Note : Hey, bonsoir. J'avais promis que l'épilogue sortirait plus vite, eh bien le voilà. Et ça y est, maintenant c'est vraiment vraiment la fin. Ca me fait tout drôle. Pour cette traditionnelle petite note je voudrais offrir mille merci à Leptiloir et MissPandaManga, toujours fidèles au poste.

Loir, merci encore infiniment, ton ressenti vis à vis de l'histoire me touche beaucoup, comme toutes les reviews que tu m'écris alors qu'on ne se connait que depuis quelques mois ! Tu es toujours subtil et incisif et je prends bien toutes tes remarques en compte, surtout les pinaillages au delà des compliments (merci d'ailleurs, sache que j'apprécie aussi tout particulièrement ta manière d'écrire, et que je m'en inspire même régulièrement), parce que c'est ça qui fait que cette histoire a été en perpétuelle évolution depuis près de deux ans. Les maladresses sur les dialogues, le manque de moments calmes, être tout le temps dans le rush, c'est quelque chose que je compte modifier avec soin dans mes nouvelles histoires, pour mûrir, vivre et prendre le temps. En tous cas tes mots m'ont fait chaud au cœur, j'espère que l'épilogue apaisera un peu tes sentiments meurtris, encore pardon !

Miss, pour toi je réserve un petit autel d'affection, quelque chose de calme et de serein qui transparaitra, j'espère, à l'intérieur de cet ultime chapitre. Depuis deux ans que tu me fais de longues reviews grandioses, je te dois bien ça. J'ai été un peu triste de ne plus pouvoir répondre comme avant à cause des cours, mais peut être qu'un jour ça reviendra. J'y crois fort. En tous cas je t'envoie pleins de bisous pour cette année, merci encore d'être toujours là pour me soutenir malgré la poésie, la cruauté et les mots forts, tu es vraiment une personne formidable. Comme toujours, ta review valait son pesant d'émotions.

Un énorme bisou à vous deux, à qui je dédicace sans hésitation ce dernier bout de The 13th Dawn. Maintenant j'arrête le drama, à bientôt peut être pour d'autres histoires ! Ya

PS : Au fait, n'avez-vous rien remarqué à propos des titres ?

Crédits : Les personnages de Kingdom Hearts appartiennent aux studios Square Enix et Disney ainsi qu'à leur créateur, Tetsuya Nomura. L'image dont est inspirée la fiction et apparaissant en miniature appartient exclusivement à Nijuukoo, sur Tumblr.


The 13th Dawn.

─ Sora ?

Un instant, le châtain tressaillit, porta la main à son cœur comme son regard s'arrachait douloureusement à l'horizon. Même après toute ses années, il subsistait encore en lui quelque chose, une méfiance ancestrale qui jetait dans son âme un frisson, lui laissait comme une griffure au cœur, affutait ses réflexes et troublait son sommeil. Il sourit faiblement à Kairi comme celle-ci s'approchait de lui, saisit la main qu'elle lui tendait pour l'attirer vers le bord, distraitement, pour s'émerveiller encore un peu de sa chaleur malgré la nuit tombée.

Au-dessus de leurs têtes la voie lactée était immense, velours d'un bleu riche, d'une beauté saisissante dans son voile d'infini, et il bénit les étoiles de lui offrir leur présence, rassurante et éternelle. Sous ses pieds le sable de l'île était lisse, comme rendu gris par les reflets lumineux de la lune sur la mer, et il ferma les yeux pour respirer la brise iodée qui fouettait doucement son visage, déposant sur ses lèvres un petit goût salé. Devant eux, l'eau marine, noire et calme. Ses remous sombres et mélodieux comme son chant turquoise s'était tu à l'approche de la nuit, une frontière lointaine qui grignotait à peine le petit bout de terre cendré sur lequel ils marchaient, qui reflétait des cieux troubles comme un miroir piqué de cristaux blancs, myriade éphémère. Derrière eux dansaient les palmiers aux feuilles saluées par le vent, l'ombre immense du manoir et la nature, le volcan brun à la lisière du paysage, la fenêtre ouverte qui faisait s'envoler les rideaux de toile pure, transparents comme un rêve.

Il lui semblait qu'il ne pourrait jamais se lasser de ce décor et pourtant, Sora n'arrivait pas à y trouver la paix.

