Je le regardai, bouche bée.
J'entendais encore Mikey me souffler anxieusement : April…
Don, m'examina avec inquiétude.
-Léo? On dirait que tu as vu un fantôme, ça va?
-Don…Ils ont trouvé une autre victime!
-Que veux-tu dire par « une autre victime »? me questionna-t-il, l'air perplexe
-Tu n'as pas suivi les actualités?
-J'étais assez occupé à planifier ton évasion, merci.
-Ils ont trouvé une femme morte….et là, une seconde….
-Ou cela, à New-York?
J'hochai la tête, ravagé par l'angoisse.
-Léo! New-York est une ville à la criminalité élevée. Où nous allons, elle est inexistante. J'ai choisi cet endroit pour t'éviter toute forme de stress. Pourquoi cela te trouble, Léo?
J'essayai d'expliquer le tout à Don en demeurant rationnel et circonspect.
Je n'avais pas terminé qu'avec sérieux, Don m'interrompt.
-Je ne crois pas qu'il s'agisse de Karai. Comme tu le vis, Karai et toi vous vous êtes quitté en janvier et elle n'était pas enceinte. La victime était à 35 semaines comme tu me l'as dit. Cela signifierait que Karai aurait dû être enceinte aux environs du début de novembre. Bien entendu, tu étais avec elle en novembre, mais tu aurais dû t'apercevoir que Karai était enceinte, non?
-Oui. C'est vrai.
-Bien entendu, en admettant que c'est elle, et j'avoue que certaines circonstances sont troublantes, il est vrai que le meurtrier ne peut être que Raphael. Si de plus, elle était enceinte, de toi ou de n'importe qui et qu'elle a poussé l'inconscience jusqu'à te racoler à ton appartement, Raphael a dû voir rouge. Personne ne haïssait Karai comme Raphael tu le sais bien. De plus, la vue du sang l'excite. Si la victime est Karai, cela peut être probable.
-Mais Don, la seconde victime…était rousse?
-Et alors? Je ne crois pas que les deux crimes soient nécessairement reliés, d'après ce que tu m'as dit.
-Ne crains-tu pas que cela soit April?
Don ouvrit des grands yeux :
Léo. Tu divagues. La couleur de cheveux n'est qu'une coïncidence. J'ai parlé a April peu de temps avant notre départ. Elle est en Floride chez une tante.
Je réfléchis tout haut :
-Effectivement…Raphael n'a jamais démontré la moindre animosité vis-à-vis d'April. Il n'aime pas les femmes, mais je ne crois pas qu'il en ait une haine viscérale. Il en a sauvé de mains de violeurs plusieurs fois. Et ce que je sais de source sure et c'est qu'il n'est pas impuissant.
Don se retourna vivement
-Léo. Ce n'est pas aimable ni reconnaissant de ta part de ne cesser de te rappeler de ton temps avec Raphael. C'est terminé. Il ne posera plus jamais une main sur toi. Lorsque j'aurai installé mon laboratoire à la maison, je vais effacer ce tatouage et ensuite je ne veux plus entendre son nom de ma vie!
-Mikey m'avait dit que l'encre était indélébile.
-Pas du tout! Tu crois que je t'aurai laissé marquer sinon?
-Donc, tu avais prévu cela? Pourquoi ne pas plutôt les avoir dissuadés?
-Je ne veux plus en parler, Léo! J'ai d'autres éléments, comme notre sécurité, sur quoi focuser. J'aime les prénoms mythologiques, et toi? Ou l'on pourrait continuer la vague des artistes ou des scientifiques, qu'en penses-tu? Ou s'en tenir à la Renaissance? Mais il faut que cela demeure subtil. Pas envie que l'on se fasse retrouver pour quelque chose d'aussi évitable.
-Donnie…Je ne crois pas qu'IL va investir tant d'efforts pour moi. Je ne lui suis plus utile. De plus, si je suis mort….mais tu ne m'as toujours pas expliqué comment tu avais couvert ta propre disparition?
-Pourquoi dis-tu que tu ne lui est plus « utile »?
-Il a eu ce qu'il voulait.
-Quoi, le sexe?
-Non, les Foots.
Don appuya sur le frein si fort que les bébés se mirent à pleurer.
L'air choqué, il me somma d'une voix blanche :
-Explique-toi!
-J'ai cédé tout ce que j'avais a Raphael.
Don mit sa main sur son cœur, l'air dévasté. Sa respiration s'accéléra, puis il se mit à hurler en tapant sur son volant :
-Pourquoi ne peux-tu pas respecter le plan!
-Peut-être parce que personne ne m'a mis au parfum de ce plan! hurlais-je aussi exaspéré.
Don, le visage caché dans ses mains tentait de reprendre le contrôle de ses nerfs, me marmonna :
-Pardon, Léo…Mais c'est une information que tu aurais dû me partager plus tôt. Avec cette donnée inconnue, les précautions prises ne sont peut-être pas suffisantes. Les Foots comprennent des espions et des scientifiques de qualité dans leur équipe. Raph n'avait pas accès a des outils de ce calibre, selon mon plan.
-Don. Nous ne sommes plus à New-York. De plus, comme je viens de te l'apprendre, Raphael n'a plus de motifs de me poursuivre.
-Espérons-le, Léo. Arrêtons-nous un moment, je dois consoler les enfants…Peux-tu conduire, Léo? Tu n'as qu'à suivre le GPS. Essaye de ne pas conduite trop lentement. Je suis trop sur le choc et j'ai besoin de réfléchir.
