Merci beaucoup pour votre lecture et vos reviews au dernier chapitre, qui m'ont fait un immense plaisir. J'en profite pour remercier Kayla et Cassie (bienvenue par ici, au fait ! tes remarques m'ont fait très plaisir...), des anonymes très sympathiques !

Pardonnez mon absence... Disons que je n'avais pas envie de publier la suite, parce que pas satisfaite, parce que quelques soucis personnels, etc. Je serais moins présente sur le site pour quelques temps.

Réponses à quelques remarques de Cassie qui peuvent intéresser tout le monde. Un truc qui m'a bien fait rire, sur le fait que Galadriel et cie n'aient pas vu ce qui se passait à deux reprises, que ce n'était pas très crédible. Vous comprendrez tous pourquoi en lisant ce chapitre... XD Mais tu sais, ce petit "bug" de nos grands sages trouvera son explication ! Sinon, en ce qui concerne la surprotection difficile à imaginer... Je suis à la fois d'accord et pas d'accord. Pas d'accord parce que j'ai une ma propre vision de leurs comportements, un mix "Livre/film/Aliete" : si les personnages ne sont pas totalement OOC (enfin j'espère pas), je leur donne quand même des traits de caractère propres à ce que j'ai envie de voir. Pour moi, cette surprotection est assez crédible, dans la mesure où Adèle est la plus fragile d'entre eux : et puis tu sais, dans le livre, les Hobbits sont bien plus responsables, Legolas moins muet, et même si j'ai choisi de bien plus m'inspirer des caractères du film, je reste influencée même sans le vouloir ^^ Mais je comprends ce que tu veux dire, et j'y ferais attention pour la suite, car il ne faut pas que j'oublie que vous ne n'êtes pas dans ma tête ;)

Bonne lecture !

Chapitre 29, Le passé, c'est le passé...

- Concentrez-vous Adèle, peut-être que quelques souvenirs vous reviendront..., dit Elrond.

- Et vous croyez que je n'ai pas essayé de me souvenir depuis tout ce temps ? Vous me prenez pour une quiche ou quoi ?, s'énerva Adèle.

- Il n'est pas nécessaire d'élever la voix pour que l'on vous entende, rétorqua-t-il.

- Oui ben moi, je ne suis pas une Elfe, alors quand je suis énervée, je crie.

Gandalf soupira et lança un regard compatissant à Elrond. De son côté, Adèle croisa les bras et tenta misérablement de défier du regard le Seigneur de Fondcombe, mais elle ne tint que quelques secondes.

- Vous savez bien que nous essayons de vous aider..., gronda Gandalf.

- Mais puisque je vous dis que je suis aussi perdue que vous depuis le début ! On en est tous au même point !

- Non, pas tous, râla Paul en fusillant du regard sa petite-fille.

- Ah ça y est, tu parles à nouveau ? Retrouver l'usage de la parole pour ronchonner, c'est constructif !

Paul allait ouvrir la bouche pour rétorquer, quand Galadriel intervint.

- Cette situation est très compliquée, nous devrions tout reprendre depuis le début. Peut-être qu'un détail mérite d'attirer notre attention. Paul, racontez-nous votre histoire, mais soyez précis... Dans votre enfance, n'y a-t-il rien qui, avec le recul, pourrait sembler étrange ?

Adèle ferma les yeux quelques secondes, épuisée. Elle avait envie de laisser ses problèmes, tous ces mystères irrésolus derrière elle. Mais au fond, elle ne s'en sentait pas capable, pour sa famille, ses proches. En conséquence, elle se retrouvait dans une sorte de conseil miniature à tenter d'éclairer les nombreuses zones d'ombre de son histoire. Avec Galadriel, Celeborn, Elrond, Gandalf et Paul. Une assemblée parfaite pour qu'elle se sente à l'aise. Son grand-père n'en menait pas large lui non plus, d'autant qu'il étaient toujours en froid.

- Je ne me souviens pas bien, c'est vieux tout ça..., bredouilla le luthier.

- Contentez-vous de raconter ce dont vous vous souvenez, dit calmement Celeborn.

- Bien je... Je suis né à Paris et j'y ai toujours vécu... J'avais une vie banale... Enfin non pas banale, elle était bien, mais elle était normale. J'ai rencontré Laure, après quelques temps, je l'ai épousée... Et deux ans plus tard naissait Michel, le père d'Adèle. Mais seulement quelques semaines plus tard, il y a eu ce grand fou tout en blanc...

- Saroumane, dit Adèle avec toute la rancœur dont elle était capable.

- Oui... Je n'ai jamais su comment il m'avait amené. Il m'a posé des tas de questions... Mais je ne savais pas répondre ! Et très vite, il a eu l'air très déçu... Et après, je ne me souviens pas. Je me suis enfui, je crois... Ou peut-être qu'il m'a laissé partir, je ne sais plus, finalement... Et j'ai marché, beaucoup... Mais c'est pareil, j'étais tellement perdu que je ne me souviens plus... Je suis désolé...

- Ce n'est pas grave, assura Gandalf. Et ensuite, vous êtes arrivé en Rohan ?

- C'est ça. Les villageois ont eu peur de moi... J'étais habillé différemment, je parlais de choses qu'ils ne connaissaient pas, et j'étais paniqué moi aussi, j'avais tout aussi peur d'eux... Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait ! C'était le Moyen-Age !, s'écria Paul.

Seule Adèle pouvait comprendre l'ampleur du choc qu'avait pu vivre Paul, du moins le mesurer. Mais tout avait été tellement plus difficile pour lui... La jeune femme avait pu se raccrocher à ce qu'elle savait, était tombée au bon moment, et sur les bonnes personnes. Paul était resté seul, lui.

- J'ai voyagé de villages en villages... J'ai vécu à Edoras, aussi.

- Pourquoi être parti à Minas Tirith ?, demanda Gandalf.

- J'avais peur de Saroumane... Je voulais m'éloigner...

- Mais pourquoi n'avez-vous pas cherché à trouver de l'aide ? Adèle a cherché à nous trouver...

- Je ne savais pas moi... Je ne savais pas qui était dans son camp. Je ne connaissais strictement rien de ce monde, et si j'ai survécu, c'est grâce à la charité de certaines personnes...

- Mais vous ne connaissiez donc pas la légende qui parle de notre monde dont Adèle nous avait parlé ?

- Quelle légende ?

Tous les regards se tournèrent immédiatement vers elle, presque accusateurs. Adèle déglutit difficilement, rapetissant dans le même temps de quelques centimètres.

- Ben quoi... C'est pas ma faute si tout le monde ne la connaît pas..., se justifia-t-elle.

- Mais elle dit quoi, cette légende ?, demanda Paul, intrigué.

- Euh...

- Ce n'est plus la peine de nous mentir, désormais, dit gravement Elrond.

- Vous mentir ?

- Adèle, pensez-vous sérieusement que nous avons cru à votre justification sur cette légende à Fondcombe ?, répondit Gandalf. Nous vous avons juste laissé la bénéfice du doute.

- J'y croyais pas moi-même... Bon... Personne ne m'interrompt, d'accord ?

Tous hochèrent la tête, un peu impatients.

- Et ça vaut aussi pour une certaine bande de Valar !, ajouta-t-elle, menaçante. Pas de voix !

- Sauron étant vaincu, je crois que le danger est moindre désormais, et qu'on vous laissera parler, dit doucement Celeborn.

- J'espère bien ! Bon, Paul... Tu as déjà entendu parler du Seigneur des anneaux ? De Bilbo le Hobbit ? De Tolkien ?

