Je sais que j'aurais dû ajouter ce chapitre il y a quelques jours déjà, mais toute une série d'événements se sont ligués pour m'en empêcher. Cependant, envers et contre tout j'ai réussi à publier ce magnifique chapitre... En espérant que l'attente en aura valu la peine!

Ich möchte auch hierbei die Autorin dieser merkwürdigen, wundervollen Geschichte loben; sowie ihr für alle die Mühe, die sich für uns gibt, aus meinem ganzen Herz danken !!

29. Mors Amoris

Granger enfouit son visage dans ses mains pour y étouffer les sanglots qui sortaient à nouveau de sa gorge. Il semblait à Severus qu'il était figé. Durant un moment il ne put rien faire d'autre que de fixer la fille qui reculait pour chercher du soutien à l'étagère d'ingrédients. Mors amoris, avait-elle dit. La mort de l'amour.

L'explosion de ses sentiments ne le laissait pas aussi froid qu'il l'aurait souhaité. Ce mot dans sa bouche. Mors amoris, il rendait ses mains rigides et son cœur lourd. Qu'est-ce qui lui arrivait ? Ce devait être quelque chose d'horrible, qui ne pouvait être dû qu'à une semaine de mélancolie contenue.

Elle avait bien entendu fait suffisamment de recherches pour savoir que cette potion avait plus d'un effet secondaire. Cette potion était la dernière porte de secours, celle des désespérés.

Qui mieux que lui le savait.

Soudain, quand il entendit cliqueter les bocaux de son étagère d'ingrédients, il lui sembla sortir de son immobilité. Il marcha rapidement vers elle et la saisit par le bras. Il l'a rassit sur sa chaise.

Garde ton calme, Severus !

Elle se ramassa sur elle-même à peine fut-elle assise pour s'enfoncer encore un peu plus dans ses mains. Ses épaules tremblaient de l'agitation qui s'était emparée d'elle

Un court instant son regard demeura accroché à sa silhouette ramassée sur elle-même, avant qu'il n'aille vers son étagère d'ingrédients. Il savait qu'il avait encore quelques bouteilles de potion Sedatio. Il avait lui-même besoin de cette potion de temps à autre. Pour chasser la culpabilité et le sentiment froid et rigide sur sa peau qui l'assaillaient toujours après et parfois avant les rencontres de Mangemorts.

Avec la fiole dans sa main rigide il revint à la jeune femme en larmes.

« Miss Granger ! »

Il semblait qu'elle ne réagissait pas. Etait-elle à nouveau en transe ? ou son désespoir l'handicapait-il tellement qu'elle ne pouvait même plus entendre sa voix tranchante ?

Elle avait raison. La patience ne comptait pas parmi ses vertus. D'un geste brusque il la souleva par l'épaule. Elle le regarda d'un air hagard, mais dès l'instant suivant il ôtait le bouchon de la fiole dans la main.

« Ouvrez la bouche ! » commanda-t-il.

Elle le fit et elle accueillit la potion avec reconnaissance. Severus voulait déjà s'emparer de sa main pour y presser la fiole mais il s'arrêta net. Que faisait-il ?

D'un geste précipité il posa la fiole à côté de Granger sur la table et la gratifia d'un regard sombre qui devait lui signifier où était sa place. Pas dans ses bras.

Son cœur. Il battait encore la chamade après le contact avec son corps. Il était furieux, mais ce n'était pas seulement cela. Un état de choc étrange s'était abattu sur lui, qui n'avait rien à voir avec l'état de choc précédent. Ce choc avait son corps entre ses griffes. C'était un affolement qui l'aurait rendu faible s'il n'était pas l'homme qu'il était. Un affolement nourri par des années à tout endurer.

Mais il pouvait se maîtriser. Ce n'était pas un hasard s'il vivait encore.

Il fit le tour de sa table de travail et s'assit.

