Samedi 2 juillet 2016.
Quand Andrew se réveilla le lendemain matin, Maggie était déjà partie. Il bailla, s'étira et descendit dans la cuisine. Il y trouva Alex, en train de chantonner tout en préparant des pancakes.
-d'accord... fit-il en riant.
-tu as raison Andrew, sourit Alex.
-ravi de l'apprendre... Sur quoi?
-tout va s'arranger. Jo finira tôt ou tard à me dire la vérité. Il faut juste que je sois patient. Andrew soupira et secoua lentement la tête. Je n'aurais jamais dû lui dire ça.
-Dr Karev...
-appelle moi Alex. On est amis non? Andrew fronça les sourcils. Tout cela est très bizarre. En tout cas aujourd'hui.
-ok... Alex, Jo fait ce qu'elle peut mais...
-elle me l'a dit. Andrew ouvrit grand les yeux. Impossible... Il sourit bêtement.
-elle vous a dit qu'elle dirait tout? Alex secoua la tête.
-pas vraiment dit... Pas directement... Son visage l'a fait pour elle.
-son visage...?
-ouais... Je lui laisserai le temps qu'il lui faut... Quand tout sera dit, je verrai ce que je fais.
-ça pourrait prendre...
-du temps? l'interrompit-il. Je sais, j'attendrai. De toute façon, je suis sûr qu'elle viendra vers moi très vite.
-comment?
-tu as raison, je connais Jo. Je sais ce que ses sourires signifient. Celui-là signifiait "tout va bientôt prendre fin. C'est bientôt fini, courage."
-ok... Andrew ne put s'empêcher de penser qu'il était devenu fou.
-partage un peu ma joie Andrew!
-c'est juste que... Il soupira. En réalité, il ne savait pas vraiment si parler de Lionel à Alex serait une bonne chose. Il se souvenait parfaitement des poings du chirurgien sur son visage. Dire que Jo a vécu ça tous les jours pendant quatre ans... Il ferma les yeux. Toute sa vie plutôt... J'en sais rien.
-toute vérité est meilleure qu'un mensonge.
-je suis entièrement d'accord avec vous. Andrew sourit tristement.
-peu importe ce que c'est je lui pardonnerai, hein?
-je ne suis pas au courant de tout mais oui. En réalité Andrew n'en savait rien. Il essaya pendant une minutes de se mettre à la place d'Alex. Comment est-ce que je réagirais si j'apprenais que Maggie était mariée? Que ce n'est même pas son vrai nom? Il soupira. Andrew savait qu'il le prendrait mal, que ça le blesserait profondément. Jo n'avait pas le choix! tenta-t-il de se convaincre. Il ne pouvait s'empêcher de la revoir et de réentendre ses confidences. Jo semblait tellement détruite... Ce type... Il sentit la colère monter. Jo a sauté... Pour la première fois en trois semaines il arriva à se dire que Jo avait tenté de se suicider... Ce n'était pas une petite crise... Elle a essayé de se suicider mais par chance Will était là, par chance j'ai fait ce qu'il fallait pour la retenir. Elle avait quand même sauté. Andrew en était cruellement conscient. Sa souffrance était devenue intolérable, irrésoluble, insupportable. Il avait appris depuis la mort de sa sœur à ne pas juger ceux qui étaient tentés d'en finir. Parfois, il ne reste que ce semblant de solution? Ce semblant de pouvoir? Jo voulait sans doute fuir ses problèmes une bonne fois pour toute. Ne jamais à avoir à faire face devant Alex. Elle l'aime à en crever.
J'aimais aussi Lionel et ça n'a servi à rien, réentendit-il. Andrewferma les yeux.
-ça va? demanda Alex en le voyant grimacer.
-quand elle vous dira tout... Attendez qu'elle finisse. Il inspira bien fort. Ne sautez pas sur des conclusions hâtives... Alex comprit qu'il faisait allusion à ce jour fatidique de février. Soyez là pour elle... Elle le mérite. Vraiment. Alex hocha la tête.
-redis le encore, s'il te plait.
-pardon?
