Wakfu: New Adventure !

Note de l'auteure: Maintenant que les vacances sont là, j'ai plus de temps pour écrire et je pense que je vais aller aider Nathanielle (ma co-auteur pour cette histoire et auteur de la version "La Confrérie du Tofu") pour son chapitre parce qu'elle s'en sort pas… contrairement à moi, elle travaille et n'a pas le temps d'écrire…

Parallèlement, j'ai commencé une autre petite fanfic, rien de bien transcendant, et qui, je pense, n'intéressera pas le lectorat de Wakfu…

Evidemment, ça reste secondaire, donc ne vous en fait pas, je continuerai assidûment Wakfu : New Adventure !

De nouvelles terres à découvrir, de nouveaux personnages modelés sur vos idées, j'espère que ça vous plaira ! :D

Bonne lecture et pour les "enfants" : bonnes vacances ! profitez-en je vous en supplie !


Chapitre 29

Latissa ouvrit lentement les paupières, la bouche pâteuse. Il lui semblait qu'une énorme chape pesait sur tout son corps. Son cou la faisait souffrir, ainsi tordu sur le côté comme elle était couchée sur le ventre, mais lorsqu'elle voulut bouger ne serait-ce qu'un muscle, une déflagration de douleur la paralysa et soudain, tout lui revint en mémoire: le promontoire, la Princesse Kononomé, les mulous… Ayane et Amber ! Elle releva doucement la tête, s'appuyant sur ses mains et serra les dents, s'obligeant à supporter la douleur, le temps de vérifier autour d'elle si ses amies allaient bien. La première dormait sur un lit, plus loin, laissant dépasser ses ailes des couvertures. Quant à la deuxième, il fallut à Latissa de tourner la tête de l'autre côté. Elle avait l'impression d'être une tortue, lente et pataude, engoncée dans une carapace de bandages et de blessures cicatrisantes. De l'autre côté, cependant, sa vue était coupée par le corps de Mordan, assoupi. Au vue de l'obscurité ambiante, il devait déjà faire nuit. Seule la faible clarté de la flamme d'une bougie permettait de discerner quelques contours.

Latissa reposa la tête sur le matela, essayant de se caler du mieux qu'elle put. Si deux de ses coéquipiers dormaient tranquillement, les autres ne devaient pas être loin, sains et saufs. Elle pouvait distinguer la respiration de trois autres personnes dans la pièce, mais la plus apaisante, à sa grande surprise, était celle de Mordan, étouffée par son masque.

Masque qui d'ailleurs, l'intriguait au plus au point. Si seulement il n'était pas là, elle pourrait voir ce qu'il y avait en dessous. Elle ne savait comment s'imaginer le visage de Mordan, et elle était curieuse de le découvrir. Latissa avança prudemment la main vers le bois sculpté, l'attrapa au niveau du menton et, milikamètre par milikamètre, le souleva. Son cœur battait à tout rompre car elle savait qu'elle était en train de faire une bêtise, mais c'était plus fort qu'elle. Et s'il se réveillait ? Et s'il le prenait mal ? Et s'il voulait plus lui parler après ça ?

Sa main ne s'arrêta pas pour autant et elle put découvrir ses lèvres. Encore un petit peu et elle pourrait…

Soudain, la main de Mordan vint la stopper dans son geste, délicatement.

- Ça va mieux ? chuchota-t-il, son masque lui retombant sur le visage.

- Hum… J'ai encore mal, mais ça va… bafouilla Latissa, ses joues la brûlant atrocement.

Elle se racla la gorge et demanda des nouvelles d'Amber.

- Elle dort sur le lit d'à côté. Je suis désolé Lati, je t'avais donné le masque de l'Anatomie mais ce vieux fou est venu me le réclamer et quand il l'a vu…

La Iop fronça les sourcils; elle s'imaginait très bien Yonsan péter un câble, réprimander encore une fois Mordan… Et ça l'énervait.

- Ça fait longtemps que je suis ici ? demanda la blonde, s'efforçant à changer de sujet.

- Seulement quelques heures. Après votre retour du promontoire, Akar est devenue folle de rage et elle a mobilisé tous les guerriers pour une battue à Kononomé et sa meute… mais au final, regarde.

Il se contorsionna pour ramasser quelque chose derrière lui, par terre, laissant entrevoir un bout de son ventre, strié d'étranges cicatrices. Encore une fois, Latissa sentit l'envie de soulever des barrières mais à peine tendit-elle la main qu'il se retourna, un long tissu noir à la main. Latissa écarquilla les yeux, bouche bée.

