L'étoile du recommencement: L'année du blaireau


Note auteur:


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S/H : chapitre 29 : le choix d'Alexandre

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Alexandre avait passé les trois dernières semaines à l'infirmerie. Pompom avait été hors d'elle dans les premiers temps mais plus dû aux maladresses et oublis qui auraient pu éviter la situation.

En effet, bien que tout acte de magie hors de la préparation de la potion n'ait été interdit sous peine de détruire leurs efforts... Severus aurait au moins pu envoyer Egal, se déplaçant à pieds et non par magie, chercher de quoi réchauffer Alex. Personne n'y avait pensé. Les sorciers avaient souvent des moments stupides de ce genre. À trop se concentrer sur leurs pouvoirs ils en oubliaient qu'ils avaient des mains et des pieds. C'était insupportable. Malheureusement pour elle Pompom avait dû reconnaître qu'elle aussi avait ce défaut.

Il avait été facile de soigner la fièvre, quelques jours de potions et tout avait été résolu. Le problème était survenu lorsque Alexandre avait attrapé en succession rapprochée toutes les maladies enfantines sorcières qu'il n'avait jamais eu.

Autant dire que ces trois semaines avaient été un véritable enfer pour lui, pour son père, pour Drago et pour tout le reste de l'école. Severus avait fait toutes les potions pour le guérir, Drago avait essayé de s'installer dans l'infirmerie mais avait dû se plier aux règles de quarantaine... Personne n'avait été autorisé à entrer dans la petite chambre au fond de l'infirmerie à part Pompom.

Le maître des potions avait respecté cette règle avec une tristesse grandissante. Egal avait heureusement pu prendre soin de son jeune ami. Parce qu'Alexandre avait souffert d'un bon nombre de cauchemars Pompom avait accepté l'aide de l'elfe avec soulagement. Être témoin des cris et de la peine du jeune Alex avait été terrible.

Les fièvres ayant été très fortes, Alexandre n'avait pas pu s'échapper des souvenirs qui envahissaient ses rêves. Sa chance avait été que sa magie était finalement stable. Il y avait bien eu quelques incidents à travers le château : des objets qui disparaissaient ou explosaient mais en petites quantité et sans blesser personnes.

Les accidents magiques à part, Alex s'était battu contre les différents virus et les cauchemars avec succès.

Il n'avait pas eu tous ses esprits durant ces longues semaines et pourtant il avait conservé un calme quasi olympien. Il y avait eu une maturité effrayante dans ses yeux et une part de l'innocence qu'il avait gardé jusque là avait disparue.

Le jeune homme avait toujours su que la vie pouvait être dure. Qu'elle pouvait faire mal. Il connaissait la véritable souffrance et les peurs. Ce que la série de fièvres avait changé ?

Il était simplement devenu plus fort. La quarantaine avait renforcé un sentiment de grande solitude en lui et l'avait isolé de presque tout son système de soutien. Egal s'était épuisé à s'endormir debout pour veiller sur lui. Et dans ces moments où l'elfe se reposait enfin, Alexandre avait tout le temps de réfléchir à sa vie passée, à son avenir, à ses rêves et ses doutes.

Se sentant souvent sans repère et perdu pendant que son corps se battait contre les maladies, Alexandre avait été comme un insecte noyé par un courant trop fort.

Les hallucinations qu'une température élevée avait causé... n'avaient pas aidé.

Alex se rappelait le premier jour de sa nouvelle vie, ce jour où il avait été détruit et reconstruit. Il pouvait à la fois sentir les mains sales et dégoûtantes sur lui et celles remplies d'amour et de gentillesse. L'homme qui l'avait attaqué et l'homme qui l'avait sauvé. C'est en se souvenant qu'il se retrouva à séparer les deux de plus en plus et à analyser chaque secondes de sa vie des deux dernières années. Il lui arrivait d'essayer d'imaginer ce qui serait arrivé si rien n'avait changé. S'il était resté Harry, s'il n'avait pas été si terriblement blessé, s'il Severus Rogue n'était pas devenu son père. Il avait beau essayer tout ce qu'il pouvait voir c'était un futur noir et sanglant.

