Merci à celles qui demandent de mes nouvelles ! À part un léger coup de soleil sur les omoplates (apparemment loupées en me mettant de la crème) et ma mère et son mari qui me torturent en mettant Supernatural en VF, tout va bien !

Par contre on a eu du beau temps samedi et depuis ça va en empirant, mais c'est pas grave ! J'en profite pour aider ma mère (qui en a bien besoin) à nettoyer la maison de fond en comble, et le beau temps devrait revenir ce week-end !

(-)

Chapitre 29 : Fermer les blessures et réparer les torts

Résumé : Durant les jours et les semaines qui suivent la bataille, il y a plus que des blessures physiques à guérir.

(-)

Guérir prenait du temps. Fili avait rebondi le plus vite, et avec l'aide de sa mère, avait tenu le trône pendant un certain temps. Non seulement cela avait accordé à Thorin plus de temps pour se réveiller, mais cela avait aussi montré au peuple d'Erebor que leur futur était entre de bonnes mains. Fili dirigeait avec bonté et sagesse, et la dévotion d'Erebor n'avait fait que grandir.

Kili était resté avec Legolas, et quand l'elfe avait enfin parlé de guérir plus vite dans la forêt, Kili avait répondu en faisant leurs bagages. Ç'avait été une journée d'adieux larmoyants pour Fili et Kili, après avoir failli se perdre, mais finalement Kili et Legolas s'étaient mis en route. Bilbon était resté auprès de Fili tandis qu'ils disparaissaient lentement de leur vue. C'était seulement quand les vents étaient devenus trop froids que Fili avait accepté qu'on l'éloigne des portes.

Thorin avait guéri. Lentement, bien trop lentement au goût de Bilbon, mais il avait commencé à guérir.

« Es-tu toujours en colère contre lui ? »

Bilbon versa lentement du thé pour Dernwyn, d'abord, puis pour lui-même.

« Qui, Thorin ?

- Mon frère, oui, dit Dis. »

Elle s'installa à côté de Dernwyn, secouant la tête quand Bilbon lui offrit une tasse.

« Je dois supposer que c'est le cas.

- Assez fortement, en fait. Étant donné qu'il essaye encore de se lever et de faire des choses, encore plus. »

Cela faisait mal à la joue de Bilbon, de serrer les dents autant qu'il le faisait ces derniers temps.

« Je suis juste là, dit sèchement Thorin depuis sa place dans le lit. »

Jusqu'à présent, Bilbon avait réussi à l'y maintenir, mais il n'était pas certain que ça durerait beaucoup plus longtemps. Les deux bras de Thorin bougeaient bien, et il pouvait marcher sans assistance maintenant. Ses respirations étaient profondes et régulières, et il n'avait plus le visage pâle. Il avait entièrement l'air du roi majestueux et royal qu'il était.

Ce qui ne voulait pas dire que Bilbon n'était pas toujours furieux contre lui.

Les trois personnes à table l'ignorèrent splendidement, faisant pousser un large soupir à Thorin.

« Pourquoi mon frère insiste pour essayer de précipiter le processus de guérison en faisant trop de choses à la fois, je ne le saurai jamais, dit Dis. »

Elle prit un biscuit dans l'assiette quand Bilbon la fit passer.

« Il adore ça.

- Je me repose. Je me suis reposé, même si je vais assez bien pour continuer mes devoirs. Je continue de me reposer pour toi, bien-aimé, n'est-ce pas ?

- Vous avez entendu quelque chose ? Dit Bilbon, feignant la confusion. Dernwyn sourit devant le soufflement agacé de Thorin.

« Thorin dit qu'il se repose à cause de toi.

- Oh, maintenant il m'écoute, dit Bilbon, pince-sans-rire. Trop aimable. »

Thorin poussa un autre soupir.

« Dis... ?

- J'ai un fils à aider, et des petits-enfants à adorer, dit Dis en se levant de table. Dernwyn, tu viens avec moi ?

- Eh bien, étant donné que j'ai un mari à aider et des enfants à adorer, je crois que oui.

- Traîtresses, marmonna Bilbon. »

Il leur adressa à toutes deux un hochement de tête, cependant, puis entreprit de faire la vaisselle. Dernwyn n'avait même pas fini son thé.

