Salut salut ! Alors quand je vous disais que la publication serait très régulière, je vais poster un chapitre par jour/tous les deux jours jusqu'à la fin, pour la simple et bonne raison que... ok... j'avoue je vous avais un peu oublié xD Ce qui fait que j'ai déjà fini la publication sur un autre site et je suis super en retard sur =/ Shame on me !
Beedle le Barde et la Pierre d'Augure
À un quart d'heure du couvre-feu, je savais exactement où trouver Cassy et je n'avais plus qu'à m'y rendre sur le champ. Je pris donc la direction de la tour de Serdaigle au pas de course. Arrivée là-haut, je me dirigeai droit vers le mur face à la fenêtre et pointai ma baguette sur l'une des pierres grises, tout comme l'avait fait Dominique l'autre jour.
- Allez, dis-moi ton énigme, s'il te plaît, soufflai-je, impatiente.
- Bonsoir, s'éleva alors une voix grave. Vous n'êtes pas de la maison Serdaigle.
- Quoi, moi ? répondis-je aussitôt. Bien sûr que si ! Il n'y a pas moins Serdaigle que moi... ou presque... Bon alors, elle vient cette énigme ?
- Je ne suis pas convaincu, continua la voix.
- Rooooh allez ! Il faut que je parle à...
- Hohoho, je plaisante bien sûr, je suis bien évidemment convaincu ! me coupa la voix sans même m'écouter. Convaincu que tu es Leah Flynn, et que tu es à Poufsouffle. Décidément, mes blagues sont de plus en plus tordantes, n'est-ce pas ?
- Hilarant, je pense que c'est la blague de l'année, maugréai-je. Je peux avoir l'énigme maintenant ?
- Tu peux, mais je ne garantis pas que ça t'ouvrira l'entrée de cette salle commune. Alors, qu'est-ce qui est petit et marron ?
- Euh... je ne sais pas moi... un marron ?
- Oui, c'est cela !
- Alors je peux entrer ? m'enthousiasmai-je.
- Non.
- Mais pourquoi ?
- Pour commencer parce que tu n'es pas une élève de Serdaigle, et ensuite parce que ça n'est pas l'énigme qui ouvre la porte de cette salle commune.
- Mais je...
- Oh, et tant que j'y pense... Le couvre-feu est dépassé depuis une minute. ALERTE, ALERTE, se mit à crier la voix. UNE ELEVE HORS DE SON DORTOIR !
- NON, m'exclamai-je aussitôt. C'est bon, c'est bon, je m'en vais !
Et je filai sans demander mon reste. Par chance, je ne croisai personne dans les couloirs et rejoignis ma salle commune sans encombre. Ou presque. Alors qu'il ne me restait plus qu'un couloir à parcourir, je percutai quelqu'un de plein fouet.
- Aïe... gémis-je en tentant de me relever.
- Leah ? Mais qu'est-ce que tu fais là ? me demanda la personne face à moi.
- Hugo ? répondis-je, stupéfaite. Ce serait plutôt à moi de te poser la question !
- WEASLEY ! hurla alors quelqu'un à quelques couloirs de là.
- Je t'expliquerai plus tard, viens, faut pas rester là !
Il m'attrapa le poignet et m'entraîna dans la direction opposée à ma salle commune. Nous courûmes ainsi un long moment, si bien que mes poumons étaient en feu lorsque Hugo s'arrêta. Sûr de lui, il se dirigea droit vers une tapisserie qu'il souleva avant d'actionner je ne sais quel mécanisme. Sous mes yeux ébahis, un pan du mur d'en face coulissa, révélant un long couloir sombre. J'eus à peine le temps de m'en remettre que déjà Hugo me poussai sans ménagement dans le passage qu'il venait d'ouvrir. Mon cœur s'accéléra lorsque le mur se referma sur nous. Il faisait si noir que je n'apercevais même pas mes mains si je les portais devant mes yeux.
C'était terriblement flippant.
- Lumos, murmura Hugo, quelque part sur ma gauche.
Aussitôt, le long couloir sombre et étroit apparut teinté de reflets jaunes. Très honnêtement, je n'aurais su dire si le plus effrayant était ce même couloir dans le noir ou éclairé. Je sentis la main d'Hugo resserrer mon poignet et me mis en marche, un frisson me parcourant l'échine.
Le passage semblait ne jamais prendre fin et alternait les phases de rétrécissement et d'élargissement. L'humidité suintait entre les pierres grises, réfléchissant le peu de lumière dont nous disposions. Nous marchions en silence depuis un bon moment lorsque mon pied dérapa sur le sol mouillé. J'hurlai. Toute la tension accumulée jusqu'ici sembla se libérer dans mon cri qui se répercuta tout le long du couloir. Puis le silence revint, lourd, pesant, angoissant.
