Salut,
Me revoilà avec un nouveau chapitre que certains ont ardemment attendu. Sans vous faire plus attendre, le voici en espérant que vous apprécierez.
Bonne lecture,
Chapitre 29 : Apprends-moi
L'homme la trimballait derrière lui sans ménagement. Il n'en avait que faire de toute cette attention. Tout ce qu'il voulait c'était avoir des réponses et fournir quelques explications pour ses gestes déplacés. Certes, le mal était fait mais peut-être y avait-il encore une infime chance de le réparer.
Une fois certain que personne ne les épierait, Gray relâcha son emprise sur la dryade de l'eau qui rejeta sa main brusquement. Ce simple geste montra au brun à quel point elle était peu encline à toute conversation. Ils se jaugèrent un long moment en silence. Elle faisait vraiment peur à voir. Jamais ses traits n'avaient été aussi contrariés. Plus de pommettes qui rougissaient alors qu'il l'observait de la tête aux pieds. C'était bien la première fois que le sculpteur la voyait dans un tel état d'énervement. Bon, il devait le reconnaître qu'il y avait de quoi lui en vouloir. Aussi accepterait-il toutes insultes ou toutes remarques sans broncher. Elle pourrait déverser toute sa haine contre lui cela lui était bien égal.
Finalement, il se décida à prendre la parole :
- Ecoute ce n'est pas ce que tu crois…
- Juvia n'est pas encore aveugle, elle a compris. Pas la peine de prendre des gants.
- Non au contraire tu te trompes ! Crois-moi il n'y a rien entre Kana et moi !
- Juvia en doute, Gray-sama l'a embrassé ! coupa l'autre.
Son compagnon, gêné de l'entendre dire de tels propos, baissa ses iris en grognant. Serrant les poings, rageur, il décida de laisser place à ses réelles motivations au risque de tout détruire entre eux. Ce mutisme avait duré bien trop longtemps et il ne pouvait plus le contenir. Trop confus pour aligner une phrase cohérente, il déblatéra alors les pires inepties de sa vie.
- Parce que j'ai flanché par ta faute ! cria le nudiste en craquant littéralement. T'es là, à la fois distante et à la fois tentatrice ! Tu joues avec mes nerfs ! J'en peux plus de cette situation ! C'était trop dur pour moi ! Je ne peux pas te donner plus, même si j'en meurs d'envie ! Je n'en ai pas le droit ! Cela ne ferait qu'accentuer ta peine ! Mais j'ai besoin de tendresse ! Et je ne veux pas que tu me l'offre car je ne te mérite pas !
- Alors la solution est que Gray-sama se jette dans les bras d'une autre, c'est bien ça ?! hurla son interlocutrice à bout elle aussi, ne supportant pas ces débilités profondes. C'est trop facile ! Pourquoi Gray-sama rejette-t-il Juvia ?! Qui lui dit qui mérite Juvia ! Il ne sait rien ! Il n'a jamais rien compris ! Il a sauvé Juvia et elle l'aime !
A ces derniers mots, la néréide hoqueta de surprise alors que son amoureux se plantait avec stupéfaction. Elle plaqua ses mains sur ses lèvres qui tremblaient. C'était dit. Elle venait de lui avouer. Ce secret si longtemps enfouit surgissait, faisant l'effet d'une bombe atomique. Après tant d'épreuves, les termes étaient sortis tout seul. Que faire ? Il allait encore lui rire au nez ! Le ténébreux la prendrait pour une simple fanatique demeurée ! Pourquoi ses paroles avaient-elles eu un temps d'avance sur sa pensée ?! Elle allait le regretter.
Le vainqueur des grands jeux examina un moment sa compagne qui avait baissé les yeux et triturait ses mains, nerveuse. Il n'en croyait pas ses oreilles. Elle l'aimait. Sa théorie était confirmée. Mais aussi la terrible réalité qui allait avec. Le maître de glace était à la fois soulagé et peiné. Heureux et malheureux. Tant de sentiments contradictoires. Cette merveilleuse créature l'aimait. Comment était-ce possible ? Lui le mage à la réputation de grand solitaire. Son muscle cardiaque cessa soudain de battre avant de repartir de plus belle dans une samba endiablée. La sueur coulait le long de sa nuque, lui causant des frissons. Sa gorge devint sèche alors qu'il ouvrait la bouche. Toute son anatomie flanchait tant la surprise était grande. Les mots lui manquaient. Que dire ? Trouver l'idée du siècle était requise. Ils ne pouvaient pas rester éternellement dans cette situation. Néanmoins, la naïade ne lui laissait pas le temps de prendre une décision qu'elle enchaîna :
- Maintenant Gray-sama sait tout.