- De Bilbo le Ho...

- Gandalf, vous avez promis de ne pas me couper ! Oui, il s'agit de Bilbon, mais s'il vous plaît...

- Très bien... Poursuivez, je vous en prie.

- Donc, ça te dit quelque chose ?, demanda-t-elle à Paul.

- Non... Je ne crois pas.

- Et la fantasy ?

- La quoi ?

- C'est un genre littéraire... Les récits sont irrationnels, parfois merveilleux, souvent inspirés par la mythologie... Et Conan le Barbare, tu connais pas ?

- Adèle ?, la coupa Elrond. Pourriez revenir à vos explications ?

- D'accord... Mais vous n'allez pas aimer la suite...

Elle inspira un grand coup avant de se lancer dans son récit. Rien ne l'arrêta. Celeborn tenta bien de protester au moment où elle se mit à parler de Tolkien, mais Galadriel l'en dissuada d'une simple main sur son poignet. Adèle se sentait mal de leur dire qu'ils étaient le fruit de l'imagination d'un auteur, mais que pouvait-elle faire d'autre ? Puisqu'il fallait creuser pour trouver la solution...Mais le visage toujours plus décomposé de Paul au fur et à mesure de son récit lui fit mal au cœur.

- Attends... Tu veux dire que depuis tout ce temps, je vis dans un monde imaginaire ? Crée par un fou qui n'avait rien d'autre à faire ? Et que c'est pour savoir le déroulement d'un stupide livre que je me suis retrouvé ici ? C'est une farce ? Tu te fiches de moi !, cria-t-il.

- J'aimerais bien... Je suis désolée...

- Désolée ? De tes mensonges ? Parce que c'est évident que tu mens ! Ce que tu dis, c'est tout simplement impossible ! Tu mens, tu caches quelque chose ! Qu'est-ce que tu caches hein ?, s'énerva le luthier en se levant brusquement, faisant basculer sa chaise.

- Paul..., intervint Gandalf.

- Ne me dites pas que vous croyez à ces sornettes !

- Effectivement, une telle histoire est impossible, répondit froidement Elrond. Alors calmez-vous et reprenez votre place, afin que nous continuions à essayer d'éclaircir cette histoire.

Paul obéit tout de suite avant de se renfrogner à nouveau, regardant Adèle avec un air méfiant et mauvais, ce qui blessa considérablement la jeune femme. Lorsqu'elle se rendit compte que personne ne la croyait, elle sentit toute sa confiance s'évaporer. Elle s'attendait à ce qu'on ne la croit pas tout de suite, mais pas à ce qu'on la traite de menteuse. Et surtout pas Paul.

- Adèle, mentir ne nous amènera qu'à vous retirer notre confiance. Nous pourrions croire que vous désirez protéger Saroumane, reprit Elrond.

Adèle eut un sursaut désagréable, se sentant comme abandonnée et trahie. Elle avait mal entendu, il ne pouvait pas insinuer une chose pareille ! Elle ne répondit même pas, interloquée.

- Dites-nous la vérité, maintenant, dit Celeborn.

- Mais j'ai dit la vérité..., répondit-elle, outrée.

- Vous ne devriez pas jouer à ce jeu...

- Ce n'est pas un jeu ! J'ai dit la vérité ! Ce n'est pas ma faute si c'est complètement dément ! Gandalf, vous me croyez vous, n'est-ce pas ?

Le magicien fronça les sourcils, mal à l'aise, hésitant. Il ne croyait pas qu'Adèle puisse lui mentir, ni se jouer de lui, surtout après tout ce temps... Mais son histoire était bien trop tirée par les cheveux ! Peut-être était-elle encore manipulée par Saroumane ?

- Adèle, je vous crois, vous. Mais pas cette histoire. Dites-moi... Vous êtes-vous sentie étrange ces derniers temps, comme confuse ?

Elle sentit la colère monter en elle, une vague de sentiments.

- Confuse comme si j'étais sous l'emprise de Saroumane ?, siffla-t-elle entre ses dents.

- Oui, mais ne le prenez pas mal... En tous les cas, je suis sûr que ce n'est pas votre faute...

- Je dis la vérité et je ne suis pas manipulée.

- Adèle, réfléchissez quelques secondes à ce que vous avancez... Notre monde serait l'invention d'un... Poète ? Notre monde a été crée par Eru..., commença doucement Elrond.

- Je sais ! La Grande Musique ! JE SAIS ! Ce "poète" comme vous dites, l'a écrit dans le Silmarillon ! Et ce n'est ni un poète, ni un fou qui n'avait rien d'autre à faire ! C'est un écrivain renommé et admiré chez moi, qui a passé une bonne partie de sa vie à créer cet univers ! Et personne n'en doute !

- Adèle, ne criez pas..., répondit Elrond, moins calme, qui n'aimait pas être coupé.

- Et comment voulez-vous que je ne me mette pas à crier ? Vous me traitez de menteuse, de folle !

- Personne n'a jamais douté de votre intégrité Adèle !, protesta Gandalf.

- Bien sûr que si ! Et ça me rend malade ! MAIS VOUS VOUS RENDEZ COMPTE DE QUE J'AI ACCEPTE ? Parce que je vous faisais confiance, à tous ?

Adèle se sentait fébrile, comme électrisée par des assauts de rancoeur. Elle était absolument furieuse. Ils avaient voulu savoir, et maintenant, ils ne voulaient pas entendre la vérité ! C'était tellement hypocrite de leur part, eux qui comptaient sur elle pour assumer les révélations qu'elle avait endurées jusqu'à présent !

- Elle est belle, la sagesse elfique ! Mais qu'est-ce que vous croyez ? Que rien ne peut vous échapper, que vous avez toujours raison ? Je vous signale qu'en ce qui nous concerne Paul et moi, vous n'avez pas été très performants ! Et vous avez loupé le coche deux fois ! BRAVO ! Il était cassé votre miroir Galadriel ?

- Adèle..., dit calmement Galadriel.

- J'ai suivi la Communauté ! J'ai dû assister à la mort de Gandalf, de Boromir... Sans pouvoir rien faire ! VOUS IMAGINEZ ? Vous qui trouvez les Hommes si faibles, Elrond, vous auriez dû voir Boromir ! J'ai vu les flèches se planter une à une dans son corps, je l'ai vu se relever pour protéger ses amis ! D'APRES VOUS, JE DEVAIS VOIR CA ?

- Calmez-vous !, intervint encore Galadriel. Votre esprit est embué par la colère, et rien de bon ne ressortira de cet entretien tant que nous serons aussi agités... Nous devrions reprendre plus tard, et cela nous fera du bien à nous aussi, pour que nous puissions réfléchir à ce que vous nous avez dit. Personne ne veut vous blesser Adèle, vous vous emportez par déception et par fatigue.

Mais Adèle n'écouta pas Galadriel, trop occupée à sa colère. Blessée, elle ne parvenait plus à discerner la légitimité des doutes des autres, et ne voyait en leurs réactions qu'une sombre ingratitude.

- Boromir a donné sa vie pour la Communauté ! Et moi... Moi aussi, quelque part ! Et Frodon, n'en parlons pas ! Combien de vies gâchées ! Vous n'avez rien risqué, vous autres, reclus dans vos domaines ! Mon esprit est embué par la colère ? Et ça vous étonne, on dirait ! Mais non, à moins que mon esprit ne soit embué par Saroumane lui-même, n'est-ce pas ? VOUS N'AVEZ PAS A ME FAIRE DE LECONS !