- On fait une pause ! commandai-je en me relevant péniblement. Où-est-ce qu'on est, exactement, et pourquoi ?
- Je t'expliquerai quand on sera arrivés, viens, répondit Hugo.
- Non je ne bougerai pas d'ici ! m'exclamai-je, à bout de nerf. Il fait noir, je suis fatiguée, on marche depuis des heures, je ne sais pas où je suis, Cassy m'abandonne, il y a de l'eau qui coule des murs, on est poursuivis par je ne sais qui, pour je ne sais quelle raison, et toi tu ne veux pas me dire où on va !
- Bah, peut-être qu'il ferait moins noir si tu allumais aussi ta baguette, répliqua-t-il en croisant les bras.
- Ah... euh... c'est pas faux... marmonnai-je en baissant les yeux. Lumos.
- Allez, viens maintenant, dit-il en me prenant à nouveau par le poignet.
- Non ! m'exclamai-je en me dégageant. Je veux savoir ce qu'il se passe !
- S'il te plaît, Leah, suis moi et je te raconte tout sur la route, d'accord ?
Je poussai un long soupir avant de me remettre à marcher.
- Bon, commença Hugo. Par où commencer... Cette nuit, avec Logan et David, on avait prévu de faire une petite blague à Kerson. Rien de bien méchant hein ! Un petit piège de rien du tout... Enfin toujours est-il qu'après l'avoir posé, quand on a voulu revenir à notre salle commune, on a failli se faire prendre par Bletch'. Donc on s'est séparés, et comme Bletch' nous bloquait la route jusqu'à notre salle commune, on a décidé de se retrouver au QG. Il s'est avéré que par malchance, Bletch a choisi de me suivre moi, et pas eux, et c'est à peu près à ce moment-là que je suis tombé sur toi. Voilà.
- Vous avez un QG ? ne trouvais-je d'autre à répondre.
- Oui, et c'est là que l'on va.
J'étais sur le point de lui répondre que j'avais bien compris et que je n'étais pas complètement stupide – merci bien – lorsque nous arrivâmes enfin au bout du passage. Hugo s'avança, actionna un levier caché dans un recoin de la pierre et le mur coulissa à nouveau, découvrant une pièce que je n'avais jamais vue auparavant.
- Estime-toi heureuse, tu es la première fille à entrer dans ces lieux, lança Hugo en entrant. Hé, les gars, regardez qui j'ai trouvé sur la route ! Les gars ?
Je m'avançai moi aussi dans la pièce qui m'apparut comme une sorte de grand salon. Une table basse ovale trônait en son centre et était entourée de trois fauteuils, d'un gros pouf vert et d'un canapé. Des posters représentant des joueurs de Quidditch recouvraient les murs, et des bouteilles de Bièraubeurre vides traînaient un peu partout. Mais il n'y avait aucune trace de Logan et David.
- Je ne comprends pas, ils devraient déjà être là, souffla Hugo en se grattant la tête.
- Ils ont peut-être eu un contre temps ? avançai-je en tentant tant bien que mal de masquer mon contentement.
En effet, cette situation me réjouissait : me retrouver seule avec Hugo, le rêve de toute une vie !
- Oui, ça doit être ça, conclut-il en haussant les épaules. On n'a qu'à les attendre, tu veux boire quelque chose ?
- Boire quelque chose ? répétai-je en regardant autour de moi.
Mis à part les bouteilles vides et un vieux Souaffle qui gisait dans un coin de la pièce, il n'y avait rien d'autre que la table basse et de quoi s'asseoir.
- Oui, on a quelques Bièraubeurre et du jus d'orange, me répondit-il en se dirigeant vers le mur de droite. Ce n'est pas grand-chose, il faut qu'on retourne faire le plein.
À nouveau, il actionna un mécanisme qui fit pivoter un bout du mur, découvrant ce qui semblait être une sorte de placard caché.
- Euh, va pour une Bièraubeurre, répondis-je, de plus en plus étonnée.
J'entendis Hugo farfouiller un moment et en profitai pour m'installer dans un fauteuil. Sur la table basse étaient étalées des cartes d'un jeu que je ne connaissais pas. J'en saisis quelques-unes et les examinai un moment, jusqu'à ce qu'une Bièraubeurre soit déposée devant moi.
