Merci à Mimi70, Annadriya et Aya70 pour leurs reviews.
Je tiens à prévenir tout le monde avant la lecture de ce chapitre : les elfes de la Lothlorien ne viendront pas aider les Rohirrims au Gouffre de Helm. Ça se passera comme dans le livre. Enfin… jusqu'à un certain moment, vous le verrez en lisant. Mais ce chapitre est bien plus long que tous les autres écrits jusqu'ici, croyez-moi !
Sur ce, bonne lecture !
DISCLAIMER : Aucun personnage ne m'appartient, tout est à J. R. R. Tolkien, sauf Ellora, Hélène et cie.
Chapitre 29 :
Plusieurs batailles à mener
Appuyée contre la rambarde de la muraille du Gouffre de Helm, Ellora fixait l'horizon. Depuis son arrivée ici, elle n'arrivait plus à se concentrer. Elle avait essayé, pourtant.
Elle avait aidé les gens à descendre les provisions dans les cavernes. Elle avait aussi aidé à soigner les blessés, sa magie avait fait des miracles. Des soldats avaient parlé de ses exploits pendant la bataille contre les Wargs. On la respectait désormais, on la jugeait digne de combattre. Elle était plus qu'une simple dame. Mais Ellora s'en fichait. Elle ne croyait rien de ce qu'ils pensaient. Elle n'était pas forte. Elle était incapable de protéger ses amis, car elle venait encore d'en perdre un. Elle avait pleuré au début, sitôt arrivée, quand Gimli avait annoncé la nouvelle à Eowyn.
Mais après, elle avait ressenti quelque chose de bizarre. Comme l'impression que son chagrin était… déplacé. Pourquoi ? Aragorn était mort, non ? Elle s'était donc empressée de s'atteler à d'autres activités, avant de finalement s'isoler ici pour réfléchir.
Pourquoi je m'accroche à l'espoir, malgré ma propre conscience ? pensa la jeune fille.
Peut-être parce que Gandalf était revenu à la vie ? Mais Boromir n'était pas revenu, lui. Et pourquoi ? Parce qu'il n'était qu'un humain. Aragorn aussi l'était, malgré le peu de sang d'elfe qu'il tenait de ses ancêtres.
Et elle ? Si elle mourait, que feraient les Valars ? Varda l'aiderait-elle ? La ferait-elle revenir ? Ou bien irait-elle dans ces fameuses cavernes de Mandos dont Gandalf lui avait parlé ? Où allaient les gens comme elle, qui venaient d'un autre monde ?
Elle en était là de ses pensées, quand elle sentit son visage se tourner malgré lui vers un point précis à l'horizon. Curieuse, elle porta son attention dessus et se raidit. Un cheval venait vers cet endroit. Son cavalier avait l'air mal en point, il avait la tête un peu trop penchée en avant, et il semblait en piteux état.
Ellora serra fort la rambarde de pierre entre ses doigts, au risque de se casser les ongles. Lorsqu'il fut sur le pont, devant la porte, elle sentit son cœur exploser de joie.
Elle courut jusqu'à la cour d'entrée où déjà, les habitants du Rohan s'agglutinaient autour de lui, surpris et heureux de le retrouver en vie.
« Où est-il ? Où est-il ? Laissez-moi passer ! Je vais le tuer ! » beugla Gimli en poussant les gens sur son passage.
Ellora le suivit de près, bien décidée elle aussi à se venger. Enfin, elle put voir Aragorn alors qu'il descendait avec peine de son cheval. Il était dans un sale état. Ses vêtements étaient trempés, sa cape de travers et à déchirée, comme la manche de son épaule droite, laissant voir une entaille sanglante.
« Vous êtes le plus chanceux, rusé et téméraire des Hommes que j'ai connus ! Soyez béni, l'ami ! » dit Gimli en serrant fort Aragorn dans ses bras.
Le rôdeur sourit, puis se tourna vers Ellora. Celle-ci fit la grimace, puis s'approcha, le regarda des pieds à la tête puis… le gifla.
« Ça, c'est pour m'avoir fait une peur bleue ! Et ça… »
Elle l'attira contre lui pour le serrer dans ses bras.
« … c'est pour être revenu », finit-elle.
Aragorn la serra contre elle. Cette fille avait vraiment un caractère imprévisible, mais bon. Lui aussi était heureux de la revoir.
« Ellora, où est le roi ? » demanda Aragorn en se détachant de la jeune fille.
Souriante, celle-ci le conduisit à travers le fort, jusqu'à l'escalier menant au bâtiment royal. Les gens étaient nombreux ici, car l'accès aux cavernes se faisait par là. Se frayant un chemin à travers la foule occupée à entasser les provisions, Ellora et Aragorn se figèrent en voyant Legolas debout devant eux. Ce dernier regarda le rôdeur avec un léger sourire.
« Le ab-dollen », dit-il.
Ellora leva les yeux au ciel. Tout ce qu'il trouvait à dire à Aragorn, c'était qu'il était en retard ?
« Vous avez une mine affreuse », dit Legolas, avec un air faussement critique.
Aragorn eut un léger rire. Ellora regarda l'elfe sortir d'une poche de sa tunique le médaillon d'Arwen pour le lui remettre. Le rôdeur regarda Legolas avec surprise. Ce dernier lui offrit un sourire complice. Ellora sourit elle aussi.
« Hannon le », dit Aragorn, avec sincérité.
Ellora le regarda ouvrir les portes de la salle et voulut le suivre, quand elle s'aperçut qu'Eowyn les avait observés de loin, depuis un des murs où s'entassaient des sacs de nourriture. Tiens, pourquoi n'était-elle pas venue voir Aragorn, elle qui avait pleuré sa pseudo-mort ? Elle comprit soudain en voyant le visage fermé de son amie.
Oh non ! Pitié, pas un triangle amoureux ! pensa la jeune fille.
Pourtant, elle se souvint de ses pensées à Fondcombe, quand elle avait su que Nendir partirait avec Rana en Lothlorien. Elle avait été jalouse, elle aussi. Elle adressa un regard désolé à la princesse du Rohan, puis voulut rejoindre les autres, mais déjà ils sortaient. Apparemment, Aragorn avait vite fait son rapport : une armée de dix mille Uruk-haïs seraient là ce soir, avant la tombée de la nuit.
Théoden se mit à arpenter le fort, donnant des instructions à ses hommes. Aragorn, Legolas, Gimli et Ellora le suivaient. Soudain, le roi s'approcha d'Ellora.