Sa voix était devenue lointaine et plus sombre. Elle tentait de dissimuler au mieux son embarra et sa tristesse. Relevant ses prunelles, elle défiait le brun qui restait planté comme un idiot sur ses jambes qui tremblotaient.
- A présent, Juvia va te dire au revoir. Elle ne reviendra plus. Sa décision est ferme et définitive.
A ces dires, elle écarta sa robe fendue pour découvrit sa cuisse gauche. Le taciturne posa ses prunes oculaires dessus un peu incrédule par cette action de la part de la fée. Avec grande horreur il découvrit que la marque de Fairy Tail disparaissait lentement mais sûrement. Des petites étoiles dorées s'envolaient dans l'air alors que la peau redevenait parfaitement blanche. Bientôt le symbole s'éteignit complètement et le créateur cessa de respirer. Pourquoi ? Pourquoi leur emblème avait-il cessé d'exister sur ce simple morceau de chair? Il remonta son attention sur le visage de sa camarade. Celui-ci était ravagé par les larmes. Qu'est-ce que cela voulait dire ? C'était quoi encore tout ce cirque ? L'abandonnait-elle à son triste sort ? Et cette imbécile en plus de tout, souriait ! Un sourire éploré alors que ses miroirs scintillaient. Infini. Des trainées luisaient alors que des gouttes mouillaient le sol ciré.
- Juvia aurait aimé toucher le cœur de Gray-sama… Il ne faut pas lui en vouloir mais cette situation ne pouvait plus continuer… Adieu Gray-sama…
En hoquetant et en reniflant, la déesse le contempla une dernière fois. Elle tendit sa main vers sa joue mais se ravisa en cours de route. Ses doigts restèrent en suspend avant qu'elle ne les laisse retomber le long de son corps. Puis inspirant profondément, elle porta ses mains sur son cou et détacha le médaillon qu'il lui avait offert quelques semaines auparavant. Elle le détailla une dernière fois alors que son membre tremblait puis attrapa le point serré de son compagnon. Les cristaux étaient vraiment magnifiques. Qu'avait-il sacrifié pour le lui créer ? Il ouvrit la paume par réflexe et elle déposa lentement le collier. Toujours sourire, la néréide admira la beauté ténébreuse de son bien-aimé. Gray était dans un autre monde, en état de choc par ce simple mouvement. Perdu. Tout venait de s'arrêter. Il était là figé dans le temps. Son cerveau avait cessé de fonctionné. Déconnecter de la réalité.
La bleue pivota sur elle-même et se dirigea d'un pas révolu vers une valise à roulette et un parapluie rose qui l'attendait sur le pallier. D'un pas trainant elle rejoint la porte d'entrée. Ses épaules étaient voûtées et jamais sa peine ne fut autant perceptible. Lançant un dernier coup d'œil à la salle, elle sourit, puis résolument ouvrit le battant alors que Meldy fondait en larmes dans les bras de Jellal.
Ses oreilles bourdonnaient encore comme si la salle avait mal été insonorisée et que l'écho se répercutait démesurément. Il était en vie alors qu'il ne sentait plus que le vide. Il pouvait percevoir les palpitations de son cœur au creux de son âme. Rythme régulier. Cadence normale. Une goulée d'air frais lui brûla la gorge et les narines. L'homme papillonna afin de sortir de son état second. Que faisait-il déjà ici au juste ? Qui était-il ? Il ne le savait même plus. Le fils de Silver contracta les muscles de ses doigts pour endiguer sa léthargie. Le mage existait quelque part, perdu dans cet océan. Oui, il y avait cette douleur perceptible à des kilomètres dans son torse. Sa poitrine était tordue de part en part. Des épées le traversaient de chaque côté lui donnant envie de hurler. Gray émergea de ses vagabondages alors que les cris de Natsu retentissaient. Une minute s'était-elle écoulée ? Plus ? Difficile à dire. La notion du temps lui avait échappé. Le disciple d'Ul par réflexe porta une main sur son muscle cardiaque. Il s'était soudain embrasé et était pris de vapeurs incontrôlables.
