Un chapitre un peu plus sombre pour continuer en beauté. A lire en écoutant la 40e symphonie de Mozart si vous supportez la musique classique et vous intéressez à mes avisés conseils.

Et of course, bonne lecture !

And bon comment !


Chapter 29 : Eternité au coin du feu

La première maison qu'ils avaient pénétrés remplissaient déjà toutes le conditions que Kakashi avait énumérées, aussi eurent-ils tôt fait de revenir chercher le sensei. Naruto le trouva encore affairé aux soins de Sakura. Il posa quelques questions sur son état de santé ; Sasuke lui demanda de répéter les réponses qu'on lui donnait. Il était désolé d'avoir blessé Sakura, et, bien que la rancœur ne fût encore totalement disparue, s'inquiétait pour elle.

Kakashi la prit dans ses bras, et la porta doucement vers la masure où ils allaient s'arrêter. Une petite bicoque, ici encore, abandonnée mais, au moins, en bon état.

Ce n'était pas le cas de la maison accolée à celle-là. Les vitres étaient détruites, et un pan de mur s'était écroulé. Les pierres noires et l'odeur de suie qui semblait en émaner témoignaient d'un incendie qui devait y avoir eu lieu récemment. Certainement en même temps que l'attaque ninja, ou après. Parfois, les feux de cheminées laissés sans surveillance s'animent d'une volonté qui semble propre.

Kakashi la désigna du nez, les bras encombré.

- Vous irez voir ce qu'il y a dedans. J'ai l'impression que ça a été le lieu de combats.

- Avec Sasuke ?

Le sensei acquiesça.

- Je préfère que vous restiez ensemble. Garde-le à l'œil.

Naruto répéta ce qui leur avait été demandé à Sasuke. Celui-ci ne se réjouit guère à l'idée de pénétrer dans la maison. Toutefois, en présence du seul être qu'il semblait percevoir, ce serait moins difficile. Surtout cet être-là !

Kakashi installa Sakura dans le premier lit qu'il trouva, une paillasse humide où ne tarderait pas à régner la vermine. Puis il avisa la cheminée, où des cendres froides traînaient, à côté de laquelle quelques bûches attendaient leur destin qui n'arrivait pas.

- Allume un feu, s'il te plaît.

Puis, sans un regard vers le blond, il retourna s'occuper de Sakura. Ses yeux semblaient s'ouvrir progressivement, ses joues reprenaient des couleurs lorsque le sang externe en avait été chassé. Elle ne tarderait pas à reprendre connaissance complètement, et elle pourrait alors se soigner elle-même.

Au pire, se disait Kakashi, si elle devait ne pas retrouver ses esprits, soit à cause du choc que Sasuke lui avait infligé, soit par la faute d'une illusion dans laquelle sa faiblesse l'aurait laissée tomber, il y avait une équipe derrière eux. Une équipe qui veillait sur eux, qui les protégeraient sûrement si la mission devait trop mal se dérouler. Enfin, l'espérait-il. Il trouvait étrange que Tsunade eût dépêché deux équipes sur place, tout en leur demandant de n'avoir aucun contact entre elles. Ca cachait quelque chose, d'autant plus que Tsunade n'avait pas voulu l'informer plus que cela de cette autre équipe.

Il pensait que c'était l'ANBU qui se cachait derrière ce mystère. A son avis, Tsunade n'avait obtenu qu'une libération conditionnelle – bien qu'il n'eût encore été qu'en garde à vue. L'ANBU avait probablement exigé de surveiller Kakashi, ce qui, tout bien pensé, ne l'inquiétait pas tellement. Il était innocent : qu'importât qu'on l'épie, on ne trouverait aucun élément compromettant. Au pire, les forces spéciales découvriraient par elle-même un jeune se droguer, et la mission parallèle de Kakashi prendrait fin à ce moment-là. Il pourrait alors se concentrer sur l'objectif premier, le massacre.