─ Ca ne va pas ?

La voix de Kairi était douce, un peu inquiète, et il serra ses doigts à peine plus fort, caressant l'intérieur de sa paume. Elle allait prendre froid, simplement vêtue de sa robe de nuit lâche, et il ôta silencieusement sa veste pour la déposer sur ses épaules. Elle eut un petit rire, et il se rappela à quel point il aurait tout fait pour ce rire, et à quel point il ferait tout, encore. Elle accepta néanmoins l'offre, et se pelotonna dans le tissu.

─ Je ne suis pas en mousse, tu sais ? Il fait encore chaud.

Sora lui offrit un sourire désolé et elle fit la moue, l'invitant à s'assoir sur la berge pour se caler entre ses jambes. Sa tête trouva son torse, ses mains ses poignets chauds. Ils étaient bien, ensemble. C'était comme si rien n'avait jamais eu lieu avant, que leur histoire avait débutée sur cette île.

Oh, ils savaient bien que c'était faux. Et parfois, comme ce soir, quand elle venait retrouver Sora à la lisière de leur monde, Kairi voyait naitre dans ses yeux la contemplation, le remord, la tristesse, toutes ses émotions auxquelles il ne se laissait jamais aller qu'ici une fois l'agitation du jour retombée, tout près de l'eau claire.

─ Tu pense à ta mère, à ton père ? demanda-t-elle en l'observant d'en dessous, et Sora repoussa du bout des doigts une mèche rousse qui lui chatouillait le menton.

─ Non, souffla-t-il.

Il humecta ses lèvres et plongea ses yeux dans les siens, y cherchant une route qui mènerait à la voie lactée. Kairi était si belle. De nuit comme de jour elle resplendissait et il se disait qu'avec elle, il aurait pu partir n'importe où. Seulement, c'était ici qu'ils étaient le mieux. Le cœur lourd, il tenta un sourire forcé, et la rouquine lui claqua brusquement une paume sur les cuisses.

─ Tu vas me dire ce qui te tracasses, oui ?

Ce fut au tour de Sora de rire, et il jeta un coup œil en direction du manoir pour appuyer ses propos. La bâtisse, toute en bois d'une rare qualité, transpirait quelque chose de brut avec sa végétation qui découlait de chaque fenêtre en cascade de fleurs, parfois sablonneuses, toujours parfumées, à jamais pittoresques. Et dans les lits moelleux, à l'étage, ses grands-parents dormaient, le souffle paisible, leurs bijoux rangés à double tour dans le coffre d'un tiroir, aussi précieux que les souvenirs qu'ils avaient de leur fille.

Ils l'avaient accepté, quand il était revenu après des mois de cavale. Lui et sa dégaine de chien fou, sa Keyblade qu'il avait conservé dans une armoire, oubliée, son bagage sombre dans le regard, éclipsé par ses sourires éclatants qui cachaient tous les maux. La délicatesse aristocratique de Kairi avait joué pour beaucoup, c'est vrai. Qu'aurait-il fait, dit, sans elle ? Elle les avait séduits par ses manières, par cette présence naturelle qui faisait d'elle une femme qu'on écoutait même quand elle ne parlait pas.

Bien sûr, ils avaient posé des questions et il avait fallu répondre. Ça n'avait pas été simple, au début, et pourtant tout ici leur semblait plus facile. Le calme, la limpidité tranquille de la mer, la blancheur de leurs mains qui ne faisaient plus que couper du bois ou du pain. Plus d'armes, plus d'ordres, plus rien que la sueur qui restait parfois accrochée à leurs tempes quand ils se réveillaient ensemble d'un lointain cauchemar, tâtonnant sous les draps pour enlacer discrètement leurs doigts, fixant le plafond de longues heures jusqu'au petit matin. Sora travaillait dur pour prouver sa bonne foi, mériter cet héritage dont il ne voulait pas. Mériter surtout les sourires discrets de sa grand-mère, les souvenirs qu'elle laissait échapper entre deux discussions tout à fait dérisoires. Il avait peu à peu découvert son histoire, retracé les lignes du puzzle, apprit la chaleur douce du coton familial, les disputes politiques entre le fromage et le désert, le plaisir de sentir ses genoux cogner contre ceux de Kairi, sous la grande table du salon.