- Tu comptes rester encore là longtemps, menaça une voix derrière lui.
Le taciturne sursauta en reconnaissant ce timbre si familier. Lentement et en devenant blême, il se retourna pour se prendre le magistral poing ganté d'Erza. Déboussolé, il chancela avant de tomber bêtement sur les fesses dans un bruit sourd. Il lança un coup d'œil à sa compagne et sentit son âme être aspiré à la seconde qui suivi. Elle lui lançait des yeux noirs de tueur fou. Ses cheveux voletaient encore derrière elle sous l'intensité de l'impact. Elle huma bruyamment alors que son bras frémissait.
- T'es un abruti de première classe Gray Fullbuster ! Pourquoi tu l'as fait souffrir comme ça ! J'en peux plus de tes conneries ! Ca a assez duré ! Tu ne peux pas tout simplement assumer le fait qu'elle te plaisait ! Non il a fallut que tu recommences tes âneries ! J'ai été indulgente avec toi ! Je ne t'ai rien dis mais là tu dépasses les bornes ! A cause de toi on perd une amie ! Elle s'en va ! Voilà ce que t'as gagné ! Donne-moi une bonne raison de ne pas remettre mon poing dans ta tronche ! hurla la rousse alors qu'elle le saisissait par le col.
Le maître glaçon attrapa le poignet de la chevalière et celle-ci le scruta surprise qu'il proteste. Ses membres aussi vibraient alors que son visage était dissimulé dans ses cheveux de jais. Il avait serré les dents mais restait mollement sur le sol. Lorsqu'il prit la parole, sa voix était rauque et lointaine :
- Vas-y défoule toi sur moi si ça te chante, j'en ai plus rien à foutre…
- Bordel Gray réveille-toi !
Le premier coup qu'elle lui avait porté lui faisait mal, mais il s'en contrefichait. Il tendit la joue, prêt à recevoir le second alors qu'elle armait son bras pour frapper. Des larmes ruisselaient sur ses joues ce qui étaient assez anodins dans la mesure où Titania n'affichait que rarement ses émotions en public. Là, elle criait à s'en perforer les poumons et les tympans et pour sûr que tous les autres devaient être silencieux dans la grande salle à retenir leur souffle que la tempête se calme.
Le naturiste ferma les paupières, résigné à subir le courroux de la reine des fées. Il l'avait mérité et acceptait son sort. De toute manière, il ne se sortirait pas indemne de cette histoire. Trop de mal avait été causé et trop de larmes versées. Rien pour y remédier. Le temps peut-être ? Non, c'était définitivement impossible ! Rien ne pourrait altérer ce qu'il avait fait. Alors, il devrait souffrir pour le restant de sa triste vie. Il serait le minable qui avait fait fuir cette belle ondine qui ne demandait qu'à le chérir.
Le coup partit d'un geste sec et sa lèvre inférieure éclata rependant du sang sur son menton et coulant sur son pull bleu maya. La jeune femme le relâcha, s'attrapant soudain la tête, prise de vertiges alors que l'homme ouvrait difficilement un œil pour la scruter. Constatant son mal, il tenta de se relever mais quelqu'un le devança pour rattraper la mage aux armures. Meldy soutenait leur leader avec un visage chagriné. Rouvrant les paupières, la rousse découvrit sa comparse.
- Tu ne devrais pas en faire autant, penses à ton bébé avant tout. Sa santé est plus importante. Maintenant, laisse-le moi je vais régler cela.
- Mais, il doit comprendre que…
- Je sais, fais-moi confiance, il ne va pas s'échapper. Je ne le laisserai pas fuir.
Erza acquiesça en signe de soumission et Gray resta interdit en la voyant se radoucir. Depuis quand était-elle comme cela ? La maternité l'avait vraiment transformé. Plus réfléchie, plus mature et plus consciencieuse de sa propre existence. En zigzagant, elle abandonna ses deux magiciens afin qu'eux aussi puissent régler leurs comptes. De toute manière, elle avait dit ce qu'elle avait sur le cœur à cet imbécile glacial et lui seul pourrait réparer les pots cassés.
