Note de l'autrice : Bonjour. Voilà le chapitre 29 ! Bonne lecture.
Chapitre 29 :
Criminel
?, 2011
Les jours se ressemblaient et s'étiraient. Le traitement que le groupe Léthé lui avait prescrit lui permettait de survivre un peu plus chaque jour. Il était presque aussi pénible que ses doses de virus mais, au moins, il n'épuisait pas son corps.
Toutefois, c'était superficiel. Fallen savait qu'un jour où l'autre, il rejetterait le ribovirus.
Elle avait repris un peu de poids ; les médecins du Léthé avaient de nouveau opéré sa hanche pour tenter de réduire la douleur et améliorer sa condition physique. Étant donné qu'ils avaient greffé une prothèse sur l'os, elle devait avaler des anti-inflammatoires et surveiller tout signe d'infection ou de maladie – même si depuis qu'elle était viralo-dépendante, elle n'avait pas attrapé le moindre rhume.
Elle n'avait pas encore commencé les entraînements compte tenu de son état ; pour l'instant, son organisme semblait bien accepter la prothèse.
Par moments, Fallen se demandait pourquoi continuer à survivre, puis elle se rappelait Shona, Holy, Tia, Rivus – qui refuserait qu'elle le rejoigne maintenant dans l'au-delà –, puis à Orate. Son cœur se serrait de peine chaque fois qu'elle songeait à lui.
Ils ne s'étaient jamais vus en vrai, après tout. Cependant, elle avait noué avec lui un lien fort ; elle lui avait dit tant de choses sur elle – et elle en avait tu tant d'autres…
Depuis le temps, il l'avait certainement oubliée s'il était vivant.
Elle s'en voulait. Ses pensées tournaient toujours en boucle. Elle ne se confiait à personne et craignait d'être un poids. Katana l'avait bien conditionnée à ne jamais se plaindre. Pour l'instant, il ne pourrait pas la retrouver, de même que Narulon. C'était son seul réconfort. Feyther n'aurait jamais pu la protéger d'eux malheureusement. Elle songeait aussi à sa génitrice. Amère, elle avait réalisé que Danaé ne les avait jamais vraiment aimés, elle et Rivus. Un deuil qu'elle avait fait depuis longtemps.
La porte de sa chambre s'ouvrit sur Shelke. Sans un mot, la jeune femme se leva pour la suivre. La Tsviet voulait certainement parler avec elle et la faire marcher, pour entretenir son organisme en convalescence.
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Un an et demi après les événements de la Deepground.
Lorsque l'inconnue ouvrit les yeux, une lumière crue bousilla ses rétines. Elle fut obligée de clore les paupières et de tourner la tête. Elle toussa en sentant un obstacle l'étrangler. Son estomac faillit se faire la malle, et elle réprima à grand-peine une nausée. C'était le capharnaüm au sein de son crâne, comme si toutes ses pensées avaient été mélangées en un dangereux cocktail. Était-elle malade ? C'était la seule explication logique à son état...
Lorsqu'elle essaya de bouger, elle fronça les sourcils. Ses poignets et ses jambes étaient bloqués par quelque chose. Elle souleva ses hanches et constata qu'elle était aussi entravée à ce niveau, de même qu'une lanière de cuir l'étouffait à moitié. Cette fois, le doute n'était plus permis : elle avait été enlevée et elle savait qui en était l'auteur.
La Shinra. Du moins une de ses branches. Ils la traquaient depuis des mois parce qu'elle ressemblait de manière troublante à une femme qui était morte il y a deux ans. Le pire était qu'elle voyait de temps à autre cette femme lorsqu'elle dormait, ou quand elle avait ces sortes de « flash ». Elle possédait même quelques-uns de ses souvenirs, comme celui de ma façon dont elle avait été tuée. Un homme habillé d'un costume sombre, aux cheveux noirs détachés et avec un tika en plein milieu du front. Il lui avait tiré une balle entre les deux yeux.
— Ah, tu sembles réveillée. C'est bien.
