CHAPITRE VINGT-NEUF: SCIENCE SUBTILE ET ASSERVISSEMENT UTILE
Cela faisait des heures que Severus était penché sur le cas de Diggory sans avoir trouvé le moindre indice sur ce qu'il pouvait bien avoir. Et des sorciers et sorcières qui avaient les même symptômes et qui étaient eux aussi tombés dans le coma, les membres de l'Ordre ou les simples citoyens en avaient amenés des dizaines au QG. Ils étaient tous installés dans une même salle, immense, avec des lits alignés de chaque côté, comme dans l'infirmerie de Poudlard. Au moins, Severus n'était pas dépaysé. Cédric Diggory était le dernier à avoir été touché par le sortilège, c'est donc lui que Severus étudiait, dans un coin de la salle. Car les autres étaient dans un coma bien trop profond, et ne réagissaient plus à ses incantations. Le cerveau de Diggory, lui, semblait encore avoir une activité, et l'état dans lequel se trouvaient les autres victimes de Bellatrix et des autres Mangemorts qui savaient jeter ce sortilège également ne faisait que réconforter Severus dans son idée qu'il devait faire vite pour trouver ce que le garçon avait, avant qu'il ne sombre totalement dans l'inconscient lui aussi. Severus avait installé son bureau, ses étagères avec ses ingrédients et ses ustensiles dans un coin, juste à côté du lit où le jeune homme avait été installé, et il étudiait.
Il passait de longues minutes, voire même des heures à étudier l'esprit du garçon, agitant doucement sa baguette au dessus de sa tête, les yeux fermés, récitant des incantations plus compliquées les unes que les autres. Ce n'était probablement pas de la magie blanche qu'il utilisait, et c'était assurément une magie très ancienne. Il était convaincu que Bellatrix Lestrange avait utilisé une magie noire et d'un autre temps pour infliger ce coma à ses victimes, alors ce serait donc, d'après Severus, la magie ancienne et noire qui lui permettrait de les guérir. S'il y parvenait…
Et quand il n'étudiait pas l'esprit de Diggory, il était devant son plan de travail, mélangeant des ingrédients aux noms imprononçables pour un non initié, prenant des notes sur la moindre chose qu'il faisait. S'il y avait bien quelque chose de compliquer dans le monde des sorciers, c'était créer un sortilège. La majorité des sorciers et des sorciers se contentaient, au cours de leur vie, d'apprendre ce qui avait déjà été créé par d'autres. Mais lui, Severus Rogue, s'était toujours senti supérieur à tous ces sorciers. Car lui, depuis son plus jeune âge, depuis qu'il était entré à Poudlard, lui, avait eu envie d'aller encore plus loin, de réussir ce que personne n'avait encore jamais fait avant lui. Et la meilleure façon d'y arriver, c'était de créer. De créer ses propres incantations. Ca avait l'air simple dit comme cela, mais en réalité c'était d'une complexité extrême. Lui avait commencé par de petits sortilèges simples, puis juste avant de se plonger dans la magie noire, il avait créé le Sectumsempra. Cela lui avait demandé des mois de travail acharné, et il n'osait pas imaginer combien de temps Bellatrix Lestrange avait passé sur l'élaboration de son sortilège.
Oui, créer son propre sortilège demandait énormément de dextérité, de connaissances magiques et de puissance. Mais même si pour certains sorciers, la création d'un sortilège avait été l'oeuvre de toute une vie, comme pour celui ayant créé le sortilège du Patronus, ou bien ceux ayant créer les trois sortilèges impardonnables, il y avait quelque chose de plus complexe que la création de sortilège. Et c'était l'élaboration d'une Potion. L'art subtile de la préparation des Potions comme il l'aimait l'appeler, demandait les mêmes aptitudes, les mêmes compétences que pour la création d'un sortilège, mais à un degré plus important. Non seulement il fallait une grande connaissance de la magie, mais il fallait également une grande connaissance des ingrédients existant à travers le monde. Pour créer un sortilège, il "suffisait" de trouver la bonne incantation, et le bon mouvement de baguette. Pour une Potion, il fallait connaître toutes les propriétés des ingrédients, savoir lesquels ajouter, à quel moment, dans quelle quantité, dans quel ordre, sous quelles conditions. Il y avait tellement de choses à prendre en compte, tellement de paramètres que cela demandait énormément de temps. C'était très difficile mais malgré tout, Severus était convaincu que pour guérir Diggory et les autres, un contre-sort ne suffisait pas. Il fallait combattre le mal à la source, en profondeur, et pour cela une Potion était nécessaire. Il allait donc devoir mettre tous ses talents de Maître des Potions en oeuvre pour réussir ce nouveau défi, et surtout pour le réussir à temps.
