Bonjour!!!
Je me suis couchée à 4h du matin deux soirs de suite pour écrire ce chapitre! Il n'était initialement pas prévu à la version originale, mais je préfère nettement la nouvelle tournure des événements!
Alors dans cet épisode, ce que Harry pense de tout ça et ce qu'il va en faire…
Merci à tous pour votre soutien et bonne lecture!
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Chapitre 28 : Une nuit à l'infirmerie
-VOUS SAVIEZ TOUT ET VOUS NE M'AVEZ RIEN DIT!!!
Les quelques Gryffondor qui paressaient dans la salle commune avant d'aller déjeuner déguerpirent aussitôt.
-Allons, ne prends pas ça comme ça…
-ET COMMENT DEVRAIS-JE LE PRENDRE A TON AVIS, RONALD WEASLEY!?!?!?!? BIEN, PEUT-ETRE?
-Ben euh…oui?
-Harry, intervint Hermione avant que la tempête n'éclate à nouveau, tu sais très bien que c'était à Lyra de t'en parler, pas à nous.
-C'est l'argument le plus con que j'ai entendu de ma vie! répondit vertement Harry. Vous êtes mes meilleurs amis ou pas? Comment avez-vous pu rester là sans rien dire?!?
-Je ne suis au courant que depuis deux mois! se défendit Ron.
-Et c'est deux mois de plus que moi! répliqua aussitôt Harry.
Ron et Hermione se jetèrent un regard impuissant, conscients qu'aucun argument ne pourrait venir à bout de la colère de leur ami. Harry se détourna d'eux et poussa plusieurs jurons (il lui semblait qu'il ne faisait que ça, dernièrement), avant de se laisser choir dans un fauteuil, la tête entre les mains.
-La fille de Voldemort, soupira-t-il. C'est un vrai cauchemar!
Harry rejeta sa tête contre le dossier du fauteuil en soupirant, indifférent au malaise de ses amis. Ça n'avait pas d'importance. Plus rien n'avait d'importance…
-Qu'est-ce que tu vas faire? osa demander Ron.
-T'en fais pas, si je le savais je le ferais! grogna Harry.
Le problème, c'était qu'il ne s'était jamais senti aussi désemparé de toute sa vie. Une multitude de pensées et de sentiments contradictoires se bousculaient en lui. Il commençait à peine à réaliser ce qu'il avait appris la veille et ce que cela impliquait! La fille de Voldemort! Et ce n'était même pas une blague!
-Qu'est-ce que tu penses de tout ça? interrogea alors Hermione.
Sans relever la tête de son fauteuil, Harry écarta les bras et soupira à nouveau en signe de désarroi. Ce qu'il pensait de tout ça?
D'abord, il ne comprenait pas. Il n'arrivait pas à concevoir que cette idée soit vraie, que Lyra soit la descendante directe de ce psychopathe. Si on lui avait demandé d'imaginer la fille de Voldemort, Harry aurait décrit une fille pleine de préjugés et sans autre émotion que le désir de faire souffrir des innocents. Une folle, auréolée de magie noire. Mais Lyra n'était rien de tout ça. Elle faisait de la magie sans baguette, et alors? Elle n'était pas la seule sorcière à en faire et il y avait bien pire que ça comme puissance magique… Sinon quoi? Qu'avait-elle fait comme magie noire? Lancer un Doloris? Harry l'avait déjà fait aussi. Mettre le feu au chandail d'un type? Harry aurait été enchanté de le faire également du temps où Dudley et ses copains lui faisaient la vie dure à l'école moldue. Rien de si grave, en somme. Parlait-elle Fourchelang? Et encore là, quelle importance? Harry le parlait bien, lui… Finalement, il aurait très bien pu être le fils de Voldemort lui-même, c'en était presque effarant… Cette pensée lui arracha une grimace qui surprit Ron et Hermione.
Mais Harry n'interrompit pas ses réflexions pour autant. S'il y avait bien une chose qui le fatiguait dans cette histoire, c'était le fait qu'on lui ait menti. Après tout, s'il y en avait un qui était particulièrement concerné par Voldemort et par Lyra, c'était bien lui! C'était dans son quartier que Lyra était venue s'établir cet été! C'était lui qui l'avait aidée à se mettre à niveau pour son entrée à Poudlard! Et c'était avec lui qu'elle était sortie, bon sang! Harry sentit ses entrailles se tordre de rage. Ron et Hermione, ses meilleurs amis, ceux en qui il vouait une confiance sans borne, l'avaient laissé s'amouracher de cette fille sans rien dire, alors qu'ils possédaient toutes les informations! Quelle magnifique preuve d'amitié!