Cette voix, elle ne la connaissait pas. Elle se força à ouvrir les paupières et fixa l'individu qui s'adressait à elle. Un homme mince, en blouse blanche, à la crinière rousse attachée en une queue de cheval. Un visage fin aux grands iris verts. Si elle avait été « normale », elle l'aurait trouvé séduisant, même si son sourire la rendait méfiante. Non, plus que cela. Un pincement à la poitrine la saisit. Elle tressaillit. C'était la première fois que ça lui arrivait...
— Tu es très étrange. Tout d'abord, tu ressembles à une Turk de la Shinra, mais tu n'es pas elle. Ensuite, ton anatomie est pareille à celle d'un Gaïan, mais par exemple, ton cœur ne bat pas. Le sang circule autrement.
Elle le fixa sans lâcher un seul mot, l'air neutre. Le sourire de l'homme s'élargit.
— Oh, nous ne nous sommes pas présentés : je suis connu sous le nom de Narulon. Je travaille sur beaucoup de choses... et tu es l'une d'elles maintenant. Tu es parfaite pour cela.
Elle ne réagit pas.
— Pour plus de facilités, je t'appellerai... Cinco. C'est mieux que « Spécimen », « Cobaye », ou « Expérience ». Cela veut dire « Cinq » en ancien Costan (1). Tu es mon cinquième sujet, même si tu es la première à ne pas être... vraiment humaine.
Un ricanement jaillit de sa gorge. « Cinco » ferma les yeux. Elle ne ressentait rien de particulier. Il en avait toujours été ainsi.
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Ruines de Banora, 2011
Genesis resta trois jours dans le manoir familial. Encore une fois, il se dit que c'était une chance d'avoir échappé au feu ravageur de la Shinra. Avec un soupir, il remit son manteau rapiécé – il lui faudrait le changer dès que possible –, puis sortit de la bâtisse sans aucun regret.
La chambre où il avait commis son homicide volontaire, il n'y était pas retourné. Il ne s'était pas non plus recueilli sur la tombe de ses parents adoptifs. Il avait tiré un trait définitif sur eux. Il les avait aimés ; cependant, ils appartenaient à une vie passée. Il avait fini par leur pardonner d'avoir gardé le secret sur sa naissance, même s'il ne l'avait fait que très récemment. Pour autant, il éprouvait du remords de les avoir assassinés. Il avait tellement souffert au moment des faits qu'il n'avait pas pu évacuer sa douleur autrement.
Son regard pensif se dirigea vers les ruines du village, puis vers le gouffre qui avait mené à sa cachette, puis au Jugement Dernier ; un sentiment familier lui tordit les entrailles.
Il se détourna du paysage, puis emprunta un chemin de terre jadis bordé par des pommesotiers. La plupart n'avaient pas survécu à l'incendie... C'est alors qu'au loin, sur une colline opposée aux cadavres de briques et de tuiles, il aperçut l'un d'entre eux. La saison de la floraison était finie depuis au moins un mois, et ses branches supportaient des fruits lourds et gorgés de soleil.
Lentement, Genesis quitta le sentier pour couper à travers champ et rejoindre le vénérable végétal. Celui-ci était âgé de plus de cent ans. Au moment où le guerrier arriva à sa hauteur, une de ses pommesottes se détacha brusquement et chuta. Par réflexe, le Soldat la rattrapa, puis la contempla avec un air rêveur. Un signe.
Il la rangea dans une de ses sacoches avec son exemplaire de Loveless retrouvé hier dans sa chambre, puis réfléchit à sa prochaine destination. Les ruines de Midgar. Il avait quelque chose à aller chercher là-bas. Il aurait aimé ne pas avoir à retourner dans cette satanée ville-pizza – enfin, son cadavre de métal et de rouille –, mais c'était important.
Genesis avait eu le temps d'enquêter en priorité sur Feyther et de se renseigner sur tous les événements qu'il avait manqués sur Gaïa depuis sa capture par la Deepground. Il était hors de question d'être de nouveau enfermé !