« Dites-moi, est-ce que votre magie pourrait nous aider à contrer l'armée qui vient vers nous ? »
La jeune fille se raidit. Il avait dit ça avec tellement d'espoir !
« Euh, ben… je ne sais pas ! Je connais quelques sorts, mais… rien pour une armée d'une telle ampleur. Je regrette, monseigneur. »
« Ça ne fait rien », dit le roi avec un sourire pincé.
Ellora le regarda faire demi-tour avec tristesse. Puis elle se ressaisit. Elle avait son grimoire ! Il y avait sûrement quelque chose dedans qui pourrait aider. Elle y jetterait un coup d'œil dès qu'elle aurait le temps…Non, elle allait le faire tout de suite !
Elle s'excusa auprès de ses amis puis courut à l'escalier menant au bâtiment principal. Là, elle s'assit sur les marches pus ouvrit sa sacoche. Elle plongea la main dedans… et se figea, avant de se remettre à fouiller avec fébrilité. Le grimoire avait disparu !
Non ! Impossible !
Qui avait pu faire ça ? Elle courut rejoindre Aragorn et les autres. Théoden était déjà parti avec ses hommes, les trois amis discutaient de la meilleure manière de combattre quand elle les rejoignit, essoufflée.
« Les gars ! Est-ce que l'un de vous m'a pris mon grimoire ? »
« Non. Pourquoi ? » demanda Aragorn.
« Je ne le retrouve plus. »
« Comment ? » demanda Gimli.
« Je voulais chercher dedans une formule qui pourrait aider, mais il n'est plus dans mon sac ! Pourtant, il l'était avant… Oh non ! »
« Quoi ? Qu'y a-t-il ? » demanda Aragorn.
« Je l'ai peut-être perdu pendant la bataille contre les Wargs… »
Aragorn poussa un soupir.
« Si vous n'étiez pas venue participer à la bataille, cela ne se serait pas produit. »
« Eh, je suis désolée, j'ai désobéi, je le reconnais ! Mais j'ai aidé, j'ai sauvé des vies, je vous signale ! »
« Et moi, je voulais protéger la vôtre ! » dit Aragorn, dont le ton commençait à monter.
« Pourtant, c'est vous qui avez failli mourir ! » répliqua Ellora, les joues rouges de colère.
« Cela n'ôte rien au fait que vous refusez d'obéir aux ordres, et ce point justifie que je ne vous laisserai pas participer à la bataille de ce soir. »
« Ah oui ? Pourquoi ça ? » siffla Ellora.
« Nous devrions peut-être en parler ailleurs », dit Gimli, mal à l'aise, d'autant que tout le monde autour d'eux les regardait.
« Non, Gimli. Pas la peine. Je sais déjà où cette discussion va mener. Aragorn va me dire que c'est parce que je suis une fille, que je suis faible, que ma place est dans les cavernes avec les autres femmes et les enfants. Mais non, c'est pas ça, la vraie raison. Vous voulez que je vous dise ce que c'est, en réalité ? C'est qu'Aragorn a la trouille. »
« Je vous demande pardon ? » dit le rôdeur d'une voix calme, trop calme. Legolas et Gimli se tendirent. Quand leur ami prenait ce ton-là, c'était mauvais signe.
« Vous avez peur, Aragorn. Vous avez peur de ne pas réussir à protéger ces gens. Et surtout, vous avez peur du sang qui coule dans vos veines, parce que vous êtes un lointain descendant d'Isildur. J'ai bien vu votre tête quand Théoden a été libéré de l'emprise de Saroumane, et qu'il a avoué combien ses rêves avaient été sombres. Vous vous demandiez si vous pouviez vous retrouver dans la même situation. Et moi, que devrais-je dire, hein ? Je suis plus à plaindre que vous, je suis une descendante de Saroumane ! Mais non, je ne me remets pas en question, je reste et je me bats. »
Aragorn serra les poings. Ellora avait touché une corde sensible, et il mourrait d'envie de la remettre à sa place.
Il répondit en haussant le ton :
« Vous vous trompez sur toute la ligne, Ellora ! Vous vous dressez contre les traditions de ce monde uniquement parce que vous pensez avoir tous les droits, de par vos origines, vos pouvoirs et votre lien avec les Valars, mais… »
« MON LIEN AVEC LES VALARS ? OH ! Elle est bien bonne, celle-là ! Vous croyez que je suis en communication directe avec eux, genre, je peux leur téléphoner quand ça me chante et leur demander un coup de main ? Non, Aragorn ! Je n'ai le soutien de personne ! Je n'ai jamais rencontré les Valars, je n'ai jamais entendu leurs voix dans ma tête et je ne m'en plains pas, j'avoue ! Mes pouvoirs ne me facilitent pas du tout la vie, au contraire, j'ai été capturée par les Uruk-haïs avec Merry et Pippin à cause de ce que je suis ! Gandalf lui-même me l'a rappelé à chacune de ses leçons : la magie ne résout pas tous les problèmes. J'ajouterai qu'en plus, j'ai utilisé ces satanés pouvoirs pour combattre ma propre mère, je l'ai affrontée pour rester avec vous tous ! Et vous, vous prétendez que je me la joue rebelle et que j'ai quelque chose à prouver ? Sale macho prétentieux, débile, arriéré ! Je ne comprends même pas ce qu'Arwen vous trouve, alors que vous n'êtes qu'un mortel ! »
Aragorn n'eut pas le temps de répliquer, car Ellora se retourna et se précipita vers le bout du chemin de ronde pour descendre en courant les escaliers.
Une fois en bas, elle se fondit dans la foule et courut se cacher derrière une rangée de tonneaux. Là, elle se laissa tomber au sol et se mit à pleurer. Elle ne s'était pratiquement jamais disputée avec Aragorn, auparavant. Dire qu'il était revenu i peine une heure ! Elle était vraiment heureuse de le revoir en vie, mais elle n'avait pas supporté l'idée qu'il la mette à l'écart, encore une fois.
Elle entendit soudain des éclats de voix et vit des soldats passer parmi les gens, pour prendre tous les hommes qui seraient en état de les aider au combat. Elle eut le cœur serré en les voyant emmener des enfants et des vieillards. Cela ne fit que la conforter dans son opinion : elle devait participer au combat.