Severus, particulièrement concentré ce soir là, ne releva pas la tête en attendant les bruits de pas précipités dans le couloir. Il ne releva pas non plus la tête de son plan de travail quand quelqu'un cria son nom au loin. Ce n'est que quand la porte de cette infirmerie improvisée s'ouvrit à la volée qu'il daigna enfin laisser de côté ce qu'il était en train de faire.
-Professeur Rogue! Pro...Professeur Rogue, lança très essoufflé un jeune homme d'à peine 17 ans, les cheveux en bataille, le visage couvert de boutons.
-Qu'est ce qu'il y a? répondit Severus les dents serrées, très excédé. J'espère que vous avez une bonne excuse pour venir me déranger comme cela.
-L'Ordre est revenu de mission. C'est...c'est... continua le jeune homme en tentant de reprendre son souffle.
-C'est...c'est quoi?! s'exclama Severus. Et de quelle équipe de l'Ordre vous parlez au juste?
-De l'équipe de Mr. Lupin et Mr. Weasley. On m'a demandé de vous prévenir.
-Et de quoi?
-C'est...C'est le Professeur Dumbledore, arriva finalement à articuler le jeune homme.
Il n'eut pas besoin d'ajouter quoi que ce soit d'autre. Severus avait lâché son scalpel, la mâchoire serrée, le teint livide. Il agrippa sa veste et ordonna au garçon de lui indiquer où se trouvait les membres de l'Ordre revenus de mission et surtout où ils avaient décidé d'installer Albus.
oOo
Au même moment, à quelques kilomètres de là, c'est un petit bruit sec et répétitif qui sorti Harry de sa léthargie. Il avait perdu connaissance juste après avoir transplané, mais maintenant qu'il revenait à lui, ses derniers souvenirs lui revenaient en mémoire: cette forte poigne de quelqu'un l'agrippant par derrière, cette odeur nauséabonde qui lui souleva le coeur, et surtout, l'inquiétude dans les yeux de Dumbledore, du sang s'écoulant de son nez après avoir été touché par la sortilège qui était destiné à Harry.
C'est à ce moment là qu'Harry ouvrit les yeux brusquement. Dumbledore était touché! Dumbledore avait été blessé par sa faute et dans quelques jours, il sombrerait dans le coma. Comme Diggory. Comme tous les autres! Non c'était impossible. Pas Dumbledore...Comment allaient-ils tous faire? Pourquoi le directeur s'était-il sacrifié pour lui? Pensait-il vraiment que cette réalité était vouée à disparaître de toute façon? Et que Harry était la seule personne qui importait vraiment? Comment pouvait-il en être sûr? Comment pouvait-il ne pas avoir de doute?
Harry avait toujours autant d'interrogation, et toujours aucune réponse. Leur tentative de prendre contact avec Archimède avait lamentablement échoué, Dumbledore était blessé, Edgar était mort et Harry...et bien Harry, il était seul, dans une espèce de cellule qui devait se trouver dans le sous sol d'une grande bâtisse. L'endroit était très humide, c'est d'ailleurs le bruit de gouttes d'eau s'écrasant sur la pierre froide qui l'avait réveillé quelques minutes auparavant. Il n'y avait aucune fenêtre, la seule source de lumière provenait d'une torche installée un peu plus loin. La seule ouverture de la petite pièce, qui faisait moins de 10 mètres carrées, était une grande grille qui servait de porte. Harry s'en approcha tout de suite, en essayant de jeter un coup d'oeil dans le couloir mais il ne voyait rien, à part une multitudes de grilles identiques à la sienne, qui devaient donner sur des cellules où d'autres prisonniers étaient enfermés.
