Mes excuses pour l'absence de chapitre la semaine dernière, comme j'ai déjà dis, je termine ma session, et j'ai préféré me concentrer sur mes derniers travaux universitaires. À présent, je vous reviens, pas nécessairement plus en forme que jamais, mais avec un peu plus de temps sur les mains.
Dans le dernier épisode…Captain America a échoué à contrecarré un complot d'assassinat du président, mort entre les mains d'un terroriste mutant. Le responsable : le mystérieux chef de l'organisation Évolution D'abord, appelé le Ménestrel…
Chapitre Vingt-Neuf
Vers une crise mondiale
Malibu, Californie
12 mars 2016, 12h03
Malgré les nouveaux rebondissements des derniers jours, Steve n'a reçu aucune instruction indiquant qu'il devait changer sa mission. En réalité, elle est probablement devenue plus que critique s'il veut arrêter une troisième guerre mondiale –et la première guerre interespèce de la Terre-. C'est pourquoi il s'est rendu chez la personne la plus à même de l'assister pour retrouver sa cible.
La demeure à l'architecture contemporaine se dresse au-dessus de la mer, profitant chaque jour du lever de soleil du Pacifique. Située un peu à l'écart de la ville, sans être pour autant perdu au milieu de nulle part, c'est la retraite parfaite pour le riche excentrique qui y réside avec les siens. Steve arrête sa voiture devant la maison et se dirige résolument vers l'entrée.
Un écran holographique s'allume et une voix laconique aux intonations électroniques s'élève.
-Bonjour, monsieur Rogers. Vous venez voir monsieur Stark ?
-C'est exact, Jarvis. Il est là ?
-Je vais signaler votre présence. Veuillez entrer.
Le portail métallique s'ouvre en coulissant, permettant à Captain America de se diriger vers la maison elle-même. En apparence, il ne semble pas y avoir d'autres protections que cette clôture d'acier. En réalité, Steve sait parfaitement que Tony Stark ne prend pas la sécurité à la légère, d'autant qu'il existe bien des individus dangereux qui rêveraient de mettre sa tête sur une pique.
La porte du garage souterrain s'ouvre, et la silhouette de Tony Stark apparait, portant une chemise blanche à moitié attachée et un pantalon de gala noir. Homme doté d'une barbiche et d'une chevelure éternellement hérissée striée d'un peu de gris, Stark reste dans la force de l'âge, et son charisme ne cesse de faire tourner les têtes de la gent féminine. Il était d'ailleurs un sacré séducteur dans le temps, avant qu'il ne se décide finalement à passer la bague au doigt à la femme rousse qui tente de le poursuivre avec un tube de gel à cheveux dans une main et une brosse dans l'autre.
-Tony ! s'écrit Pepper Potts, l'épouse de Stark. Veux-tu bien te ramener ici ?
Fidèle à lui-même, il ignore sa femme et rejoint Steve, et les deux hommes échangent une poignée de main enthousiaste.
-Quelle bonne surprise, capitaine ! s'exclame Tony avec un sourire.
-Je dérange ? demande Steve en regardant Pepper.
-Oui ! répond cette dernière en les rejoignant.
-Pas du tout, contredit Tony. Nous étions justes…
-En train de te préparer pour ta convention de ce soir !
S'il y a bien une femme capable d'imposer un minimum d'organisation dans la vie de l'éternel gamin qu'est Tony Stark, c'est bien Pepper Potts. Steve a rapidement appris à respecter l'épouse de son ami, car ce ne doit pas être facile tous les jours de supporter la désinvolture constante et l'hyperactivité de Tony. Pourtant, lorsque les époux échangent un regard, c'est bel et bien de l'amour que Steve voit. Ça l'attendrit, car il craignait un peu au début que Tony fiche tout en l'air au début de sa relation avec Pepper. L'expression «relation stable» n'était pas vraiment dans son dictionnaire.
Tony invite Steve à entrer dans la demeure et commence à lui expliquer, avec maints gestes nerveux, qu'il doit se rendre le soir même à une convention rassemblant certains des principaux chefs d'entreprise technologique de la côte ouest afin de discuter de l'avenir.
-C'est important, grommèle-t-il en laissant Pepper lui aplatir sa tignasse. Le nouveau président a pété un câble, et je refuse que la moindre de ces machines meurtrières ne sorte de mes usines. Et je vais tout faire en mon pouvoir pour que le plus de gens possible suivent mon exemple.