La jeune fille aperçut Aragorn, Legolas et Gimli. Elle hésita, puis les suivit à distance. Elle ne voulait pas rester en mauvais termes avec son ami, mais elle ignorait s'il était en état de lui parler. Elle s'approcha, écoutant ce qu'ils se disaient. Aragorn semblait réfléchir quant au meilleur moyen de disposer les troupes pour la bataille.
« Alignons les réservistes le long du mur, en soutien aux archers », dit le rôdeur.
« Aragorn, vous devez vous reposer », l'interrompit Legolas. « Fatigué, vous ne serez guère utile. »
Soudain, une voix féminine résonna devant eux. Eowyn courut jusqu'à eux. Elle semblait en colère.
« Monseigneur ! Aragorn ! J'emmène les femmes dans les cavernes. »
« Honorable mission », approuva Aragorn.
« S'occuper des enfants, préparer la nourriture et lit en attendant le retour des hommes… Quelle gloire y-a-t-il à cela ?! »
« Gente dame, un jour, ce courage-là sera reconnu. Sur qui comptera votre peuple en dernier recours ? »
« Laissez-moi combattre à vos côtés. Ellora vous a bien suivi dans toutes vos aventures, jusqu'ici ! »
Un peu plus loin, Ellora regarda Eowyn avec un sourire reconnaissant.
« Je n'ai pas le pouvoir d'en décider. Et je n'ai pas l'intention de laisser Ellora prendre ce risque non plus. Elle ira dans les cavernes avec vous », dit Aragorn.
Ellora sentit ses mains se crisper seules. Eowyn reprit la parole en haussant le ton :
« Vous emmenez pourtant les autres ! Ils veulent se battre à vos côtés et pourquoi ? Parce qu'ils vous aiment ! »
Ellora se raidit. Oh non ! Ça y est, la princesse du Rohan l'avait dit ! Aragorn la regarda, puis baissa tristement les yeux.
« Pardonnez-moi », souffla Eowyn, avant de reprendre sa route avec les autres.
Aragorn la regarda s'éloigner. En la voyant passer devant Ellora, il se tendit. La jeune fille lui lança un regard mauvais, comme pour dire : « Voilà, vous êtes fier de vous ? »
Puis elle s'éloigna. Elle suivit quelques minutes les gens puis, arrivée devant l'entrée des cavernes, elle s'arrêta. Non, elle n'y entrerait pas. Elle n'y était pas à sa place.
Elle fit brusquement demi-tour puis prit l'autre chemin en longeant le mur, de façon à ne bousculer personne. Elle rabattit la capuche de sa cape elfique sur sa tête puis suivit des hommes jusqu'à l'armurerie. Une chance, il y avait tellement de monde qu'elle passerait inaperçu. Tout le monde était trop occupé à trouver une bonne épée ou un arc suffisamment solide pour avoir une chance de survivre à la bataille de ce soir.
Ellora n'avait pas besoin d'épée, elle avait déjà la sienne, une très bonne lame de la Lothlorien. Mais un arc lui serait utile. Elle venait juste d'en trouver un quand elle vit que tout le monde avait cessé ses activités pour se tourner vers un point précis de l'armurerie. Legolas se trouvait là, discutant avec Aragorn et Gimli.
« Il y a de quoi. À 300 contre 10000 ? » dit le prince en elfique, sur un ton désabusé.
« Ils se défendront mieux ici qu'à Edoras », répondit Aragorn.
« Aragorn, c'est une bataille qu'ils ne peuvent gagner. Ils mourront tous ! » cria presque le prince.
« Alors, je mourrai comme l'un d'entre eux ! » répliqua Aragorn, avant de faire demi-tour et sortir de l'armurerie.
Il était si fâché qu'il ne vit pas Ellora et la bouscula au passage. Troublée, Ellora le regarda s'éloigner. D'abord, il se disputait avec elle, puis Eowyn et maintenant Legolas… La jeune fille se prit la tête dans les mains. Décidément, tout le monde était sur les nerfs !
Ellora se retourna pour saisir un carquois rempli de flèches, quand elle vit quelque chose passer juste devant son visage. Elle baissa les yeux et vit qu'il s'agissait d'un papillon.
Surprise, elle regarda l'insecte voleter devant son visage avant de prendre le chemin de la sortie. Curieuse, elle ne put s'empêcher de le suivre.
Le petit insecte la conduisit jusque dans une aile isolée du fort, derrière un tas de sacs de sable et de tonneaux. Là, elle vit une silhouette dans l'ombre, drapée d'une grande cape de velours bleu nuit.
« Qui êtes-vous ? » demanda Ellora.
Deux fines mains blanches jaillirent de sous la cape. Les pans de celle-ci s'écartèrent, révélant l'éclat d'une belle robe bleue. L'inconnu abaissa sa capuche, laissant apparaître le visage d'une femme à la beauté éclatante. Ses longs cheveux étaient aussi noirs avec des reflets bruns. Elle posa ses yeux emplis de sagesse sur Ellora et lui sourit.
« Je suis heureuse de te rencontrer, enfin, Ellora. »
La jeune fille fronça des sourcils. Qui était cette femme ? Ce n'était pas une elfe, ses oreilles étaient rondes. Mais il se dégageait d'elle une aura plus belle et plus pure que celles des elfes. Elle dépassait nettement celle de Galadriel, Ellora le sentait d'instinct !
« Qui êtes-vous ? »
« Je me nomme Ilmarë. »
« Ilmarë… »
Ellora se souvint brusquement de ce que Gandalf lui avait dit, lors de leur première rencontre à Fondcombe, le jour où il lui avait révélé ses origines :
« La mission d'Ilmarë est de veiller sur les Maiars féminins, elle les guide et leur rapporte parfois la parole de Varda. Mais ce que peu de gens savent, c'est qu'Ilmarë avait aimé un homme, pendant un temps. »
Ilmarë… son ancêtre ! Et la fille de Varda, la reine des Valars !
« Vous êtes mon ancêtre ?! » dit la jeune fille, choquée.
Ilmarë acquiesça en souriant.
« Ravie de voir que tes leçons avec Gandalf ont porté leurs fruits. Tu as appris bien des choses sur ce monde. »
Ellora fit silence, dévorant des yeux cette femme qui était une lointaine parente. Elle avait du mal à croire qu'elle descendait d'une telle créature divine. À côté d'elle, Ellora se sentait gauche et laide. Mais elle se sentait liée à cette Maiar, et cela l'apaisait.
« Je suis venue te proposer l'asile dans les Terres Immortelles, jusqu'à la fin de cette bataille », dit Ilmarë.