- Qu'est-ce que c'est ? demandai-je en désignant le jeu de cartes.
- Un prototype. Des amis de mon père tiennent une boutique de jeux de société, et quand ils veulent en tester un avant de le mettre en vente, ils passent souvent par nous. On est pas mal de jeunes dans la famille, alors...
- D'accord... Et celui-là, il consiste en quoi ?
- Un genre de jeu de la bouteille remanié en jeu de carte. En très très gros, celui qui gagne doit embrasser celui qui perd.
Je restai un moment interdite.
- Et donc, articulai-je lentement, je suis la seule et unique fille à être venue ici ?
Hugo parut réfléchir un moment avant de comprendre le fil de ma pensée. Son visage se décomposa.
- Ah ! s'écria-t-il en rougissant. Non ! Mais non, ce n'est pas ce que tu crois... Enfin, on y joue, mais entre nous on a un peu changé les règles. Maintenant, celui qui gagne lance un défi à celui qui perd.
Il y eut un long silence durant lequel il sembla se demander si j'avais cru son explication ou non.
- Je ne suis pas gay, ajouta-t-il devant mon sourire amusé.
J'éclatai alors de rire.
- Ouf, ça aurait été dommage, dis-je enfin.
Anxieuse, je guettai sa réaction. Il ne sembla toutefois pas relever l'allusion, et se contenta de sourire avant de s'installer en face de moi.
- Tu veux faire une partie ? me proposa-t-il en décapsulant les deux Bièraubeurre. Si je gagne, tu essayes mon balai !
- Et si tu perds ? demandai-je, suspicieuse.
- Je ne perdrai pas, m'assura-t-il en bombant le torse. Mais si tu y tiens vraiment, tu peux me trouver un défi.
Je réfléchis un moment, tout en sirotant ma boisson.
- Si je gagne... commençai-je. Si je gagne, alors tu devras prendre une araignée dans ta main pendant au moins trente secondes.
Il frissonna et esquissa une grimace de dégoût.
- Une araignée, vraiment ? Pourquoi pas un papillon ? C'est mignon un papillon.
- Chacun sa phobie, y'a pas de raison, répliquai-je en commençant à rassembler les cartes.
Le jeu était assez simple et reposait en grande partie sur du pur hasard. Je pus donc remporter aisément la partie, malgré mon inexpérience.
- Est-ce que... commença Hugo d'une voix hésitante. Est-ce que ça pourra être une petite araignée ?
Je souris.
- Je rigolais tu sais, je ne compte pas vraiment te mettre une araignée dessus.
Il afficha un air soulagé.
- Merci ! s'exclama-t-il. Parce que tu sais, moi je t'aurais vraiment fait voler sur mon balai.
- Tu essaies de me faire changer d'avis ? demandai-je, incrédule.
- Par rapport au balai ?
- Non, à l'araignée. Ce que tu peux être insistant !
Il se mit à rire.
Nous restâmes un moment dans cette salle, mais David et Logan ne nous rejoignirent pas, si bien que tard dans la nuit je finis par laisser Hugo pour aller me coucher. J'appris le lendemain que nos deux amis s'étaient fait attraper par le concierge Bletchley et avaient écopé d'une retenue.
J'appris également que Cassy était passé maître dans l'art d'être indisponible. En effet, je passai une partie de la journée à tenter d'aller lui parler, mais cela semblait être mission impossible. Il était tantôt occupé, tantôt en retard pour son cours de Potions, il était parfois même inexplicablement absent.
Ce soir-là, je mangeai mon repas en silence, perdue dans mes pensées. Pourquoi avais-je tant besoin de parler à Cassy ? Pourquoi étais-je si décontenancée par son départ ? Après tout, il était en septième année, je devais forcément m'attendre à ne plus le revoir l'an prochain. Alors pour quelques mois, pourquoi cela m'attristait-il autant ?
Je dus y réfléchir un moment avant de mettre le doigt dessus. Ce qui m'attristait le plus dans cette nouvelle, c'était qu'il ne m'ait pas mise au courant. Durant les nombreuses heures que nous avions passées ensemble m'entraîner, je lui avais pourtant confié beaucoup de choses. J'avais cru naïvement que cela nous aurait assez rapproché pour qu'il me mette au moins au courant de ça, mais visiblement je m'étais trompée. À moins qu'il ne soit pas encore sûr de repartir et qu'il n'ait pas voulu m'attrister pour cela ? Oui, c'était certainement ça !
Je fus brutalement sortie de mes pensées par Val' qui s'assit brusquement à côté de moi.
