Disclaimer : les personnages ne m'appartiennent pas, Spartacus est une création Starz! et de Steven S. DeKnight. Je dois avouer que les scénaristes de Spartacus : Vengeance ont su titiller ma curiosité. Pardonnez les boulettes ou les redites, les fautes ou tournures de phrases... Spartacus donc, violence, relations entre hommes, jurons et compagnie... un joli petit couple aussi, Nasir/Agron. Le chapitre prend place à l'épisode 10 saison 3 " Victory"
Note : bon, voici l'avant-dernier chapitre. Enjoy à tout à l'heure pour le dernier... ou plutôt l'épilogue.
Chapitre 29
«==========((=0oooO ~~ Agron~~ Oooo0=))==========»
Dès le lendemain de l'hommage rendu aux morts, Spartacus demanda à ce que tous se préparent à partir le plus tôt possible. Il craignait que Crassus ne revienne sur l'accord scellé avec César. Il accorda cependant un jour supplémentaire pour les soins des blessés. L'opération des mains d'Agron fut extrêmement douloureuse et se déroula en plein soleil de midi pour bénéficier de la meilleure lumière. Lugo et Gannicus furent réquisitionnés par le medicus afin de maîtriser les spasmes de douleurs du Germain.
Il fallut rouvrir les plaies de ses mains et retirer le pus et les os brisés qui en gênaient la guérison. La souffrance occasionnée fut si pénible à supporter malgré le suc de pavot et l'alcool administré, Agron perdit plusieurs fois connaissance. Nasir s'en inquiéta, bien que soulagé de ne plus le voir s'agiter si violemment pour échapper aux outils de chirurgie que le medicus avait fait fabriquer pour cette unique occasion. Celui-ci accéléra son ouvrage, utilisant une loupe pour mieux voir où il portait ses pinces chauffées à blanc. Après plusieurs heures de travail harassantes, il se déclara satisfait et demanda à prendre du repos. Il fit porter Agron dans la tente de Spartacus et discuta avec Nasir en partant.
- Réveilles-moi lorsqu'il reprendra connaissance. Pour l'heure, son corps se repose. La douleur sera terrible, Nasir. Et je crains qu'il ne retrouve jamais l'usage de ses mains. Sa main droite est en bouillie, je me demande même s'il n'aurait pas mieux fallu la couper.
- Il l'a refusé, tu le sais, il ne l'a pas dit mais il a l'espoir de retourner se battre.
- Je le crains, répondit l'homme de l'art épuisé, je crains qu'il n'affronte une grande déception. Il ne pourra plus combattre car il ne peut tenir une épée. Il ne pourra plus se défendre. Sa vie de guerrier est terminée maintenant. Ses mutilations sont bien trop importantes.
Agron commença à se réveiller au son de la voix de Nasir qui lui parvenait à travers un brouillard de douleur qu'il chercha à disperser à force de volonté. Ce qu'il entendit de la conversation lui glaça les entrailles. Mutilations, incapable de tenir une épée. Incapable de se défendre...
Il espéra que c'était une idée délirante, issus de la fièvre qui le tenaillait. Il crut être encore dans le camps de prisonnier, à tant espérer être sauvé et ramener près de Nasir qu'il le croyait réellement. Il tenta de se relever. Castus appuya doucement sur ses épaules afin de l'en empêcher. Il gronda sans faire aucunement peur au jeune homme. Il se sentait aussi faible qu'un enfant en bas age.
- Nasir, appela-t-il doucement, sa voix rendue rocailleuse par une soif ardente.
- Je suis là, dit le jeune homme en venant s'asseoir à son chevet. Castus s'éloigna, le visage fermé, les yeux posés sur son ami, comme pour le protéger.
Agron plongea son regard dans les prunelles noisettes qu'il avait cru ne jamais revoir. Le regard concerné que le Syrien lui renvoya l'inquiéta.
- Que se passe-t-il ? Demanda-t-il.