- Ne me dis pas que c'est… commença-t-elle incrédule.

La Cape de Paramort, répondit le Zobal avec fierté. Quand Akar a voulu attaquer Kononomé, sa Mère-Muloune a répliqué et lui a arraché un bras, mais la cape est tombée et la muloune a rendu l'âme.

- J'ai l'impression d'avoir loupé la bataille du siècle ! Chuchota Latissa extatique en prenant le tissus en mains.

Mordan narra plus en détails les événements du chapitre précédent mais Latissa n'écoutait que d'une oreille, contemplant la Relique Divine. Deux. Ils en avaient maintenant deux !

- Et là, Willow a entendu mon appel ! Continuait Mordan. Tu te rends compte ? Maintenant c'est sûr ! C'est la Grande Déesse !

- Je suis contente qu'elle soit de notre côté en tout cas ! J'ai hâte de reprendre la route.

Voulant accompagner le geste à la parole, la Iop leva le poing mais déchanta vite en sentant une vive douleur dans son dos.

- Fais attention ! La réprimanda le masqué. Tes points risquent de sauter ! Tu vas avoir de vilaines cicatrices…

- Et les tiennent, elles viennent d'où ?

La respiration de Mordan se coupa un moment, tant il se trouva pris au dépourvue de cette question. Se demandant d'abord comment elle pouvait connaître leur existence, il finit par hausser les épaules.

- Quand j'étais petit, Rabtan, Kelpan et moi étions sortis du village malgré l'interdiction et on s'est fait attaquer par la meute de Kononomé. Un des mulous m'a enlevé et ramené dans leur tanière. Mais au lieu de me tuer et de me manger, la Princesse m'as soigné pendant trois jours et m'a ramené à la porte du village. Elle m'a sauvé. C'est là que j'ai compris qu'elle n'était pas juste une bête sauvage, mais quelle cherchait à défendre quelque chose, même si à l'époque, je pensais qu'elle défendait juste la forêt… mais on en reparlera demain, conseilla Mordan en la recouvrant d'un drap. Je vais te laisser dormir.

- Non, tu ne veux pas rester ?

Bien que les maux d'estomac lui revenaient, Latissa n'avait pas envie qu'il parte, au contraire. Ils étaient fâchés depuis quelques jours déjà et maintenant qu'ils étaient réconciliés, elle se sentait bien en sa présence. Et puis elle brûlait de connaître la suite de cette histoire.

Mordan sembla hésiter un instant mais abdiqua finalement, se glissant sous la couverture à ses côtés. Après encore quelques échanges, ils s'endormirent, bercés par les hululements d'une chouette, au dehors.

Le Lendemain, Latissa se réveilla, toujours tiraillée par les blessures dans son dos. Elle parvint malgré tout à basculer sur le côté et à se redresser. Une fois assise sur sa couche, elle massa son cou endolori en tournant la tête, puis observa les alentours, à la recherche de son tabar. Ou de ce qu'il en restait ; elle retrouva son vêtement en lambeaux, imprégnés de sang séché. Elle jura entre ses dents serrées, sentant les larmes de colère lui piquer les yeux. La Iop s'en voulait atrocement. Elle n'avait pas été à la hauteur d'un simple combat contre des Mulous et s'était sottement laissée attaquer dans le dos… Son tabar, jadis blanc, ne ressemblait guère plus qu'à une serpillère ayant servit dans un combat de sacrieurs. Elle pouvait toujours espérer le nettoyer… mais à quoi lui servirait-il ? Si l'arrière avait été déchiqueté, il ne ressemblait plus à rien… Vaguement une cape, pourquoi pas. Latissa se maudit de n'en avoir emporté qu'un seul. Il ne lui restait plus que ses sous vêtements, à présent. Et ses yeux pour pleurer.

Prenant soudain conscience de ce constat, elle fit volte face -non sans réveiller quelques vives douleurs au passage- et nota avec soulagement que Mordan n'était plus là. Dans un grand moment de solitude, elle avait demandé au Zobal de passer la nuit à ses côtés et s'était endormie réchauffée par la présence de son ami.

La porte s'ouvrit en faisait sursauter Latissa qui eut juste le temps de se couvrir la poitrine de ses bras. Heureusement, il ne s'agissait que de Nele, Willow et de ses deux autres compagnes d'infortune.