- Comment, qu'est-ce que j'apprends ? s'écria-t-elle aussitôt, visiblement mécontente.
- De quoi ? répondis-je, incrédule.
- Pour commencer, on ne dit pas « De quoi », mais « Plaît-il », et ensuite je viens d'apprendre de source sûre que tu avais refusé d'essayer le balai d'Hugo ! Plusieurs fois en plus !
J'en restai sans voix.
- Enfin, Leah ! continua mon amie. C'est THE opportunité ! Comment tu peux seulement refuser ça !
- Val' ! J'ai le vertige ! me défendis-je aussitôt.
- Je sais, je sais, mais vous n'êtes même pas obligés d'aller trop haut ! Et puis ça te fera une occasion de vaincre ta phobie, répliqua-t-elle d'un ton sans appel.
- Mais...
- Y a pas de « mais », Leah, tu vas aller le voir et lui dire que ça te ferais très plaisir de passer un moment seule avec lui, même si c'est pour voler, et même si tu as très peur.
Je me renfrognais. C'était injuste de m'imposer ça ! Val' se radoucit et posa une main sur mon épaule.
- Désolée mon chou, mais je te jure que tu me remercieras plus tard. Et si ce n'est pas le cas, alors... je m'auto-lancerai un crache-limace.
Je souris. Val' avait toujours eu horreur des limaces, et sa hantise était de recevoir un jour ce sort. Le jour où elle avait appris son existence, elle avait même été s'excuser auprès de tous les gens à qui elle avait pu faire du tort, de près ou de loin.
- D'accord, d'accord, j'irai, dis-je alors en soupirant.
Ce fut donc les jambes tremblantes que je me dirigeai vers Hugo, Logan et David le lendemain après-midi. Les trois amis se tenaient devant le saule cogneur – à bonne distance de celui-ci, tout de même – et semblaient réfléchir intensément.
- Je vous assure, disait Hugo. Mon père m'en a parlé, c'est juste là, au pied de l'arbre.
- On te crois, répondit Logan, mais comment passer sans être atomisés ?
- Passer où ? demandai-je en arrivant à leur hauteur.
Les trois garçons sursautèrent en se tournant vers moi.
- Leah, c'est toi ! s'exclama David. Tu nous a fait une de ces frousses !
- Oh, pardon, m'excusai-je. Alors, où vouliez-vous passer sans vous faire atomiser ?
- Oh, nulle part, répondit rapidement Hugo.
- Oui, ce n'est pas important, ajouta Logan avec un geste évasif de la main.
Je les toisai un moment avant de sourire.
- Trahis par vos airs coupables, lançai-je en riant. Enfin, si vous ne voulez pas me le dire, tant pis, mais soyez prudents quand même.
Ils affichèrent tous les trois un large sourire farceur avant d'acquiescer.
- Bref, continuai-je en me tournant vers Hugo. J'ai réfléchi et... tiens, regarde !
Je lui tendis une page spécialement découpée dans Quidditch Mag quelques minutes plus tôt. L'article qui y paraissait faisait un commentaire très élogieux du Golden Lux III.
- Hé, c'est mon balai ! s'exclama-t-il presque aussitôt.
Il parut réfléchir un instant avant d'ajouter :
- Tu as lu cet article et tu t'es dit que ça serait top de venir l'essayer parce qu'il a l'air vraiment trop bien, hein !
- Plus ou moins, admis-je.
- C'est... c'est vrai ? répondit-il, bouche-bée.
J'eus tout juste le temps d'acquiescer qu'il m'attrapa par le poignet et m'entraîna vers le stade.
- Désolé les gars, cria-t-il à l'attention de ses amis. C'est une occasion unique, je vous laisse, on se retrouve plus tard pour... vous-savez-quoi !
Une fois dans le stade, il se précipita dans les vestiaires et en ressortit presque aussitôt avec son balai.
- Y'a pas le feu tu sais, on n'est pas pressés, marmonnai-je, espérant retarder le moment du vol.
- Je me dépêche, au cas où tu changes d'avis, répliqua-t-il en souriant.
- Tu fais bien, soupirai-je, je commence déjà à me demander ce qui m'a pris.
- Oh, allez, je suis sûr que tu seras contente de l'avoir fait ! s'exclama-t-il en m'entraînant à nouveau vers le parc.
Il choisit un espace plat et dégagé devant le lac noir, s'arrêta et me tendit le balai. Mes mains tremblaient quand je le pris et je me forçai à respirer lentement. Tout allait bien se passer, je n'allais pas tomber, je n'allais pas me fracasser la tête par terre et...