« Si tu amènes le plat à biscuits ici, je pourrai t'aider à nettoyer. »

Malgré lui, Bilbon ne put s'empêcher de sourire.

« Tu ne mérites pas de biscuits, dit-il. »

Mais il lui amena quand même l'assiette. Thorin sourit, ce sourire chaleureux qui faisait des choses à Bilbon, et prit l'assiette sans effort.

Bilbon ne la lâcha pas. Thorin marqua une pause, attendant. Finalement Bilbon lâcha, puis se retourna pour nettoyer, seulement pour être arrêté par une main prudente sur son bras.

« Non, dit brusquement Bilbon. Tu n'es pas désolé, tu te souviens ? Tu ne vas pas t'excuser, comme tu ne cesses de me le dire.

- J'ai des excuses à présenter, dit Thorin. »

Bilbon regarda en arrière à ces mots. En presque trois semaines depuis la bataille, Thorin s'en était tenu à sa déclaration de ne pas offrir d'excuses pour ce qu'il avait fait. Bilbon aurait mieux compris, peut-être, si Thorin n'avait pas failli mourir pour Bilbon. Cela avait tendance à énerver un hobbit. Surtout quand la cicatrice en travers de la poitrine de Thorin était encore rouge et visible.

Thorin s'éclaircit la gorge, tirant Bilbon de ses souvenirs de ces jours terribles.

« Ce ne sont pas des excuses pour t'avoir sauvé la vie. »

Bilbon pinça les lèvres.

« Alors ce ne sont pas vraiment des excuses, n'est-ce pas ? Demanda-t-il. »

Il fit mine de s'éloigner. La prise de Thorin le tira vers lui, et Bilbon fut contraint de se tenir près du lit, adressant un regard noir aux fourrures de peur de l'adresser à Thorin à la place.

D'une glissade, la main de Thorin quitta son coude pour entourer la joue de Bilbon. Ses yeux étaient brillants et entendus, et la caresse de son pouce contre la joue de Bilbon était calmante.

« Je vais m'excuser de t'avoir fait peur, dit-il à mi-voix. Car je t'ai laissé où moi-même j'avais espéré ne jamais être : debout près d'un lit de mort, craignant à chaque minute que les respirations s'arrêtent. Pour cela, je suis désolé. »

Bilbon déglutit.

« Excuses acceptées, dit-il d'une voix tendue. »

Il avait l'impression que Thorin avait pris tout son monde et l'avait refait tomber à l'envers, et pire encore, lui avait laissé les souvenirs de ces longs jours et nuits dans la tente, comptant chaque respiration que prenait Thorin. Trois semaines après la bataille, Bilbon se surprenait toujours à compter.

Thorin haussa les sourcils avec incrédulité.

« Je crois que ton idée de 'acceptées' et la mienne sont extrêmement différentes, bien-aimé.

- Je l'accepterai si tu jures de ne plus recommencer, dit Bilbon. »

Le regard amusé disparut immédiatement du visage de Thorin. Bilbon pinça les lèvres.

« Alors tu ne t'excuses pas vraiment. Parce que si tu recommences je serai juste exactement à la même place.

- T'excuserais-tu, si tu avais fait ce que j'ai fait, et que tu étais près de la mort ? Contra Thorin. Tu ne le ferais pas, n'est-ce pas ? »

Bilbon sentit ses joues se réchauffer. Il y avait une raison pour laquelle il évitait cette conversation depuis des semaines maintenant.

« C'est-

- Ce n'est pas différent.

- Tu m'as dit que tu refusais de m'enterrer, eh bien, je refuse de t'enterrer, toi, répliqua Bilbon, soudain si en colère qu'il pouvait à peine voir. Mon rêve, le rêve dont je t'ai parlé, je devais te regarder être mis dans la tombe et c'était horrible, j'ai eu l'impression que c'était moi qui mourait parce que je t'ai regardé osciller entre la vie et la mort pendant des jours, et je ne veux pas recommencer !