La rose jeta une vision horrible à Gray qui eu du mal à déglutir. Elle affichait le même regard sévère et plein de mépris que la rousse. Il comprenait leur colère et leur ressentiment. De ce fait, il encaisserait sans répliquer. Juvia et ces filles étaient très soudées et s'entendaient à merveille. Or, elles perdaient une des leurs par sa faute. Son indécision allait coûter cher à tout le monde et chacun chuchoterait sur passage en le désignant du doigt. Il serait tel un pestiféré, le lépreux que tout le monde rejette. Après Natsu, lui ferait sans doute aussi sa fête, suivie de Lucy et Mirajane.
Soit, qu'il en soit ainsi.
- A nous deux, c'est à mon tour de te souffler dans les bronches !
Le mage resta au sol, stoïque et l'autre soupira de mécontentement. Mains sur les hanches elle le toisa alors que celui-ci avait rivé ses pupilles sur le parquet et ne disait mot. Perdant patience, l'ex-Crime Sorcière s'avança faisant claquer ses bottes à talons sur le plancher. Sans ménagement, elle attrapa le solitaire afin de le remettre sur ses jambes.
- Viens avec moi !
Férocement et avec fougue elle l'attrapa par la manche pour lui sommer de la suivre. Il s'exécuta sans rechigner, ne sachant pas où elle voulait le conduire. Elle le tira vers la grande salle alors que les autres affichaient des yeux ronds en constatant son état. En effet, il avait de quoi faire peur avec du sang imprégné sur ses vêtements, sa lèvre en lambeaux et son bleu sur la joue. Personne n'osa broncher sachant pertinemment ce qui se passait. Juvia venait de quitter la guilde par son délit et il allait passer un mauvais quart d'heure pour ses actions. Kana en l'apercevant en mauvaise posture se redressa pour lui venir en aide, mais Erza la retint par le bras et lui fit non de la tête.
- Toi et moi devons avoir une discussion et j'aimerai que tu abandonnes définitivement Gray, lui chuchota-t-elle alors qu'elle prenait position à une table du fond au calme.
Meldy s'immobilisa lorsque le battant de la grande porte grinça indiquant que celle-ci était définitivement close. Elle se retourna vers son camarade et le mesura avec véhémence. Gray affronta bravement ses pupilles perçantes. Il avait soudain l'impression d'être complètement nu et cela le déstabilisait. Pourtant, ce n'était pas dans son caractère de se sentir intimidé pour une quelconque question de nudité. Ses iris étaient rougis car peu de temps avant, elle pleurait à chaudes larmes contre Jellal qui l'avait réconforté du mieux qu'il avait pu.
La rose grelotta alors qu'elle fermait son manteau. Le temps était à la neige. Les nuages par centaine s'entassaient les uns sur les autres et l'air était glacial. De la fumée s'échappait des respirations. Les habitants dans les rues ne s'attardaient pas vraiment à cause de cette atmosphère qui mordait les joues par son froid.
Le brun croisa les bras sur son torse. Il ressentait la chute de température mais cela ne le gênait guère. C'était juste qu'il ne savait pas quoi faire alors que l'autre demeurait délibérément muette, ce qui l'irritait un peu. Elle l'avait menacé et pourtant la jeune fille ne faisait rien. Celle-ci, main dans les poches l'évaluait. Finalement, au bout d'un long moment, la magicienne se décida enfin à lui adresser la parole.
- Pourquoi est-ce que tu as fait ça ? Tu savais pourtant toute l'affection qu'elle te portait ! Je ne comprends pas…
- J'ai pas à répondre de mes actes devant toi.
- Non pour une fois on est du même avis, sauf que Juvia ne veut plus avoir affaire à toi tous les jours et par conséquent, elle a décidé de partir !
- C'est la solution de facilité, maugréa l'homme dans sa barbe.
- Je te demande pardon ?! répliqua aussitôt l'autre sur le qui-vive. Facile ?! Tu crois que cela a été facile pour elle d'abandonner sa seule famille ?! Ses amis qu'elle adore ! Son meilleur ami ? Comment crois-tu que Gajeel va réagir ?! Il va être fou de rage et je ne voudrai pour rien au monde être à ta place car crois-moi il va t'en faire baver !
- Je n'en ai que faire…
Meldy fulmina intérieurement en se retenant de lui crier d'avantage dessus ou même de lui sauter à la gorge. C'était une véritable tête de mule et un rempart impossible à franchir. Alors qu'elle réfléchissait à comment faire pour qu'il laisse tomber le masque, une idée de génie s'insinua dans son esprit. Toute guillerette de sa trouvaille, elle ôta les mains de son manteau et sourit. Le nudiste releva un œil, un peu incertain de la tournure des évènements.