Les yeux turquoise de l'ex-Soldat contemplaient les habitations avec tristesse, mais un reste de colère. Il en voulait toujours autant à ses parents pour lui avoir caché la vérité et à la Shinra de l'avoir transformé en monstre. Désormais, il était guéri, bien que porteur des cellules de Jenova, et il comptait bien utiliser cet avantage pour partir à la recherche de son Don.
Avoir percé le secret de Loveless le rendait fébrile ; il comprenait mieux pourquoi Minerva l'avait laissé vivre. Qu'en était-il de Sephiroth ? Son âme errait-elle au sein de la Rivière de la Vie, prisonnière de Jenova ? Pouvait-il… revenir ?
Des bruits de pas légers interrompirent sa réflexion. Vif, il se retourna et pointa Vaillance en direction d'une silhouette, qui eut un mouvement de recul. Il fronça les sourcils et la détailla du regard. Vêtu de bottes, d'un pantalon et d'une veste couleur argent, l'inconnu était masqué. Une femme, d'après sa morphologie… Une femme qu'il aurait reconnue sans problème.
— Argento…
Elle retira son casque et montra un visage en amande aux longs cheveux noirs et aux yeux d'un gris bleu saisissant. Elle portait un diadème qui ressemblait à un morceau d'aile de dragon, avec trois griffes partant vers le haut, et serti d'une gemme bleu pâle. Elle hocha la tête en silence, mais elle ne dégaina pas sa grande épée sombre rangée dans son dos.
— Les Restrictors ne t'ont pas tuée ?
— Encore faut-il qu'ils m'attrapent, répondit-elle avec une voix amusée.
Elle le fixa d'un air grave.
— Weiss a décidé de fonder sa propre unité, le Léthé. Quant aux Restrictors qui ont survécu, ils se sont ralliés à Narulon. Ils se nomment Alphæ et dirigent les Épurateurs. Fais très attention, Genesis.
— Pourquoi m'aides-tu ?
Il s'avança vers elle, la rapière tendue devant lui. Elle écarta les mains en signe d'apaisement.
— J'ai toujours été de ton côté. Cependant, tout comme Nero, Weiss, Shelke, j'avais les pieds et les poings liés.
— Tu es seule ?
— Aussi seule que possible. Je ne fais confiance à personne, ricana-t-elle.
— Dans ce cas, pourquoi être venue me voir ?
— Parce qu'il se pourrait que je fasse exception pour une fois, parce que tu as secouru Weiss et Nero.
Genesis la toisa de haut en bas, puis rangea son arme. Il se détourna pour marcher en direction du manoir de ses parents.
— Je ne suis pas intéressé. Tu ne peux pas m'accompagner dans ma quête.
— Tu recherches Fallen.
Il se pétrifia, les sens aux aguets. D'une voix neutre, il lui demanda :
— Qu'en sais-tu ?
— Je t'ai observé. Vous vous connaissez.
— Elle ignore qui je suis en vrai.
Un soupir amer s'échappa de ses lèvres. Un vent frais s'éleva autour d'eux. Argento s'avança vers lui.
— Je peux t'aider à la retrouver. Cependant, ce que je vais te révéler ne te plaira pas.
Genesis fit volte-face et fronça les sourcils.
— Que veux-tu dire ?
— Rappelle-toi du laboratoire au Village Fusée que toi, Nero et cet homme appartenant à Feyther avez exploré. Ce n'est pas le seul qui existe sur Gaïa.
— Des cobayes humains y subissaient des expériences sur des virus mortels, tu ne m'apprends rien.
Argento baissa la tête, l'air triste.
— Ce que je m'apprête à t'apprendre, c'est que Fallen en a fait partie. Son ex-beau-père, Katana des Turks, l'y a envoyé.
Genesis pâlit. Il murmura :
— Non…
— Elle a survécu grâce au groupe Feyther, qui l'a tirée de l'enfer où elle était, mais elle a fui en comprenant qu'elle était condamnée. Elle est vulnérable et à la merci de n'importe qui. Elle est également mourante.
Le cœur de l'ex-Soldat sembla tomber comme une pierre. Les gestes tremblants, il s'aperçut qu'il pleurait.
