Et un joyeux anniversaire un peu en retard à Neville, Harry et JKR ! Nous sommes super contentes d'avoir dépassé la barre des 50 commentaires, merci à celles et ceux qui nous soutiennent et nous laissent des petits mots ! N'hésitez pas à nous dire ce que vous pensez de notre histoire, à faire des théories ou autres, repérer les clins d'œil... et à revérifier sur notre profil qui sont les personnages, si vous n'êtes plus très familier.e.s avec eux !

Le trombinoscope des Serdaigles va bientôt apparaître sur Suserell blogspot (tapez ça dans Google, vous devriez trouver facilement !), et les illustrations pour les premiers chapitres y sont aussi ! Il y aura peut-être une version acoustique de la chanson de l'événement Poufsouffle de la première année... un jour ! Plein de bisous et bonne lecture !


Susan

Les vacances ont filé à une vitesse telle que je ne sais plus vraiment si me retrouver à nouveau dans le Poudlard express me remplit de joie ou m'angoisse. Me retrouver en famille m'a presque fait oublier l'ambiance étouffante au château, et les conversations joyeuses dans les wagons m'indiquent que je ne suis pas la seule. J'avance dans le couloir du wagon en poussant ma malle devant moi grâce à un Locomotor Barda, me permettant de garder la cage de Kuroi dans la main. Je repère enfin le compartiment où se trouve Erell, déjà changée en tenue scolaire et plongée dans un livre. Rose et Djemilah sont assises en face d'elle, l'une regardant le paysage défiler par la fenêtre, l'autre esquissant des croquis.

- Joyeux Noël, mesdemoiselles ! je m'exclame en entrant par la porte coulissante.

- Salut Susie, joyeux Noël à toi aussi, me répondent mes amies en souriant.

Je cale ma valise dans le porte-bagage, avant de toper dans la main de Djem', faire la bise à Rose et me pencher pour faire un câlin à Erell. Je m'installe à côté de cette dernière, qui a rangé son livre dans son sac. Il me semble avoir aperçu le titre : L'Histoire de Poudlard.

- Ça fait combien de fois que tu le relis ? dis-je avec un sourire en coin.

- A peu près autant de fois que ton chat s'est échappé durant ces quatre années, répond-elle en me tirant la langue.

- Outch... touchée, coulée, j'admets en levant les mains en signe de défaite. Ca vous ennuie si je le sors de sa cage, d'ailleurs ? Il n'aime pas trop rester enfermé dedans...

Elles me font signe que ça ne pose pas problème, et mon chat vient se blottir sur mes genoux. Erell en profite pour le grattouiller, ce qui le fait ronronner comme une vraie chaudière. Jude entre dans le compartiment, et s'installe près de Djemilah.

- Alors, gâtée ? me lance Erell. Merci pour le kit d'entretien de balai, au fait, je ne sais pas comment tu as deviné, mais je n'avais plus du tout de cire et mon chiffon est tout déchiré...

- Je pense qu'elle a dû subrepticement entendre l'une de tes nombreuses plaintes à ce sujet, dit Rose en riant.

- C'est à peu près ça, et surtout je travaille tellement la Divination que ma Troisième Oreille s'est sacrément développée, dis-je en lui adressant un sourire qui doit montrer toutes les dents. Et oui, j'ai été gâtée, surtout par vous, merci les filles !

Je dévoile les super chaussettes que j'ai aux pieds grâce à Djem' et Jude, et leur montre le cadeau d'Erell. C'est une statuette de ce que Trelawney avait désigné comme mon animal totem : le paresseux, ce qu'Erell n'a évidemment pas oublié – elle avait manqué de mourir de rire. Elles me montrent chacune leurs cadeaux, sur lesquels ont s'extasie. Je n'ose pas demander à Erell si elle a reçu un cadeau de la part des jumeaux, parce que ce n'est pas mon cas... J'avoue être un peu déçue, mais je sais que leurs parents ont économisé pour aller voir leur frère en Egypte, alors j'imagine qu'ils ont dû se serrer la ceinture plus que d'habitude.

- Pressées d'affronter Potter et les jumeaux ? nous demande Rose.

- Pas vraiment, dis-je en échangeant un regard avec Jude.

- Potter n'a pas vraiment la cote chez les Poufsouffles en ce moment, surtout qu'en parlant strictement Quidditch il a une année de plus d'expérience que notre pauvre Cedric, même s'il est bon...

- Puis les jumeaux, quand il s'agit de jouer et de gagner, y a plus d'amitié qui tienne, je grimace.

Erell hoche vigoureusement de la tête, et croque dans une énième Chocogrenouille. Je brûle d'envie de lui poser des questions sur sa grand-mère, ou sur la Chambre des Secrets, mais il va falloir attendre un peu... Au fil des discussions et divers papotages, Rose, Jude et Djem' se mettent à débattre à propos des photos dédicacées que le professeur Lockhart a envoyées pour Noël à ses élèves préférés. J'en profite pour me rapprocher un peu d'Erell et lui demander à voix basse :

- Tu as réussi à avoir des informations sur la Chambre des Secrets ?

Erell lance un bref coup d'œil en direction de nos amies, et semble partagée entre le soulagement de ne pas avoir à mentionner la photo qu'elle a reçue (je suis sûre qu'elle en a reçu une, elle a trituré ses cheveux dès qu'elles ont commencé à en parler!), et la contrariété que ma question paraît provoquer.

- Mouirf, finit-elle par marmonner. Un peu.

- Et c'était... intéressant ?

- Assez... j'ai appris que la Chambre des Secrets avait déjà été ouverte du temps de grand-maman. Elle ne m'a pas dit grand chose de plus, enfin pas grand chose d'intéressant, ajoute-t-elle rapidement.

Je comprends que ce n'est pas la peine d'insister, et me contente de hocher la tête d'un air grave.

- Peut-être qu'il faudrait voir si les grands-parents de Harry étaient dans l'école à ce moment-là ? Ça prouverait qu'il n'a rien à voir avec tout ça...

- Je ne pense pas qu'on puisse chercher un héritier de Serpentard dans sa famille, j'ai déjà regardé avant les vacances dans le livre des Vingt-huit sacrées et les Potter n'y figurent pas, en tout cas pas dans cette lignée. Impossible qu'il puisse avoir un lien avec Serpentard, encore moins en être l'héritier.

- Tu crois que tout y est vraiment consigné ?

- Il est magiquement mis à jour, je ne pense pas qu'il y ait eu une seule erreur à ce jour. Même mon prénom y est écrit correctement...

Elle laisse sa phrase en suspens, et se mord la lèvre en rosissant. Je sais qu'elle n'aime pas trop parler du statut de sa famille, surtout qu'elle doit culpabiliser en ce moment, par rapport à Rose et Jude surtout. Mais ce n'est de la faute d'aucune d'entre-nous d'être nées dans nos familles respectives... Je n'ai pas le temps de lui dire tout ça ni de changer de sujet, car Djemilah nous propose de nous changer : on arrive au château dans une petite demi-heure. Je pose à regret Kuroi sur la banquette, et enfile mon uniforme noir et jaune. J'ai l'impression d'avoir touché un point sensible, mais je sais que je n'en saurai pas plus avant un moment... pourtant, je suis déjà soulagée qu'elle ait appris que c'est déjà arrivé. Ça veut bien dire que ça a été réglé par le passé, et que ça n'a pas été non plus trop grave puisque seuls les professeurs s'en souviennent... non ?

.

- Erellinounette ! Susie-chérie ! Vous nous avez trop manqué, même si on a passé le meilleur des Noël !

- Comment ça, le meilleur des Noël, alors qu'on n'était pas là ? dis-je en faisant semblant de m'offusquer. Tu me vexes, Fred.

- Merci pour les cadeaux, finalement vous n'êtes pas si nulles que ça, s'écrie George en nous claquant exagérément la bise. La boule enflammée est top, merci Susan !

Il fait quelques figures avec la balle de jonglage magique que j'avais trouvée sur le Chemin de Traverse avant la rentrée, et je suis ravie parce que c'est super stylé. Il a dû s'entraîner un peu, j'avais essayé et ça me paraissait pas aussi simple !

- Vous avez sans doute cru qu'on vous avait oubliées, dit Fred d'un ton solennel, mais sachez, gentes sorcières, que nous vous avons mis de côté un peu du Noël génialissime que vous avez raté.

- Mon Noël était encore plus génialissime, fait Erell d'un air faussement dédaigneux. Vous avez eu une bûche faite avec amour entièrement pour vous ? Un choeur de farfadets ? Un feu d'artifice qui fait pleuvoir des Chocogrenouilles à la fin ?