Sasuke s'était assis dans un coin de la pièce principale, celle qui avait dû être le salon, mais ne l'était plus puisque inhabitée. Il observait Naruto. C'était le seul objet animé de la pièce.

Il tentait, à chaque fois que Naruto redressait la tête, de comprendre ce qui s'était passé. D'imaginer les propos que Kakashi avait tenus pour que Naruto réagît. Ce n'était pas évident surtout, c'était mauvais pour son moral. Dernier Uchiwa, vaincu par un genjutsu malgré le sharingan. C'était pathétique.

Naruto fit un tas de bois dans la cheminée, quelques bûches sèches qui prendraient facilement feu. Puis il se mit à fouiller dans son sac, cherchant une allumette. Sasuke se leva alors, mit une main devant le visage de Naruto pour que celui-ci s'arrêtât. Il désigna le foyer :

- Je m'en occupe.

Naruto s'écarta alors et Sasuke y bouta le feu. Maîtrisé, celui-ci n'explosa pas comme lors de leur première nuit.

En crachant son Katon, Sasuke distingua soudain une ombre à sa droite. Elle disparut presque instantanément. Mais Sasuke avait vu quelqu'un. Ils n'étaient pas seuls, et Naruto n'était pas le seul humain que l'Uchiwa pouvait distinguer.

Son regard fixé là où il avait vu l'ombre, il fit signe à Naruto de s'approcher et lui parla à l'oreille :

- Tu l'as vu ?

- Quoi ?

Le blond inspecta l'endroit que Sasuke désignait du regard. Mais il ne voyait rien.

- J'ai vu quelque chose bouger.

Kakashi se retourna et leva la tête vers Sasuke. Le feu colorait ses joues d'un éclat orange qui, pensa-t-il un bref instant, se mariait très bien avec la tunique de Naruto. Les regards du blond et du ninja-copieur se croisèrent. Celui-ci prit la parole, laissant à Naruto le soin de faire l'interprète.

- Où a-tu vu ça ?

Sasuke réfléchit un instant, redessinant dans sa tête l'image qui l'inquiétait. Il désigna du doigt, accompagnant son geste de paroles :

- Là… Près du lit.

Kakashi regarda attentivement autour de lui. Il se leva, inspecta la pièce entière, passant au crible tous les détails qui auraient pu révéler la présence d'un indésirable. Mais il ne vit rien. Et pourtant, Sasuke continuait d'assurer qu'il avait vu quelque chose, il expliquait que Naruto n'était pas le seul qu'il pouvait voir. Il faisait le tour de la chaumière, examinant le décor comme sa mémoire.

Sasuke continuant d'insister, et n'y voyant pourtant rien, Kakashi baissa son masque pour libérer le sharingan. Si lui-même était victime d'une illusion, ou si un ninja inopportun usait d'une technique d'invisibilité, il le verrait.

Mais il dut bien vite contredire Sasuke, n'apercevant rien. Peut-être l'Uchiwa avait-il réellement aperçu quelque chose, il n'en avait aucune preuve. Cette chose s'en était allée.

Tandis que Kakashi cachait son œil derrière le masque, Sasuke activa son sharingan.

Encore une fois, une silhouette. Qui disparut aussitôt.

- Là !

Il s'arma d'un kunaï qu'il brandit en direction de l'ombre. Elle ne lui échapperait plus. Il l'avait vue deux fois, il ne rêvait pas ! Et même s'il ne la distinguait plus à présent, il la savait présente. Il avait l'impression de la sentir. Il sentait son chakra, à défaut de le voir grâce au sharingan.

- Qui êtes-vous ?

Naruto se plaça à son côté et observa attentivement dans la même direction que Sasuke. Mais il ne vit rien. Alors, ne croyant plus vraiment à ce que prétendait Sasuke, ou supposant qu'il était encore sous l'emprise d'un genjutsu, il posa sa main sur son épaule.

