Bêta : Chapitre non corrigé mais corrigé au plus tard Mercredi 27 :D

Note : Chapitre 26 centré sur la rivalité de Thranduil et Ràvion, suite directe du précédent.

Personnages Oc du chapitre :

Ràvion : Haut-prince des Noldor, rival de Thranduil.

Vàna Estelil Vertefeuille : Ancienne fiancée de Thranduil.

Galvorn : Oncle de Thranduil.

Cuthalion Belegion : Commandant des armées et ami d'enfance de Thranduil.

En bas du chapitre vous avez une chronologie du début de la vie d'Eadun pour que ça soit plus clair.

Bonne lecture les bichons !

La musique qui m'a inspiré pour ce chapitre : House of flying daggers - Farewell No. 1


Chapitre XXVI

Ràvion Cœur de Lion

Brille, brille, petite étoile

Comme j'aimerais savoir qui tu es !

Si haut au-dessus du monde

Comme un diamant dans le ciel

Brille, brille, petite étoile

Comme j'aimerais savoir qui tu es !

Jane Taylor, Twinkle, Twinkle, Little Star

Thilio, thilio dinu nîn,
Iston man i eneth lîn?
Am-dhorthol or amar mîn,
Ech, menel-vir, síloch dîn.
Thilio, thilio dinu nîn,
Iston man i eneth lîn?


Elrond d'Imladris

La roseraie plantée autrefois à la demande du haut roi Gil Galad était noyée sous la neige. Signe que tout s'étiolait comme la rose se dévêtait de ses pétales. Le changement était en marche, rien ne pourrait l'arrêter, sinon se prémunir contre le feu en induisant son cœur d'un lustre de glace. Le lion allait tout changer quitte à arracher par la racine le travail de son père, et le seigneur de Foncombe se sentait impuissant face à la hargne de son nouveau souverain.

Elrond était d'humeur morose. Mélancolique, éternellement triste et plus grave qu'accoutumé. Pourtant, la guerre était terminée. L'ombre s'était évanouie et la menace réduite. Or il ne pouvait s'empêcher d'avoir un mauvais pressentiment. L'anneau unique était pendu au cou d'Isildur fils d'Elendil, la tête nimbée d'ombres de Ràvion se parerait de la couronne de son père.

Les coins de sa bouche figés dans ses tourments appréhendaient ses futurs emportements. Avec le temps, le semi-elfe connaissait le prince Ràvion pour amener son entourage dans ses retranchements. Il savait garder son sang-froid, l'expérience des millénaires de vie de cour et de guerre lui en avait donné l'habitude. Les hommes de pouvoirs gardaient leurs sentiments sous un masque. Et ce masque, Elrond l'avait gardé trop longtemps. Il craignait un jour de revoir son propre visage vieilli et boursouflé par ses sentiments trop souvent intériorisés. La guerre avait aussi laissé des marques indélébiles en son fëa, dont seule Celebrian saurait en panser les plaies.

Elrond descendit gracieusement de son destrier, et jeta un regard oblique au Talan du haut roi des Noldor. La menace était grandissante, les elfes se battaient entre eux et les sindar étaient en mauvaise posture. Il plissa ses yeux gris, déplaça l'une de ses petites tresses d'ébène hors de sa vision. Ràvion était le principal problème, ce dernier était incontrôlable. Il faisait ce que bon lui semblait, et Elrond savait que sa gouvernance serait différente de celle de son défunt père. L'heure était grave. Lui, Elrond le hérault de Gil-Galad, n'était plus dans les faveurs du premier elfe du royaume noldorin. Comment Ràvion pourrait écouter ses conseils ?

Un garde paré de l'armure des lions lui ouvrit la porte du Talan, une main respectueuse posée sur son torse. Le regard de fer du hérault resta un instant bloqué sur le dessin fauve brodé sur la côte du guerrier. Les pupilles rubis du Lion restèrent imprimées en lui quand il monta les grands escaliers du hall, après avoir donné sa cape à un serviteur.

Ràvion, le lion noir des Noldor, le prince du feu.

Tudieu, le royaume du Lindon serait trop chamboulé par cet ardent ellon. Elrond se demandait encore et encore de quelle manière il procéderait pour gagner la confiance du prince fauve. Ils ne s'étaient jamais entendus, sans doute à cause de la préférence soutenue de Gil-Galad pour sa personne.

Dans sa jeunesse, le prince était un elfling taciturne. Il passait ses journées à la forge du palais où il procédait à des travaux d'orfèvreries qu'il avait en grande passion. Il pouvait y passer des jours entiers à battre de fer, torse nu comme un homme de l'est, le regard braqué sur son ouvrage. Introverti, riche dans l'esprit, pauvre dans le parage. La plage derrière le logis royal était son second havre de paix. Il s'asseyait face à l'horizon, regardait la houle pendant des heures, vêtu comme les Teleri de toges blanches, la chevelure relevée par un cordage de cuir, il ressemblait à rien de plus qu'à un riche fils de pêcheur. Une plume nichée dans la fente de ses lèvres, il se perdait dans les nuances bleutées de la mer, et il griffonnait sur son carnet des paysages bucoliques, lointain des préoccupations de son rang dont il n'avait cure.

Il vînt un jour où son royal père lui interdit bientôt l'accès à ses lieux favoris. Le jeune prince noldo, loin de se laisser déstabiliser décida de se promener parmi le peuple. Il discutait avec les voyageurs, visitait les auberges. Grand amateur de musique, il chantait des lais de Maglor à la lyre sur la place du marché où la garde royale l'y arrachait tous les jours. Mais, il y revenait le lendemain pied nus ou accompagné de gamins des rues, qui dansaient autours de lui dans une ronde gaie. Le roi et cour s'arrachait les cheveux, mais le peuple le tolérait. C'en fût trop pour Gil-Galad, il enferma son héritier au palais à double tour. Il se racontât alors qu'un soir le roi bon et sage avait si méchamment humilié son fils, que celui-ci en fût du jour au lendemain complétement changé. Elrond s'en souvenait bien. Ce fut le temps où il arriva à la cours de Gil Galad, qu'il ne quitta pas pendant des siècles. Gil-Galad le prit son bras paternel, et délaissa son fils, voyant en Elrond le véritable représentant de sa Maison.

Dix ans avant sa cérémonie de majorité, le lionceau royal, alla demander à son père un instructeur militaire et un entraîneur. La cour se gaussait du prince, un intellectuel rêveur, éternellement triste, il était faible et Gil Galad ne le laissait jamais sortir des jardins de sa maisonnée. Cependant il fut si emporté que son père ne put lui refuser d'apprendre les arts du combat. Elrond se remémora le bonheur de Gil-Galad, tandis que le peuple riait déjà de l'échec futur du petit prince.

En revanche le conseil royal se réjouissait. C'était inespéré ! Enfin le petit seigneur Ràvion se concentrerait sur l'art de la guerre, obligatoire dans la formation des elfling de haut-rang. L'éducation des princes royaux était extrêmement stricte. Le jeune prince avait été enlevé aux appartements de sa mère à l'âge de sept ans dans de forger un bon dirigeant. Le seigneur Cirdàn devint son instructeur et c'est ainsi qu'il fit la connaissance du fils d'Oropher, Thranduil des Frênes.

Ràvion se révéla être un élève doté d'un immense talent, que ce soit dans le maniement des armes ou le génie militaire. Il se spécialisa dans la lance Noldorine, la baptisa Carca comme la griffe tranchante du Lion.

L'éclat de ses yeux cyan autrefois si pur se muèrent en braséros flamboyant. Et il perdit son innocence, jetée aux gréer de l'écume de l'océan sur les plages où jadis il aimait tant dessiner. A l'âge de l'Ellon, il parut transformé, son corps autrefois si fragile, était devenu celui d'un guerrier aux muscles puissants. Il dominait aisément ses adversaires d'une tête.

Elrond se souviendrait toute son existence de ce jour où Gil Galad lui avait ordonné de quitter les zones de combats et de laisser à l'un de ses seigneurs le commandement de son bataillon, et ainsi de sonner la réédition…

« Je suis le meilleur, vous savez cela ! Laissez-moi mener vos troupes, je vous ramènerai la victoire. Nous pouvons gagnez, avait-il crié plein d'espoir. ».

« En sa qualité de Hérault, Elrond porte mes couleurs, yonya. Vous obéirez ».

« Mes hommes ne sont pas tombés pour rien… Ils méritent la justice ».

« Tu n'es pas encore roi Ràvion…, avait dit son père majestueusement assis sur un tabouret orné d'or. Il avait tapoté sur ses parchemins royaux du bout de ses longs doigts parés de bagues, regardant son fils avec sévérité, alors qu'Elrond debout à ses côté attendait de sonner le retrait des troupes. »

« Un jour viendra où je le deviendrai. Il avait souri malicieusement, avait rejeté sa longue cape cramoisie sur ses épaules. Et certains se repentiront, avait-il achevé sombrement ».

Ràvion avait pour la première fois désobéis à son père. Il avait chargé, géant auréolé d'or sur son cheval à la robe aux teintes du soir. Sa tiare de bronze s'était illuminée des rayons d'une aurore de sang, et la pointe de sa lance rivée sur les troupes d'orc indiqua à ses troupes le chemin de la gloire. A la tombée de la nuit, quand Elrond et son maître arrivèrent près des camps, ils entendirent les cris des guerriers : « Ràvion, le Lion Noir ! Ràvion le Lion Noir ! Le lion noir couronné d'étoiles !

Elrond arriva bientôt dans l'entrée menant aux appartements royaux. Deux gardes armés gardaient les portes, leurs lances dorées pointées vers le plafond, leurs chevelures sombres éclairées par les torches accrochées au mur. Ainsi, leurs yeux marron paraissaient rougeoyant comme le regard ensanglanté du signe du Lion plaqué sur leurs plastrons.

