Bonsoir tout le monde!

Je sais que vous avez sûrement mieux à faire en ce soir de réveillon, mais je ne voulais pas finir l'année sans vous avoir poster la suite de cette fic que j'avais quelque peu délaissée ces derniers mois, faute d'inspiration.

J'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur, et que malgré le temps passé depuis mon dernier poste, vous n'aurez pas trop de difficultés à vous replongez dans cette histoire...

Je remercie Sarah d'Emeraude pour sa fidelité et son amitié, et pour m'avoir encouragée à reprendre l'écriture de cette fic...

Bon, j'arrête de vous baratinez et vous laisse lire, en espérant que cette suite vous plaira...

Bonne lecture!

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Chapitre 29 :

Le malaise qui s'était emparé de moi à mon réveil n'avait pas disparu. Au contraire, il n'avait fait que s'amplifier au gré des minutes qui s'écoulaient avec une lenteur affolante. Après le départ de Térésa pour le CBI, Molly et moi y avions conduits les filles pour leurs dépositions, puis Elora et moi avions raccompagnés Molly et Cameron chez elles. Les deux fillettes avaient pleurés d'être séparées, mais nous leur avions promis qu'elles se rêveraient très rapidement. Et j'espérais vraiment que nous pourrions respectés cette promesse. Et à présent, Elora s'amusait tranquillement dans le jardin, passant sans arrêt de la balançoire à la petite maison que je lui avais installé. Elle souriait tout le temps, mais parfois, je la surprenais à se retourner comme pour se lancer dans une discussion avec Cameron avant de soupirer en réalisant que son amie n'était plus là. J'avais été contre le départ de Molly, mais elle avait insisté sur le fait qu'elle ne pouvait pas rester ici éternellement, et puisque Caldwell était derrière les barreaux, sa fille et elle ne risquaient plus rien.

Je m'étais retenu de lui rappeler que RedJohn représentait une menace potentielle pour elles. J'attendais donc le retour de Teresa pour lui demander de placer la maison de Molly sous surveillance policière. Mais les heures passaient, et Teresa ne revenait toujours pas. Avait-elle eu de nouvelles informations concernant l'enquête ? Ce matin, j'avais eu l'impression qu'elle me cachait quelque chose d'important, mais j'avais mis ça sur le compte de mon comportement de la nuit dernière. Mais à présent, je commençais à me demander s'il n'y avait pas autre chose derrière son attitude distante. En soupirant, je préparais le repas d'Elora, et lorsque les spaghettis furent prêts, je l'appelais. Un sourire étira mes lèvres en la voyant débarqué, les couettes de travers et les joues rougies par ses jeux. Elle était adorable, et je ne comprenais pas comment sa mère avait pu se montrer aussi cruelle avec elle. En fait, je ne comprenais que trop bien ce qu'il s'était passé dans la tête de cette dernière, ce qui m'emplissait d'un puissant sentiment de rage.

La petite main d'Elora sur mon bras me tira de mes pensées, et je reportais toute mon attention sur elle, constatant qu'elle m'observait avec de grands yeux interrogateurs. Je lui souriais pour la rassurée, et délicatement, la soulevait pour l'installer sur un des tabourets avant de lui tendre une serviette qu'elle noua autour de son cou avant d'attendre patiemment que je dépose son assiette devant elle. Une lueur gourmande éclaira son regard à la vue de l'assiette de spaghetti à la bolognaise que je lui remis, et elle attrapa prestement sa fourchette en m'adressant un grand sourire lumineux qui me fit fondre. Mais alors qu'elle s'apprêtait à porter sa première bouchée à sa bouche, elle fronça les sourcils avant de reposer le couvert sans toucher à son contenu.

« Qu'y a-t-il Elora ? » m'enquis-je, surpris par son comportement.

« Où est Teresa ? » écrivit-elle sur son ardoise qu'elle me tendit avec de grands yeux inquiets.

« Au CBI… » répondis-je en dissimulant ma propre inquiétude « Nous irons lui apporter son repas après si tu veux » déclarais-je pris d'une subite inspiration.

« Une surprise ? » s'enthousiasma Elora avec un grand sourire alors que ses yeux se mettaient à pétiller d'excitation.

« Oui. Je suis sûr qu'elle sera contente que tu ais pensé à elle » approuvais-je en lui faisant un clin d'œil complice.