Tous se levèrent, prenant leur apparence la plus noble et la plus imposante possible. Si, face à la fragilité d'Adèle, il s'étaient contrôlés pour ne pas réagir, la jeune femme allait trop loin désormais, et tout cela avait trop duré à leur goût.

- Il suffit maintenant ! Adèle, nous savons à quel point les derniers mois ont été difficiles pour vous mais cela ne vous donne en aucun cas le droit de vous emporter de la sorte !, déclara Elrond très sévèrement.

- Vous avez raison, répondit-elle simplement.

Elle s'était emportée, avait laissé éclater sa colère, son côté cocotte-minute. Mais à les voir tous devant elles, imposants, figés comme des figures des anciens temps, elle ne ressentait plus de colère. La voix tremblante, elle acheva leur petite réunion.

- Je crois que ce ne sera plus la peine de reparler de tout ça... Je ne veux plus de votre aide et de vos doutes, ni continuer à être un poids. Vous savez quoi ? Boromir n'avait pas pleinement confiance en vous, et je lui ai souvent reproché... J'avais un immense respect envers vous, mais finalement, il avait en partie raison. Cette guerre, ce sont les Hommes, et surtout les Hobbits qui l'ont gagnée. Et ce n'est ni Elrond, ni Galadriel, ni Celeborn, malgré leur sagesse et leur puissance, qui m'ont aidé lorsque rien n'allait. Tout ce que vous savez faire, c'est juger. Je me suis bien assez jugée pour mes erreurs ces derniers temps, je n'ai pas besoin que vous en rajoutiez. Puisque je ne suis pas digne de confiance, après tout ce temps, puisque tout ce que j'ai fait ne vaut même pas la peine que vous remettiez en cause vos certitudes... Restons-en là.

Elle se tourna vers Paul qui la regardait avec les yeux écarquillés, stupéfait.

- Paul... J'en ai assez de faire des efforts pour rien. Le jour où tu te sentiras prêt à mettre ton amertume de côté pour vraiment me connaître, viens me voir. En attendant, et bien... Porte-toi bien.

Ses yeux se posèrent ensuite sur Gandalf, qui paraissait à la fois déçu, mais aussi triste et compréhensif, comme partagé.

- Pour vous Gandalf, c'est différent... Essayez de voir autre chose en moi que le jouet de Saroumane, c'est tout ce que je vous demande, bredouilla-t-elle avant de sortir précipitamment.

Devant la porte se tenait Haldir, qui arrivait pour transmettre un message aux Seigneurs de Lorien. Il la regarda avec stupeur, du moins avec autant de stupeur que pouvait afficher Haldir.

- Les cris que j'ai entendu étaient donc les vôtres... J'aurais dû m'en douter, constata-t-il.

- ALORS VOUS, C'EST PAS LE MOMENT !

Elle le poussa presque, avant de filer dans les couloirs. Il n'y avait pas à dire, elle faisait vraiment un carton avec les Elfes...


Adèle ne pleura pas après cette dispute, refusant de se laisser aller. Elle se contenta de se diriger vers sa chambre et de s'y enfermer. Horriblement vexée, elle n'en sortit pas pendant presque deux jours, ruminant sa déception. Personne ne vint la déranger, Gandalf ayant prévenu ses amis qu'elle semblait ressentir le besoin d'être seule. Ce fut Iseldia qui vint troubler sa quarantaine, inquiète.

Les deux amies étaient assises depuis un moment l'une en face de l'autre, et hormis pour quelques formules de politesse, Adèle ne semblait pas très encline à la conversation. La chose était assez inhabituelle pour que l'Elfe s'en inquiète.

- Adèle... Dites-moi ce qui vous tracasse. C'est la présence de la Dame Eowyn qui vous manque déjà ?

- Non...

En effet, Eowyn était partie peu de temps après le couronnement, accompagnant Eomer en Rohan, leur peuple ayant besoin d'eux. La jeune femme avait été peinée, mais elle avait vite été rassurée lorsque son amie lui avait promis qu'elle reviendrait très vite, puisqu'il faudrait rechercher la dépouille de Théoden, qui reposait encore à Minas Tirith.

- Mais cela ne vous ressemble pas de vous enfermer ainsi... Sauf quand vous allez mal. Rester coupée du monde, par ce si beau temps, alors qu'on prépare le mariage et que toute la ville se réjouit, c'est dommage !

Le mariage... Adèle l'avait oublié ! Elle s'en était tant réjouie, mais maintenant... Après son coup d'éclat, elle y serait sans doute persona non grata... Ses amis devaient être déçus par son comportement, puisqu'aucun n'était venu prendre de ses nouvelles. Ils étaient sans doute fâchés, ou pire, indifférents désormais. Elle aurait tellement voulu fêter ce mariage avec les autres, ce jour qu'Aragorn avait tant attendu ! Et Eowyn ne serait même pas là... Des larmes firent leur apparition au coin de ses yeux, sur lesquelles Iseldia se méprit.

- Dites-moi... Je vous savais proche du roi Elessar mais, je n'avais pas pensé que vous pourriez éprouver des sentiments envers lui... C'est donc ce mariage qui vous fait tant de peine ?

- Quoi ? Oh non... Aragorn, c'est Aragorn... Je ne le vois heureux qu'auprès d'Arwen. Je l'aime, mais comme un immense ami, presque comme un membre de ma famille. Il n'y a pas de problèmes, assura Adèle en essuyant ses yeux.

Iseldia n'insista pas et se contenta de se lever et de regarder par la fenêtre. Si elle n'en montrait rien, Adèle était heureuse de sa présence, d'autant que le douceur de l'Elfe avait quelque chose d'apaisant. Elle ressentit le besoin de parler, non pas sur les récents événements, mais sur quelque chose dont elle ne pourrait jamais parler avec personne d'autre.

- Iseldia... Je peux vous parler de quelque chose ?

- Votre question n'a aucun sens, puisque je vous suppliais presque il y a quelques secondes de le faire. Dites-moi.

- Boromir... Il... Je sais pas comment je dois dire ça... Après sa mort, j'ai réalisé qu'il éprouvait plus que de l'amitié envers moi...

- Oh... Mais qu'est-ce qui le laissait penser ?

- Avant que je sois emmenée par les Orques, j'étais près de lui... J'essayais de le rassurer et... Il m'a embrassé. Brièvement, mais il m'a embrassé. Et après, j'ai compris tant de choses dans son attitude envers moi !

- Vous l'aimiez ?

- Non... Enfin... Je ne l'ai jamais envisagé comme ça ! J'avais trop de soucis, trop de choses à penser, je n'ai pas vu quoique ce soit, ni ressenti autre chose qu'une profonde amitié et de la tendresse. peut-être que dans d'autres circonstances, j'aurais pu l'aimer, je n'en sais rien... Je m'en veux tellement !

- Mais de quoi vous en voulez-vous ?

- Je n'ai rien vu venir et si j'avais compris, tout aurait été différent, et il ne serait sans doute pas mort...

- Adèle, écoutez-moi. Vous êtes une idiote.

- Pardon ?

- Je ne connaissais que très mal Boromir, et je le trouvais même plutôt arrogant. Dans tous les cas, il était un homme très fier, qui a certainement voulu cacher ses sentiments. Alors, pourquoi vous en vouloir ? Les relations humaines sont compliquées, c'est ainsi... Vous n'avez pas à culpabiliser.

- Peut-être... Mais tout ça a un énorme goût de regret...

- Ce qui est encore très idiot. Chez les Elfes comme chez les Hommes, l'amour est une chose magnifique, qui rend entier. Pourquoi regretter d'avoir illuminé la vie d'un homme ?