Il retomba dans ses pensées, et se souvînt de lui-même il y a de cela des siècles, lorsqu'il avait observé, impressionné, le prince encensé par ses troupes. Gil Galad ne parut resssentir aucune fierté de la victoire de son fils. A l'époque il ignorait la raison pour laquelle Gil Galad était si attentif aux dérapages de son fils, il culpabilisait de voler la place de Ràvion aux côtés de son père. Il s'était sentit un peu voleur, lui-même n'avait quasiment pas connu son propre père, Eärendil seigneur d'Alvernien. Et comme le seigneur Maglor qui avait autrefois prit soin de lui en son frère, et se fit aimer d'eux. Gil-Galad était devenu son référent.

Gil Galad avait posé une main sur son épaule, son regard légèrement bridé brillant tel l'éclat du saphir : « Tu es l'enfant du vent, Elrond. Tu as mon amour et ma confiance… Ses yeux revinrent vers son fils à l'armure d'or couverte de sang. Ràvion est le fils de l'esprit du feu, tu devras le protéger de lui-même. Si un jour je viens à tomber, fais-moi la promesse de te tenir à sa droite comme tu le fais avec moi maintenant. Le feu réchauffe, nourrit et protège, mais quand il est alimenté par la haine, il dévore tout sur son passage. Que ton vent alimente sa flamme de sagesse, il en aura besoin. »

Maintenant, il savait. Le seigneur de Foncombe fronça ses arcades sourcilières, laissant qu'un interstice de grisaille rivé sur la porte des appartements du prince.

- Vous désirez qu'on vous annonce, monseigneur, demanda le valet du prince, vêtu d'un mantel bleu, au col remonté jusqu'au haut de son cou.

Le seigneur agita la main.

- Oui, faites.

Au lieu de procéder gentiment, le visage rond du premier valet se tordit.

- C'est-à-dire que sa grâce a ordonné qu'on ne la dérange sous aucun prétexte…, avoua le valet rouge de honte à l'idée de rejeter un seigneur de si haut parage. Il pesta en baissant le regard, le prince Ràvion le découperait en rondelle si il laissait passer le seigneur Elrond. Le valet se rappelait : « Que personne ne rentre, Manwë peut bien vouloir me voir, laisse-le sur le carreau ! Le prince avait déboutonné son pourpoint écarlate en regardant danser les flammes. Et si Elrond veut encore me casser les bourses avec ses problèmes, foutez-le dehors… Mes bourses sont plus que pleines ce soir si vous voyez ce que je veux dire. Le valet s'était étranglé, comprenant le sous-entendu. »

Un grondement rauque remonta à la bouche pincée d'Elrond. S'en était trop ! Il jeta un regard noir aux gardes, qui par respect pour le seigneur d'Imladris ne lui barrèrent point le chemin. Il ouvra la porte, et fronça le nez, sentant le parfum épicé de l'encens et de la cire fondue.

- La suite de l'histoire, mon bon seigneur ! Il est devenu quoi c'te seigneur de Fëanor quand il s'est fait chiper ses joyaux ? carillonna une voix féminine, en langue des hommes.

Les appartements était plongé dans la pénombre, le feu de la cheminée était presque éteint, ne laissant que quelques braises rosées crisser dans la cendre. Elrond vit le haut roi, qui se prélassait comme un lion repu contre la tête de bois de son large lit. Autour, une jeune fille rousse au beau visage orné d'épaisses lèvres rouges et aux grand yeux vairons gloussait en battant des mains, tandis qu'une autre à la chevelure à la couleur du blé mur était alanguie contre le torse du souverain sur lequel elle dessinait des lignes invisibles. La blonde s'assit sur son séant quand elle remarqua son arrivée, sa lourde poitrine tressauta et Elrond ne put réprimer un tic d'énervement. Contrairement à nombre de grands seigneurs, Elrond obéissait à son fëa. Pourquoi courir les donzelles quand on pouvait goûter au délice éternel avec son âme sœur ?

La seconde se redressa paresseusement, vêtue simplement d'une chemise de soie verte, elle se frotta les yeux et bailla.

- Navrée, mais nous allons devoir reporter la suite, mon ange, dit Ràvion avec une douceur exagéré en prenant appuis sur son genou, ce qui dessina un léger pli sur son ventre musclé forgé par les guerres.

La jeune fille fit la moue, et rejeta ses cheveux roux en arrière, dévoilant une oreille arrondie.

- Par les chaines de Morgoth, vous avez fait rentrer des mortels à Caras Galadhon ! déplora Elrond. Il se massa les temps, et pris une expression accablée.

Ràvion éclata de rire, de son rire chaud et clair. Quand il riait ainsi, Elrond croyait voir l'innocent Ràvion des plages de Balar. Mais, cet enfant n'était plus, il avait fait place à cet ellon habité par un feu brûlant et destiné à régner sur l'un des plus grand royaume elfique.

- Oui, les elfines sont ennuyeuses, ces roses sont trop lisses, trop parfaites… fit-il avec une grimace. Elles sont trop. Je les respire une fois et je les jette. Il claqua les doigts pour mimer le geste. Il caressa la joue de la femme blonde. Celles-ci sont des fleurs sauvages, qui s'éteindront à la première gelée, mais elles n'en sont que plus belles, ronronna-t-il. Je te présente Cersei… Il passa sa grande main dans la chevelure cuivrée de l'autre jeune fille. Et Sansa du Calenardhon. Dites au seigneur Elrond quel âge vous avez mes agneaux ? demanda-t-il dans un commun parfait.

Les deux jeunes filles sourirent en cœur, elles se levèrent lentement. La fille à la chevelure de flammes s'approcha de lui, effleura son surcot et posa sa main délicate sur son torse. La petite Sansa se mit sur la pointe des pieds, et souffla un effluve alcoolisée dans son oreille : « J'ai dix-sept ans vot' Seigneurie et ma compagne va sur ses vingt printemps… Elle voulut lui caresser l'entre jambe. Je peux aussi m'occuper d'vous avec plaisir ». Elrond intercepta son bras,

- Désolée mon enfant, les eldar n'ont pas tous les mêmes passe-temps, répondit-il avec douceur.

Ràvion leva les yeux aux plafonds. Il rit.

- Laissez tomber ma chère, la queue du seigneur Elrond a du se fossiliser depuis longtemps, il s'enfonça nonchalamment dans sa couche, un grand lit de bois de cèdres au matelas enseveli de coussins moelleux.

- Je ferai fis de votre impolitesse à mon égard que si vous me donnez audience de suite, prince Ràvion, débita Elrond de sa voix grave, qui roulait sur les consonnes avec la noblesse des vagues océaniques se brisant sur les rochers d'une crique. Maintenant !

Ràvion prit un air faussement ennuyé, le prince noldo s'amusait tout le temps avec les nerfs des ellyn de son conseil, mais cela marchait difficilement sur Elrond. Sa patience semblait aussi infinie que le temps qu'il n'avait pas passé à baiser. Dépité, Ràvion demanda à ses petites chattes de rejoindre leur chambrée. Pour un meilleur confort, Ràvion les avait installées tout près de ses appartements. On ne savait jamais, en cas d'envie pressante… Les deux petites partirent en faisant leurs moues adorables et Ràvion se lamenta le temps d'une seconde sur la perte de sa soirée. Il rejeta ses draps d'un geste sec, et bondit de son lit, ne faisant absolument pas attention à sa nudité. Misère, il aurait pu continuer à les besogner longtemps après le réveil du soleil. Il ne se lamenta pas longtemps sur son état, finalement ce n'était pas une si mauvaise chose de faire de l'exercice à la verticale. La nuit des masques avait eu sa part de joyeusetés, cependant Ràvion savait que d'autres surprises seraient à venir. La fin de son séjour en Lorinand serait une véritable partie de plaisir. Et il éprouverait une jouissance encore plus grande que le coït à réduite le bonheur de Thranduil à néant. Il frappa deux fois dans ses mains, et son valet de chambre arriva bientôt avec un grand peignoir de soies bleu marine strié de fines bandes d'argent. Ràvion se le laissa enfiler, tâchant de regarder Elrond dans la prunelle des yeux. Son corps musclé en sueur éclairé par la froide lueur des dernières braises le rendit inhumain, son aura animale étincelait dans le feu agonisant, enveloppait sa personne d'une éclatante magnificence. Auréolé de cheveux d'un noir profond tombant parfaitement le long de son visage dangereux, où ses yeux aux iris obsidiennes cherchaient le conflit.

Elrond le voyait comme il l'était, un rejeton de rois, né d'une longue lignée d'ellyn d'exceptions. Ses iris grisonnants affrontèrent aisément ceux de Ràvion. Il était Elrond de Foncombe, et son sang était aussi royal que celui de Ràvion. Surtout, il savait, dans les cours elfiques, les seigneurs qui ployaient l'échine devant leurs suzerain ne restaient pas dans la lumière. Les besoins d'un roi n'étaient pas d'avoir des conseillers serviles, mais plutôt d'avoir des ellyn de confiance, étrangers à la peur de déplaire. Elrond n'était pas un couard, il n'avait ni peur de Ràvion ni peur de perdre les faveurs royales. Le semi-elfe désirait la paix, au-delà des haines passées, des rivalités non digérées. Si Ràvion était le plus fougueux des purs sangs d'Arda, Elrond saurait tenir la bride.

- Imaginez que l'une d'elles tombe enceinte… Vous ne pouvez procréer des bâtards un peu partout, prince, dit Elrond sans peur, tandis que le sourcil de Ràvion tiqua sous l'amusement.

Nonchalant, il s'assit sur un fauteuil. Il prit une pomme et mordit dedans à pleine dents.

- Point d'inquiétude pour mon lignage, ma semence ne fertilisera pas ces terres mortelles.

Elrond s'assit sans invitation devant son prince, le fixant dans le fond de ses pupilles à la recherche de l'éclat habituel de ses plaisanteries.

- Vous devez prendre femme, lança-t-il de but en blanc. Prendre femme au lieu de ramener les compagnes d'autrui dans vos appartements.