- Non, j'peux pas faire ça! m'écriai-je, paniquée.
- Oh, allez ! Tu ne peux pas abandonner si près du but ! répondit Hugo, visiblement déçu.
Je déglutis. Je ne pouvais pas le décevoir, ce n'était pas concevable pour mon petit esprit de Poufsouffle amoureuse ! Prenant mon courage à deux mains, je montais sur le balai.
- Et... et maintenant ? demandai-je en m'agrippant de toutes mes forces.
Hugo monta à son tour et plaça ses bras autour de moi. Je frissonnai à ce contact.
- T'en fais pas, on n'ira pas très haut, dit-il pour me rassurer.
J'eus tout juste le temps de prendre une grande inspiration que le balai décolla. Le sol défilait à toute vitesse sous nos pieds et je commençai à crier.
- Ralentiiiiiiiiiis !
- Respire Leah, répondit-il sans pour autant ralentir. Regarde autour de toi, tu voles ! C'est le rêve de toute personne sensée !
Je me forçai à inspirer profondément. Après tout, Hugo savait ce qu'il faisait, et puis nous étions à peine à un mètre du sol, je ne risquais rien... À part peut-être de me manger le sol à une vitesse beaucoup trop élevée pour que mon petit corps fragile ne puisse l'encaisser... Mais il ne fallait pas y penser, ça n'arriverai pas... pas vrai ?
C'est alors que je relevai la tête. Et ce que je vis était si beau que j'en oubliai – presque – ma peur. Le soleil descendait lentement dans le ciel, projetant de vifs éclats dorés sur le lac noir. Et nous nous dirigions droit vers ce soleil, si vite qu'il ne nous fallut que quelques secondes pour voler au dessus de lac. En baissant à nouveau les yeux, je vis notre reflet sur l'eau. Mes cheveux volaient dans tous les sens et fouettaient le visage d'Hugo. Je ris, ça devait être particulièrement désagréable.
- Alors ? cria-t-il pour couvrir le bruit du vent.
- C'est super ! m'exclamai-je. On... on peut s'arrêter maintenant ?
- Bientôt, il faut juste qu'on fasse un dernier truc avant.
- Ah bon ? Quoi ?
Il ne répondit pas mais je sentis ses bras se resserrer autour de moi. J'eus à peine le temps d'avoir un mauvais pressentiment que le balai changea de direction, amorçant une ascension à la verticale. Je recommençai à hurler.
- JE VAIS TE TUER ! articulai-je entre deux loopings.
Lorsque – enfin – nous rejoignîmes la terre ferme, je me jetais au sol et m'autorisai de longues secondes de récupération, allongée sur le dos dans l'herbe humide. Mes doigts étaient tout crispés et mes jointures étaient blanches tant j'avais serré le manche du Golden Lux III. Après tout, ma vie en dépendait à ce moment là.
Devant moi, Hugo riait tellement qu'il devait s'appuyer sur son balai pour ne pas tomber.
- Je te déteste ! lâchai-je d'une voix suraiguë.
- Hé, tu as survécu ! répliqua-t-il. En plus, je suis sûre que tu as bien aimé.
Je pris un moment pour réfléchir. Certes, la partie où nous volions tout près du sol – ou de l'eau – avait été plutôt agréable...
- Au début oui, finis-je par admettre. Mais pourquoi est-ce que tu...
- Mais parce que voler à deux à l'heure au ras du sol, on aurait pu faire ça avec n'importe quel balai ! me coupa-t-il.
- À deux à l'heure ? répétai-je incrédule.
- Bon, bon, j'exagère peut-être un peu... Je suis désolé, d'accord.
Il me tendit une main que j'attrapai avant de me relever, les jambes toujours un peu tremblantes. Nous nous dirigions lentement vers le stade lorsqu'un hibou fonça droit sur nous, manquant de peu de nous percuter. Il se posa sur l'épaule d'Hugo et lui tendit la lettre qu'il tenait dans son bec.
- C'est bizarre, ce n'est pas l'heure du courrier... avança-t-il en déchiquetant l'enveloppe.
- Tu connais ce hibou ? demandai-je, intriguée.
- Oui, c'est celui de ma mère, répondit-il avant de parcourir rapidement la lettre des yeux.
Il poussa un profond soupir.
- Oh non !
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Je vais passer deux semaines en France, chez la sœur de tante Fleur, cet été...
- Et tu n'es pas content ? m'exclamai-je. Tu veux savoir où je vais passer l'été ? À Londres, seule avec mes parents pendant que vous serez tous partis explorer les quatre coins du monde.