Il trouva étrange qu'on l'ait enfermé ici au lieu de l'amener directement à Voldemort. Mais il ne ne se plaignait pas. Il n'était pas sûr qu'il sera capable de survivre à un autre face à face avec le mage noir. D'ailleurs...non effectivement, il n'avait plus sa baguette magique. Il fouilla dans ses poches et à sa grande surprise, il y trouva sa cape d'invisibilité. Les Mangemorts n'avaient même pas eu la présence d'esprit de le fouiller. Il remit sa cape dans sa poche, en s'assurant que personne ne l'avait vu. Il était rassuré. Si sa cape tenait encore dans sa poche, c'est que le sortilège de Dumbledore fonctionnait toujours. Le directeur était donc en sécurité. Il avait certainement dû se débarrasser des Mangemorts avant de rejoindre le QG de l'Ordre. Est ce qu'ils allaient organiser une mission de sauvetage pour venir le récupérer? Rien n'était moins sûr. Est ce qu'ils savaient seulement où Harry se trouvait? Est ce qu'ils avaient envie de risquer leur vie pour le sauver? Il en doutait. Il valait mieux qu'il ne compte que sur lui même, en réfléchissant au moyen de sortir d'ici. Ce qu'il allait faire ensuite il ne le savait pas. Edgar était mort, alors que c'était la seule personne à avoir rencontré Archimède. Mais il ne préférait pas s'en préoccuper pour l'instant.
Il regarda tout autour de lui, pour voir s'il trouvait quelque chose qui pourrait lui servir d'arme quand il entendit un bruit dans le couloir. Il se colla à une paroi en regardant à travers les barreaux de la grille pour voir qui approchait.
-Qui est là? lança-t-il, la voix légèrement tremblante, ce qui l'énerva fortement.
Personne ne répondit, mais il entendit tout de même des bruits de pas, très légers, de plus en plus audibles. Après quelques secondes qui parurent une éternité à Harry, la personne apparut devant lui, de l'autre côté de la porte. La personne...ou du moins la créature, car il ne s'agissait pas d'un Mangemorts, mais d'un elfe de maison, qui lui était familier.
-Hey! Mais tu es...tu es l'elfe qui travaille à Gringotts! Celui qui m'a apporté mon paquet la dernière fois.
L'elfe parut surpris qu'Harry se souvienne de lui et il commença à gigoter bizarrement. Il tenait dans ses mains un plateau avec de la nourriture, qu'il faillit laisser tomber. Dans un léger "pop" il disparut, avant de réapparaître dans la cellule de Harry. Il lui tendit le plateau, que Harry pris avec un regard interrogateur.
-C'est pour moi? Tu es sûr?
L'elfe ne répondit rien, mais il hocha la tête.
-Comment ça se fait que tu sois là? On est à Gringotts?
L'elfe commença à tortiller ses doigts et en gesticulant de plus belle, il avait clairement l'air mal à l'aise.
-D'accord d'accord je comprends, tu ne peux rien dire. Merci pour la nourriture en tout cas.
Il s'était demandé dans un premier temps pourquoi les Mangemorts avaient accepté de le nourrir mais quand il y réfléchissait cela avait beaucoup de sens. Tôt ou tard, Voldemort allait venir ici pour en apprendre plus sur lui et lui poser pleins de questions. Si Harry était trop affaiblit, il n'allait pas tenir longtemps lors d'une phase de torture. L'idée de se faire torturer par Voldemort lui même lui glaça le sang et tout son corps fut parcouru d'un frisson. Il essaya de ne pas y prêter attention et s'assit près de la grille, en face de l'elfe, pour commencer à manger.
-Ca fait longtemps que tu travailles à Gringotts?
Aucune réponse.
-Est ce que tu connais un elfe qui s'appelle Dobby?
Cette fois il eut une réponse, mais pas celle qu'il attendait. Elle ne provenait d'ailleurs pas de l'elfe, mais d'une voix grave qui s'élevait de la cellule en face de celle de Harry. Ce dernier regarda dans cette direction, et remarqua la présence d'un homme très âgé qu'il avait déjà vu.
-Te fatigue pas petit, cet elfe ne te dira rien.
-Monsieur Ollivander! Qu'est ce que vous faites ici?
-La même chose que toi je suppose. J'attends mon heure.
-Ca fait longtemps que vous êtes enfermé ici?
-Je n'en sais rien. Des jours, des semaines.
-Ca ne peut pas faire plus d'une semaine! Nous sommes le 25 juin. Enfin je crois...Si je ne suis pas resté inconscient trop longtemps.