- Ennuyeux, Elrond. Vous êtes ennuyeux et sans imagination. Un sourire carnassier alla s'étendre largement sur son visage. Vous parlez sans doute de la douce Eden, je présume, mh ? s'enquit-il en jouant avec le reflet de l'âtre sur la pomme écarlate qu'il tenait encore en main.

- Bien entendu, Ràvion. Qu'est-ce qui vous a pris de l'amener ici ? Vous savez très bien à quel point le seigneur des forêts est prompt à la fureur quand il s'agit de cette enfant. Nos relations sont déjà assez catastrophiques comme cela, vous ne pouvez-vous permettre de vous passer du soutien d'Eryn Galen. Qui sait ce que réserve ce troisième âge vu ce que le second nous a laissé ? Elrond cala son visage grave sur son poing serré.

Il leva ses yeux d'un bleu translucide vers son suzerain, dont le sourire insupportable s'était un peu ramolli.

- Thranduil Oropherion, c'est lui qui marche sur mes possessions ! Vous ne connaissez pas encore ses origines, mais cette fille par son sang m'appartient. Il lança la pomme entamée dans le feu. Elle a quelque chose qui me revient de droit et il est hors de question que je la donne à Thranduil. Ha… Je n'aurais jamais cru qu'il s'entiche d'elle à ce point. Il pianota sur son accoudoir. Je la lui laisse pour l'instant par simple amitié, histoire qu'il comprenne qu'ils n'ont rien à voir ensemble. Croyez-moi, Elrond il me remerciera quand il régnera paisiblement auprès de Vàna Vertefeuille.

- Vous avez une notion étrange de l'amitié, trancha le seigneur Elrond en serrant les dents.

En réponse à cela Ràvion soupira.

- L'amitié n'est pas une chose constante dans notre milieu. C'est pourquoi j'y attache ma propre conception. Il y a l'amitié et la redevance à autrui… En parlant de cela, appelez-moi le seigneur Cirdàn… Vous qui vouliez un mariage, sa fille est libre je crois ? Il pouffa sombrement.

- Popea Cirdàniel s'est volatilisée dans la nature, Elrond claqua des doigts,

- Et alors ? Je n'ai pas envie de prendre femme tout de suite et Cirdàn me remerciera quand je l'aurai retrouvée, gloussa le prince Lion.

- Autant épousailler du vent, mon prince, coupa le seigneur Elrond, lasse des jeux incessants de Ràvion.

- J e me souviens d'elle comme une idiote timide et insipide, sa vue ne me donnait que du dégoût. Hors maintenant, elle semble faire preuve d'un peu de caractère et vous savez à quel point j'aime le dressage. J'ai cela en commun avec mon cher ami, Thranduil. Muet en contemplant le fruit noircir dans le feu, le fils unique de Gil-Galad continua : Les elfes sont nés par pairs à Cuiviénen. Mais moi cher Elrond, je me serais réveillé seul… Je vous ferai plaisir, Mellonamin Elrond. Le Lindon aura une reine. Une couronne se pose sur n'importe quel tête même les plus creuses. Fille de pêcheur ou fille de seigneur, cela est du pareil au même pour moi car je n'aimerai pas. Jamais.

Elrond se leva pour prendre congé, irrité au maximum, mais Ràvion lui fit signe de rester.

- Mais... Quelque part, j'attends toujours une qui ferait la différence, peut-être n'est-elle pas encore née voilà tout. L'immortalité offre de curieux désagrément, lança-t-il sur un ton badin. Une dernière chose. J'ai ouï dire qu'Isil Seregoniel avait créé quelques problèmes lors de la nuit des masques. Où est-elle maintenant ? demanda-t-il soudain sérieux.

Le seigneur s'Imladris croisa les bras sur son torse.

- Elle s'est battue avec le seigneur Glorfindel, aux dernières nouvelles, elle est avec lui.

Les flammes de l'âtre crépitaient et crépitaient encore, et les iris du Lion noir s'animaient encore et encore.

- Mon cher disciple a pu survivre face au tueur de Balrog, intéressant. Glorfindel… Lui aussi veut jouer ? Rendons nous à Eryn Galen pour le couronnement de Thranduil… J'ai de nombreux enfançons à ramener au bercail.


Matin du 26 décembre

Jour du grand départ

Vàna Vertefeuille

Les montures étaient toutes prêtes pour le grand retour. Chargées de sacs, de victuailles et montées par des soldats de l'armée. Plus de trois milles elfes sur le départ, une organisation militaire parfaite dans la fraicheur matinale. Celle-ci grisait Vàna d'excitation. Il y avait longtemps que sa vie n'avait pas été le théâtre de tels changements. Conquérir un cœur était synonyme de conquérir un royaume. Le jeu aussi cruel soit-il en valait la chandelle.

La dame de la Vertefeuille, releva délicatement le pan de sa riche robe de voyage afin de ne point la salir et ainsi rejoindre son souverain à l'avant du cortège. Le roi Amroth venait de faire ses adieux à son homologue des forêts et elle avait été étonné d'apprendre que la dame Galadriel se rendrait au couronnement de Thranduil.

La déception avait de nouveau pris son âme de ne pas le voir au bal de l'hiver. Mais elle avait eu vent ensuite de l'affreuse nuit des masques où le jeune Rauros du Chêne avait été estropié. Le point positif était que Thranduil lui devait une autre faveur et elle compterait bien user de cette carte prochainement. Son capuchon renforcé de fourrure de lapin sur son visage, l'ancienne fiancée du prince continuait de préparer son plan, à l'abri dans son esprit vivace. Elle avait le soutien des Grands du royaume. L'oncle de son amour, Galvorn du Pin. L'ami et l'illustre commandant des armées, Cuthalion fils de Beleg et des autres seigneurs du conseil de l'étoile d'argent. Cela faisait des siècles que son destin avait été scellé – Vàna Vertefeuille, reine de Vert bois le grand, dame de Laurelin, future sein des fils du roi.

Suivie par Vakor, son garde du corps et ses dames de compagnies, ses servantes étant restées au milieu des troupes question de sécurité, elle alla vers la haute silhouette de son âme sœur.

Ses lèvres rosées s'ouvrirent à sa vue. La beauté et la virilité du futur roi ne faisait aucun doute. Une main gantée sur sa poitrine légèrement frémissante, elle vit son prince lui faire signe d'approcher. Le prince Ràvion avait raison, il n'avait pas de quoi s'inquiéter, Thranduil Oropherion était un elfe sage quand il était question de son royaume. A la fin, il ferait le bon choix :

« Ma chère beauté, Vous reconnaîtrez cette elleth, je vous le dis. Vous reconnaitrez le papillon » Raisonnait encore les paroles du haut seigneur Noldo.

Elle n'avait point encore rencontrée sa rivale, l'usurpatrice du cœur de son cher amant. Mais c'était certain qu'elle croiserait l'impudente sur son chemin un jour où l'autre. Ce prince démonique de Ràvion n'avait pas voulu lui donner son nom, seulement parlé d'un papillon.

Un sourire enchanteur courba la ligne de ses lèvres, elle salua plusieurs fois balançant son mouchoir en soie par-dessus son épaule comme le voulait la stricte étiquette d'Eryn Galen. Sans oublier d'accompagner ses courbettes d'un regard gonflé de tristesse. Derrière elle, Vakor le fort restait agenouillé, telle sa condition de rustaud le voulait. Ne surtout pas oublier que le prince pleurait son écuyer blessé. Vàna pensait à tout. Vraiment, elle félicitait son intelligence, louait les valar de lui avoir octroyé ses talents. Rauros était un charmant garçon, or elle se fichait éperdument qu'il perdre un bras ou une jambe. Il n'était pas mort qu'il s'estime chanceux ! Feindre de pleurer ses blessures était la seule chose à faire

Larme sincère ne coulerait plus sans sa permission en la présence de son vénéré cerf. Thranduil était elfe né dans les turpitudes du pouvoir et il se servait habilement des failles des autres. Et si cette catin d'usurpatrice devenait la faille de son maître, elle ne se gênerait pas de se servir d'elle pour arriver à ses fins. L'humilier… Thranduil deviendrait si dégoûté d'elle qu'il se répugnerait de poser un doigt sur sa peau. Elle le connaissait. Les amantes d'un soir s'étaient succédées un temps dans sa couche avant leurs fiançailles, nulle dame n'était restée dormir à ses côtés. Se reposer dans les bras du souverain était le privilège d'une reine. Elles pouvaient déjà assez remercier le ciel d'avoir eu l'épée du printemps entre leurs cuisses. La lassitude toucherait Thranduil avec elle comme avec les autres. Qui pouvait vouloir d'un fruit déjà entamé ? Surtout pas un roi !

- Dame Vàna, salua le prince de sa voix grave. Ce timbre fit naître un étrange écho dans ses entrailles. A ses côtés le seigneur Cuthalion, réincarnation de la force d'Eönwë et Galvorn, le sombre la saluèrent avec chaleur. Il était bon d'avoir des alliés. Des alliés que sa rivale n'aurait jamais. Un rictus tinta dans le fond de sa gorge.

Galvorn lâcha un soupir de contentement.

- Il est bon de revoir le cérémonial de cour. Grâce à vous nous nous rapprochons plus près de la capitale, loua le frère d'Oropher.

Vàna mit sa paume sur son cœur. Le frère du défunt roi était si facile à manipuler, quelques sourires et c'était déjà gagné. Oropher mort, ce vieux débris restait l'ombre de son frère. Cruelle destiné.

- Contente que mes maladroites manières aient plu à sa grâce, murmura-t-elle dans un souffle, balançant sa tête sur le côté avec délicatesse.

La voix pénétrante de son cher et tendre raisonna encore à sa plus grande joie.

- Si cela est la maladresse, les autres dames de mon royaume ont les manières de ribaudes.

