Les plantes se révélèrent finalement capables de se débarrasser des fantômes déguisés en zombis. Alors que le dernier était tombé sous la pluie de petits pois qui s'abattait sur le jardin, une voix aiguë et narquoise retentit aux oreilles de Luigi et Skelerex.

- Écoute-moi bien Luigi ! Je suis Boologne, le maître de ce manoir. Tu t'es bien débattu, je dois le reconnaître. Mais tu es à présent échec et mat ! Même si tu réussissais à arriver jusqu'à moi et à me battre, il n'y a plus rien que tu puisses faire ! Aussi je vais te faire l'honneur d'abréger ta vie pour que tu n'aies pas à accepter ta défaite !

Les plantes étranges qu'ils avaient fait pousser se tournèrent vers eux. Luigi eut juste le temps de se jeter derrière une pierre tombale pour se protéger d'une rafale de petits pois.

Skelerex, en revanche, fut touché de plein fouet et ses os furent éparpillés aux quatre coins du jardin. Luigi vit sa tête décrire une parabole et heurter un mur... Juste en dessous d'une torche...

Il devait le faire. Il respira un grand coup et courut hors de sa cachette vers la torche. Dès qu'il fut assez près, il se cacha derrière une sorte de cabane de jardinier, et aspira un fantôme élémentaire de Feu qui venait de sortir du brasier. Il se retourna ensuite vers les plantes, et lança la plus grande flamme que l'Ectoblast pouvait fournir.

Quand le feu s'éteignit, seules des cendres témoignaient de l'ancienne présence des plantes ensorcelées. Luigi se tourna vers la tête de Skelerex.

- Ça va ? Tu te sens bien ? questionna-t-il.

- Je me sens un peu éparpillé, mais bon ça aurait pu être pire...

Ils passèrent un certain temps à reconstituer le koopa squelette. Ce dernier trouva par hasard une clef alors qu'il cherchait sa clavicule droite. Luigi ne tarda pas à comprendre qu'elle ouvrait la porte de la petite cabane derrière laquelle il s'était réfugié.

- Mais je ne crois pas que ce Boologne soit là-dedans, fit remarquer Skelerex en remettant sa clavicule en place.

- Moi non plus, mais ils n'ont pas mis cette cabane ici par hasard.

Il ouvrit la porte et ne put s'empêcher d'avoir une exclamation de surprise en trouvant un pingouin bleu ciel aux plumes pleines de poussière et un goomba à l'air fatigué.

Luigi résuma rapidement aux prisonniers ce qu'il faisait ici, de même que Skelerex.

- Alors ce feu d'artifice dehors, c'était vous ? s'étonna le goomba.

- Oh, vous savez, ce n'était pas grand chose, fit Luigi d'un ton faussement modeste, mais c'est vrai que ce n'est pas à la portée du prem...

- Vous ne vous êtes toujours pas présentés, interrompit le koopa squelette.

Le plombier lui lança un regard noir. Pourquoi l'empêcher de se vanter pour une fois que quelqu'un le félicitait ?

- Moi, c'est Albert, commença le pingouin. J'étais connu pour être le plus courageux de Frissonville, mais j'ai payé cher le pari idiot de rentrer dans une maison hantée...

- Je m'appelle Goombar, continua le goomba. J'étais venu pour recueillir des informations sur le manoir apparu à Frissonville pour mon patron, un certain Doulos... Mais je me suis fait attaquer par les fantômes et enfermé avec Albert.

En effet, le maire et Herringway avaient bien parlé de trois autres personnes disparues dans la maison hantée apparue à Frissonville... La première était K. Tastroff, qui avait dû être transféré autre part, et les autres étaient ces deux là, enfermés dans ce manoir.

- Bon, il va falloir qu'on se sépare, reprit Skelerex en s'adressant à Luigi. Je vais aller escorter ces deux personnes à l'extérieur du manoir, et toi tu dois vaincre Boologne.

- Mais...