« L'asile ? Quoi, moi ? Mais je… je croyais qu'un séjour aux Terres Immortelles se méritait ? Gandalf a dit que… »
« Gandalf a été envoyé en Terre du Milieu pour aider les peuples libres à se défendre contre Sauron. Mais rien n'a été décidé pour toi, Ellora. Je ne me suis jamais fait trop de souci pour toi ni mes autres descendants, car tous étaient en sécurité dans un autre monde, à l'abri du Seigneur des Ténèbres. Ma mère Varda avait tissé un sort pour les protéger, afin que je puisse m'acquitter de ma tâche sans que mon cœur soit trop rongé par le chagrin et les regrets. Mais en laissant une descendante de Saroumane mêler son sang à celui des miens, la donne a changé pour toi comme ton frère. Ici, tu n'es pas en sécurité. »
Ellora hésita. La proposition d'Ilmarë était certes tentante et la touchait, mais elle avait déjà pris sa décision.
« Non, je ne peux pas abandonner mes amis. J'apprécie ce que vous faites pour moi, mais je dois rester. »
« Ellora, réfléchis ! Si jamais Saroumane ou Sauron te capture, que deviendront tes amis ? Tu deviendras toi-même une menace pour eux, la plus terrible de toutes ! Et je refuse de laisser quelqu'un de mon sang courir un tel risque. »
« Pourtant, vous… »
Ellora se ressaisit. Elle avait failli lui dire qu'elle n'avait pas fait grand-chose pour elle dans la Moria, ou quand Boromir était mort en combattant les Uruk-haïs. Mais c'était injuste. Elle le voyait en cet instant. Elle lisait de la peur dans les yeux de cette Maiar, la peur d'une mère pour un de ses enfants.
« Non, Ilmarë. Je reste. J'ai des amis à protéger et un frère à sauver. »
La Maiar baissa tristement la tête.
« Je comprends… je ne puis te forcer, hélas. »
Elle se retourna et commença à s'éloigner, quand Ellora se souvint de quelque chose.
« Attendez ! Dites… j'ai perdu mon grimoire. Est-ce que c'est vous qui…? »
Ilmarë se tourna vers elle et haussa un sourcil étonné.
« Non. Tu penses qu'on te l'a volé ? »
« Apparemment, oui… »
« Seul un membre de ma lignée peut le prendre. »
Ellora mit quelques secondes à comprendre le sens de cette phrase. Quelqu'un de sa famille l'aurait pris ?! Mais qui ?
Elle sursauta lorsqu'Ilmarë posa la main sur son épaule. La jeune fille sentit une délicieuse onde de chaleur traverser ses vêtements et envahir son corps.
« Tu n'as pas vraiment besoin du grimoire pour utiliser ta magie, Ellora. Le savoir de Valinor est en toi. Le grimoire n'est qu'un moyen de s'en servir. Mais si tu cherches, tu trouveras la réponse en toi. Rappelle-toi d'où tu viens. Rappelle-toi qui tu es. »
« Je ne comprends pas. »
Ilmarë lui adressa un sourire énigmatique, avant de se pencher pour l'embrasser sur le front. Ellora sentit comme une chaleur apaisante se répandre en elle au contact des lèvres de la Maiar sur son front. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, Ilmarë avait disparu.
La jeune fille poussa un soupir. Quelle journée ! Et pourtant, la soirée serait encore plus chargée, elle le savait. Au moins, avec l'obscurité de la nuit, nul ne la remarquerait ! Elle rejoignit les soldats sur les remparts. En effet, lorsqu'elle atteignit la ligne d'archers sur la muraille est, personne ne lui accorda un regard ni ne lui adressa la parole. Pas même Gimli, à quelques mètres d'elle sur sa droite, ni Legolas juste à côté du nain.
Bientôt, tout le monde fit silence. Jamais Ellora n'aurait cru qu'une forteresse si peuplée puisse se faire si calme ! Mais elle s'aperçut que le silence n'était pas réel : au loin, un martèlement régulier résonnait. Et il grandissait, lentement mais sûrement.
Les Uruk-haïs arrivaient. Ils furent bientôt visibles, créatures noires aux armures sombres et aux armes grossières, mais pointues, prometteuses de mort. Nombre d'entre eux portaient des torches. On aurait dit une immense vague de goudron en feu, qui se rapprochait doucement de la forteresse pour l'engloutir.
« Vous auriez pu choisir un meilleur endroit ! » dit Gimli, dont la tête ne dépassait pas la muraille.
Legolas eut un léger sourire, tout comme Ellora. Mais lorsqu'elle vit Aragorn les rejoindre, elle détourna la tête.
Cela ne l'empêcha pas d'écouter Gimli, qui dit au rôdeur : « Mon ami, quelle que soit votre chance, espérons qu'elle vous fera passer la nuit. »
Un coup de tonnerre retentit, tandis qu'un flash éclaira fugitivement le fort et tous ses défenseurs.
« Vos amis sont avec vous, Aragorn », dit Legolas.
Ellora sourit en entendant l'elfe dire cela. Oui, ils étaient tous là.
« Pourvu qu'ils passent la nuit », dit Gimli.
Aragorn acquiesça, avant de s'éloigner vers le centre de la muraille. Ellora sentit soudain quelque chose tomber sur sa tête. Elle leva les yeux au ciel et se retint de gémir. Oh non, voilà que la pluie s'y mettait !
Les Uruk-haïs s'arrêtèrent à une bonne cinquantaine de mètres de la forteresse et là, ils regardèrent leurs ennemis avant de se mettre à grogner. Ellora réalisa qu'ils étaient horriblement nombreux. Elle voyait des torches jusqu'à l'horizon !
Elle serra plus fort son arc dans ses mains.
Concentre-toi ! Tu ne peux plus faire marche arrière !
C'était vrai. Elle avait refusé d'obéir à Aragorn, elle avait même refusé l'offre d'Ilmarë. Elle ne faiblirait pas maintenant. De toute manière, elle n'osait plus bouger, comme tous les autres soldats autour d'elle.
Seul Gimli l'osait. Il s'appuyait d'une main sur le mur et essayait de sauter suffisamment haut pour regarder.
« Qu'est-ce qu'il se passe, là-bas ? » demanda le nain.
« Dois-je tout vous décrire ou vous trouver un marche-pied ? » demanda Legolas.
Gimli répondit par un ricanement.