- Je ne mérite point ses compliments, malgré qu'ils réchauffent mon cœur pris dans les neiges de l'hiver. Pardonnez-moi Ernil, je me suis inquiétée de ne pas vous voir au bal… Or quand j'ai vu le ciel, j'ai cru voir les filles de Varda pleurer dans le manteau brouillé du ciel et j'ai compris que vous deviez combattre ces traîtres de l'Egnor.

Thranduil immobile et royal sur son destrier ne laissa entrevoir aucune émotion. Fort et limpide comme ceux des elfes de son engeance, son regard resterait insondable. Il gardait tout en lui. Vêtu d'une longue cape de laine ébène doublée de soie pourpre et d'une armure de feuilles de bronze, il reflétait les multitudes de rouges de l'aube. Comme si habillé de feu, ses yeux révélaient la glace en lui. Elbereth, elle l'aimait si fort ! Elle le voulait pour elle seule.

- Pardonnez-moi… Elle fit une autre courbette. Je ne puis avoir la prétention de parler de ces sujets. Mais je pleure avec vous votre noble écuyer qui n'a point mérité pareil sort. Je prie pour que les coupables soient vites arrêtés…

Son regard parsemé de cristaux de glaces, réduisirent Vàna au silence. La souffrance de son aimé la peinait vraiment. Elle se promit de passer chaque instant de sa vie à le consoler de toutes ces horreurs. La guerre les avait séparés. La paix pourrait-elle les réunir ? Il le fallait.

- Le ciel vous a bien informé, la menace gronde dans les quartiers les plus humbles. Il fit un sourire au coin, plein de suffisance. Ne vous inquiétez point, tel votre cousin les traîtres se courberont devant l'étoile d'argent, tonna-t-il, majestueux sur son destrier de guerre.

Galvorn, mince dans son pourpoint émeraude se plut à agiter sa langue fourchue. Heureux soit le sort que le seigneur Seregon ne chevauche pas auprès du futur roi, trop occupé à régler ses affaires de famille. L'échevin n'avait jamais soutenu sa place de souveraine.

- Mais une épine enflammée peut être à l'origine des plus atroces des feux de forêt, fit-il sur un ton docte. Cuthalion lui lança un regard mauvais. Vous devriez compter sur vous aînés pour régler le problème.

- Je ne me lasse jamais de vos conseils, mon oncle, lâcha froidement Thranduil, il inspira faiblement et continua. Qu'en dîtes-vous, madame ?

Elle adorait les histoires politiques, et savait que Thranduil avait confiance en son jugement. C'est pourquoi elle baissa la tête pour parler sans craintes avec une timide dévotion.

- Je doute que mes minces connaissances puissent plaire à mon Ernil… Je n'oserai aller au-deçà de mon sexe et parler de choses si compliqués pour mon pauvre esprit, expliqua-t-elle dans sa feinte modestie, obéissant encore au protocole.

- Si c'est moi qui vous le demande, Vàna, L'entendre l'appeler par son prénom eu raison de sa fausse réserve. Toutes les heures où ils avaient tous les deux à parler de politique, de philosophie… Leurs esprits ne faisaient qu'un. Avait-il les mêmes discussions avec l'autre ?

Il fallait lui dire ce qu'il voulait entendre. L'Egnor était responsable de la mort de son frère cadet, avait blessé son fidèle écuyer. Une épouse soutenait les décisions de son époux, son rôle n'était pas de le contredire.

- Autrefois j'aurais dit à mon prince bien aimé de compter sur ses aînés et de ne pas foncer tête baissée… Je dirai maintenant à mon seigneur qu'il sera à mène de faire taire les dissensions dans la noblesse, que cette dernière doit faire front contre cette épidémie de rebelles et que si l'Egnor s'est tant renforcée ces dernières années c'est qu'elle a pu prendre racine dans les boudoirs les plus raffinés de votre palais. Vous devez être sans merci. Faire mourir l'Egnor Céleste pour faire plier l'Egnor Terrestre. L'ancienne religion des elfes sylvain doit disparaître, acheva-t-elle d'une voix dure et résolue. Elle se prosterna encore. Excusez votre pauvre servante, j'ai parlé sans réfléchir.

Thranduil sourit en caressant la crinière de son cheval. Un anneau d'argent serti d'une pierre noire étincela légèrement avec les premiers rayons matinaux.

- Belle, intelligente et fidèle… Vous savez toujours habillement me contenter.

( NDLR : Thranduil fait allusion au fait que Vàna ne fait que le brosser dans le sens du poil. .)

La dame de la Vertefeuille connaissait les ravages que pouvait provoquer sa beauté sur les cœurs les plus durs, elle possédait tous les atouts nécessaires au port de la couronne. Thranduil avait certes brisé leurs fiançailles, mais elle avait encore un peu de temps avant qu'il fasse fondre les anneaux. Qui sait ? Peut-être que le voyage du retour lui permettrait de lui faire oublier cette autre elleth.

- La couronne c'est vous, monseigneur. Je ne peux qu'être fidèle.

Il parut satisfait de sa réponse, cela se voyait à son faible sourire. Contente d'avoir réussi à le dérider un peu. Le poids du pouvoir était une charge démentielle, Vàna avait les épaules pour le soutenir. Galvorn s'adressa à son neveu sur un ton paternel.

- Dame Vàna est un véritable trésor, s'exclama-t-il avec énergie. Une elleth bonne et vertueuse, nombre d'ellith devraient la prendre en exemple.

Un pli imperceptible se forma entre les sourcils de son souverain. Le seigneur du pin parlait de la catin, Vàna serrait des dents. Alors le petit papillon avait fait très certainement un faux pas. Elle connaissait cette expression chez Thranduil – la déception. Elle luta pour ne pas montrer sa satisfaction.

- En effet, soutînt Thranduil, un beau sourire ourla ses lèvres. Vous plairez-t-il de chevaucher aux côtés de mes chers conseillers, madame ?

Sa joie éclata à la vue de tous, ses yeux émeraudes pétillèrent, elle les baissa encore de peur de faire voir aux autres sa plus grande faiblesse. Varda, elle pourrait tuer pour sa faveur. Elle acquiesça, le remerciant d'une douce. Le seigneur Cuthalion fit signe à un elfling vêtu des atours de la maison du boulot blanc d'approcher.

- Haldir va chercher un cheval pour dame Vàna, ordonna-t-il.

- Si fait, messire.

Un sourire lui chatouilla les lèvres.

- Son excellence a choisi de remplacer mon cousin ? questionna-t-elle sur un ton mielleux.

Cuthalion acquiesça d'un mouvement sec de la tête.

- Haldir n'est qu'un page. Mais qui c'est ? Peut-être qu'il pourra rattraper le déshonneur que Rusco de la Feuille a lancé sur ma Maison, déclara-t-il de sa voix rauque. L'avenir nous le dira.

Elle connaissait bien le seigneur Cuthalion. C'était un ellon juste, près de ses principes, prêt à se battre jusqu'à Mandos pour Eryn Galen. Lui à ses côtés elle avait une chance de regagner la faveur royale.

- Je prie Elbereth pour qu'il soit à la hauteur de cette mission, dit-elle de sa voix chantante parfaitement mesurée.

Tout n'était pas perdu, surtout si l'autre elleth n'en faisait qu'à sa tête. Dans un premier temps, il fallait trouver la trainée. Rien ne valait la connaissance de ses ennemis. Ses yeux émeraudes se posèrent soudain sur la large main de son aimé, cette étrange bague lui disait quelque chose. Aussi, plus le soleil se hissait vers le zenith plus l'anneau d'argent à la pierre d'un noir de nuit l'intriguait. Elle semblait dévorer toute lumière… Les anneaux avaient tous une signification, contrairement aux bagues ils ne se portaient pas par coquetterie. Inquiétant… Mais pour l'instant elle était si heureuse de partager cette chevauchée avec son âme sœur. Son amour raisonnait comme la quintessence de la pureté. Les heures puis les jours s'écoulaient, les elfes qu'ils soient sindar ou noldor n'avaient pris aucune pause. Son prince dont les grands du royaume voulaient arriver le plus vite possible au royaume. Thranduil accepta non sans humeur que Ràvion et le quart de ses troupes les suivent. Impossible de refuser l'hospitalité au prince noldo. Son allié serait donc avec elle pour faire choir sa rivale du fëa de son aimé. C'était parfait.

Oh, elle ne se lassait pas de converser avec lui comme avant. Sans nul doute, sa rivale avait dû commettre un grave écart pour que la faveur pleuve de nouveau sur son destin. Dommage pour elle.

Les soldats parlaient de l'elleth de Dagorlad. Qui pouvait-elle être ? Malgré toutes ses recherches les chevaliers du roi n'avait pas prononcé son nom. Sinon qu'elle était sous l'égide de Thranduil Oropherion. Des servantes pupilles… Il y en avait tellement. Toutes plus insipides les unes que les autres, pensait-t-elle en songeant à sa jeune servante, Iris un fragile brin de fille d'à peine quarante ans. Seule Isil Seregoniel aurait pu lui faire de l'ombre, heureusement elle serait bientôt dans le lit du tueur de Balrog. Ces stupides gardiennes de l'Egnor céleste, elles se disaient les protectrices de l'âme d'Eryn Galen, gardiennes de l'équilibre et elles seraient bientôt toutes arrêtées. Cela apprendrait à Isil Seregoniel à rester à sa place.

Vàna contempla les terres froides du paysage, peintes ici et là de touches de neige. Les brins d'herbes figés dans le gel, jaunis, mort. Mêmes les vues les plus perçantes de ses congénères n'arrivaient à voir les premières frondaisons du royaume. Mais viendrait l'instant où se dessineraient les portes sud du royaume. Une brise chargée d'une pluie glacée lui arrosa doucement le visage. Bercée par les éléments, elle ferma un instant les yeux. Se voyant déjà aux côtés de Thranduil quand il traverserait l'entrée du fief du pin acclamé par les foules. Dans ses oreilles la brise formait des voix, une sorte d'échos. Ainsi elle entendait déjà le peuple l'appeler par son futur titre – loué soit le roi Thranduil et sa reine Vàna Estelil, la mère de la nation. Et surgiraient les tours du palais d'été d'Amon Lanc et la capitale du sud où on la recevrait comme son futur rang le méritait. Mais son court rêve prit fin brusquement, ses yeux reprirent leurs coloration initiale, indiquant son réveil.