Il ne savait pas quand c'était arrivé. Au départ, Harry avait d'autres préoccupations en tête que des histoires de cœur. Lyra était une fille avec qui il aimait passer du bon temps, point barre. Une amie au même titre que l'aurait été n'importe quelle autre. Quand cela avait-il commencé à changer? Il ne savait pas non plus comment c'était arrivé. Il ne lui semblait pas que Lyra lui ait fait des avances, ou lui ait manifesté un intérêt particulièrement marqué. Personne ne l'avait non plus poussé vers elle – bien au contraire. Alors comment? Finalement, il savait encore moins pourquoi. Qu'est-ce que cette fille avait de plus que les autres? Elle n'était pas plus jolie. Elle n'était pas plus drôle. Elle n'était pas plus intelligente. Elle n'aimait même pas le Quidditch! Alors qu'est-ce qui l'avait attiré vers elle? Le mystère? L'interdit? Sa mauvaise foi le poussait à croire que c'était sans doute cela.
Puis, en y réfléchissant bien et en mettant sa mauvaise foi de côté, Harry dut s'avouer que c'était plus que ça. Lyra était la seule fille avec qui il ne s'était pas senti stupide et guindé aux premiers abords. Bien sûr, il y avait aussi Hermione et Ginny, mais ce n'était pas pareil, il les considérait plutôt comme des sœurs… Avec Lyra, c'était autre chose.
Il se sentait bien en sa présence, il ressentait souvent le besoin de la voir, d'être avec elle. Et puis il la trouvait amusante…et belle, aussi, ce qui ne lui enlevait rien…
Alors quand, comment et pourquoi, hein… ces questions sans réponses étaient plutôt inutiles, au final. Le résultat était le même : Harry savait qu'il aimait Lyra. Il n'y avait pas d'explications; c'était comme ça et c'était tout. Et ce n'était pas, pour le moment, la certitude la plus réjouissante qui soit… Ça rendait tout tellement plus compliqué!
Qu'allait-il faire maintenant?
Ron et Hermione continuaient à lui poser des questions à intervalles réguliers, mais Harry leur en voulait encore trop pour répondre. Ces traîtres…
Et pourtant… S'ils l'avaient prévenu avant de ce qu'ils savaient, cela aurait-il changé quelque chose? Harry les aurait-il crus? Et cela aurait-il suffit à empêcher d'arriver ce qui était arrivé? Harry n'en était pas si certain, finalement.
-Y a-t-il autre chose qu'on a volontairement oublié de me dire et dont je devrais être informé? demanda-t-il soudain.
-Euh…pas à ma connaissance, répondit Ron, surpris par la question.
-Euh…seulement si tu promets de ne pas te fâcher…, dit timidement Hermione.
…
-Tu as QUOI?!?!?
-Enfin, ce n'était pas réellement prémédité, dit rapidement Hermione, on pesait le pour et le contre et puis Gin et moi en sommes venues à la conclusion que…
-Ginny et toi? Et il ne vous est pas venu à l'esprit que c'était à ma copine et non à vous de décider de l'issu de notre relation???
-Mais la décision finale lui est revenue, balbutia Hermione, mal à l'aise.
-Je n'ose pas imaginer le genre de fille qui n'aurait pas plié aux arguments que vous avez employés! Ma parole, j'ai vraiment les pires amis du monde!!
Ron se mit aussitôt à protester, mais Harry ne l'écouta pas.
-Harry, tout ça, ce n'était que pour ton bien! se défendit Hermione, les larmes aux yeux.
-Super, comme tu vois je me porte à merveille! dit amèrement Harry.
-Je ne pensais pas que tu l'aimais à ce point…
Un réflexe poussé par l'orgueil commanda à Harry de nier le « à ce point », mais il y renonça et garda le silence.
-J'espère que tu comprends ce qui a motivé cette décision, poursuivit Hermione, toujours bouleversée. Lyra elle-même était d'accord…imagine que…Voldemort se serve d'elle pour t'atteindre!