- C'est pas ça, répliqua-t-il avec un sourire. Mais je vais passer deux semaines avec Louis... Il faut absolument que je convainque tante Ginny d'envoyer Lily avec nous, sinon...
- Sinon quoi ? demandai-je, un peu perdue.
- Bah... Louis est cool, enfin c'est mon cousin, mais... Honnêtement je ne sais pas comment tu arrives à le supporter à longueur de journée... Il a des côtés très...
- Agaçants ? Usants ? Horripilants ? Exaspérants ? complétai-je.
- Un peu tout ça, affirma-t-il en riant franchement.
- Oh tu sais, je supporte bien VanHogen, alors Louis à côté...
- C'est vrai, répondit-il songeur. Ça non plus je ne sais pas comment tu fais !
Je haussai les épaules en riant moi aussi. Louis était ce qu'il était, et j'avais fini par m'y faire, mais j'arrivais aisément à comprendre qu'il puisse être rapidement insupportable.
Je quittai Hugo après qu'il eut rangé son balai. Il reprit la direction du saule cogneur tandis que je me dirigeais à nouveau vers le château. Il allait bientôt être temps de manger, et j'avais quelque chose d'important à faire avant. Je me rendis donc à la bibliothèque et m'assis à la table où se trouvait Maeko.
- Tiens, Louis n'est pas avec toi ? lançai-je en guise de salutation.
En effet, depuis que ces deux-là sortaient – enfin – ensemble, il se passait rarement un moment durant lequel ils étaient séparés.
- Non, répondit-elle en pouffant. Je crois que Louis est allergique à cet endroit.
- Ça c'est bien vrai, acquiesçai-je en pouffant à mon tour.
Je marquai un pause.
- Dis Maeko... Est-ce que Louis... comment dire ça... est-ce qu'il est aussi fatiguant quand il est avec toi, ou est-ce qu'il arrive à se tenir à peu près correctement ?
Maeko me lança un regard déconcerté avant d'éclater de rire, malgré l'œillade outrée de la bibliothécaire.
- Quoi, c'est une question comme une autre ! me défendis-je.
- Il fait des efforts, répondit finalement Maeko.
- C'est trop mignon, soufflai-je en joignant mes mains.
Elle me lança un sourire timide puis se remit à travailler tandis que je me perdais dans mes pensées.
Depuis le début de l'année, j'avais bien dû consulter les trois quarts des ouvrages présents dans ces rayons, sans jamais trouver ce que je cherchais. De deux choses l'une : soit je ne savais pas chercher, soit ce que je cherchais ne se trouvait pas dans ces livres. Mon regard se posa sur la petite porte au fond de la bibliothèque. La réserve.
Je fronçai les sourcils. À moins d'être invisible, il m'était impossible d'y entrer sans être vue, surtout à cette heure-ci, alors que l'endroit était bondé d'élèves faisant consciencieusement leurs devoirs avant le repas. Il faudrait donc que j'y retourne après manger. Je passai la demi-heure qui suivit à élaborer mon plan, avant de finalement me lever pour prendre le chemin de la Grande-Salle.
Encore une fois, j'étais songeuse durant mon repas. Ce qui n'échappa pas à Louis qui s'amusa à me lancer des miettes de pain dans les cheveux – dix points si je ne m'en rendais pas compte. Il était arrivé à presque deux cent cinquante lorsqu'une boulette me percuta l'œil et que je me retournai vers lui.
- Hé ! Ça t'amuse de faire ça ? m'écriai-je en secouant la tête.
- Beaucoup ! répondit-il en riant.
Je lui tirai la langue, me levai et quittait la Grande-Salle. Ce n'était pas tout, mais j'avais fini mon repas, et un plan diabolique pour entrer dans la réserve m'attendait à présent.
C'est alors qu'une chose horrible arriva. Non, bien pire qu'une simple chose horrible : mon pire cauchemar ! J'avais pris un raccourci pour me rendre à la bibliothèque, si bien que je me trouvais dans un couloir presque désert.
Presque.
En effet, au bout de celui-ci se tenait Hugo. Hugo en compagnie de nulle autre que Maryna VanHogen. Mon cœur manqua un battement tandis que je me cachai à l'angle du couloir. Que pouvaient-ils bien faire tous les deux ? Sortant une oreille à rallonge de mon sac, je me mis à écouter.
- … et j'ai tellement de mal à suivre, minaudait-elle de sa voix la plus suave. Si seulement quelqu'un pouvait m'aider, quelqu'un comme toi par exemple !
- Je... commença Hugo.
