Enfin, un chapitre que j'aime ! Je suis vraiment contente de celui-ci, je le trouve classe, enfin, vous me direz. Tout problème à ses solutions.


Chapitre 29 : L'autre visage de Francis

- Pourquoi ne pas me l'avoir dit plus tôt, Ivan ? Ça aurait arrangé les choses dès le début. Souffla Francis, une mine désolée au visage.

Ivan avait le visage baissé, coupable.

- Je considérai tout ça comme de l'histoire ancienne. J'avais encore espoir que les messages resteraient ceux d'une fille en Russie et qu'ils ne pourraient jamais m'atteindre autrement que via un écran. Je n'imaginai pas une seconde qu'elle aurait le culot de prendre un billet de train et de venir en France. Je n'avais jamais imaginé qu'elle pouvait être tarée à ce point.

- Oui, elle est sacrément tarée ! Concéda le Français.

- Tu es en colère contre moi ? Demanda Ivan d'une petite voix.

- Quoi ? Mais non, Ivan, bien sûr que non, je ne suis pas en colère. Pas contre toi en tout cas, mais contre cette petite pute ! Non mais sérieusement, de quel droit cette pétasse pense qu'elle peut pourrir la vie de mon petit-ami !?

Le Russe releva la tête, choqué d'entendre de tels propos de la part de son amant, mais intérieurement, il avait un grand sourire au ventre de l'entendre parler de la sorte. Le côté jaloux et possessif de Francis avait quelque chose d'incroyablement charmant et sexy. Il le vit ensuite faire les cents pas dans la pièce, en prise à de profondes réflexions.

Lorsqu'il avait vu Francis aussi solennel en rentrant, et qu'il avait déclaré qu'ils avaient des choses à se dire. Ivan avait sérieusement commencé à paniquer. Il avait dès l'instant compris qu'il était question d'Anastasiya. Bien sûr qu'il avait remarqué en arrivant au restaurant plus tôt dans la soirée qu'il avait oublié son portable, mais à aucun moment il ne s'était dit que Francis irait fouiller dedans. Bon, l'idée lui était venue quand même, mais il avait prié pour que ce ne soit pas le cas. Alors quand il était rentré et avait vu son petit-ami sur le qui-vive, il n'avait pas mis longtemps à faire le lien.

Il avait été à mi-chemin entre l'effroi de cette révélation et de la suite des événements qui auraient pu être néfastes pour lui, et le soulagement qui l'avait pris comme une vague de se dire qu'il en était fini des petites cachotteries et qu'il avait enfin l'excuse idéale pour tout déballer et se libérer d'un poids énorme. Et c'était donc ce qu'il avait fait, avec beaucoup de joie, exposer tout ça à son amant qui l'avait écouté sans mot dire du début à la fin si ce n'était pour compatir à son propre sort. Il lui avait tout dit qui était Anastasiya, leurs fiançailles arrangées et manigancées par elle, son obsession pour lui, le poids de la vie qui avait pesé sur ses épaules encore plus après l'arrivée de sa fiancée dans sa vie, ses parents qui n'avaient rien écouté et sa sœur qui avait essayé de l'aider sans y parvenir entièrement… Tout, et maintenant, même si le problème Anastasiya n'était pas réglé, il se sentait pouvoir respirer à nouveau.

- Mais je ne comprends pas, pourquoi tes parents tenaient-ils tant à te voir marier à elle ? Ils n'ont pas vu à quel point elle était mauvaise ? S'insurgea Francis.

Le regard d'Ivan se perdit dans le vague.

- Non, et même si ça avait été le cas, ils n'auraient pas vu de problème. Je suis le seul fils de la famille, les parents mettent beaucoup de pression sur les garçons pour qu'ils soient la fierté de la famille. Me trouver une femme était un problème qui les avait longtemps préoccupés, tu sais, les vieilles traditions, tout ça. Et Anastasiya paraissait la candidate idéale. Et puis, en quoi serait-ce bizarre qu'une femme soit très attachée à son « mari » ? Je veux dire qu'ils n'avaient jamais vu la double personnalité de cette folle et même si ça avait été le cas, ils n'y auraient pas trouvé de défaut. Elle était trop parfaite à leurs yeux. Il faut dire qu'elle jouait bien le rôle de petite fille modèle. Ma mère avait plus qu'hâte de l'avoir comme belle-fille.

- Et ses propres parents à elle, ils n'ont jamais vu qu'elle avait un trouble obsessionnel ?

Ivan eut un rire sans joie.