- Je t'ai porté depuis le Mont du Destin en croyant déjà que je portais ton corps à l'agonie dans mes bras, dit Thorin à voix basse. Je n'ai pas respiré jusqu'à ce que je te voie éveillé de mes propres yeux, et si tu ne t'étais pas réveillé, j'aurais été écrasé par le chagrin. Je ne suis pas différent, du tout. Te perdre me laisserait désolé et dévasté. »

Il y avait le souvenir d'un chagrin sur le visage de Thorin, sa colère disparue depuis longtemps, et Bilbon ne sentait plus sa propre furie, non plus. Ils savaient tous deux, maintenant, et que trop bien, ce que ça signifiait de perdre l'autre. C'était le sentiment le plus horrible que Bilbon ait jamais ressenti, la douleur acérée de la peur dans son cœur, la résignation de la perte qui était comme une pierre dans son ventre. Les larmes qui semblaient monter quand elles le voulaient lorsque son esprit ne pouvait plus contenir son chagrin. Tout ce que Bilbon put dire fut :

« Pas étonnant que tu aies voulu attacher des cloches dans mes cheveux. »

Thorin renifla, un demi-sourire humide fut tout ce qu'il put afficher.

« 'Voulu' ? Bien-aimé, je le veux encore. Et je le ferai si j'en ai la moindre occasion. »

Bilbon fit enfin ce qu'il n'avait pas osé faire pendant des semaines, en déférence aux blessures de Thorin : il monta dans le lit à côté de son mari. Thorin laissa échapper un soupir et un mot qui ressemblait à 'enfin' avant d'attirer Bilbon à lui. Thorin était chaud et fort sous lui, et Bilbon appuya sa tête sur sa poitrine. Le battement de son cœur était la berceuse la plus douce que le hobbit ait jamais entendue, et il ferma les yeux, laissant chaque battement éloigner sa peur.

(-)

Nettoyer la Moria avait pris du temps. Il y avait eu plus de profondeurs à découvrir, plus d'orques à trouver, et quelques trolls dans les halls inférieurs qui rendirent la vie plus difficile. Mais finalement, la Moria avait commencé à être reprise.

La toute première chose reprise avait été Balin. Dwalin lui-même était parti, accompagné d'un large groupe de nains pour retirer le corps de son frère de sa cachette sacrée. Ils l'avaient emmené à Erebor pour être enterré convenablement, parmi les tombes de ses ancêtres. Les funérailles avaient été populaires, avec des nains, des hommes, et même des elfes venant rendre hommage à sa vie. Bilbon ne se souvenait pas d'un si large rassemblement mémoriel auparavant.

La célébration qui avait suivi avait été encore plus massive. Dwalin s'était complètement saoulé, chantant des ballades et restant debout jusqu'à ce qu'Ori et Thorin l'aient enfin traîné hors du hall et ramené à ses propres appartements. Quand Thorin était revenu un peu plus tard, sans Ori ni Dwalin avec lui, Bilbon avait froncé les sourcils, perplexe. Thorin s'était contenté de secouer la tête, son propre chagrin visible sur son visage. Bilbon n'avait pas posé de question. Quand il avait vu Dwalin le lendemain, bien trop sobre pour son propre bien, il y avait eu un chagrin autour de lui qui ne partirait jamais vraiment. Mais il y avait aussi eu quelque chose d'apaisé, qui avait été brisé depuis la Moria.

La guérison avait commencé.

(-)

Un mois après la bataille, il plut, et il plut fort, laissant tous les petits – et les moins petits – coincés à l'intérieur et très grincheux. Plus grincheux que Dernwyn ne se souvenait les avoir vus depuis un certain temps.

L'arrivée de Hril à la porte, donc, fut un répit bienvenu des nains agacés à l'intérieur. Honnêtement, ils étaient contents de demeurer dans les entrailles de la terre jusqu'à ce que vous leur disiez qu'ils ne pouvaient pas, auquel cas ils devaient absolument aller dehors. Même Holdred et Hildili ne faisaient pas autant d'histoires que les adultes. Au moins la Garde était joyeuse. Enfin, Hril était certainement joyeux.

« M'dame, salua-t-il. »

Puis il se tourna, étonnamment, vers Esmeralda et Gimli.