- Tu fais mal à mon petit cœur, Erell, encore plus que quand tu nous as lâchement abandonnés à ce château au lieu de profiter de Noël avec nous, fait George.

- Pas d'excuses, pas de cadeau, dit Fred en levant les mains en l'air en signe d'impunité.

- Jamais je ne m'abaisserai à ce pur chantage, répond Erell avant d'enchaîner : c'est quoi mon cadeau ?

- Tut tut tut. Ça ne marche pas comme ça.

- Mais allez... Je veux savoir, Fred, George, allez quoi ! Voilà, pardon, j'ai passé un Noël génialissime, et j'en suis désolée. C'est bon ? Je peux savoir ?

- Il manque une petite formule, du genre « Je m'excuse à plates coutures devant vous, Ô grand et mirifique Fred le tout puissant et le plus beau »...

- Bon, quand le grand narcissique Fred le tout pédant aura fini son cirque, il sera assez aimable de prouver à ses admirables amies qu'il tient à elles en leur offrant les cadeaux qui n'ont pas trouvé le pied de leur sapin ? j'interviens n'y tenant plus. Moi aussi je veux savoir !

- Quelle bande de mal élevées ! Heureusement que Poufsouffle sait prendre par les sentiments... vous avez gagné, voilà vos cadeaux !

Il nous tend à chacune une enveloppe et un petit paquet. Erell s'empresse d'ouvrir le sien en premier, et il s'agit d'une miroir en forme de Vif d'Or, qui bouge des ailes et chante d'une voix nasillarde « Je m'appelle Erell, et je suis la plus belle » quand elle se regarde dedans. Nous explosons tous de rire, et Erell se met à chanter en même temps.

- Essaie de le chatouiller sur le côté, pouffe George.

Elle s'exécute, et le miroir continue sur le même air « Quand on me chatouille je bêle et je bondis comme une gazelle », suivi d'un magnifique bêlement et d'un tressautement dans ses mains. Erell en a les larmes aux yeux, et repart dans un fou rire quand j'ouvre mon paquet : oh non ! Ils l'ont écoutée, ils m'ont créé une mini-trompette qui fait un bruit de quelqu'un qui se mouche quand on souffle dedans ! Les fourbes !

- On a même demandé à McGonagall de nous aider, elle a presque rigolé, réussit à dire George entre deux éclats de rire.

- Allez, les enveloppes maintenant, s'écrie Fred qui est tout rouge à cause d'un manque d'oxygène flagrant.

Curieuse, je m'empresse de l'ouvrir. Ils nous ont écrit une carte de vœux ?... En voyant la carte, j'explose de rire, presque en même temps qu'Erell qui a la même que moi : ils nous ont offert une photo d'eux dédicacée ! Ils ont dû l'ensorceler eux-mêmes, parce qu'elles n'arrêtent pas de tourner en boucle, hop ! mouvement aguicheur du sourcil, et hop ! clin d'oeil, et hop ! prendre la pose dans l'autre sens.

- N'en ayant pas reçu de notre cher Gilderoy, je me sens honorée, dis-je d'un ton pompeux pendant qu'Erell toussote.

- On s'est dit que le plus beau cadeau qu'on pouvait vous faire, c'était nous, parce que rien n'est mieux que nous, et surtout moi, dit Fred avec un sourire digne de Lockhart.

- C'est Crivey qui a pris la photo ? demande Erell en changeant de sujet. Il est guéri ?

- Alors oui, c'est bien lui, et non, il est encore à l'infirmerie, précise George. Il l'a prise après notre match contre Seprentard.

- D'ailleurs, si tu veux, je peux aussi t'offrir la photo de ta gifle magistrale en échange de deux Noises, ajoute Fred.

- Ça s'appelle pas offrir si tu me fais payer, fait pertinemment remarquer la concernée qui semble pourtant considérer la proposition.

- Donc Colin, Justin et Nick-quasi-sans-tête sont toujours chez Madame Pomfresh ?... je demande, l'angoisse revenant s'installer dans le creux de mon ventre.

- Oui... Et Granger aussi tiens, depuis une ou deux semaines.

Mon sang ne fait qu'un tour.

- QUOI ?! s'écrie-t-on toutes les deux affolées.

- Il y a eu une nouvelle attaque ?!

- Qu'est-ce qui lui est arrivé ?!

- Pas de panique, tout va bien, nous rassure George. Je crois qu'elle a fait un sort qui a mal tourné, Ron n'a pas voulu nous en dire plus...

- Par contre, on a croisé Mimi, qui a l'air de vachement meilleure humeur – si, si ! – et qui caquetait à propos d'une fille, de poils d'oreilles et d'une queue de chat !

- Elle aurait essayé des sorts de préparations pour Animagus ? suppose Erell bien que douteuse. Elle aime apprendre la magie mais elle n'est pas stupide...

- Je ne sais pas, mais vu la tête de Ron quand on lui pose des questions, c'est pas beau à voir !

- On devrait peut-être lui rendre visite, ce serait sympa, non ? je propose. Il me reste plein de papillotes et autres friandises, j'irais bien les lui offrir, ça ne doit pas être marrant de passer ses vacances de Noël à l'infirmerie...

Ils acceptent, et nous voilà en route vers le premier étage. En arrivant devant la porte, George me retient doucement par le bras pendant qu'Erell et Fred entrent demander la permission de voir Hermione. Je crois qu'ils espèrent en même temps voir si l'état des pétrifiés s'est amélioré ou pas... ce que j'aurais fait aussi, si la main de George n'était pas posée sur mon bras.

- Hé, euh, j'ai un autre cadeau pour toi, me dit-il d'un ton un peu sérieux pour masquer sa gêne.

- Je pensais que la simple vue de vos sourires radieux me suffirait, dis-je pour le taquiner.

- Si c'est le cas, je le garde pour moi, répond-il avec un sourire.

- Non, non ! C'est trop tard, j'ai envie de l'avoir maintenant !

- Bon, c'est pas grand chose, c'est trois fois rien même, c'est juste plus... personnel, enfin, voilà, tiens.

Il sort quelque chose de sa poche, et me le tend.

- C'est un œil de tigre, et la rune, c'est un symbole de protection je crois...

- La rune Algiz, oui ! C'est trop joli... Tu l'as gravée toi-même ?

- Ça se voit tant que ça ? grimace-t-il.

- Patate, c'est pas ce que je voulais dire ! Merci beaucoup George, il est parfait ce collier, ça me fait vraiment plaisir.

J'ai omis de dire « vraiment très plaisir », mais le cœur y est. Il a beau être simple avec ses perles en bois, il est vraiment beau. Et il l'a gravé lui-même, ce talisman ! J'en reviens pas, il se fait du souci pour moi ? Le sourire aux lèvres, je passe le bijou autour de mon cou. Je ne sais pas si c'est l'émotion ou de la magie, mais j'ai l'impression que la pierre diffuse une onde tiède au contact de ma peau.

- Je suis content qu'il te plaise, fait George d'un air soulagé.

Erell passe la tête par l'entrebâillement de la porte, et me fait signe d'approcher. A contrecœur, je m'éloigne de George en lui soufflant un autre « merci ! », et rejoins mon amie. Elle semble déconcentrée pendant une fraction de seconde par mon cadeau fièrement pendu à mon cou, puis elle sourit et chuchote plus ou moins discrètement :

- Fred essaie de convaincre Madame Pomfresh qu'un robinet est un cadeau de Noël acceptable pour une convalescente, je crois que c'est le moment ou jamais de lui proposer tes papillotes pour sauver le coup ! Sauf si tu décides de les garder pour nous bien sûr, parce que en soi, ils ne seront pas perdus...

Je secoue la tête, amusée, et la suis dans l'infirmerie. Je crois que je n'ai jamais vu autant de rideaux tirés autour des lits... Un pincement au cœur, je remarque que Justin et même Nick-quasi-sans-tête ont plus de fleurs et de cadeaux que Colin Crivey. Est-ce que Dumbledore a prévenu ses parents ? Ou est-ce qu'on leur a fait croire qu'il voulait rester à Poudlard pour les vacances ? Quand j'imagine la réaction que mon père aurait... déjà qu'il a eu du mal à accepter que la Métamorphose et les Sortilèges remplacent les maths et la littérature... Mais je ne connais pas assez le petit Gryffondor pour lui laisser un petit mot. Ni Justin, d'ailleurs, bien qu'il soit dans ma maison. Je passe entre les rangées de lits, le cœur serré et mon pendentif dans le creux de ma paume, pour rejoindre mes amis. Nous parvenons à laisser des friandises et le robinet pour Hermione, avant d'être chassés par Madame Pomfresh et de rejoindre George.