- Des gens riches ne PEUVENT pas voir que leur fille chérie est une tarée de première. Tu sais, j'adore mon pays, mais certaines choses restent taboues. Pour quelle autre raison ai-je préféré taire mon homosexualité et accepter de jouer le jeu d'Anastasiya pour ne pas qu'elle me dénonce. Sur le moment, ça m'avait semblé la meilleure solution. Je me dis parfois que ça l'aurait été, je ne serais pas venu en France et je n'aurais pas passé onze mois dans la rue. Mais même quand j'y étais, je n'arrivais pas à la regretter, j'étais trop heureux d'avoir échappé à mon ancienne vie. Mais on n'échappe jamais longtemps à son passé, pas vrai… ?

Francis avait les larmes aux yeux, lui aussi, son passé l'avait gardé prisonnier des années durant. Il n'y avait eu qu'Ivan pour le ramener dans le présent et lui faire voir la beauté de celui-ci. Arthur l'avait longtemps hanté, lui aussi, mais il n'avait jamais vécu dans la crainte comme Ivan. Il s'était seulement muré dans une tristesse mélancolique. Mais tous les deux avaient ce passé qui les gênait et dont ils voulaient se débarrasser.

Si Ivan avait réussi à le dégager du sien, à son tour de l'aider à se purger de celui qui le pourrissait encore maintenant. Francis s'en fit la promesse et pour ça, il allait devoir élaborer un plan.

- Ivan, je te promets que toi et moi, ensemble, on renverra cette pute de là où elle vient et plus jamais elle ne tentera de refaire son apparition dans notre vie. Je refuse de tout laisser souffrir à cause d'elle plus longtemps et je ne le laisserai certainement pas de reprendre à moi et continuer à pourrir le reste de ta vie. Elle ne réussira pas, je t'en fais le serment. Cette garce ne reviendra plus dans ta vie, ni dans la nôtre. Elle n'en a pas le droit et je veillerai à ça !

Ivan eut un sourire triste à travers ses propres larmes.

- Mais comment faire pour le tenir éloignée ?! C'est la personne la plus déterminée et prête à tout que je connaisse.

Ivan ne le vit pas, mais le regard de Francis se fit noir et dangereux, autant que l'était une bête sauvage.

- Crois-moi que moi aussi, quand je le veux, je peux être déterminé ! Quand m'as-tu dit qu'elle arriverait ?

- Demain matin. Elle m'a dit de venir la chercher à la gare à neuf heures et quart elle fait le trajet de nuit…

« Dans ce cas, elle aura la bonne surprise de me voir à la place d'Ivan, demain matin. Et je lui ferais bien comprendre qu'elle a intérêt à repartir de là où elle vient. » Fut la pensée du Français.

Le lendemain, Francis arriva vingt minutes avant l'arrivée du train dans lequel devait se trouver Anastasiya, un direct depuis Berlin jusqu'à Paris, à la gare de l'Est. Il arriva sur le quai dans son long manteau noir d'hiver. Il avait volontairement fait en sorte de mettre des vêtements riches pour tentative d'impressionner la jeune femme. Il savait aussi comment procéder, après tout, son père était un haut fonctionnaire et la manipulation et la menace étaient des choses courantes dans son métier, quelque chose qu'il avait donné à son fils. C'était bien l'une des seules choses pour laquelle Francis était reconnaissant envers son père de lui avoir appris l'art de la persuasion.

Il ne doutait pas, sachant tout ce que lui avait raconté Ivan à propos de la Russe, que celle-ci ne se laisserait pas démonter facilement, mais il ne doutait pas non plus qu'il aurait les bons arguments pour la convaincre qu'elle faisait une erreur en restant à Paris…

La voix désincarnée de la SNCF prévint de l'arrivée en gare du train provenant de Berlin et un sourire cruel étira alors les lèvres du jeune homme, effrayant une mère et son enfant qui passaient juste à côté de lui à ce moment-là, mais il s'en fichait. En effet, le train ne tarda pas à entrer en gare et le quai se remplit de personne venu accueillir les voyageurs.

Anastasiya avait même poussé le vice jusqu'à dire le numéro de wagon dans lequel elle avait été installée, alors ce ne fut pas compliqué pour Francis de remonter les voitures jusqu'à la trois. Des personnes commencèrent doucement à descendre sur le quai et le Français se fit encore plus attentif. Il devait la reconnaître à la description qu'Ivan lui avait fournie d'elle. Ce n'était pas le genre de jeune fille à passer inaperçu, d'une part à cause de ses cheveux d'un blond très clairs et d'autre part car si comme son petit-ami l'avait prédit, elle portait son long manteau rouge et noir caractéristique, elle était assez facilement reconnaissable. Ivan l'avait tout de même prévu qu'elle risquait d'avoir les cheveux attachés en un chignon, sauf si en un an, elle avait changé ses habitudes, mais il en doutait.