Au moins, ces deux-là n'ont pas perdu leur sens de l'humour ! se dit Ellora, souriant malgré elle.
Les Uruk-haïs se mirent à marteler le sol de leurs lances en poussant des cris guerriers.
Aragorn dégaina son épée. Les archers bandèrent leurs arcs. Ellora en fit de même, ainsi que Legolas. Mais ils attendirent. Ce ne serait pas à eux de commencer.
Ellora sentit la terre trembler. Toute l'armée ennemie devait s'être mise à frapper le sol avec ses lances maintenant, montrant aux Rohirrims leur force et leur supériorité numérique.
Soudain, un flèche d'archer du Rohan sortit de nulle part et vint se planter dans le corps d'un des monstres. Ellora comprit que l'un des plus vieux hommes avait dû laisser le coup partir tout seul, ses mains avaient dû trembler soit de peur soit à cause de l'âge.
« Attendez ! » cria Aragorn.
Trop tard. Les autres Uruk-haïs cessèrent aussitôt leur manège et regardèrent leur camarade tomber au sol en poussant un dernier cri, un gémissement d'agonie. Les monstres se mirent alors à pousser des cris enragés.
La bataille commençait.
« Parez à tirer ! » cria Aragorn.
Les archers se mirent tous en position.
« Leur armure a une faille au cou et sous les bras », dit Legolas.
« Décochez les flèches ! » cria Aragorn.
Tout le monde s'exécuta. Les flèches humaines fendirent l'air et frappèrent plusieurs Uruk-haïs en première ligne.
« Il y a des morts ? » demanda Gimli.
Mais d'autres Uruk-haïs derrière n'attendirent pas et continuèrent de courir, en piétinant les cadavres au passage. Les archers sortirent de nouvelles flèches et se remirent à tirer, sous les encouragements de Gimli.
« Amenez-les-moi ! Allez ! » dit le nain en brandissant fièrement sa hache.
Bientôt, malgré les pluies de flèches, les Uruk-haïs atteignirent la muraille et dressèrent des échelles.
« Échelles ! » cria Aragorn.
« Parfait ! » cria Gimli.
Les monstres se mirent à grimper, puis atteignirent le chemin de ronde. Les soldats armés d'épées se mirent alors à les combattre, tandis que les archers s'efforçaient de continuer de tirer. Gimli fut le premier à en abattre un, et ce avant même qu'il ait posé le pied sur la muraille !
Ellora abandonna son arc pour prendre l'épée. Heureusement qu'elle s'était réentraînée, ces deux derniers jours ! Mais les Uruk-haïs étaient nettement plus grands et coriaces que les Orques, elle devait tenir son épée à deux mains pour parer ou porter des coups puissants. Elle en aperçut un qui semblait se faire un plaisir de tuer tous ceux qui l'entouraient, autant humains que monstres, en envoyant des coups d'épée autour de lui.
Gimli glissa au sol jusqu'en dessous de lui et le frappa avec son épée en plein ventre, tuant net le monstre. Il se redressa et cria :
« Legolas ! Et de deux ! »
« J'en suis à dix-sept ! »
« Hein ? Ah non, je ne laisserai pas gagner une paire d'oreilles pointues ! »
Le nain se remit à tuer avec autant d'ardeur que possible. Legolas tira deux autres flèches, puis annonça son score : dix-neuf !
Ellora poussa un juron tout en tuant un autre Uruk-haï. Dire qu'elle avait horreur des maths ! Puis, jugeant qu'il n'était plus autant nécessaire de se cacher, elle tua un monstre d'un coup d'épée puis tendit une main vers l'échelle où Gimli attendait que chaque monstre se présente pour le tuer. L'Uruk-haï en train de monter se figea, sentant l'échelle trembler sous lui.
Soudain, sans raison apparente, elle se souleva puis bascula dans le vide, tombant de l'autre côté et écrasant tous les Uruk-haïs dessus ainsi que ceux qui attendaient en bas pour monter !
Médusés, Legolas et Gimli regardèrent la jeune fille, qui venait d'ôter sa capuche et leur dit : « Vingt d'un coup ! »
Ses deux amis hésitèrent puis se remirent à combattre avec toute l'énergie possible. Tant pis pour la discussion, elle viendrait après la bataille ! Ellora finit par avoir le coup de main : elle parvenait à contrer des attaques avec son épée puis, une fois le champ suffisamment dégagé, elle se concentrait alors sur les échelles et en renversait une à deux avant de s'attaquer à un autre Uruk-haï près d'elle.
Gimli venait de tuer son vingt-troisième Uruk-haï quand Aragorn cria aux archers de concentrer leurs tirs sur la chaussée. Ils allaient forcer la porte principale du fort ! Les archers se mirent à tirer, abattant les Uruk-haïs qui transportaient un bélier.
Depuis l'entrée du bastion, Théoden eut un sourire narquois.
« Est-ce là tout ? Est-ce tout ce que peut faire votre magie, Saroumane ? » dit le roi du Rohan.
Nul ne vit en bas un petit groupe d'Uruk-haïs transportant de mystérieuses boules en acier jusqu'à l'égout de la muraille. Pourtant, lorsque les Uruk-haïs émirent des cris d'encouragement et que l'un d'eux, armé d'un flambeau à étincelles, courut vers le soupirail, Aragorn comprit.
« TOGO HAN DAD, LEGOLAS ! » cria Aragorn.
Le prince elfe obéit et tira une première flèche pour l'abattre. Mais le monstre poursuivit sa course.
« DAGO HAN ! DAGO HAN ! » scanda Aragorn.
Legolas visa plus soigneusement, espérant cette fois l'atteindre à un point mortel. Mais la deuxième flèche ne servit à rien. Ellora comprit avec horreur que cet espèce de kamikaze allait y arriver. Et il y arriva. Il s'engouffra dans l'ouverture.
Une formidable explosion se produisit alors. Ellora avait déjà vu des explosions dans des films. Elle en avait même provoqué une en cours de chimie, lors d'un projet pour une idée de propulseur à charbon. Elle avait pratiquement décimé le laboratoire de l'école. Sa seule consolation avait été que Parvati avait été à l'origine de l'explosion en calculant mal le dosage des ingrédients. Ellora n'avait fait que respecter les instructions. Le problème était qu'on n'avait jamais retrouvé le hamster du professeur de sciences.