- Je suis soulagée de voir que vous allez bien ! fit Latissa en essayant de se lever pour les rejoindre.

- Titi, tu pourrais penser à toi, pour une fois ! la réprimanda Willow en la forçant à se rasseoir.

La jeune Zobale avait tressé ses longs cheveux bleutés et tenait dans ses mains une pile de linge.

- Je suis venue t'apporter de vêtements et pour changer ton pansement, déclara la Vortival avec un sourire avenant.

Elle s'exécuta à la tâche, secondée par Amber, retira les bandages souillés pour nettoyer les plaies, Ayane lui présenta un cataplasme qu'elle avait créé en mélangeant deux remèdes de deux classes différentes qui fit immédiatement effet, au grand soulagement de la blonde. Puis Willow prit la parole:

- Aujourd'hui, je te propose de te reposer, de te soigner et de préparer tout pour le départ de demain…

- Mais… interrompit la Iop, qui fut coupée à son tour par un geste de l'Eliatrop.

- Avec Yugo, on s'occupe d'aller chercher la Fleur. Avec les portails, il n'y en a que pour quelques heures.

- Mais pourquoi devrions-nous se presser de partir ? demanda l'Enutrof, tout aussi choquée que le reste de l'assistance par cette nouvelle.

- Mordan a très envie de partir, et je le comprends, vu ce qu'il s'est passé.

Elle adressa un regard à Latissa, qui ne semblait pas comprendre l'allusion. La Iop prit un moment pour prendre la nouvelle. Pourquoi Mordan voulait-il partir si vite ? N'était-il pas heureux de retrouver sa famille ? La Chevalière finit par hausser les épaules, faisant vivement réagir Nele qui s'évertuait à fixer ses bandages.

- D'accord, vous avez la journée, concéda Latissa. Nous allons tout préparer pour lever le camp…

- Et on ne pourrait pas négocier des Dragodindes ou même des Moogrr pour redescendre au port ? quémanda Amber d'une voix inquiète.

- Si sûrement, répondit Nele, bien que pas directement concernée par la discussion.

- Le problème, tempéra Latissa, c'est qu'on ne sait pas où on va après. Nous avons trouvé deux nouveaux objets -et je vous félicite- mais, ensuite ?

Un silence gênée mais néanmoins parlant répondit à la question de la Iop.

- Dans son carnet, mon père parle d'un théologien Féca, il pourrait peut-être nous aider ?

Une petite piste semblait s'ouvrir à eux. Petite, mais une piste quand même. Jasper Hobson certifia connaître ce scientifique, Fred Héjammy, ainsi que le lieu où il travaillait pour le moment : la Pandalousie. La Guilde des Chercheurs de Reliques était repartie.

Il fut convenu que Willow et Yugo partiraient après manger et dès leur retour, le camp serait levé. Grâce à Nele et Mordan, on prêta aux aventuriers une charrette tirée par deux Moogrrs.

Il fut très facile pour les deux Eliatrops, surtout pour Willow, de trouver la Fleur, mais pour la ramener, ils durent sacrifier l'une des chaussures de Yugo pour s'en servir comme d'un pot. La Fleur de Tovap était brillante, scintillante, et une douce chaleur semblait diffuser de ses pétales. Personne n'en avait vu de la sorte, ni d'aussi jolie. Ayane l'examina sous toutes les coutures, fascinée par le pouvoir qu'il s'en dégageait.

- Quand je pense qu'elle est le remède à tout mal… Imaginez toutes les possibilité de potion qu'on pourrait en faire ! s'extasia-t-elle.

- On va la garder intacte, pour le moment, tempéra Mordan, pressé de partir.

On plaça la plante Divine dans un vrai pot pour rendre le soulier à son propriétaire, avant de la placer dans le havresac de Willow, plus à même de s'en occuper que Mordan.

La famille Vortival au complet était venue faire leurs adieux aux compagnons, leur offrant quelques dernières victuailles (notamment de ce délicieux boudin aux poms duquel la Iop était tombée amoureuse). Nele s'avança vers la Chevalière et lui tendit un linge plié.

- J'ai essayé de recoudre ton tabar, j'ai fait comme j'ai pu…

En dépliant le vêtement, Latissa découvrit le devant de son tabar, raccordé au niveau des épaules à un tissu de lin blanc.

- Tu pourras y peindre une croix, si tu veux, fit-elle gênée.