Et en effet, Ivan avait eu raison sur toute la ligne, bientôt, une jeune femme d'une vingtaine d'années descendit du wagon, une valise carrée à la main. Elle avait les cheveux tirés en arrières en un énorme chignon parfaitement effectué – elle devait vraiment avoir les cheveux longs si le chignon était d'une telle épaisseur -, elle était maquillée comme une danseuse classique avec son rouge à lèvres trop rouges, son mascara trop voyant et sa peau trop diaphane. Son visage était un étrange mélange de beauté féminine et de rigidité dans les traits qui lui donnait un air doux, mais sévère à la fois. Assez étonnant. Et elle portait bien ce long manteau noir à froufrous, boutonnière et col rouge qui partait comme une robe sur le bas. Elle était rehaussée par de hautes bottes à talons de la même couleur que son manteau-robe. Elle était surprenante sur bien des points, mais Francis ne voyait en elle que l'ennemi qui tentait de lui voler son petit-ami et qui lui avait pourri la vie pendant presque deux ans.

Celle-ci cherchait partout autour d'elle en ayant, sans doute, l'espoir de trouver Ivan sur le quai. Dommage pour elle, pensa Francis, c'est moi qui vais l'accueillir comme il se doit dans mon beau pays. Il s'avança vers elle, mais celle-ci n'y prêta pas attention jusqu'à ce qu'il ne lui adresse la parole :

- Anastasiya ?

La jeune femme releva la tête vers lui. Francis put voir pendant une fraction de seconde l'étonnement dans ses yeux sombres, mais il disparut rapidement et elle reprit entièrement le contrôle d'elle-même. Elle est forte, pensa Francis, nous avons été éduqués de la même manière, elle et moi. Mais je suis plus fort qu'elle.

- Puis-je savoir qui vous êtes ? Demanda-t-elle d'un ton glacial dans un Français presque sans accent son visage était désormais parfaitement impassible.

- Je m'appelle Francis Bonnefoy. Mais sans doute n'avez-vous jamais entendu parler de moi, je suis le petit-ami d'Ivan Braginski que vous connaissez sans doute. D'ailleurs, c'est lui qui m'envoie vous dire que vous n'êtes absolument pas la bienvenue ici car il ne veut en aucun cas vous revoir et il vous somme de repartir de là où vous venez.

Elle laissa échapper un rire glaçant qui sonnait très faux, mais Francis n'y fit même pas attention.

- Cela m'étonnerait beaucoup, très cher. Vanya a hâte de me revoir et de plus, il n'enverrait jamais un parfait étranger me voir pour me faire passer un message aussi ridicule.

Francis tiqua au surnom que cette garce osait donner à son amant.

- C'est pourtant la stricte vérité, « très chère ». Et il voulait d'ailleurs que je vous remette ça, en personne. Fit-il en tendant vers elle l'année de fiançailles qu'elle lui avait un jour forcer à porter. Il me dit de vous dire qu'il n'en avait plus nulle utilité et que vos soi-disant fiançailles ne compte plus de tout à ses yeux, en fait, ça n'a jamais compté pour lui puisque vous l'avez forcé.

Anastasiya avait écarquillé en voyant la bague de fiançailles d'Ivan dans la main de cet impromptu.

- Comment osez-vous ? S'écria-t-elle en lui arrachant la bague des mains. Qu'avez-vous fait d'Ivan, vous l'avez forcé à vous donner la bague ?! Il ne ferait jamais ça, il ne romprait pas nos fiançailles comme ça, par intermédiaire d'un idiot comme vous.

- Et pourtant, c'est ce qu'il se passe. Je sais toute l'histoire, Anastasiya, comment vous l'avez forcé à adhérer à votre jeu malsain en le menaçant de révéler son homosexualité à ses parents, comment vous avez forcé les fiançailles en le mettant au pied du mur, comment vous l'avait suivi partout, même jusqu'en France parce que vous êtes une tarée obsessionnelle qui a fait d'Ivan sa victime. Je ne vous laisserai PAS le harceler plus longtemps. Et je vous conseille vivement de faire rebrousse-chemin et de repartir en Russie dès le prochain train. Ivan n'a jamais été, et ne sera jamais à vous. Il est heureux avec moi à présent et je refuse que vous gâchiez notre vie de couple idéale.

Puis, il se rapprocha jusqu'à se pencher vers l'oreille de la jeune femme qui ne bougea même pas, pétrifiée par toutes ces révélations et il murmura dans un souffle menaçant :

- Et je vous mets en garde, faites un pas dans la capitale, et je le saurais. Vous n'aurez pas le temps de vous y balader bien longtemps, croyez-moi, avant que je vous retrouve et que je vous force à repartir.

Et sur ce, il tourna les talons et quitta le quai, laissant derrière lui a jeune femme sans lui lancer le moindre regard.