- Il n'y a que Kakashi-sensei devant toi. Si tu veux bien arrêter de le menacer…

Le brun hésita un instant, puis s'avoua vaincu. Il rangea son arme, laissa le sharingan se désactiver.

Il avait pourtant bien vu quelque chose !

- Vous croyez ?

Naruto parlait à Kakashi. Se sentant délaissé, et certain d'avoir distingué une silhouette malgré ce que disaient les deux autres, il retourna dans le coin de la pièce qu'il se mettait à affectionner. Il s'y sentait isolé, seul, comme il aimait être, d'autant plus qu'il ne pouvait interagir avec Kakashi ou Sakura. Naruto ne prêta pas la moindre attention à lui. C'était comme s'il était fou, il avait l'impression d'être interné. Les gens ne le croyaient pas.

D'ailleurs, il l'était un peu, fou, à ne parler qu'à certaines personnes – Naruto. Ce devait être pour ça qu'on le laissait divaguer dans son coin, sans accorder un réel crédit à ses paroles. Il avait perdu tout intérêt, toute crédibilité, depuis qu'il s'était approché du village. On ne l'écouterait plus.

- C'est vrai.

Il voyait Naruto hocher la tête, attentif. Il devait écouter le sensei. Ce que celui-ci disait avait d'ailleurs l'air de plaire au blond, à en croire son visage qui s'éclaircissait au fur et à mesure que le temps passait. Quelquefois, il jetait un regard à Sasuke, puis reportait son attention sur le mur en acquiescant imperturbablement.

Puis il se retourna complètement et fit un grand sourire à l'Uchiwa. Il vint s'asseoir à côté de lui Sasuke dut lui faire une place sur l'appui de fenêtre où il semblait avoir élu domicile.

- On pense que c'est Kakashi-sensei que tu as vu.

L'Uchiwa leva son regard vers le blond, un regard plein d'espoir. Naruto développa :

- La première fois, tu as dit voir une ombre près du lit. Sakura est dans le lit et Kakashi-sensei était occupé à la soigner. Et la deuxième, tu l'as pointé avec ton kunaï.

- Mais pourquoi je l'ai vu ?

- Ca, j'en sais rien. Dem…

Il allait dire à Sasuke de questionner le sensei à ce sujet, peut-être qu'il avait des idées. Mais il s'arrêta avant.

- Non, laisse tomber.

Naruto et Sasuke furent envoyés dans la maison voisine. Pendant ce temps, Sakura se levait péniblement du lit. Elle tenta quelques pas, elle se réveillait, reprenait conscience de son corps. Kakashi l'assistait dans ses déplacements tout en lui expliquant ce qu'elle avait manqué. Il lui rappela également pourquoi elle avait perdu connaissance elle dit se souvenir, et son visage s'affligea à cette pensée. Mais Kakashi la rassura bien vite.

- Où est Sasuke ?

- Je l'ai envoyé dans la maison voisine avec Naruto. Elle est a moitié détruite, je suppose qu'il y a eu des combats. Peut-être trouveront-ils quelque chose d'intéressant dans les décombres.

Devant son visage inquiet, il ajouta :

- S'ils ont un problème, ils appelleront.

- Et puis ? Qu'avez-vous prévu qu'on fasse ?

- Quand tu seras remise, je réunirai l'équipe et nous partirons tous à la place du village. Tsunade-sama m'a dit que la troupe de ninja avait procédé d'une façon analogue à la dernière fois.

Il laissa planer un sombre silence.

- Nous aurons un autre tas de cadavres à retourner. Et celui d'aujourd'hui est moins frais encore…

De son côté, Naruto poussa la porte de la maison. Elle ne tenait plus que sur une charnière, et une planche s'en décrocha lorsqu'elle vint percuter le mur. Un nuage de poussières et de cendres se chargea de la dissimuler après sa chute.