Granger semblait se calmer peu à peu sous l'effet de la potion. Avec les bras croisés et un regard impénétrable il attendit que la Gryffondor aux boucles brunes respire à nouveau de façon quelque peu apaisée et ose lever le regard.

Le battement de son cœur s'était aussi apaisé.

« Revenez à la raison » l'encouragea-t-il.

Les boucles de Granger tombèrent en cascade sur ses genoux quand elle baissa néanmoins le visage. Elle chercha profondément de l'air et tout à coup sa voix faible résonna sous la forêt de boucles.

« Mors amoris, Professeur » murmura-t-elle.

« Cette potion –est un mélange très puissant. A mon avis il devrait être à l'index ! »

« Non ! » résonna d'un ton torturé, traversé de larmes. « vous ne comprenez pas. J-je vous aime. Je vous aime. Pourquoi devrais-je le nier ? Je me torture depuis des semaines, des mois. Je ne sais pas comment continuer. Je sais que vous me détestez, m-mais accordez moi cette faveur et d-donner moi cette potion. »

« Je-« Severus dut profondément déglutir quand il entendit ses paroles qui coulaient pleines de honte derrière le rideau de cheveux. Elles faisaient perdre la bataille à ses propres paroles dans sa gorge.

Il ne la détestait pas. Il le sentait. Il ne la détestait pas.

« Ce n'est pas vrai ! pourquoi est-ce que vous ne pouvez pas vous comporter comme toute fille de seize ans normale- »

Ses mains vinrent se poser sur sa table avec un bruit sourd. Il serra les dents et s'adossa.

Pourquoi est-ce qu'il ne la renvoyait pas tout simplement ? Ce fardeau tremblant éclaté de larmes ? cette oie gryffondorienne pénible ? La meilleure amie de Potter.

Bonne chance, Professeur.

« cette potion n'est pas quelque chose que l'on doit prendre à la légère, Granger. Oui, elle exterminera l'amour que vous ressentez. Mais elle vous rendra somnolente. Lunatique. Des difficultés de concentration vont également apparaître. »

« ça je le s-sais, Monsieur. Je sais tout ça. J'ai fait des recherches durant plus d'un mois. Et si cela m'était possible, je réaliserais moi-même cette potion. M-mais je n'arrive pas à obtenir tous le ingrédients. »

« Cela dure deux cycles lunaires de la réaliser. »

« Je sais, Monsieur. »

« Est-ce que cela en vaut la peine pour vous ? De monter ainsi aux barricades car vous n'avez obtenu qu'un Effort Exceptionnel ? » demanda Severus avec un sous-entendu perceptible. « Voulez-vous payer ce prix pour un stupide égarement sentimental ? »

« C-ce n'est pas un égarement, Monsieur ! » fut protesté derrière le rideau de cheveux. « Je ne ferme plus les yeux depuis des mois. Je ne peux plus rien manger ! Je ne peux pas dormir quand je pense que vous êtes en danger-«

« Taisez-vous ! Pourquoi dites-vous cela ! » s'adressa-t-il à elle. Pourquoi faites-vous cela ? Alors que le battement de son cœur venait à peine de s'apaiser.

« Car cela m'est de toute façon égal, Monsieur. Vous avez vu en moi il y a déjà des semaines de cela et je n'ai plus la force de faire comme si je n'avais pas ces sentiments. Je vous aime. Que vous le vouliez ou non. Que JE le veuille ou non. Je ne peux rien faire contre cela ! »

Les mains de Severus s'entremêlèrent tandis qu'il essayait de la regarder sévèrement. Mais elle ne voyait de toute façon rien, derrière son mur de cheveux. Elle avait le courage de lui avouer son amour, mais pas le courage de le regarder dans les yeux.

Au moins elle lui épargnait le fardeau de son regard.

Des images apparurent. Des yeux verts. Plus de courage. Plus d'espoir.