« Mon cousin aimerait vous voir tous deux aux portes, si vous voulez bien. »

Aussi étranges que soient ses paroles, ils se levèrent quand même et se retrouvèrent à amasser une sacrée suite. Parce qu'apparemment, quand les nains étaient bloqués par la pluie, ils n'avaient absolument rien de mieux à faire.

Au moment où ils atteignirent les portes, même Thorin était là, Fili juste à côté de lui. Fili lui fit un rapide clin d'œil, et Dernwyn ne put retenir un léger rire. Presque un mois après la bataille, et elle était encore extatique de simplement l'avoir, de l'écouter respirer à ses côtés la nuit, de le regarder sourire et jouer avec les enfants.

Puis Esmeralda poussa un cri et commença à courir vers les portes, et bien qu'elle ait commencé avec une bonne longueur d'avance, son ventre grandissant rendait sa posture juste assez maladroite pour que Gimli réussisse à y arriver en premier. Dernwyn étrécit les yeux pour essayer de jeter un œil dans la pluie battante dehors.

Deux chevaux se tenaient dans l'entrée à côté de Dril, et deux cavaliers encapuchonnés se trouvaient sur eux. L'un des cavaliers était déjà descendu, et avançait rapidement vers Gimli et Esmeralda. Avant même que le capuchon ne soit rejeté en arrière, Dernwyn sut qui c'était. Cependant, il fut bon d'entre le cri accueillant d'Esmeralda.

« Tauriel ! »

Tauriel laissa échapper un rire quand elle prit Esmeralda et Gimli dans ses bras, les serrant fort contre elle. Esmeralda était tout en yeux brillants et en sourires, et Gimli semblait sur le point de pleurer, tant il était heureux de la voir.

L'autre cavalier repoussa son capuchon, et il leur adressa à tous un petit sourire.

« Je suis content de voir le champ respirer à nouveau, leur dit Haldir. La pluie sera bonne pour la terre. »

Il se tourna alors vers Thorin.

« Aragorn, fils d'Arathorn, est-il toujours là ? J'ai un message pour lui, de la part du Seigneur Elrond. »

Après une pause, il sortit deux parchemins.

« J'ai également un message pour Bilbon. »

Bilbon s'avança et tendit la main.

« Aragorn est toujours là, oui. Je peux le lui porter. Vous ne pouvez pas sérieusement penser à retourner en Lorien par ce temps, cela dit, n'est-ce pas ?

- Je peux chevaucher, dit Haldir. »

Mais son sourire s'agrandissait, comme s'il s'était attendu à ce que ce ne soit pas une réponse suffisante.

Il avait raison.

« Il y a du pain frais dans la cuisine, Haldir, dit Bilbon. Je ne laisserai pas un ami cher retourner dehors par ce temps froid et humide.

- Alors je suis impuissant et vais devoir accepter, dit Haldir. »

Il offrit une petite révérence avec Bilbon. Bilbon la rendit, mais avec un grand sourire. Quelque part après le réveil de Thorin et avant le départ des elfes, Haldir et Bilbon s'était convenablement rencontrés, et leur amitié avait fleuri. On n'aurait su s'attendre à moins : comment quiconque pouvait ne pas être ami avec Bilbon, Dernwyn l'ignorait.

« Votre peuple est-il toujours là ? Demanda Haldir. »

Dernwyn réalisa que la question lui était destinée.

« Non, ils sont partis, peu de temps après votre retour chez vous. Ils sont restés pour des raisons personnelles, pas pour aider, cependant. »

Et il avait été bon d'avoir Holdwine avec eux, pour dire convenablement adieu à Éomund et lui. Et si Dernwyn avait été amusée par la façon dont Valdr avait suivi certaines des vierges du bouclier partout, des étoiles dans les yeux et trébuchant presque sur lui-même pour leur offrir toute aide dont elles avaient besoin pendant qu'elles restaient à Erebor, eh bien, elle n'avait pas été la seule. Surtout qu'elle était presque certaine que l'une des vierges du bouclier avait été fort éprise du jeune nain.

Il y avait eu de la joie pour suivre les pertes subies.