- J'aimerai que tu penses à elle. Vas-y fais-le !
- Pourquoi devrais-je…
- Tu ne discutes pas ! ordonna l'autre en l'empêchant de finir sa phrase.
Le disciple d'Ul expira exagérément avant de se poser et de penser à la néréide. Devant ses yeux, la magnifique silhouette de son amie se dessina et son ventre se noua d'effroi. Son muscle cardiaque s'emballa aussitôt alors qu'un picotement lui montait au coin des cils. La rose, ravie, en profita pour lancer son sort.
- Maguilty sense !
Le poignet de Gray fut soudain frappé par un envoûtement. Des anneaux roses apparurent comme s'il s'agissait d'un bracelet et un cœur se dessina au centre. L'homme se rappela avoir déjà été frappé une fois par cette magie étrange. C'était sur l'ile Tenroujima et il n'avait jamais compris cette signification.
Soudain, le ténébreux s'agrippa la poitrine qui lui faisait soudain trop mal et tomba un genou au sol, le souffle court. Il serra les dents pour s'empêcher de crier et releva brusquement la tête pour dévisager son ennemi qui main sur les hanches attendait sa réaction.
- Qu'est-ce que tu m'as fait ? vociféra-t-il.
- Moi je n'ai rien fait. C'est plutôt à toi de te poser la question.
- Qu'est-ce qui m'arrive, pourquoi est-ce que j'ai l'impression que mon cœur va exploser ?
- Réfléchis deux minutes, s'exaspéra la rose ne supportant pas de le voir se lamenter. Tu ressens la peine de Juvia !
- Quoi ?
Un œil a moitié fermé, il braqua ses prunes oculaires vers sa camarade. Le fils de Silver ne comprenait pas comment cela était possible. Qu'est-ce que c'était encore que tout ce charabia ? Ressentir les émotions de la fée n'était pas concevable à moins qu'il ne soit enfermé dans son corps. Or, ce n'était pas le cas. Alors pourquoi diable avait-il si mal, que ses entrailles se tordaient de douleur et que sa gorge prenait feu. Le taciturne vacilla, posant le plat de la paume sur le sol pavé et s'agrippant comme un dément sur son torse. Un véritable fléau. Un supplice insurmontable qu'il ne se sentait pas de braver. Tant de chagrin et d'amertume. Comment l'enrayer ?
Meldy avança doucement et s'accroupit pour se mettre à sa hauteur. Lentement, elle lui releva le menton de son index pour que leurs regards se croisent.
- Est-ce que tu comprends ce qu'elle ressent à présent ?
Pour toute réponse, le nudiste se contenta de détourner les yeux mais la mage aux liens ne l'entendait pas de cette façon et lui attrapa brusquement le menton pour qu'il la regarde.
- Je te parle ! Répond ! Dis-moi la vérité !
- Je ne peux pas… fit le maître glaçon d'une voix déchirée. Si je le fais, cela serait avouer ce que je ressens et je ne le veux pas…
- Pourquoi ! Bon sang ! T'es vraiment un idiot ! Elle te plait, pourquoi hésiter ? Fonce au lieu de rester là à t'apitoyer. En plus tu sens son chagrin et je suis persuadée que tu ne souhaites qu'une chose : aller la réconforter.
Le rival de Natsu resta silencieux une nouvelle fois, essayant d'analyser objectivement la situation plus que critique. L'ex-Crime Sorcière disait vrai. Il pouvait ressentir jusqu'aux creux de ses veines, la tristesse de la bleue. Chaque parcelle de son corps, de ses muscles à ses nerfs percevaient ce mal qui l'habitait et la rongeait. Il aurait tant souhaité que tout cela s'arrête. Sa tête allait finir par exploser à force de tant de peine.
Une autre vérité le frappa de plein fouet ! C'était si évident et pourtant si téméraire. La rose avait raison sur toute la ligne. Le créateur voulait la consoler. Tout le mal qu'il lui avait fait, tous ces remords… Mais comment se rattraper ? N'était-il pas trop tard ? Sa décision était sans appel ! Elle était partie ! Comment faire ? Où aller pour tenter de la dissuader ? Il ne savait pas quel chemin prendre.