-Comment sait tu qu'il y a une semaine je n'étais pas là? Nous ne nous sommes jamais vu que je sache. Je n'oublies jamais le visage de quelqu'un que j'ai déjà rencontré.
Harry déglutit difficilement. Impossible de dire à Ollivander, qu'une semaine auparavant, il entrait par effraction dans sa boutique pour récupérer une baguette, et que suite à cela, l'endroit avait été saccagé.
-J'ai entendu parler de l'attaque qu'il y a eu sur le Chemin de Traverse il y a une semaine. Je sais que vous étiez sur les lieux, et que c'est après cela que vous avez disparu.
-Effectivement, lança Ollivander toujours un peu suspicieux. J'ai été enlevé après ce duel étrange entre le Mage Noir et ce garçon sortit de nulle part qui l'a provoqué. Ce...ce Harry Potter dont tout le monde parle.
Harry faillit s'étouffer avec sa cuillère en entendant Ollivander parler de lui comme cela. Il jeta un rapide coup d'oeil en direction de l'elfe, qui pour une raison inconnue était encore là, et celui-ci lui rendit son regard. Harry eut un doute l'espace d'un instant mais finalement non, l'elfe n'ouvrit pas la bouche, et ne dévoila pas au sorcier son identité.
-Comment vous savez que ces deux événements sont liés? demanda alors Harry, qui commençait à se sentir coupable.
-A cause de sa baguette! Elle a eu une réaction que personne n'avait encore vu, elle a protégé le garçon face au Mage Noir! Il était tellement furieux qu'il a ordonné à ses sbires idiots de m'enlever et depuis ils ne cessent de me torturer pour en apprendre plus. Mais je ne sais pas quoi leur dire! J'ai beau leur expliquer que je n'ai pas d'informations, que je n'ai jamais vu ou entendu parler de ce phénomène, ils refusent de me croire! Et je crois qu'ils commencent à perdre patience…Et puis il y a cette histoire rocambolesque, comme quoi ce garçon viendrait d'une autre réalité, où il a réussi à survivre à un sortilège d'Avada Kedavra lancé par le Mage Noir lui même!
-Et si c'était vrai? S'il venait vraiment d'une autre réalité et qu'il s'appelait Harry Potter?
-Je n'y crois pas un seul instant! Personne n'a jamais réussi à remonter dans le temps aussi loin, et encore moins à y amener quelqu'un d'une autre réalité! C'est totalement absurde.
-Vous devriez vous posez la question pourtant. Et peut-être que ça vous permettrait de trouver une piste.
-Une piste? Quelle piste?
Ne joue pas trop avec le feu Harry. Si tu aides Ollivander, tu aides aussi Voldemort par la même occasion.
Mais en même temps, je ne peux pas le laisser comme cela. C'est à cause de moi s'il est ici!
Ce n'est pas à cause de toi! Des gens se font enlever et tuer tous les jours dans cette réalité. Tu ne peux rien y faire.
Oui mais si je n'avais pas récupéré ma baguette, Ollivander n'aurait pas eu tous ces soucis.
Si tu n'avais pas récupéré ta baguette, tu serais mort à l'heure qu'il est!
Après tout, qu'est ce que ça peut faire que Voldemort sache que nos baguettes sont jumelles? Dumbledore l'a appris l'année dernière, et il n'a pas trouvé cela plus important que cela.
-Alors? demanda Ollivander en fronçant les sourcils.
Harry secoua la tête pour faire disparaître toutes ses pensées contradictoires.
-Et bien si ce garçon vient d'une autre réalité, il n'avait peut-être pas sa baguette en arrivant. Il s'en est donc procuré une dans votre boutique. Et si vous ne l'avez jamais vu de votre vie…
-Ca veut dire qu'il la volé! Il me suffit de demander un registre de ma boutique, et je saurais quelle baguette a disparu. C'est une idée brillante!
-Merci, lança Harry sans aucune fierté.
Il n'ajouta rien de plus. Au moins il avait donné une piste de travail à Ollivander, ce qui lui permettrait peut-être de gagner du temps. Et puis, les Mangemorts avaient sa baguette maintenant. C'était certainement qu'une question de minutes avant qu'il ne demande au vieux sorcier de l'examiner. Il se rendrait tout de suite compte, que c'était la baguette jumelle de celle de Voldemort, et que le phénomène auquel ils avaient été confrontés était vraiment proche du Priori Incantatum.
