi ses pairs. Cela fait maintenant plus d'un an que tu as appris la vérité concernant ta famille. Kylian nous a dit que cela n'avait rien changé. Est-ce ton cas également ?

- Et bien… Si, ça a changé un tas de choses, admit-elle en fronçant les sourcils. Ma mère est toujours ma mère mais j'ai une sorte de nouvelle famille maintenant. Une famille que j'ai… choisie.

- Choisie ?

- Je considérerai toujours Harry et Ginny comme mon oncle et ma tante. Et Mamie Molly et Papi Art' resteront mes grands-parents… Que je sois ou pas la fille de Ron Weasley ne m'empêche pas d'être une Weasley à part entière. Mais mes cousins, ceux qui m'embêtaient, eux, ils ne sont plus de ma famille et ça, c'est plutôt génial !

- Et Drago Malefoy, quel rôle tient-il dans cette nouvelle famille ? »

Ana hésita une seconde. Ils avaient répété cette question et elle avait répondu « C'est mon père, point final » mais elle réalisa que cela ne suffisait pas.

« On apprend, bredouilla-t-elle, si bas que Blaise lui demanda de répéter. Je le considère comme mon père, mais on apprend encore à se connaître vraiment. Parce que c'est quand même long onze ans d'absence mais il s'intéresse à moi. Et si j'avais un problème, j'irais le voir et je sais qu'il ferait tout pour le résoudre.

- Alors, quelle est la différence entre ta situation et celle de Ky ? improvisa tout naturellement Blaise qui avait bien compris où elle voulait en venir.

- La différence, c'est que j'ai choisi de le connaître. On ne m'y force pas. Je ne suis pas un bébé, et Ky non plus. On est suffisamment grands pour prendre nos décisions nous même, surtout lorsqu'elles nous concernent à ce point… Papa – je veux dire, Drago– il ne m'oblige pas à lui parler ou quoi que ce soit. »

Blaise esquissa un sourire et Anaïa eu presque l'impression qu'il lui avait fait un clin d'œil pour la féliciter. Il se racla la gorge et jeta un coup d'œil en arrière avant de revenir vers elle.

« Peux-tu nous raconter quel genre de père était Ron ?

- Et bien, quand j'étais petite –vraiment toute petite– il était plutôt sympa. Je veux dire, c'était mon père alors… Mais ensuite, il a juste arrêté. De s'occuper de moi, de m'aimer, d'aimer maman aussi. Il a arrêté d'être mon père.

- Et ça te fait souffrir ?

- Plus maintenant. »

Elle n'eut conscience de la vérité qui transparaissait dans cette phrase qu'en l'exprimant à haute voix. Elle aurait dû répondre « Oui », c'est ce qui était prévu. Elle aurait même dû s'arranger pour laisser couler une larme ou deux mais ç'aurait été mentir. Elle ne voulait –ne pouvait– pas le faire. Blaise resta muet et elle réalisa que l'avocat de la partie adverse lui-même semblait stupéfait. Elle ne leur laissa pas le temps de se remettre et ajouta :

« Maintenant, j'ai juste pitié de lui. »

Elle croisa le regard de Ron qui paraissait tout à coup très blême ; et elle expliqua sans le lâcher des yeux :

« Il avait maman qui est franchement géniale comme femme –vous pouvez demander à mon père, il vous le confirmera. (Elle entendit quelques rires parcourir la salle et sentit son assurance enfler tout à coup dans sa poitrine.) Et il m'avait moi. Et sans vouloir être prétentieuse, je gère plutôt comme fille ! Et il a tout fichu par terre. Il a une nouvelle famille, d'accord, mais elle n'arrivera jamais à la cheville de l'ancienne, j'en suis sûre. Alors, je suis juste triste qu'il se sente obligé de faire la même erreur une seconde fois…

- Alors que ton père ne la ferait pas, conclut Blaise sans prendre la peine de cacher son sourire derrière une façade professionnelle.

- Non. Il aurait pu essayer d'obtenir ma garde, ça l'aurait aidé avec Ky, mais il n'a pas voulu me faire de mal. C'est comme ça qu'est censé agir un père. Qu'il soit biologique ou non. »


« Anaïa Granger ! »

La jeune fille tourna la tête vers Bradley qui venait de l'apostropher comme si son nom était une grosse blague. Elle essaya de se souvenir des conseils de Blaise : elle devait être courtoise, ne pas élever la voix et ne pas se mettre en colère, quoi que puisse raconter l'avocat de la partie adverse. Mais Anaïa pressentait qu'être impertinente serait sa seule défense avec cet homme à l'allure de requin. Elle avait eu quelques minutes de répit entre les deux interrogatoires et ces quelques minutes avaient suffit à faire grimper une sorte d'angoisse stupide en elle.

« Tu as douze ans, c'est bien cela ? (Elle acquiesça froidement en jetant un coup d'œil à sa mère qui lui souriait.) Tu vas donc déjà à Poudlard, dans la maison Serpentard, n'est-ce pas ? (Nouvel hochement de tête.) Pourquoi penses-tu avoir été répartie dans cette maison, Anaïa ? Lorsque nous avons posé la question à Kylian, il a expliqué que le Choixpeau lui avait dit qu'il possédait plusieurs qualités de Serpentard, que son père légitime lui avait inculqué… Mais si on suit ce raisonnement, tu aurais dû aller à Gryffondor. Qu'en penses-tu ?

- Et bien… (Elle observa Drago qui lui tira la langue pour la détendre et inspira profondément avant de se lancer.) Le Choixpeau m'a expliqué que j'avais certaines qualités et défauts qui pourraient plus ou moins me conduire dans toutes les maisons. Je suis assez passionnée pour Serdaigle, assez émotive pour Gryffondor, assez loyale pour Poufsouffle. Mais je suis ambitieuse avant tout ça. Et Serpentard, c'est la maison des ambitieux.

- Vraiment ? fit mine de s'étonner Bradley avec un petit sourire en coin particulièrement agaçant. Je pensais que c'était la maison des lâches, des inconstants, des rancuniers, des arrogants… »

Anaïa cessa un instant de respirer en reconnaissant là les quatre défauts que le Choixpeau lui avait donnés en lui disant qu'elle les avait hérité de son père. Mais Bradley n'aurait pas pu être en courant, à moins d'avoir été dans sa tête pendant la répartitions. Elle repoussa son angoisse soudaine et décida de croire à une coïncidence.

