Chapitre 29

C'était vraiment trop calme à l'intérieur de la maison de Salmoneus. Xena, qui toute sa vie avait préféré la solitude, s'ennuyait tout à coup de l'activité dont elle débordait d'habitude. Gabrielle était partie, sans doute racontait-elle des histoires autour du feu de camp Amazone. Et vu l'absence de Palaemon, la Conquérante ne put faire autrement qu'aller se promener parmi ses troupes. Là tout de suite ; il était le seul de ses hommes qui aurait pu se mesurer à elle pour une séance d'entraînement.

Dans l'humeur où elle se trouvait, elle serait très probablement capable de détruire sa propre armée avant la bataille du lendemain. Xena souhaita même la compagnie de Salmoneus. Ce moulin à paroles aurait au moins tenu son esprit occupé. Avait-elle toujours été aussi seule sans le savoir ?

Se tenant debout au-dessus des plans qu'elle avait ébauchés pour l'attaque du convoi, elle se força à faire le vide dans son esprit, et tenta de voir uniquement le parchemin qui était devant elle. Elle imagina mentalement chacun des cailloux qui pouvait se trouver sur la route que les Romains allaitent emprunter. Son pressentiment était insoutenable : qu'est ce que je n'ai pas prévu ?

Après leur rencontre avec Gabrielle, la Conquérante avait envoyé Charis s'assurer que ses troupes étaient correctement déployées. Ils étaient supposés être en position depuis le crépuscule, se dissimulant sous le couvert de la nuit, il devait rester à ce point immobile qu'on les prendrait pour des rochers. Charis viendrait lui faire son rapport plus tard et lui dirait s'il y avait des problèmes. Xena irait rejoindre ses troupes juste avant l'aube. Jusque-là, elle attendrait.

Il y eut un mouvement derrière elle et la Conquérante sut que Cefan était de retour. "Où est Palaemon ?" Demanda-t-elle, en se retournant lentement, se rappelant que son lieutenant s'était vanté qu'elle reviendrait avec la tête de son capitaine.

Cefan rougit profondément. Pas de doutes que la Conquérante remarquerait sa blessure et comprendrait ce qui c'était passé. Elle montra du doigt le bandage avec lequel le guérisseur avait enveloppé sa cuisse qui avait été recousu, ainsi que la tache de sang sombre qui souillait celui-ci. "Majesté, il s'est échappé."

"Alors tu as échoué. Comme tu l'as fais avec Gabrielle ce matin." Le corps de la Conquérante émit une menace non voilée. "Je ne tolère pas l'incompétence parmi mes gardes. Et tu le sais."

L'Égyptienne maintint sa posture, malgré qu'elle ne put s'empêcher de songer que même la cape noire de la Conquérante semblait dangereuse en ce moment. "Majesté, vous avez été trahis, d'abord par Gabrielle, ensuite par Palaemon. Je suis la seule qui sois revenu pour vous servir."

"Comment as-tu été blessé ?"

Cefan se détendit, heureuse que la Conquérante ce souci de son bien-être. "Ce traître, de Palaemon, m'a attaqué, Majesté. J'ai l'ai suivi à la trace jusqu'au temple et ai essayé de l'empêcher de rejoindre la fille. Il m'a frappé quand j'avais le dos tourné, Majesté, et il a essayé de m'estropier."

Xena détailla son soldat, et ravala ses paroles. Cefan était, dans une impasse, à dire vrai. Son combat était réel, ses intentions ne l'étaient pas. Gabrielle n'aurait jamais osé employé cette forme de demi-vérité envers moi, comprit la Conquérante, avant de congédier l'oracle aux cheveux blonds de son esprit. "Et ce matin, décrit moi l'Amazone qui t'a attaqué. Car je ne veux pas la tuer quand nous annihilerons la Nation avant de quitter Éphèse ; je veux te laisser cet honneur."

Cefan sourit, et toute crainte se dissipa. "Merci, Majesté. Elle était grande et féroce. Ses cheveux étaient tressés et aussi sombre, que la terre après une averse. Ses yeux étaient de cette même couleur. Elle détenait une position de commandement, et donnait des ordres à celles qui se trouvaient à ses côtés."

Cette description ne correspond à aucune des guerrières que j'ai pu voir, une telle guerrière serait assurément restée pour garder sa Reine comme les autres l'avaient fait. "J'ai rencontré le commandant de l'armée Amazone. Elle ne ressemble pas à ta description."

Le lieutenant resta calme. Elle savait par expérience que tout mouvement qu'elle pouvait faire serait jugé et condamné. "Majesté, je n'ai pas dit qu'elle était le commandant, mais qu'elle occupait simplement une position de commandement."

"Pourquoi as-tu laissé Gabrielle seule à la bibliothèque ?"