Harry venait de terminer son maigre repas, et il se sentait bien plus en forme que quand il s'était réveillé. Il se tourna alors de nouveau vers l'elfe, persuadé que c'était sa meilleure chance d'évasion.
-Alors. Tu es sûr que tu ne connais aucun elfe du nom de Dobby?
L'elfe se tortilla de nouveau les doigts, et fit non de la tête.
-Et toi, comment tu t'appelles?
L'elfe recommença à gesticuler, Harry eut peur qu'il disparaisse de nouveau.
-Ma...Ma…, commença l'elfe, avant de fermer la bouche.
-Je te l'ai dit ça ne sert à rien de lui poser toutes ces questions, il ne te répondra jamais, lança Ollivander.
-Pourquoi? demanda Harry. Il n'en a pas le droit?
-Oh si il peut parler s'il le souhaite. Mais il a trop peur de dire quelque chose qu'il ne devrait pas. Comme l'endroit où on se trouve par exemple. Quant à son nom, il ne peut tout simplement pas te le dire car il n'en a aucun souvenir. Il ne connait pas non plus le nom des autres elfes. S'il te dit le contraire, il ment.
Et à ce moment là, Harry se souvint de ce que Ron lui avait dit quand l'elfe était apparut au QG de l'Ordre.
"Tout le monde a peur de sortir de chez soi, les gens ne veulent même plus aller à Gringotts alors la banque utilise des elfes maintenant! Ils en ont tellement qu'ils ne se donnent même plus la peine de leur donner des noms"
-C'est vrai je me souviens maintenant. Ils ne vous donnent plus des noms, seulement des numéros.
L'elfe baissa les yeux, et Harry eut beaucoup de peine pour lui.
-Ma...Ma...l'elfe ferma les yeux comme s'il luttait contre quelque chose au fond de lui puis il acheva sa phrase. Matricule 13792.
-Tu vois, ce n'est qu'un chiffre maintenant, lança Ollivander.
-Maintenant? demanda Harry.
-Oh il avait un nom autrefois. Un nom qu'on lui a enlevé. C'est la nouvelle forme d'asservissement mise en place par le Mage Noir.
-Comment ça je ne comprends pas!? s'exclama Harry en fronçant les sourcils.
-Tu n'es pas au courant de grand chose toi hein! Tu vivais où avant? Dans une grotte?
Harry se mit à rougir, gêné, mais il ne répondit pas. Il avait trop peur de perdre sa couverture, Ollivander était déjà soupçonneux. Mais le vieux sorcier tenta de lui expliquer. Peut-être était-il trop content d'avoir un peu de compagnie.
-Autrefois, les grandes familles de sorciers avaient des elfes. Des esclaves, obligés d'obéir à leurs maîtres, jusqu'à ce que ces derniers daignent leur offrir un vêtement, en signe de liberté.
-Ca je le savais! précisa Harry pour ne pas passer pour un complet idiot.
-Avec la prise de pouvoir de Tu-Sais-Qui, poursuivi Ollivander sans prêter attention à sa remarque, les Mangemorts ont du s'organiser. Il y a eu des problèmes de logistique au début dans leur organisation, et notamment pour la gestion des elfes. Au début, ils ont essayé de soumettre les créatures, non plus à leurs anciens maîtres, mais au groupe entier de Mangemorts. Ca a été difficile, d'ailleurs les premiers temps ça ne fonctionnait pas, mais finalement ils ont réussi. Non sans mal. Pendant la période de transition, des elfes ont réussi à échapper au contrôle des Mangemorts, et ont été libérés. Ils ont alors compris que les anciennes lois d'asservissement ne fonctionnaient plus avec leur organisation, alors ils ont tout modifié.
-Je ne savais pas que c'était possible!
-Oh ce n'était pas simple. Ca à demandé beaucoup de temps et d'énergie. Mais ils y sont parvenus. Il n'y a pas très longtemps d'ailleurs. Désormais, tu peux donner les vêtements que tu veux à un elfe, il ne pourra pas être libéré. Ca permet aux Mangemorts de leur donner encore plus de travail, comme de s'occuper du linge sale, ou bien d'aller dans les cachots froid apporter de la nourriture aux prisonniers!