Et maintenant Tauriel était de retour, l'air tout aussi heureuse de voir Esmeralda et Gimli qu'ils l'étaient de la voir. Gimli pouvait à peine détourner son regard d'elle, semblant content de juste l'avoir là. Dernwyn ne le blâmait pas. Elle ressentait encore la même chose avec Fili chaque fois qu'elle le voyait.

Ils firent un petit festin privé pour Haldir et Tauriel ce soir-là. Et si Gimli insista pour s'asseoir à la droite de Tauriel, laissant Esmeralda la place à sa gauche, personne ne dit rien. Pas encore, en tout cas. Même si Dwalin eut un sourire narquois et que Gloin secoua la tête et qu'Aragorn se contenta de sourire. Gimli refusa d'être gêné et resta à ses côtés, même quand Tauriel roula des yeux.

Elle demeura quand même à côté de lui le long de la soirée, cependant. Il était bon d'entendre à nouveau leur badinage.

Dernwyn demeura à côté de Fili, sa main serrée dans la sienne.

Et quand un autre elfe, cette fois accompagné de son nain, revint le lendemain à travers la pluie, Dernwyn garda la main de Fili dans la sienne tandis qu'ils sortaient en courant pour accueillir Legolas et Kili, enfin de retour.

(-)

Ce fut le jour du départ d'Aragorn, peu après le retour de Tauriel, que la conversation revint sur un étrange sujet datant d'avant la bataille.

« Portez-vous bien, et veuillez donner à Arwen nos remerciements pour vous avoir permis de rester plus longtemps, dit Bilbon. »

Il serra rapidement son ami dans ses bras, et bien qu'Aragorn doive presque se plier en deux pour cela, ça ne sembla pas le déranger. Fili se contenta de sourire.

« Elle sera heureuse de vous voir, c'est certain, dit Kili. Mais je suis content que vous voyez resté.

- J'en suis content aussi, dit Aragorn. Et je suis content d'entendre que Vertbois sera de nouveau florissant. »

Fili sentit, plus qu'il ne vit, ses deux oncles adresser à Kili et Legolas un regard en coin noir. Kili s'éclaircit la gorge et Legolas, sagement, ne dit rien.

« Il n'avait pas besoin de tellement de nettoyage, dit Kili – et Dwalin renifla. Pas vraiment.

- Avec vous deux blessés, c'était plus qu'une ample tâche, dit Thorin. »

Sa voix était un avertissement de ne pas approcher le sujet à moins que Kili ne veuille être grondé comme un enfant. Kili souffla et roula des yeux.

« On allait bien. Il y a encore du travail à faire, mais vous devriez voir le royaume, il a l'air tellement plus vert que la dernière fois qu'on y était. Vraiment, c'est vrai. »

Il adressa un sourire stupide à Legolas.

« Et on avait tout l'endroit pour nous. Tous les deux rois. »

Legolas sourit.

« Je crois qu'il faut un peuple sur qui régner et gouverner pour faire de toi un roi, fit-il remarquer. »

Mais il semblait tout aussi heureux que Kili.

Honnêtement, ces deux-là étaient parfois suffisants pour rendre Fili malade tant ils étaient joyeux. Aussi horrible qu'il ait été de les voir séparés, il avait oublié à quel point ils pouvaient être évidents et fleur bleue.

Il était loin de l'être autant avec Dernwyn. Du moins, il espérait que c'était le cas.

« Si jamais vous avez besoin d'aide pour nettoyer Vertbois, je sais que j'ai beaucoup de gens qui seraient prêts à faire le trajet, y compris moi-même, promit Aragorn. Je crois que Denethor pourrait être disponible pour une telle tâche. Cela dit, je dois vous prévenir que s'il venait, une jeune femme, peut-être deux, ne sauraient être persuadées de rester en arrière à Dol Amroth. »

Fili fronça les sourcils, mais les yeux de Kili s'illuminèrent.

« Finduilas ? Demanda-t-il. Ivriniel ?

- Est-ce qu'elles vont bien ? Demanda Bilbon. Je n'arrive pas à croire que ça fait dix ans que je ne les ai pas vues. Elles doivent être complètement grandes, maintenant.