« Non, c'est la maison des ambitieux. La preuve en est que la plupart des Ministres de la Magie des cinq cent dernières années sont allés à Serpentard et que les élèves de ma maison finissent toujours à des postes importants… J'ai les chiffres si vous voulez ! »

Un rire éclata dans l'air et Ana reconnut celui de Cameron, qui fut rapidement étouffé par la main de son père posée sur sa bouche. Bradley secoua la tête avant de grogner un « ça ira, merci » pas amical pour un sou. Il parcourut ses fiches du regard, cherchant apparemment une autre question parmi des milliers d'autres, et se lança :

« As-tu été surprise en apprenant que Ronald Weasley et Hermione Granger n'étaient pas tes parents ?

- Non, admit-elle en secouant la tête. Enfin, pour Ron non. Pour ma mère, un peu. Beaucoup.

- Pourquoi n'as-tu pas été étonnée que Monsieur Weasley ne soit pas ton père ?

- Parce que je ne lui ressemble pas du tout. Alors que j'ai quelques points communs avec ma mère…

- Donc, par rapport à Monsieur Weasley, as-tu été triste ou déçue ? »

Anaïa hésita une seconde. Non. La réponse était claire dans sa tête. Elle n'aimait déjà plus Ron au moment où les résultats étaient arrivés, il n'avait déjà plus rien d'un père. Mais oui, elle avait été triste et déçue des années auparavant, lorsqu'il l'avait abandonnée. Cependant, elle secoua la tête.

« Non, je ne le considérais déjà plus comme mon père longtemps avant ça.

- Est-ce que tu le détestes, Anaïa ? »

La jeune fille reporta son regard sur sa mère qui avait un peu blêmi, et comprit que sa réponse à cette question était essentielle. Si elle disait que oui, alors tous –y comprit le juge – penseraient qu'elle témoignait pour se venger de lui. Mais si elle répondait que non, alors ils se diraient que ce qu'il lui avait fait, ce qu'il avait fait subir à sa mère aussi n'était pas si important que ça. Alors qu'il n'y avait rien de plus important à ses yeux que de montrer à quel point il les avait fait souffrir et à quel point il ne méritait pas Kylian.

Bradley esquissa un petit sourire avant de secouer la tête en faisant un petit bruit bizarre avec sa bouche, comme s'il claquait sa langue contre son palais. De mépris peut-être. Il se détourna pour saisir un petit carnet que lui tendit un homme, l'un de ses associés qu'Anaïa reconnut avec stupéfaction. Elle tenta d'alerter ses parents d'un regard, mais ces derniers ne comprirent pas où elle voulait en venir. Puis, elle reconnut le carnet qu'il tenait à la main et faillit s'étouffer.

« Vous

- Pas la peine de répondre à la question, Anaïa. Nous avons toutes les réponses là-dedans. »

Il agita l'un de ses journaux intimes et elle se souvint : c'était celui qu'elle écrivait à l'époque du divorce de ses parents et en effet, elle y avait craché toute sa haine à l'égard de celui qu'elle croyait être son père, toute sa colère, tout son mépris. Elle se leva d'un bond et entendit Blaise jurer dans sa barbe.

« Vous n'avez pas le droit de faire ça ! C'est… C'est… Personnel.

- Désolé Anaïa, rétorqua froidement Bradley alors que le juge lui ordonnait de se rasseoir. Mais il s'agit d'un procès. Plus rien n'est personnel. »


Hermione posa brutalement sa main sur l'épaule de Drago, lequel se retourna vivement et lu la panique dans ses yeux, panique qui se reflétait également dans ceux des Granger et dans ceux de Ky. Il remarqua finalement que tous les gens installés derrière lui avaient apparemment compris quelque chose qui lui échappait encore. Blaise fronça les sourcils alors qu'Hermione soufflait entre ses lèvres entrouvertes :

« Ce carnet, c'est l'un de ses journaux intimes !

- Quoi !? »

Blaise se retourna d'un bond alors que le Juge Shepard demandait à examiner le dit-carnet avant de l'accepter –il n'avait jamais rien refusé de toute façon, estimant que toute preuve et tout témoignage était bon à prendre. Drago constata qu'Anaïa avait les larmes aux yeux et comprit qu'il s'agissait plus de fureur de risquer ainsi de voir toutes ses émotions dévoilées au public, que de tristesse. Il lui esquissa un petit sourire, lui promettant ainsi que tout irait bien alors qu'il n'avait aucun moyen d'en être sûr, puis attrapa violemment le poignet de Blaise.

« Tu dois parler au juge et lui dire que ces journaux ne peuvent être lus ainsi. Ce sont ses pensées là-dedans, elles ne devraient pas être énoncées au beau milieu de cette salle…

- Elle a commencé à l'écrire quand elle avait à peine sept ans, murmura Hermione en une grimace. Juste avant mon divorce. A l'époque, elle ne portait pas franchement Ron dans son cœur… Et c'était une petite fille, elle n'a pas nécessairement dû réfléchir avant d'écrire. »

Blaise acquiesça en se levant pour rejoindre le Juge et Bradley, décrochant un petit sourire à Anaïa qui paraissait à deux doigts de se mettre à hurler. Drago revint vers Hermione, puisqu'il ne pouvait de toute façon pas entendre les murmures des avocats et grommela :

« Comment est-ce qu'ils ont pu les avoir ?

- Elle les cachait dans sa chambre, bredouilla Kylian en comprenant que tout s'apprêtait à partir en vrille et surtout qu'Anaïa pourrait sortir plus qu'heurtée de cette confrontation. On ne pourrait pas tout annuler ? La faire sortir d'ici et tant pis, on verra bien après ce qui…

- Non, Ky, on ne peut pas, l'arrêta Hermione en passant son bras par-dessus ses épaules.

- Je pourrais peut-être aller tous les leur voler ! s'écria Cameron derrière eux, le visage crispé par une colère noire qui menaçait d'enflammer tout sur son passage. Et leur arracher la tête au passage. Ça s'fait pas de voler le journal intime d'une fille. Même moi, je n'aurais jamais osé… »

Son père esquissa un sourire avant de reporter son attention sur Hermione, laquelle perdait des couleurs à chaque seconde. Il s'inquiétait bien plus pour elle que pour le procès en vérité, et adressa à Drago un regard soucieux que son ancien ennemi comprit aisément. Il posa sa main par-dessus celle de sa lionne et soupira :

« Il faut que tu t'en ailles.

- Quoi ?!