-la raison pour laquelle elle t'a parlé à toi et pas à moi... Celle que tu as invoqué lors du diner... Ce jeudi-là. Le jeudi où elle a sauté, comprit Andrew en sentant son cœur se serrer. Arya s'est pendue un jeudi, se souvient-il douloureusement. Ce jour-là maman nous avait fait des pâtes carbonara... Andrew aimait beaucoup les pâtes carbonara. Ary préférait les frites... Il chassa ses pensées rapidement. Il ne pouvait pas se permettre de pleurer devant Alex.
-elle ne vous a rien dit car elle craignait votre réaction. L'idée de vous perdre, de vous blesser, de se faire détester, haïr par l'homme qu'elle aimait était atroce. Ça la paralysait... Avec moi elle s'en fichait. Elle avait bu et de toute façon, qu'est-ce que ça pouvait lui faire si je la considérais comme une menteuse? Il rit légèrement. Je ne suis qu'un misérable interne... Autant dire rien, à part le mec qui se trouvait dans ce bar ce jour-là.
-merci Andrew. Il s'apprêta à partir quand le misérable interne lui dit d'un souffle.
-et par pitié, quand vous saurez, ne faites rien de stupide... La vérité c'était qu'Andrew mourrait d'envie de retrouver le mari de Jo et de lui régler son compte. Comment peut-on autant faire souffrir une femme? Sa femme? Il secoua la tête.
-je tâcherai de m'en souvenir.
-bien. Andrew constata avec horreur qu'ils allaient être en retard. Il se pressa de finir son pancake avant de se précipiter dehors... pour se rappeler que Maggie l'avait ramené hier. Il entendit Alex rire.
-viens avec moi. Andrew hocha la tête et le remercia.
DeLuca ne croisa Arizona qu'à midi et celle-ci lui confirma ne pas avoir le même horaire que lui. Andrew devait donc appeler un taxi pour rentrer. Il vit bien que celle-ci était ailleurs alors il essaya de plaisanter pour la distraire. Peine perdue. Vraiment étrange...
-tu travailles à quelle heure demain? demanda-t-elle d'un air absent.
-heu... Je ne travaille pas demain... Arizona opina vaguement la tête. Ça offre certains avantages de bosser le jour de la fête nationale! dit-il gaiment pour tenter d'attirer son attention. En vain. Vraiment très étrange...
-tu ne viendras donc pas à la fête qu'organise Webber? Il secoua la tête. Qu'est-ce qu'elle a? Il soupira.
-quelque chose ne va pas, Arizona? Elle sursauta légèrement à l'entente de son prénom. Elle est ailleurs...
-non! Tout va bien. Elle partir sans rien ajouter, laissant Andrew perplexe. Il soupira à nouveau et partit assister à sa dernière opération de la journée. Pratiquement 48h de repos l'attendait. Une éternité s'offrait à lui. Il avait remarqué que depuis quelques semaines son horaire était allégé. Celui d'Arizona aussi... Bailey tenait sans doute à ce qu'ils surveillent Jo. Il soupira. Pourquoi l'envoyer ailleurs alors...? Il ne chercha pas réellement la réponse, il le savait très bien. En rentrant chez lui, il ne pensait plus du tout à l'étrange impression qu'Arizona lui avait laissé. Par contre quand il tomba nez à nez avec Callie, tout lui revient. Je comprends mieux...
-bonjour Andrew... dit elle d'un souffle. Il voyait bien que ça n'allait pas fort.
-bonjour Dr Torres.
-je pensais qu'ici les noms de famille étaient bannis? Andrew tourna sa tête pour regarder à gauche puis la tourna à droite, il regarda aussi derrière lui avant de hausser les épaules.
-Robbins n'est pas là... Il grimaça et fit semblant de chuchoter. Entre nous, j'en peux plus de ses règles à la noix... Callie ne put retenir un petit rire. Andrew lui sourit en retour. Si vous voulez que je vous tutoie et que je vous appelle Callie, pas de problème.
-faisons comme ça.
-alors... Tu reviens à Seattle? Elle fit la moue.
-je me suis enfuie... Je suis partie de New-York et j'ai pris le premier avion hier soir. Elle soupira bruyamment. Je ne sais pas trop quoi faire maintenant... Je suppose que je devrais retourner là-bas pour récupérer mes affaires et... Elle ne termina pas sa phrase.