- Elles le sont, dit Aragorn. Et je crois que Denethor envisage peut-être de demander la main de la plus jeune. Il est très entiché d'elle, et l'admire depuis des années. »

Fili se souvenait des deux jeunes filles, même s'il ne les avait pas connues aussi bien que Kili et Bilbon et Legolas. À en juger par les sourires sur leurs visages, ils pensaient que c'était une bonne idée.

« Je peux vous l'assurer, le sentiment est plus que probablement mutuel, dit Bilbon. Finduilas était un soutien très vocal pour lui à l'époque, et je doute que ça ait changé depuis.

- C'est ce que m'a dit Denethor. Mais il ne lui a pas encore demandé. Je crois qu'elle pourrait lui demander, s'il n'offre pas ses intentions assez vite.

- Elle le ferait, songea Legolas – et Kili eut un grand sourire. Veuillez transmettre nos salutations et nos espoirs de les voir, s'ils se lassent un jour de la mer.

- Davantage de monde pense à nettoyer la Moria. Nous serions contents de le revoir, ajouta Thorin. »

Le sourire de Bilbon s'effondra légèrement pour la première fois depuis qu'ils s'étaient réunis à la porte pour dire au revoir à Aragorn, mais il ne dit pas un mot. Thorin tendit quand même la main et la posa sur son épaule, et Bilbon hocha la tête, comme pour dire qu'il allait bien. Presque deux mois plus tard, et aucun d'eux n'allait réellement 'bien'. Pas vraiment.

Mais Tauriel était là, ainsi que Kili et Legolas. La blessure de Fili avait guéri, de même que celle de son Oncle. En ce qui concernait Fili, la vie était bonne, et n'allait que s'améliorer à partir de là.

Des pas rapides firent se retourner Fili, et elle était là, sa belle épouse, se précipitant après eux.

« Contents de revoir qui ? Demanda-t-elle. »

Elle s'arrêta à côté de Fili, haletant légèrement.

« Denethor, au moins, lui dit Aragorn. On m'a dit que le nettoyage de la Forêt Noire et de la Moria pourraient être des endroits potentiellement intéressants pour lui.

- Eh bien, il serait le bienvenu, et avec plaisir, dit Dernwyn. »

Elle tapota le pommeau de son épée avec ce sourire que Fili adorait tellement.

« La partie sud de la forêt aurait besoin d'aide. Et, si je pouvais te parler, ajouta-t-elle d'une voix basse destinée aux seules oreilles de Fili, toi et moi devons discuter de quelque chose. Quelque chose de bien, mais quelque chose quand même. »

Avant que Fili ne puisse seulement froncer les sourcils devant ses paroles mystérieuses, Aragorn s'avança, les yeux sur la main de Dernwyn qui était encore posée sur le pommeau de son épée.

« Laissez-moi voir votre lame, demanda-t-il. »

Perplexe, elle la tira de son fourreau et la plaça dans ses mains. Fili s'attendait à ce qu'il l'utilise, la fasse tournoyer et vérifie son poids et son équilibre, et fut surpris quand à la place, il examina le pommeau avec un regard intense et minutieux.

« A qui était cette lame ? Demanda-t-il. Vous m'avez dit que c'était un héritage familial, mais à qui appartenait-elle ? »

Dernwyn fronça les sourcils.

« Mon père. Son père avant lui. »

Aragorn hocha lentement la tête et la lui rendit.

« Nous avons un ancêtre en commun, alors, dit-il avec un sourire. Ce qui me fait plaisir. »

Dernwyn cligna des yeux, puis lui offrit un sourire à demi perplexe.

« Je ne pensais pas avoir du sang Gondorien en moi, avoua-t-elle. »

Elle rengaina la lame mais joua avec le pommeau, son doigt suivant les dessins.

« Comment le voyez-vous ?

- Pas Gondorien, corrigea Aragorn. Dúnedain. Je pensais l'avoir vu, avant d'entrer dans la Moria, je ne pouvais pas vous le dire à l'époque. Ce n'est pas étonnant : vous avez à peine pris un jour depuis que je vous ai vue il y a dix ans. »

Fili le fixa. Il ne pouvait pas dire ce qu'il pensait qu'il disait. Il ne pouvait juste pas.

« Dúnedain ? Répéta bêtement Dernwyn. »

Les gens autour d'elle la fixaient avec surprise.

