Je sors du bâtiment et marche. J'avance d'un bon pas jusqu'à ce que Ian m'interpelle.
— Attend...
Je m'arrête d'un coup tandis qu'il s'approche de moi. Il pose une main sur mon épaule et s'arrête pour récupérer.
Son état de fatigue est extrême et cela m'inquiète. Après quelques minutes, je lui prends le bras et l'aide à marcher jusqu'à un petit restaurant qui se trouve à deux rues de l'université.
On s'assoit et comme Ian est trop fatigué, je commande à manger ; un bon morceau de viande avec des petits légumes de saison et des pommes frites.
Le serveur nous amène rapidement une bouteille d'eau. Ian en boire un verre et à sa tête, il n'apprécie pas cela. Le fait qu'il soit alcoolique s'insinue encore plus en moi.
— Du vin ?
— Le vin et la fatigue, ça ne fait pas bon ménage Ian...
Il soupire, n'appréciant pas ma réponse. Mais tant pis, je jouerais l'adulte responsable et l'engueulerais comme un enfant s'il le faut.
— Pourquoi tu as voulu m'emmener manger ? Et pourquoi tu es resté ?
Je hausse les épaules. Je n'ai pas de raison particulière, j'en avais juste envie.
Nos assiettes arrivent finalement et Ian se jette dessus comme un homme mourant de soif et qui finit par trouver une oasis dans le désert.
— Pardon. J'ai très faim. Je ne suis pas comme ça d'habitude.
Je hoche la tête et nous mangeons en silence.
Hier, il devait rentrer préparer ses cours et apparemment, il ne l'a pas fait en plus de ne pas avoir mangé. Qu'est-ce qui l'a empêché de le faire ? Je le regarde, m'interrogeant sur le prof qui est bien mystérieux.
— Un problème ?
— J'ai remarqué quelque chose.
Il me regarde, surpris.
— Non... J'ai remarqué deux choses.
À sa plus grande surprise, je pose mes couverts et le regarde droit dans les yeux. Je vois sa pomme d'Adam bouger. Il n'apprécie pas cela, mais je m'en moque.
— Quand vous êtes fatigués, vous n'avez pas la même attitude que quand vous êtes normal. Vous paraissez plus... docile...
Son regarde se fait plus noir.
— Et aussi, vous parlez dans votre sommeil.
Il se lève brusquement, me surprenant. Il me fixe et son regarde m'effraie.
Est-ce que j'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? Ce n'est pas une honte de parler en dormant. Il n'est pas le premier et il ne sera pas le dernier.
— C'est bon. Ne finis pas ta phrase. J'en ai assez entendu. Je m'en vais.
— Quoi ? Mais pourquoi ?
Il s'attendait que je l'accuse de quelque chose ou quoi ? Il serait incapable de faire du mal à un chaton alors je ne vois pas...
Il se rassoit.
— Tu n'imagines pas quelle honte j'ai à me tenir devant toi alors que tu m'as vu dans mon mauvais jour. Et encore plus quand j'ai parlé dans mon sommeil.
Je ris légèrement, le surprenant encore plus. Je ne sais pas à quoi il pense, mais il n'y a rien dit de gênant en dormant. Ça m'a même réchauffé de l'intérieur.
— Vous aviez juste dit mon prénom, Ian.
— Ton... prénom ?
Je hoche tout simplement la tête, heureux.
S'il a dit mon prénom en dormant, c'est qu'il rêve de moi. S'il rêve de moi, c'est que je l'intéresse. Je ne sais pas encore de quelle façon.
Mais peut-être de la même façon qu'il m'intéresse...