- Illuminer... C'est vite dit..., maugréa Adèle.

- Vous savez très bien ce que je veux dire. Et je suis sûre, vous connaissant, que vous l'avez beaucoup fait rire...

- C'est vrai...

- Ce baiser, c'était une manière de ne rien regretter, juste avant la mort... Il a sans doute voulu vous dire au revoir.

- Mais quand j'y réfléchis, j'ai du mal à imaginer qu'il ait pu être amoureux...

- Vous vous torturez pour rien. Peu importe qu'il l'ait été ou non : il est évident que vous avez troublé son cœur, et surtout attendri. C'est loin d'être un mauvais rôle.

Adèle sourit, pleine de reconnaissance et serra Iseldia dans ses bras. Elle aimait penser qu'elle avait rendu Boromir heureux. Peut-être qu'effectivement, elle l'avait rendu un peu plus insouciant. Et c'était une agréable idée, qui lui donnait envie de sourire... Elle voyait nettement le visage de son ami lorsqu'il éclatait de rire parce qu'elle tentait de lui expliquer ce qu'était qu'un trampoline... Il avait dû l'aimer parce qu'elle apportait quelque chose de nouveau dans sa vie, parce qu'elle était insouciante et ne le voyait pas comme un capitaine de Gondor. Plus que l'aimait elle, c'était sans doute ce qu'elle représentait qu'il avait aimé... Mais peu importait, rien de tout cela ne comptait, puisqu'elle avait su lui faire un peu oublier ses angoisses.

- Merci Iseldia... Vous êtes parfaite... Et pas parce que vous êtes une Elfe.

- Si vous faites des plaisanteries, c'est que vous allez mieux... Je suis rassurée. Vous voulez bien sortir de cette chambre maintenant ?

- Je ne sais pas..., hésita-t-elle, repensant au visage déçu de Gandalf.

- Vous aimez toujours autant les jardins n'est-ce pas ?

Adèle acquiesca et l'Elfe lui proposa d'aller s'y promener avec elle. La jeune femme accepta, ne voulant pas contrarier sa confidente. Dans les jardins, elle en vint à se montrer plus téméraire.

- Iseldia... J'ai appris que vous aviez perdu votre sœur... On parle toujours de moi mais sachez que je suis désolée...

- Cela fait des années maintenant, mais la douleur est toujours tenace. Ce n'est pas dans l'ordre des choses chez les Elfes, vous comprenez ? Isial était une personne formidable, qui avait beaucoup à offrir à ce monde. Elle me manque... Mais je sais que bientôt, je retrouverais la paix. J'épouserais celui que mon cœur a choisi et je rejoindrais les miens.

Iseldia avait l'air incroyablement sereine, et la voir aussi confiante força l'admiration de sa jeune amie.

- Comment faites-vous ? Pour paraître aussi confiante en l'avenir ?

- La vie mérite qu'on lui fasse confiance, répondit Iseldia en souriant. Je ne pensais pas que les Hommes vaincraient l'Ombre, et j'avais tort. Je n'avais plus confiance en leur courage, et je suis heureuse d'être restée pour voir leur honneur rétabli. J'ai appris à me montrer moins sévère, et surtout moins suspicieuse. Et je vous assure Adèle, faire confiance à l'avenir, c'est incroyablement reposant.

- Alors je vais essayer...

Adèle ne put s'empêcher de se dire que si Iseldia avait autant confiance en l'avenir, c'était également parce qu'elle avait quelqu'un à aimer et qui l'aimait en retour. Le visage d'Halbarad apparut furtivement dans son esprit, mais elle s'empressa vite de le chasser.

Puis, Iseldia la laissa après l'avoir encore rassurée sur Boromir. Adèle, le cœur déjà un peu plus léger, se décida à descendre dans la Cité, pour profiter de la joie qui semblait y régner. Et effectivement, tout le monde semblait très heureux. S'il restaient des stigmates de la bataille, les habitants semblaient éviter de s'en formaliser, et s'attachaient à se concentrer sur les heureux événements. Elle avait envie de faire de même. Mais enfin, si ses amis étaient fâchés contre elle, ça allait être difficile...

- Attention !, s'écria une voix.

Une bande de jeune garçons traversait la rue en courant et ne faisant pas attention, percuta la jeune femme qui faillit tomber. Adèle renonça très vite à les poursuivre pour leur dire sa façon de pensée, et se contenta de masser son bras endolori par le choc.

- De vrais sauvages..., râla une autre jeune femme, elle aussi bousculée et tombée à terre.

Adèle l'aida à se relever et sourit en remarquant qu'elle avait l'air d'une héroïne de littérature anglaise, un peu à la Jane Austen... Avec de beaux cheveux noirs relevés en chignon et de grands yeux sombres.

- Vous voyez, un jour je les attraperais et je les ramènerais à leurs mères en les tirant par l'oreille.

- Je ne sais pas si vous feriez le poids, répondit Adèle en observant la silhouette frêle la jeune femme.

- J'ai mes propres ressources...

- Je vous crois... Mais vous avez mal au poignet ?

- Un peu, avoua-t-elle avec une grimace. Mais ce n'est rien, j'arrive à le bouger. Dites-moi, vous n'êtes pas d'ici... Vous habitez dans ce quartier ?

- Ah non, non... J'habite au château.

La jeune femme écarquilla les yeux, presque horrifiée, et l'espace d'un instant Adèle hésita à se retourner pour voir si un Nazgûl ne se tenait pas juste dérrière elle.

- Mais... Mais... Je peux vous demander votre nom ?

- Adèle. Et vous ?

- Vous êtes la Dame Adèle ? Je ne vous avais pas reconnue ! Bon c'est aussi parce que je vous ai vue de très loin, quand vous êtes revenue dans la Cité avec le roi... Comme je suis contente de vous rencontrer ! Vous êtes tellement incroyable ! C'est vrai tout ce qu'on dit sur vous ?

- Je ne sais pas... Qu'est-ce qu'on dit sur moi ?

La discussion était lancée entre Adèle et la joyeuse Alviane, qui lui changea beaucoup les idées. La jeune femme était de nature encore plus enthousiaste qu'elle, et elle la fit rire de nombreuses fois. Du même âge qu'Adèle, elle lui ressemblait, et cela la troubla un peu : peut-être qu'elle avait dans les yeux la personne qu'elle serait devenue si elle avait toujours vécu en Terre du Milieu. En remontant une rue, Adèle eut la surprise de voir Halbarad la dépasser. Elle l'attrapa par le bras par réflexe, pour qu'il la remarque, et l'espace d'un instant, elle regretta son geste. Mais dès qu'elle vit Halbarad lui sourire, elle n'y pensa plus.

- Adèle ! En voilà une agréable surprise !

Elle eut un petit rire nerveux qu'elle détesta aussitôt.

- Je ne crois pas connaître votre amie..., s'informa-t-il poliment.

- Oh... Voici Alviane, dont je viens de faire la connaissance. Nous avons été percutées par la même bande de jeunes fous tout à l'heure... Alviane, je vous présente Halbarad, qui est un parent d'Aragorn... Enfin, du roi Elessar.

Alviane salua Halbarad et lui offrit un sourire gêné, avant de regarder ses pieds. Il fallait bien dire que le Rôdeur était plutôt impressionant quand on le rencontrait pour la première fois, comme tous les Dunedains. D'autant qu'ils étaient tous vraiments grands... Adèle était loin d'être petite, surtout depuis son séjour chez les Ents, mais cela ne l'empêchait pas de se sentir comme une liluputienne à côté d'Halbarad, d'Aragorn ou de Dirvel.