Mais cette explosion-là fut énorme, si puissante que la jeune fille fut projetée en arrière par le souffle et tomba au sol, sous une pluie de décombres. Elle se redressa maladroitement. Ses oreilles sifflaient, elle entendait tout avec une impression qu'on lui avait plaqué de gros écouteurs sur la tête qui étouffaient les bruits. Tandis que son ouïe revenait, elle vit des gens se redresser autour d'elle. Au moins, cette explosion avait aussi fait des dégâts chez les Uruk-haïs, autant sur la muraille qu'en bas.
Mais quand elle baissa les yeux vers l'ouverture dans le mur, elle fut horrifiée de voir se redresser au sol, parmi les cadavres en bas…
« ARAGORN ! » cria la jeune fille.
Le rôdeur leva la tête, surpris d'entendre son amie. Des Uruk-haïs profitaient de l'ouverture créée pour entrer, et ils fonçaient droit sur le rôdeur qui ne s'était pas encore redressé !
Sans hésiter, Ellora saisit son épée à deux mains et sauta sans hésiter dans le vide. Arrivée au sol, juste devant les Uruk-haïs, elle frappa le sol de son épée, créant une violente vague d'énergie qui fit basculer une bonne trentaine d'ennemis au sol.
« ELLORA ! » cria Aragorn en se levant.
Tandis que les Uruk-haïs peinaient à se redresser, Ellora se mit à les tuer à coups d'épée. Mais leur nombre eut bientôt raison d'elle, car d'autres arrivaient déjà pour prêter main-forte. Voyant son amie en difficulté, Gimli sauta à son tour de la muraille et sauta sur un tas d'Uruk-haïs. Il se redressa et se mit à en abattre avec sa hache, aux côtés de la jeune fille. Aragorn se tourna vers les archers derrière lui et leur cria des ordres. Les flèches sifflèrent et se plantèrent dans le corps des Uruk-haïs.
« CHARGEZ ! » cria Aragorn.
Les soldats dégainèrent leurs armes puis foncèrent dans le tas, Aragorn en tête du groupe. Leurs armes heurtèrent les lances des Uruk-haïs, certains furent empalés, d'autres comme Aragorn purent se frayer un chemin et affronter les monstres face à face. Resté en haut du mur, Legolas attrapa un bouclier traînant au sol puis le fit glisser devant lui. Il sauta dessus et, tout en descendant les escaliers comme sur une planche de surf, il tira sur des Uruk-haïs. Arrivé en bas, il sauta du bouclier qui alla se planter dans la gorge d'un monstre. L'elfe dégaina ses dagues et passa au corps-à-corps.
Ellora venait de tuer un autre Uruk-haï quand elle sentit une douleur dans sa tête, près du front. Elle comprit avec horreur qu'elle arrivait au bout de ses réserves, elle n'avait presque plus d'énergie pour lancer des sorts ! Et le fait de se battre non-stop ne l'aidait pas du tout.
Elle vit un nouvel adversaire foncer sur elle. La jeune fille tendit la main d'instinct pour le foudroyer, mais rien ne vint. Rien, sinon la fatigue et une douleur cuisante, qui envahit tout son corps et la fit tomber au sol. Elle regarda son ennemi approcher, prêt à l'embrocher, quand soudain… il se figea. Ellora n'y comprit rien. Pourquoi restait-il immobile ? On aurait dit qu'il venait d'être changé en statue ! Elle réalisa soudain que c'était le cas pour tout le monde autour d'elle. Le champ de bataille entier semblait soudain s'être changé en une de ces stupides reproductions que les musées exposaient dans son monde.
« Alors, grande sœur ? Je t'imaginais plus forte. »
Ellora regarda autour d'elle, cherchant la source de cette voix. Elle finit par l'apercevoir. Une personne marchait entre les pétrifiés et s'approchait d'elle. En voyant sa grande cape noire, Ellora prit peur. Puis elle se ressaisit. Si ç'avait été un Nazgûl, elle aurait eu bien plus peur. Une fois à sa hauteur, cet inconnu lui tendit la main.
« Qui es-tu ? » demanda la jeune fille.
Un rire moqueur lui répondit, et cela mit la jeune fille en colère sans qu'elle sache pourquoi.
« Quoi, tu n'as jamais entendu parler de moi ? Je suppose que je devrais être offensé… »
Il ôta sa capuche. Ellora n'en revenait pas. Son frère se tenait au-dessus d'elle. Il était différent de celui dans ses visions : il avait bien le même visage aux traits minces et anguleux, comme leur mère. Mais ses cheveux étaient aussi noirs que la nuit. Dans sa vision, ils étaient blancs.
« … mais il est vrai que nous n'avons jamais eu l'occasion de nous rencontrer. Je m'appelle Cal. Et je suis ton frère. »
« … C'est toi qui as fait ça ? »
« Quoi ? Oh, ça ! » Il éclata de rire en regardant l'environnement pétrifié autour d'eux. « J'ai juste suspendu le temps pour que nous puissions discuter en privé. Je t'observe depuis que tu as quitté Edoras. J'étais aux côtés de Grima, il suivait mes conseils pour hypnotiser Théoden et le maintenir sous le contrôle de Saroumane. »
Ellora ouvrit des yeux ronds. Son frère en avait parlé comme s'il parlait de sa journée de travail le soir, pendant le dîner, à sa famille. Cal s'agenouilla pour la regarder. Ellora vit que ses yeux étaient dorés.
« Et là, je t'ai vue. Tu te battais contre les gardes de Grima avec tes amis. Tu semblais si… ordinaire ! Si humaine. Et pourtant… »
Il posa la main sur la poitrine de la jeune fille. Celle-ci eut un sursaut. Sa main était si froide !