- Purce t'avait demandé d'éviter toute situation de stress et s'en est assurément une. Alors, s'il te plait, pars avec qui tu veux et attends dans le couloir…

- Mais…

- Pense au bébé, Hermione. »

Il lui lança un petit sourire triste et elle faillit le gifler d'oser ainsi utiliser leur enfant à venir pour la faire passer pour une faible. Malheureusement, il était soutenu –par les Potter qui hochaient la tête pour l'approuver, et même par Kylian qui posa sa main au-dessus de celles, liées, de ses deux parents. Elle était profondément agacée qu'ils se liguent ainsi contre elle, alors que la partie raisonnable de son être comprenait qu'ils avaient tous raison. Si Bradley s'attaquait à Ana, si celle-ci se mettait à pleurer ou à crier, elle serait tentée d'intervenir. Et une telle angoisse n'était bonne ni pour elle, ni pour le bébé. Elle acquiesça alors et se tourna vers Ginny.

« Tu veux bien ? »

La rouquine acquiesça avec un grand sourire de soulagement et Hermione reporta son attention sur Anaïa une seconde. La fillette n'avait jamais semblé si jeune –sa mère ne sut pas à quoi cela était dû : aux tresses ou au malaise grandissant qui la saisissait. Elle acquiesça lentement, comprenant sans difficulté ce qu'il se passait. Drago leur avait longuement expliqué à Kylian et elle deux jours plus tôt, que la grossesse de sa mère serait risquée et qu'il fallait la ménager. Et son père, ainsi que ses grands-parents et de nombreux amis étaient là pour la soutenir : elle pouvait très bien s'en sortir sans le soutien de sa maman.

Pourtant, avant de la laisser disparaître, elle insista une dernière fois en jetant une longue œillade aux nombreux assistants de Bradley. Hermione suivit son regard et se figea sur une chevelure sombre qu'elle connaissait bien. Elle resta stupéfiée une seconde sous le coup de cet affront, abasourdie par tant de déloyauté et Harry lui demanda si ça allait, craignant brusquement qu'elle s'évanouisse. Drago dut répéter la question plusieurs fois alors que Ginny se rongeait les ongles pour la première fois depuis trente ans, jusqu'à ce qu'Hermione parvienne à articuler :

« C'est Jack.

- Quoi ?

- Jack est assis avec les avocats de Ron. Il… »

Les pièces du puzzle s'imbriquèrent brusquement dans son esprit : la démission de Jack et l'apparition soudaine de ces journaux au sein du procès. Elle faillit se lever d'un bond pour ce ruer sur le traitre, mais balbutia simplement :

« Il savait où je cachais le double de clé pour mes parents… Il a dû… »

Drago n'eut pas besoin qu'elle aille plus loin pour comprendre : Supernaze s'était infiltré dans la maison d'Hermione pour voler les journaux intimes de sa fille, de leur fille, sans se soucier une seule seconde de la morale. Il aurait pu se précipiter sur l'homme qu'il détestait désormais plus que tout au monde –à égalité avec Ron– mais savait qu'il n'en avait pas le droit. Harry semblait saisi de la même envie et il estima préférable d'attendre la fin du procès pour se venger. Cameron, par contre, se leva d'un bond –ce que Drago trouva à la fois attachant et ridicule– avant d'être intercepté par son père qui le regarda comme s'il était cinglé.

« Supernaze doit payer ! gronda le jeune Potter, sûr de ce qu'il avançait.

- Je pense aussi, approuva Kylian.

- Les garçons, stop ! rugit Harry, attirant quelques regards sur lui. On réglera ça plus tard. Ginny, amène Hermione dehors. Cameron, installe-toi et cesse de bougonner : ce n'est pas un jeu. On doit soutenir Ana, un point c'est tout. Les meurtres attendront encore un peu… Est-ce que j'ai été assez clair ? »

Tous acquiescèrent, penauds, alors qu'Hermione et Ginny se levaient. Hermione embrassa chastement Drago sur la joue, se fichant éperdument des photographes qui saisirent leur instant d'intimité et elle quitta la salle avec un dernier sourire à sa fille qui déglutit difficilement. Les journalistes se mirent à prendre furieusement des notes, comme s'il s'agissait d'un événement important, et Blaise revint s'installer, si blême qu'il en parut presque trop blanc. Cameron se hissa sur le banc près de Kylian, bientôt suivi par son père, alors que Blaise soupirait :

« J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle.

- Commence par la mauvaise, grommela Drago en passant sa main dans ses cheveux.

- Shepard a accepté les journaux intimes d'Anaïa.

- Quoi ?! s'exclama Kylian en chœur avec Cameron, rapidement arrêté par Harry qui leur intima le silence.

- Et la bonne ?

- Il n'y en a pas, j'essayais juste de paraître optimiste… Je ne suis pas doué pour ça. »


Anaïa enfonça ses ongles à l'intérieur de sa paume, espérant ainsi faire s'égarer sa peine. Cela ne fonctionna qu'une nanoseconde, le temps que sa chair brûle sous ses doigts, avant de revenir en force sous de multiples formes : Bradley d'abord qui la fixait de ses petits yeux de fouine, Drago qui trépignait sur son siège et Kylian qui paraissait au bord de l'implosion. Elle inspira profondément, mesurant sans peine son envie fulgurante de se précipiter hors de son siège pour arracher son journal des mains de Bradley, avant d'enfoncer ses doigts dans ses orbites pour les lui arracher.

« Alors, Anaïa… Tu veux lire ou tu préfères que je le fasse ? (Elle haussa les épaules et il se lança :) 12 Août, Cher journal, Je le déteste, je le déteste, je le déteste. Je voudrais qu'il se fasse rouler dessus par le Magicobus, encore et encore. Tu parlais évidemment de Monsieur Weasley à cette époque. Le détestes-tu toujours autant, Anaïa ? Uhm, attends avant de répondre. Il y a environ un an et demi (Il alla prendre un autre journal.), tu as écrit ceci : J'ai écrit une lettre à Ky pour lui expliquer toute l'histoire avec Ron, à quel point il avait été affreux avec maman et moi. Pourquoi as-tu fais ça, Anaïa ? Pensais-tu que discréditer Monsieur Weasley auprès de Kylian était un bon moyen de te venger ?

- Quoi ? s'exclama-t-elle avant de secouer la tête. Bien sûr que non ! On ne savait même pas la vérité à ce moment là. J'ai juste raconté ça à Kylian parce que j'étais triste ce jour là et que j'avais envie d'expliquer cette histoire à quelqu'un d'extérieur à ma famille, quelqu'un qui puisse être réellement objectif !