Nasir jeta un œil derrière lui, observant le vieil homme qui se balançait sur ses talons d'un air embarrassé.
- Repose-toi, lui dit doucement le jeune homme, tu sors à peine d'une longue lutte contre la fièvre.
Agron leva péniblement la main gauche qui irradiait d'une douleur franche et brutale. L'épais pansement qui la recouvrait était déjà taché d'un sang rouge vif. Il leva la main droite surpris de ne sentir aucune douleur. Le sang pourtant maculait également les linges qui l'enveloppait.
- Cette main, je ne sens rien, dit-il stupidement.
Le praticien s'ébroua et s'approcha, l'air inquiet. Il vérifia que les liens ne fussent trop serrés et reposa doucement la main sur le torse de son patient.
- Cela arrive parfois, les dommages ont été si importants que le corps refuse la douleur. Elle guérira mais tu ne pourras plus l'utiliser.
Agron sursauta devant l'abrupte franchise du médecin. Sa main gauche le lança aussitôt. Il la leva pour la porter aux yeux du médecin.
- Et celle-ci ? Elle me fait mal, ça veut dire qu'elle va guérir complètement ?
Le médecin battit retraite devant le ton plein d'espoir du guerrier. Nasir se mordit la lèvre d'un air particulièrement inquiet.
- Je ne peux pas te le dire. Cela dépendra de la manière dont elle va guérir. Nous avons retiré le maximum de pus et d'os mais l'infection était importante et tu dois te reposer. Le temps de la guérison va être long.
Agron s'assombrit, ses espoirs douchés. Il comprit que ses mains allaient être inutilisables pendant une longue période. Comment allait-il faire pour manger, pour se défendre s'il n'avait plus l'usage de ses mains ? Nasir sembla lire sur sa physionomie l'inquiétude qui noyait son esprit.
- Je serai toujours à tes côtés. Nous allons bientôt devoir partir. Spartacus ne veut pas que nous restions ici, au risque que Crassus revienne sur sa parole et nous écrase là où son fils est mort.
- Je ne peux pas monter à cheval, maugréa le Germain prenant lentement conscience du nombre d'activités qu'il ne pourrait plus exercer. Je vais être un poids mort pour vous tous.
Castus échangea un regard avec Nasir, au grand déplaisir d'Agron qui se renfrogna.
- Nasir a prévu ton déplacement. Nous avons une place dans un chariot pour toi, répondit l'ancien pirate. Tu y seras en sécurité avec les autres blessés. Nous serons près de toi à chaque instant.
- Je n'ai pas demandé à ce que tu sois présent, gronda le Germain, dont la jalousie se réveillait à mesure que l'affaiblissement provoqué par la fièvre diminuait.
- Je ne reste pas pour toi, mais pour Nasir, rétorqua Castus, semblant se retenir de se mettre en colère. Tu ne sais pas ce par quoi il est passé en ton absence.
Agron se méprenant sur le sens de ses paroles, se redressa brusquement, faisant bondir en arrière le jeune homme.
- Tu n'oserai pas porter la main sur lui, cria-t-il, faisant fuir le médicus qui jugea sa présence désormais inutile.
- Ce n'est pas moi qui l'ai abandonné ! ce n'est pas moi qui l'ai fait souffrir. Il t'a pleuré toutes les nuits. Il a même voulu se tuer à cause de toi !
Agron se laissa retomber en arrière, vaincu par les mots de Castus. Nasir baissa la tête, incapable de briser le lourd silence qui s'était abattu sous la tente.
- Nasir ? appela Agron d'un souffle oppressé.
Le Syrien n'osait plus croiser son regard et Agron crut l'avoir perdu. Il posa sa main douloureuse sur le visage baissé et dirigea le menton vers lui. Les yeux de Nasir le transpercèrent.
- Pourquoi ? demanda-t-il seulement.