Un cri déchirant jaillit de sa gorge sous le regard peiné d'Argento.
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?, 2011
Narulon sortit de la geôle dans laquelle il se trouvait depuis environ une heure, le visage pensif. Voilà trois semaines qu'il « s'occupait » de Cinco, et il n'avait rien noté de spectaculaire chez elle. Par contre, plusieurs choses le dérangeaient, et il ignorait comment il pourrait utiliser cette femme pour ses expériences.
À la base, il ne travaillait pas du tout sur la mako, ni sur les cellules de Jenova ; cela avait été le cheval de bataille d'Hollander et surtout d'Hojo. Il s'était tourné vers des voies différentes, comme la fabrication de virus, d'antidotes, à partir de ce qui existait déjà. De la microbiologie à l'état pur. C'était son domaine à lui, après tout. Il était un virtuose, mais jamais il n'avait publié ses recherches à cause d'Hojo et Hollander. Une autre entité l'intéressait : Chaos. Il avait l'air d'être issu de Gaïa, au contraire de Jenova. Pourtant, il paraissait aussi puissant qu'elle... et fascinant.
Hojo avait commencé quelques essais sur le gène « Chaos », étant donné qu'il avait incorporé au sein d'un ex-Turk l'entité en elle-même après l'avoir abattu d'une balle en pleine poitrine. Toutefois, il avait abandonné ce filon qui lui semblait moins prometteur que les cellules de Jenova. Sans aucun scrupule, Narulon avait volé et redémarré ses expériences en même temps qu'il avait fondé le groupe des Épurateurs lorsque la Deepground avait été démantelée par le Porteur de Chaos en personne. Une belle ironie, mais qui pouvait être salutaire. Les Épurateurs pouvaient se montrer bien plus forts. Il allait le prouver, tout en continuant ses recherches en microbiologie.
Il y a de cela quelques années, il avait réussi à créer des « bombes » mortelles, qu'il avait cachées au cœur de laboratoires secrets, et cela grâce à des humains qu'il avait transformés en « machines à virus ». Il leur injectait ces derniers pour qu'ils en sécrètent des plus puissants. Certains hôtes avaient aussi fabriqué des antidotes, des anticorps redoutables. En tant que microbiologiste, Narulon avait envisagé cette éventualité et s'était efforcé de ne pas multiplier les copies au sein du siège des Épurateurs. Personne ne devait mettre la main dessus.
Le scientifique réfléchit. Cinco ne conviendrait pas pour devenir un tel cobaye, pour la simple et bonne raison que son organisme rejetait en bloc toute mako... et toute cellule de Jenova. Oui, il avait tout de même essayé car, après tout, il ignorait ce qu'elle « était » ! Humaine, une grande question à laquelle il ne saurait répondre.
— Professeur Narulon.
Il se tourna lentement vers l'Alphæ qui venait de lui adresser la parole. Il avait reconnu sa voix malgré le casque.
— Ah. Que désires-tu ?
— Allons discuter dans un endroit plus approprié, si vous le voulez bien.
Le scientifique hocha la tête ; tous deux quittèrent les couloirs pour se réfugier dans l'intimité de ses quartiers. Il se permettait de tutoyer cet Alphæ, parce qu'il était son collaborateur le plus proche.
Une fois à l'intérieur d'une pièce pourvue d'un bureau, quelques fauteuils, un canapé et un immense ordinateur qui prenait tout un pan de mur, Narulon s'assit et invita l'Alphæ à en faire de même. Il ôta son casque et le posa sur le siège de Narulon sans aucune gêne. Un jeune homme aux cheveux blonds vénitiens et aux yeux d'un bleu de glace avec la lueur de mako qui les hantait, d'apparence banale... mais à l'esprit tortueux.
— Alors, Luxière, de quoi veux-tu me parler ?
Adossé au bord du bureau, ce dernier croisa les bras et les jambes. D'un ton nonchalant, il lâcha :
— Quand est-ce que nous obtiendrons des résultats sur Cinco ?