-Voldemort a toujours voulu me tuer, de toute façon! répliqua Harry.
-Et puis tous les professeurs qui te préviennent depuis le début de te tenir loin d'elle…
-Justement, tu n'étais pas obligée d'en rajouter!
-Harry, je t'en prie, comprends-moi!
-Ce que je comprends c'est que non seulement tu m'as menti, mais en plus t'as bousillé ma vie sentimentale!
Sitôt qu'il les eût prononcés, Harry trouva ces propos d'un dramatisme ridicule, mais heureusement, Ron et Hermione ne semblèrent pas s'en formaliser.
-Je suis désolée, dit Hermione, totalement déconfite. Ce n'était pas le but…
-Fort heureusement!
-De toute façon, même si Ginny et moi ne nous en étions pas mêlées, le résultat serait le même à l'heure actuelle, non? risqua Hermione.
-C'est-à-dire? grogna Harry.
-Eh bien, maintenant que tu sais…qui elle est…tu n'envisages tout de même pas qu'il puisse y avoir quoi que ce soit entre elle et toi, non? dit Hermione.
-Et pourquoi pas? riposta Harry.
Cette riposte laissa Hermione sans voix.
-Voyons Harry, intervint Ron, tout aussi soufflé. Elle pourrait te tuer n'importe quand!
Ces propos choquèrent aussitôt Harry, avant qu'il se souvienne qu'il avait dit la même chose à Lyra, la veille… Cette idée lui sembla encore plus absurde.
-Non, dit-il avec ferveur. Elle ne le ferait pas…elle…
Un autre détail de la conversation de la veille lui revint en mémoire, lui laissant une drôle de sensation au creux du ventre.
-Elle m'aimait.
Ron et Hermione échangèrent un regard que Harry ne sut interpréter.
-Elle faisait peut-être semblant…
Ron se ratatina instantanément sur son siège, craignant les foudres de Harry. Ce dernier, à la surprise générale, se contenta cependant de sourire.
-Pas d'autres arguments? demanda-t-il alors.
-Ben tu sais, après tout, tu ne connais pas grand-chose d'elle, risqua Ron.
Nouveau sourire de Harry.
-Ensuite?
-Euh, fit Ron, se sentant un peu ridicule. V…Voldemort pourrait lui communiquer ses plans et…
-Vous savez quoi? dit Harry en se levant brusquement de son fauteuil. Plus j'y pense, et plus je me dis qu'il n'y a aucun problème.
-Quoi? firent Ron et Hermione en même temps.
-Après tout, ce n'est qu'un motif supplémentaire pour tuer ce salopard…
-Harry! cria Hermione, scandalisée.
-Quoi? fit Harry, agacé. Il a tué mes parents. Il a essayé de me tuer cinq fois. Il a tué des centaines d'autres innocents et détruits tout autant de familles! Vous connaissez les détails de la prophétie…ou je me rends…ou je le tue! Eh bien il est hors de question que je m'aplatisse devant ce monstre!
-Je ne peux qu'être d'accord avec toi mais… C'est justement ce monstre qui est le père de Lyra, dit Hermione, irritée.
-Raison de plus, dit Harry. Il m'a assez pourri la vie comme ça!
Une soudaine détermination s'empara de lui et fit briller ses yeux verts.
-Je vais le tuer! énonça-t-il farouchement.
Il quitta la salle commune sur ces paroles, laissant ses amis légèrement désemparés.
-C'est…c'est bien, ce petit regain d'énergie, commenta Ron après son départ.
-Oui…, dit Hermione.
-Et puis, Lyra est une fille bien, après tout.
-Ce n'est pas tout à fait ça la question.
-Tu crois qu'il va aller la reconquérir?
-C'est ce que j'ai cru comprendre.
-Et tu crois qu'on va réussir à le faire revenir sur sa décision?
-Honnêtement… non.
-Alors le sujet est clos. On va manger?
Hermione lui lança un regard indéchiffrable.
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-Professeur? Je pourrais vous parler une minute?
-Bien sûr, Mr Potter! dit Snave en rangeant les copies d'examen dans sa mallette.
Le dernier étudiant venait de quitter la classe et Harry se retrouva seul avec le professeur de Défense contre les forces du Mal.