-Je suis content de constater que tu désapprouves le nouveau président Owens.
-Oh, tu sais, il a juste déclaré la guerre à la moitié de notre espèce. La moitié qui crache le feu et lance des avions par la pensée.
Le jour même de son assermentation en tant que nouveau président des États-Unis, l'ancien vice-président du défunt Obama, Gaspard Owens, a présenté un discours à la nation, un discours chargé de haine qui avait stupéfait Steve lui-même, tout patriote qu'il était. En réponse à l'agression cruelle et gratuite des mutants, le président avait annoncé qu'il était temps pour l'humanité de répondre à ce qui est «bien évidemment» un acte de guerre. C'est pourquoi il avait déclaré que la Maison-Blanche rouvrirait sans attendre le programme Sentinelle, afin de fournir une ligne de défense contre la menace mutante.
Steve considère que c'est de la folie. La dernière fois que les Sentinelles ont été utilisées, c'était avant qu'on le sorte de son glacier, mais il a lu les rapports quand il travaillait pour le SHIELD. Des robots géants conçus ni plus ni moins que pour provoquer un génocide. Il n'a pas tout risqué pour combattre les nazis pour permettre que son propre pays commette la même erreur.
Après avoir à peu près maîtrisé les cheveux de son mari, Pepper annonce qu'elle va aller chercher Maria, car elle sera sans doute contente de voir Steve.
-Elle doit être dans sa chambre, suggère Tony. Elle a des examens la semaine prochaine.
Ils s'embrassent, puis les deux Avengers se retrouvent seuls dans le salon.
-Tu n'es pas là pour une visite de courtoisie, n'est-ce pas ?
-Non. Avant de mourir, l'ancien président m'avait chargé de retrouver le Ménestrel.
-Le chef d'Évolution D'abord ? Je m'en doutais. Ce type est une plaie, mais il est foutrement intelligent. Et charismatique. Tu savais qu'il a même réussi à recruter d'ancien X-Men ?
-Non, s'étonne Steve. Je l'ignorais. Qu'en pense Xavier ?
-Il est inquiet, bien sûr. C'est même lui qui m'a supplié de ne pas répondre à la moindre demande du gouvernement concernant les Sentinelles. Comme s'il avait besoin de le faire. Je ne suis pas un tueur. Aucune Sentinelle ne portera la marque de Stark Industries. Ce sera un plaisir pour moi de t'aider à lui mettre la main dessus, au Ménestrel.
Steve ne s'étonne même plus de la capacité légendaire de Tony Stark à deviner ce que vous voulez dire –et ce que vous voulez taire-. Une fois cela fait, il bondit sur ses pieds et fait signe à Steve de le suivre, un sourire enthousiaste sur les lèvres. Captain America reconnait ce sourire, et c'est pourquoi il suit le milliardaire jusqu'à son atelier personnel au sous-sol. L'expression de Tony indique qu'il est en train de mettre au point un nouveau jouet, ce qui est pour ainsi dire le cas à chaque visite de Steve.
Avant qu'ils ne puissent ouvrir la porte sécurisée, Pepper déboule l'escalier, une expression horrifiée sur le visage.
-Elle a disparu ! s'écrit-elle. Maria n'est pas dans sa chambre, et Jarvis ne sait pas où elle est !
Tony pousse un juron et plaque sa main sur le scan, annonçant qu'il va enfiler son armure et la retrouver. La reconnaissance électronique s'illumine en vert et la porte coulisse…révélant le visage surprit d'une jeune fille aux manches retroussées et portant des lunettes protectrices.
-Maria Natasha Stark ! s'exclame Pepper. Qu'est-ce que tu fiches ici ?
-Et surtout, pourquoi Jarvis ne nous a pas dit que tu n'étais pas dans ta chambre ? dit Tony en levant les yeux au plafond d'un air soupçonneux. Qu'as-tu à dire pour ta défense ?
-Rien du tout, monsieur.
-Comment ça, rien du tout ?
-Je n'ai rien à vous dire à ce sujet.
-Quoi ?! Depuis quand tu désobéis à mes ordres ?
-Je dois lui dire, mademoiselle Stark ?