Une servante se tenait prosterné devant leurs montures. La tête baissée, Vàna n'arrivait pas à voir son visage. Elle possédait une chevelure blonde assez terne, une simple robe de lainage vert nouée en dessous de sa poitrine. La pauvre elfling avait l'air si frêle, amaigrie. Une petite chose insignifiante et sans charme.

Tournant le visage vers son aimé, elle songea qu'il devait penser la même chose. Mais c'était le contraire. Pendant une fraction de seconde, il parut profondément énervé, puis attristé pour enfin retrouver son visage sévère. Elle haussa un sourcil. Cela était normal. Thranduil détestait par-dessus tous ceux qui montraient délibérément leur faiblesse ou la feignait. La noblesse les protégeait, mais il y avait des limites. Le seigneur Cuthalion n'avait pas l'air non plus ravi qu'on interrompt leur chevauchée. Le prince venait de faire signe à plus de trois mille elfes de s'arrêter. Pff, quel dérangement ! Il échangea un regard avec le prince qu'elle n'arriva pas à interpréter.

- Ernil nin… La servante se tut un instant, se mordilla la lèvre inférieure. Je viens à vous à la demande de la dame Galadriel, elle chevauche à l'arrière des troupes avec ses dames. Elle désire s'entretenir avec vous pour une nouvelle de la plus haute importance et vous invite à déguster son lembas en compagnie de vos seigneurs et ceux du prince Ràvion, dit-elle avec un accent étrange, qu'elle trouva étrangement charmant. Le cœur de Vàna s'attendrit car au fond elle adorait conseiller ces jeunes elfes et avoir leur admiration. Une âme fragile était plus dure que l'épée, elle émouvait les puissants.

Thranduil vrilla la petite elfe de ses pupilles tanzanites, il avait l'air d'un vala devant cette servante à la triste robe. Prononcer le nom de Ràvion n'était pas la meilleure chose à faire en ce moment et Vàna l'avait bien compris. Ce n'était pas le cas de cette fille.

- Soit, je ne peux refuser une invitation de la dame blanche et une pause fera du bien à tous, souffla-t-il sur un ton aristocratique aux notes dédaigneuses que Vàna aimait parfois entendre. Il jaugeait l'elleth de son regard froid, un sourire gagna le coin de ses lèvres. Si mes autres servantes ont l'air aussi pouilleuses que toi, je pense qu'il est urgent de s'arrêter. Vàna vit l'elleth serrer son poing contre sa cuisse. Plus jamais je ne veux voir une allure aussi déplorable en ma présence, suis-je bien clair ?

La respiration de l'elleth s'accéléra et sa mince poitrine se levait et se couchait de plus en plus vite. C'était certain que son amour ne supporterait pas son attitude. Elle le connaissait que trop bien.

- Je ferai attention à l'avenir pour ne pas salir la vue du Cund, dit-elle sur un ton plus proche de l'amertume que de la peur, bien que cette dernière soit aussi bien présente..

La noble damoiselle de la Vertefeuille fit un sourire chaleureux, sous le regard étonné de tous, elle délassa le cordon de sa capeline.

- Vous êtes trop dur, monseigneur. Est-ce les habitudes militaires qui vous régissent encore ? demanda-t-elle, en battant des cils. Voici pour vous ma douce, vous êtes une jeune elfe et vous ressentez le froid, je n'en n'ai pas besoin. Le rayonnement royal du prince Thranduil suffit à mon confort.

Il n'eût aucune réaction, jusqu'à que Bâl l'une de ses dames de compagnie lui tendit le chaud tissu.

- Qu'attendez-vous pour la prendre. Varda nous dira si la cape de dame Vàna vous insuffle un soupçon d'éclat, intima-t-il sa voix rendu plus forte par sa majestueuse prestance.

Et la fille leva les yeux : deux billes d'ambre aux milles cils noirs. Feuille d'automne rouillée sous les intempéries, son cœur se tordit dans sa poitrine comme si elle revoyait un regard familier et quelques fantômes de réminiscences désagréables. Elle était drôlement mignonne après tout, mais pas suffisamment belle pour retenir l'attention de Thranduil du Frênes. Attiré de nouveau par le besoin de contempler son amour, elle reposa ses yeux sur lui. Ce qu'elle vit ne lui fit pas plaisir. Le visage viril de son maître était troublé, il la regardait, caressant l'onyx de son anneau du gras de son pouce.

- Ego, pars ! La fille sursauta, même Vàna n'avait pas l'habitude d'entendre un ton aussi sec chez son ancien fiancé. La guerre surement. L'elleth se recula en se prosternant.

Par la grâce des Valar, Thranduil retrouva rapidement son aspect habituel.

- Vous êtes décidément trop bonne, madame, dit-il en descendant de sa monture. Il lui tendit la main pour l'aider, Vàna rougit légèrement.

De bon cœur, elle sa grande main masculine qu'elle avait tant espéré sentir sur elle. Elle devait mettre le prince dans son lit, quand il lui prendrait sa virginité, il n'aurait plus d'autres choix que d'officialiser leur union.

- Ce n'est rien, j'aime tant ces petites pupilles. Elles sont adorables. Et son rire tinta comme une clochette, louant ses futures victoires.


Ràvion

Monter son cher Turcanna, le cheval d'ombre, âme aussi fougueuse, vidait son esprit. Tant besoin d'un instant de quiétude où seul le fouet glacé venteux lamait ses joues imberbes. L'armée à deux lieux d'ici n'avait nulle besoin de lui. Mais lui avait besoin du silence. Un froid recueillement, tempête ingrate de sentiments et de souvenirs qui jamais ne le laissaient en paix. A l'arrière suivait difficilement son écuyer. Ràvion pestait à le le voir à ses trousses comme un petit chien, mais il était si amusant. Nan était doué, intelligent et exécutait la moindre des tâches ingrates données par son maître avec une sérieux éternel. Adulte, il lui donnerait une place de choix dans son conseil, n'en déplaise aux autres seigneurs soporifiques de l'entourage de feu son royal père. Un élève discret, pas comme sa petite douceur d'Isil trop sûre de ses talents. Le mieux était son franc parlé, le prince lion avait l'impression d'être accompagné une version miniature d'Elrond en plus distrayant.

- Maître ! Mes couilles vont geler et celles de ma monture aussi ! hurla l'avorton à travers le blizzard naissant.

- Vinimo, petit, tu n'as qu'à cesser de me coller au cul !

- C'est que je l'ai en grande affection, monseigneur, rétorqua le plus jeune, rieur.

L'insecte chevauchait à ses côtés, ses longs cheveux tressés de tiges d'ébènes claquant dans le vent. Son petit corps sautant sur la scelle telle une intrépide sauterelle. Habillé de l'armure de bronze de sa garde, ses yeux noirs presque bridés, il ressemblait à un turbulent lionceau.

- Peuh, hence, va au campement, je t'y rejoindrai, rugit le lion, d'un mouvement sec de la tête avec autorité, là il montrait qu'il ne riait pas.

Quand la dame Galadriel invitait, il n'était pas bon d'arriver en retard. Quoiqu'elle le connaissait bien pour savoir que Ràvion obéissait à aucun ordre, même si l'entrevu consistait à révéler l'avenir de son règne, il voulait se délester de sa couronne princière pour un moment. La jeter dans sa course enragée dans les steppes frissonnantes du sud du Rhovanion.

Ràvion donna un léger coup sur le flanc de Turcanna et rapide, le cheval fila à toute allure. On disait qu'il était le plus rapide du Lindon, c'était faux. Son fier ami était le plus vif du monde connu.

Depuis la malheureuse seconde où les souvenirs de Carnillë avait renaquis dans son cœur, il souffrait… Le ressenti lancinant de ses remords étaient bien sûr la pire des punitions. La plaine couverte d'une toison de brins d'herbes prit dans l'hiver, le soleil, diamant fixe de lumière trop blanche emplissant l'espace d'une impossible pureté. Ràvion s'élançait, galopait, corps solitaire dans cet univers mort, lui plus vivant que jamais. Là-bas, au-delà de l'horizon, il y avait Thranduil, l'ancien ami et son vieux frère d'arme dont le caractère destructeur lui donnait des envies de meurtre : « Á pusta ! Arrête-toi », demanda-t-il d'une voix hâtive à son monture qui se dépêcha d'obéir.

La ligne pâle de l'horizon fut caressée par un timide rayon doré. Pas loin, les branches nues des arbres offraient un curieux spectacle. Un mortel n'aurait pu le voir, infortunés qu'ils étaient dans une moindre mesure. L'écorce se parait d'une fine pellicule cristalline, et l'haleine tiède d'Anar parut lui souffler dans la nuque. A moins de deux lieux, marchait Carnillë, l'étoile rouge, fantôme d'une ancienne tendresse. Figé dans l'instant, les arbres décharnés ressemblaient à des lointaines figures dansantes, torches prises dans le feu du crépuscule. L'image même de l'antique Ost-en-edhil se faufila en lui.

Avant. Quand elle était fière, debout, à l'apogée de ses charmes. Elleth gracieuse… La nuque de cygne ployait sous sa chevelure lourde de joyaux, forgés de la main du plus grand forgeron d'Arda dont les mérites n'étaient éclipsés que par Fëanor lui-même : le seigneur Celebrimbor fils de Curufin, maître des talentueux elfes de la guilde des Gwaith-i-Mírdain.