- Adèle ?

- Oh pardon ! Vous me demandiez quelque chose ?

- Je disais que vous deviez être impatiente d'asssiter au mariage.

- Ah oui, tout à fait ! J'ai toujours adoré les mariages... Mais je suis sûre que je vas pleurer... Je suis une émotive. Dites-moi, je peux vous demander ce que vous faites par ici ?

- Je devais rendre visite à quelqu'un... Mais dites-moi, c'est bien indiscret comme question.

- Ahem..., toussota-t-elle.

- Et vous que faites-vous par ici ?, la coupa-t-il avec un regard espiègle assez inhabituel pour qu'elle en soit surprise.

- Une soudaine envie de me promener..., répondit-elle avec un air absent, cherchant à qui Halbarad pourrait rendre visite à Minas Tirith.

Après avoir pris de ses nouvelles, Halbarad les laissa et s'éloigna, marchant très vite sur ses grandes jambes et Adèle fixa longtemps sa silhouette jusqu'à ce qu'Alviane la ramène à la réalité.

- C'est peut-être indiscret mais... Est-ce votre fiancé ?

Adèle sursauta violemment avant de se tourner vers la jeune femme avec un air effaré.

- Quoi ? Non, pas du tout !

- Pardonnez-moi, je pensais...

- Mais qu'est-ce qui vous a fait penser une telle chose ?

- La façon dont vous le regardiez... Et comme lui aussi, vous regardait. Mais excusez-moi, je me suis fait des idées... Je suis parfois un peu trop imaginative.

Intérieurement, Adèle se mit à paniquer : on voyait donc tellement que ça qu'Halbarad lui plaisait ? Mais c'était une catastrophe ! Est-ce qu'une fois dans sa vie, elle pourrait se montrer discrète ? Cependant, Alviane avait dit quelque chose qui lui faisait plaisir...

- Vous trouviez qu'il me regardait d'une manière particulière ?, demanda-t-elle d'un ton qu'elle voulait détaché.

- Oui...

- C'est à dire ? Je ne comprends pas...

- Il avait l'air très heureux de vous voir...

Adèle ne put retenir un sourire et Alviane par politesse, se retint de faire une remarque. Mais elle n'en pensait pas moins : elle trouvait qu'Adèle avait littéralement dévoré Halbarad des yeux... De son côté, Adèle trouvait que sa rencontre avec le Rôdeur avait été un petit peu trop courte. Elle avait bien envie de le rattraper.

- Alviane, je vais vous laisser... Je suis ravie d'avoir fait votre connaissance, mais il faut que je file... A bientôt !

Et elle planta une Alviane très amusée, qui se doutait bien de ce qu'elle allait faire.

En effet, quelques dizaines de seconde plus tard, elle se mit à courir pour rattraper Halbarad. Beaucoup se demandèrent ce qui lui prenait. Elle se mit à courir, et finit par apercevoir le Rôdeur. Elle accélèra et se faufila entre les passants : arrivée quelques mètres derrière lui, elle ralentit et l'accosta le plus naturellement du monde.

- Halbarad ! On ne fait que se croiser aujourd'hui décidément !

Instantanément, elle réalisa qu'elle était essouflée et qu'elle ne devait pas avoir l'air crédible une seule seconde.

- Mais comment..., s'étonna Halbarad.

- J'ai pris un raccourci...

- Un raccourci ?

- Oui... Je commence à bien connaître la ville...

- Vous êtes sûre que tout va bien ? Vous avez l'air essouflée...

- Non, pas du tout...

Adèle aurait sans doute paru un peu plus crédible si elle n'était pas presque en train de se tenir les côtes. Elle étai vraiment ridicule, et en voyant le regard étrange d'Halbarad, elle s'en voulut aussitôt.

- En fait, il y a un petit garçon qui m'a effrayée en surgissant au coin d'une rue... Vous savez en faisant "BOUH !" en agitant grand les bras... Bref j'ai sursauté et voilà, j'ai du mal à reprendre mon souffle...

Halbarad ne chercha plus loin et lui sourit gentiment, avant de la fixer pendant un petit moment.

- Et bien, reprenez votre souffle... A moins qu'il faille que je vous porte ?, s'amusa-t-il.

- Non ça ira... Je suis résistante..., répondit-elle sur le même ton.

Mais l'image d'Halbarad la portant ne lui déplut pas et elle se gifla mentalement pour arrêter le petit manège de son inconscient qui lui faisait vraiment faire n'importe quoi. Elle voulait éviter de trop s'attacher à lui, mais tout ce qu'elle faisait, c'était lui courir après. Et au sens propre ! Ce qu'elle pouvait s'exaspérer, parfois...

- Vous allez donc mieux ?

- Pardon ?

- Aragorn s'inquiétait à votre sujet. Je suis content de voir que vous allez l'air de très bien vous porter.

- Oui, ça va... J'ai eu un petit moment de découragement, mais je vais reprendre du poil de la bête. Aragorn s'inquiétait pour moi ?

- Bien sûr. Gandalf également. Et moi aussi...

Le coeur d'Adèle se gonfla de joie et elle se sentit pousser des ailes : Aragorn n'était pas fâché, Gandalf non plus malgré tout ce qu'elle avait dit, et Halbarad s'était inquiété... C'était une belle journée ! Il faudrait tout de même qu'elle aille faire ses excuses à Gandalf... Elle s'était un peu emportée...

Tout à coup, Halbarad s'arrêta et regarda Adèle avec un léger sourire moqueur qui n'était pas pour la rassurer.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

Il fit un mouvement de tête vers la gauche et lorsqu'Adèle regarda ce qu'il voulait lui montrer, elle eut un léger sursaut, suivi d'une envie soudaine d'éclater de rire. Haldir... Droit devant, qui parlait avec un Elfe... Non, avec UNE Elfe ?

- Halbarad... Vous voyez ce que je vois ?, dit-elle, ahurie.

- Haldir et une Elfe, oui.

- Non, non... Haldir qui drague, nuance !

- Qui quoi ?

- Vous la connaissez cette Elfe ?

- Non... Je ne connais pas beaucoup de femmes Elfes, vous savez. Mais si nous allons les saluer, vous le saurez. Vous le connaissez n'est-ce pas ?

- Non... C'est pas une très bonne idée...

- Pourquoi donc ?

- Disons que je me suis un peu fâchée avec lui.

- Vous vous êtes fâchée avec Haldir ?

- Oui.

Halbarad la fixa avec attention : il n'avait pas l'air amusé du tout, très inquiet. Pour elle ?

- Adèle ?

- Oui ?

- Comptez-vous m'expliquer comment une telle chose est arrivée ? A moins que je doive le deviner ?

- Je peux pas... C'est compliqué.

L'espace d'une seconde, Adèle crut voir un air déçu traverser son visage. Elle était en train de se demander si elle ne pouvait pas raconter sa véritable histoire quand Haldir arriva vers eux.

- Bonjour Adèle. Seigneur... Halbarad, c'est bien cela ?

Halbarad hocha la tête tandis qu'Adèle déglutissait difficilement. Le regard d'Haldir était presque meurtrier. Enfin, elle exagérait peut-être un petit peu... Mais quand même, ce n'était pas très rassurant d'en être l'objet.

- Vous semblez de meilleure humeur que la dernière fois que je vous ai croisée, Adèle. C'est donc le bon moment pour s'adresser à vous ?