Latissa la remercia chaleureusement, touchée de l'attention. Elle ne pensait pas le récupérer, et ne serait-ce que de pouvoir de nouveau porter ce symbole de son statut de Chevalière lui procurait un grand soulagement et une fierté au delà de ce qu'elle aurait pu s'imaginer. Evidemment, si elle avait été tactile, Latissa se serait jetée au cou de Nele. Mais elle n'en fit rien. Elle n'eut pas le temps car ce fut la fille Vortival qui l'enlaça. La blonde, un peu embarrassée, lui frotta gentiment le dos. Lorsque la jeune Zobale mit fin à l'étreinte, elle pressa Latissa d'essayer le tabar. Nele lui avait prêté une tunique rouge sûrement pour aller avec la Croix des Chevaliers Iops. Elle passa le vêtement par dessus sa tête: le résultat était surprenant, et pas si moche que ça. Un style un peu hybride qui convenait parfaitement à la Chevalière.

Les frères de Mordan s'approchèrent à leur tour, et distribuèrent des loups de différentes couleurs à chaque membre de la Confrérie.

- Ce sont des masques fabriquée par Nuyi, commença Kelpan.

- Ils vous aident à faire de beaux rêves, rajouta Raptan avec un clin d'oeil à Mordan.

Après ces échanges et ces embrassades, les aventuriers grimpèrent dans la charrette, adressant des signes aux villageois une dernière fois.

Arrivés sur la côte, ils négocièrent une place à bord d'un navire cargo, très peu confortable mais également peu coûteux (30 kamas chacun), qui se dirigeait vers Amakna.

Avec la montée des eaux durant le Chaos d'Ogrest, le village de Pandala s'était vu devenir une île, séparée du continent fertile. Aujourd'hui, sa surface était réduite à un tiers de ce qu'elle était avant le déluge. Les six zones qui existaient à l'origine ont miraculeusement toutes survécues, même si deux d'entre elles très réduites; l'île de Grobe n'était plus qu'un groupe d'îlots formant un atole escarpé et l'Est du territoire, Aerdala, était devenu île à son tour.

Les aventuriers débarquèrent au port d'Akwadala dans une chaleur moite et un paysage très vert et luxuriant. Avec le soir qui tombait, ils allèrent se réfugier dans une auberge, très petite et très silencieuse, et pour cause; ils étaient les seuls clients. La tenancière était une Pandalette en surpoids avec un sourire éclatant, qui accueillit avec beaucoup de chaleur les aventuriers. Elle leur attribua tout le premier étage de son gîte. Ayane se proposa de dormir avec Latissa pour pourvoir la panser, laissant Amber et Willow dans la deuxième chambre. Les garçons se répartissèrent également deux par chambre. Les lits étaient très bas, près du sol, et les draps satinés reflètaient les lumières qui venaient danser dessus, le tout construit avec un même matériau: le bambou.

Alors qu'ils s'installaient tranquillement, sentant déjà la fatigue du voyage peser sur leurs épaules, l'aubergiste vint frapper à leur porte ronde pour leur offrir au choix de la bière ou du lait de bambou.

- Ça me fait penser à la chanson qu'Amalia chantait tout le temps ! s'écria Yugo en saisissant un gobelet de boisson.

"Pandawa de la chope ronde,

Goûtons voir si le lait est bon.

Pandawa de la chope ronde,

Goûtons voir si le lait est bon.

Goûtons voir, oui, oui, oui !

Goûtons voir, non, non, non !

Goûtons voir si le lait est bon !"

Amusés par l'ambiance, les garçons reprirent en choeur ce refrain envahissant, rapidement suivi des filles et de la tenancière. Celle-ci s'éclipsa néanmoins lorsque la fin de la chanson arriva pour laisser aux aventuriers le champ libre. Yugo leur conta donc l'épopée de la Confrérie du Tofu à travers la futée de Soiffards, des Pandawas zombies animés d'une soif inextinguible. De l'eau salée était remontée au coeur des terres et toutes les cultures de bambous avaient dépéries, entraînant l'apparition de moskitos et du virus Soiffard. Mais grâce à Amalia et ses poupées, ils étaient parvenus à sauver toute la vallée en les arrosant de lait de bambou.

A la suite de cette histoire, la bière fut mise de côté et on veilla jusque tard dans la nuit, bercé par les aventures de la célèbre Confrérie.

Finissant sa chope de lait de bambou, Latissa ne pouvait s'empêcher de se dire que, bientôt, ce serait leurs histoires qui seraient narrées lors des veillées, à travers le Monde des Douze.