- Quelqu'un qui soit de ton côté. »

Elle serra les dents et déglutit, ravalant la colère qui bouillonnait en elle et menaçait de la submerger à tout moment. Elle n'avait jamais voulu que Ky voit Ron comme un monstre, et Ky détestait Ron uniquement depuis qu'il tentait de le voler à son père. Elle ne détestait pas les Malefoy sous-prétexte que leurs relations avec Ky avaient été complexes et peu courtoises. Ils avaient douze ans, n'étaient plus tout à fait des enfants et savaient se faire eux-mêmes leur propre avis sur les gens après tout. Elle aurait voulu cracher ça au visage de Bradley, mais les mots s'évanouissaient sur sa langue à mesure qu'elle les pensait. Bradley parut le comprendre et en profita pour lire un nouveau passage du même journal après avoir tourné quelques pages.

« Ceci date de la mi-août de l'année dernière : J'ai filé jusque chez les Malefoy en espérant voir Ky et maudire cette fichue famille avec lui, mais je suis tombée sur Monsieur Malefoy. Tu parlais bien de la famille Weasley à ce moment là n'est-ce pas ?

- Oui, mais… »

Elle jeta un coup d'œil aux gens assis derrière Ron, dont sa grand-mère dont les sourcils formaient une barre rousse au dessus de ses yeux. Elle eut peur une seconde que sa famille, ceux qu'elle considérait encore comme tel, lui en veuillent pour l'éternité. Peut-être n'aurait-elle même plus le droit de les rejoindre les dimanches durant l'été ? Peut-être deviendrait-elle une étrangère totale à leurs yeux ? Peut-être… Arthur lui lança un petit sourire et elle détourna les yeux, décidée à expliquer sa façon de penser à Bradley.

« J'étais juste en colère ce jour là ! Certains de mes cousins s'étaient moqués de moi et je…

- Ce n'est pas la seule fois où tu as dit du mal des Weasley, la coupa Bradley avec un sourire conciliant, comme s'il était réellement peiné de lui faire subir ça alors qu'il jubilait intérieurement. C'est arrivé à de multiples reprises lorsqu'ils… Comment dis-tu ça déjà ? Ah oui lorsqu'ils « me font sentir que je ne suis pas plus à ma place avec eux que partout ailleurs ». Si nous suivons ton raisonnement, celui qui fait dire que tu n'es pas une Weasley, nous pouvons donc en conclure que Kylian n'est pas un Malefoy, tu ne crois pas ? »

Elle ouvrit la bouche, mais aucun mot n'en sortit. Elle était trop hébétée pour l'envoyer mentalement sur le saule cogneur de Poudlard. Elle ne parvenait pas à croire qu'il ait pu transformer ses propres mots, ceux qu'elle avait écrit sans penser que quiconque les lirait un jour, en armes contre Kylian et Drago. Bradley se détourna avec un petit sourire en murmurant :

« Ce sera tout, Monsieur le Juge. »

Anaïa se leva d'un bond, sans se soucier du regard sombre de Blaise qui lui ordonnait de rester calme. Elle arrêta Bradley en un cri et il se tourna vers elle, un rictus mauvais aux lèvres. Elle le lui effaça en quelques phrases, la tête bourdonnant sous l'afflux de ses pensées.

« Vous savez pertinemment que c'est faux ! Vous savez pourquoi j'ai détesté Ron ? Parce qu'il a été un père absent et que lorsqu'il était là, il n'en avait absolument rien à faire de moi. Monsieur Malefoy a aimé Kylian malgré ses différences, malgré son physique différent du sien, et celui qui aurait dû m'aimer moi en a été incapable ! Qu'est-ce qui vous dit que dans trois mois, dans un an, il ne va pas se dire « Oh, Ky n'est pas mon fils, il n'est pas exactement ce que j'aurais voulu qu'il soit » et le renvoyer par hibou à son vrai père ? Parce que quoi que vous en disiez, quoi que vous tentiez de prouver, Drago Malefoy est le père de Kylian ! On s'en fiche qu'il ne soit pas blond, on s'en fiche qu'il soit incapable de reproduire le « petit rictus Malefoyen parfait » ou qu'il stresse pour les examens alors que normalement, dans sa famille personne n'angoisse pour ce genre de choses… On se fiche de tout ça. La seule personne que ça intéresse, c'est Ron. Mais il a foutu en l'air la quasi totalité de mon enfance parce qu'il était incapable d'accepter que je ne sois pas exactement ce que j'étais censée être. Il a tout foutu en l'air avec moi, avec ma mère, et ce serait totalement injuste de le laisser briser une nouvelle famille sous-prétexte que Monsieur estime que celle de Ky ne lui convient pas. Ça ne devrait même pas être à vous de décider. Ce serait à Ky. Mais vous vous fichez de lui poser vraiment la question, parce que vous savez que la réponse ne vous conviendrait pas. »

Bradley avait le visage soudain plus crispé alors que le Juge demandait doucement à Anaïa de se rasseoir, d'une voix trop tendre pour qu'il soit réellement en colère qu'elle agisse ainsi en plein procès. Alors que les flashs crépitaient, il ordonna plus froidement aux journalistes de cesser de prendre des photos, même si tous savaient désormais que le discours d'Ana se retrouverait en première page le lendemain, associé à une jolie photographie mouvante.

Blaise envoya alors le sourire le plus franc à sa disposition à Anaïa qui comprit qu'elle l'avait convaincu lui au moins, et que son discours serait peut-être suffisant pour les autres...

Elle croisait les doigts pour que ce soit suffisant.


La neige tombait en doux flocons tout autour de la maison des Granger, rendant l'atmosphère si festive que même Drago –pourtant crispé par l'angoisse depuis le matin même– s'était surpris à sourire. Un sourire rapidement effacé par la poigne un peu trop solide du père de son amante. Il aurait voulu trouver un autre mot pour définir Hermione, mais ne parvenait pas encore à en choisir un. Petite-amie était ridiculement immature, femme encore présomptueux.

Pourtant, la main collée au creux de ses reins, il se sentait idiot de ne pas encore la considérer comme telle. Il trouvait cela trop rapide finalement. Beaucoup trop rapide. Il n'aurait pas dû songer à l'épouser et encore moins à lui faire un enfant… Et il se retrouvait là, dans un salon de moldus, lors d'un repas de famille, avec leurs enfants –qui lui semblaient désormais les leurs à tous les deux, comme s'ils les avaient réellement eu ensemble– et ce bébé dans le ventre de sa belle. Il avait la sensation étrange que tout s'était transformé sans qu'il ne le souhaite réellement. Et étonnamment, il n'avait pas peur, ni ne regrettait quoi que ce soit.