- « Interdiction formelle d'approcher de son lit » : elle a attrapé la Dragoncelle ou quoi ? s'exclame Fred.

- Ne rigole pas avec ça, ça peut encore être très dangereux, le sermonne Erell.

- Fred, j'osais pas demander devant l'infirmière, mais tu l'as trouvé où ton robinet ?! je demande.

- Dans les toilettes de Mimi Geignarde, quand on a voulu lui souhaiter « un Noël de la mort qui tue ! », pouffe Fred. Elle l'a un peu mal pris, elle a failli encore inonder l'étage.

- On a repéré un robinet trop stylé avec un serpent, on voulait l'offrir à Harry, mais on n'a pas réussi à l'enlever, explique George.

- Donc on en a pris un autre, poursuit Fred. Mais à cause des pleurnicheries de Mimi, on avait oublié...

- … alors tant pis pour Harry, j'espère qu'Hermione sait apprécier les beaux cadeaux !

.

Quelques jours ont passé depuis la rentrée, et l'approche du printemps semble adoucir les esprits. Le professeur Chourave a organisé des tours entre les Poufsouffles les plus doués en Botanique (donc, je n'en fais pas partie), pour s'occuper des précieuses Mandragores, et Lockhart clame partout haut et fort qu'il a fait fuir le monstrueux prétendu héritier grâce à sa célèbre renommée. On y aurait presque cru s'il n'avait pas ajouté avec un clin d'œil que c'était aussi grâce à l'influence croissante de Vénus. Non, je plaisante, personne n'y aurait cru ! Sauf peut-être Roger Davies – je crois que ce prof est un peu son idole. Par contre, ce qui est sûr, c'est que Lockhart magouille et mijote quelque chose : il suffit de voir comment McGonagall et Rogue sont encore plus acerbes avec lui que d'habitude !

- T'as encore emprunté les Vingt-huit ? s'étonne Emma en voyant Erell ranger ses livres dans son sac.

- Oui, et alors ? réplique cette dernière un peu sèchement. Une histoire de famille que je veux éclaircir, c'est tout, ajoute-t-elle sur un ton plus maîtrisé.

En sortant de la Bibliothèque, Erell et moi nous dirigeons vers notre cours de Soins aux Créatures Magiques, quand nous entendons quelque chose qui ressemble vaguement à une dispute à mi-voix, entrecoupée de sanglots. Intriguée, je fais signe à Erell de s'arrêter et tends l'oreille. Je crois que je connais cette voix, mais...

- … plus jamais t'écouter ! Je n'aurais même jamais dû te faire confiance!

- Ça vient du côté des toilettes de Mimi, je murmure.

- … fais du mal ! Stupide fantôme !

Un bruit sourd, comme un choc, se fait entendre, aussitôt suivi d'un cri à glacer le sang. Ni Erell ni moi n'avons le temps de réagir, et quelqu'un sort des toilettes en trombe, nous bousculant au passage. Des cris déchirants, sans aucun doute ceux de Mimi, résonnent dans les toilettes sur fond de gargouillis d'eau qui déborde.

- C'était Ginny ? me fait Erell, hésitante.

- A moins que j'aie la berlue, je crois que oui... c'est à Mimi qu'elle parlait comme ça ?

- Vu comme elle est prête à inonder le château, c'est pas impossible...

Un nouveau cri et un bruit de chute nous font sursauter, et des sanglots autres que ceux de Mimi se font entendre dans les escaliers au bout du couloir.

- Ginny ! je m'écrie.

Erell et moi nous précipitons vers la cage d'escaliers, et découvrons Ginny en train de pleurer à terre. En nous apercevant, elle se relève comme un éclair, et tente de retenir ses sanglots en essuyant ses larmes.

- Oh, Susan, Erell, je... je ne vous avais pas v-vues...

- Il faut dire qu'à la vitesse où tu as déboulé, c'était difficile, dis-je en souriant légèrement. Tu ne t'es pas fait mal ?

- Non, n-non, tout va bien. Je s-suis costaude, même si ç-ça ne s-se voit pas forc-cément.

- Tu es sûre que tu ne veux pas faire un tour à l'infirmerie ? demande Erell en remarquant qu'elle triture nerveusement son poignet gauche.

- Non ! Non... ça va aller. Je ne veux pas y retourner, Percy m'a déjà f-forcée à y aller tous les jours pendant trois semaines... je vous ass-ssure, ç-ça ira.

Ça ne va clairement pas, mais je m'abstiens de tout commentaire. Je sais qu'elle est aussi butée que ses frères, si ce n'est plus, et je pense qu'elle a besoin de compagnie plus qu'autre chose. Percy n'est clairement pas la personne avec le plus de tact, et je ne compte pas la traumatiser de Poudlard encore plus...

- Tu veux marcher avec nous ? On va à notre cours de Soins aux créatures magiques, si tu n'as pas cours ça peut te changer un peu les idées.

- Hm-hm, fait-elle en acquiesçant, l'air ailleurs.

- Mimi te cherche des ennuis ? demande Erell alors qu'on arrive dans le Grand Hall.

- Hein ? Euh, non, non... c'est rien.

J'échange un regard avec Erell. On a parfaitement compris qu'elle ne parlera pas de ce qui s'est passé entre elles. Aussi triste que cela soit, Mimi prend presque plaisir à maltraiter les élèves encore plus fragiles qu'elle, au lieu de les aider. Ça m'étonne presque qu'elle ne soit pas encore devenue un esprit vengeur. Erell change de sujet pour parler Quidditch : le prochain match étant entre Poufsouffle et Gryffondor, elle réussit à capter l'attention de la jeune Weasley qui retrouve des couleurs en s'extasiant sur les matchs de Quidditch – et surtout sur les talents d'Attrapeur de Harry. Au moment de se quitter, je lui promets de lui reparler du poste de Poursuiveuse, et Erell ajoute qu'on aura qu'à faire des parties pendant les vacances ou des entraînements entre nous quand elle sera en deuxième année.

- Heureusement qu'on a réussi à lui rendre un peu le sourire, je soupire en la regardant s'éloigner vers un banc où se trouve une fille aux cheveux blond sale.

- Tu l'as dit... Je ne sais pas trop si on devrait parler aux jumeaux de ce qu'on a entendu.

- Peut-être seulement leur dire de faire attention à elle ? Mais ils essaient déjà, enfin, à leur manière.

- Ce n'est pas à nous de leur en parler, je pense, conclut Erell en haussant les épaules. Si elle doit se confier à quelqu'un, c'est à eux qu'elle le fera.

- C'est vrai, pas sûre que ça serve à grand chose de la forcer à le faire...

Avec tout ça, nous arrivons de justesse à l'heure pour les Soins aux créatures magiques, mais le professeur Brûlopot s'en aperçoit à peine. Il a l'air préoccupé lui aussi... Je l'ai entendu marmonner quelque chose à propos d'un incapable et d'un maudit Cupidon, ponctué d'un « pas à moi de faire ça... bien gentil d'accepter... ».

- Un problème de cœur, sans doute, me glisse Rose qui a l'air d'avoir entendu elle aussi. C'est la Saint Valentin qui approche, ça doit le mettre dans tous ses état !

Nous pouffons ensemble, imaginant ce vieux monsieur tout croulant se chamailler avec une vieille madame toute croulante sans oser lui déclarer sa flamme. Peut-être qu'elle aussi a une jambe et un bras en bois ?

.

Ce n'est que le matin dudit 14 février, alors que j'arrive dans la Grande Salle, que la blague de Rose me revient en tête. Nom d'un dragon que c'est rose ! Que c'est kitschissime ! Il ne me faut pas longtemps pour repérer qui est à l'origine du changement de la décoration : le seul professeur qui semble apprécier la situation et sourit à pleines dents est, bien entendu, notre cher professeur de Défense contre les Forces du Mal. Je cligne plusieurs fois des yeux pour m'habituer à tout ce rose dégoulinant, tandis que j'entends la main de Jude se plaquer violemment sur son front. Djemilah explose de rire et attrape un confetti en forme de cœur qui descend du plafond.

- Tu crois qu'il a oublié de trier le linge dans sa machine et que tout à déteint ? fait Jude d'un air désespéré en montrant le costume rose vif de Lockhart du menton.

- Ce serait pas aussi pétant que ça, je réponds, je pense plutôt qu'il est tombé dans un pot de peinture !

- Il surpasse presque la couleur que vous aviez donnée à Miss Teigne, pouffe Djem', et c'est pas peu dire !

- Tu crois que le professeur Chourave lui a fourni les plantes ? demande Cedric à Tyler en passant à côté de nous.

Peut-être qu'il lui a offert un autographe par fleur, répond ce dernier en haussant les épaules.