Le voyage demeura silencieux durant sept longues heures, exception faite de notre commande au service a l'auto. Don se mordait les lèvres avec une expression de pure angoisse.
Je décidai d'alléger l'atmosphère décidant de poser les questions car Don se sentira plus sécure.
-Dis-moi donc auquel prénoms as-tu pensé? Un esprit toujours en éveil comme le tien a surement trouvé plusieurs possibilités.
-Pour la petite, j'ai pensé à des prénoms regroupant des noms d'œuvre ou de modèle de Donatello et Leonardo. Il y a Cécilia. Judith. Madeleine. Cécilia est un modèle qui a servi à l'œuvre de la Dame à l'hermine. Ce prénom est plus international. Nous pouvons déformer Madeleine pour Madeline.
-Je trouve cela très joli, mais cela ne reflétait pas les origines des enfants, non?
-Ce sont NOS enfants, Léo. Pour le garçon, j'aime Nicolas. Comme Copernic et c'est aussi le nom d'un modèle de Donatello.
-Un point qui serait peut-être important, c'est notre nom de famille aussi Donnie. Sommes-nous encore des Hamato.
-Non. Nous sommes des Smith. Un nom commun pour une famille sans histoire.
-Je ne connais pas exactement le genre de personnes qui vit dans ton archipel, Don, mais un couple homosexuel ne doit pas demeurer inaperçu.
Don fit un geste de la main nonchalant :
-Ne t'inquiète pas. Je vais régler ça. De toute façon, notre demeure est à l'écart. Mon système de sécurité sera plus efficace.
-Don, écoute. Je ne veux pas en parler puisque de toute évidence cela t'inquiète, mais je ne crois pas que Raphael tienne à moi tant que cela…
Le plus profond ahurissement apparut sur le visage de Donnie.
-Je veux dire, je ne suis plus dans ses jambes. Il peut mener sa double vie comme il l'entend, sans chercher à ménager qui que ce soit. Il a mon argent. Il a les Foots. Il a tout ce qu'il veut.
L'air encore très étonné, il me répondit :
-Inutile de te dire que je ne suis pas dans l'équipe Raphael. Donc, je ne cherchais pas à te convaincre du contraire. Nous approchons du Dakota. C'est notre prochain arrêt. Tu peux enlever ta perruque. Tu es Raffaello Perez.
-Raffaello ? Vraiment?
-C'est pour brouiller les pistes, Léo! Moi, je suis Maria, dit-il me tendant les nouveaux papiers d'identité.
La soirée se passa sensiblement comme la veille. Lorsque les jumeaux furent couchés, Don s'assis à cote de moi avec des yeux inquisiteurs. Voyant que je demeurai silencieux, il tendit une main vers mon entrejambe et refugia sa tête dans mon cou.
-Qu'est-ce qui se passe, Léo? murmura—il voyant que je demeurai frigide.
-Je sais que tu ne veux plus que j'en parle, mais voilà : Ma relation avec Raph ne fonctionnait pas parce qu'il cherchait à contrôler ma vie. Il me gardait dans l'ignorance pour mieux me manipuler afin de parvenir à ses fins. Je n'ai pas envie que tu fasses pareil.
-Bien sûr que non, Léo. Veux-tu voir notre maison? Il sorti un portable d'une valise, en me signalant que ce n'était pas le même que celui utilisé à NY. La demeure était magnifique, de style rustique moderne et auto-suffisant en énergie, au cas où quelqu'un tenterait de couper le courant. Il me montra les aménagements intérieurs qu'il avait fait préparer : une nursery, un laboratoire complet et un dojo. La décoration était d'inspiration asiatique, pour me faire plaisir, ajouta Don.
Je regardai Don. Me prenait-il pour un imbécile? Tout ceci avait réclamés des préparatifs sur plusieurs semaines, voire mois! Chacun des enfants avait sa chambre. Comment Don avait-il pu prévoir ses jumeaux? Comment Don avait-il pu prévoir que je voudrais quitter Raphael? Évidemment, s'il connaissait Raph…Donnie m'avait-il poussé à suivre Raphael dans cette optique? Était-il possible que tout ce temps…il voulait que je quitte Raph pour lui? Était-ce la raison que Don avait paniqué lorsque j'avais voulu partir en Europe? Tous ces attouchements lors de nos thérapies lui procuraient donc plus de plaisir qu'il l'avait admis. Raph le soupçonnait-il, d'où le fait qu'il m'avait abreuvé de question? Il devait sans doute avoir un doute : n'avait-il pas dit qu'il n'était pas certain que Don lui veule du bien mais qu'il ne craignait pas pour moi? Pourquoi cette insistance pour que la procuration demeure secrète auprès de Don. Sa méfiance était évidente. J'essayais de me souvenir de cette discussion…mais ensuite, j'avais trouvé le porteclé de Karai et…
Attends une minute, Léo!, me dis-je….un fait important est là…il faut que tu mettes le doigt dessus…
Le porteclé. Apparu là. Après le départ de Don. Lorsque Raphael avait quitté, me laissant avec Don, il avait pris ses clés…si le porteclé était la` a son départ et qu'il se savait responsable de la mort de Karai, il l'aurait caché. Il était place en évidence.
S'il ne l'a pas fait, c'est que :
Don l'a placé là lors de l'absence de Raphael
Ou Raph ignorait totalement la provenance de cet objet et ne s'en inquiétait pas.
Donc, ou Raphael était innocent ou Don était son complice. Et si Raphael était innocent…il n'y avait que deux coupables possibles…et un d'entre eux avait la tête amoureusement nichée dans mon cou.