Cette fois, le regard furieux de Tony tombe sur sa fille, qui affiche un sourire angélique qui n'est pas sans rappeler celui de son père lorsque ce dernier fait une bêtise. Une fois de plus, Steve ne peut s'empêcher d'être troublé en regardant cette fillette de neuf ans. Avec ses cheveux sombres et ses yeux bleus, la ressemblance entre elle et Tony est indéniable, et elle est une preuve qu'Iron Man s'est finalement rangé. C'est ça qui est troublant, pour qui l'a connu durant ses «années folles».
-Qu'as-tu à me dire, jeune fille ? demande Tony. Tu sais, tu devrais me dire si on a une IA rebelle à la maison. Tu sais le bordel que ça fait : ça commence avec un non, et puis soudain, on est tous des batteries humaines. Hein ? Qu'en penses-tu ? Tu y as réfléchi ?
-Jarvis ne s'est pas rebellé, se justifie-t-elle. Je l'ai reprogrammé pour qu'il cesse de me chaperonner.
-Oh, tu l'as reprogrammé ? Et qui t'a appris à faire ça, au juste ?
-C'est toi.
La mine embarrassée de Tony n'est rien face à l'expression accusatrice de Pepper. Qui ne s'améliore pas lorsque le père se tourne vers sa progéniture en levant un pouce.
-Dans ce cas, c'est du très bon travail, vraiment !
-Tony !
-Mais quoi ? C'est toi qui dis qu'il faut encourager ses accomplissements.
-Pas quand ces accomplissements consistent à désobéir ! Pour une fois dans ta vie, fais preuve d'un peu d'autorité parentale.
-Ah…vois-tu…c'est pas trop mon fort, c'est trucs d'autorité.
-C'est pour ça que cette fillette est incontrôlable. Tu la laisses faire ce qu'elle veut.
-Roh, tout de suite les grands mots. Tu es incontrôlable, ma puce ?
-Pas du tout, papa.
Les deux claquent leur main, ce qui fait soupirer Pepper avec un roulement d'yeux.
-Pourquoi a-t-il fallu que les gènes Stark soient plus présents que les miens ? J'ai l'impression de devoir m'occuper de deux enfants plutôt qu'un.
Tony fait un clin d'œil à sa fille et chuchote assez fort pour que son épouse entende :
-Ne deviens pas adulte, c'est un piège !
C'en est trop pour la pauvre Pepper, qui quitte la pièce en soupirant de plus belle.
Sautant comme il le fait si bien du coq à l'âne, Tony soulève sa fille de la moto qu'elle démontait et s'empare de ce qui semble être un réacteur Arc monté sur un harnais. Alors que son vieil ami enfile l'objet, Steve ne peut s'empêcher de remarquer qu'un second réacteur se dissimule sous le premier.
Une fois équipé de la dernière partie de cet équipement, une paire de gantelets reproduisant avec exactitude ceux de son armure, Tony esquisse un geste théâtral et active l'appareil. Aussitôt, l'air autour de lui miroite, l'effet s'installant quelques secondes avant de devenir presque invisible. Un observateur attentif pourra constater la présence d'un léger trouble dans l'air à chacun des mouvements d'Iron Man.
-Pas mal, hein ? C'est un bouclier énergétique alimenté par un réacteur dédié. Je peux ainsi encaisser plusieurs coups avant même d'entamer mon blindage.
-Comme dans Star Wars ? suggère Steve, sincèrement impressionné.
Durant ses quatre-vingts années d'hibernation en Arctique, il a manqué bien des choses, et il est toujours fier lorsqu'il s'agit de montrer que sa culture n'est plus aussi déficiente qu'auparavant. Tony hoche de la tête et lui offre un pouce en l'air d'approbation.
-On peut dire ça. Pour être honnête, c'est elle qui a eu l'idée.
Maria sourit et s'incline de manière aussi ridiculement grandiloquente que son père. Steve commence à croire que Pepper a raison en les comparants tous les deux.
L'inventeur ordonne alors à Jarvis d'activer le système d'enregistrement, décidant sur le tas que le moment était bien choisi pour un test.
-Ici Tony Stark, nous sommes le 12 mars 2016. Test numéro 5 du bouclier…Magica Pony…non, sérieusement ma puce, il faut trouver un autre nom, ça ne fait pas sérieux.