Je repère Erell, assise entre une Emma à l'air ravi et une Rose à l'air déconcerté, et lui adresse de grands signes. Entre autres, des mimiques de gros baisers bien baveux et des cœurs dessinés en l'air, jusqu'à ce que je sente le regard hautain de Rogue sur moi. Je m'empresse de m'asseoir à la table des Poufsouffles en me faisant toute petite, chose facile puisque Lockhart fait un signe qui coupe court à toutes les conversations et attire l'attention à lui.

- Joyeuse Saint Valentin !

Une Poufsouffle de cinquième année, un peu plus loin, roule des yeux. Je me souviens qu'elle s'appelle Valentine, et je l'entends murmurer à sa voisine « Moi qui croyais échapper à cette fête stupide à Poudlard !... ». Je reporte mon attention sur le bonbon qui nous sert de professeur.

Je voudrais commencer par remercier les quarante-six personnes qui m'ont envoyé une carte à cette occasion.

Quelques joues à ma table virent au cramoisi, dont celles d'Ewan à qui je lance un regard digne de César disant à Brutus « Toi aussi, mon fils ? ». Il balaie l'air de la main, comme pour dire qu'il n'en fait pas partie, mais je pouffe de rire : j'ai bien vu qu'il s'était senti visé ! Soudain, un claquement de mains me fait sursauter, et je mets un moment à comprendre pourquoi tout le monde a le cou tendu vers la porte de la Grande Salle.

- Par Vâmana, s'exclame Djemilah d'un air répugné, il a demandé à des nains de se déguiser en Cupidons ?! Cet homme n'a aucune limite !

- Ils ont des harpes dans leur mains, remarque Rose, c'est peut-être une chorale ?

- Par pitié Ewan, dis-moi que tu n'as rien à voir avec ça, lui dis-je d'un ton suppliant.

Celui-ci ne daigne pas répondre, et fixe intensément la table des professeurs en m'ignorant royalement.

- Voici les Cupidons porteurs de messages. C'est eux qui seront chargés tout au long de cette journée de vous transmettre les messages de la Saint-Valentin !

- C'est une bonne idée je trouve, chuchote Bonnie Watson à Emily Maple. Ça détend l'atmosphère, et ça permet aux gens timides de profiter de cette fête, pour une fois...

Je regarde à la table des Gryffondors en m'attendant à voir les têtes écœurées des jumeaux, mais c'est à peine si je les remarque au premier coup d'œil. Avec Lee, ils sont penchés tous les trois autour de quelque chose qui semble passionnant. Ils auraient fait une nouvelle découverte ? Peut-être qu'ils n'ont même pas fait attention à Lockhart, ses discours et ses choix vestimentaires ou décoratifs.

- Alors, prête à envoyer des messages roucoulants d'amour ? plaisante Erell en me rattrapant sur le chemin de notre cours de Potions.

- Plutôt imiter la harpie dans un cours de Dépense Toutes les Noises de ta Malle ! dis-je d'un ton dramatique.

- J'en ai vu qui essayaient de contacter les Cupidons le plus discrètement possible, rigole-t-elle, Davies était dans les premiers, il a même bousculé une deuxième année !

- J'espère qu'il lui a écrit un poème à elle aussi, elle lui pardonnerait peut-être.

Le professeur Rogue, comme dirait Hagrid, nous attend d'un air passablement agacé. Un peu comme d'habitude, mais un tatillon plus sur les nerfs tout de même. Il agite sa baguette de façon à fermer la porte dès que nous sommes a priori tous entrés, et si je ne savais pas qu'il n'a pas le droit de nous enfermer à clef, j'aurais vraiment la sensation d'être prise au piège ! Puis il nous donne les instructions d'un ton sec, et lorsque nous nous mettons à les recopier, des coups frappent à la porte. Rogue fait taire d'un geste les chuchotements excités qui se sont levés, et ouvre la porte d'un moulinet de sa baguette. Est-ce que les Cupidons vont oser couper son cours ?...

- Mr Davies, fait le professeur de sa voix grinçante. J'espère pour vous que vous avez une bonne excuse, pas une qui bat de l'aile, si vous voyez ce que je veux dire...

Je laisse échapper un petit gloussement devant ce jeu de mot inattendu, mais pas de regard noir cette fois : je ne sais pas si c'est parce qu'il est fier de sa blague ou parce qu'il est occupé à trucider Roger du regard. Ce dernier bredouille une excuse bidon, fait perdre dix points à Serdaigle sous l'exclamation outragée d'Erell, et va s'asseoir au fond de la classe. Le cours reprend sans trop d'interruption, jusqu'à ce que de nouveaux coups frappent à la porte. Rogue ouvre, et regarde d'un air glacial le nain indifférent qui parcourt les rangées.

- Je ne sais pas qui a l'air le plus grincheux des deux, couine Erell entre deux petits rires. Je plains la personne qui va recevoir un mot en cours de Potions !

- Ne dis pas ça, ça ne te réussit jamais...

Et, en effet, le nain vient se poster face à Erell, qui devient toute blanche. Elle me lance un regard entre la panique et le reproche, et je me retiens de rire nerveusement.

- T'es qui, toi ? demande le nain peu aimable.

- Euh, Donnovan... Erell Donnovan, répond-elle d'une voix tremblante.

- Bon.

Il prend une inspiration, et se met à chanter d'une voix nasillarde dans le cachot silencieux, ce qui donne des airs funèbres au message chanté :

Son allure est digne de Rowena

Son sourire vaut bien dix mille carats

Je partage sa maison et son repas

Je partagerais bien aussi ses bras

Si tu daignes répondre à mon amour

Tu peux me retrouver dans notre tour

Car au premier regard, je l'ai su

C'est toi, Erell, que j'ai toujours voulue

Des petits rires se font entendre, et chacun commence à fureter du regard pour trouver si le Serdaigle poète se trouve dans la salle, mais Erell a à peine le temps de rougir jusqu'aux oreilles que le nain fait un pas de côté et se plante en face d'Emma.

- Et toi, c'est quoi ton prénom ?

- Em... Emma, répond-elle apparemment gênée mais aussi un peu flattée.

- C'est parti, dit-il en se raclant la gorge et en commençant à jouer les mêmes accords.

Son allure est digne de Rowena

Son sourire vaut bien dix mille carats

Je partage sa maison et son repas

Je partagerais bien aussi ses bras

Si tu daignes répondre à mon amour

Tu peux me retrouver dans notre tour

Car au premier regard, je l'ai su

C'est toi, Emma, que j'ai toujours voulue

Nous explosons tous de rire, sauf peut-être Erell et Emma qui ne comprennent pas ce qui leur arrive, et encore une fois, le nain se déplace au rang devant nous. Il se plante face à Irene Shelley pour lui faire le même discours, changeant juste la dernière phrase : « C'est toi, Irene, que j'ai toujours voulue ». Rebelote pour sa voisine, Helen, qui pousse un cri de surprise en disant « Je le savais, le professeur Trelawney l'avait dit ! ». Du coin de l'œil, j'observe le visage de Rogue se décomposer de plus en plus. On dirait une cocotte-minute qui va bientôt exploser. Un peu comme Rose, qui, si elle riait de bon cœur au début, a vite compris qu'elle était la prochaine sur la liste. Et ça ne loupe pas : le nain, la voix plus nasillarde que jamais, s'élance dans sa cinquième reprise.

Son allure est digne de Rowena

Son sourire vaut bien dix mille carats

Je partage sa maison et son repas

Je partagerais bien aussi ses bras

Si tu daignes répondre à mon amour

Tu peux me retrouver dans notre tour

Car au premier regard, je l'ai su

C'est toi, Rosie, que j'ai toujours voulue

- Il l'a appelée Rosie ! s'étrangle de rire Erell qui a l'air d'avoir oublié sa propre chanson.

- Je crois qu'on a trouvé le serial writer, nous souffle Jude en se penchant vers nous par-dessus sa table. Regardez Davies, il est livide !

- Je suis sûre que je l'ai entendu dire quelque chose comme « Mais non, j'avais dit pas maintenant » ! s'esclaffe Djem'.

En effet, alors que le nain quitte la salle sans lancer un seul regard à Rogue, exaspéré, Roger Davies semble vouloir lui dire quelque chose, les joues rouges. Mais il se ratatine rapidement sur son tabouret sous le regard incendiaire du professeur, qui claque la porte derrière le Cupidon chanteur.

- Bien, le spectacle est fini, chacun retourne à sa potion d'Aiguise-Méninges, que certaines personnes devraient penser à consommer, par ailleurs. Nous avons perdu suffisamment de temps. La première personne que je surprends à ricaner bêtement ou parler à son voisin fera perdre cinquante points à sa maison.