- Parce que je voulais te rejoindre, répondit franchement le jeune homme. Je n'aurais pas supporté très longtemps d'être éloigné de toi par la mort. Tu voulais que je vive pour des lendemains meilleurs. Sans toi en vie, il n'y avait pas de lendemain. Mon cœur saignait sans cesse et rien ne pouvait étancher la blessure que l'annonce de ta mort m'a infligée. Sans Castus et Saxa, je ... je n'aurais pas eu le bonheur de retrouver tes bras.
Agron pleurait ouvertement maintenant incapable de retenir les larmes qui l'étouffait. Par son comportement, son désir de vengeance, il avait abandonné son amour et aurait pu le perdre alors qu'il s'accrochait à son souvenir pour survivre dans le campement des prisonniers de Crassus.
Il releva la tête, Castus avait disparu, sans doute pour leur laisser l'intimité dont ils avaient besoin pour enfin se retrouver tout à fait.
Il força sa main à caresser la joue de Nasir, écrasant les pleurs qui coulaient le long de ses joues, mouillant son cou et ses cheveux épars. Nasir serra son bras, fort et se pencha pour embrasser enfin les lèvres sèches de son amant. Un baiser rude, passionné, et oh combien nécessaire, pour ces âmes éplorées. Agron ouvrit la bouche et sentit une langue venir glisser contre la sienne, reprenant contact en perdant le souffle. Il oublia tout ce qui n'était pas Nasir. Une vague de plaisir l'envahit avant d'être cruellement terrassé par une intense souffrance lorsqu'il tenta de caresser la chevelure de son amant.
Nasir se détacha de lui lorsqu'il le sentit se figer sous la douleur. Il lui sourit un peu amèrement.
- Mon pauvre amour, dit-il, n'aie crainte, je m'occuperai de toi.
Agron se rembrunit.
- Je ne veux pas cela pour toi. Tu n'as pas à t'occuper de moi, comme si j'étais un enfant fragile. Je suis un guerrier.
- Je le sais, Agron, c'est à cause de cela, que j'ai manqué de te perdre. Crois-moi, je sais que tu n'es pas un enfant.
- Mais comme un nourrisson, je ne peux plus rien faire. César m'a achevé en me brisant les mains. Je suis dorénavant inutile.
Nasir soupira. Il semblait comprendre le désarroi d'Agron mais il ne savait pas comment parvenir à le consoler de cette déchéance. Il ne put que souhaiter que le temps lui apporte l'acceptation de son état. Agron se mura dans le silence, acceptant néanmoins d'être nourri à la cuillère et transporté comme un infirme dans les chariots de nourriture.
Son état physique s'améliora au fil du temps, mais son moral devenait de plus en plus sombre et son humeur s'en ressentait. Il ne ménageait pas son amant qui le supportait du mieux qu'il pouvait. Il tentait de le repousser, incapable de le voir s'occuper de lui comme d'un malade, un inutile. Nasir avait tout essayé pour le ramener à des pensées plus positives mais Agron se braquait dès la moindre sollicitation et le repoussait. Castus le désapprouvait et plusieurs fois, Agron fut tenté de le tuer, mais sans l'usage de ses mains, il ne put rien faire d'autre que subir ses commentaires acerbes.
Spartacus vint plusieurs fois le voir ainsi que Gannicus. Ils le tinrent au courant de la situation et des plans. Il voyait dans leur regard combien ils étaient désolés pour lui et sa détermination à se battre s'accrut de jours en jours. Il sentait lui revenir des forces nouvelles alors que ses plaies guérissaient.
oOoOo
Le nouveau campement qu'ils avaient installé bruissait d'activités. Spartacus avait donné ses ordres pour préparer les prochains combats contre Crassus. Le Thrace savait qu'il ne pouvait pas échapper très longtemps aux éclaireurs romains. Il avait choisi le champ de sa bataille finale et le moyen d'affronter Crassus en équilibrant les forces. Agron se dirigeait vers ses deux frères d'armes lorsqu'il les entendit parler de leurs futurs combats.