-Je vous écoute, dit Snave en croisant ses mains sur son bureau.
-Eh bien voilà, je…vous savez sans doute je devrai participer à une bataille…décisive…
-Vous devrez lutter contre Voldemort, résuma Snave.
Au diable la subtilité!
-Oui, dit Harry. Et je me demandais si…enfin, puisque vous êtes le professeur de défense…vous devez en savoir plus large sur la défense…
Harry se sentait intensément ridicule.
-C'est juste, dit tranquillement Snave. Vous souhaiteriez des cours de niveau plus élevé?
-J'aimerais que vous m'aidiez à m'entraîner, énonça Harry. Enfin, si vous en avez le temps…et l'envie, cela va de soi…
-J'en serais enchanté, Potter, répondit sincèrement Snave.
Harry eut un soupir de soulagement.
-Cependant…
Harry se renfrogna.
-Comme vous le constatez, je ne suis plus de la toute première jeunesse! dit Snave en souriant. Je doute être un adversaire satisfaisant pour les duels…
Harry ne put dissimuler sa déception.
-Néanmoins, poursuivit Snave, je veux bien mettre mes connaissances à contribution. Je vous apprendrai ce que je saurai vous être utile et, si vous trouvez un partenaire de duel pour mettre cela en pratique, je serai bien entendu ravi de vous superviser.
-Entendu, dit Harry. Je trouverai quelqu'un. Quand seriez-vous prêt à commencer?
-Les mardis et jeudis soirs vous conviendraient-ils?
-C'est parfait, dit Harry.
Cela ne contrevenait pas avec ses cours d'occlumancie du mercredi et lui laissait le week-end pour le repos et les devoirs.
-A mardi, dans ce cas! dit Snave en se levant.
Harry le remercia chaleureusement et sortit de la classe, un sourire aux lèvres. La première étape était franchie. La deuxième allait s'avérer plus compliquée…
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La Métamorphosys était assurément la pire potion du monde. Harry ne se souvenait pas en avoir préparé une qui demandait autant de minutie. Comble de malheur, il n'avait absolument pas la tête à ça ce jour-là…
Un coup d'œil du côté des Serpentard avait suffi à détecter l'absence de Lyra…et de Malefoy. Cette perspective horripilait Harry à l'extrême.
-Les ongles de Marsupilami doivent être coupés à 1,5 millimètre, Harry! lui rappela Hermione dans un murmure. Les tiens sont beaucoup trop gros…
Harry n'avait malheureusement rien entendu, et Rogue arrivait justement derrière lui.
-Que vois-je, Potter? fit la voix glaciale. Monsieur se croit au-dessus des instructions?
Harry leva un regard ennuyé sur son professeur. Ce qu'il en avait à faire, de ses instructions!
-Bien, dit Rogue, agacé. Votre nonchalance vous sera fatale cette fois. Cette horrible mixture que vous avez concoctée…
Il désigna du menton la potion brunâtre qui bouillonnait dans son chaudron.
-…Buvez-la.
Il y eut un silence de mort dans le cachot. Hermione ouvrit de grands yeux horrifiés. Harry, lui, ne se sentait pas d'humeur à discuter. Avec un haussement d'épaules, il saisit sa louche, la remplit de l'infecte mixture qu'il versa dans une fiole, puis, après une vive inspiration, il en avala le contenu.
Fait particulier, Rogue eut l'air franchement étonné. Les élèves guettèrent tous avec appréhension la réaction de Harry, et Hermione semblait être sur le point de s'évanouir.
Mis à part l'horrible goût de la potion, Harry ne ressentit pas grand-chose. Il crut d'abord qu'il ne se passerait rien…jusqu'à ce qu'il ressente un véritable incendie dans ses entrailles. La douleur lui coupa le souffle et il tomba à genoux.
-On fait moins le fier, à présent? jubila Rogue.
Harry lui jeta un regard imprégné de haine. Ce qu'il pouvait le haïr!
-Granger. Conduisez cet arrogant à l'infirmerie, ordonna Rogue.
Hermione lui jeta également un regard haineux, avant de soutenir Harry jusqu'à la sortie de la classe.
-Harry, ça va? fit Hermione, inquiète, en escortant son ami à travers les couloirs.
-À…merveille! ironisa Harry, dans un souffle.