Il aperçut le sourire d'Anaïa qui montrait à Kylian une petite crèche de noël en bois, puis se reporta sur Hermione qui s'était éloignée de lui pour disposer quelques cadeaux de plus sous un sapin déjà bien garni. Il se racla gravement la gorge et croisa le regard de Monsieur Granger qui le fixait avec l'intention évidente de le mettre mal à l'aise. Drago comprenait les réticences de l'homme : si Anaïa surgissait un jour, enceinte, avec un homme qu'il ne connaissait pas –ou dont la réputation n'était plus à refaire– il ne serait probablement pas plus agréable. Il tenta vainement de sourire, mais Monsieur Granger lui tournait déjà le dos pour parler à sa fille.

Madame Granger lui adressa un petit sourire avant de lui désigner le canapé du doigt. Poliment, elle lui offrit quelques petits fours qu'il trouva absolument répugnants : ils n'avaient aucune saveur comme si le sel avait été oublié dans tous les aliments qui les constituaient. Anaïa s'écroula à côté de lui avec une moue compatissante et chuchota :

« Ils ont tendance à oublier que la nourriture doit avoir un goût ! Le dessert, c'est le pire, il n'y a jamais aucune nuance de sucre à l'intérieur. Heureusement que c'est maman qui s'est occupé du repas principal… »

Une ébauche de sourire ourla les lèvres de Drago alors qu'il se souvenait pertinemment de la façon dont ledit repas avait été préparé. Pendant que Kylian et Anaïa passaient l'après-midi chez les Potter pour récolter quelques premiers cadeaux, Drago avait aidé Hermione à cuisiner. Premièrement, parce qu'elle n'était pas douée pour cela du tout –enfin, il savait désormais de qui elle tenait ça. Et deuxièmement parce qu'il avait été incapable d'y résister à la voir paniquer et s'empourprer à chaque fois qu'elle se trompait. Il avait donc cuisiné ses fameuses pommes de terre, leur offrant un effet plus festif à coups de foie-gras et de saumon fumé, mais avait surtout profité de sa belle assistante.

Il ne savait comment ils s'étaient retrouvés par terre, leurs corps nus et moites recouverts de farine, mais il se retrouva à sourire bêtement à cette pensée. Hermione parut sentir son humeur brusquement plus détendue, car elle se tourna vers lui, un rictus vaguement moqueur aux lèvres. Il lui envoya un baiser et Anaïa pouffa à côté de lui alors que Ky les rejoignait. Brusquement, avant qu'il ne puisse se ruer sur Hermione pour l'embrasser à pleine bouche comme il en mourait d'envie, un flash l'aveugla, produit par l'appareil photo numérique que tenait Madame Granger et il grimaça. Première photo de famille. Son cœur s'enflamma à l'idée que cela puisse aussi être la dernière. Il passa son bras par dessus les épaules de Kylian et l'attira vers lui, faisant rapidement de même à Anaïa comme de crainte qu'on la lui enlève elle aussi.

Hermione se retrouva rapidement en leur compagnie, et Drago sentit son cœur se serrer. Elle effaça sa peine et ses peurs d'un baiser qui fut à son tour saisi par le petit appareil moldu, jusqu'à ce que Monsieur Granger bougonne :

« Oh, ça suffit pour les photos, non ! »

Drago remplaça aisément le mot « photos » par « baisers » et s'amusa à renforcer son étreinte autour de sa lionne, sans prêter la moindre attention aux grognements de Monsieur Granger, ou aux ricanements des enfants. Il ne se détacha d'elle que lorsqu'elle lui mordit la langue, lui faisant pousser un petit grondement de douleur qui se répercuta entre leurs corps. Puis, lentement, elle susurra contre ses lèvres :

« Ça suffit, oui ! »


« Alors, Monsieur Malefoy, que comptez-vous faire exactement de vos dix doigts maintenant ? »

Drago aurait voulu répondre quelque chose comme : « Parcourir chaque courbe du corps de votre fille, Monsieur Granger. », tant le sous-entendu était irrésistible. Le regard sombre d'Hermione l'en empêcha –et la façon dont elle coupait méthodiquement sa viande, féroce, également. Alors il offrit la réponse qu'attendait l'homme lui faisant face, celle qui le ferait passer pour un pathétique incapable, exactement ce qu'attendait Robert en somme.

« Aucune idée. »

Hermione et lui avaient listé toutes ses compétences, lui donnant à mesure que les secondes défilaient, l'impression d'être un parfait idiot. Qu'avait-il à offrir à une femme si indépendante et forte ? Peut-être la tirait-il vers le fond finalement… Peut-être… Le pied nu d'Hermione se retrouva brusquement sur sa cheville par dessous la table et un frisson grimpa le long de son échine. Il faillit rire en comprenant qu'il était désormais incapable de lui cacher ce qu'il pensait et qu'elle avait –une fois de plus– ressenti son trouble.

« Moi, je pense que tu devrais ouvrir un restaurant ! s'écria Anaïa après avoir mâchonné très vite sa pomme de terre pour parler. Un qui s'appellerait… (Elle fit mine d'y réfléchir une seconde.) « Le Roi des Patates » !

- C'est nul comme nom, ricana Kylian alors qu'Hermione secouait la tête, dépitée. Il faudrait quelque chose de plus classe, un nom mystérieux qui donnerait envie aux gens de pousser la porte juste pour voir de quoi ça a l'air. Et là : paf ! Ils sentiraient le parfum des pommes de terre et se rueraient à l'intérieur. »

Drago esquissa un sourire, n'y croyant pas une seconde. Il n'avait jamais eu l'âme d'un entrepreneur : il voulait pouvoir s'installer derrière un bureau, faire à moitié son travail et rentrer chez lui le plus tôt possible tous les soirs. En résumé, il voulait rester l'imperturbable fainéant qu'il avait été toute sa vie. Mais Hermione le fixait si intensément qu'il réalisa qu'elle prenait cette suggestion très au sérieux. Trop au sérieux.

« Ce serait une idée, murmura-t-elle finalement au moment même où Robert répliquait :

- L'état actuel des finances ne permet pas la moindre erreur. Personne n'aurait l'idée farfelue d'ouvrir un restaurant en pleine crise ! Et il faut de l'argent pour ouvrir un restaurant, vous savez ? Beaucoup d'argent.