- L'espoir réside seulement, dit Spartacus en posant son fagot, dans la décision du champ de bataille pour la dernière bataille.
- Tu ne mets pas beaucoup de volonté dans une telle promesse, répondit Gannicus en déposant le sien.
- Ça tiendra assez longtemps, laissa échapper le Thrace d'un air concerné, pour que les autres s'échappent.
- Je l'espère, intervint Agron sérieusement, et apporter l'aide dont on a tant besoin en donnant à Crassus un putain de repos.
Les deux hommes échangèrent un regard dubitatif. Agron se sentit nerveux lorsque Spartacus lui tendit son propre glaive pour voir les progrès réalisés.
- Prends mon épée, lui dit-il, Et fais en sorte que cela arrive.
Agron prit dans sa main le pommeau, bougeant ses doigts avec difficulté. Il ne maîtrisait toujours pas ses mouvements et lorsque Spartacus lâcha la lame, elle tomba à terre, sans qu'il puisse la rattraper. Cette défaillance sous le regard de ses amis le ravagea. Il n'avait pas voulu se montrer faible. Son visage se décomposa. Spartacus voyait malheureusement ses doutes sur son lieutenant se confirmer. Agron ne pouvait plus combattre.
- Ils m'ont tout pris, murmura celui-ci, incapable de soutenir le regard de ses amis.
- Mais tu vas nous être utile dans la bataille qui vient, répondit Spartacus en tentant de le rassurer en posant sa main sur son épaule, en menant ceux qui ne peuvent pas combattre dans les montagnes.
Agron se maîtrisa afin de ne pas s'effondrer en larme devant son chef de guerre. Il avait tout perdu dans son dernier combat.
- Retourne à la tâche avec Nasir, lui ordonna Spartacus, et préparez le voyage.
Silencieusement, serrant les dents sur l'infinie peine qu'il éprouvait, Agron acquiesça avant de se réfugier près des chevaux récemment récupérés. Ces animaux ne le jugeaient pas faibles, ils étaient puissants et néanmoins délicats, faciles à effrayer malgré leurs entraînements guerriers. Agron prit le temps de se recomposer auprès d'eux, respirant la lourde odeur de paille et de cuir. Nasir qui avait sûrement eu vent de son humiliation publique vint le chercher quelques heures plus tard.
- Viens je dois te montrer quelques chose sous la tente du médicus.
Agron le suivit avec réticence. Pourtant, lorsque Nasir lui présenta le montage d'un bouclier et d'une épée, son intérêt s'aiguisa.
- C'est toi qui l'a fabriqué ? Lui demanda-t-il, en examinant avec attention le bouclier, d'où sortait la lame d'une épée.
- Nous allons l'attacher à ta main pour qu'il ne se détourne pas de son but : faire couler le sang romain.
Agron le laissa introduire sa main dans les sangles qui permettait d'attacher l'appareil à son bras. Il resta quelques secondes, rêveur. Il voyait d'autres combats, d'autres batailles se dérouler devant ses yeux. Ce bouclier lui offrait une chance qu'il croyait avoir perdue. La possibilité de se battre. Il se tourna vers Nasir, incapable de lui mentir sur ses motivations.
- Je ne peux pas fuir dans les montagnes avec les autres, lui apprit-il, la fierté faisant briller ses yeux. En dépit des ordres, ma place est sur le champ de bataille.
- Comme la mienne est à jamais à tes côtés, répondit le petit homme, aussi déterminé et aussi ému que lui.
Après un intense échange de regards, Nasir tomba dans ses bras, Agron le serrant comme pour la dernière fois. Ils savaient l'un et l'autre qu'ils n'avaient que peu de chance de survivre à cette bataille finale, en dépit des préparatifs de Spartacus. Agron n'allait pas mener les blessés vers le nord. Il serait au combat, près de ses frères d'arme, son amant à ses côtés.
oOoOo
L'heure de la bataille vint bien trop vite. Spartacus avait prévu les ruses les plus spectaculaires de son répertoire auquel les rebelles travaillèrent d'arrache-pied. Le chef de guerre savait que c'était un combat final destiné à permettre aux plus faibles de s'enfuir par les Alpes et rejoindre la Gaule Cisalpine. Leur nombre amoindri serait alors compensé par les surprises qu'il avait concocté.