-vous espériez que ça s'arrange bien avec Arizona mais ça n'a pas été le cas...?
-le râteau le plus douloureux...
-elle... Callie le coupa.
-elle veut d'abord s'assurer que Jo et toi vous alliez bien. Andrew ouvrit grand les yeux.
-je vais bien.
-et Jo?
-ça va... Je crois. On ne fait que se croiser depuis quelques jours... En faite Jo était assez distante avec lui. Il était loin d'être bête, il savait que Jo n'aimait pas et était gênée de s'être confiée à ce point à lui. Callie dut lire dans ses pensées
-tu connais trop de choses sur elle? Ça la met mal à l'aise? Il opina.
-elle va bien... Elle a souri à Karev... Callie le regarda interloquée. Un sourire qui signifiait "tout va bientôt s'arranger"... D'après Alex... J'ai envie de le croire.
-moi aussi. Elle baissa les yeux tristement. Tu crois que j'ai fait une erreur?
-en partant de New-York? Elle hocha la tête affirmativement. Nan...
-j'avais vraiment besoin de venir ici... Je crois que je voulais récupérer ma vie. Elle se rendit dans la cuisine et se servit un verre d'eau. Tout ici me manque... Je pensais naïvement que je n'aurais qu'à revenir ici après quatre mois, que ça redeviendrait comme avant... Elle but une grande gorgée. Je me suis peut-être plantée?
-est-ce qu'il y a la moindre chance que Penny et toi vous remettiez ensemble? Callie secoua la tête. Elle n'en avait pas envie. Celle que je veux c'est Arizona... Ça a toujours été elle. Alors tu as pris la bonne décision.
-oui mais... Il y a tout le reste... Je vais dormir où? Comment je vais récupérer mes affaires? Et mon travail? Callie rit légèrement. Mon dieu comment Jo a-t-elle fait?
-elle a saisi les occasions... Il regarda sa montre. 17h20. Si on part maintenant on peut être à New-York avant demain matin...
-tu es sérieux? Tu veux qu'on prenne le premier avion pour New-York? dit Callie en ouvrant grand les yeux.
-saisir les occasions...
-et tu...viendrais avec moi? Andrew lui sourit.
-on y va, on récupère tes affaires, tu termines tout avec Penny et on revient demain midi. Callie grimaça.
-tu es en train de me dire que tu serais prêt à faire l'aller-retour Seattle-New-York sur 24h juste pour qu'on aille chercher mes affaires? C'est 10h d'avion en tout hein? Il rit légèrement.
-Arizona gère tout depuis des semaines, laisse moi au moins l'aider un peu. Ça lui avait pourtant paru être un super plan. Peut-être pas.
-en quoi m'aider, l'aiderait? demanda Callie perplexe. Andrew la regarda atterré mais ne fit pas de commentaire.
-elle n'a pas le temps et il se trouve que je suis en repose jusque après- demain midi... Il rit joyeusement. Une éternité qu'il faut bien remplir, non? Quand ta vie à New-York sera définitivement derrière toi, tout ira mieux... Il eut un pincement au cœur en constatant que cette phrase s'appliquait étrangement très bien aussi à Jo.
-et les épaules d'Arizona se déchargeront un peu...
-ouais, sourit Andrew.
-et après? dit néanmoins Callie. C'était stupide... Impulsif... Il n'y a même plus de chambre libre ici... Elle soupira et prit une grande inspiration. Je n'ai vraiment nulle part où m'installer. Elle se revit des années en arrière, quand elle n'avait eut d'autres choix que de dormir cachée dans l'hôpital. C'était il y a plus de 10ans, pensa-t-elle légèrement nostalgique. L'hôpital s'appelait encore Seattle Grace Hospital... L'époque où il n'y avait eu ni fusillade, ni accident d'avion, ni aucune autre catastrophe... Sans le vouloir elle sourit. Ma vie était très différente, George était en vie et je ne connaissais pas encore Arizona... Elle avait fait beaucoup de chemin et finalement elle se retrouvait au point de départ. C'était stupide...
-tu n'auras qu'à prendre ma chambre... J'irai dormir chez Maggie. Callie secoua la tête.
-t'as pas à faire ça.