16 août de l'an 1578 du Second âge du Soleil

Royaume bienheureux d'Eregion

Capitale florissante d'Ost-en-Edhil

Jour de l'anniversaire de Carnillë Celebrimboriel, infante d'Ost-en-edhil

( NDLR Le double d'Eden vient donc d'avoir 45 ans )

Il se souvenait de cet instant comme si c'était hier. Tous les yeux de la salle avaient les yeux rivés sur elle, la danseuse. Joueuse, elle rejeta sa longue manche de soie rouge sur le côté, emportant dans l'air vissé par le parfum des roses l'étalage de sa délicate féminité. La longue chevelure de miel piquée d'un diadème serti de mille joyaux multicolores roulait sur ses épaules délicates. Répondant aux gestes de la jeune elleth la harpe et la flute chantèrent en cœur l'éclosion de cette mystérieuse fleur qui ne dansait que pour un seul ellon : son père adoré.

Ràvion était en visite depuis quelques mois déjà dans la riche cité elfique, il avait appris à la connaître. Aujourd'hui comme tous les autres, elle ne montrerait pas son visage caché par un voile. Ne pas voir la danseuse, rendait le spectacle bien plus hypnotique. En plein mois d'août la chaleur était insoutenable au dehors, et il aurait été difficile de ne pas en souffrir si les servantes n'agitaient pas de grands éventails de plume de pan. La brise artificielle animait la robe rouge de Carnillë, ses gestes ainsi étaient transfigurés… La danse du Crâne, jadis exécutée par Nerdanel l'épouse de Fëanor revenait à la vie sous les mouvements précis de son arrière-petite-fille. L'elleth arqua son corps félin en arrière, puis tapa du pied sur le dallage mosaïqué de pierres précieuses, se prosterna sur le sol. Ses bras parallèles, elle tourna sur elle-même, les pans de sa robe volant comme les pétales d'une rose. La musique s'accéléra, elle fit des bonds, s'envolaient dans la salle, les mèches dorées tourbillonnant dans cette louange adorable, l'amour infini d'une fille pour son père.

Plus heureux que jamais, Celebrimbor riait, battait des mains et encourageait sa seule famille. Enfin, les cordes se turent, l'infante fit un dernier salut. Ràvion applaudit comme tous les autres. Qu'est-ce qu'il aimait cette cité ! Il se sentait chez lui. Le seigneur descendit de son siège de pierre et serra son héritière contre lui faisant fi du protocole, il la porta dans ses bras et la fille tournoyer comme si il portait une enfant et les petits souliers brodés de perles de Carnillë retombèrent sur le sol.

- Ma joie de vivre, ma chère fille ! s'exclama-t-il, son léger manteau estivale d'un vert tendre se traîna avec lui jusqu'au milieu de l'assistance, la main de la dame Carnillë dans la sienne. N'est-elle pas radieuse ?

La foule de courtisant acclamèrent leur seigneur et Ràvion se redressa sur son fauteuil. Il jeta un regard enfiévré vers l'assistance. La salle était d'une richesse incomparable, montrait au monde l'apogée de ce royaume commerçant. Contrairement au Haut-roi son père, Celebrimbor était un visionnaire, il n'avait ni peur de l'étranger ni de l'inconnu. Voilà pourquoi il avait hissé l'Eregion au sommet des royaumes elfique. Mais il avait la fâcheuse tendance à exhiber son indécence réussite. Le fils de Curufinwë aimait le luxe et ne s'en était jamais caché. Le contraste avec l'austère Gil-Galad était flagrant. Il but la dernière gorgée de sa coupe d'or, la posa sur un plateau. Fichtre, même le plateau devait coûter un bras, pas étonnant que son père ait préféré décliné l'invitation. Le haut-roi détestait les fêtes somptueuses du Fëanorien, et surtout il avait en horreur son ami l'étrange seigneur Annatar.

Les colonnes encerclées de lianes de fleurs montaient hauts, leurs couleurs vives lui donna un léger mal de tête, il était légèrement ivre. Qu'importe, il aurait pu vider quatre barriques de Murivor. Une manière bigrement amusante de rendre grâce aux valar. Sur le palais, elle avait une saveur exquise, le velours des lèvres d'une jeune vierge. Le miruvor des Valar devait ressembler à de la pisse à côté. Qu'en rougisse Yavanna* ! Celebrimbor claqua des doigts, la fête repris de plus belle. Les elfes riaient, se bousculaient, insouciants êtres loin des préoccupations du monde. Habitants d'une bulle confortable où l'or ne cessait de pleuvoir et germait la volupté. Si le vieux Celeborn avait vu à quoi ressemblait sa cour, il aurait pris la mer pour Valinor. Mais chassé de son royaume. Que pouvait-il faire ?

Vînt l'instant de la remise des présents pour Carnillë, celle-ci paraissait gêné et répondait des mercis inaudibles. Les ellyn d'Eregion étaient fascinés par la nouvelle venue, la mystérieuse fille de Celebrimbor dont personne ne connaissait l'existence auparavant. Et ce n'était pas les seuls. Le lion vit le prince Thranduil, lui aussi en visite en Eregion quitter ses compagnons. Noble, aérien dans ses vêtements vert feuillage, il fendit la salle en conquérant sans doute pour venir lui aussi offrir son cadeau à l'héritière. Esquissant un sourire moqueur, Ràvion songea à la haine aveugle du roi Oropher pour cette famille. Curufin le rusé avait tué l'épouse du roi cerf, Meril la rose de Doriath. Mellonamin Thranduil voulait-il énerver son père en faisant la cour à la petite fille de son ennemi ? Quel manque d'imagination. Bizarre, cela ne lui ressemblait point surtout quand on savait dans quelle situation tragique il était. Il lui demanderait plus tard. Ce Thranduil, quel drôle d'animal ! Un barde sinda entonna une chanson joyeuse, alors qu'un couple d'elflings dansait joyeusement, leurs petites têtes couronnées d'un cercle d'or.

Thilio, thilio dinu nîn,
Iston man i eneth lîn?
Am-dhorthol or amar mîn,
Ech, menel-vir, síloch dîn.
Thilio, thilio dinu nîn,
Iston man i eneth lîn?

Suspendus aux murs de marbre blanc, voletaient gentiment de grandes draperies transparentes. Ràvion en traversa une happé par le son vibrant du luth. A moins que cela fût autre chose ? Une petite main lui prit le poignet et essaya de le tirer vers la terrasse. La bouffée de son parfum si particulier suffit à lui faire savoir de qui il s'agissait. Un mélange agréable de forêt après la pluie, de fleurs sous la rosée… Carnillë. En bonne damoiselle de haut rang, elle se prosterna, quittant l'étreinte chaude de ses doigts.

- Pardon, de t'importuner, s'excusa-t-elle d'une petite voix. La foule m'oppresse, accompagne moi dans les jardins. Son doigt fin désigna les jardins suspendus baignés dans la lourde chaleur de la fin de journée.

Un sourire alla relever les babines de Ràvion. C'était vraiment à mourir de rire, elle venait d'ignorer le cadeau du prince des forêts. Décidément, elle était pleine de surprise.

- Comment refuser ? dit-il, tandis qu'elle prenait timidement son bras et qu'il avançait vers les nombreux bosquets fleuris.

- Je suis impolie, mon cousin, murmura-t-elle en évitant son regard. Ma merit yulda ? Veux-tu quelque chose à boire ?

Tous deux arrivèrent dans un coin reculé des jardins, loin de l'animation. La damoiselle lui désigna poliment une carafe de vin qui trônait sur une petite table de bois cirée. Une grosse corbeille de fruit mûr dégageait une bonne odeur sucrée, et un plat de viande froide agrémentée de rondelles de citrons confis s'étalaient sur une assiette d'argent.

- J'ai toujours soif, répondit le prince noldo avec son charmant sourire. Une servante servit deux coupes d'un vin clair. Encore du Miruvor, il était clair qu'il aurait du mal à émerger demain matin.

- Mais pas d'eau, plaisanta la douce damoiselle, elle prit la coupe et lui tendit. Sous son voile rose poudré, on pouvait deviner un sourire.

Ràvion leva les yeux vers la formidable vue qu'offrait les jardins suspendu. Le ciel s'habillait de ses tons rosés où le soleil, orbe enflammée crachant ses derniers feux dans la pureté cyan. L'œil d'un artiste du prince s'émerveilla devant la toile céleste. Autours, les roses rouge aux pétales velours, les tulipes orangées, l'agapanthe violette, fleurs de camomille, les colonnes de delphinium immaculées dégageaient leurs merveilleux parfums. Illustrées par la douce musique des fontaines.

- Le seigneur Celebrimbor a fait planter d'autres fleurs ? Les jardins étaient moins chargés lors de ma précédente visite, s'enquit le prince, allant la rejoindre vers le balcon de pierre gravé de nœuds d'arabesque.

En réponse, elle baissa la tête et ses doigts tapotèrent le rebord.

- Mon père craignait que je sois triste loin des forêts. Une cascade de boucles parées de perles d'or tomba sur son épaule gauche. Il me gâte trop, je ne mérite pas tant de choses, mais j'accepte pour lui faire plaisir.

Lors de leurs derniers échanges, Carnillë lui avait confié qu'elle avait été pupille de la maison de la Vertefeuille pendant dix ans avant que son père ne la fasse chercher. Pourquoi le noble Celebrimbor avait-il caché sa fille une décennie dans ce trou perdu d'Eryn Galen, il ne pouvait le dire. Les pères avaient souvent de drôles d'idées pour élever leur progéniture.

- Il veut ton bonheur, répondit tout simplement le prince Lion. Tu étais inconnue de lui de longues années, puis il t'a laissé à Eryn Galen, il doit vouloir se rattraper auprès de toi. La Maison de Fëanor n'a jamais été connue pour sa demi-mesure, même si ton père s'est séparé de Curufin quand il fut chassé de Nargothond avec Celegorm, il reste un descendant de l'esprit du feu. Il n'a pas peur de te montrer son amour d'autres n'ont pas la même chance que la tienne. Es-tu heureuse ?

Carnillë posa sa main sur la sienne, dans un élan de spontanéité qu'aucune autre ellith nobles n'aurait eu.