- J'ai de l'argent. »

La voix d'Hermione s'était brusquement raffermie, comme si l'idée la charmait de plus en plus et Drago la laissait s'infiltrer en lui, juste pour éprouver la même chose qu'elle. Peut-être n'était-ce pas si stupide en fin de compte, même si cela mettait à l'eau ses plans de je-m'en-foutiste. Il pourrait ouvrir un petit restaurant minuscule, cuisiner ses pommes de terre de façon professionnelle et passer ses nuits enroulé avec Hermione dans de la farine. Elle lui décrocha un sourire au moment même où cette possibilité enflait en lui comme un ballon.

« Vous allez avoir un bébé, s'exclama Madame Granger en secouant la tête, l'air de dire qu'ils étaient totalement fous. Un bébé demande déjà une certaine organisation et je peux vous assurer que vous en aurez besoin… Ainsi que du temps, une bonne dose de temps ! »

Du temps. Quelle étrange conception de la vie… Calculer le temps était désormais si risible, si improbable, pour eux. Ils avaient oublié que deux ans plus tôt, ils s'étaient effacés et parcouraient la même vie sans se croiser. Ils avaient oublié que dix-huit mois plus tôt, ils se détestaient à nouveau. Ils avaient oublié qu'un an plus tôt, ils pensaient l'un à l'autre sans l'avouer, sans le vouloir, sans rien désirer de plus que d'effacer ce qu'ils avaient vécu. Ils avaient oublié que six mois plus tôt, ils n'étaient que ces deux personnes dont les vies s'étaient irrémédiablement liées sans leur demander la permission auparavant.

Le temps n'avait plus de prise sur eux. Ils avaient un enfant en route, deux autres à apprendre à se partager, et un avenir tout entier à organiser et gérer. Hermione aurait voulu continuer son existence sans trop s'éloigner des sentiers battus, mais désormais, alors qu'elle s'égarait totalement, il lui semblait plus essentiel que jamais d'avoir un réel projet, un autre que ce bébé, un qu'ils puissent réellement penser et préparer. Et ce projet là lui faisait briller les yeux, l'étourdissait de mille envies plus plaisantes les unes que les autres.

Comme s'il comprenait exactement ce qu'elle ressentait, Drago saisit sa main par dessus la table alors que la jambe de sa lionne se mouvait tendrement contre la sienne.

« Ce n'est pas si improbable que ça, en effet…

- Je pourrais être serveuse ! S'enthousiasma Anaïa comme si elle en avait toujours rêvé. Et Kylian pourrait être plongeur.

- C'est quoi le rapport ? s'étonna Kylian sans connaître cette expression.

- Tu ferais la vaisselle. Non, franchement, ce serait juste trop génial comme idée ! Ce serait une sorte d'entreprise familiale et… »

Drago emmêla les doigts d'Hermione aux siens, un petit sourire interrogateur sur les lèvres, comme pour s'assurer que la sérieuse et réfléchie Gryffondor n'était pas revenue pour s'emparer de ce nouveau rêve et le piétiner à coups de réalité. Mais non, elle haussa les épaules, l'air de dire « Pourquoi pas ? » et il plongea son regard dans le sien avec l'envie irrésistible de lui transmettre ses pensées : elle, lui, farine. Sa jambe remonta plus haut, jusqu'à sa cuisse, et il sut qu'elle avait compris. Tout l'après-midi durant, ils avaient vécu dans une sorte de bulle, juste tous les deux, parfaitement en symbiose et il se surprit à espérer que tout le reste de sa vie ressemble à ça.

Et alors que le rire de Kylian à une remarque d'Anaïa explosait dans l'air, il s'en voulut. Rien n'était encore joué. Un homme, un magistrat qu'il ne connaissait même pas personnellement, avait encore le pouvoir de tout briser. Lui, Kylian, cette famille.

Leur avenir.


Hermione se retrouva blottie contre le torse de Drago en trop peu de temps pour le dire, se moquant éperdument du regard de son père : il finirait par se faire à la situation, elle lui faisait confiance. Il lui suffirait de passer un peu de temps en compagnie de son tout nouveau presque-gendre pour comprendre qu'il était un homme bien finalement et qu'il n'avait pas à craindre pour sa chère fille adorée. Elle se laissa donc aller à étreindre son amant qui lui caressa imperturbablement les cheveux, peu soucieux lui aussi de plaire ou de déplaire à Monsieur Granger qui n'avait plus franchement le choix : il devrait l'accepter, qu'il le veuille ou pas.

Elle ramena ses jambes sous elle sur le canapé alors que les enfants déballaient leurs cadeaux en poussant des cris ou des rires à chaque surprise, découvrant peu à peu qu'ils n'avaient probablement jamais été aussi gâtés. Drago déposa un baiser au sommet du front d'Hermione avant de se pencher jusqu'à frôler son oreille de ses lèvres pour murmurer :

« J'ai un cadeau pour toi dans ma poche.

- Je le connais, celui-ci, répliqua Hermione en un rire presque moqueur qui poussa Drago à lever les yeux au ciel –il avait une mauvaise influence sur elle, franchement.

- Pas ça, voyons ! Enfin, si, mais pas devant les enfants si tu veux bien. Ce soir, dans ton immense lit…

- J'ai encore de la farine à certains endroits stratégiques, Drago. Je crois qu'il va falloir qu'on se savonne mutuellement avant d'aller au lit… »

Il sentit un nœud de désir tournoyer dans son bas-ventre et avala difficilement sa salive : il était perdu, jamais plus il ne pourrait se passer d'elle. Il secoua la tête, amusé par ses sous-entendus énoncés si bas qu'il était heureusement le seul à pouvoir en profiter –quoi que les sourcils froncés de Madame Granger prouvaient qu'elle n'était pas dupe. Lentement, il fit courir ses lèvres le long de la mâchoire de sa lionne, avant d'atteindre son oreille à nouveau.

« Je ne sais pas si je dois te l'offrir.

- Et pourquoi donc ? murmura-t-elle en copiant parfaitement son ton du secret.

