Le piège se referme
Un brin nerveuse, Omi se leva de son fauteuil et s'approcha de la porte du bureau. D'un pas de shunpo, le juge Muraki vint s'interposer entre la jeune femme et la sortie.
-Que faites-vous ? demanda-t-il sèchement.
-Je voudrais retourner dans le quartier général, déclara Omi d'une voix qui tremblait un peu.
-Vous n'irez nulle part, martela le vieillard.
Son visage prit une expression de malveillance telle que la jeune femme prit peur et ne put s'empêcher de reculer.
-Je savais dès le début que vous poseriez un problème, déclara le juge Muraki. Le dépit peut inciter une femme à trahir les secrets de son amant, mais il ne sera jamais une motivation suffisante pour la pousser à le tuer. C'est pourquoi j'avais prévu de vous faire assassiner en même temps que Kuchiki.
-Vous faites partie du complot, balbutia Omi.
-Trente-cinq ans passés à faire renaître cette organisation de ses cendres, à recruter des alliés, à placer des complices aux bons endroits… poursuivit Muraki sans prêter attention à la remarque de la jeune femme. Tout ce travail anéanti par votre faute.
-Mais pourquoi cherchez-vous à renverser la chambre des 46 alors que vous en êtes membre ? Cela n'a aucun sens, protesta faiblement Omi.
Le vieillard ricana.
-Vous avez cru cette fable ? Et moi qui pensait qu'elle était tout juste bonne à duper des naïfs comme Akayama ou ces imbéciles qui sont actuellement en train de prendre d'assaut la chambre des 46… Mon plan était autrement subtil.
-Mais pourtant, les tentatives d'assassinat étaient bien réelles, objecta la jeune femme.
-C'était même la seule partie véridique de l'histoire. Le coup d'Etat de ce soir n'était qu'un écran de fumée. J'avais besoin de faire le ménage avant de prendre effectivement le pouvoir : éliminer quelques rivaux, libérer les postes clefs de l'administration pour les confier à des hommes à moi… C'est seulement lorsque celle-ci aurait été entièrement sous mon contrôle que je me serais emparé du pouvoir. Personne n'aurait soupçonné le courageux et vertueux juge Muraki, auréolé de la grâce des martyrs après avoir été la victime d'une tentative de meurtre de la part de son assistant…
-Je ne comprends pas. Akayama est-il votre complice, oui ou non ?
-Il l'est, mais il ignore que je suis le chef de la conspiration et que son rôle consiste à se faire tuer en tentant de m'assassiner. Tout comme les conspirateurs chargés de l'assaut de la chambre des 46, son échec est programmé et fait partie de mon plan. J'ai fait en sorte que, même s'ils sont pris vivants, on ne puisse pas remonter jusqu'à moi.
-Mais si vous avez tout fait pour empêcher de faire le lien entre vous et les évènements de ce soir, pourquoi me révéler que vous en êtes à l'origine ?
A peine Omi eut-elle prononcé ces paroles qu'elle le regretta. La réponse était par trop évidente.
-Parce que, même si je ne suis jamais arrêté ni soupçonné, cette conspiration a définitivement échoué. Parce que vous m'avez empêché d'atteindre ce qui était le but de ma vie. Parce que la seule licence qui me reste est de me venger de vous.
Omi prit un air effrayé et se recula encore de quelques pas. Le juge Muraki s'avança sur elle, menaçant.
-Nous ne sommes que tous les deux dans ce bureau, dit la jeune femme d'une voix tremblante. On saura que c'est vous qui m'avez tuée.
-La division est presque déserte. Si j'affirme que des assassins à la solde des conjurés ont fait irruption dans la pièce, qu'ils ont réussi à vous tuer, mais que j'ai miraculeusement pu leur échapper, qui me contredira ? Tout le monde est persuadé que je figurais sur leur liste des personnes à éliminer.
La jeune femme continuait à reculer à travers la pièce, toujours suivie par le juge Muraki. Tout en arborant son air le plus effarouché, Omi rassemblait son énergie spirituelle. Elle se demandait si son adversaire avait réalisé qu'elle n'était pas une de ces fleurs de serre de l'aristocratie, incapables de se défendre face à un agresseur. Dans le cas contraire, elle avait une chance de l'emporter.
La jeune femme se dirigea vers une petite table basse dans laquelle elle fit semblant de buter. Croyant l'avoir acculée, son adversaire bondit sur elle. Omi le jeta au sol d'une prise de hakuda. Sans laisser au juge le temps de reprendre ses esprits, la jeune femme remua les mais dans sa direction et lança :
-Trentième technique d'immobilisation : triple coup de bec étincelant !
Et tandis que Muraki poussait un hurlement de rage, trois pointes de lumière vinrent le clouer proprement au sol.
C. Kotomi: Byakuya et Omi ont conclu un peu vite qu'Akayama devait assassiner Muraki, mais ils ne sont pas des professionnels du renseignement, et il fallait une bonne dose d'imagination pour penser que le juge chercherait à s'auto-renverser... Si seulement ils avaient demandé son avis à Soi Fon...