La jeune femme baissa les yeux au souvenir mordant de cette horrible journée. Puisqu'elle semblait devoir vivre ici, il valait mieux réparer ses dégâts. Elle devait s'adapter. Après tout, Haldir ne savait pas ce qui lui arrivait...

- Je vous prie de m'excuser pour la dernière fois... Vous êtes arrivé au mauvais moment, et votre remarque m'a déplue. Je n'aurais pas dû m'énerver de cette façon.

Haldir accepta l'excuse d'un regard, et Adèle attendit qu'il fasse de même. Elle attendit longtemps.

- Je vous signale que si je me suis énervée, c'est parce que vous avait été blessant.

- Blessant ? Je ne vois pas en quoi, s'étonna-t-il.

- Votre regard et vos paroles quand vous m'avez vue !

- Je n'ai sûrement pas été blessant. Je n'ai aucune raison d'être blessant à votre égard, protesta Haldir.

- Bien sûr que si ! "Les cris que j'ai entendu étaient donc les vôtres... J'aurais dû m'en douter !", ce n'était pas blessant ça ?

- Absolument pas.

- Mais vous vous moquez de moi en plus ! Halbarad ! C'était blessant ou pas ?

Le Rôdeur hésita un peu trop longtemps au goût d'Adèle. Heureusement, il finit par réagir : quelques secondes de plus et elle les aurait plantés là comme deux idiots.

- Si vous étiez d'humeur plutôt triste, cela a pu être blessant en effet. Mais ce n'était sûrement pas volontaire..., dit-il avec diplomatie.

- Bien sûr que non, répondit Haldir. J'ai mal choisi mes mots, ou peut-être ais-je été trop froid. Je ne voulais en aucun cas être blessant : mais avouez que vous êtes sans doute la seule personne capable de crier de la sorte ici. J'ai gardé le souvenir d'une jeune femme particulièrement têtue en Lorien, et surtout très prompte à défendre le Nain. Je ne voyais donc pas qui d'autres aurait pu oser s'emporter contre Galadriel, Celeborn, Elrond et Gandalf réunis. Je ne voulais en aucun cas vous faire de la peine, expliqua l'Elfe.

- Très bien... Alors tout est oublié, et je vous apprécie à nouveau, dit Adèle en riant.

- J'en suis heureux.

Mais Adèle avait bien envie de se venger un peu quand même. Pensant à la gêne que suscitait chaque question sur Halbarad chez elle, elle introduisit le sujet "Haldir le dragueur" à la manière d'Alviane.

- Mais dites-moi Haldir... Cette Elfe avec qui vous parliez et qui vous attend... Serait-ce une éventuelle fiancée ?

- Pardon ?

- En tout cas, vous avez l'air de lui plaire.

Haldir, surpris par une telle franchise, ne sut quoi répondre. Il nia et sembla même un peu s'offusquer des insinuations d'Adèle, puis prit congé et repartit... Non sans avoir salué son "éventuelle fiancée". Une fois qu'il fut hors de sa vue, elle se tourna vers Halbarad qui la regardait avec un air sévère, auquel elle répondit par le regard le plus innocent qui soit.

- C'était une manière de vous "venger" de sa maladresse à votre égard ?

- Oui.

- Vous êtes donc une personne très susceptible.

- Absolument pas ! Attendez-moi, je reviens tout de suite.

Et elle le laissa pour aller échanger quelques mots avec celle qu'elle soupçonnait être la soupirante d'Haldir.

- Bonjour, je me nomme Adèle et je suis une amie... Enfin une connaissance d'Haldir. Etant donné qu'il n'a pas eu la présence d'esprit de vous présenter, je viens à vous, dit-elle simplement.

- Enchantée... Je me nomme Sirië, répondit-elle, surprise.

- Vous connaissez bien Haldir ?

- Je le connais depuis longtemps. Du moins plus longtemps qu'une humaine.

Adèle hésita quelques secondes : c'était une plaisanterie ou une moquerie ?

- Et je ne suis pas la fiancée d'Haldir. Vous l'avez mis mal à l'aise avec cette question...

- Vous avez entendu ?

- Je suis une Elfe.

- Forcément..., soupira Adèle, lassée.

- Vous devriez le croire quand il dit ne pas avoir voulu vous blesser. Ce ne serait pas digne d'un Elfe, et surtout pas d'Haldir.

Adèle eut envie de rétorquer que les Elfes pouvaient être très blessants quand l'envie leur en prenaient, surtout envers les Nains, mais s'abstint. Elle ne tenait pas vraiment à être à l'origine d'une guerre interraciale.

- Je le crois.

- C'est bien. Haldir est quelqu'un de très solennel, mais il n'y a pas plus généreux que lui.

- Oui et bien il n'est pas très doué pour les relations humaines... Enfin, avec les autres quoi.

- Oh non... C'est juste parce qu'il ne se défait pas facilement de son rôle de protecteur de nos frontières. Mais Haldir est très apprécié vous savez... Gagner sa confiance et son respect est difficile, alors c'est encore plus gratifiant. Haldir donne de la valeur aux choses.

"Et elle ose me dire qu'elle n'est pas sa fiancée ? Et moi, je suis une Elfe aussi ?"

- Je crois que je réussirais jamais à gagner sa confiance ou son respect, plaisanta Adèle.

- Pourquoi dites-vous cela ? Il admire votre loyauté pourtant, répondit Sirië avec douceur. Il est peut-être dérangé par certains traits de votre caractère, mais il sait faire la part des choses.

Adèle répondit avec un sourire, touchée. Elle laissa Sirië pour rejoindre Halbarad, qui semblait s'ennuyer. Ou alors être perturbé par quelque chose.

- Vous semblez soucieux... Quelque chose ne va pas ?

- Je me fais du souci pour une amie.

Pour elle ? Ou pour cette personne à qui il avait rendue visite ?

- Pour vous, précisa Halbarad avec un sourire en voyant son hésitation.

- Mais je vais bien...

- Ce n'est pas vrai. Je me demande juste ce qui peut vous troubler à ce point...

Adèle hésita. Elle avait envie de tout lui dire, mais elle avait peur que sa situation particulière lui fasse peur. Pourtant, elle n'avait rien à perdre... Que craignait-elle ? Halbarad n'avait rien à envie aux autres personnes qui lui avaient tendu la main auparavant... Elle pouvait vraiment se montrer stupide en ce qui le concernait.

- Vous avez peur de me le dire ? Vous n'y êtes pas obligée si vous ne le voulez pas, lui dit-il gentiment.

- C'est que c'est très compliqué. Et surtout très étrange...

Et elle n'avait pas du tout envie qu'il la trouve étrange.

- Tout a été très étrange ces derniers temps, rétorqua-t-il.

- C'est encore plus étrange que tout le reste...

- Et je ne suis pas prêt à l'entendre selon vous ? Faites-moi confiance.

Le sourire qu'il lui offrit acheva de la convaincre. Alors ils s'asseyèrent et elle commenca son long récit, sans rien cacher, si ce n'était tout ce qui touchait à Tolkien et à connaissance de l'histoire. Inutile de recommencer le débat... Halbarad fit des efforts pour ne pas paraître surpris, et elle le remarqua avec plaisir.

- Et voilà... Vous avez envie de fuir en courant maintenant ?

- Non... Mais je comprendrais que vous ayez envie de le faire.

- J'en ai envie parfois, avoua-t-elle.

- Vous êtes courageuse, vous ne le ferez pas : vous avez eu bien des occasions de fuir auparavant, mais vous êtes toujours là. Mais finalement, allez-vous pouvoir rentrer chez vous ?