- Je suis heureuse… Mais au fond de moi… elle serra son poing contre son cœur. C'est comme si on m'avait cruellement arraché une partie de moi-même et cette rancœur qui gâche tout autre sentiment ! Cette tristesse qui ne me quitte plus ! Je n'ai pas cinquante ans, et je me sens fourbue, las, un sanglot perla dans sa voix. Eadun était heureuse, innocente… Elle voulait partir découvrir le monde. Les pleurs ne sortirent pas, ravalés avec fierté. Carnillë a grandi, c'est la fille d'un grand seigneur et son cœur est pétri de ressentiments à l'égard du passé. Comment une fille peut-elle faire honneur à sa Maison si défigurée, elle ne pourra jamais trouver d'époux ? Mon père sera…

Elle ne put terminer sa phrase, Ràvion lui prit le visage entre ses mains.

- Dame Carnillë la vengeance ne mène nulle part ailleurs qu'à la mort. Tu ne peux laver ton cœur avec le sang de tes ennemis, il releva le voile qui cachait ses traits, pétrifiée, elle le laissa caresser les boursouflures de ses cicatrices. Et tu te trompes, tu es belle, ton cœur et pur et je ne pardonnerais pas à l'ellon qui essayera de le salir. Un éclat s'échappa de ses lèvres. Il rabaissa le voile. Sache que si tu m'avais été donnée par Illùvatar, il y a longtemps que j'aurais demandé ta main.

- Mon cousin aime plaisanter, pouffa la dame d'Eregion.

- Je ne plaisante pas tout le temps, s'offusqua-t-il en se servant un verre d'eau. Regarde je ne bois pas que du vin.

L'horizon avait mangé le soleil, la cité s'était illuminée de mille feux pour l'anniversaire de leur infante. Comme un ciel terrestre paré de mille étoiles, Ost-en-edhil rayonnait… Tout d'un coup, Ràvion eût un sursaut, Carnillë le serrait contre elle.

- Malgré tout ceux qu'ils racontent, je suis persuadée que tu es quelqu'un de profondément gentil et doux.

Ràvion ne laissa pas voir à quel point ses mots l'avaient touché. Il resta muet, incapable de prononcer une parole. Pour la première fois, il venait d'être désarmé par une elleth. Qu'on lui parle ainsi, si sincèrement sans aucune arrière-pensée lui enserra le fëa. La seule à rentrer dans l'intimité de ses sentiments était sa sœur ainée Amaurea. Le temps fila, ils étaient bercés par le son apaisant des fontaines, de la lointaine harpe.

Gracieusement, Carnillë s'avança vers des fleurs splendides, d'un carmin prononcé.

- Les belles de nuit ont éclos, les feux d'artifices vont bientôt commencer.

- En effet, tonna une voix masculine, douce comme un rayon de miel.

Ràvion se tourna vers le nouveau venu. Un ellon de grande taille à la longue chevelure noire et soyeuse, le salaud était d'une beauté à couper le souffle et ses traits fins auraient fait pâlir ceux des plus belles ellith. Vêtu d'un riche surcot bleu nuit brodé de fils d'argent voulant imiter un ciel étoilé, il ressemblait à un roi de l'ancien monde. Dans la pénombre brillait ses pupilles dorées fixes telles celles du chat. Carnillë fit retentir le carillon délicieux de son rire, elle accourut vers celui que Ràvion reconnu comme étant…

- Annatar, vous avez manqué ma dance ! s'exclama sa petite sœur de cœur.

Charmeur, il désigna son bras et invita Carnillë à le prendre.

- Ah bon ? Je suis désolé, madame. Permettez-moi que je me rattrape en vous invitant à contempler les feux d'artifice, acheva-t-il de se faire pardonner en lui faisant un baise main.

- Je suis avec mon cousin, fit Carnillë sur un ton désolé.

- Elen síla lúmenn' omentielvo, mon prince, salua l'ami étrange de Celebrimbor. Je suis…

Ràvion répondit avec l'un de ses habituels sourires aristocratiques.

- Je sais qui vous êtes, coupa le lion noir sur un ton dangereux. Omentielm' alassea ná, notre rencontre est un plaisir, dit-il suavement. Mon père m'a longuement parlé de vous, insinua-t-il sur un ton royal.

Un gloussement aiguë péta dans l'air.

- Formidable ! lança Annatar. J'espère que ses paroles étaient avenantes.

- Parfois il est vain d'espérer.

Comment ignorer que Gil-Galad se méfiait de ce personnage ? Les impressions d'Adar était toujours justes, il ne voyait pas d'un bon œil la collaboration du Seigneur Celebrimbor avec cet elfe qui venait de nulle part.

- Quelle tristesse, se lamenta le seigneur, j'ai pourtant votre père en grande affection. Le rencontrer serait pour moi source d'une grande joie.

Au milieu de ce combat d'insinuation, la petite Carnillë ne savait plus où se mettre.

- Je suis certains que cette rencontre serait mortellement instructive, rit Ràvion, un sourire en coin.

- Oui nous pourrions aller en plein cœur des problèmes. Ils seraient alors vite réglés, argua-t-il avec un sourire odieusement factice et délibérément outrancier.

La damoiselle tira sur la manche du seigneur Annatar, une voix pleine d'inquiétude.

- Mellonamin, Adar ne sera pas content si je reste plus longtemps loin des festivités, essaya d'arranger Carnillë sur un ton conciliant. Elle salua comme le voulait le protocole, j'étais ravie de discuter avec toi, mon cher cousin. Demain nous ne promènerons encore.

- Oui Carnillë demain, dit-il machinalement en se percutant encore aux yeux pailletés d'or de l'elfe. Ne voulant pas lui montrer sa colère contre ce mange-foutre d'Annatar, il offrit son plus beau sourire à sa cousine. Demain sera une merveilleuse journée.

Dérangé par cette rencontre, il regarda impuissant Carnillë s'éloigner au bras du seigneur Annatar, le seigneur des dons.


Le miruvor, sa saveur de miel, ses effets agréables, il en avait trop abusé. Le ciel étoilé s'était couvert d'une explosion de lumière colorées, et dans l'air flottait le parfum caractéristique des feux d'artifices. Assis sur un banc de pierre, sa chevelure d'encre attachée par une boucle d'argent en une queue de cheval lâche pendait dans son dos musclé. Dans le but de se mettre à l'aise, il avait ouvert sa tunique blanche qui laissait entrevoir la teinte légèrement dorée de sa peau. Il éplucha lentement une orange sanguine, déposa un quartier dans sa bouche histoire de se délester un peu du goût alcoolisé de son haleine. Ràvion s'en foutait des feux d'artifices, il préférait la beauté sûre de la nature que la puanteur de cette invention venue de l'est. Pourtant, il aimait les nouveautés. Moui, il aimait les nouvelles, il irait rejoindre la vieille ville pour se trouver une jolie elleth, la fleuriste de l'autre fois était adorable.

- Je me disais bien qu'il y avait une odeur de chien, tonna une voix grave, et arrogante.

La bouche pâteuse, Ràvion machouilla sa langue, leva les yeux nonchalamment vers Thranduil Oropherion. L'elfe était habillé richement comme le voulait sa condition de prince héritier parvenu. Son surcot, un vert tendre se mariait parfaitement avec sa chevelure blonde blanchâtre. Une tenue un peu militaire pour un bal. Ràvion haussa un sourcil en regardant les bottes de cuirs noires du sinda et ses brais sapin. Les jambes croisés, il lui fit un sourire, marcha vers lui. Ha si quelqu'un passait par là, il aurait pu voir le contraste entre ses deux princes. Lui, vêtu de sa tunique blanche entrouverte, chaussé de sandales de cuir et le prince biquet au summum de sa sévère classe.

- Hail, l'épée du printemps. Ídhrog Miruvor ? Tu veux boire du Miruvor, interrogea-t-il dans un sindarin parfait. Certain que le roi Oropher n'en a pas un d'aussi délicieux dans ses caves.

- Je ne sous-estimerais pas la passion de mon père pour le vin à ta place.

- Oui je sais que sa collection doit être aussi vaste que celle de ses trophées de chasse, pouffa Ràvion.

- Vaste n'est pas un qualificatif assez fort, sourit le prince des forêts.

Ils s'enserrèrent vigoureusement dans une poignée de main amicale, Ràvion lui tapa dans le dos.

- Mellon, toi ici c'est magnifique ! rugit Ràvion en s'esclaffant.

Thranduil Oropherion était comme un jumeau maléfique qui l'avait accompagné dans toutes ses frasques à Balar. Dommage qu'il se soit tant assagit, le digne fils du roi cerf. Il était bien plus amusant quand il rendait fou son père, monstre de prétention qu'il était. Manwë, cela ferait quand même l'affaire, il n'y avait pas d'ellon qui le connaissait mieux que cette tête à claque d'Oropherion.

- Ne te réjouis pas trop vite, je repars demain à l'aube. Je suis venu en qualité de représentant de mon père pour l'anniversaire de l'infante et d'autres paperasseries politiques, il fit une pause en prenant une expression sérieuse. D'ailleurs, elle a disparu au moment où j'allais lui offrir mon présent. Etrange fille comme son père. Une rare impolitesse, gronda-t-il en levant le menton.

- Elle est avec le seigneur Annatar, dit Ràvion un éclat sombre animant ses pupilles océans, ils sont très amis tous les deux.

Thranduil fronça ses épais sourcils, croisa les bras sur son torse puissant.

- Annatar, tu dis ? Mon père se méfie de lui.

- Mon royal père aussi, ils ont tant de points communs. Infortune qu'il refuse toutes ses invitations, se désola-t-il en haussant les épaules. Mon père va commencer à croire que le tien ne l'aime pas.

- Il doit en être fort contrit.

- Tu n'imagines mêmes pas ? Il est abattu, tellement qu'il en oublie de me sermonner, plaisanta Ràvion, son rire franc retentit, accompagné de celui de Thranduil. Allez Thranduil, viens avec moi nous allons nocer comme jamais ! Tu te souviens de Malima la chanteuse ?