Les choses n'étaient pas faciles même protégé comme il l'était. La vie telle une épreuve sans fin suivait son cours. Mais entre la vie de Harry Potter et celle d'Alexandre il y avait tout un monde de différences. Harry avait trouvé du soutien et de l'amitié et pourtant cela n'avait pas suffit. Alex avait trouvé une famille, des amis, l'amour et le bonheur. Alex semblait avoir plus...

...pourtant ce qui séparait vraiment les deux vies n'était pas un sentiment ni ce soutien précieux. Ce qui les avait fait ainsi diverger c'était ce qui avait été 'enlevé'. C'était ce poids de soi-disant destinée, ces attentes que d'autres avaient eu envers Harry, l'image qui avait été construite pour Harry et posée sur lui sans son accord. Le masque que d'autres avaient voulu voir, la marionnette que d'autres avaient manipulé. Ces fils entre les mains de tant de personnes qui avaient été coupés le jour où Harry était devenu Alexandre.

Et ce qu'Alex voyait entre les rêves, cauchemars et fièvres, c'était cette lourde statue de marbre érigée par le monde sorcier. Un héro que toute une population avait souhaité et fabriqué.

La vie ne tenait qu'à peu de chose. À ce fil près qui ne pouvait parfois pas même être entaillé. Et il avait fallu... un viol... pour arracher ce seul lien.

Combien de personnes au monde ne pouvait échapper au poids posé sur eux par d'autres ?

Et à quel prix certains arrivaient à se libérer ?

Pour Alexandre le prix avait été immense. Douloureux. Mais le jeune homme réalisait maintenant qu'il ne pouvait pas passer cette nouvelle vie à se souvenir et imaginer.

Il lui fallait avancer. Il le faisait déjà cependant son énergie était concentrée à surmonter le passé. Alex essayait de devenir plus fort et de survivre, de vivre. Cette bataille sans fin était plus épuisante que ces trois semaines de maladies sorcières. Alors que fallait-il pour enfin vivre hors de ce constant combat ?

Pour gagner quelques secondes de paix ?

À la fin de ces trois semaines, Alex en était venu à comprendre ce qu'il devrait faire. Au lieu de survivre ses souvenirs, sa mémoire, il devrait créer de nouvelles photographies de vie. Il devrait mettre son énergie à vivre chaque seconde et à se construire sur elles. Il aurait toujours la même base : celle qui était Harry. Il aurait toujours les mêmes instants de métamorphoses : ses parents morts, l'entrée dans le monde sorcier, Voldemort, le viol, Alexandre.

Mais Alexandre devait cesser de construire sa nouvelle vie selon ses souvenirs, il devait bâtir par-dessus sa base et sa vie quelque chose de nouveau. Se rappeler était important, créer l'était tout autant. Le jeune sorcier devait trouver l'équilibre entre ces deux parts de lui-même.

Grandir est une évolution constante qui ne s'arrête pas arrivé à l'âge adulte. Devenir plus vieux ne signifie pas stagner dans une allégorie qu'on passa sa vie à vouloir atteindre. Prendre de l'âge montre seulement les années qui s'écoulent et qui nous sépare de la fin. Et du début d'une vie à sa fin jamais un être ne s'arrête de découvrir et d'apprendre. Il peut devenir plus fort, plus faible, plus malin ou moins. Il ne pers pas son enfance et ses rêves, il les enfonce parfois dans les ténèbres pour ne pas se rappeler qu'ils existent. La maturité n'est pas une fin mais la compréhension qu'on ne cesse jamais d'évoluer.

Alexandre acceptait finalement ce mouvement de l'esprit, cette danse infinie des pensées. Et pendant que la fièvre rageait il renforçait le fort de son âme. Cette solitude qui n'était qu'à lui et qui lui permettait de réfléchir à tout ce qu'il était avait été nécessaire.

Il serait heureux pourtant de se laisser aller dans les bras de son père. D'être un fils et se sentir en sécurité. Gagner en sagesse ne l'empêcherait pas de garder l'enfant et la joie pure que s'amuser pouvait procurer. C'était le choix d'Alexandre : que son âme soit en partie l'adulte et partie l'enfant à égalité. Une harmonie de l'être.

Enfin, dans le cocon de ses draps, Alexandre s'endormit paisiblement. À son réveil les semaines de solitude seraient passées et ses proches seraient à ses côtés. Il s'appuierait sur eux tout autant qu'il leur offrirait son soutien. La vie suivait son cours.