-J'aime beaucoup ce nom, rétorque la petite d'un boudeur.
Tony soupire, puis reprend la présentation.
-Je suis en compagnie de mon ami et collègue Avenger, Steve Rogers…dis bonjour, Steve. Pour la postérité.
-Euh…bonjour ?
Il écarquille les yeux lorsque Tony lui tend une arme à feu.
-Tu es un militaire, Steve. Peux-tu me confirmer que cette arme est chargée et létale ?
-Eh bien…il s'agit d'un pistolet CAM-3 à accélération magnétique, de calibre .33, et…
-Le chargeur, Steve ! Je ne t'ai pas demandé le curriculum vitae !
-Oh…
Le supersoldat retire le chargeur et constate effectivement la présence de balles métalliques conçues pour être propulsées par l'aimant tout aussi fonctionnel du pistolet. Il hoche de la tête, puis tend l'arme à son ami, qui refuse de la reprendre.
-Le modèle précédent du bouclier était beaucoup trop rigide, et donnait l'impression d'être prisonnier d'une balle à hamster géante. Après quelques…problèmes…
-Il a roulé dans toute la pièce jusqu'à ce que la batterie s'épuise ! s'exclame Maria.
-Toi, t'es morte ! réplique Tony d'un air sévère. Jarvis, efface cette intervention. Donc, je vais demander à mon ami Steve d'ouvrir le feu sur moi…
-Pardon ? dit le principal intéressé, stupéfait.
-J'ai dit, il va me tirer dessus…
-Tu es cinglé ?
-On a déjà réglé cette question dans le passé. Maintenant, je te prierai de me tirer dessus, Steve.
-Tony, c'est trop dangereux.
-Tire-moi dessus, où c'est ma femme qui va le faire parce que je vais être en retard à la convention.
Impossible de le faire changer d'avis, songe Steve en ravalant sa salive. Par prudence, il décide de viser la région de l'épaule et du biceps, où une balle risque de causer un minimum de dégâts. Puis, après avoir maudit la stupidité de son ami, il appuie sur la gâchette.
Comme toutes les armes modernes à accélération magnétique, le projectile ainsi envoyé prend l'apparence d'un rayon sous l'œil humain. Ce rayon disparait presque aussitôt et le projectile percute le bouclier sans atteindre l'humain derrière, mais ricoche et va se perdre sous un mur, où elle ricoche à nouveau. Des cris de surprise s'élèvent et tout le monde se jette à l'abri, même Tony malgré le bouclier toujours actif. Lorsque la balle cesse de rebondir, l'inventeur excentrique se relève et ricane nerveusement.
-Jarvis, prend en note que le bouclier fait rebondir les balles, il ne les arrête pas. Fin d'enregistrement.
Il désactive le bouclier et retire le harnais.
-Merci d'avoir participé à cette expérience, Steve.
-T'es vraiment un grand malade.
-C'était pour la science ! explique Maria avec un air sérieux.
-Tu vois ? dit Tony avec fierté. Même la petite est d'accord.
Le père et la fille se claquent de nouveau la main, puis Pepper rapplique et rappelle en tapotant sa montre qu'ils vont être en retard. Tony se tourne vers Steve et le regarde d'un air sérieux.
-Tu tombes bien, j'ai un grand service à te demander.
-Tant que tu ne me demandes plus de te tirer dessus…
-Comment ça, tirer dessus ? répète Pepper en faisant les yeux ronds.
-Peut-être une autre fois. Non, j'aimerais savoir si tu pouvais garder un œil sur Maria pour la soirée ? Elle s'ennuie toujours durant ces événements, et elle a terrifié la dernière baby-sitter…
-Ce n'est pas ma faute ! proteste Maria. Elle ne voulait pas que je regarde la télé.
-Tony, je ne suis pas…
-T'inquiète, on cherchera le Ménestrel ensemble dès demain. Tu as ma parole. Merci Steve, t'es un vrai pote.
Il se tourne vers sa fille et dépose un rapide baiser sur son front.
-Je te laisse avec ton oncle Steve. Sois sage, d'accord ?
-Comme d'habitude ? demande-t-elle d'un ton tout sauf angélique.
-Pas tant que ça. C'est l'oncle Steve, quand même. Au revoir ma puce. Maman et moi, on va à la convention et nous serons de retour…hum…tu sais quoi ? Ne nous attends pas ce soir.