Muni de son bouclier-épée, Agron suivit la cohorte de guerriers pour mener son dernier combat. Spartacus, après un moment d'hésitation, fut heureux de sa présence lors de ce dernier combat. Il rendit hommage au dernier frère d'arme du Ludus. La reconnaissance de Spartacus lui rendit toute sa fierté et sa combativité. Nasir le suivit, celui-ci ne supportant pas d'être à nouveau séparé de lui.
Même au milieu des plus féroces combats, il ne quitta jamais les côtés de son amant. A eux deux, ils assistèrent à la dernière bataille de tant de compagnons que longtemps ils se sentirent coupables d'avoir survécu. Ils perdirent des amis très chers sur ce champ de bataille qui signa la naissance d'un puissant triumvirat, celui de Crassus, César et Pompée.
Le dernier à tomber dans ce conflit fut Spartacus lui-même qu'ils arrachèrent à un sort terrible après sa défaite contre Crassus et ses légionnaires. Les deux chefs de guerre s'étaient battus et alors que Spartacus allait être capturé par les Romains, Nasir et Agron l'avaient emporté loin des combats. Ils retrouvèrent Laeta qui avait attendu Spartacus jusqu'au bout. Ils apprirent alors l'ampleur du désastre.
Des milliers d'âmes qui avaient suivi le chemin de Spartacus, seuls avaient survécu quelques vingtaines d'individus. Pompée en arrivant par le nord avait massacré lâchement les femmes et les enfants. Spartacus et ses compagnons avaient donné en vain leur vie pour qu'ils soient sauvés. Seuls quelques rescapés, ceux qui avaient attendus jusqu'au bout l'arrivée de Spartacus avaient eu la vie sauve. Agron s'agenouilla aux côtés de Spartacus, en se rendant compte qu'il vivait encore. Ses blessures étaient trop nombreuses pour être soignées et Nasir tenta de le faire comprendre à Agron qui refusait de voir la réalité. Son chef de guerre se mourrait. Sa vie s'en allait en même temps que le sang qui ruisselait de ses plaies. Et pourtant il s'inquiétait encore de ceux pour lesquels il avait donné sa vie.
-Tous en sécurité ? Demanda-t-il faiblement.
- Pompée s'est installé sur l'autre côté. lui apprit Agron désolé de ne pouvoir égayer ses derniers instants. Beaucoup furent perdus.
Ils partagèrent un moment d'émotion en pensant à ceux qui avaient été massacrés par Pompée, le gamin Boucher.
- Nous devons le voir sur le chemin de la montagne, les pressa Laeta, avant que nous soyons également découverts.
Agron et Nasir tentèrent de soulever le corps blessé et moribond.
- Patience, fit le chef de guerre avec une grimace de douleur. J'aimerais me reposer un peu.
- Nous ne pouvons pas rester ici. Lui rappela Nasir, inquiet.
Spartacus cilla, incapable de se focaliser sur son visage. Il perdait de plus en plus de force, le visage livide sous le sang qui le maculait.
- Non, vous ne pouvez pas, murmura-t-il doucement, pas plus que je ne peux vous suivre.
Agron regarda Nasir, échangeant silencieusement un regard, la tristesse inscrite sur leurs traits. Le chef de guerre ferma les yeux. Sa poitrine s'apaisant doucement sous un souffle moribond.
- Spartacus... Spartacus, l'appela doucement Laeta.
- Spartacus, le nom le fit relever les paupières exsangues, révélant un regard translucide qui ne les regardait déjà plus. Ce n'est même pas mon nom. Je vais enfin l'entendre à nouveau. Prononcé par une femme aimée...dans le salut tant attendu...