On ne se le fait pas dire deux fois, mais même sa mauvaise humeur n'entache pas l'hilarité générale. Il n'y a que Davies, je crois, qui apprécie le silence qui règne dans le cachot. Le cours continue sans un bruit, et le sérieux revient. J'en suis à rajouter pour la troisième fois la bile de tatou par dessus mon mélange de scarabées pilés et de gingembre, en je revérifie en vain la recette sans comprendre pourquoi ma potion vire vers le rose plutôt que le violet. Il faudrait peut-être que j'élabore un discours pour expliquer ça à Rogue, genre, c'est l'ambiance générale qui fait ça, ou pire : j'ai été ensorcelée par une photo maudite de Lockhart ! Soudain, la porte s'ouvre en grand, et un Cupidon, plus costaud que l'autre, vient se planter sans plus de manières en face de Rogue. Ce dernier, reprenant ses esprits, veut dire quelque chose, mais le nain ailé est plus rapide. Il dégaine sa harpe et sa voix caverneuse, et entonne :

Derrière ce rideau de cheveux gras

Se cache une magnifique face de rat

Ô ses allures de chauve-souris

Et ses belles dents toutes jaunies

Quand il pose ses yeux couleur scarabée sur nous

Devant son nez crochu on frémit de dégoût

De sa douce voix de crapaud

Il illumine ses cachots

Nous souhaitons une merveilleuse Saint-Valentin

Au professeur de Potions le plus vilain

Auquel nous décernons le titre de sourire le plus ravageur

Décerné par les rongeurs dont il a ravi les cœurs

Qui ne se priveront pas de lui rappeler leur amour à toute heure

Personne n'ose dire quoi que ce soit, tous sous le choc, mais je vois que la plupart des élèves se mord les lèvres pour se retenir de rire. Je m'empresse de les imiter, et me penche sur ma potion de façon à continuer d'observer Rogue sans qu'il ne me voit. Les jointures de ses mains sont complètement blanches, et on dirait que toute trace de sang à disparu de son visage. Je manque de pouffer en me souvenant des « yeux couleur scarabée » de la « face de rat », mais continue à remuer ma potion qui devient toujours plus rose fuchsia que violet prune. Le nain parti aussi rapidement qu'il est venu, il foudroie toute la classe du regard, efface le tableau d'un coup de baguette magique et ferme son grimoire d'un coup sec qui nous fait sursauter.

- Puisqu'il est impossible de continuer les cours sans être perturbés, vous pouvez disposer. Je vais cependant évaluer vos potions là où vous en êtes rendu, venez les déposer à mon bureau en partant. Et au moindre mot, ce ne sont plus cinquante mais soixante-dix points que vous risquez.

Je remplis un flacon en essayant une dernière fois de bleuir un peu ma potion, mais peine perdue, c'est à peine si elle vire au magenta. Je me dépêche le plus que je peux, et j'ai l'impression que je ne reprends ma respiration qu'une fois sortie du couloir des cachots. Je cherche Erell des yeux parmi les élèves de Poufsouffle et de Serdaigle, mais c'est deux Gryffondors pliés en deux que j'aperçois. En croisant leur regard, je me mets à rire aussi, expulsant toute la tension du cours de Potion. Ils n'ont quand même pas osé... si ? Mon rire se transforme en fou rire nerveux, et j'en suis obligée de me tenir d'une main au mur, en les rejoignant dans les escaliers.

- C'était donc vous, les poètes des cachots ? dis-je en essuyant des larmes de mes yeux.

- C'était génial, dit Fred en repartant dans un fou rire. On a aperçu sa tête par la porte ouverte, j'en peux plus !

- Ouhouhou, ça faisait longtemps que j'avais pas ri comme ça ! s'exclame George. « Derrière ses cheveux gras-ahahaha » !

- Vous avez écrit ça quand ?

- Ce matin, et si on avait su on en aurait fait encore plus !

- On voulait en faire un pour chaque prof, puis on n'avait pas le temps...

- ...alors on s'est dit que notre meilleure cible c'était notre cher Rogus Serpentarus !

- Le professeur Rogue, tu veux dire, intervient Erell qui nous rejoint les bras croisés et les sourcils froncés.

- Fais pas ton Hagrid, Erell, avoue que t'as bien rigolé !

- Non.

- Non ?!

- Non. C'était tout bêtement non seulement méchant, mais en plus on ne fait pas ce genre de chose à un professeur, même lui – et Merlin sait que je ne le porte pas dans mon cœur !

- Méchant ?! s'offusque Fred. C'était une déclaration d'amour, de tout l'amour qu'on lui porte !

- C'était rien de plus qu'une petite blague, s'il l'a mal prise c'est qu'il manque d'autodérision, dit George. C'était une caricature, tu peux l'admettre !

- Je dirais même une caricature bien exécutée !Voyons Erell, ne me dis pas que tu as perdu ton sens de l'humour ! C'est Rogue qui t'a empoisonnée ?!

- Ce n'était pas drôle, maintient Erell d'un ton buté alors qu'on remonte les escaliers.

- C'est vrai que c'était assez méchant, mais au moins c'était... méchamment drôle ? Je veux dire, il ne peut pas prendre ça au sérieux, si ? dis-je en fronçant les sourcils à mon tour. En plus, ce n'est rien à côté de ce qu'il fait subir à certains élèves, niveau méchanceté.

- Voilà ! Ecoute Susan, c'est la voix de la raison ! Tu veux que je te raconte ce que Ron m'a dit sur Londubat qui se fait maltraiter par Rogue ?

- Même Granger, il la traite mal ! Et je suis sûr que c'est parce qu'elle est Née-Moldue, ajoute George. Tu ne vas quand même pas défendre un type comme ça !

- Tu en es sûr ou tu l'imagines, parce qu'il est à Serpentard ? rétorque Erell en se retournant violemment face à nous qui sommes quelques marches plus bas. Et pour ta gouverne, il est Sang-Mêlé.

- C'est écrit dans ce si mystérieux Vingt-huit ? dis-je d'un ton plus chargé de reproche que je n'aurais voulu.

Erell me lance un regard mi-peiné, mi-courroucé, et ne répond pas. Elle ne lâchera pas le morceau sur ses mystérieuses recherches, par tous les Botrucs ! Ça me rend de plus en plus curieuse... Elle retourne son regard vers les jumeaux, les sourcils plus froncés que jamais.

- Et ça voulait dire quoi, « Qui ne se priveront pas de lui rappeler leur amour à toute heure » ? Vous comptiez lui renvoyer le nain toutes les heures ?!

- Ben pas toutes les heures, mais merci pour l'idée !

- N'y pense même pas, Fred Weasley, gronde-t-elle dans une parfaite imitation de leur mère. Si j'entends ne serait-ce qu'un écho d'une chanson de ce genre destinée au professeur Rogue ou à un autre professeur – même Trelawney ! – je ferai en sorte de prévenir les professeurs concernés ainsi que Madame McGonagall de qui sont les auteurs de ces sordides poèmes !

- Même si on en fait un à Lockhart ?! fait Fred, horrifié.

- Oui !

- Même si on en fait un à... à Rusard ? souffle George au bord de l'apoplexie.

- Oui ! Sérieusement, je préviendrai même Mrs Weasley !

- Tu n'oserais pas ! Hein, dis, Erell, c'est pas sérieux, tu nous fais marcher ?!

Un coup d'œil à la détermination dans son regard suffit à confirmer le sérieux de la menace. Une fois qu'elle estime que nous sommes suffisamment convaincus, Erell tourne les talons et nous plante dans le Grand Hall. Elle monte sûrement à la bibliothèque, mais je doute que ce soit pour réviser... Je me retourne vers mes amis, qui ont la mine totalement déconfite. On dirait qu'on vient de les priver d'entrée chez Zonko. Voire qu'on les a bannis à vie de leur magasin préféré.

- Susan, s'il te plaît, dis-moi que c'était une blague, dit Fred d'une voix rauque.

- On a perdu Erell dans sa quête de la Préfet-ction, elle devient comme Percy, fait George d'un air pincé.

- Elle n'a pas tout à fait tort ceci dit, je soupire.

- Oh non, pas toi aussi, geint George.

- Je veux dire, ça m'a fait beaucoup rire, et je crois qu'il le méritait un peu, mais c'est vrai que c'était... un coup de grâce assez méchant pour la journée.

- Pfff...

- Non mais franchement, je fais avec un sourire, Rogue nous faire sortir de cours plus tôt ? Vous avez réussi un exploit, je crois que rajouter un autre poème ne ferait que gâcher cette défaite cuisante ! Vous ne voulez pas savourer votre victoire ?