C'était comme si son organisme avait pris feu. Il voyait rouge.
-Quel type ignoble! s'emporta Hermione. Il n'avait pas le droit! Je suis convaincue que jamais Dumbledore ne laissera passer une telle chose! Ça aurait pu te tuer!!
Hermione poussa la porte de l'infirmerie d'un brusque coup de pied et guida Harry à l'intérieur. Ce dernier ne voyait plus rien. La douleur cuisante l'avait saisi à la gorge. Il n'eut le temps d'apercevoir que l'air affolé de Mme Pomfresh, avant de s'évanouir.
Il se réveilla, complètement dans les vapes. Tout était flou, on lui avait retiré ses lunettes. Cependant, il crut apercevoir le visage de Lyra penché sur lui.
-Je suis mort? demanda-t-il faiblement.
-Il se réveille! fit une voix – pas de doute, c'était bien Lyra.
Hermione accourut aussitôt, suivie de l'infirmière.
-Miss Fox, qui vous a autorisée à quitter votre lit? gronda Pomfresh. Retournez-y immédiatement!
Penaude, Lyra obéit. Hermione s'agrippa aux mains de Harry.
-Comment tu te sens? interrogea-t-elle.
-Un peu stone…
-Tu nous a fait une de ces peurs! s'écria Hermione. Devine quoi! La potion que tu as ingurgité est totalement inoffensive!
Harry n'était pas sûr d'avoir bien compris. Ou du moins, il n'avait pas la même définition qu'Hermione du mot inoffensif.
-Tu as fait une réaction allergique.
Juste ça. Sans trop savoir pourquoi, Harry se mit à rire. Hermione l'imita, sans trop savoir pourquoi non plus.
-Rogue est convoqué au conseil des professeurs, mené par Dumbledore, lui apprit-elle. J'espère qu'il va être radié de la profession!
-Miss Granger, cela devrait suffire pour aujourd'hui, intervint Pomfresh. Monsieur Potter a besoin de repos.
Hermione acquiesça, à regret.
-Je repasserai demain, dit-elle.
Harry ferma les yeux dès qu'elle eut retiré ses mains des siennes et se rendormit aussitôt.
Il émergea du sommeil en pleine nuit, complètement déboussolé. Il mit quelques secondes à se remémorer les derniers événements. D'une main, il retrouva à tâtons ses lunettes et les enfila, avant de regarder autour de lui. Le seul son émanant de l'infirmerie était les ronflements d'un patient. Un rayon de lune traversait la fenêtre et éclaira directement le lit voisin. Le cœur de Harry fit un bond.
-Tu ne dors pas? dit-il.
-Toi non plus, dit Lyra.
Elle évita de le regarder. Harry remarqua qu'elle avait une mine épouvantable.
-Qu'est-ce que tu fais ici? demanda Harry.
Lyra ne répondit pas. Elle semblait gênée.
-Tu es tombée de ton balai?
Cela eut au moins pour mérite de la faire sourire.
-Non, dit Lyra. On a diagnostiqué un… choc émotif.
Harry sentit ses entrailles se tordre, mais ses allergies n'y étaient pour rien cette fois.
-Lyra…
-Pas ici, Harry, je t'en prie. Ce n'est ni le moment, ni l'endroit.
-Je trouve que si, au contraire. C'est la nuit, ceux qui pourraient nous entendre dorment, et tu es clouée à ton lit.
-Je ne suis pas sûre de comprendre le rapport du dernier point.
-Tu n'as pas le choix de m'écouter.
Lyra grimaça. Il avait raison, c'était bien ça le pire.
-Je pourrais me boucher les oreilles, dit-elle.
-Mais tu ne le feras pas.
C'était bien trop la provoquer. Lyra mit derechef ses mains sur ses oreilles. Harry attendit, mais la jeune fille ne changea pas de position. Harry se mit à sourire. Il ne la laisserait pas gagner.
Il rabattit ses couvertures, descendit de son lit et alla se glisser dans celui de Lyra.
-Tu peux laisser tes mains sur tes oreilles, chuchota-t-il à quelques centimètres de son visage. Ça ne change rien, maintenant tu m'entends quand même…
Un peu blême, mais obstinée, Lyra fit comme si elle n'avait rien entendu. Harry ne se laissa pas démonter.