Avant même que Steve ne puisse placer le moindre mot, le voilà abandonné dans l'atelier de la demeure Stark avec Maria. La petite agite la main à la voiture de ses parents, puis se tourne vers le gardien malgré lui.
-Tu sais jouer à Mortal Konbat XXII ? demande-t-elle.
XXXXXXX
Malibu, Californie
12 mars 2016, 20h10
Harley Quinn
Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer de voir autant de voitures de luxe si proche du bidonville de Malibu. La personne qui a décidé d'établir le lieu de la convention ici est vraiment un taré de la pire espèce. Et croyez-moi, je m'y connais.
J'arrête la voiture bariolée devant l'entrée et un type en uniforme s'approche. Il s'immobilise en me voyant descendre en compagnie de mes sbires masqués et armés. Moi-même, dans ma tenue voyante, j'attire l'attention. Une expression d'inquiétude se peint sur son visage lorsque je m'approche de lui avec un sourire inquiétant, mais je le dépasse sans le voir. Quelques-uns des Carrés d'As le bousculent en ricanant, mais j'ai été bien clair : pas de débordement avant que je n'en donne l'ordre.
Deux gardes de sécurité se crispent en nous voyant approcher et dégainent leur arme à feu. Avant qu'ils ne puissent réagir, je tends le poignet dans leur direction et libère une fléchette dans chacune de leur gorge, utilisant la petite arbalète cachée dans ma manche. Le venin se répand dans leur sang à même la jugulaire, et c'est deux cadavres souriants et encore vaguement ricaneurs que nous laissons derrière nous.
Une petite foule d'hommes en costard et de femmes en robes de soirée se tient rassemblée dans la grande salle, installée par paquets autour de tables rondes recouvertes de nappes blanches. Sur une estrade, un homme dans la fin de la quarantaine est en train de faire un discours, un drone caméra reproduisant son visage sur un écran géant au-dessus de lui. Impossible de ne pas reconnaître le célèbre Tony Stark, milliardaire, philanthrope, playboy et la liste continue…
-C'est pourquoi nous ne devons pas nous laisser gagner par la panique, dit-il avec autorité. Mes chers confrères et consœurs, Évolution D'abord est certes une menace, mais ils restent de vulgaires terroristes. Déclarerons-nous la guerre à des millions de gens sous la menace de quelques terroristes ? Le programme Sentinelle avait été interrompu pour une raison, et…
Il est vrai qu'il a du charme, bien qu'il soit un peu trop naïf. Et pour être honnête, la bague à son annulaire ne doit faire qu'amplifier son charme séducteur.
La tentation du fruit interdit est toujours énorme.
Mais, je ne suis pas là pour draguer qui que ce soit –d'autant que cela serait malvenu-, et je lève le bras en l'air. Aussitôt, l'appareil que je portais à la manière d'un poing américain se déploie jusqu'à entourer toute ma main d'un canon impressionnant à l'air dangereux. Cette merveille dénichée dans les réserves des Quatre Fantastiques a déjà fait la preuve de sa grande capacité de destruction. Un coup vers le plafond vient créer un trou imposant avec un bruit de fin du monde. Des cris d'horreur s'élèvent, et Stark m'observe avec des yeux ronds.
-Pardonnez-moi de vous interrompre, je lance en gloussant, mais je viens ici afin de collecter une petite taxe perso. Ces braves messieurs vont circuler parmi vous afin de collecter argents, bijoux et montres. Ne soyez pas timides, et dites-vous que c'est pour la bonne cause : la mienne ! Hé hé hé.
La douzaine de Carrés d'As se disperse en transportant chacun un sac de sport ouvert. Si certains de ces bourgeois hésitent à nous donner quoi que ce soit, la menace d'une arme suffit à les rendre moins radins. Pour les autres, ils se contentent d'obéir docilement aux ordres, comme les bons petits lâches qu'ils sont.
Je circule parmi eux sans cesser de sourire, puis constate que Tony Stark n'a pas bougé de son estrade. Il a glissé derrière lui une femme rousse d'un air protecteur et défi du regard l'homme qui s'approche de lui pour la collecte. Je me doute de ce qui va arriver, mais je suis curieuse et j'attends.