- Hm... moui, allez, tu m'as convaincu, dit George. C'est vrai que c'était déjà excellent... On ira chercher le nain pour lui dire d'arrêter là.

- C'est sûr que ce sera difficile de faire mieux ! fait Fred en reprenant des couleurs. Héhéhé... « sa douce voix de crapaud »...

Les deux frères repartent dans un fou rire, oubliant vite le sermon d'Erell, mais cette fois je n'arrive pas à les suivre : c'est vrai que c'était quand même très blessant... j'espère que personne ne m'enverra ce genre de poème dans la journée.

.

Apparemment, pas de raison de stresser, j'ai survécu jusqu'à midi sans m'être fait agressée par un nain ailé à la voix horripilante. C'est à la fois un soulagement, mais en même temps j'ai comme un petit pincement au cœur. Personne pour me faire un compliment sur mes yeux ou mon sourire, même pas, je sais pas moi, un tout petit compliment juste sur mon chat ? C'est un peu la désillusion, moi qui pensais faire chavirer les cœurs ! Avec beaucoup d'ironie et de modestie, bien entendu. En comparaison, Ashley Neeler et Vicky Swann sont des stars d'Hollywood évitant les paparazzis. J'ai vu Preston Jones mobiliser toute sa concentration pour leur pondre les plus beaux sonnets, pour finalement demander de l'aide à son compatriote Serdaigle, Tony Belley. Que je me languis du poème que je ne reçois pas ! Ceci dit, je n'ai pas prévu d'en envoyer non plus, je vois pas à qui je pourrais le faire...

- Susan, eh dis, t'es encore dans les nuages ? Le Moine Gras pourrait te passer au travers que tu le sentirais même pas ! T'as reçu un poème ou quoi ?

- Même pas, Djemilah, même pas...

- Eh bien aide-moi à me décider, répond-elle. Je le fais ou pas ?

- Quoi ?

- Elle veut écrire un poème à ce Serpentard de sixième année, tu sais, celui qui a « de si beaux cheveux longs et bruns et avec des bouclettes parfaites », ou, je cite, « qui joue de la musique comme un dieu », me dit Jude d'un ton malicieux en se servant un jus de citrouille. Tu veux un peu de ratatouille ?

- Oh oui, volontiers ! Bon, alors quant à ton Apollon, j'ai envie de dire, c'est anonyme alors tu perds rien, et c'est même un peu rigolo...

- Ah c'est bien ça, ça fait dramatico-romantique, merci ! « Ô toi, bel Apollon aux boucles châtoyantes, Qui as charmé mes yeux, mes oreilles et mon cœur... » Ouais non trop basique.

- En alexandrins, carrément ? je m'esclaffe. Tu vises haut dis-moi, il doit avoir un sacré potentiel !

- Erell n'a pas eu trop l'air d'apprécier le poème de Rogue, non ? fait Judith en me reprenant la ratatouille. Je l'ai vue après le cours, elle faisait une drôle de tête...

- Ouais non, pas trop, les jumeaux ont pris cher, dis-je avec un petit rire.

- C'était eux ? Je m'en étais douté ! Y a qu'eux pour faire un truc aussi incisif envers un prof !

- C'est justement ce qui ne lui a pas trop plu...

En cherchant mon amie parmi les uniformes aux cravates bleues, je la repère grâce à sa chouette qui volette gracieusement vers elle. Du courrier en retard ? Je plisse les yeux et essaie de distinguer ce qu'Artémis lui a apporté. Une lettre de sa grand-mère ? Visiblement non, ce paquet c'est... des Fizwizbiz ! Je ne sais pas qui a eu la merveilleuse idée de lui en envoyer, mais je bénis cette personne – j'adore les Fizwizbiz, j'espère qu'elle m'en passera ! Erell n'a pas l'air de trop savoir qui c'est non plus, car après avoir froncé les sourcils elle se met à fouiller la Grande Salle des yeux. Je la vois soudain se raidir, alors qu'elle regarde droit en face d'elle. Qui a-t-elle aperçu ? Je me retourne, mais je n'arrive pas à savoir si elle regarde la table des Poufsouffles ou des Gryffondors... les seules personnes que je connaisse dans ce secteur sont Tyler, Cedric, la préfète de Poufsouffle, Percy, et Dubois... c'est un peu vague. Je soupçonne Cedric, parce que je ne vois pas très bien pourquoi les autres lui auraient envoyé des Fizwizbiz, mais il est absorbé par une conversation avec son voisin. Je plisse encore plus les yeux pour distinguer si Dubois regarde réellement ou non vers les Serdaigles, mais...

- Tu devrais penser non seulement à t'équiper d'un appareil auditif, mais aussi de lunettes, me dit soudain Jude. On dirait que tu veux réduire en cendres la table des Gryffondors d'un seul regard.

- Quoi ? Non mais pas du tout ! J'étais juste en train de...

L'arrivée d'un nain à notre table me tire d'affaire. C'est Kellan Roy, le beau brun ténébreux de notre année, qui est l'heureux élu... Le pauvre est affreusement gêné, mais le poème a le mérite d'être vraiment joli et doux. Enfin, toutes les métaphores pour ses yeux bleus « comme l'azur pur du ciel de printemps qui se reflète dans la mer calme aux vaguelettes frémissantes » étaient vraiment stylées. Ewan lui tape dans le dos en lui sortant joyeusement un « Bien joué cousin ! », et j'aperçois Lisa Forbes observer la scène avec une attention pas très anodine depuis la table des Gryffondors.

Je m'empresse de raconter la scène à Erell, pendant le cours de Divination que je n'écoute pas du tout – j'aime bien les étoiles et les planètes, mais dans le ciel, pas dans les calculs et sur les cartes ! J'espère qu'elle va parler des Fizwizbiz, mais elle détourne la conversation.

- C'est Rosalie qui en a reçu un aussi tout à l'heure ! D'un Serpentard en plus ! C'était super bizarre comme poème...

- Vous n'avez pas deviné qui c'est ?

- Ben non, y a beaucoup de Serpentards...

- Beurk, imagine c'est Rathbones... ou pire, Flint !

- Ou encore pire, Abrutus Button... grimace Erell. Ca pourrait bien être lui, en plus !

- Ah bon ?

- T'en connais beaucoup, qui seraient assez malins pour mettre à la fin de leur poème « signé : quelqu'un qui ne peut assumer – non, pas ça – plutôt un Serpentard qui t'observe – non, non, c'est nul ! – euh, signé Roméo qui ne peut aimer sa Juliette – oh et puis zut, on oublie la signature ! »

- Le Cupidon a vraiment chanté tout ça ? dis-je en m'étranglant de rire.

- Mot pour mot !

- Tu crois vraiment que Brutus Button connaît Shakespeare ?

- C'est ce qui bouscule toute ma théorie...

- … à mon plus grand bonheur ! nous souffle Rose à la table d'à-côté en roulant des yeux.

.

- Erell ! Eh, Erell !

Cedric Diggory accourt derrière nous, et Erell se retourne vers lui d'un air prudent. On en devient parano, avec ces nains partout à notre poursuite ! En plus, la présence de Fred et George rend toujours les rencontres avec Cedric un peu tendues. Mais celui-ci se contrefiche des jumeaux, et dit d'une traite avec un sourire gêné mais franc :

- C'est toi qui m'a envoyé un nain ?

Nous le regardons tous les quatre avec des yeux ronds comme des soucoupes. Les jumeaux passent de la surprise à l'horreur en regardant successivement Erell puis Cedric, tandis que je me retiens de pouffer de rire en attendant la réponse.

- Que... mais... non, non bien sûr ce n'est pas moi, finit enfin par dire Erell en rosissant de gêne.

- Ah !... Euh, je suis désolé, je croyais que... enfin...

Un silence gênant s'installe, et je dois pincer Fred pour qu'il se retienne de faire une remarque. Je vois à leurs sourires qu'ils regrettent de ne pas avoir été à l'origine du malentendu, ces malappris de jumeaux !

- Je veux dire, je ne connais pas beaucoup de Serdaigles, enfin, de filles, je veux dire, de filles de Serdaigle, et euh, j'ai pensé que... tu vois...

- Je suis désolée, Cedric, dit Erell les joues de plus en plus cramoisies que celles de Cedric.

- En plus elle parlait d'Attrapeur, continue de bredouiller mon ami en s'enfonçant encore plus, ça me paraissait évident... je suis vraiment bête, je suis désolé !

- Exceptionnellement, ne le sois pas, dit George d'un ton sérieux, nous ça nous amuse beaucoup.

Je lui donne une tape sur le bras mais c'est à peine s'il le remarque, trop occupé à sourire fourbement. Fred renchérit :

- J'ai failli être vexé qu'Erell t'ait envoyé un poème à toi et pas à nous, mais en fait c'est beaucoup plus drôle !