Il avait toujours du mal à réaliser que c'était là, entre ses mains, le bonheur. Il y goûtait chaque jour avec reconnaissance, souriait bêtement au ciel mauve qui venait se glisser là au crépuscule, miroitant sur les carreaux de verre juste au-dessus de son lit. Il touchait toujours Kairi avec une certaine révérence quand il la regardait dormir, respirait le soleil sur sa peau et dans ses cheveux, s'émerveillait de voir les larges plats arriver, fumants, la vaisselle un peu lourde à tous les coins de nappe, les bougonneries de son grand-père quand il s'en allait pêcher passé dix heures le soir.

L'île était splendide. Mieux que tous ses espoirs, plus terreuse et sauvage, avec ses maisons bariolées et ses sentiers imprégnés d'humus, en dépit du vent sec et du soleil brûlant. C'était un autre monde et il ne demandait rien de plus, sentir la pluie fine et régulière sur son visage à la mousson, entendre les éclats de rire des enfants qui sautaient du sommet des rochers, le cœur plein d'allégresse. Il s'en réjouissait. Mais parfois quelque chose revenait le hanter, tissait un nœud d'angoisse insoutenable dans son estomac. C'était pernicieux, subtil. C'était glacé. Il aurait tellement aimé ne pas savoir pourquoi il avait peur.

Depuis combien de temps étaient-ils partis, déjà ?

Instinctivement, sa main trouva celle de Kairi, perdue sur son genou. Il fallait qu'elle sache.

─ J'ai parlé à grand-mère, hier soir, commença t-il.

La rouquine se redressa pour l'écouter plus attentivement, levant vers lui ses cils sombres, denses et ombrageux. Ses orteils fourrageaient dans le sable, et elle l'incita à continuer d'un mouvement de tête.

─ Elle…

Sora hésita, un moment. Il avait les larmes aux yeux. Des bribes de souvenirs, les siens, ceux d'une autre âme, lui revenaient en mémoire, martelaient dans sa tête ce qu'il avait toujours su. Il n'était pas tout seul, là-bas. Il ne l'avait jamais été.

Il avait trouvé sa famille ici. Sa vraie famille, hormis Kairi qui venait de la ville. Mais une partie de lui, une part d'eux, resterait toujours dans les quartiers de la Mara. Les quartiers sales, le sang, les manigances, la police et les rats.

Les brumes de l'ailleurs.

─ Elle m'a parlé d'un autre, prononça-t-il difficilement.

Kairi, cette fois, se déplia pour l'embrasser, poser une main rassurante sur sa joue.

─ Un autre ? le pressa-t-elle à peine, un autre quoi ?

Sora ferma les yeux.

─ Un autre enfant. Ma mère a eut un autre enfant, après moi.

Sa voix s'était cassée, et il chassa le brouillard qui lui piquait les yeux comme un gaz irritant. La réalisation lui serrait la gorge, l'avait tourmenté toute la nuit durant. Il en avait voulu à sa grand-mère de s'être tue si longtemps, de ne pas lui avoir fait assez confiance pour en parler avant aujourd'hui. Et voilà qu'elle lançait ça comme ça, de son ton plein de précautions, et malgré toute sa surprise, son ressentiment, le choc et le vertige, Sora avait compris. Parce qu'il avait trouvé dans ses pupilles ternies par l'âge une étincelle, un regret similaire au sien, un éclat qui disait, profondément et sincèrement : « je suis désolée. »

Parce qu'elle aussi voulait connaitre sa famille au complet, maintenant qu'ils s'étaient retrouvés.

─ Pas désiré, articula-t-il en contenant le tremblement de sa voix, sans grand succès.

Et ça lui faisait mal de dire ça, de le penser, de l'imaginer même. Kairi l'embrassa encore, et il trouva la force de ne pas baisser la tête. Il ne voulait pas dire le mot, et la rousse ne le força pas. Même sur les Îles, il y avait des connards.

─ Il est né ici ?

Sora s'étrangla une seconde fois, et Kairi, sous ses doigts, le sentit frissonner.

─ Oui.

─ Mais ?

Le châtain grimaça. C'était interminable, toute la conversation de la soirée précédente refluait dans sa tête, et toutes les pensées positives qu'il mobilisait pour camoufler son déchirement ne lui servaient à rien. Encore une fois, il avait cette horrible impression d'abandon.