- Oh, tu acceptes ? s'exclama-t-elle en tapant dans ses mains d'un air ravi.
- Mais...
- C'est parfait, alors demain après les cours, on ira à la bibliothèque, on va passer deux merveilleuses heures ensemble ! gazouilla-t-elle en prenant sa main dans la sienne.
Je vis rouge.
- Noooooooon ! hurlai-je en sortant de ma cachette.
Je ne sais pas à quoi je m'étais attendue en agissant ainsi, mais certainement pas à ce qu'ils me regardent tous les deux d'un air totalement abasourdi, et sans décrocher un seul mot.
Solitude.
- Euh, je... commençai-je en rougissant. Demain, il peut pas.
- Ah bon ? répondirent-ils en chœur.
VanHogen se tourna vers Hugo, sceptique. Décidément ce dernier ne m'aidait pas beaucoup !
- Ah oui ! s'exclama-t-il, feignant de se rappeler. Non, c'est vrai, je suis désolé, c'est que demain, Leah et moi on doit... on doit...
- Voyager dans le temps, complétai-je avec un geste évasif de la main.
- Voyager dans le... répéta-t-il avant de se tourner vers moi et de me lancer un regard interrogatif.
Je haussai les épaules. J'avais dit la première chose qui m'était venue à l'esprit, sans réfléchir.
- Je vois, articula VanHogen en nous toisant tous les deux.
- Fais pas cette tête VanHouten... Hogen ! VanHogen ! se rattrapa précipitamment Hugo. Ce que Leah veut dire c'est qu'on a un exposé à faire en histoire de la magie. Donc on va en quelque sorte voyager dans le temps en se plongeant dans l'histoire des autres époques... tout ça tout ça...
- Très bien, alors on fera ça après demain, rétorqua VanHogen avant de tourner les talons et de s'éloigner sans lui laisser le temps de répondre quoi que ce soit.
Nous restâmes un moment silencieux, puis Hugo lâcha un long soupir.
- Tu viens de sauver mon après-midi de demain ! dit-il en se tournant vers moi.
- Tu n'as plus qu'à me remercier, répondis-je d'un ton qui se voulait plein de sous-entendus – à vrai dire je n'étais pas très douée dans ce domaine.
- Oui c'est vrai, s'exclama-t-il. Merci Leah !
Une moue déçue se forma sur mon visage et je remerciai mentalement Hugo de ne pas m'avoir regardée à ce moment-là. Pourquoi ne comprenait-il toujours pas ? Val' et Lily m'avaient pourtant bien dit que c'était évident, alors avec tous les efforts que je faisais pour que ça le soit pour lui aussi, comment pouvait-il ne rien voir ?
- Et sinon, commençai-je, hésitante. Demain après-midi, tu feras quoi alors ?
- Mmmh... Je sais pas. Je n'avais rien de prévu à la base...
- Donc euh... Peut-être... enfin je crois... bégayai-je.
- Quoi ?
- Je veux dire, tu ne sais pas quoi faire demain, moi non plus, alors on aura qu'à faire un truc tous les deux ? me lançai-je. En plus, comme ça, VanHogen ne pourra rien dire.
- Oui, carrément ! s'exclama-t-il.
Haaaaa il avait dit oui ! Mon moi intérieur dansait la samba.
- Je demanderai à Logan et David ce qu'ils ont prévu mais je crois qu'ils seront d'accord. Faudra aussi demander à Val' et Lily et... Leah ça va ? T'as l'air énervée...
Mon moi intérieur avait cessé de danser, maintenant il lançait des coups de pied rageurs tout autour de lui.
- Tu le fais exprès ?! explosai-je.
L'air franchement étonné qu'il me retourna à ce moment eut pour seul effet de m'irriter encore plus.
- Hugo ! m'écriai-je. Tu peux pas être aveugle à se point-là !
- Qu'est-ce que j'ai fait ? s'exclama-t-il aussitôt.
Je secouai la tête. Les mots me manquaient pour exprimer mon agacement et j'en voulais tellement à Hugo de ne pas comprendre ce qui se passait que je fis la seule chose sensée qui me vint à l'esprit. Franchissant la distance qui nous séparait, je me hissai sur la pointe des pieds et posai mes lèvres sur les siennes. Il se passa quelques secondes durant lesquelles le temps semblait s'être figé, puis je reculai vivement.
- Oh mince ! Je... je suis désolée, énonçai-je les mains plaquées devant ma bouche.