"Majesté, je n'ai pas-"

Un grand pas rapide et la Conquérante empoigna la gorge de Cefan, ses orteils pouvaient à peine toucher le plancher de marbre. Les muscles des bras de la Xena étaient de pierres, sa colère lui donnait plus qu'assez de force pour soulever la guerrière en armure au-dessus du sol. "Ne me ment pas ! J'ai eu mon lot de mensonge. Dis-moi ce qui est arrivé ce matin et je te laisserais peut-être la vie sauve."

Le lieutenant soupesa soigneusement ses options restreintes. Il ne faisait aucun doute que la Conquérante la tuerait à la moindre provocation. Elle ressemblait à un animal prit au piège, chargeant violemment tout un chacun, même ceux qui essayaient de lui venir en aide. "Vous a-t-elle dit ça, Majesté ?" Chuchota-t-elle. "A-t-elle dit que je l'avais laissée seule ? Dans ce cas alors, comment explique-t-elle sa fuite avec les Amazones ?"

Elle est allée au temple pour contempler une statue. Elle s'est jetée sans réfléchir sur une femme blessée. Elle a essayé de sauver une vie. Elle s'est inquiété pour autrui et on l'a amené loin de moi. "Comment l'expliques-tu ?" Demanda Xena.

"Comme je l'ai fait ce matin, Majesté. Elle s'est enfuie de ma garde, est allé au temple et vous a trahi. J'ai essayé de l'arrêter, mais j'ai été attaqué."

"Ma féroce guerrière égyptienne a été vaincue deux fois dans une même journée ? Je devrais te tuer juste pour ça." Tonna Xena en l'écrasant plus solidement contre le mur et en continuant à la maintenir bien haut. "Comment as-tu pu perdre une fille qui boite ?"

"Elle est devenue plus forte, Majesté."

Un autre choc contre la pierre. "Mauvaise réponse. Comment l'as-tu laissée filer quand je t'avais ordonné de la surveiller ?"

"Je vous l'ai dis -"

De sa main libre, la Conquérante gifla son lieutenant lui laissant une marque évidente. "Je trouve tes explications pitoyables. Où étais-tu pendant que tu étais sensé surveiller mon oracle ? Qu'as-tu fais, Cefan ?"

Son lieutenant refusa de répondre.

"Peut-être es-tu celle qui m'a réellement trahi ?"

"Majesté, j'ai tué votre ennemi ! Je ne vous ai pas trahis !" Cefan était maintenant elle-même en colère. Elle avait servi la Conquérante pendant des années, s'était battu à son côté, avait été un soldat fidèle et honorable. L'interrogatoire de la Conquérante était insultante pour la fière guerrière.

La prise sur la gorge de Cefan se resserra. Xena appuya son corps contre son lieutenant qui s'écrasa un peu plus dans le mur, laissant à la femme le loisir de ressentir la colère, la chaleur, le danger qui émanait d'elle. "Qui as-tu tué ?"

L'Égyptienne répondit en grognant, "Cette chienne qui était la reine des Amazones."

Ayant soudainement une bonne idée de ce qui s'était déroulé un peu plus tôt, Xena évalua la chose d'une perspective différente : Le lieutenant voulant être de la partie au temple, avait laissé Gabrielle seule et sans surveillance à la bibliothèque. Gabrielle, étant de nature curieuse, avait voulu aller au temple pour voir de ses yeux ce qui avait attiré son attention. Quand elle s'était vue incapable de trouver son escorte, elle avait décidé d'y aller quand même, prévoyant revenir rapidement. Cefan qui avait guetté le temple, avait vu Xena prendre congé, sachant que la voie était libre elle avait voulu poser un geste héroïque. Seulement l'arrivé de Gabrielle avait gâché ses plans. Cefan avait tout de même assassiné la reine, et la jeune oracle avait tenté de sauver la femme. Gabrielle avait reçu le droit de caste directement de la reine et Cefan avait inventé une histoire pour dissimuler sa désobéissance. Le résultat final restait le même. Gabrielle avait été amenée loin d'elle pour sacrifier l'orgueil de son lieutenant.

"Tu n'as aucune idée de ce que tu as fais." Brusquement, Xena relâcha sa proie, et Cefan tomba sur le plancher. La Conquérante s'agenouilla à côté de la guerrière. "Tu as désobéis à ton dernier ordre, Cefan, tu es par la présente relevé de tes fonctions." Elle attendit que l'autre soupir de soulagement pour avoir la vie sauve et que ses yeux bruns foncés se fixent à nouveau sur elle et ajouta, "Toutes tes fonctions." Avec deux rapides pressions au cou de son lieutenant, la Conquérante coupa le flux sanguin qui alimentait le cerveau de celle-ci.

"Majesté," supplia Cefan, le sang coulait déjà abondamment de son nez.

"Puissent les feux du Tartare consommer ton âme pour l'éternité pour ce que tu as fais." Ne désirant plus être en présence de cette traîtresse un moment de plus, la Conquérante sortit de la pièce pour aller rejoindre ses troupes.

Cefan attendit quelques secondes de plus et ensuite se défit des points de pression, reconnaissante que son ancien mentor lui ait appris comment faire.