- Et bien… On se sent accueilli…

Sasuke ne dit pas un mot dans son dos, il se contentait d'observer la scène. Il n'oserait prendre d'initiative tant qu'il ne serait pas en pleine possession de ses moyens.

Le blond attendit un instant que la poussière se déposât au sol, puis s'avança précautionneusement. Il guettait des pièges autant qu'il ne voulait pas salir ses vêtements. Il s'écarta de la porte pour laisser passer Sasuke, mais celui-ci préféra rester dans l'embrasure. La pièce qui était sous ses yeux ne lui donnait pas envie de pénétrer plus profondément dans le bâtiment.

Quelques meubles exhibaient fièrement le mur qu'ils étaient censés cacher, noirs des pieds au plafond – quand ils l'atteignaient encore. Ce n'était pas le cas de la plupart, dont on pouvait vaguement deviner le rôle en inspectant attentivement les débris qui traînaient au sol. Des briques se mêlaient au bois pour parsemer ce qui avait été des tatamis d'éclats improbables aux contours lissés par les flammes. Des ombres sinueuses coloraient les murs d'un noir d'encre, s'amincissant au fur et à mesure qu'elles montaient beaucoup d'entre elles semblaient déformées par une force inconnue qui les dirigeait vers la fenêtre. C'étaient tous des fantômes, accrochés aux murs par un maléfice incertain, venus hanter une dernière fois la maison avant de s'en aller à jamais. C'étaient les âmes des hommes qui avaient péri, tous, lors du massacre. C'étaient un journal intime, un calendrier de la Mort, qu'elle avait perdu à son dernier passage dans le village. C'étaient les pleurs des femmes, les cris de rage des hommes, c'étaient leurs dernières souffrances avant de partir. Ils s'étaient envolés, ils étaient partis par la fenêtre ouverte dans leur vie. Les barreaux acérés les avaient torturés à leur passage, c'était une douleur sans espoir.

Sasuke déglutit. Il s'était vraiment ramollit. Combien de morts avait-il vu ? Combien de souffrances avait-il entendues ? Son stage chez Orochimaru aurait dû le fortifier, bien plus que cela en ressortait-il émotif ? Lui qui cachait d'ordinaire si bien ses sentiments, comme il l'avait toujours fait depuis le massacre de son clan, était à peine capable à présent de se garder une contenance à la simple vue d'une maison saccagée. Encore une fois : n'en avait-il jamais vu ? Peut-être sa fragilité était-elle due à l'exceptionnelle conjoncture qui réunissait tous ses démons en un même temps.

Naruto, lui, n'imaginait pas tout cela. Il était entré, avait fait un rapide était des lieux puis était passé à la pièce suivante. Il était à présent une pièce plus loin encore, et Sasuke n'entendait plus très bien ses pas, couverts par le vent dans les arbres ou le chant des oiseaux. Le blond se contentait d'observer, d'analyser, dans un silence presque religieux mais son imaginaire ne l'assaillait pas autant que le ténébreux. Peut-être n'était-il pas assez intelligent pour… ou bien se retenait-il.

Sasuke se décida enfin à rejoindre Naruto, mais c'était de petits pas, hésitants, emplis d'un respect qu'il ne se savait pas à l'égard des morts. Il s'arrêtait devant chaque détail qui témoignait d'une vie quelconque, et il savourait de savoir ces gens en repos à présent. Ils n'avaient plus à mourir.

Il allait – enfin – quitter la pièce par où Naruto et lui étaient entrés qu'il entendit un cri provenant de la maison. C'était Naruto. Son sang ne fit qu'un tour, ni une ni deux, il se précipita sur les traces du blond. Envolées, ses condoléances.

Il le trouva à l'entrée d'une petite pièce que, par-dessus les épaules du jichuuriki, il présumait être une chambre. Naruto avait une main tendue, couverte de suie elle avait poussé les planches verticales qui faisaient office de porte, et qui se balançaient encore au gré des gémissements mortuaires que les charnières poussaient. Naruto ne bougeait pas. Seul, son bras horizontal, de temps en temps bousculé par les oscillations, reprenait sa position avec des tremblements aléatoires.