- Je ne sais pas. D'abord je ne sais pas si c'est possible, et... Je ne crois plus en avoir envie. Je suis fatiguée de toujours attendre, je ne veux pas mettre ma vie en pause, vous comprenez ? Et je ne suis plus tout à fait la même maintenant... Mais c'est dur, et je ne suis pas sûre... Mon monde, ma famille... C'est comme si toutes ces années n'avaient servi à rien ! Mais moi je ne peux pas tout effacer comme ça !, s'écria-t-elle d'une voix émue.

Halbarad posa sa main sur la sienne et la serra doucement, et Adèle ressentit une drôle d'impression : une sorte d'envie partagée entre enlever sa main pour ne plus être aussi mal à l'aise et celle de l'y laisser pour l'éternité.

- Tout le monde me dit que tout ira bien, mais personne ne peut comprendre... Alors, dans le fond, j'ai l'impression que je serais toujours seule. J'essaie de voir le bon côté des choses, mais tout ça, c'est tellement absurde... Ce n'est pas comme ça que j'avais prévu ma vie.

- Adèle, me permettez-vous de me montrer franc avec vous ?

- Bien sûr.

- Vous ne voyez pas les choses comme il faut. Vous vous êtes convaincue que vous resteriez seule et incomprise toute votre vie ici...

- Mais c'est le cas ! Vous n'allez pas me dire que beaucoup de personnes arrivent d'autres mondes comme ça !

- Il y a votre grand-père.

- Oui mais...

- Je sais, j'ai bien compris. Mais si je peux me permettre, vous réagissez comme lui sur certains points. Vous vous enfermez dans vos problèmes sans voir que beaucoup de nous peuvent les comprendre et les partager. Vous avez perdu votre famille, et c'est une chose affreuse. Mais cela, bon nombre d'entre nous peuvent le comprendre. La mort nous prend ceux que l'on aime, et la douleur que l'on ressent lorsque qu'un proche nous quitte pour toujours ne doit pas être très différente de celle que vous éprouvez.

Adèle ne dit rien, saisie par la logique d'Halbarad. Elle n'avait jamais vu les choses sous cet angle...

- Vous culptabilisez d'abandonner votre monde, et n'importe qui pourrait le comprendre. Mais je vais vous poser une question : ne croyez-vous pas qu'Arwen souffre de ses choix ? Rester auprès d'Aragorn la rend heureuse, et c'est le destin qu'elle a choisi en acceptant son amour pour lui. Cependant, elle embrasse dès à présent un destin mortel, et une vie sans ceux de sa famille, de sa race. La situation est différente, je le sais, mais les sentiments qui en découlent sont les mêmes, pousuivit-il.

Elle n'avait vraiment pas vu les choses sous cet angle. C'était comme si Halbarad avait compris tout ce qu'elle aurait dû saisir depuis très longtemps, et chacun de ses mots la soulagaient d'un poids supplémentaire.

- Vous dites que vous n'êtes plus la même et que ce n'est pas ainsi que vous aviez prévu votre vie... Votre cas est extrême, mais pensez à votre ami Frodon... Et votre grand-père ! Il y a bien des gens qui connaissent vos peines Adèle !

Adèle se sentait comme subjuguée. Elle se demandait comment Halbarad en était arrivée à ces conclusions, comment il avait réussi à trouver exactement ce qu'il fallait lui dire.

- Ceux qui vous disent que tout ira bien ont tort, c'est vrai. On vous a volé une partie de vous en vous enlevant aussi brutalement à ce qui vous était si cher et rien ne pourra vous le faire oublier. Mais pourquoi vous empêcher de vivre alors que vous avez peur de stagner ? Vous pouvez avoir une belle vie ici, je vous l'assure. Tant de gens vous aiment et bien d'autres vous aimeront encore... N'est-ce pas le plus important pour parvenir à construire quelque chose ?

- Vous avez raison... Mais... Ici, ce ne sera pas vraiment à moi...

- Bien sûr que si ! Enfin Adèle, où que vous soyez, ce que vous construisez vous appartient ! Ce n'est pas une histoire d'origines... Vous vous empêchez de vivre toute seule...

Elle réalisa avec émotion qu'en quelques phrases, Halbarad avait mis des mots, et surtout des réponses, à tout ce qui la hantait depuis si longtemps. Il ne l'avait pas ménagée, osant dire ce qu'il fallait. Il avait tellement raison, mille fois ! Elle était aimée ici, et c'était le plus important... Cela avait toujours été le plus important : toute sa vie, où qu'elle soit, elle avait toujours tenu à être entourée. Et en Terre du Milieu, elle l'était... Même beaucoup. Et puis il n'avait pas tort, sa douleur n'était pas si particulière... Bien des gens pouvaient la comprendre. Et Halbarad semblait la comprendre tout particulièrement, et surtout savoir s'y prendre avec elle. C'était drôle cette sensation qu'elle avait... Un mélange de perplexité et d'euphorie... Les yeux fixés sur la main d'Halbarad toujours sur la sienne, elle se sentait comme... éparpillée ? Elle avait l'impression qu'il avait lu dans ses pensées les plus tristes, puis qu'il les avait toutes brisées. Et maintenant, c'était comme s'il y avait tout à construire, comme il disait. Mais avec Halbarad pas loin, ce n'était pas effrayant.

Se rendant compte du trouble d'Adèle, il entreprit de dédramatiser un peu leur discussion. La pauvre semblait comme sonnée.

- En tout cas, s'il y a bien une chose dont je suis sûr, c'est que votre grand-père va finir par capituler. Il ne sait pas que vous avez été poursuivie par un Balrog, ni que vous avez bataillé aux côtés d'un Ent...

- C'est vrai que j'ai vécu pas mal d'aventures..., répondit-elle d'une voix mal assurée.

- Effectivement... On va sans doute en faire une histoire, à raconter aux enfants...

Si Halbarad savait à quel point sa phrase était proche de la vérité... La chose était presque drôle.

- Vous devriez demander à Bilbon de vous l'écrire, plaisanta-t-il.

- C'est vrai qu'il est plutôt dou... Doué, balbutia-t-elle, comme estomaquée.

- Adèle ?

La jeune femme semblait avoir oublié de respirer, et il se demandait vraiment pourquoi elle avait un air aussi stupéfait. Elle avait l'avoir d'avoir eu la révélation de sa vie !

- Adèle ?, répéta-t-il.

Adèle avait l'impression que son coeur allait lâcher, battant à un rythme effrené. Le livre de Bilbon... Beaucoup d'éléments lui revinrent en tête, précisément. Elle revit Bilbon parler de son livre aux Nains à Fondcombe. Elle se rappela la surprise de Gandalf lorsqu'elle avait mentionné Bilbo le Hobbit... Bilbon avait écrit ses aventures dans son livre, ainsi que bon nombre des poèmes traitant des Premiers Âges de la Terre du Milieu qu'il avait entendu à Fondcombe. Puis, il le donnerait à Frodon, qui écrirait son histoire à son tour et qui le transmettrait à Sam...