- Parce que la dernière fois qu'un homme t'a demandé en mariage, tu as rompu avec lui. »

Elle se crispa violemment contre lui, si bien qu'il imagina déjà sa réponse : non. Il s'en retrouverait aussi humilié que blessé et ne pourrait jamais plus la regarder en face. Elle se détacha soigneusement de lui, ses mains pourtant fermement accrochées à sa chemise comme pour qu'il ne s'éloigne pas. Elle chercha quelque chose sur son visage : une trace d'humour ou d'indécision, une nuance de regret ou de résignation. Mais rien, elle ne lut qu'une certaine panique fraichement dissimulée sous mille tonnes d'amour et d'impatience.

« C'est une bague, ce cadeau ? chuchota-t-elle en fin de compte en se sentant très stupide d'oser poser cette question.

- C'est généralement ce qu'on offre pour une demande en mariage, en effet, admit-il avec un rictus narquois qui lui allait parfaitement. Mais je peux aller chercher autre chose si tu veux qu'on soit plus originaux… »

Elle secoua la tête en mordillant nerveusement sa lèvre inférieure et il faillit éclater de rire, conscient qu'elle agissait là comme une adolescente surexcitée. Il passa ses doigts frais contre sa nuque, l'attira à lui pour un léger baiser –nouveau grognement à l'autre bout de la pièce – et commença à sortir la bague de sa poche. Hermione posa brutalement sa main contre la sienne avec un froncement de sourcils et il se demanda s'il venait de commettre une erreur. Certes, ce n'était pas une demande à proprement parler –Pansy l'avait forcé à mettre un genou à terre– mais Hermione ne pouvait s'attendre à ce qu'il joue le romantique éploré. Elle le connaissait trop bien pour ça, finalement, et ne l'y obligerait pas. Pas devant ses parents et les enfants en plus de ça. Elle esquissa un sourire en lisant son trouble et, la voix tremblante, expliqua :

« Attendons.

- Tu es enceinte, Hermione, lui rappela-t-il, souhaitant lui faire comprendre qu'il n'y avait plus matière à attendre.

- Je sais. Et je… Je t'aime et je veux que ça se passe bien entre nous, j'y crois réellement et j'attends avec impatience qu'on se plonge dans ce futur qu'on imagine…

- Mais ?

- Mais il y a le procès et je sais, comme tu sais aussi, que le verdict pourrait changer énormément de choses. Je veux qu'on attende, qu'on se fiance en sachant exactement vers quel futur nous nous projetons. Tu comprends ? Ce n'est pas un « non ». C'est même un « Oui », un énorme « Oui », mais j'ai besoin de… »

Il posa sa main contre sa joue, lui intimant le silence, comprenant exactement où elle voulait en venir. Oui, tout pouvait se dérégler dans quelques jours, briser tout cet avenir qu'il n'imaginait pourtant pas sans elle –et pas uniquement à cause de l'enfant qu'ils avaient conçu sans l'avoir prévu. Mais il comprenait qu'elle veuille attendre, que le contexte soit plus serein, plus romantique aussi. Alors il acquiesça lentement avant de soupirer :

« Tu ne voudras pas que je pose un genou à terre et tout ce délire, pas vrai ?

- Jack l'a fait, lui ! » persifla-t-elle avec un sourire mauvais.

Il résista à l'envie de lui tirer la langue ou de faire autre chose d'aussi puéril, bien qu'il en ressente presque le besoin. S'il devait être comparé à Jack, sa supériorité ne serait pas à prouver –ou du moins, il l'escomptait. Comprenant qu'elle l'avait agacé, plus qu'amusé, Hermione se rapprocha de lui, se fichant de choquer davantage son père. Elle enfouit son visage dans le cou de son amant, l'embrassa, puis le rassura d'une seule phrase :

« Etre ta femme suffira. »


Drago s'éveilla en sursaut, le corps tremblant et moite de sueur. A tâtons, il chercha Hermione dans le lit, près de lui, et ressentit un profond soulagement en sentant sa peau sous ses doigts. Elle poussa un petit gémissement, atténué par le sommeil, et il déposa un baiser sur son épaule nue avant de se lever. Il repoussa les draps dans lesquels il s'était entortillé après l'amour, enfila son pantalon de pyjama qui trainait au sol et fronça les sourcils. En quelques semaines à peine, il avait installé des dizaines de petites choses lui appartenant dans la maison d'Hermione, et se surprenait à trouver cette idée plaisante. Ces petits détails le rassuraient : ils prouvaient que sa relation avec Hermione était tangible.

« Où vas-tu ? demanda-t-elle en se retournant, sentant son absence.

- Prendre un verre d'eau. Dors, je reviens vite. »

Il l'entendit soupirer, comme désespérée par ces insomnies qui la tourmentaient elle aussi, et il faillit s'excuser avant de changer d'avis. Après tout, elle devait l'accepter tout entier, avec ses nombreux défauts –heureusement atténués par mille qualités. Il récupéra son t-shirt au pied du lit, se glissa dedans, puis quitta la chambre où il s'était installé pour la nuit. Hermione avait insisté pour qu'ils restent chez elle au moins le temps qu'ils aient une idée précise de ce à quoi pourrait ressembler le manoir avec un peu de travaux. Mais il se sentait définitivement peu à l'aise dans cette maison pourtant, et cette impression ne s'atténua pas : il y avait encore une photo de Ron. Il résista à l'envie de balancer le cadre par la fenêtre, mais Hermione et Harry étaient dessus et il s'en voulut d'être à ce point jaloux.

En passant devant la chambre d'Ana, que Ky partageait, installé sur un matelas posé à même le sol, il remarqua un filet de lumière qui filtrait. Décidé à instaurer un peu d'autorité, il ouvrit la porte et brusquement, le noir fut complet. Il entendit Ana rire, peu discrète, puis le « Mais chut ! » de Kylian, et fut tenté de les laisser tranquille. Il résista, au moins parce qu'Hermione lui avait demandé d'agir un peu comme un adulte.

« Les enfants, il est plus de minuit.