-Je suis un crétin, commença-t-il.
Facile, c'était la première conclusion à laquelle il était arrivé.
-Je n'aurais jamais dû te dire…ce que je t'ai dit. C'était idiot. Et je ne le pensais pas vraiment, de toute manière.
Lyra ne bougea toujours pas. Harry était préoccupé par ce qu'il allait dire. En effet, ce qu'il énonçait si facilement dans son esprit se présentait beaucoup moins aisément en mots. Une phrase que son professeur de français répétait souvent à l'école moldue lui revint en mémoire : « ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément (1) ». Il y a des exceptions à la règle?
-Je ne crois pas que tu sois une folle furieuse, reprit Harry en repensant à leur conversation. Même que, si tu veux mon avis, ta réputation est surfaite…
Lyra haussa les sourcils, ce qui le conforta dans son idée qu'elle écoutait ce qu'il disait.
-Tu n'es pas plus dangereuse que moi, poursuivit Harry. Je sais très bien que tu ne me ferais pas de mal…j'étais sous le choc…je n'avais même pas réalisé ce que tu venais de me dire…
Bon, elle a sans doute compris, aller, passe à autre chose!
-En fait ce que je voulais te dire c'est que…
Il lui sembla que sa bouche se desséchait de plus en plus à chaque mot.
-Je me fiche bien que tu sois la fille de…
Lyra plissa les yeux et Harry se souvint qu'ils étaient dans une infirmerie avec la possibilité de quelques oiseaux nocturnes à oreille fine…
-La fille de ton père, acheva Harry. Oui, je m'en fiche complètement. Enfin, pas complètement, c'est sûr que je préférais Mr Fox…mais…Il est voué à disparaître, de toute façon. Il était prévu que je m'en débarrasse…tu vois.
Sans rabaisser ses mains, Lyra daigna enfin le regarder. Ses yeux brillaient.
-Et je suis encore plus déterminé à…m'en débarrasser, maintenant que je sais…ce que je sais. J'ai même obtenu du prof de défense des cours privés deux fois par semaine…pour me renforcer au combat. Et je cherche toujours un partenaire…pour m'entraîner…
Lyra le regardait toujours de ses grands yeux noirs. Harry fut incapable d'y déchiffrer quoi que ce soit.
Voilà, c'était dit. Il fut tenté de s'arrêter là et de regagner son lit. Mais il prit son courage de Gryffondor à deux mains et se racla la gorge. Il lui restait encore une chose à dire. Son cœur se mit à cogner.
-Je…
Mauvaise tactique. Il ne pouvait pas commencer comme ça. Merlin! Il n'y arriverait jamais.
Lyra laissa tomber ses mains sur la couverture. Bon…il avait toute son attention. Plus moyen de reculer! Il recommença, de façon plus « générale ».
-Hermione m'a dit ce matin, pour la « conversation » avec Ginny et toi... L'épisode du placard.
Lyra réprima une grimace à ce souvenir. Harry fit de même.
-J'ai su les raisons qu'elles avaient évoquées pour…te persuader, dit-il. Hermione a su ma façon de penser! Elle ne se mêlera jamais plus de ma vie privée. Et Ginny ne paie rien pour attendre!
Il s'éloignait du sujet, il s'en rendait compte. À deux reprises, il faillit demander à Lyra de remettre ses mains sur ses oreilles, mais il s'en abstint.
-Enfin, tout ça pour dire que si je suis là, à te raconter tout ça, c'est parce que…tu es la seule fille à…avoir compté pour moi…
Sa bouche manquait définitivement de salive. Lyra, elle, toussota, et Harry crut entendre les mots « Cho Chang », mais ce n'était peut-être qu'une hallucination auditive après tout.
-Tu es la première à avoir vraiment compté, souligna-t-il tout de même. Et là je dois t'avouer que je me sens très idiot, j'ai chaud et je vais probablement me péter une crise cardiaque d'ici quelques secondes, mais…
Il prit une profonde inspiration.
-Je t'aime...
Tadada! Je me sens réellement neuneu-sentimentalo-romantico-trucmachin... Je reconnais que ce chapitre n'était pas très palpitant, mais le prochain va semer une nouvelle intrigue...
(1) Cette citation vient de Nicolas Boileau. Mon professeur de français à l'école moldue en était fou ;-)