- Pas de « mais », débrouille-toi tout seul face à ce dingue !

Il partit en compagnie de Goombar et de Albert par la porte d'où Luigi était venu. Le chasseur de fantômes soupira et regarda la porte en face de celle-là, celle qui le mènerait à Boologne.
Elle n'était pas verrouillée...

Après un long escalier, il trouva un boo qui regardait par une fenêtre en souriant.

- Je m'en rends compte maintenant, murmura le fantôme. Tu es comme les Boolangers : inarrêtable. Mais, comme nous, tu as aussi tes limites... Il suffit de voir qui atteindra ses limites en premier...

- Il y a encore beaucoup de lieux hantés ici ? interrogea le plombier.

- Dans la vallée de Frissonville ? Non. Tu es ici dans le plus grand manoir, le principal. Tous les autres bastions que tu as nettoyé n'étaient que des endroits où cacher les morceaux de la clef qui verrouillait celui-là.

- A... alors ce n'est pas trop réussi, on dirait, remarqua Luigi pour masquer sa peur.

- Au contraire ! Notre but était de gagner de temps. Et cela a magnifiquement réussi. Ça fait combien de jours que tu es là ? Quatre, n'est-ce pas ? Tu te rends compte du temps que nous avons gagné ? Allez, il est temps que je te montre de quel bois (de Boulogne) je me chauffe !

D'entrée de jeu, Boologne fit un geste et plusieurs objets dans la salle foncèrent sur le plombier...

Yoshi et Éritoile ne s'attendaient pas à voir sortir des inconnus du manoir et étaient plus que méfiants. Mais après les présentations, il s se montrèrent un peu plus aimables. Yoshi raconta en détail l'histoire aux trois nouveaux.

- C'est effrayant, commenta le pingouin. Et vous n'avez plus de nouvelles de vos autres compagnons ?

Yoshi hocha la tête en signe de dénégation.

- Mais ce n'est pas trop pour ça qu'on est inquiet, avoua-t-il. En fait, nous avons peur du plan des Boolangers. D'autant que nous ne le connaissons même pas !

- Du moment qu'ils n'utilisent pas leurs machines bizarres, reprit Éritoile, je ne vais pas me plaindre.

- Une machine bizarre ? Tu peux la décrire ? intervint Goombar.

Éritoile lui décrivit du mieux qu'il pouvait la machine en forme de bol renversé qu'ils avaient vue au manoir de la Vallée Étoile.

- Mais oui ! s'exclama le goomba, on avait bien vu un truc qui ressemblait à ça juste dans ce manoir, avant d'être enfermés dans la cabane !

- Mais... Mais Booclier nous avait dit que cette machine servait à transformer les gens en zombis ! balbutia Éritoile.

- Peut-être que ça arrange les Boolangers que les gens soient zombifiés ! proposa Albert.

- Hé, je me souviens de ce qu'a dit Boologne avant de nous attaquer avec les plantes, dit Skelerex. Il disait... Que Luigi était déjà « échec et mat »... Qu'est-ce que ça veut dire ?

- Nous savons qu'ils construisent des manoirs partout dans le monde, récapitula Yoshi. Et si tous les manoirs possédaient un système pour zombifier les gens aux alentours... Leur plan serait de transformer tout les habitants du royaume en zombis !

- Alors il faudrait un temps incroyable pour contrer ça ! comprit le pingouin. Il faudrait aller dans tous les recoins du Royaume Champignon pour nettoyer les lieux hantés des Boolangers uns par uns !

- C'était précisément ce que disait Boolossus ! fit remarquer Yoshi. Il nous avait dit que le temps manquerait peut-être.

Le silence se fit. Tout le monde comprenait ce que cela signifiait : les Boolangers avaient un plan qu'ils mettraient en scène peut-être dans quelques jours ! Et il serait impossible de les stopper en si peu de temps... Ils étaient bien « échec et mat »...

- Il reste un moyen, intervint Goombar. Si on en parle à la princesse Peach, elle pourrait peut-être envoyer une armée qui...