Elora acquiesça et se mit enfin à manger. Mais après deux ou trois cuillérées, elle s'arrêta de nouveau et pris son ardoise.

« Tu veux que l'on y ailles maintenant pour manger avec elle ? » déchiffrais-je en songeant que décidément cette petite fille était un ange.

Elora acquiesça en hochant vigoureusement la tête, et j'acquiesçais volontiers, impatient moi aussi de rejoindre Teresa et de découvrir ce qu'elle me cachait depuis le matin.

« D'accord, file te préparer pendant que j'emballe ce qu'il nous faut pour le repas ! » déclarais-je en l'aidant à sauter à bas du tabouret.

Mettant les pâtes et la viande dans deux Tupperware, j'attrapais assiettes et couverts et déposais le tout dans le panier que nous avions utilisé pour le pique-nique. J'ajoutais quelques serviettes en papier des gobelets et une bouteille d'eau et refermais le panier au moment où Elora réapparaissait, une brosse dans sa main et son manteau dans l'autre. Elle me tendit l'accessoire de coiffure et se retourna pour que je lui refasse ses couettes, ce que je m'appliquait à faire, me demandant comment Teresa s'y prenait pour dompter les mèches rebelles qui s'obstinaient à vouloir s'échapper de l'élastique. Elora s'impatientant, je lui attachais sommairement les cheveux, sachant que de toute façon, Teresa la recoifferait dès notre arrivée au CBI. La pensée me fit sourire. Plus le temps s'écoulait, plus nous avions tout d'une parfaite petite famille.

« Allez, allons-y ! » déclarais-je en aidant Elora à enfiler son manteau avant qu'elle ne glisse sa petite main dans la mienne.

Le trajet s'effectua en silence, Elora chantonnant les airs que diffusait la radio, et j'en profitais pour trouver une explication à l'attitude de Teresa. Mais j'avais beau chercher, je ne trouvais pas ce qu'elle pouvait bien me dissimuler. Une chose était sûre, ça devait être très important pour la faire culpabilisée. Un frisson d'appréhension me secoua, et c'est l'estomac noué que je me garais devant le CBI. Elora se rua dehors, mais elle s'immobilisa devant les portes de l'imposant bâtiment, attendant sagement que je la rejoigne avant de s'y engager. Dans l'ascenseur, Elora sautillait doucement, regardant les chiffres défilés avec impatience, et soupira lorsque l'ascenseur s'immobilisa à l'étage de la scientifique. Un des laborantins fit un pas en avant, un dossier à la main ainsi qu'une enveloppe dont le scellé n'était pas clos, avant de s'immobiliser en m'apercevant. Son regard passa de moi à ses mains à plusieurs reprises.

« Puis-je vous aidés ? » m'enquis-je en lui souriant amicalement.

« Ce dossier est pour l'agent Lisbon. Je dois le lui remettre, mais j'ai beaucoup de travail et je… » expliqua-t-il nerveusement.

« Je vais la rejoindre justement ! Donnez-le moi, je le lui remettrais » déclarais-je en tendant ma main libre vers lui.

« Merci » soupira-t-il avec soulagement avant d'ajouter « toutes nos conclusions se trouvent dans ce dossier. Dites-lui de ne pas hésiter à nous appeler si jamais elle ne comprenait pas quelque chose »

« Je le ferais » approuvais-je en posant l'enveloppe sur le panier.

Intrigué par celle-ci, je la fixais du regard, me demande ce qu'elle pouvait contenir. Au jugé, j'aurais dit un cadre, mais pourquoi Teresa ferait analyser un cadre et surtout de quel cadre s'agissait-il ? Un de ceux de chez elle ? C'était peut-être ce qu'elle me cachait. Elle ne voulait pas me dire que quelqu'un s'était introduit chez elle cette nuit pour ne pas m'inquiéter. Et si c'était le cas, il ne pouvait s'agir que d'une seule personne. RedJohn était venu la nuit dernière et pour une raison que je ne m'expliquais pas, il nous avait épargné. S'il n'était pas venu pour nous tuer, pourquoi avoir pris le risque d'être surpris ? Quel était le but de sa visite ? Reportant mon regard sur l'enveloppe, dédaignant le dossier que je glissais sous celle-ci, j'hésitais sur la conduite à tenir. Visiblement Teresa n'avait pas voulu que je vois ce cadre. C'était donc que RedJohn l'avait déposé pour moi. Mais que contenait-il pour que Teresa se soit donné tant de mal pour me le dissimuler ? Profitant de ce que les portes de les portes s'ouvraient et de ce qu'Elora se ruait dehors pour rejoindre Teresa, je basculais légèrement le panier, faisant glisser le cadre hors de l'enveloppe. Et je me figeais.