Son muscle cardiaque se mit à battre frénétiquement alors que l'angoisse montait en lui. Des voix contradictoires se battaient dans son cerveau étriqué.
Meldy comprit à son visage fragmenté qu'il allait céder. Enfin…
- Tu devrais aller en direction de la gare, son train est dans une heure. Elle compte rejoindre Hargeon. Tu dois savoir qui s'y trouve là-bas ?
- Elle va voir Lyon ? demanda l'autre d'un timbre caverneux en se rembrunissant.
- Si tu ne la retiens pas, c'est ce qui l'attend. Peut-être que ce destin là sera plus clément avec elle…
Le poids du monde sembla soudain s'affaisser sur les épaules du brun. Vaincu, il n'osait plus bouger d'un pouce. Tant de questions lui taraudaient l'esprit. Avait-il vraiment perdu tout espoir ? Sa muse l'abandonnait-elle véritablement ? Devant ses mirettes se dessina la silhouette diffuse de la sirène alors que les premiers flocons faisaient leur apparition. Il tendit la main et l'un d'eux vint s'écraser contre le creux de sa main. Il le regarda un moment inerte, avant que celui-ci ne fonde. Cette blancheur, cette candeur, cette innocence lui rappelait trait pour trait la personnalité de la nymphe. Non, il ne voulait pas la perdre ! Jamais il ne pourrait s'en remettre ! Elle était la seule ! La dernière en qui il avait une confiance aveugle ! La seule pour panser ses blessures et anéantir ses peurs ! Cette tentation avait plus que duré ! Il était désormais temps qu'il se ressaisisse ! Pas de crainte à avoir, seulement ce besoin irrépressible de la combler de bonheur. Oui, sa décision était enfin prise !
Se relevant abruptement, l'homme fit sursauter la rose qui ne s'attendait plus à le voir se mouvoir. Sans un regard ou un mot, le ténébreux pivota sur ses pieds et s'élança dans l'avenue comme si sa vie en dépendait.
Il la vit, là, appuyé sur le rebord du pont. Ses prunelles océans contemplaient les flots qui s'écoulaient lentement sous elle. Son parapluie reposait sur sa valise près d'elle, alors que les coudes sur la pierre froide, des volutes de fumée s'échappaient de sa respiration constante. Elle avait revêtu sa robe qu'elle portait lors de leur combat contre Tartaros, noire à fourrure mais fendu sur le côté pour laisser apparaître à présent sa cuisse sans insigne. Elle n'appartenait à plus aucune confrérie. Plus de refuge, ni de famille pour l'accueillir à son retour de mission.
Elle trembla alors que de minuscules cristaux s'incrustaient dans sa crinière céruléenne. Elle rehaussa son col puis se frotta les mains vivement. Cependant, malgré le froid ambiant, elle demeurait sur place à attendre. Mais quoi au juste ? Seule elle-même le savait.
Gray l'observa un bon moment. Elle était si belle presque irréelle. Cette jeune fille au bord de la rive dont il était amoureux. Aussi élégante qu'un cygne. Comment expliquer ce qu'il ressentait quand il la découvrit si vide ? Son cœur devint lourd. Elle lui avait confié une partie de sa vie. Etait-ce tout le remerciement qu'il pouvait lui témoigner ? Il resta un temps interdit. Comment lui parler ? Connaître ce bonheur à deux était-ce pour lui ? Lui prendre la main ? Seraient-ils encore ensemble demain ? Seul le temps le dira ? Mais pourvu qu'elle soit toujours là…
D'un pas lourd, le jeune homme s'approcha vers cette déesse à la beauté éternelle.
- Juvia…
Ladite mage tressaillit avant de se tourner avec difficulté vers son ancien ami. Avec horreur, l'apprenti d'Ul discerna ses cils gonflés et rougies. Les larmes s'étaient taries mais le mal était toujours là.
Reprenant contenance, la femme-pluie le fixa avec insistance ce qui déstabilisa l'autre partiellement qui ne trouva plus rien à dire.
- Que fait Gray-sama ici ?
Une voix qui ne lui ressemblait pas. Malgré le fait qu'il y ait toujours cette marque de respect qu'il ne méritait pas, son ton était dur et froid. Bredouillant, le naturiste répondit maladroitement :
- Je suis venu te chercher.
- Pourquoi faire ? Juvia s'en va, elle vous l'a déjà dis.