Sasuke se posta derrière Naruto, sharingan activé bien qu'il ne perçût aucune violence dans l'air, et envisagea de poser une main sur le bras du blond pour qu'il le ramenât à lui.

C'était sans compter la vue infernale qui s'offrit à lui.

C'était bel et bien une chambre, il avait eut raison : un lit deux personnes siégeait au milieu de la pièce. Sous la fenêtre, opposée à la porte, un berceau se tenait prêt à accueillir un bébé. Un candélabre suspendu par une chaîne métallique oscillait gravement, la dernière flamme allumée fournissait un éclairage complémentaire à la lumière du jour, lui apportant un changement bienvenu, allégeant. Un couple, sur le lit. L'homme fixait Naruto.

Semblait fixer. Sa cage thoracique était ouverte. Son foie apparaissait effrontément à la vue de tous, négligemment jeté par-dessus bord. Il en était de même pour l'un des reins, en équilibre instable sur l'épaule. Le reste… Une partie de l'estomac traînait par terre, à moitié soulevé par un intestin déchiqueté qui parcourait la pièce, tel une guirlande les jours où le mot fête disparaît. Le cœur semblait entre ses jambes mais c'était fort optimiste, le fémur de l'une était enchevêtré parmi les côtes qui se situaient encore à un endroit attendu. L'autre jambe était tordue, pliée, l'on eût dit qu'un géant était passé et avait tenté d'en faire un nœud d'une complexité aberrante. La cheville n'avait pas tenu et le pied retenait le bras de la femme de tomber.

Il y avait tant de choses à voir que ni Naruto ni Sasuke ne pouvait les énumérer. Les lambeaux de chair tapissaient l'entièreté de la pièce d'un motif à pois.

La femme n'avait de femme que la tenue hachée, la plupart de ses organes semblaient étalés contre les murs, écrasés, les intestins les reliant à l'être à qui ils avaient appartenus. Près de la jambe qui ne s'était pas décrochée, une sorte de petit intestin semblait relié à un organe gorgé d'un sang séché. C'était un cordon ombilical et son placenta.

Le bébé ? Le bras par-dessus la lampe semblait indiquer qu'on ne le retrouverait plus.

Sasuke lui-même dut retenir une exclamation d'horreur, et resta figé un long moment avant de reprendre vie. Même Orochimaru n'avait jamais imaginé une telle boucherie et pourtant il avait de l'imagination.

Naruto fut le premier à bouger, sans doute parce qu'il s'était trouvé là plus longtemps. Le visage d'une verdeur à faire pâlir Tsunade-sama, il tourna le dos au couple, observa un instant Sasuke dont le teint n'était guère plus enviable, le contourna et sortit lentement de la maison. L'esprit encore imprégné de la vue qu'il venait de quitter, le cerveau comme vidé, il n'était capable de rien de plus : s'éloigner, c'était presque salutaire.

A sa suite, Sasuke referma la porte de la chambre et tourna les talons. Il rejoignit Naruto devant la façade, sans un mot ils échangèrent un regard profond, baigné du désespoir de la scène. Puis, rapidement, il se ficha dans le sol. Tous deux tournaient le dos à la maison, pour ne plus la voir, ne plus y penser mais ils ne pouvaient s'empêcher d'être encore dans la chambre. C'était comme si une aura se dégageait des murs de la chaumière, les mânes les rejoignaient, les gardaient avec eux. Ils savaient que leur corps ne supporterait plus cette vision d'horreur et pourtant, leur esprit quémandait d'y retourner pour se recueillir.