Sous mes yeux ébahis apparut le visage souriant de ma petite fille. Ma petite fille adolescente. Alors voilà ce que Teresa m'avait caché. Je comprenais son geste. Je le comprenais vraiment, mais une colère sourde s'éveilla en moi. Elle n'aurait pas du me dissimuler cette photo. Elle n'en avait pas le droit. Je savais qu'elle avait voulu me protéger, mais pour cela, elle m'avait menti. Et je me sentais trahi. Quittant difficilement cette photo qui me montrait un bonheur envolé à jamais, je rajustais le panier, et le cadre reprit sa place dans l'enveloppe. Comme un automate, je me dirigeais vers le bureau de Teresa, guidé par le rire d'Elora auquel répondait la voix douce et caressante de Teresa. Mais cette fois, cela ne suffit pas à m'apaiser. Seule la tête de RedJohn servit sur un plateau d'argent le pourrait. Avec cette photo, il avait fait renaître ma soif de vengeance, et je savais que c'était pour éviter cela que Teresa ne m'avait rien dit. Mais elle était la mieux placée pour savoir que ce genre de mensonge finissait toujours par remontés à la surface.

Et qu'en général, cela faisait pus de mal que si la vérité avait éclatée dès le départ. Mais en croisant le regard brillant de joie d'Elora, je me contenais pour ne pas exploser sur le champ. Je devais avant tout penser à cette petite fille qui ne méritait pas de souffrir plus que nécessaire. Sans répondre au sourire de Teresa, je me dirigeais vers son bureau sur lequel je déposais l'enveloppe et le dossier avant de me tourner vers elle. Je la vis pâlir dangereusement et fermés les yeux en prenant une profonde inspiration. Mon cœur se serra en voyant l'angoisse au fond de son regard. Je lui adressais un regard froid et vide de toutes émotions, et je vis l'éclat du sien se ternir alors que des larmes y faisaient leur apparition. Mais je refusais de me laisser attendrir. Indifférent à sa peine, je détournais le regard et sans un mot, la condamnant en silence, je m'approchais de la petite table pour y déposer notre repas. Je vis du coin de l'œil Teresa chasser d'un geste rageur l'unique larme qui s'était frayé un chemin sur sa joue avant de reprendre son masque de patronne. Teresa venait à nouveau de céder la place à Lisbon, et mon cœur se serra en songeant que je venais de faire ce que je voulais à tout prix évité. Mais il était trop tard pour reculer.

Encore une fois, RedJohn nous montrait que c'était lui qui était le maître du jeu, et que nous ne pouvions que subir en courbant l'échine. Et j'en avais assez. Aujourd'hui plus que jamais, je savais que le seul moyen de pouvoir vivre librement et en toute quiétude, c'était de faire disparaître RedJohn de la surface de la Terre. Et c'était à moi de le faire. à personne d'autre, et surtout pas à Teresa. Je ne voulais pas que son âme qui avait garder toute sa pureté soit entachée par le meurtre de cette abomination. Et pour qu'elle ne cherche pas à m'en dissuadée, j'allais devoir m'éloigner d'elle. Même si ça me déchirait le cœur. Je n'avais pas le choix si je voulais la protégée, la préservée de ce qui allait se produire. Je ne voulais pas qu'elle soit mêlée à ma vengeance. Et puis il y avait Elora. Je devais penser à elle aussi. Je devais la tenir éloignée de RedJohn. Et le seul moyen d'y parvenir, c'était de m'éloigner d'elles.

« Mangeons avant que ce soit froid » déclara Teresa en servant une assiette à Elora avant d'en faire de même pour nous.