« Sen-sentiments d'affection, Monsieur. Le deuxième plus grand ennemi de l'Occlumencie ! »résonna sa voix.

« Alors. Vous pensez que cette potion vous aidera sur ce point. Vous voulez ainsi dire que je suis responsable de vos performances misérables en Occlumencie ? » coula de sa bouche.

« Non, monsieur. Vous ne pouvez rien faire, que je-» Ses paroles, qui avaient pris une intonation presque douce, sombrèrent à au même instant. Elle voyait très bien qu'elle marchait sur de la glace brisante.

Severus remarqua que le sang se retirait de ses mains. Soudain la fraîcheur des cachots ne lui fut que trop présente. Il la sentait ramper sur sa peau.

Son cœur, pourquoi n'arrêtait-il pas de tambouriner ? Il avait regarder des milliers de fois dans la face du Seigneur des Ténèbres. Des centaines de fois, sans tressaillir, sans laisser un minuscule éclat de haine transparaître dans son regard. Et maintenant-

« Dans des circonstances normales, Miss Granger » fit-il sortir de lui. « je vous aurais déjà chassée de mon bureau ! »

« Monsieur, je-«

« Soyez silencieuse Granger ! » l'apostropha-t-il. Le réconfort l'envahit. La magnifique certitude que ces paroles créaient de la distance.

Severus s'arrêta un bref instant, avant de continuer à parler. « Mais ici ce ne sont pas des circonstances normales. Vous avez besoin de ce cours. J'ai vu il y a encore quelques instants comment vous êtes tombée à genoux avec un regard halluciné – pour ne rien dire de l'endormissement de vos facultés intellectuelles, durant lequel vous êtes tombée vers moi ! » Son ton reçut un quelque chose de reproche.

« Je remplirai mon devoir jusqu'au bout, Miss Granger. »

« Car les devoirs sont quelque chose de magnifique. Et personne ne devrait vous en empêcher, Monsieur ». Granger leva la tête et le regarda. Ses yeux rougis par les larmes semblaient presque sourire.

Severus l'observa un instant, saisi, dans l'espoir de mettre suffisamment de sévérité dans son regrd.

« Le prochain cycle lunaire débute dans peu de jours, Granger. A partir de ce moment vous avez à vous trouver dans mon bureau chaque soir, car vous devez durant soixante jours- prononcer mon nom, avez-vous compris ? »

« Oui, Monsieur. Je vous remercie ! »

« Ne me remerciez pas trop tôt, Granger ! »

Granger se leva sans y avoir été invitée. Il semblait presque à Severus qu'elle allait s'effondrer. Pourtant il resta fermement assis sur sa chaise. Il ne devait pas devenir faible. Les bras croisés il l'observa. Les mains moites elle s'empara du livre.

« La potion Sedatio, Granger ! » Il lui rappela de ne pas oublier la fiole. « Deux gouttes matin et soir. Deux gouttes et rien de plus ! »

« M-merci, Monsieur. Pour tout ! »

« Epargnez vous vos remerciements. Laissez moi plutôt tranquille. »

Soudain, alors qu'elle était encore en train de marcher vers la porte, elle secoua la tête. S'attardant à la porte elle le regarda. « Vous pouvez tout m'interdire, Monsieur. Mais pas que je vous exprime mes remerciements ! »

« Dehors. »grogna Severus.

Sur le visage recouvert de larmes de Granger se glissa un sourire, avant qu'elle ne quitte son bureau.

Severus ne put bouger durant un moment après qu'elle soit partie. Le froid était encore cloué à ses doigts. Son regard glissa vers la cheminée froide. Il se leva et sortit sa baguette magique.

« Incendio ! »

Encore alors que les bûches poussiéreuses partaient en flammes et remplissaient la pièce d'une agréable chaleur pour la première fois depuis des mois, il se demanda pourquoi Granger avait sourit. Avait-il dit davantage que ce qu'il avait voulu ?