Agron, comprenant qu'il s'agissait de la fin, ne cachait plus les larmes qui débardaient de ses yeux. Secoué de sanglots, il prit la main que lui tendait Spartacus, partageant un dernier salut avant de laisser son frère d'arme partir pour l'autre monde.
- Ne versez pas vos larmes, leur dit enfin Spartacus, reprenant un peu de force dans ce contact qui l'ancrait à la réalité. Il n'y a pas plus grande victoire...que de tomber de ce monde...comme un homme libre.
Les larmes d'Agron ruisselaient sur son visage, tombant sur la main de Spartacus qui lâcha peu à peu sa prise alors que la vie le quittait.
Le cœur meurtri, Agron était incapable de détacher le regard de l'homme qui l'avait libéré et entraîné jusqu'ici dans le sang et la mort. Il lui survivait, lui qui aurait voulu achever cette existence en combattant. Il ferma les yeux du Thrace au nom inconnu et lui déclara quelques mots qu'il emmènerait dans l'autre monde.
- Un jour, Rome s'estompera et tombera en ruines. Et pourtant, on se souviendra toujours de toi dans le cœur de ceux qui aspirent à la liberté.
Le visage défait, il déposa un baiser sur ce front livide où perlait une sueur glacée. Spartacus les avait quitté, mais son nom resterait dans toutes les mémoires, les champs de croix des Romains allaient aussi sûrement le rappeler que le besoin de liberté qui naît dans le cœur des hommes.
Ils déposèrent tous une pierre sur le corps de leur chef, créant une cairn anonyme où Agron abandonna son bouclier-épée en hommage. Il resta quelques instants songeur, disant adieu à cette partie de sa vie. Il n'était pas si vieux, à peine 25 ans. Une longue vie l'attendait derrière les cols s'il parvenaient à les franchir sans se faire repérer par les soldats de Pompée. Cela leur prit quelques jours, luttant contre le froid et le vent d'une tempête hivernale avant de pouvoir redescendre dans les plaines gauloises.
Leur petit groupe de rescapés, glacés et affamés eurent cependant la chance d'être recueilli par des villageois, ébahis de les voir traverser les Alpes dans des conditions aussi déplorables. Ils les accueillirent chez eux où ils purent se réchauffer et se restaurer alors qu'ils leur racontaient leurs histoires. Le nom de Spartacus avait déjà passé les cols et au lieu de leur attirer la défaveur des habitants de ce petit village perdu, leur octroya le gîte et le couvert.
Couchés dans le foin d'une petite étable, bercés le souffle des bêtes qui la réchauffaient, Agron et Nasir purent s'allonger sous un toit pour la première fois depuis Sinuessa. Nasir s'occupa des pansements d'Agron, chose qu'il n'avait pu faire pendant leur périple sous le blizzard. Il les nettoya doucement avant d'en refaire les bandages. Elles se mouvaient toujours difficilement et Agron ne savait pas s'il récupérerait un jour toute sa dextérité.
Il les contempla, perdu dans des souvenirs douloureux, repensant à leurs compagnons morts sur la croix. Nasir le rappela au présent en embrassant légèrement sa tempe.
Agron eut un léger sourire, caressant du bout des doigts laissés à découvert le menton volontaire de son compagnon. Ses prunelles caramel ne le quittaient pas. Il y découvrit une lueur tendrement lutine. Une lueur qui n'avait plus vu depuis les bains de Sinuessa. Les choix qu'ils avaient fait les avaient éloignés, pris par leurs devoirs et les combats qui avaient alors ponctués leurs existences.
Un sourire s'étira sur le visage d'Agron, et son jumeau se retrouva sur celui de Nasir.