-Mais je ne comprends pas. Je croyais, que seul le propriétaire, le maître d'un elfe pouvait le libérer en lui offrant un vêtement.
-C'est vrai. Mais pour asservir tous les elfes à tous les Mangemorts, ils n'ont pas pu utiliser la Marque qu'ils ont sur le bras. Ils ont donc lancé un sortilège, pour que soit considéré comme résident des lieux et donc maître des elfes, quelqu'un qui passait suffisamment de temps dans la bâtisse. Ce qu'ils n'avaient pas prévu, c'est que tu devenais maître des elfes même si tu étais retenu prisonnier, lança Ollivander avec un petit rire amusé. Ces idiots…
-C'est dingue! Et quelqu'un a réussi à s'enfuir comme cela alors?
-Un homme oui. Ce fut le seul à réussir. Bien sûr, après avoir appris cela, les Mangemorts ont fait en sorte de ne plus garder les gens suffisamment longtemps dans leur QG.
-Et du coup maintenant, qu'est ce qu'il faut faire pour libérer un elfe?
-Il faut leur redonner leur nom. Si tu appelles un elfe par son nom, en le touchant, il sera libéré.
-Tout le monde peut le faire?
-Oui. Mais ne te fais pas trop d'illusions. Le registre des noms est apparemment très bien gardé. Même les Mangemorts n'y ont pas accès. Une seule personne connaît l'information.
Harry soupira puis resta l'air silencieux un instant, rêveur, en s'imaginant à la place de ce sorcier ayant réussi à s'enfuir.
-Monsieur Ollivander? demanda-t-il alors soudainement.
-Oui?
-Il y a autre chose que je ne comprends pas. Cet elfe, je l'ai vu il y a quelques jours dans le QG de l'Ordre. Il travaille pour Gringotts mais il a vu où nous étions. Et là maintenant il est du côté des Mangemorts, il ne nous aide pas à nous enfuir. Et en même temps, il ne leur a pas dit où on était.
-Il ne peut pas dire aux Mangemorts où se trouve le QG de l'Ordre, car ce n'est pas un gardien du secret.
-Un gardien du secret?
-Tu débarques vraiment d'une autre planète toi c'est pas possible!
-Désolé…
-Un gardien du secret est quelqu'un qui garde secret un lieu, où se trouve une personne ou un groupe à protéger. Si ce gardien ne dévoile pas cet endroit, les ennemis ne pourront pas le trouver, même s'ils sont juste devant.
-Wouah c'est super!
-C'est pratique oui. Mais de toute façon, les elfes de Gringotts n'ont pas de camp, tout simplement parce que les Gobelins n'en ont pas. Ils vont juste là où il y a de l'argent. Plus aucun sorcier n'est admit dans la banque, que ce soit du côté des Mangemorts ou du côté de l'Ordre. Toutes les transactions se font à distance maintenant.
-Et les sorciers, ils ont accepté ça? De ne plus avoir accès à leur argent?
-Ceux que ça dérangeaient ont eu la possibilité de retirer leur argent pour le mettre ailleurs. Les autres, acceptent et puis c'est tout. Les Gobelins sont très stricts en matière de négociation.
-Et ils n'ont vraiment choisi aucun camp?
-Non. Comme beaucoup de créatures d'ailleurs. Ils travaillent pour les uns et pour les autres, acceptant de rendre service contre une grosse somme d'argent parfois. Mais ce n'est pas toujours le cas. Ils estiment que c'est un conflit qui ne les regardent pas. Et que c'est à nous et seulement à nous de régler cette histoire.
-Et leurs elfes? Comment ils ont fait pour les obtenir?
-Ils en ont acheté une partie aux grandes familles un peu cupides. Pour les autres, ils les ont asservis depuis leur état naturel, alors qu'ils étaient encore libres.
-Il y a des elfes qui naissent libres?
-Certains oui. Mais c'est très mal vu chez eux de ne pas servir une famille. Alors ils ne restent pas libres longtemps. Ceux là, les Gobelins les ont presque tous récupéré. Pour les autres, il ne vaut mieux pas que tu saches comment ils les ont obtenu.