- Mais vous êtes pas possibles ! je peste en leur prenant chacun le bras pour les éloigner. Fais pas attention, Cedric... à tout à l'heure, Erell, on se retrouve pour dîner ?

- Attends, Susan, t'en va pas, je... j'y vais moi. Encore désolé Erell, et euh... bonne soirée.

Cedric commence à s'éloigner d'un pas pressé, quand Erell lui lance :

- Chang !

- Pardon ?

- Cho Chang... c'est sans doute elle qui t'a envoyé un nain. Benson a dit qu'il n'y a qu'elle qui ait autant la niaque du Vif d'Or que moi.

- Oh... merci.

Il lui adresse un petit sourire, et repart. Je ne sais pas trop quoi dire ou quoi faire, ce n'est pas vraiment mes oignons même si ce sont mes amis... Erell se retourne vers nous, l'air perturbé, mais heureusement ni Fred ni George n'a le temps de faire de remarque supplémentaire. Un bruit de chute et de verre brisé qui provient du couloir des Sortilèges pique notre curiosité, et je remercie Merlin de détourner l'attention des jumeaux. Nous ne sommes visiblement pas les seuls à nous diriger vers la source du bruit, et je me fais bousculer par un blondinet – tss, encore ce Malefoy !

- Qu'est-ce qui se passe, ici ? fait ce dernier de sa voix de gosse de riche tête à claque.

- Eh Fred, c'est pas notre nain préféré ça ? Celui qu'on a envoyé à R... qu'on a envoyé dans les cachots ?

- Mais si, c'est Février ! Regardez les filles, il s'appelle comme ça parce qu'il est plus petit que les onze autres et qu'il a une jambe plus courte que l'autre !

- Ben voyons ! Vous avez eu tant de temps que ça pour faire ami-ami ? dis-je d'un ton moqueur.

- Disons qu'il a compati quand on lui a raconté que nos semblables n'aimaient pas notre humour, dit Fred d'un ton dramatique. Lui aussi est un incompris parmi ses onze amis.

Erell lève les yeux au ciel, excédée, mais elle reporte vite son attention sur l'action principale, qui devient... aoutch ! Vraiment violente ! J'aperçois la victime de Février que ce dernier a fait tomber au sol, et qui n'est autre que...

- C'est Harry Potter ou je rêve ?

- Et maintenant, tu te tiens tranquille, lui intime le nain en s'écrasant de tout son poids sur ses pauvres chevilles. Voilà ton message chanté :

Ses yeux sont verts comme un crapaud frais du matin
Ses cheveux noirs comme un corbeau, il est divin
C'est mon héros et c'est mon roi
Je voudrais tant qu'il soit à moi
Celui qui a combattu et vaincu
Le
Seigneur des Ténèbres à mains nues

J'ai beau compatir face à la gêne publique et aux chevilles maltraitées du Gryffondor, je ne peux m'empêcher de laisser échapper un petit rire à cause de cette magnifique comparaison. Je ne sais pas qui a écrit le poème, mais il ou elle aurait dû prendre des conseils auprès de Tony Belley ! George a un sourire béat et semble penser la même chose que moi, car il répète en savourant les mots :

- Ses yeux sont verts comme un crapaud frais du matin...

Le rire de Fred dépasse tous les autres, et j'ai l'impression qu'il va se rouler par terre.

- C'est encore mieux que le scarabée ! Un crapaud frais du matin... Cette personne est un génie !

- Frederic, George, laissez-donc Potter tranquille, fais Percy d'un ton pincé en essayant de disperser la petite foule secouée de rire. Vous êtes vraiment pire que Peeves !

- Oh Perce, fais pas ton rabat-joie ! C'est parce que tu n'as pas eu de poème que tu es aigri comme ça ? Ou tu as peur que l'héritier de Serpentard te maudisse à cause de moi ? répond Fred en repartant dans un fou rire.

- Fred, tu ne...

Percy n'a pas le temps de finir sa phrase, lorsque Malefoy pousse un sifflement, ayant ramassé quelque chose au milieu du carnage. On dirait un petit carnet, très sobre. Certainement pas un support pour prendre des notes en cours... Harry retient un mouvement vers le Serpentard.

- Rends-moi ça, dit-il d'un ton étonnamment maîtrisé.

- Je me demande ce que Potter a écrit là-dedans, fait Malefoy de sa voix qui me court sérieusement sur le haricot.

- Il ne va quand même pas lire le journal de Potter ! je m'exclame furieusement. Il n'a aucune notion de la vie privée ?!

- Tu connais mal Malefoy..., me dit Erell sombrement.

- Rends-lui ça, Malefoy, ordonne Percy.

- Pas avant d'avoir regardé ce qu'il y a dedans.

- En tant que Préfet...

- Expelliarmus !

- Harry ! s'écrie Percy horrifié. Il est interdit de pratiquer la magie dans les couloirs. Je vais être obligé de faire un rapport !

- Bien joué, Potter, murmure Erell avec un hochement de tête d'approbation.

J'aperçois Ginny qui tente de se faufiler à travers les élèves pour entrer dans sa salle de classe. Elle a l'air moins mal en point que quand on l'a vue sortir des toilettes, mais tout aussi tracassée.

- Je crois que Potter n'a pas beaucoup apprécié ton message de la Saint-Valentin !

Un gémissement provient de la gorge de Ginny, qui s'enfuit en se cachant le visage dans les mains. Les jumeaux s'arrêtent tout net de rire, et je pose doucement ma main sur l'avant-bras de George qui vient d'agripper sa baguette magique. Fred semble prêt à arracher les cheveux blonds de Malefoy par touffes, mais Erell lui intime d'attendre d'un regard : Percy est encore dans les parages, inutile de perdre des points à cause de cette petite fouine ! Mais je la vois pointer sa baguette vers la flaque d'encre qu'Harry a provoquée, et murmurer quelque chose... Une fois que Harry et Ron ont fui rejoindre le reste de leur classe, et que Percy a enfin quitté les lieux, Erell hèle le Serpentard qui commence à s'éloigner, goguenard :

- Eh, Malefoy !

Il se retourne, et commence à marcher vers nous, un sourire mesquin aux lèvres. Il s'apprête à dire quelque chose, puis BAM! Il s'étale par terre de tout son long en plein dans la large flaque d'encre.

- J'allais justement te prévenir de regarder où tu mettais les pieds, fait-elle d'un air faussement contrit.

.

- Et là, il s'est ramassé par terre !

- Et c'était comme s'il s'était encré dessus... ma-gni-fique.

- Oh, vous savez, ce n'était qu'un petit Glacius vite effacé...

- Ne sois pas si modeste, Erell. Tu mérites que je te pardonne pour ta récente attitude de trouble-fête.

- Et toi tu mériterais que je te boude plus longtemps...

- Eh Lee, George, regardez qui voilà !

- Ses yeux sont verts comme un crapaud frais du matin...

- Vous êtes incorrigibles, dis-je en faisant un petit signe désolé à Harry. Vous lui chantez ça à chaque fois que vous le croisez...

- Et ça va bientôt faire une bonne douzaine de fois par jour, ajoute Erell. Sans compter que vous n'arrêtez pas de raconter mon « exploit » à Lee et à qui veut l'entendre...

- Mais je ne me lasse pas de l'entendre ! Quand je serai animateur radio sur la RITM, je raconterai cette anecdote à chaque Saint Valentin pour mettre en garde quiconque s'en prendrait aux cœurs endoloris !

- Et humilier Malefoy, non ? je demande innocemment.

- Mais enfin, pas du tout Susan, pour qui me prends-tu ?

- On n'a pas arrêté de lui chanter cette douce sérénade jusqu'à ce qu'il soit monté dans son dortoir, ce jour-là... fait Fred d'un air rêveur.

- Il mérite que l'on clame haut et fort sa grandeur et sa beauté !

- Ses yeux sont verts comme un crapaud frais du matin...

- S'il vous plaît, dis-je en me prenant la tête dans mes mains, j'arrive pas à me concentrer, et Ewan va me tuer si j'ai pas fini l'arrangement pour remplacer notre flûtiste malade !

- T'avais qu'à le faire avant, dit Fred en haussant les épaules. Si tu passais moins de temps avec Jude et Diggory à nous squatter le terrain de Quidditch...

- Très drôle Weasley, je pensais pas que tu tremblais tant que ça face à Poufsouffle !

- Pff, jamais ! Je voulais justement dire que c'était une perte de temps, vos entraînements ! On va vous mettre la pâtée de toute façon.

- T'es vraiment le pire des amis.

- Pour vous servir, gente blairote.