Du coin de l'œil, je remarquais qu'elle remplissait à peine son assiette, mais je me retenais de tout commentaire. Dans un silence de mort, nous mangeâmes, et je sentis le regard inquiet de Teresa se poser régulièrement sur moi, même si je percevais peu à peu la colère faire place à l'inquiétude, ce qui était parfait. Je voulais la mettre en colère. Je voulais qu'elle soit suffisamment fâchée contre moi pour que mon départ la soulage et même pour que ce soit elle qui le provoque. Je continuais donc de l'ignorer, gardant obstinément le regard rivé sur mon assiette.

Les mises en garde de l'agent Parker me trottaient dans la tête alors que je faisais les cent pas dans mon bureau, attendant les résultats des analyses que j'avais demandées sur le cadre trouvé dans mon salon. RedJohn se renseignait sur moi. Et ce la m'inquiétait. Pas pour moi, j'étais une grande fille et je savais me défendre, mais pour ma famille. Aussi décidais-je de prendre mon téléphone pour contacter mes frères afin de les mettre en garde, même si je savais qu'il y avait peu de chance pour qu'ils m'écoutent. Surtout Tommy. Il était aussi têtu et borné que Patrick, et ce n'était pas peu dire. Mais j'espérais que cette fois il me prendrait au sérieux, ne serait-ce que pour la sécurité de Rebecca. Enfin quand je voyais qu'il continuait de courir après les criminels en entraînant sa fille à sa suite, j'avais peu d'espoir. Aussi une fois que je leur eus laissé des messages, contactais-je la police locale pour leur demander d'assurer une surveillance discrète sur mes frères en leur expliquant la situation. Dès que j'eus prononcé le nom de RedJohn, je fus assurée de leur entière coopération.

Soulagée, je recommençais mes allers-retours en me demandant pour la millionième fois si j'avais pris la bonne décision en dissimulant l'existence de cette photo à Patrick. Mais j'avais beau retourné le problème dans ma tête, je ne trouvais pas de solutions convenables. Cette photo n'avait pas d'autre raison d'être que de faire souffrir Patrick, de le torturer avec le souvenir de ce que sa bravade avait coûter à sa famille. Et je savais que dès lors que Patrick poserait le regard sur le visage épanoui de sa précieuse petite fille, il n'aurait plus qu'une envie. Retrouver RedJohn et le tuer. Et je ne le voulais pas. A aucuns prix. Je ne voulais pas le perdre de cette façon. Pourtant j'avais conscience que s'il découvrait ce que je lui avais sciemment caché, je le perdrais. Cette trahison, même si elle servait de nobles objectifs, me coûterait la confiance de Patrick et par là-même notre histoire naissante. Mais si pour le garder en vie et en sécurité, je devais accepter de le voir s'éloigner de moi, alors c'était un prix que j'étais prête à payer.

L'arrivée en trombe d'Elora dans mon bureau me tira de mes sombres pensées, et je n'eus que le temps de me retourner qu'elle m'avait déjà sauter au cou. Instinctivement, je la serais dans mes bras, heureuse de sa présence. Relevant la tête, je fus surprise de ne pas voir apparaître Patrick dans l'encadrement de la porte, mais Elora l'avait sûrement distancé dans les couloirs. Amusée je constatais que ses couettes avaient été refaites de travers et que des boucles folles s'en échappaient. Dans une grimace, Elora attrapa son ardoise et m'apprit que Patrick cuisinait bien mais qu'il était nul pour attacher les cheveux. En riant, je récupérais la petite brosse que je gardais dans mon sac à main et entreprenais de recoiffer convenablement cette jeune demoiselle tout en lui racontant quelques anecdotes concernant Patrick qui devait avoir les oreilles qui sifflent à force. Mais ça avait le mérite de faire rire Elora. Sentant une présence dans mon dos, je relevais la tête et souriais en découvrant la présence de Patrick.

Mais mon sourire se fana lorsque Patrick m'adressa un regard glacial qui me fit froid dans le dos. Jamais encore il ne m'avait regardé comme ça. Surprise et blessée, je le suivais du regard et tressaillais en le voyant déposer une enveloppe et un dossier avec le logo de la scientifique. Et en éclair je comprenais qu'il avait tout découvert. Et sans surprise, il m'en voulait. J'avais beau m'être attendue à une telle réaction de sa part, cela n'en fit pas moins mal pour autant. J'avais voulu le protéger d'une nouvelle douleur inutile, mais bien sûr, monsieur ne le voyait pas comme ça. En soupirant, l'appétit coupé, je grignotais pour ne pas faire de peine à Elora tout en lançant de fréquents regards à Patrick qui s'obstinait à bouder et à fuir mon regard. Et je sentis une colère sourde montée en moi. S'il voulait faire sa tête de mule et se poser en victime, grand bien lui fasse, mais je ne m'aplatirais pas devant lui. Je ne m'excuserais pas de l'aimer au point de vouloir le préserver de lui-même.