-Allez le bourge, grogne le Carré d'As. Aboule le fric.
-De simples voleurs. Vous auriez mieux fait de réfléchir à deux fois avant de venir ici.
-Ah ouais ? Pourquoi ?
Je remarque que la femme traîne difficilement une mallette de derrière le rideau menant aux coulisses. Soudain, Stark s'empare d'un appareil dans sa poche et le plaque sur la tempe du bandit. Mon sous-fifre pousse un cri étranglé tandis qu'une décharge électrique le parcourt, puis il s'écroule au sol. Stark roule ensuite et s'empare de la valise et l'ouvre, révélant ce qui ressemble à première vue à un amalgame informe de pièces métalliques. Il enfonce les mains au milieu et active quelque chose. Aussitôt, les plaques métalliques enveloppent ses bras, puis son torse et enfin ses jambes et sa tête en dernier. En moins de dix secondes, Tony Stark a laissé la place à son alter ego Iron Man.
-Je vous avais bien dit que vous auriez dû y réfléchir à deux fois avant de rappliquer ici, répète-t-il à notre intention.
J'applaudis lentement en tapotant le canon toujours déployé sur ma main. Très impressionnant, quand on y pense, cette armure portative. Avec cette quincaillerie, je me serais attendu à ce qu'une armée de robots soit nécessaire pour la sceller. Je me demande si Tony Stark ne serait pas un plus grand inventeur que toi, Batou ?
-Je vois que monsieur a envie de jouer, je lance en riant. Ça tombe bien, je suis très joueuse.
-Tu n'es pas du coin, je me trompe ?
-En effet, je réponds avec un clin d'œil. Plus que tu le crois. Je suis…Harley Quinn !
En disant cela, j'esquisse une pose dramatique, rejointe par quelques Carrés d'As spécialement entraînés pour cela, nous faisant ressembler à un groupe de Power Rangers -moins les armures bizarres-.
Pas du tout impressionné, Iron Man s'élève dans les airs avec les propulseurs à ses pieds et tend les paumes, révélant les projecteurs s'y trouvant.
-J'ai entendu parler de toi, Harley Quinn. Une chef de gang new-yorkaise.
-Oh, on s'est beaucoup étendu dernièrement. Pas vrai les gars ?
-Pas chez moi, répond-il en ouvrant le feu.
J'esquive les rayons ardents d'un saut périlleux vers l'arrière me décollant à trois mètres dans les airs. Mon sourire s'élargit et je tends la main vers Tony Stark, celle qui est en apparence désarmée.
Il ne s'attend pas à sentir les branches des plantes en pots jaillir et s'enrouler autour de son cou et de ses poignets, les végétaux obéissant docilement à mon ordre silencieux. J'éclate de rire et ouvre à mon tour le feu, projetant un rayon d'énergie qui frappe Iron Man de plein fouet, puisqu'il ne pouvait pas esquiver. Les branches cèdent sous l'impact et leur victime disparait dans les coulisses.
-C'est une mutante ! s'écrit quelqu'un qui n'a rien perdu de la scène.
Mon hilarité s'accroit encore à mesure que l'adrénaline coule dans mes veines. C'est comme une drogue, ça me fait perdre la tête et perdre de vue l'objectif. Et puis merde, amusons-nous un peu. Je vise une table et tire dessus, la faisant exploser et projetant deux types en arrière. La panique de la foule s'accroit, m'encourageant un peu plus à tout saccager. Je ne cible pas particulièrement les gens. Je me laisse juste aller à dévaster un lieu de rassemblement pour riches, détruisant les statues, enflammant les portraits austères et fracassant le sol de marbre.
Soudain, un rayon d'énergie atteint mon arme à un endroit sensible, le frappant si violemment que j'ai l'impression que mon bras a failli être arraché. Mais le flingue ne fonctionne plus. Je tourne un regard mécontent vers Iron Man, gardant une certaine satisfaction à constater que son arme a un peu morflé en encaissant mon attaque.
-OK, dit-il d'une voix pleine de colère froide. Allons-y.