Avec le temps, leurs esprits redevinrent maîtres, et il leur était désormais envisageable de parler. Mais ils ne le firent pas. Par respect pour le morts, et Naruto non plus ne se savait si révérencieux. Ils pouvaient à présent mouvoir leur corps autrement qu'en fuyant.

C'est alors que les yeux de Naruto s'embuèrent. Il avait repris sa personnalité : sensible. Ses sourcils se courbèrent en une larme immense qui rejoignait deux yeux ne rougissant pas de gêne. Ses lèvres se crispèrent.

Il tourna le dos à Sasuke, n'ayant pas envie que celui-ci vît sa tristesse, faisant face par la même occasion à la maison. Son regard s'y infiltra immédiatement, c'était plus fort que lui, il suivait le chemin qui avait mené à la chambre, il revoyait sa tendre et jeune fougue en pénétrant la pièce. Elle était passée.

Qu'était-il arrivé à ces gens pour qu'ils méritassent une telle mort ? Leur vie avait certainement été du plus paisible, le mari à couper ses bûches, la femme lui faisant un bon repas et veillant sur l'enfant qui aurait dû naître. Qu'avaient-ils fait pour qu'on les éventrât, qu'on humiliât leur corps à l'insu de leur âme ? Qu'on profanât leur dernier repos ?

Et cet enfant déchiqueté, il n'avait pas eu le temps de voir le jour qu'on se jouait déjà de sa vie…

Les larmes se mirent à couler sans qu'il commandât quoi que ce fût, presque malgré lui mais il laissa faire, il offrirait ce présent au couple disparu.

Naruto ne tarda plus très longtemps à se laisser emporter dans le fleuve du chagrin. Ses yeux se vidaient à flot, et pourtant il y avait de quoi alimenter encore le cours de larmes son nez se mit à couler. C'est lorsqu'il renifla, une fois seulement, que Sasuke remarqua sa tristesse.

Ce dernier se retourna il ne pouvait voir que le dos de Naruto, et sa crinière blonde baissée au sol en hommage. Son visage était inaccessible à sa vue. Que faire ?

Il entendit un autre reniflement. Il s'approcha alors du blond et prit le haut de ses bras en main. Naruto lui jeta un regard en coin, puis celui-ci se baissa encore pour laisser couler les larmes. Son nez était gorgé d'une eau qui ne demandait qu'à partir, et nombreuses étaient les gouttes qui s'avançaient jusqu'à la pointe du pic pour plonger plus vivement dans le lac qui ne tarderait pas à se former.

Sasuke baissa sa main droite et prit dans la sienne celle de Naruto. Celui-ci réagit aussitôt, il agrippa les doigts de l'Uchiwa, et, les tenant contre son torse comme pour se protéger, protéger son cœur des puissantes émotions qui l'animaient, il recula d'un petit pas et colla son corps à celui de son ami, le visage toujours vers le bas.

Sasuke le laissa faire, mais c'était parce qu'il ne savait pas ce qu'il pouvait se permettre. Oter Naruto de son torse pouvait provoquer ses foudres l'embrasser tendrement pour le rassurer risquait tout autant. Il opta alors pour une autre solution, qui, à bien choisir, lui plaisait également. Il défit ses doigts de l'étreinte du blond, lâcha son bras gauche et, lentement pour que Naruto ait le temps de protester s'il le désirait, il rejoignit ses deux mains sur son ventre. Il les attacha solidement, et les ancra contre les abdominaux du triste ninja.

Naruto se lova alors plus profondément contre Sasuke, opprimant sa poitrine avec ses omoplates, et posa ses mains sur les avant-bras de son ami pour qu'il les laissât en place.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé…

Ils gardèrent la position quelques courtes minutes. Puis, comme le chagrin de Naruto revenait et que les hoquets, qu'il tentait d'étouffer, reprenaient de plus belle, Sasuke détacha ses mains. Il en laissa une sur le ventre, et l'autre monta plus haut sur le torse du blond. Elle caressait sa poitrine avec assurance, ce n'était pas érotique mais passionné, ce n'était pas un geste de désir mais gorgé des consolations qu'il lui prodiguait. L'autre main avança encore, pour faire le tour du corps si momentanément frêle qui était collé au sien, et s'installa à l'arrière de la hanche opposée. L'autre fit de même, elle vint sur le côté du pectoral, entre le muscle et les côtes flottantes. Il le serra fort, Naruto assurait l'étreinte, ses mains toujours sur celles de Sasuke les pressaient contre lui.