Le repas terminé, je décidais d'emporter le dossier à la maison, me rappelant qu'Heightower ne voulait pas voir Elora traîner dans les bureaux. Et puis si Patrick et moi devions nous expliquer, autant que cela se fasse loin des oreilles indiscrètes des autres agents. Prenant une profonde inspiration et affichant un sourire de façade, j'annonçais donc à Elora que nous pouvions rentrer à la maison. Avec un grand sourire, elle sauta sur ses pieds et se rua dans les bureaux pour dire au revoir à l'équipe, nous laissant seuls Patrick et moi. Comme il continuait de se murer dans un silence boudeur, je décidais de l'ignorer à mon tour et sans lui prêter la moindre attention, rassemblait mes affaires, avant de me diriger vers la porte de mon bureau pour prévenir mon équipe de la suite des évènements.

« Bien, je vais étudier ces dossiers chez moi. Vous savez ce que vous avez à faire. Grace occupez-vous de l'ordinateur de Caldwell, et vous les gars, allez l'interrogez. Une nuit en cellule lui aura peut-être délier la langue » déclarais-je en espérant qu'ils ne remarqueraient pas mon trouble grandissant.

« Bien boss » acquiesça Grace en se mettant immédiatement à la tâche.

« Nous y allons de ce pas. Nous vous ferons parvenir le compte-rendu de l'interrogatoire » déclara Cho dont le regard perçant passa de Patrick à moi, comme s'il avait perçu la tension qui existait entre nous.

D'un hochement de tête approbateur, je faisais signe à Elora que nous pouvions y aller, et toujours en ignorant Patrick, la suivait jusqu'aux ascenseurs. La tension dans cet espace clos était tellement perceptible qu'elle émettait des vibrations négatives qui finirent par atteindre Elora. Fronçant les sourcils et perdant son sourire, elle leva la tête vers nous, cherchant à comprendre si elle avait fait quelque chose qui nous avait déplu. Percevant son malaise, et m'en voulant de l'inquiéter inutilement, je lui souriais tendrement afin de la rassurée. Indécise, elle regarda Patrick qui adopta la même attitude, et Elora se détendit, en concluant probablement que notre tension concernait des problèmes de grand et n'avait rien à voir avec elle. L'espace d'un instant, mon regard croisa celui de Patrick, et je frémis de nouveau devant la froideur qu'il affichait, et l'espace d'un instant j'eus l'impression de me retrouver bien des années plus tôt, devant le Patrick Jane que je ne supportais pas. Et ce constat me fit bien plus mal que n'importe quoi d'autre.

Je soupirais de soulagement lorsque je me retrouvais seule au volant de ma voiture. Ce répit me permettrait de mettre de l'ordre dans mes idées et surtout de me blindée contre la discussion à venir. Je connaissais suffisamment Patrick pour savoir qu'il n'hésiterait pas à se montrer odieux et blessant pour cacher sa propre douleur. Et puisqu'il ne pouvait s'en prendre directement à RedJohn pour le moment, c'était moi qui allait faire les frais de sa colère et de son impuissance. Et je savais que nous sortirions tout deux blessés de cette discussion. Mais il n'y avait rien que je puisse faire pour l'empêcher. Tout ce que je pouvais faire, c'était d'essayer de garder mon calme et de ne pas répondre aux provocations de Patrick. Ce qui serait sans nul doute plus facile à dire qu'à faire. En soupirant, je surveillais que Patrick ne suivait bien, mais la présence d'Elora dans sa voiture m'assurait qu'il ne me fausserait pas compagnie, ce qui d'une certaine manière aurait sûrement été la solution la moins blessante.