Et sans attendre de réponse de sa part, je partis en courant. Je l'entendis m'appeler, mais ne m'arrêtai pas, maudissant mon moi intérieur de m'avoir poussée à faire ça. C'était stupide ! Stupide, stupide, stupide ! Je n'allais même plus pouvoir le regarder en face, plus jamais.
Slalomant entre les élèves qui se pressaient dans les couloirs, je tentais de rejoindre ma salle commune. Là-bas, au moins, il ne me trouverait pas. Mais c'était sans compter sa trop bonne connaissance des couloirs de Poudlard. Aussi, lorsque j'arrivai dans le couloir où se situait l'entrée de ma salle commune, j'eus l'horreur de constater qu'il y était arrivé avant moi. Debout devant la tapisserie du banquet, il guettait le flux d'élèves qui défilait devant lui.
Aussitôt je repartis en sens inverse, priant pour qu'il ne m'ait pas vue. Hors de question d'avoir une quelconque discussion avec lui maintenant, c'était beaucoup trop embarrassant. Et surtout, j'avais bien trop peur de ce qu'il pourrait dire. Pire : de ce qu'il pourrait penser !
Tout en marchant de façon à m'éloigner le plus possible d'Hugo – tant pis, j'allais dormir dehors s'il le fallait – je me souvins de mon plan diabolique pour entrer dans la réserve. Aussitôt je me remis à courir, direction la bibliothèque. Là-bas, Hugo ne me trouverait pas non plus.
Une fois entrée, je feignis de chercher un livre parmi les allées d'étagères, me rapprochant innocemment de la porte menant à la réserve. Une fois dans l'allée la plus proche, je guettai le moment propice. Lorsque la bibliothécaire quitta son bureau pour se précipiter vers une table où deux élèves se faisaient des passes avec un grimoire, je fonçai.
Mais au moment où je tendais la main vers la poignée, quelqu'un m'arrêta.
- Je ne suis pas sûr que ça soit une très bonne idée, souffla Lysander sur le ton de la confidence.
- Lys' ? Te mêle pas de ça, je sais ce que je fais ! répliquai-je.
- Vraiment ? Et c'est quoi ton plan, attendre que la bibliothécaire ait le dos tourné pour te précipiter dans la réserve ?
- Précisément, soufflai-je en lançant un regard anxieux vers l'étagère derrière laquelle la bibliothécaire avait disparue de mon champ de vision.
- Super plan. Et en admettant qu'aucune alarme ne se déclenche lorsque tu auras passé la porte – ce qui ne sera pas le cas, à moins d'une défaillance du système – comment comptes-tu revenir ?
- Euh...
Je restai bouche-bée. Que Lysander tente de m'aider après ce que je lui avais fait, passe encore. Mais qu'il en sache autant sur les systèmes de protection de la bibliothèque...
- Qu'est-ce que tu cherches exactement ? me demanda-t-il finalement.
- Je...
J'hésitai. Pouvais-je lui dire ce que je cherchais ? À lui ?
- Je cherche une image... lançai-je pour commencer.
- Une image ? Dans la réserve ? Ça ne doit pas être une image très courante alors.
- Une image de la Pierre d'Augure, dis-je alors de but en blanc.
Il parut d'abord décontenancé, puis ses sourcils se froncèrent et il sembla se concentrer longtemps. On aurait dit qu'il cherchait à me dire quelque chose sans parvenir à le faire. Un moment plus tard, il secoua la tête en soupirant.
- Ce n'est que ça ? Il fallait le dire tout de suite !
Sur ce, il m'entraîna dans l'un des rayons, chercha un moment, puis sortit un vieux livre de contes pour enfants.
- C'est la deuxième édition des Contes de Beedle le Barde, avec toutes les histoires les moins connues. Ce que tu cherches est à la page vingt-trois.
Sans penser à le remercier, je m'empressai d'ouvrir le livre à ladite page. Sur celle-ci était représentée une sorte de grosse pierre noire, pourvue d'inscriptions blanches. Une grosse pierre noire qui ne m'était pas inconnue.
Je me frappai le front. Bien-sûr, comment ne m'en étais-je pas rappelé plus tôt ? Je savais où était la Pierre d'Augure.
Hey ! Alors, qu'en avez-vous pensé ? =D Mieux que le dernier chapitre hein ? Pour la petite histoire, le passage avec Maeko est une pièce rapportée, vous pouvez remercier Bloo, c'est elle qui m'a fait remarquer que ça faisait un moment qu'on entendait plus trop parler d'elle ^^
Et puis pour changer, je suis pas contre une petite review, ou même une grande d'ailleurs, si vous avez du temps à perdre =D