Harry se tourna de nouveau vers l'elfe qui refusait de parler, ce dernier baissa encore les yeux. La discussion entre Harry et Ollivander s'arrêta là. Un autre bruit se fit entendre dans le couloir. Celui d'un pas beaucoup plus énergiques que celui de l'elfe juste avant.
oOo
Albus Dumbledore était allongé dans un lit au matelas particulièrement moelleux, dans une petite chambre, à l'abri des regards. Il ne dormait pas, il avait bien trop de choses en tête pour cela, mais il avait besoin de ces quelques minutes de repos. Il entendit des pas dans l'escalier, puis dans le couloir, et juste après un grincement, celui de la petite porte en bois de sa chambre qui s'ouvrait lentement. Il n'avait pas besoin d'ouvrir les yeux pour savoir de qui il s'agissait. Il avait reconnu sans le moindre doute, le pas vif, la démarche assurée, la robe virevoltant de son Maître des Potions préféré.
-Bonsoir Severus, dit-il avec un petit sourire.
Severus n'eut pas l'air surpris de l'entendre prononcer son nom, alors qu'il était toujours allongé, les yeux fermés.
-Je vous dérange Albus, pardonnez moi. Vous devriez vous reposer.
-Mais non ne soyez pas idiot! Entrez donc. J'ai besoin d'avoir des nouvelles, dit-il en se relevant, et en ouvrant finalement les yeux. Venez, ajouta-il en tapotant le lit à côté de lui.
-Je n'ai pas de très bonnes nouvelles malheureusement.
-Je m'en doutais un petit peu. Si vous aviez trouvé un antidote à cet étrange sortilège que l'on pourrait presque qualifié de malédiction, vous n'auriez pas cet air aussi grave.
-Les autres m'ont raconté ce qui s'était passé. Pourquoi? Pourquoi Albus? Pourquoi vous sacrifier pour ce garçon?
-Parce que je sais, que c'était la meilleure chose à faire.
-Il s'est fait capturé, lança Severus d'un air mauvais.
-Oui effectivement. J'ose espérer, qu'Archimède a suivi toutes nos péripéties de près, et qu'il réagira pour lui venir en aide, lança Dumbledore, avec un petit sourire.
-Archimède! s'exclama Severus en se relevant précipitamment. Vous en êtes encore à cette histoire de retour dans le temps et de réalité alternative.
-Bien sûr. Je maintiens ce que j'ai dit auparavant.
-Mais personne à part vous ne croit à cette histoire Albus! C'est ici et maintenant que l'on a besoin de vous! Pas dans le futur! Pas dans une autre réalité! Pas avec ce crétin de Potter!
-Je sais bien que vous n'êtes pas très objectif quand il s'agit des Potter, Severus, mais vous ne devriez pas en vouloir à ce garçon. Il n'a rien fait mal.
-Non vous avez raison. C'est à cause de cet Archimède! Et je ne comprends pas, qu'en sachant cela, vous continuiez à espérer qu'il nous aide!
Dumbledore ouvrit la bouche pour répondre, mais il en fut empêché par plusieurs plaintes et cris provenant du hall d'entrée, dont un particulièrement violent. Severus fronça les sourcils et agrippa sa baguette avant de sortir dans le couloir, et de descendre les escaliers, sur ses gardes. Quand il arriva dans le hall, il vit un petit attroupement avant de se figer sur place. Remus était à genoux, par terre, en sanglots. Un peu plus loin, un jeune garçon couvert de sang, avec de nombreuses plaies qui ressemblaient à des morsures de serpents se tenait debout difficilement, le regard vide. Derrière lui, deux Aurors tenaient fermement un Mangemort que Severus connaissait bien, en charge de la sécurité au Ministère de la Magie. Severus comprit alors que le groupe de secours des Né-moldus avait été attaqué, et que Tonks et donc Elizabeth par la même occasion avaient été faites prisonnières. Il tituba à son tour, le teint pâle, livide pour la deuxième fois de la journée. Minerva s'approcha de lui l'air désolé, alors que ses mains commençaient à trembler. Il tomba à genoux également, ses jambes incapables de le soutenir plus longtemps. Il n'entendait plus rien autour de lui. Il ne voyait plus rien. La peur et la tristesse s'emparant de lui, le plongeant dans un moment de grande solitude, comme il n'en avait encore jamais connu.