Naruto se retourna alors pour faire face à Sasuke mais il gardait les yeux fermés et restait lové contre son protecteur. Les mains de l'Uchiwa n'eurent pas à bouger, seulement libérer le corps qui se mouvait contre lui. Une fois le mouvement terminé, elles se remirent à comprimer fortement l'être affligé.

- Ils devaient s'aimer… Ils sont morts en même temps… Et ils attendaient un gosse en plus…

Il renifla.

- Pourquoi ils les ont tués ? C'est seulement…

Il ne termina pas sa phrase, ne connaissant pas de mot suffisamment fort pour exprimer sa pensée. Elle n'en avait d'ailleurs pas besoin, ses pleurs et le décor de la chambre que Sasuke et Naruto avaient en mémoire se chargeaient pour lui de formuler ce que le français n'a pas inventé.

Sasuke ne jugea pas utile de répondre, il était certainement du même avis que Naruto, et ne savait pas plus que lui pourquoi ces gens avaient été trucidés. Il se contenta de resserrer son étreinte en humant le parfum du blond.

Puis Sakura apparut, Kakashi la suivait.

Sasuke la vit sortir de la maison où ils avaient posé leurs affaires, avant qu'elle-même ne l'aperçût. Sa première réaction fut d'écarter Naruto la seconde vint s'opposer à ce réflexe de mâle fier et le garda contre lui. Naruto, lui, n'était au courant du rien il se pressa un peu contre Sasuke lorsqu'il senti l'étreinte se défaire, et fut rassuré de la sentir se resserrer.

Sakura, après avoir ouvert de grands yeux stupéfiés, jeta un regard haineux aux deux jeunes.

- Qu'est-ce que vous foutez ?

Kakashi posa une main sur son épaule pour éviter qu'elle ne s'énervât par trop, il savait que son équipé n'était plus très soudée. Sasuke répondit, les yeux perçants, glacials, comme une chouette à laquelle on veut voler le poussin.

- Rentre dedans et tu verras.

Il laissa le temps à Sakura de comprendre le sous-entendu avant de l'exprimer plus explicitement – pas trop :

- Les habitants ne t'offriront pas le thé.

Sakura et Kakashi regardèrent alors à l'intérieur. Ils ne voyaient rien, la chambre était à l'opposé de la maison.

Naruto, entendant ce que disait Sasuke, se retira de ses bras rassurants en le pinçant ce n'était pas assez respectueux à son goût. Il plongea son regard dans la bâtisse, dans la direction de la chambre :

- Je ne sais pas ce qui s'est passé. Il y avait un couple, dans la chambre. Ils sont morts…

Il ne savait comment le dire, mais il se jeta à l'eau, comme à son habitude.

- Ils n'ont plus vraiment une physionomie humaine.

Sasuke le regarda. Il n'y avait plus une trace de larmes sur son visage, plus aucune preuve qu'il ait pleuré. Il avait eu le temps de dissimuler sa tristesse contre lui ? Elle était partie si rapidement ?

Il gonfla le torse devant ses talents protecteur : il ferait un bon partenaire dans un couple. Il se demanda, par la même occasion, pourquoi Naruto avait fait durer l'étreinte si longtemps s'il s'était si vite consolé. Doutait-il que toute trace de pleurs fût disparue, ne voulant pas se ridiculiser ?

Ou l'avait-il prolongée pour son propre plaisir ?