— Dans peu de temps. Il m'en faut plus pour que je puisse en faire une arme.
— Hmpf. Vous avez essayé la mako, les cellules de Jenova, et son corps les a rejetés sans aucune forme de procès, comme des éléments indésirables. Nous savons l'un comme l'autre qu'il en sera de même avec le gène de Chaos, ou même vos virus. Que nous reste-t-il ?
— Je l'ignore... mais je suis certain qu'elle pourra nous servir.
— Alors faites vite, parce que je ne suis pas un homme patient, docteur, fit Luxière d'une voix trop douce.
— Que vas-tu me faire ? Me tuer ?
Un rire sec s'échappa de la gorge de Narulon. Luxière demeura imperturbable.
— Tu ne le peux pas, n'est-ce pas ? Après tout, c'est grâce à moi si tu es encore là aujourd'hui et si les Épurateurs existent. Hojo serait fou de rage d'apprendre qu'en plus de ses travaux sur Chaos, je lui ai volé son organisation secrète pour la rendre meilleure. Tu as survécu à l'offensive de la WRO, mais combien de temps aurais-tu pu te cacher si nos chemins ne s'étaient pas croisés ?
— Ne me sous-estimez pas. Je suis aussi fort et intelligent que l'étaient Angeal Helwey ou Zack Fair.
La voix de Luxière s'était durcie après avoir lâché ces noms. Narulon fronça les sourcils.
— Cela les a si bien servis qu'ils sont morts. Tu risques la même chose en laissant ton orgueil prendre le dessus.
— Je ne suis plus un Soldat. Je ne suis plus un Homme. Je suis l'un de ceux qui ont vaincu l'unité Ragnarok.
— Oui, c'est vrai. Votre chef, Praeto (2), ne t'a pas choisi au hasard pour être avec les Quatre.
Un sourire narquois étira les lèvres de Luxière. Oui, il faisait partie avec Praeto des quatre survivants du projet Deepground à l'origine de la création de la quatorzième unité secrète de la Shinra : Lost Force. Juste après le décès supposé de Sephiroth, il avait été élu par Hojo pour participer à ce programme d'expériences qui, à la base, n'était qu'une simple division médicale venant en aide aux Soldats blessés à la guerre. Au début, il avait cru devenir fou. C'était... atroce. Petit à petit, il voyait son humanité disparaître à force des injections colossales de mako et de cellules de Jenova. Il avait su ne pas se transformer en un monstre sans cervelle ni volonté. Il avait gardé son libre arbitre et enfin, la douleur qui avait d'abord déchiré sa poitrine s'était résorbée pour se muer en une pierre glaciale... et réconfortante. Superbe alchimie.
Praeto avait été un chef exceptionnel... Hélas, il était mort des mains de Weiss. Bêtement. Quelle ironie... Luxière et les deux autres Alphæ, Maestro et Lead, s'étaient faits discrets. Les Tsviets n'avaient pas eu franchement le temps de s'occuper d'eux puisque la WRO avait contrecarré les projets de Weiss – ou plutôt d'Hojo à travers lui.
L'Alphæ grogna. Il espérait que ce fou était bel et bien décédé cette fois. Après le démantèlement de la Deepground, ils avaient fui et s'étaient planqués dans certains endroits inconnus du public, y compris de la « Shinra officielle ». Le Secteur 0 à Midgar n'en était qu'un parmi d'autres, de même que cette base marine où la Shinra n'avait pas mis les pieds depuis plus de trente ans. Elle était proche d'une petite plage du continent Nord. Il y avait aussi un complexe souterrain construit à Modeoheim. C'était d'ailleurs là que Narulon les avait trouvés : lui, les deux Restrictors qui restaient, quelques Tsviets. Il leur avait proposé alors de tout recommencer. Avec le gène Chaos.