Gandalf émit un 'hum' approbateur.

« Ceux qui vivent de très longues vies. Oui, je crois que vous avez vu juste, Aragorn. Je pense que Dernwyn semblerait à peine différente à quatre-vingt-ans de ce qu'elle est maintenant.

- Combien de temps ? Demanda Fili d'une voix rauque. Combien de temps vivent les Dúnedain ? »

Autour de lui, la pièce était devenue silencieuse, fixant Aragorn et Gandalf avec de l'espoir dans le regard.

Aragorn jeta un regard à Gandalf avant de regarder droit vers Fili.

« Bien plus de deux cents ans, dit-il doucement. Bien plus, mon ami. Je ne serais pas surpris si elle voyait passer plus de deux cent années, dans sa vie. »

Deux cents ans. Elle était à mi-chemin entre trente et quarante ans maintenant, et quand elle se retourna pour le regarder, tout ce qu'il put voir fut les cent prochaines années qu'ils partageraient ensemble, et les cent après ça. Deux cents et plus. Il pourrait la garder à ses côtés pour encore deux cents ans, au moins.

« Dernwyn, dit-il d'une voix étranglée. »

Elle courut vers lui, un sourire lumineux sur le visage. Fili entendit le son d'un rire joyeux et ne réalisa pas que c'était le sien jusqu'à ce qu'elle l'embrasse et le fasse arrêter. Il ne la perdrait pas si jeune. Il allait la garder, il allait la garder.

Tout autour de lui, tout le monde se réjouissait, mais tout ce qu'il pouvait voir était son beau visage face à lui. Il appuya son front contre le sien et emmêla leurs mains. Il pouvait imaginer sa main, aussi vieillie que la sienne, serrant fort, et elle serait là avec lui tandis que l'âge avancerait. Mahal, elle était sienne pour les années à venir.

« Si c'est ce que tu es venue me dire, commença-t-il. »

Mais elle secoua la tête. Elle recula enfin pour le regarder dans les yeux, et elle avait un air penaud.

« Ce n'est pas exactement ce que j'étais venue te dire, avoua-t-elle. Je suis venue te dire autre chose.

- Autre chose ? Dit Dwalin en haussant un sourcil. On ne fait pas mieux que ça, jeune fille. »

Elle sourit alors, un grand sourire lumineux, et Fili savait ce que sourire signifiait.

« Vraiment ? Réussit-il à dire.

- Vraiment, dit-elle. »

Quand personne d'autre ne sembla comprendre, elle se tourna vers Hildili, debout à côté d'Esmeralda, et dit :

« Qu'est-ce que tu penserais d'être grande sœur ? »

Les acclamations après cela décidèrent Bombur, et il commença un festin qui finit par durer au moins deux jours, lorsque le reste d'Erebor apprit les bonnes nouvelles de la longue vie de Dernwyn et de l'annonce d'un troisième enfant pour l'héritier. Aragorn accepta de rester pour le festin, et Fili était certain qu'il n'avait pas fallu grand-chose pour le convaincre. Dernwyn se retrouva avec tant de toasts en son honneur qu'elle fut rapidement la seule encore capable de marcher droit. Par chance, Thorin le pouvait aussi, et Dwalin et lui furent capables de ramener Fili dans son lit.

Et quand il se réveilla le lendemain matin avec une terrible migraine, ça en valait la peine quand il vit le beau visage de Dernwyn devant lui. Il ne protesta même pas quand Hildili et Holdred firent irruption dans leur chambre, riant et tombant dans le lit.

Il n'était pas certain de ce qu'il avait fait pour mériter une si bonne fortune, mais il la prenait, et il n'allait pas la lâcher.

(-)

Voilà ! Encore un chapitre, je vous le rappelle, et ensuite on attaque la double suite ! (LFM Partie 2 et la fic épistolaire)

Qui s'attendait à la double annonce du bébé et de l'ascendance de Dernwyn ? Je vous avoue qu'à l'époque, j'avais deviné le bébé mais pas le coup des Dúnedain !

Pour l'anecdote je suis obligée de faire un copier-coller pour mettre Dúnedain, parce que mon clavier ne sait pas faire les ú ! (encore un produit du copier-coller)