« … il y a un pouvoir incroyable en toi. Tout comme en moi. Contrairement à Saroumane, je pense que tu as de l'importance. »
« Quoi ? Mais, les Uruk-haïs qui m'ont kidnappée avaient dit que leur maître me voulait ! »
« C'est moi qui leur ai dit ça. Je savais que s'ils te trouvaient en même temps que les Hobbits, ils te tueraient. Il fallait bien que je trouve un moyen de te sauver et de t'amener en Isengard. »
« Pourquoi ? Pourquoi tu t'intéresses à moi ? »
« Ça me semble évident : tu es comme moi. Tu descends des Valars et de l'un des plus grands Istaris de la Terre du Milieu, même s'il est passé du mauvais côté. Nous avons le pouvoir de la Lumière et des Ténèbres en nous, sans oublier la mémoire des Valars, toute leur magie ancestrale ! Nous sommes les gardiens de l'héritage de Valinor ! Nous sommes au-dessus de Sauron et des Valars, regarde ce que je peux faire ici ! Je pourrais tuer tous les Uruk-haïs maintenant, tous les Rohirrims, tes amis ou bien tout le monde en même temps ! Nous pouvons tous les écraser. Nous pourrions diriger ce monde nous-mêmes si nous unissions nos forces, petite sœur ! »
Ellora n'en revenait pas. Elle réalisa soudain qu'elle n'avait pas réfléchi à ce qu'elle ferait lorsqu'elle retrouverait son frère. Qu'avait-elle imaginé ? Rien. Elle avait sûrement eu peur, peur à l'idée de le retrouver mort, ou bien du côté de Saroumane. Et c'était bien ce qu'il était. Elle s'était voilé la face, naïvement. Mais cela n'arriverait plus, elle se le promit en cet instant. Elle réalisa soudain que son frère avait toujours la main posée sur son cœur, et qu'il lui redonnait de l'énergie. Lentement, pourtant. Pourquoi ? Elle comprit soudain que l'énergie qui entrait en elle était sombre et froide.
L'énergie des ténèbres, pensa Ellora.
Elle repoussa la main de Cal et se redressa. Ce dernier recula prudemment.
« Relâche-les », dit Ellora.
« Pardon ? »
« Relâche-les tous, je veux que tu arrêtes ça ! »
« Tu es folle ? J'ai investi une énergie incroyable dans ce sortilège. Je vais tous les tuer, maintenant ! Ne me dis pas que ça t'écœure, je te signale qu'il y a des Uruk-haïs dans le lot ! »
« Je m'en fiche, mes amis sont dans le lot et ce que tu fais est mal ! Ce n'est ni à toi ni à moi de décider du sort d'autrui. Nous ne sommes pas des dieux ! Alors, pour la dernière fois, relâche-les ! »
Cal prit l'air furieux, puis son visage se détendit et il éclata de rire.
« Je vois. Gandalf t'a bien endoctrinée, hein ? Il a fait de toi une gentille petite magicienne de la Lumière. Tu crois que c'est moi, le méchant frère, le ténébreux sorcier de Saroumane. Je vais te montrer que tu as tort ! »
Il tendit la main vers le ciel. Ellora vit alors les nuages dans le ciel se remettre à bouger. Les combattants autour d'eux se remirent à se battre, mais tout était encore lent. Comme une vidéo qu'on aurait remise en marche, mais à la vitesse minimale.
La jeune fille vit les nuages se charger d'éclairs, puis former une puissante tornade au-dessus des montagnes. Le maelström se dirigea vers eux.
Ellora comprit avec horreur que son frère allait faire le ménage !
« NON ! » hurla la jeune fille.
Elle saisit son frère par les épaules. Ce fut une erreur. Elle sentit l'énergie magique du garçon la frapper. Ses mains se mirent à brûler. Cal parut souffrir aussi. Aucun ne supportait l'énergie de l'autre !
« LÂCHE-MOI ! » hurla Cal.
Ellora ne se fit pas prier. Mais alors qu'elle reculait, elle vit de fines traînées de fumée noire et blanche sortir de ses doigts et la lier à son frère. Elle sentit la magie de Cal en elle.
Elle le regarda et vit que ses cheveux étaient blancs, maintenant. Et la tornade approchait ! Elle se tourna vers Aragorn près d'elle, lui hurlant de partir, de se cacher dans le bastion avec les autres, mais tout autour d'elle continuait d'évoluer lentement.
Furieuse, elle se tourna vers son frère. Elle sentit sa magie sortir d'elle, par vagues d'énergie. Elle ressentit celle de son frère autour d'elle. Leurs deux auras, noir et blanc, crépitaient, créant des éclairs dans l'air autour d'eux.
Un véritable combat de magie commença entre eux. Ellora laissa sa magie emplir l'espace du champ de bataille. Elle glissa son aiguille de lumière dans la sombre tapisserie magique que son frère avait tissée autour d'eux. Elle allait briser son sort, rétablir le flux temporel, effacer cette tornade…
Les mots sortirent de sa bouche :
« Que les aiguilles bougent !
Que la rivière s'écoule,
Que les nuages passent,
Tandis que du mal,
J'efface toute trace ! »
Ellora vit les choses autour d'elle se remettre en place. Tout le monde se remit bientôt à bouger normalement, et la tornade disparut avant même d'être assez proche pour que quiconque la voie.
« COMMENT OSES-TU ?! » cria Cal, hors de lui.
Il ouvrit en grand les bras et prononça une formule dans le Noir Parler du Mordor. Cette fois, Ellora vit tout autour d'elle passer à une vitesse fulgurante. Elle s'en fichait. Ils étaient toujours immobiles, tous les deux. Ils étaient au même endroit, près de la brèche de la muraille, et s'affrontaient du regard, leur énergie magique tourbillonnant autour d'eux, lumière contre ténèbres. Une véritable tornade s'était formée autour d'eux, faisant voler des rochers, des casques, des armes qui les frôlaient sans les toucher pour autant. Leurs cheveux et leurs vêtements volaient, claquant au vent comme des draps de fantômes. Car c'était bien ce dont ils avaient l'air en cet instant : deux esprits, l'un lumineux et l'autre sombre, qui s'affrontaient pour influer sur le cours de l'histoire.
« TU AS LE MAL EN TOI, LE NIER N'Y CHANGERA RIEN ! » cria Cal.
« JE VEUX QUE TU DISPARAISSES ! » hurla Ellora, sa voix déformée par le pouvoir.
Cal poussa un dernier hurlement, avant qu'un poing invisible le frappe au visage et l'envoie contre le mur. Il y disparut dans un nuage de fumée noir.
Ellora vit l'espace autour d'elle ralentir. Elle vit qu'il faisait jour. De nombreux cadavres d'Uruk-haïs gisaient au sol autour d'elle, ainsi que des Rohirrims. Mais elle fut soulagée d'en voir d'autres debout. Ils triaient les cadavres.
L'un d'eux se tourna vers elle et parut surpris en la voyant.
« Oh ! Vous êtes là ? Je ne vous avais pas vue ! Les autres commencent à peine à sortir des cavernes… »
« Dites-moi… on a gagné, pas vrai ? Hein ? » dit Ellora, avec espoir.
Le Rohirrim fronça des sourcils.