Sauf que cette fois, ce n'était pas lui qu'on abandonnait. Et ça, Kairi le comprenait.

Elle aussi avait abandonné des proches sur le continent.

─ Confié à un passeur, déshonneur familial. Encore, réussit-il à lâcher en s'essuyant les joues du plat de la main.

Il ne s'était même pas aperçu qu'il pleurait.

Et heureusement qu'il était tard et que le vent soufflait pour sécher ses sanglots, parce quand Kairi mit pied à terre pour l'aider à se relever, elle paraissait furieuse. Furieuse et bouleversée. Elle lui prit les mains et en baisa les jointures, le fixa longuement, comme si elle allait se mettre à hurler. Mais rien ne vint.

─ Tu es la lumière de ta famille, Sora. Ma lumière a moi. On s'est enfui ensemble, tu te rappelles ?

Il acquiesça, renifla en redoutant la rebuffade, partit enfin d'un drôle de rire. Ça, il ne n'oublierait jamais. C'était inscrit dans leur passé, leur présent, leur futur. Un choix au-delà des années, plus loin que la traque et la peur.

─ Alors ne dit plus jamais ça, acheva-t-elle avec douceur. On va…

Elle parut chercher ses mots l'espace d'un instant, sa silhouette bien droite dans la nuit noire, et Sora la serra dans une étreinte tiède, aussi fragile qu'un alizé. La suite de sa phrase se perdit dans l'atmosphère et les mots, profonds comme de la vase, stagnèrent dans leurs gorges.

Des années qu'ils étaient passés inaperçus, des années que la mafia semblait les avoir oubliés. Des années qu'ils vivaient tranquilles sur les Îles, heureux mais tourmentés, à l'écart des autres, toujours sur le qui-vive. Revenir pour aller chercher cet enfant signifierait quitter tout ce qu'ils avaient pu construire sur ces terres, remettre les pieds dans le pire des pièges à loup, se retrouver sous le faisceau acide du regard d'Axel, sans aucune information, aucune certitude, sans autre protection que leurs sens émoussés loin des violences et des coups. Rien que l'idée les faisait trembler, érigeait dans leurs yeux des barrières latentes de culpabilité, de désespoir et d'amertume, une torture pleine de cruauté folle.

Pourtant quand elle s'écarta pour lui faire face, Kairi sut que le choix du châtain était déjà fait. Sora la regardait avec cet éclat particulier dans le fond de l'œil, cette mer de courage qui n'avait rien à envier aux plus beaux lagons, une tempête de joie d'un bleu liquide qui déteignait inévitablement sur ses traits, à elle. Elle se mit à sourire et fit face à la mer, posa délicatement son front sur les courts épis bruns.

Bien sûr, Sora ne laisserait jamais sa famille incomplète. Même si ça voulait dire replonger, repartir, quitter leur paradis, alors ils iraient. C'était marqué dans les fils de leur destin.

─ Tu as un nom ? demanda-t-elle dans un murmure, frottant son nez contre le sien.

Sora lui rendit son sourire, une gerbe grelottante d'étoiles dans la poitrine, et ses mains vinrent se poser sur la taille de son âme-sœur, à la fois fermes et incertaines. Peut-être qu'avec un peu de chance ils pourraient résonner Axel. Peut-être qu'ensemble, ils pourraient retrouver cet enfant perdu, et lui dire qu'ils l'aimaient.

Que l'amour existait bel et bien, dans ce monde sans lumière.

─ Xion.

Kairi ferma les yeux et Sora sentit son souffle s'attarder sur ses lèvres, l'enfermant dans un baiser plus clair que l'aube, tendre et réparateur. Plusieurs fois, elle répéta le nom.

Autour d'eux l'île s'éveillait lentement, projetant au loin ses nuances diluées de violet et de rose, le ciel se parant d'un liseré très pâle, translucide comme une belle de nuit. Les oiseaux chantaient. Il faisait beau.

─ On part quand ?


Et voilà. Je sais qu'il reste encore plein de choses en suspens, Saïx, la Mara et Riku, l'origine de Roxas, mais je pense que ces choses n'ont pas besoin d'autres explications que celles de votre imagination (et je ne dis pas ça par flemme). Parce qu'après tout les histoires peuvent bien être faites de "et si".

Ka-chan, si tu passes par là, merci de tout cœur à toi aussi. Tu me manques. A très vite !