-mais je le ferai quand même... Il sourit légèrement. Le temps que ça s'arrange soit entre Arizona et toi, soit entre Karev et Jo... Callie haussa les épaules. J'appelle un taxi. Lasse, Callie opina. Une fois à l'aéroport elle envoya rapidement un sms à son ex-femme pour la mettre au courant. Inutile de la stresser un peu plus... Le vol se passa étrangement bien. La présence de l'interne bien qu'elle ne le connaisse pas si bien que ça l'apaisait. Callie se sentait beaucoup moins perdue que la veille. Elle soupira de soulagement. Elle avait un plan, ça s'éclairait. Je prends mes affaires, je reviens à Seattle, je squatte la chambre de DeLuca, je me fais réengager à l'hôpital, je reconquiers Arizona et tout s'arrange. En allant plus loin elle pouvait presque voir Maggie et DeLuca emménager ensemble dans leur maison rien qu'à eux ainsi qu'Alex et Jo vivre à nouveau au loft. Comme ça plus personne ne squatterait à proprement parler la maison de quelqu'un d'autre. C'était un plan parfait. Il ne restait plus qu'à accomplir sa partie et espérer qu'Andrew et Jo en fassent de même.
Dimanche 3 juillet 2016.
L'avion se posa à 3h, heure locale.
-je ne crois pas que Penny serait très contente si je débarquais au milieu de la nuit... Andrew hocha la tête.
-alors... Soit on cherche un endroit où dormir...
-soit on va faire la fête! s'exclama Callie en riant. Andrew l'accompagna volontiers.
-je ne crois pas que se bourrer la gueule soit une excellente solution, dit-il néanmoins.
-roh allez! On s'amusera bien! Andrew fit la moue.
-il s'est passé beaucoup de choses... L'alcool... Il soupira avant de donner plus d'explications. Jo et Arizona tiennent assez mal l'alcool. Elles racontent trop de choses...
-tu as peur de trop me parler? Il soupira encore.
-j'aime pas New-York...
-moi non plus... Callie détourna le regard.
-et si je t'invitais au restaurant? finit par demander Andrew.
-il est trois heure...
-je pensais que New-York était "la ville qui ne dort jamais"? Callie opina et l'entraîna hors de l'aéroport. Ça ne servait à rien qu'ils restent là. Je suis toujours à l'heure de Seattle, en plus d'être affamé.
-moi aussi... Elle héla un taxi et lui donna une adresse sans broncher. Tu verras c'est un endroit cool. Andrew hocha vaguement la tête.
Ce n'était à proprement parlé pas un restaurant mais plutôt un bar qui servait à l'occasion des plats chauds. Ils s'assirent à l'une des rares tables présentes.
-tu te fiches de moi? dit Andrew en retenant un rire sarcastique.
-quand Arizona était à New-York pour rendre visite à Sofia, on venait ici... Elle rit. Je parle d'elle comme si elle était morte.
-elle te manque, dit laconiquement Andrew.
-ouais... Elle se pencha et attrapa la carte des menus. Des frites et un steak ça te va? Andrew hocha la tête. De toute façon il mourrait de faim, n'importe quoi aurait fait l'affaire. Et deux grands verres de vodka avec ça! ajouta-t-elle à la serveuse qui ne semblait même pas surprise d'avoir encore deux clients à cette heure-ci. Il y avait bien une trentaine de personnes agglutinées autour du bar mais aucune, à part eux, ne mangeait.
-Callie... Celle-ci fit signe à la serveuse qu'elle pouvait y aller.
-si après un verre, tu te mets à tout me raconter sur Jo... Elle rit lentement. Si c'était le cas, jamais elle ne te ferait confiance de toute façon...
-elle fait pourtant confiance à Arizona... Callie rit un peu plus fort.
-ouais... Elle supporte assez mal l'alcool. Elle ne put s'empêcher de soupirer. Arizona lui manquait tellement... Comme elle s'y attendait, ils burent bien plus qu'ils ne mangèrent. Ils rirent beaucoup jusqu'au moment où Andrew se figea. Callie ne le remarqua d'abord pas. Elle continua de parler, étrangère à l'agitation intérieure qu'éprouvait Andrew. Impossible, pensa l'interne envahi par la colère.