Il charge en volant avec ses propulseurs. Je bondis dans les airs en le laissant passer sous moi, en profitant pour lui donner une claque aux fesses en criant «olé», puis atterrit au sol en me débarrassant de l'arme inutile. À la place, je m'empare d'un petit bâton de métal ultraléger, pas plus long que mon avant-bras, qui était rangé dans un étui derrière ma ceinture. La pression de mon pouce au bon endroit déploie l'arme, la faisant prendre en masse et en taille jusqu'à ce qu'elle forme un maillet géant un peu plus gros qu'une masse à béton. J'ai déjà utilisé un marteau géant dans le passé ; c'était mon arme fétiche pendant des années, mais lors de notre dernière arrestation à Monsieur J. et moi avant qu'il ne tombe malade, mon arme a été pulvérisée par ce rabat-joie de Batman. Par la suite, j'ai troqué la masse par une canne, plus maniable pour une femme enceinte.
Profitant maintenant de ma force surhumaine, je manie une arme fabriquée dans un métal extraterrestre extrêmement solide, étudié par Reed Richards avant sa retraite forcée. Un truc que j'aime bien, c'est que la peinture rouge et mauve et les carreaux peints dessus ne bougent pas, même lorsque je le plie pour le transport.
Iron Man m'observe manier avec habileté cette arme presque aussi grosse que moi, ne cachant pas sa surprise. J'en profite et charge en poussant un cri de guerre joyeux, lui décochant un coup à la gueule qui le fait chanceler, puis un autre dans l'abdomen qui le fait se plier en deux. Le troisième coup est toutefois bloqué lorsque la poigne de l'Avenger se referme sur le manche. Nos visages à quelques centimètres l'un de l'autre, je lui offre un clin d'œil avant de le frapper du talon dans l'entrejambe.
Bien sûr, une telle attaque n'a aucun effet vu la carapace entourant sa virilité. Cela suffit néanmoins à nous dégager, et j'enchaîne avec un balayage du marteau dans les jambes, le faisant trébuchant. Il se remet sur ses pieds dans l'instant grâce à ses propulseurs et tente de me bombarder de ses rayons laser, mais je détourne à chaque fois le tir en frappant l'avant-bras. Après quelques passes seulement, le mur derrière moi est une ruine.
Il décide finalement de changer de stratégie et se saisit de mon manche à deux mains avant de décoller dans les airs, m'entraînant à sa suite.
-Wiiiiiiiiii ! je m'exclame en sentant un pic d'adrénaline me submerger.
Iron Man bifurque pour ne pas se cogner au plafond, mais je m'accroche au lustre par les jambes et parvient à le balancer au sol, un bon sept mètres plus bas. Cette technique me coûte quand même un sérieux élancement dans les coudes et les genoux, mais pas assez pour m'empêcher de me laisser tomber au sol et d'ordonner à certaines des plantes de la salle d'amortir ma chute. Sérieusement, qui est celui qui a eu l'idée de mettre deux cerisiers dans cette pièce, que je lui envoie des fleurs ?
Pendant que mon adversaire se relève, et histoire d'ajouter l'insulte à la douleur, je m'appuie à mon ami arbre en plaçant mon marteau sur l'épaule, agitant joyeusement la main à son intention.
-On fatigue, la boîte de conserve ?
Je ne sais pas lui, mais l'armure, elle, commence à émettre des grincements de mauvais augure. Pour avoir déjà vu des vidéos d'Iron Man en action, je crois deviner qu'il s'agit d'une version légère de sa tenue de base, sans doute conçue en cas d'urgence –pour tenir dans une mallette, justement-. Il bondit vers moi, et je réponds en lançant mon marteau, lui écrasant le visage au sol et creusant un trou. Pendant qu'il est à terre, je le roue de coups en riant de manière hystérique. C'est ça, un Avenger ? Un des plus puissants héros de la planète ? Pathétique, pitoyable, honteux…
Les doigts d'Iron Man se referment sur ma cheville, m'arrêtant dans mon geste. Il me lance comme une poupée de chiffon, et je rebondis sur une table qui se fracasse en une dizaine de fragments de bois. Je me redresse et lance l'un des cerisiers sur mon ennemi, qui doit se défendre contre des branches et des racines.