- On est en vacances, papa ! protesta Kylian. On dormira à Poudlard… Et puis, en général, tu t'en fiches de l'heure à laquelle je me couche. »

Drago ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel. Parfois, il lui semblait franchement qu'Anaïa avait une mauvaise influence sur Kylian : depuis quand son fils se permettait-il d'être impertinent ? Puis, il songea que Cameron Potter était le mieux placé pour être la cause de cette soudaine crise d'adolescence précoce –un Potter, ça n'apportait définitivement que des problèmes. Il se promit de surveiller le jeune homme de très très près. Après tout, qu'allait-il imaginer pour corrompre la charmante enfant qui le fixait à l'instant même ? Anaïa ne serait probablement pas capable de se défendre et son rôle en tant que père était…

Il interrompit là ses pensées en souriant : Ana aurait également un frère, et cela suffirait sans doute à repousser toutes les tentatives de séductions de Cameron à l'adolescence. Il l'espérait du moins. Rassuré sur ce point, il constata que ses deux enfants l'observaient, en l'attente d'une punition ou d'un ordre quelconque. Mais il en fut simplement incapable. Tant pis, Hermione devrait s'y faire : elle jouerait la méchante Auror dans leur couple, et lui le papa super cool. Il n'était pas de taille à affronter les sourires d'Ana et Ky. Alors, contre toutes leurs attentes, il se faufila dans la chambre, referma la porte et leur demanda à voix basse s'ils étaient tentés par les cookies qui les attendaient au rez-de-chaussée.


Hermione ne sentait presque plus ses doigts. Drago les serrait si fort qu'elle était presque certaine qu'il risquait de lui casser quelque chose mais elle se refusa à le lui avouer. Il angoissait. Le laisser lui broyer la main était le moins qu'elle lui faire en l'état actuel des choses. D'ordinaire, elle se serait penchée vers lui avant de l'embrasser avant autant de fougue que possible, mais le public que composait Weasley, Granger, avocats et journalistes n'aurait pas franchement apprécié. Elle se contenta donc de caresser le haut de sa main du bout du pouce, consciente qu'il ne ressentait probablement pas grand chose.

Elle n'avait jamais vu Drago avoir peur. Il avait été agacé, en colère, furieux même. Peiné parfois, bien qu'il tente désespérément de le cacher aux yeux du monde. Mais jamais, au grand jamais, elle n'aurait pu imaginer le voir si rempli de panique et d'angoisses si humain finalement.

Blaise, juste à côté de lui, semblait aussi saisi par le stress : il tapotait du bout de sa plume contre la table, les yeux cernés d'un noir si profond qu'il lui sembla clair qu'il n'avait pas dormi de la nuit. Croisant son regard, il lui adressa un petit sourire qui se voulait rassurant, mais qui ne réussit qu'à l'effrayer encore davantage.

Elle ne pouvait malheureusement pas s'empêcher d'angoisser elle aussi, même si elle estimait impossible que Kylian finisse par vivre avec Ron. Durant tout le procès, elle n'avait pas une seule seconde imaginé que Ky puisse être retiré à Drago, tant ils étaient proches… Certes, elle voulait attendre d'être sûre pour commencer cette nouvelle vie qui lui tendait les bras, mais elle avait toujours estimé qu'il s'agissait d'une simple formalité. Quel juge digne de ce nom pourrait –en toute conscience – demander à un enfant de douze ans d'abandonner la seule famille qu'il avait toujours connue ? La poigne de Drago se resserra si brutalement qu'elle poussa un petit gémissement de douleur, gémissement qui eut au moins le mérite de le faire sortir de sa torpeur alors que le juge pénétrait enfin dans la salle. Il se tourna légèrement vers elle et elle put lire quelques mots sur ses lèvres : « Je t'aime. ». Elle lui répondit d'un petit sourire avant de porter sa main à ses lèvres pour y déposer un baiser aussi léger que possible.

Tous deux se retournèrent finalement vers le juge qui s'était mis debout derrière son bureau et feuilletait quelques papiers. Hermione fut prise d'une brusque envie de se lever pour lui arracher son parchemin des mains et le lire, tant l'impatience la guettait. Elle sentit son souffle se bloquer dans sa poitrine alors qu'il levait les yeux et parcourait les personnes présentes du regard. Il le posa finalement sur elle avant de le détourner très rapidement, puis se racla la gorge.

« Mesdames et Messieurs, le verdict va être rendu aujourd'hui… Après une étude approfondie des deux possibilités s'offrant au futur du jeune Kylian, ainsi qu'aux dossiers de Drago Malefoy et Ronald Weasley, j'en suis venu à comprendre qu'aucune sentence ne serait parfaite. Messieurs (Il plongea son regard dans celui de Ron, puis dans celui de Drago.), Vous avez tous deux commis de graves erreurs en tant qu'homme ou en tant que père mais je suis persuadé que vous êtes tous les deux prêts à tout pour les faire pardonner. Malheureusement, j'ai dû faire un choix. J'ai dû prendre en considération vos passés respectifs et la vie que vous menez actuellement et j'ai pris ma décision en fonction de tous ces éléments… »

Il s'interrompit une seconde, se racla de nouveau la gorge, et Hermione put lire le doute dans ses pupilles, comme si le juge lui-même ne savait plus vraiment quoi faire, comme s'il doutait encore en cet instant, du bienfondé de sa sentence. Elle baissa les yeux vers sa main, toujours liée à celle de Drago, et avala douloureusement sa salive, brusquement consciente de tout ce que le juge avait dû prendre en compte.

Ron avait été un père ignoble, mais Drago avait été un imbécile violent et irréfléchi. Et tous les journaux, ainsi que la quasi totalité des sorciers Anglais étaient du côté de Ron… Elle en vint à supplier mentalement le juge de ne pas avoir suivi leur avis, au moment même où ce dernier finissait par énoncer, les sourcils froncés, l'air toujours hésitant :

« Par conséquent, la garde de Kylian est accordée à Monsieur Ronald Weasley… »


Note _ … … …

Message de Loufoca Granger : "Par contre là, si les lecteurs voulaient bien te tuer… je te rappelle que tu m'as autorisée à reprendre la fic en cas de mort doooooooooooooonc… si vous voulez un revirement de situation chers lecteurs, vous savez quoi faire lalalalala"

Petites questions _ 1. Quel personnage souhaitez-vous le plus tuer à coups de haches après la lecture de ce chapitre ? Jack, Bradley, le juge ou Ron ? ; 2. Quel personnage avez-vous le plus envie d'embrasser / câliner / blabla après la lecture de ce chapitre également ? ; 3. Comment pensez-vous que cette nouvelle va-t-elle être prise par nos personnages principaux ? ; 4. Comment imaginez-vous la suite de l'histoire de cette petite famille qui vient d'être littéralement fracassée ? ; 5. Est-ce que ce chapitre vous a plu (Euh… en dehors de la fin xD) ?

Dans le prochain épisode _ La réaction d'un enfant ; des litres & des litres de larmes ; un retour fracassant ; des lettres bien sérieuses ; des projets de meurtres ; une chute & des décisions trop vites prises...

Bisous bisous, Review Review

Bewitch_Tales