Le trajet jusque chez moi ne me parut jamais plus court qu'en ces instants, mais je me voyais mal faire un détour pour gagner du temps. Et puis je n'étais pas du genre à fuir devant les difficultés. Non, j'avais appris très jeune à les affrontées sans jamais baisser la tête. J'étais une combattante, et si Patrick n'en avait pas encore pleinement conscience, il allait l'apprendre à ses dépends. Me garant dans mon allée, je quittais ma voiture au moment où Patrick s'y engagea à son tour, et un sourire étira mes lèvres en voyant Elora en sortir comme une tornade, sans même attendre que la petite voiture soit garée convenablement. Arrivée devant la porte, elle se tourna vers moi, me faisant signe de me dépêchée, ce que je fis en étouffant un rire. Mais alors que je la rejoignais pour lui ouvrir la porte, un frisson semblable à celui de ce matin me traversa, et je retournais brutalement pour scruter la rue. J'aurais juré que quelqu'un nous épiait, mais j'eus beau observer attentivement les alentours, je ne décelais rien qui sorte de l'habituel.

« Un problème ? » m'interrogea Patrick en suivant mon regard.

Pour seule réponse, je secouais la tête négativement et entrais dans la maison, Patrick sur les talons.

Patrick et Teresa avaient beau me sourire et agir comme si tout allait bien, je sentais que quelque chose avait changé entre eux. Durant tout le repas, j'avais senti un malaise grandir entre eux, et j'avais vu la colère envahir les yeux de Teresa, remplaçant la tristesse alors que ceux de Patrick se refroidissaient progressivement. Tout cela je l'avais déjà vécu avant la mort de papa. Sauf que Teresa était papa et que Patrick était maman. Mais la situation était la même et je savais comment ça allait se terminer. Dans les cris et les pleurs. Et je ne voulais pas. Je ne voulais pas que tout recommence. Finalement, maman avait raison. Tout était de ma faute. Patrick et Teresa étaient heureux avant mon arrivée. Et maintenant, ils se regardaient comme s'ils se détestaient. Comme s'il n'y avait plus d'amour entre eux. Juste du vide. Et je voulais qu'ils soient comme avant, comme quand je les surprenais à se faire des bisous d'amoureux. Mais comment faire ? J'avais essayé d'aider papa et maman et j'avais été punie.

Ca avait été la première fois que maman m'avait enfermée dans le placard de ma chambre. Papa s'était mis dans une colère noire, et nous étions partis loin. Mais il y avait eu l'accident. Et maman avait dit que tout était de ma faute. Que sans moi, papa serait encore là. Et maintenant, Patrick et Teresa se comportaient comme eux. Et je ne voulais pas que Patrick meurt. Ou que Teresa meurt. Alors dès qu'on arriva chez Teresa, je courus jusqu'à la porte et dès que Teresa m'eut ouvert, je me précipitais dans les escaliers, attrapais mon doudou sur le lit et courais m'enfermer dans le placard. Peut-être que si je restais cachée, ils ne seraient plus fâchés et se réconcilieraient. Peut-être qu'ils ne crieraient pas. Remontant mes genoux contre ma poitrine, je serrais mon doudou contre moi et me mettais à chantonner doucement pour oublier qu'il faisait noir, et que j'avais encore tout gâché. Pour oublier qu'en bas, Patrick et Teresa se disputaient. Pour oublier que la vie ça faisait mal, et que peut-être maman avait raison en disant que je n'aurais pas dû survivre à l'accident.

Des cris me firent sursauter, et je me mettais à trembler. Je me bouchais les oreilles pour ne plus les entendre, mais c'était peine perdue. La voix colérique de Patrick me parvenait comme s'il se trouvait à côté de moi, et celle de Teresa vibrait tellement de rage que je la reconnaissais à peine. Ils se hurlaient dessus, comme s'ils faisaient un concours de celui qui crierait le plus fort et dirait le plus de méchanceté. Et soudain, ce fut le silence. Tremblante, des larmes silencieuses coulant sur mes joues, je m'agenouillais dans ma cachette et tendais l'oreille, le cœur battant. Ce silence était encore plus angoissant que les cris. Le claquement d'une porte me fit violemment sursautée, et prise d'un mauvais pressentiment, je me ruais hors de ma cachette. Mais dans ma précipitation, je me prenais les pieds dans le tapis et m'écroulais au sol. Indifférente à la douleur qui irradiait de mes genoux et de mes paumes, je me relevais et courais à la fenêtre. Juste à temps pour voir Patrick monter dans sa voiture et partir loin de nous. Un cri inarticulé s'échappa de mes lèvres et je me laissais tomber par terre, pleurant de toutes mes forces.