Elle n'oubliait pas les protestations des autres lorsqu'elle leur avait parlé de Tolkien. Convaincue de ce qu'elle avançait, n'ayant jamais cherché à voir en ce monde autre chose que la création littéraire de l'auteur, elle n'avait pas cherché à comprendre leur refus. Bien sûr, il était logique qu'ils refusent le fait d'être le fruit d'une simple histoire, aussi remarquable soit elle. Mais au-delà de ça, il y avait autre chose à quoi elle n'avait pas pensé : Tolkien n'avait pas crée toutes les personnes qu'elle avait rencontrées jusque là. Iseldia, Gilain, Bemil ou même Dirvel... Elle s'était toujours doutée qu'il fallait voir plus loin que les écrits de Tolkien pour comprendre cette drôle d'histoire, mais elle s'était tenue à des théories complètement folles où par l'écriture, il avait tout simplement crée une autre réalité, ou même par magie. Elle n'avait jamais pensé que le fait que Tolkien s'amusait à prétendre que la manuscrit n'était pas de lui mais bien des fameux Sacquet pouvait être autre chose qu'un simple souci de réalisme pour faire rêver ses lecteurs. Le Livre rouge... Le voilà, le lien entre les deux mondes que Gandalf et elle avaient tant cherché. Par elle ne savait quel moyen, ce livre était entré en possession de Tolkien. Mais comment avait-il pu passer d'un monde à l'autre ? Le temps s'écoulait-il différemment, puisque celui de Bilbon était loin d'être fini ? A cette pensée, l'évidence la frappa.

- LE TEMPS !, s'écria-t-elle, faisant sursauter Halbarad, qui désespérait de comprendre.

- Est-ce que je pourrais être mis dans la confidence ?, se fâcha-t-il un peu.

- J'avais tout faux depuis le début !

Oui, dès son arrivée en Terre du Milieu, elle avait fait une erreur de jugement. Elle n'avait jamais été envoyée dans un autre monde... Mais comment avait-elle pu être aussi bête ? La Terre du Milieu n'avait jamais été un autre monde... Tolkien l'avait toujours dit ! Il avait précisé qu'Arda, que la Terre du Milieu était le passé "imaginaire" de la Terre. Elle était dans son monde... Mais dans son passé parmi les plus anciens, comme dans une vie antérieure de la Terre. Mais alors... Cela voulait dire qu'elle avait voyagé dans le temps ? Enfin, une telle chose n'était pas possible ! On ne pouvait PAS voyager dans le temps !

Pourtant, la chose se tenait. Tolkien avait récupéré une copie du manuscrit du Livre rouge, l'avait traduit et avait écrit tout ce qui touchait à la Terre du Milieu. La Terre du Milieu, le passé. Mais comment Saroumane avait-il pu savoir ? Comment avait-il pu faire voyager des personnes dans le temps ? Et sa présence... Elle allait modifier l'histoire !

C'était vertigineux.


Attention, ce chapitre nécessitant pas mal de précisions, j'arrive avec mes notes. Il y en a beaucoup, mais si vous voulez comprendre mes intentions, je vous conseille de les lire.

Alors... Alviane représente Mlle Potter Alvirah, qui avait trouvé l'identité d'Halbarad elle aussi et qui semble beaucoup apprécier le Rôdeur... D'où sa petite intervention sur le fait qu'Adèle le dévore des yeux, puisque Alvirah semble particulièrement enthousiaste à l'idée de ce couple. Je sais encore trop peu de choses sur cette fanfictionneuse que j'apprécie pourtant beaucoup, si ce n'est qu'elle est un peu comme moi, à aimer les prénoms anciens, les mystères (il y a qu'à voir l'intro de sa fic... D'ailleurs, mets-moi la suite, je veux en savoir plus !) et la littérature anglaise : et oui, je suis attentive aux profils moi, et Jane Eyre et Orgueils et Préjugés ne m'ont pas échappé, mais aussi que c'est une personne très enthousiaste. Surveillez son profil, car elle a pas mal de projets (dont je sais un peu plus, moi... Mouhahahaha !) Alviane fera encore une apparition bien plus tard, toujours vis-à-vis de la relation Adèle/Halbarad.

Sirië représente Lollie Lovegood, qui avait un autre personnage à la base, mais je n'ai pas pu m'empêcher de changer en apprenant à quel point elle adorait Haldir ! Une Haldirette ! Lollie, c'est une fille que j'adore, qui suit cette fic depuis longtemps... Et qui m'encourage depuis longtemps. Très drôle, à l'écritude plutôt dynamique, et une revieweuse acharnée. Ne comptez pas sur moi pour faire explicitement un couple entre Sirië et Haldir... Je préfère laisser vaguer votre imagination. Si vous allez faire un tour sur le profil de Lollie Lovegood, sachez que j'ai bien ri en lisant son OS sur Pirates des Caraïbes, qui m'a vraiment marquée.

Bon... En ce qui concerne le chapitre. Le titre "Le passé, c'est le passé..." a plusieurs sens.

Le premier, c'est le changement qui s'opère en Adèle. Chaque dialogue, avec Iseldia, Alviane, Sirïe et surtout Halbarad lui fait tourner la page et prendre conscience de quelque chose, atténuant ses regrets. Adèle a enfin réussi à passer le cap de son stade "entre deux eaux" et a enfin fait le deuil de Boromir. Elle a fait le choix d'être heureuse, et croit au fait de pouvoir l'être en TDM.

Le deuxième, c'est bien sûr sur la révélation de ce chapitre. Certains trouveront peut-être que le retour dans le passé n'est pas original, ou trop facile : pour moi la question ne se pose pas, même si je peux comprendre la frustration XD Mais la Terre du Milieu a réellement été imaginée comme le passé imaginaire de notre propre monde, et je ne me sentais pas d'aller contre ça... Vous allez comprendre en lisant cette citation de Tolkien pourquoi : « J'ai construit, je le crois, une époque imaginaire, mais quant au lieu j'ai gardé les pieds sur ma propre Terre maternelle. Je préfère cela à la mode moderne qui consiste à rechercher des planètes lointaines dans "l'espace". Quoique curieuses, elles nous sont étrangères, et l'on ne peut les aimer avec l'amour de ceux dont nous partageons le sang. » Je ne me voyais pas aller contre ça...Quoi je suis trop rêveuse et trop sensible ?

Ce qui concerne Le Livre rouge est vrai aussi : pour donner encore plus de réalisme à son histoire, Tolkien s'est amusé à prétendre qu'il n'était que l'humble traducteur du Livre rouge de la Marche de l'Ouest, écrit par nos héros. Vous pouvez en savoir plus sur Wikipédia, Tolkiendil... / Si je me suis permis l'hypothèse que Tolkien n'avait pas inventé cet univers, c'est bien parce que lui même s'était amusé à ça... J'avais envie de quelque chose qui colle avec l'histoire de la création de son oeuvre. Mais il va de soi que ce monsieur est un vrai génie qui a vraiment crée cet univers incroyable dans mon esprit... Et je suis admirative de l'attachement qu'il a porté à ses écrits, jusqu'à créer une telle atmosphère autour !

Bon... En ce qui concerne la suite de la fiction : la suite va pas mal bouger. Il y aura un chapitre pour Kayla qu'il faut que je fignole, puis, je suivrais, du point de vue des événements le livre... Mise en bouche : funérailles de Théoden, petit détour à Bree, la Comté et son nettoyage, Saroumane... Puis, des choses propres à Adèle. L'action arrive. Plus de Halbarad aussi (ça, c'est pour rassurer mes romantiques préférées) Ah, et la réconciliation avec Paul, Gandalf et vous allez enfin savoir pourquoi Faramir avait regardé Adèle bizarrement (élément déplacé de ce chapitre).

Je vous embrasse tous, j'espère que rien ne vous a déçu, et je vous dis à tout bientôt ! Et gardez la patate.

P.S : J'oubliais ! La scène où Adèle se tape un sprint est directement inspirée d'un épisode de Friends où Chandler bat les records du 100m et du saut à la haie par dessus les ordures en voulant rattraper celle dont il est amoureux, Kathy je crois.