« Vous allez bien ? Vous êtes toute pâle… »
« Dites-moi juste si on a gagné ! »
« … Oui. On a gagné. »
Folle de joie, Ellora leva la tête vers le ciel et se laissa tomber à genoux. Bon sang ! Elle avait eu si peur. Elle réalisa soudain qu'elle avait raté un bon morceau de la bataille.
Non. J'ai mené ma propre bataille, ce soir, se dit la jeune fille.
En effet. Son frère avait failli faire une chose que personne d'autre n'aurait pu faire, excepté les Valars. Si elle n'avait pas été là…
Elle finit par se redresser et se mit en route à travers le champ de bataille. Elle aperçut soudain Aragorn. Eowyn le serrait contre elle avec l'air soulagé. La jeune fille fit la moue.
Avant, elle serait intervenue. Mais après ce qui s'était passé avec son frère… Elle n'avait pas envie de changer autre chose. Alors, elle se détourna et prit un autre chemin. Est-ce que Legolas et Gimli étaient dans les parages ?
Elle aperçut l'elfe, qui se dirigeait vers Gimli. Ce dernier fumait la pipe, assis sur le cadavre d'un Uruk-haï. Legolas s'arrêta devant lui, regarda son arc puis dit :
« Au total… 42 », dit fièrement Legolas.
« 42 ?! Oh… Ce n'est pas mal pour un princelet elfique aux oreilles pointues. Et moi, je suis assis sur mon 43 », dit Gimli.
Indigné, Legolas sortit une flèche de son carquois et tira. La flèche se planta dans le cadavre du monstre, entre les jambes du nain.
« 43 », dit Legolas, tout content.
« Il était déjà mort ! » protesta Gimli.
« Il bougeait encore ! » répliqua Legolas.
« Il bougeait parce que ma hache est plantée dans son système nerveux ! » dit le nain, en étayant ses paroles par le geste.
Ellora éclata de rire. Les deux compères se tournèrent aussitôt vers elle et parurent surpris puis soulagés en la voyant.
« Ellora ! Oh, mais où étiez-vous passée ?! » s'écria Gimli.
« Nous ne vous avions pas vue en nous réfugiant au bastion, nous avions craint le pire ! » dit Legolas en s'approchant.
Ellora hésita. Que devait-elle leur dire ? Qu'elle avait vu son frère, qu'il était encore plus fou et diabolique que Saroumane, qu'elle avait mené un véritable combat magique de titans contre lui pour sauver tout le monde ce soir ? Non.
« 156 », dit-elle.
« Hein ? » fit Gimli.
« J'en ai tué 156, moi », dit la jeune fille.
Gimli s'étouffa avec la fumée de sa pipe, tandis que Legolas faillit lâcher son arc.
« Oui, mais vous aviez votre magie, vous ! » dit Gimli.
« Je suis d'accord avec lui », dit Legolas, en croisant les bras.
Ellora leva les yeux au ciel, quand elle vit Gandalf arriver, suivi d'Aragorn, Eomer et Théoden.
Folle de joie, la jeune fille oublia tout le reste et courut jusqu'au magicien pour le serrer dans ses bras. Ce dernier lui rendit son étreinte, soulagé de la retrouver saine et sauve. Aragorn lui avait tout raconté, y compris sa désobéissance lors de la bataille contre les Wargs et celle du Gouffre de Helm. Cela ne l'étonnait pas. Même si en même temps il n'appréciait guère. Mais c'était fini. Ellora était en vie.
Lorsqu'elle se recula de lui, elle remarqua à peine l'air surpris d'Eomer et Théoden. Jamais ils n'avaient deviné cette facette si paternelle de Gandalf, le magicien continuait de les surprendre.
« Gandalf… »
« Je suis heureux de vous retrouver saine et sauve », dit le magicien.
« Il faut qu'on discute, cette fois. Il faut vraiment qu'on discute ! » dit la jeune fille.
Gandalf faillit dire que non, ce n'était pas le moment, ils allaient partir en Isengard affronter Saroumane. Mais il s'arrêta soudain en regardant la jeune fille. Elle était pâle, échevelée et surtout, il pouvait lire dans ses yeux un changement. Quelque chose avait changé : un combat semblait se mener en elle, comme une hésitation entre le bien et le mal. Sous ses doigts, il sentit que son corps émanait encore de la magie. Et lorsqu'il ressentit quelle magie elle avait utilisée, il prit peur.
« Oh, Ellora… qu'avez-vous fait ? » demanda le magicien.
« Qu'est-ce que je n'ai pas fait, vous voulez dire ? » demanda Ellora, d'une voix tremblante.
Le rire de Cal résonna dans sa tête. La jeune fille se blottit à nouveau dans les bras du magicien, cherchant du réconfort dans sa chaleur. Elle sentit toute la peur et la douleur de la bataille rejaillir en elle et sortir par vagues. Elle enfouit la tête dans la tunique du magicien, pour étouffer ses sanglots.
Gandalf la serra contre lui, attendant qu'elle se calme. Il aperçut soudain une silhouette à l'autre bout de la cour, que nul ne semblait remarquer. Il reconnut Ilmarë. Cette dernière le salua d'un signe de tête.
Protégez-la, Olorìn. Ne la laissez plus seule, dit la Maiar dans sa tête, avant de disparaître.
Gandalf acquiesça mentalement. Puis, tout en gardant un bras autour des épaules d'Ellora, il se tourna vers les hommes et leur dit :
« Préparez les chevaux, nous partons tous en Isengard. »
Puis, tandis qu'ils s'éloignaient, il se tourna vers Ellora et lui dit : « Vous venez avec nous. Nous discuterons en cours de route. »
Ellora acquiesça, soulagée. Tandis qu'ils marchaient vers les écuries, elle regarda autour d'elle. De nombreux morts gisaient autour d'eux. Penser que son frère était insensible à ça et souhaitait même en faire davantage l'épouvantait.
Elle aperçut soudain un objet par terre, près de la brèche. Elle s'approcha et vit que c'était son grimoire. Cal l'avait perdu dans la bataille magique qu'ils avaient menée.
Rassurée, elle le ramassa et le serra contre elle. Puis elle courut rejoindre les autres.
L'Isengard les attendait.
Voilà ! Pfouh, ce chapitre-là a été dur à écrire, vous pouvez me croire ! Alors, que dites-vous de ça ? Que pensez-vous de Cal ? Correspond-t-il à l'image que vous vous faisiez de lui ? J'espère que cette version de la bataille du Gouffre de Helm vous convient ?