L'injecter aux survivants était impossible, évidemment. Il entrerait en conflit avec l'ADN de Jenova ! Narulon avait déjà effectué quelques tests qui l'avaient amplement prouvé. Par contre, former de nouveaux Soldats qui possédaient en eux des cellules portant une partie de ce gène... c'était à tenter. Juste une partie, afin qu'ils puissent se contrôler à volonté et ne pas créer d'autres résonances – ou clones en quelque sorte – à Chaos comme pour Jenova. Un Vincent Valentine suffisait, vraiment !
La voix cynique de Narulon le tira de ses pensées :
— N'oublie pas d'où tu viens. Quant à ce que je compte faire de Cinco, je trouverai.
— Si je me chargeais de son éducation...
— Tu ne le peux pas. Elle n'accepte aucune substance. Elle ne peut donc ni être une Tsviet ni même une Soldat.
— Alors elle n'est qu'un déchet, rétorqua Luxière d'un ton glacial.
Le scientifique joua avec l'une de ses mèches rousses et poussa un profond soupir.
— Ce serait dommage, tout de même... Elle semble surgir de nulle part. Elle n'est pas humaine, mais ce n'est pas non plus une représentante de la race de Jenova. Au niveau de son anatomie, tout est comme chez nous sauf son cœur qui ne bat pas, la manière dont son sang est charrié dans ses veines grâce aux flux internes qui l'animent, comme des courants marins le feraient pour un océan. Il y a aussi une forme d'énergie qui habite chaque cellule de son corps. Je ne suis pas arrivé à la déterminer. Elle n'est pas de nature cinétique comme je l'avais supposé. Quant à son ADN, il ressemble à celui d'un être humain, mais il est à certains endroits construit avec une redondance de séquences supérieure à la normale, un ARN plus dense et des ribosomes...
— Docteur. Votre charabia scientifique ne parvient pas à me convaincre pour Cinco. Même si elle est un sujet d'expérience fascinant pour vous, si elle ne sert pas nos intérêts, alors elle nous est inutile.
Sans rien ajouter de plus, l'Alphæ reprit son casque, qu'il remit avec lenteur, puis sortit. Une fois la porte coulissante refermée, Narulon secoua la tête avec un air dépité. Les Soldats, même les Alphæ, n'avaient décidément rien dans le ciboulot. Ils agissaient tous avant de réfléchir. Les trois Soldats légendaires y compris. Après tout, ça les avait tous conduits à leur mort, non ?
Un pli soucieux barra son front tandis qu'une de ses mèches s'y baladait avec négligence. Genesis avait disparu après le démantèlement de la Deepground. La prison au sein de laquelle il avait été enfermé avait implosé selon les examens qu'il avait faits des lieux. Était-il encore vivant, ou il ne s'agissait plus que d'un corps sans âme, guidé par une entité ?
Narulon était un homme prudent et avait lancé des recherches pour essayer de le retrouver. En vain, hélas. Par contre, il avait des soupçons à propos de Weiss. Ce dernier aurait aussi survécu. Bien, bien, bien... Un petit rire s'échappa de sa gorge.
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Edge, 2011
Les sourcils froncés, Rude lisait un rapport tandis que Reno faisait les cent pas dans le salon où ils s'étaient installés. Le canapé au cuir orangé contrastait avec les murs gris, la table en fer et les chaises en osier. Que du matériel de récupération, sauf pour le sofa.
— Elena et Tseng sont en observation du continent Nord ?
— Oui.
— Ils n'ont rien vu ?
— Non.
Rude se montrait toujours aussi laconique. Le Turk roux donna un coup de pied dans le mur.
— 'tain ! Il peut leur arriver n'importe quoi ! Si ce salopard de Narulon est bel et bien là-bas…
— S'ils ne souhaitent pas être repérés, ils ne feront rien, Reno. Narulon n'est pas comme les Incarnés.
— Tsss !
Il repartir s'asseoir sur le canapé avec dépit. Au même moment, la porte s'ouvrit sur la silhouette familière d'un homme vêtu d'un uniforme blanc. Les deux Turks se relevèrent d'un seul mouvement.
— Patron ! s'exclamèrent-ils.
Rufus pénétra dans la pièce pour se placer devant la baie vitrée. Un rayon de soleil caressa son visage un bref instant. D'une voix lasse, il lâcha :
— Nous devrions contacter la WRO.