- Il y a déjà trois amis à nous qui sont partis lui parler, expliqua Yoshi (il ignorait qu'Alex, Pétulant et Bombart n'étaient pas arrivés à bon port). À l'heure qu'il est, elle doit déjà avoir tout fait pour régler la situation... En plus, le Royaume Champignon n'a pas d'armée, ajouta-t-il en haussant les épaules.

- On pourrait trouver le chef des Boolangers et le battre ! Ça résoudrait les problèmes, proposa Skelerex.

- Mais impossible de savoir où se cache leur chef en ce moment, répliqua le dinosaure. On ne sait même pas qui est leur chef...

Un genou à terre, Luigi essayait de se concentrer. Il avait infligé une belle correction à Boologne, mais c'était réciproque.
Son ennemi lança sur lui une multitude d'objets, qu'il parvint difficilement à éviter avec une roulade. Il aspira un vase tombé à terre et le lança le plus fort possible, mais le boo esquiva également.

-Héhéhé ! Encore manqué Luigi, encore manqu...

Le plombier avait profité de la bouche ouverte du boo pour aspirer sa langue, il tira le plus fort possible, puis relâcha l'aspiration : le fantôme rebondit comme une fusée à travers la pièce, puis roula à ses pieds, assommé.

Une fois qu'il l'eut aspiré, il sortit du manoir et trouva Albert le pingouin, Goombar, Éritoile, Skelerex et Yoshi qui discutaient. Ils lui résumèrent la situation, qui semblait bel et bien désespérée...

Personne ne savait plus trop quoi faire. Albert proposa de retourner à Frissonville : lui et Goombar pourraient témoigner en faveur de Luigi pour que celui-ci soit disculpé.

Un peu plus tard, pendant que les deux témoins étaient interrogés par Herringway, Luigi marchait dans la rue principale de Frissonville aux côtés de Yoshi.

- On a été idiots, murmura-t-il. Ils voulaient tout faire pour gagner du temps, et nous avons sauté dans leur piège à pieds joints...

- Si seulement nous savions où est leur chef, répéta Yoshi pour la énième fois...

Comme pour répondre à sa détresse, ils virent arriver un toad à pois mauves qui grelottait au milieu de la rue. Son visage bleui par le froid s'éclaira quand il vit les deux compagnons.

Ils se dépêchèrent de rentrer dans un café pour que le toad puisse tout leur expliquer au chaud :

- Bon, voilà, j'étais aux côtés de la princesse Peach et de Mario lorsque Bowser nous a attaqués !

- Mouais, remarqua Yoshi, t'avais pas besoin de faire un si long trajet pour nous dire ça, c'était prévisible...

- D'autant que c'est justement pour ce genre de situation qu'on a laissé Mario au château, se rappela Luigi.

- Oui, mais il y a pire ! sanglota le toad. Il... il... Il y a eu des fantômes qui nous ont attaqués avec les mêmes navires que Bowser, et on a essayé de fuir avec Peach, mais on s'est fait coincés, et j'ai été le seul à pouvoir m'échapper, et Mario est resté combattre un fantôme, et... et... et je sais pas quoi faire ! AU SECOURS !

Ils tentèrent de consoler le toad qui était tombé en larmes sur la table. Luigi s'inquiétait énormément : la dernière fois que son frère avait affronté des fantômes, il s'était fait changer en tableau.

- S'il te plaît, dis moi, qui étaient ces fantômes, ils te l'ont dit ?!

- Il... il y avait un boo... C'est lui qui a combattu Mario... Il s'appelait Booling, il a dit qu'il était le chef des « Boolangers » ou un truc comme ça !

Frappés d'horreur, Luigi et Yoshi se regardèrent... Les Boolangers avaient pris d'assaut le château Champignon... C'était horrible mais cela laissait un espoir : si le chef des Boolangers se trouvait là-bas, ils pouvaient encore tout arrêter à temps...