Je lui donne un coup sur la tête pendant qu'il imite une révérence, et me repenche sur mes partitions. A cause des attaques et de la panique générale, notre projet de troupe musicale est resté en suspens plusieurs semaines, et certains élèves ont démissionné par peur de venir aux répétitions tous seuls. Ou par nécessité d'examens. Ou par flemme. Voire par peur d'Ewan. J'hésite parfois franchement à faire de même, surtout que le match de Quidditch de printemps arrive bientôt... L'idée d'affronter les jumeaux, Dubois et Harry qui ont tous un regain de pêche ces derniers temps ne m'enchante pas vraiment, surtout qu'ils sont bien partis pour la Coupe et qu'ils ne feront donc aucune pitié. Enfin ça, c'est comme d'habitude, en fait. Comme quand Fred et George n'ont aucune pitié pour ma pauvre et légère concentration. Ils ont recommencé à chanter, mais arrêtez-les par pitié...!

- Si vous continuez, je vous mets au chant pour remplacer la flûte !

- Susan, ne leur propose pas ça, tu sais très bien que...

- Mais quelle merveilleuse idée ! s'écrie Fred.

Déjà George s'est lancé dans une imitation de bruits de flûte, et j'ai beau être exaspérée, j'éclate de rire avec les autres. Bon, tant pis, je vais encore passer le début de la nuit sur cette foutue partition... Je les range dans mon sac et m'adonne à mon activité favorite : la procrastination. Et puis Ewan n'a qu'à le faire lui-même, cet arrangement, j'ai toujours été nulle en solfège moi d'abord, s'il n'y avait pas des sortilèges pour m'aider ce serait la cata !

C'est donc sans surprise que le matin du match de Quidditch, je me traîne dans la Grande Salle avec l'impression d'avoir du plomb dans les cernes. Je m'installe seule à la table des Poufsouffles, désireuse de n'avoir aucune interaction sociale avant d'avoir digéré ma courte nuit. Nuit très courte puisque j'ai dû rattraper mes devoirs que j'ai laissé de côté afin de rattraper mes répétitions de musique afin d'assister à mes entraînements de Quidditch. Plus. Jamais. Je grogne en me massant les tempes, les gens sont trop bruyants. Et patati et patata... En plus je suis sûre que j'ai fait un rêve pourri. Un rêve du genre où des Cupidons volants me poursuivaient alors que je devais absolument donner mon devoir de Potions au professeur Trelawney, qui me prédisait avec l'accent de mon grand-père quelque chose comme « Attention à n'pas tomber en amour, p'tite pitoune, ça va bourracher, ostie ! », jusqu'à ce que le sifflet de Mme Bibine retentisse et que je voie l'équipe de Gryffondor au complet me riant au nez alors qu'un orage me rattrapait, et...

- Un temps idéal pour faire du Quidditch ! s'exclame quelqu'un juste derrière moi.

Ce quelqu'un, qui a des remarques vraiment nulles dès le matin, n'est autre que ce cher capitaine des Gryffondor au volume sonore bien trop élevé pour mon cerveau. Je le fusille du regard, mais il est de dos donc il ne me voit pas. Tant mieux pour lui, je suis sûre qu'il en aurait eu peur de monter sur son balai. Je peux faire très peur, le matin.

- Hum, Susan ? Tout va bien ?

Je lève la tête lentement vers Myron qui vient de m'adresser la parole.

- Tout va bien dans le meilleur des mondes, dis-je d'un ton grinçant. J'ai des courbatures partout et quelques heures de sommeil à rattraper, et les jumeaux sont décidés à me mettre une raclée pour pouvoir me le rappeler tous les jours de ma vie...

- Dur, en effet... Je voulais te souhaiter bonne chance, mais j'ai l'impression que j'arrive trop tard et que tu as déjà abandonné...

- Non, non, c'est parfait, tu me remontes tout justement le moral ! Assieds-toi donc, je crois que je peux faire un effort de tolérance malgré mon côté d'ours mal léché au réveil.

Il hésite un instant, puis s'installe. Mon côté grincheux s'évapore à mesure qu'on discute de tout et de rien, et j'ai même un sourire satisfait lorsque je me rends compte que les claironneries gryffondoriennes de Fred et George restent bloquées dans leur gorge en apercevant Myron à mes côtés. Et bim, 1-0 pour moi ! Je me rends donc sur le terrain de Quidditch de bien meilleure humeur, et j'entre sur le terrain, décidée à en découdre. Jude, de l'autre côté du troisième Poursuiveur (nous sommes les deux ailiés de l'équipe), semble également au top, et me fait un pouce en l'air. Dans nos robes jaunes canari, rien ne pourra nous arrêter dans le ciel ! Les rugissements de la foule me donnent des ailes.

- Garrow, Smith, vous vous souvenez de la formation qu'on a travaillée ? L'une à droite, l'autre à gauche... Il faut que vous soyez parfaitement synchros, même Dubois n'y verra que du feu ! Diggory, ta technique est parfaite, fais-toi confiance, tu as les bonnes tactiques.

- Capitaines, serrez-vous la main... Tous en place... Je lâche les balles. A mon coup de sifflet...

Je suis prête à frapper le sol du pied, quand les Gryffondors regardent tous derrière moi d'un air horrifié. Pensant qu'il s'agit d'un Cognard fou (après celui de Harry, on ne sait jamais, je ne veux pas que Lockhart me fasse disparaître la colonne vertébrale), je m'accroupis en position tortue. Mais rien ne se passe, et je me retourne pour voir McGonagall débouler et annoncer dans un mégaphone violet :

- Le match est annulé. Je répète, le match est annulé.

J'ai l'impression que le temps s'arrête autour de moi. Un bourdonnement résonne à mes oreilles, et j'entends les cris indignés des gradins comme à travers de la ouate. Je me tourne vers Jude, puis vers Fred et Cedric qui sont déjà en l'air, et je croise le regard de George qui redescend doucement au sol. Tout se passe au ralenti, j'ai la bouche sèche et une vague de panique qui avait disparu depuis Noël m'envahit à nouveau. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? La voix de la directrice de Gryffondor me parvient comme dans un brouillard :

- Tous les élèves doivent immédiatement retourner dans leur Salle Commune où il leur sera donné de plus amples informations ! Dépêchez-vous, s'il vous plaît !

Je suis incapable de bouger, mon balai serré dans une main et mon pendentif dans l'autre, jusqu'à ce que je croise le regard paniqué de Judith. Fred et George viennent vers nous pour évacuer le terrain. Nous marchons tous d'un pas super rapide serrés, sans rien dire. Arrivés dans la foule, Jude et moi sommes séparées des jumeaux. J'aurais aimé une blague de George, au moins un sourire, les entendre dire que c'est de leur faute parce qu'ils ont fait exploser le bureau de Lockhart, au moins enlever ma tenue de Quidditch... mais déjà nos Préfets nous escortent jusqu'à la Salle Commune, ou le professeur Chourave nous attend. Elle a l'air inquiète. Non, effrayée, mais elle se maîtrise. Elle profite du brouhaha des Poufsouffles qui s'installent pour poser sa voix, et fait soudain signe à chacun de se taire.

- Mes très chers élèves, je... j'ai une terrible nouvelle à vous annoncer. Assurez-vous d'être bien assis, ou d'être bien accrochés – dans tous les sens du terme...

Plus personne ne respire. J'ai l'impression qu'on écoute une histoire au coin du feu, tous engoncés dans les fauteuils, les poufs ou sur les matelas, à prêter l'oreille à Mère Chourave, mais je sens que je n'ai pas envie de connaître cette histoire. Elle ne va pas me plaire. Je joue nerveusement avec mon talisman.

- Il y a eu une autre agression.

Plus personne ne dit un mot. Un ou deux élèves chancellent, plusieurs -dont moi- ont porté leurs mains à leur bouche. D'autres restent concentrés sans broncher. Le silence pèse, et je vois notre directrice contenir le tremblement de ses mains.

- Comme celle de notre pauvre Justin, il s'agit d'une double agression. Deux élèves ont été pétrifiés.

- Qui ça ? Et où ? se risque une élève, extériorisant les pensées de tous.

- Laissez Madame Chourave vous expliquer, bande de crétins, le coupe notre Préfet d'un ton tendu et aigu.

- Mr Grey, je sais que vous êtes sous le choc, mais veillez à ne pas vous laisser envahir par l'agressivité, intervient-elle doucement. Pour vous répondre Miss Hua Le, elles ont été découvertes près de la bibliothèque, probablement peu de temps après l'attaque. Il s'agit de la Préfète de Serdaigle, Penelope Clearwater, et d'une deuxième année à Gryffondor... Hermione Granger.