- Oui j'aimais sa voix, dit tranquillement Thranduil.

-Tu l'aimeras encore plus avec ta queue en elle, l'invita Ràvion avec un sourire goguenard. Elle est si démonstrative.

Le regard glacé de son ami s'assombrit à ces mots.

- Je ne peux pas Ràvion, je suis fiancé depuis un peu plus de dix ans.

- Mais tu ne l'as toujours pas retrouvée, rétorqua Ràvion avec un soupir.

- Oui mais un jour…

Ràvion plongea ses yeux dans ceux de son ami. Les iris amicaux de Thranduil, le frère qu'il n'avait jamais eu.

- Un jour, il faudra que tu cesses de te lamenter.

- Mellon, tu es le plus fou des ellyn, le sais-tu ? Je suis d'accord pour boire à tes côtés, et entendre chanter dame Malima.

- C'est ce que je voulais entendre, avoua le prince Lion en lui tapotant la joue ce qui ne plut pas du tout à son ami.


Prince Ràvion, raisonna une voix féminine. Ràvion Ereinionion…


Le bleu clair des yeux de son ami de jadis avait la même couleur glacée qu'avant. Mais l'éclat amical s'était éteint, remplacé par une haine pure. Le rideau sombre de la guerre était passé sur le visage de Thranduil et comme le sien, l'avait changé à jamais. Plus dur, plus dangereux, plus royal. C'est vrai, il était dans la riche tente seigneuriale de la dame Galadriel et du seigneur Celeborn. Les lourdes draperies l'emprisonnaient dans ce guet-apens que la dame avait fomenté dans le but idiot de les réunir. La morsure du froid le ramena brusquement dans ce présent où tout n'était plus pareil. Thranduil en armure de bronze, sa chevelure argentée lâchée le long de ses traits imperturbables avait l'air aussi ennuyé que lui. Celeborn debout au côté de son épouse avait la mine sévère d'un père furieux contre ses fils. Il n'en avait cure, Celeborn n'était pas son père, Thranduil n'était pas son frère et cette rencontre une erreur grotesque. Ràvion rencontra les prunelles ambrées, d'Eden. Eden… Eadun… Carnillë… Accompagnée d'une petite elfe blonde au visage rond, elle était drapée de la robe verte des pupilles de Vert Bois Le Grand, tenant un plateau d'argent sur lequel était posé une dague à la poignée de bois. Il serra les dents. Vraiment, le vert n'était pas sa couleur. Gênée, elle fuit son regard au moment où Thranduil avait noté qu'ils s'étaient regardés.

Galadriel, belle telle une étoile filante traversant le firmament, ouvrit ses lèvres pincées et leva son bras blanc.

- A quoi pensez-vous, Ràvion ? s'enquit-elle en abaissant ses sourcils dorés. Vous n'écoutiez pas mes paroles.

- A rien, répondit-il simplement, un sourire mauvais tira les lèvres de son rival.

- Cela ne change guère de d'habitude, se moqua méchamment Thranduil.

- Il suffit ! s'emporta doucement Galadriel. Cessez de vous comporter comme des elflings. Ràvion n'aima pas la comparaison, il savait que Thranduil devait partager son ressentit. Je vous annonce que cette nuit vous perdrez vos titres de princes pour ceux de rois. Les rois font des concessions. Auparavant vous étiez comme des frères, hors maintenant je croirais voir deux ennemis. Les pupilles de diamant de la dame s'allumèrent. La vieille pouvait être terrible quand elle le voulait. Maintenant, je veux que vous fassiez le serment de faire la paix et de ne pas attenter à la vie de l'autre. Jamais je n'aurais pensé avoir à vous demander pareille chose. Pour notre race, la fraternité est innée… Vous devez abandonner vos anciennes rancœurs et aller de l'avant pour le bien de vos royaumes.

Celeborn prit le couteau sur le plateau et leur tendit.

- Acceptez-vous ? Jurez le sur votre honneur.

Aucun des deux de fit le moindre geste, Ràvion regardait Celeborn en se demandant jusqu'où ces elfes pouvaient aller pour le salut de leur race. Il était certain de leur haine mutuelle, Thranduil était trop fière pour accepter. Un sinda restait un sinda, ces singes des forêts étaient des créatures têtues. Sous le regard hébété de son rival, il prit la dague, un grand sourire fauve sur les lèvres et se fit une profonde entaille sur le plat de la main. Eden eu un geste de recul, son visage de poupée s'habillant d'une moue de dégoût. Enfin il lui tendit, quelques perles sanglantes s'écrasèrent sur la terre battue. A voir Thranduil si hors de lui, le rendait d'une humeur festive. Quel malheur qu'il n'y est pas de Miruvor ! Mais son rival ne se laissa pas abattre par la haine, il prit lui aussi la dague, se perça la chair et sous le regard de la Dame et du Seigneur Celeborn, ils se serrèrent la main comme autrefois : « Sur mon honneur, j'en fais le serment », jurèrent-ils chacun dans un chœur tranquille.

Pourtant, il n'y avait nulle amitié dans ce geste, juste un autre combat entre les deux ellyn. Voir qui faiblirait … Maintenant, cela serait intéressant, celui qui lèverait son épée le premier serait le perdant. Il allait falloir trouver d'autres façons de se battre. Moqueur, il contempla Eden. Ici était le prix du vainqueur. Leurs mains moites se décollèrent lentement, œil de glace pendu à un œil de feu.

- Nous sommes des frères de cœur et de sang, Ràvion, souffla le cerf, la mâchoire serrée. il prit un linge blanc et s'essuya la main, Je vous remercie dame Galadriel, dit-t-il avec un sourire tout sauf sincère.

La dame parut heureuse, elle tapa dans ses mains.

- Bien, je vais enfin pouvoir vous révéler ma prophétie sur vos deux règnes la conscience tranquille, révéla-t-elle, enchanteresse, sa merveilleuse chevelure d'or cavalant jusqu'à ses reins. Venez, elle désigna l'entrée de la tente où se dégageaient les bribes de réjouissances.

Mais Ràvion n'obéissait pas, ce n'était décidément pas dans son caractère de faire comme tout le monde. La haine l'habitait lui aussi, il avait vu la bague d'onyx au doigt du sinda, et cela faisait monter une marée de rage dans sa mer intérieure. Il avait fait la promesse de ne pas pardonner à l'ellon qui salirait son âme si pure. Il se planta devant Eden. Le plateau toujours dans ses mains fines, elle le toisait de ses pupilles marron. Ses lèvres rondes s'entrouvrirent, un faible soupir s'en échappa. Le regard haineux de Thranduil le brûlait, il enfouit son regard dans le sien, l'amusement venait de disparaître pour de bon, remplacé par un insondable sentiment :

- Comment un cœur aussi froid peut-il être autant aimé ?

Sous les yeux profondément choqué de tous, il écrasa ses lèvres sur celle d'Eden, rentra sa langue conquérante dans sa bouche. La main sanglante sur la joue de l'elleth, laissa une trainée pourpre sur sa peau délicate. Il se décolla, regarda Thranduil avec un air de vainqueur et sortit de la tente en faisant un clin d'œil, laissant sa Carnillë pétrifiée et un roi elfe à deux doigts de dégainer son épée.

La guerre était déclarée.


Pour que vous compreniez la chronologie de la vie du double d'Eden, je mets le début de sa vie, le reste sera dévoilé plus tard. J'ai fait le mieux que j'ai pu pour qu'il n'y ait que des choses que vous connaissez déjà.

1535 : Naimi Rhosselas, une elfe sylvaine trompe son époux un noble sinda de la Vertefeuille avec sa véritable âme sœur, le seigneur Celebrimbor. Elle tombe enceinte. Son époux accepte de reconnaître l'enfant.

1562 : elle a 27 ans, rencontre avec Thranduil.

1564 : amené à Okapi, mort de sa mère, elle a 29 ans.

1 569 : 34 ans, son père la sauve d'Okapi, elle est confiée à sa maison d'origine, mais reste cachée. Oropher conclu un marché avec Celebrimbor contre la création de Cenya avec la pierre de son épouse défunte, Meril la rose de Doriath.

1578 : 45 ans Carnillë est introduite à la cours d'Ost-en-edhil où Celebrimbor en est devenu le seigneur ( Celeborn et Galadriel ont été chassé, elle rencontre Annatar. Elle danse devant la cour et devant Thranduil qui la connait alors sous le nom de Carnillë Celebrimboriel. Elle se confie à Ràvion sur ses peines et la notion de vengeance.

Par rapport à l'échange entre Annatar et Ràvion j'ai trouvé ça cool de mettre pas mal de sous-entendus vu que c'est Sauron qui va tuer Gil-Galad et Elendil après un combat démentiel

Ràvion et Thranduil étaient de grands amis avant, ils sont bien sûr comme chien et chat maintenant. Une belle amitié envolée ! Bouh :(

Les elfes ont le nom du père et celui de la mère. C'est pour ça qu'ici elle s'appelle Carnillë, c'est comme ça que son padre l'a baptisé. Celui de sa mère est bien sûre, Eadun.

Pour le prochain chapitre, il s'appellera : Comment un cœur si froid peut-il être autant aimé ? On retrouvera Thranduil et Eden et leur arrivée à Eryn Galen et on en apprendra plus sur les démons de Thranduil et sa mystérieuse cicatrice. Et le prochain sera la deuxième partie de la rencontre entre Thranduil et Eadun. Il s'appellera : Femme-Ent.

Turcanna : Puissant cadeau. Cheval de Ràvion

A votre avis qui va gagné cette drôle de guerre ? Thranduil ou Ràvion ? :D PS : Eden n'est pas une soumise et elle sera pas un vulgaire pot de fleur entre les deux, je vous le dis.

N'hésitez pas à me laisser une review pour me donner votre avis.

A suivre…