Le petit homme se pencha vers lui et lui prit le visage en coupe entre ses mains pour cueillir un baiser léger comme une plume sur ses lèvres offertes. Il devint plus vorace lorsqu'Agron ouvrit la bouche. Leurs langues se frôlèrent, glissèrent l'une contre l'autre, luttèrent pour un contrôle éphémère. Agron se sentit frémir sous le toucher expert du jeune homme. Il étouffa un gémissement lorsque Nasir glissa une main sous sa nuque et l'autre sur son sexe en une invite explicite.
- Nasir, nous ne sommes pas seuls, murmura-t-il, une vache meuglant tout à coup près d'eux.
- Cela ne t'a jamais dérangé auparavant et puis, tu n'as qu'à tenter de rester silencieux.
Agron s'amollit à nouveau dans le baiser fiévreux, sentant son cœur s'emballer sous la franche caresse. Le jeune homme se fit félin en lui retirant les différentes couches de vêtements qui le couvraient. Il leva la main pour l'enfouir dans l'épaisse chevelure qui frôlait à présent son torse, envoyant des décharges plaisantes jusqu'au creux de ses reins. Nasir se releva et défit prestement ses propres vêtements. Il apparut nu comme au jour de sa naissance à la lueur de l'unique bougie que les villageois leur avaient laissés. Celle-ci dessinait des ombres dorées, magnifiant sa fine musculature et les courbes déliées de son corps.
- Si je dois rester silencieux, murmura-t-il, je ne pourrai pas te dire combien je te trouve merveilleux.
- Si les mots ne sont pas tes amis, ton corps a son propre langage, fit Nasir en regardant son aine d'un air gourmand.
Le Germain étendit les bras, lui faisant signe de le rejoindre sur leur couche de foin. Nasir préféra cajolait une partie de son intimité qui ne demandait que cela. De la bouche et des doigts, il s'activa tant et si bien qu'Agron cria bientôt son bonheur. Mais le Syrien ne s'arrêta pas en si bon chemin. Lui refusant la jouissance d'une main trop légère, il joua avec le corps d'Agron, évitant les bleus et les blessures, traçant un chemin jusqu'à sa bouche qu'il envahit avec autant de plaisir que d'enthousiasme. Au-dessus de lui, le dominant totalement, il pressait contre lui sa propre érection, lui montrant toujours sans mot l'étendue du pouvoir qu'il avait sur lui.
Agron n'en pouvait plus, il tenta de le retourner sur leur lit afin de lui faire subir un sort semblable. Nasir se montra insaisissable et dominateur. Il recula et se frotta contre son bas-ventre, faisant naître des frissons délicieux sur leurs peaux. D'un mouvement preste, il s'enduisit d'onguent et laissa entrer le sexe d'Agron en lui. L'homme gronda, tentant de maîtriser la ruade que ses reins désiraient tant. Nasir se redressa et le prit tout entier, restant immobile le temps de réhabituer son corps qui tremblait. Agron le caressa lentement, frôlant ses tétons érigés, descendant à son érection dure. Nasir émit un son bas avant de se mettre à bouger, lentement, se mouvant dans une danse antique et lascive, les reconnectant plus puissamment que mille mots. Agron posa ses mains contre ses hanches étroites, inventant de nouveaux mouvements à son invite. Il se laissa tomber en avant, ses mains de chaque côtés de son visage, l'embrassant à perdre haleine alors qu'il jouissait entre leur ventre, entraînant celle d'Agron dans un même râle. Les vaches entamèrent leurs propres chorales, meuglant leur désapprobation.
Agron et Nasir se sourirent mutuellement, leurs cerveaux baignant dans une telle félicité qu'ils eurent l'impression de se comprendre sans se parler. Ils s'étreignirent fortement, ils étaient vivants, leurs sentiments étaient toujours aussi vif et leur amour vivant. Ils étaient toujours jeunes et la vie étendait ses chemins devant eux. Ils l'arpenteraient à eux deux aussi longtemps que l'amour les animerait.
«==========((=0oooO ~~ Epilogue~~ Oooo0=))==========»
A suivre (merci pour votre lecture)