Un regard d'ensemble me permet de constater que mes gars ont fini de remplir leurs sacs avec tout ce qu'ils pouvaient. La plupart des bourgeois ont foutu le camp, et la police ne va pas tarder. Finalement, je repère la rouquine. Je savais que sa tête me disait quelque chose. Il doit s'agir de Pepper Potts, l'épouse de Stark. On croirait voir un cliché, avec le milliardaire qui marie sa secrétaire…
Voyant là mon billet de sortie, je me précipite d'un pas dansant vers la femme et me glisse derrière elle, enroulant mon bras autour de sa gorge et pointant mon arbalète miniature sur sa tempe.
-Salut, je dis avec amusement. Moi c'est Harley.
S'étant libérer de ses liens végétaux, Iron Man s'est soudainement immobilisé. Son casque est partiellement arraché, révélant un œil écarquillé par une soudaine terreur.
-Je te jure que si tu touches à un cheveu de sa tête…commence-t-il.
Pour le défier, je me saisis d'une mèche et tire dessus, arrachant un cri à Potts. Je rigole en voyant la réaction incertaine de l'Avenger.
-C'est pas un cheveu…c'est au moins une dizaine. Alors ? Que vas-tu me faire pour ça ?
Mes Carrés d'As rappliquent et pointent leurs armes sur Iron Man, qui n'ose toujours pas bouger, de peur que je fasse réellement du mal à sa douce. Je fais passer la pointe de ma fléchette empoisonnée sur la chair tendre de Pepper Potts, qui ferme les yeux et prend une longue, mais prudente, inspiration.
-Ce serait dommage de blesser un si joli visage, n'est-ce pas ? Un beau brin de femme, même pour son âge…tu sais Tony, tu as de la chance. Tu veux la risquer ? Oh, ce serait un jeu intéressant…
Je glousse et commence à me déplacer vers le bas de l'estrade. Iron Man fait un pas vers moi, mais je resserre ma poigne sur la gorge de sa femme, la faisant suffoquer.
-Ah ah ! Ne fais pas le vilain, Tony. J'ai toutes les cartes en main, et tu le sais.
-Elle n'a rien à voir avec tout ça !
-Je sais. Mais c'est drôle de te voir affolé parce que j'ai sa vie entre mes mains.
-Libère là.
-Oh, relaxe…je vais le faire…mais pas tout de suite. Je vais l'amener avec moi. Dis-moi…tu connais l'histoire du chat de Schrödinger ?
Il frissonne de manière perceptible en m'entendant sortir cette référence.
-Pepper Potts sera avec moi. Morte ou vivante, impossible de le savoir. Si tu te ramènes, je la bute. Ou elle sera morte depuis un moment déjà. Essaye de réfléchir là-dessus. Et essaye de ne pas devenir…cinglé.
J'éclate de rire et force mon otage à avancer. Je rejoins les Carrés d'As et les dépasse, ces derniers fermant la marche en reculant tout en maintenant leur arme sur l'Avenger. Nous sortons dehors, laissant Iron Man seul dans la salle dévastée.
Arrivée à la voiture, je balance Pepper Potts dans la voiture, et nous partons dans un crissement de pneus. Pendant que les sbires comptent l'argent du butin avec enthousiasme, je me tourne vers mon invitée et lui sourit largement.
-Vous allez vraiment me tuer ? demande-t-elle d'un ton acide.
Je fais mine de réfléchir quelques instants.
-Pour être franche, je n'ai pas encore décidé. Quel suspense, tu ne trouves pas ?
Elle n'a visiblement pas de sens de l'humour, car elle décide de m'attaquer à main nue, me bloquant le bras armé de l'arbalète et s'efforçant de me frapper au visage. Après quelques instants de lutte, nous passons à côté d'une petite falaise dégringolant jusque dans la mer. Ouvrant la portière, j'expulse Pepper Potts dehors, annonçant sans crier gare que j'ai pris ma décision.
-Apprends à voler, Peppy ! je m'écris en la voyant rebondir une fois sur la route avant de basculer dans le vide.
Contre toute attente, la rouquine parvient à s'agripper à un affleurement rocheux, les bras et les épaules contusionnées, mais elle est bien vivante. À mon avis, Iron Man ne va pas tarder à venir la récupérer. Pour être honnête, la prise d'otage était une improvisation totale. Tuer ou retenir prisonnière la femme d'un Avenger, bien qu'une possibilité intéressante n'a aucun intérêt dans mes plans. Mais là encore, la relâcher ainsi n'était pas prévu.
Hum. Je ne prévois pas grand-chose, en fait.