« Patrick ! » criais-je en pleurant de plus belle, laissant ma tête cognée contre le sol.

Je me roulais en boule par terre, serrant mon doudou contre moi, laissant les larmes coulées sur mes joues. Maintenant que Patrick était parti, Teresa allait m'abandonner elle aussi. Pourquoi voudrait-elle encore de moi alors que par ma faute Patrick l'avait quitté ? Elle allait m'accusé comme maman avant elle. Un gémissement m'échappa, et je sursautais lorsque des bras m'entourèrent, me soulevant de terre. Prise de panique, je me débattais, frappant et griffant, mais les bras ne me lâchèrent pas. Tournant la tête, j'aperçus le visage de Teresa, et je constatais qu'elle avait les yeux rouges. Elle avait pleuré visiblement. Cessant de me débattre, je me laissais faire, attendant les reproches et les insultes. Mais rien ne vint. Au lieu de ça, Teresa m'allongea sur mon lit et s'adossa contre la tête avant de m'attirer à elle. Elle plaça une de ses mains dans mes cheveux qu'elle se mit à caresser, et elle commença à me chanter une chanson.

Courage Petite Sœur,

Fais un vœu chaque fois que tu pleures,

Redresses-toi au lieu d'avoir peur,

Quelqu'un t'attends là-bas….

Souris Petite Sœur,

Même quand tu as envie d'avoir peur,

Le bonheur est tout près, il existe,

Quelqu'un t'attends là-bas….

Garde toujours une prière dans ta poche,

Et tu y verras plus clair,

Ne t'en fais pas la nuit s'en va,

Ne vois pas le monde à l'envers….

Confiance Petite Sœur,

Tes espoirs seront réalité,

Il te faut du courage Petite Sœur,

Quelqu'un viendra pour t'aimer….

Les paroles de cette chanson tirées de Bernard et Bianca, et le doux son de la voix de Teresa m'apaisèrent, et je me laissais progressivement emporter par une douce et réconfortante torpeur. Blottie dans les bras de Teresa, je soupirais de soulagement en découvrant qu'elle ne semblait pas m'en vouloir. Et encore une fois, je m'en voulus de l'avoir comparée à maman. Teresa n'était pas comme elle. En fait, elles étaient aussi différentes que la nuit et le jour. Maman était grande, blonde et glaciale. Teresa était petite, brune et chaleureuse. Maman étai égoïste là où Teresa était généreuse. Oui, Teresa était différente, et je m'en voulais d'avoir fait d'elle le monstre de mes cauchemars. Elle ne le méritait pas alors qu'elle avait été si gentille avec moi. Comme pour me faire pardonner, je passais mes bras autour de son cou et me serrais fort contre elle, souriant lorsqu'elle me rendit mon étreinte. Si Teresa n'était pas fâchée contre moi, c'est que je n'avais rien fait de mal. Alors pourquoi s'était-elle disputée avec Patrick ? Et pourquoi était-il parti en nous laissant seule ? J'aurais aimé lui posé la question, mais je ne voulais pas lui faire plus de peine.

« Tu as faim ? » me demanda Teresa au bout d'un long moment de silence, et rouvrant les yeux, je constatais que le jour s'achevait déjà.

Je n'avais pas vu le temps passé tant mon chagrin avait été grand. Je secouais la tête négativement, ne voulant pas quitté ma chambre et les bras rassurants de Teresa.

« Non… moi non plus je n'ai pas faim… » souffla-t-elle en reprenant sa caresse dans mes cheveux.

Elle avait l'air si triste, et j'espérais que Patrick allait vite revenir et qu'il la consolerait. Il m'avait dit que les bras de Teresa étaient magiques, mais je savais que pour Teresa, c'était ceux de Patrick qui l'étaient, et que lui seul parviendrait à lui rendre le sourire.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Voilà, j'espère que vous avez aimé...

J'ai déjà commencé le chapitre suivant et je promets de ne pas vous faire attendre aussi longtemps pour vous le poster, mais la semaine prochaine j'ai des partiels, donc je vais limiter mon temps de connexion...

Et avant que j'oublie, je vous souhaites à tous une BONNE ANNEE et une bonne santé !

Bisous