— Ils vont refuser. Ils ne vous font plus confiance, argua Reno.
— Je sais. Cependant, la menace qui pèse sur nous est grave comme à l'époque d'Hollander. Je pense que Reeve et le groupe Avalanche ne désireraient pour rien au monde qu'une tragédie similaire à celle entourant Sephiroth, Genesis, Angeal et Zack, se reproduise.
Rude approuva silencieusement.
— Je suppose que vous nous envoyez au Septième ciel, hein ? Tifa n'est plus là pour le tenir. On va se faire refouler, maugréa le Turk roux.
Depuis la disparition de la jeune femme, Yuffie et Cid avaient repris temporairement le bar. Ces deux-là ne seraient pas aussi conciliants…
— Elena vous accompagnera lorsqu'elle reviendra de mission. Si nous voulons que Gaïa soit sauvée, il nous faudra coopérer. Je me dois de réparer les erreurs de mon père.
Savoix s'était teintée d'un accent mélancolique. Reno leva les yeux au ciel.
— J'espère juste que Katana et ses sbires ne nous tomberont pas dessus. Ils font le même boulot que nous, mais pour cette ordure de scientifique.
— J'en ai conscience.
Les trois hommes contemplèrent les nuages avec une expression tendue sur le visage.
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Gongaga, 2011
Tia massait les épaules de Rivus pendant qu'il analysait les rapports d'Erwann. Avec Myo et Lesle, ils avaient pu déterminer qu'il existait deux façons de soigner les victimes des expériences de Narulon. La première était de reconstituer les défenses immunitaires des malades et de leur faire suivre une sorte de cure de désintoxication. Hélas, cela ne fonctionnerait que pour les personnes qui n'avaient pas trop subi de ravages viraux. Pour les autres…
Il serra les dents. Si jamais ils retrouvaient sa sœur, l'idée de lui injecter des cellules de Jenova – débarrassées des éléments offensifs et pouvant provoquer la Dégénérescence – le rebutait. Lui-même en avait bénéficié, du temps où il était Soldat, mais à des doses si faibles que la mako qui lui avait été également prescrite ne s'exprimait pas. Ses yeux ne brillaient pas de cette lueur turquoise qui effrayait parfois les habitants.
Il referma le rapport et s'abandonna aux mains de la jeune Noire, qui le fixait avec inquiétude.
— Ça va ?
— J'essaie.
— Quand pars-tu avec Shona pour explorer le continent Nord ?
— D'ici demain. Pourtant, je ne crois pas que Fallen y soit.
Il avait lâché ces derniers mots avec un soupir découragé, tandis que Tia dénouait petit à petit ses muscles aussi raides que du bois. Elle murmura :
— Si les Épurateurs s'y cachent…
— Narulon n'a pas remis la main dessus.
— Comment peux-tu en être si sûr ?
Le regard de la jeune femme s'était teinté d'angoisse. Rivus put s'en apercevoir en penchant la tête en arrière.
— Je l'ignore, avoua-t-il. Une intuition.
Tia grommela :
— Si jamais vous tombez sur Katana…
— Je ferai attention, la rassura-t-il. Puis tu sais, je suis un Soldat.
— Ce n'est pas une raison !
Il se retourna et se leva pour poser les mains sur ses épaules.
— Ne t'inquiète pas.
Rivus embrassa le front de la jeune Noire, puis quitta la pièce. Médusée, elle caressa du bout de ses doigts l'endroit où les lèvres de l'ex-Soldat l'avaient effleurée.
(1) : La langue de Costa del Sol avant que la Shinra n'impose une langue commune sur Gaïa.
(2) : Vient de « praeto », qui veut dire préteur (magistrat dans la Rome Antique). En latin, le mot prætor signifie « chef ». Sinon oui, dans mon histoire, les Restrictors/Alphæ ont tous un prénom, même s'ils ne le disent jamais. Seules certaines personnes, comme Hojo ou maintenant Narulon, en ont connaissance.