Vous, songea le magicien sidéré. Elle recommençait à le vouvoyer alors que depuis la fin de Tartaros elle avait pris la bonne habitude de le tutoyer. Ce soudain éloignement fit mal au cœur du créateur qui se sentit nauséeux. Il réprima son désarroi bien qu'il mourrait d'envie de disparaître. Peut-être qu'au fond, il était trop tard… Faire un pas et tomber ? Reculer ? Aller de l'avant ? Comment ?
Que dire pour guérir ses maux ?
Toute cette tension qui crépitait autour d'elle. Némésis n'allait-elle pas frapper avec son courroux vengeur ? Ils se jaugèrent un moment alors que la neige s'abattait un peu plus sur la ville. L'étendu d'eau commença par endroit à geler et un manteau blanc se déposa sur les brisques grisâtres.
- Ne pars pas… supplia le mage.
- Juvia ne va pas le répéter, sa décision est définitive. C'est trop dur de rester ici. Ca la tuera ! Juvia ne veut pas à affronter tous les jours les amourettes de Gray-sama…
- Mais quelles amourettes ? J'en ai rien à faire de Kana ! Elle ne m'intéresse pas ! s'emporta l'autre. Juvia, il n'y a que toi qui m'importe !
L'aquatique fit de grands yeux visiblement très surprise par cet aveux. L'homme s'empourpra en constatant ce qu'il venait de dire. Ses pensées les plus profondes, enfouies dans son fort intérieur, s'étaient déballées sans aucune réserve. Ces phrases, ces mots qu'il retenait avec grande peine dans sa poitrine depuis des semaines avaient fusé à travers ses lèvres. Pas le temps de reprendre son souffle qu'elles avaient été déblatérées. Le mage de glace ferma les paupières et inspira profondément pour faire face à ce visage angélique tiré par la stupéfaction. Son corps grelottait. Pourquoi ? Le froid ? L'ahurissement ? Quelle était donc la raison de cette attitude ?
- Ecoute, je t'ai menti et j'ai eu tord. Crois-moi, je t'en prie. Kana a été une distraction alors que je me sentais seul. Si tu savais combien je regrette. Mais avec toi c'est bizarre… Il y a quelque chose de particulier. Tu m'obsèdes et j'ai qu'une envie c'est que tu sois près de moi…
Juvia serra les poings sentant le tourment la gagner en intensité. Elle ne pouvait pas croire à ces belles paroles. Il devait sans doute les servir à toutes les jeunes filles pour les attirer dans ses filets. De toute manière, avoir confiance en lui n'était plus permis. Il l'avait bien trop blessé et elle n'était pas certaine de cette fois-ci pouvoir tout accepter en restant de marbre.
Aussi, la colère grimpa crescendo en elle, et ses phalanges blanchirent. Elle s'approcha du taciturne qui restait délibérément à sa place à la fixer avec insistance. Il lui était impossible de distinguer les prunelles de sa camarade qui étaient dissimulées sous son rideau de frange.
Et là, le sculpteur resta pétrifié et tituba.
Elle venait de le frapper ! Une autre claque ! La plus prononcée de toutes ! Décidément, les femmes lui en voulaient aujourd'hui. Mais celle-ci plus particulièrement avait raison d'agir de ma sorte. Bafouer son amour, le salir, la trahir. Tous ces termes qui l'avaient anéanti. L'élémentaire releva la tête. Des larmes perlaient au coin de ses longs cils noirs. Elle sanglotait mais faisait tout pour que sa voix reste compréhensible.
- Est-ce que Gray-sama va encore profiter de la faiblesse de Juvia ?! hurla-t-elle en pleurant.
- Juvia, je…
- Non, Juvia ne sera pas la putain de Gray-sama ! Elle refuse ! Elle n'est pas ce genre de fille ! Gray-sama n'a qu'à aller voir Kana pour ça !
- Juvia, écoute, ce n'est pas ce que tu crois…
- Juvia a compris le message Gray-sama. Elle n'est rien pour lui. Elle n'est qu'un membre de Fairy Tail, un compagnon d'arme ! Juvia en a assez ! Elle n'en peut plus ! C'est trop dur ! Juvia s'en va ! Elle veut oublier Gray-sama !
La néréide se retourna pour faire face à l'eau qui gelait au fur et à mesure que la température descendait. Elle enfouit son visage dans ses mains et éclata en gros sanglots. Elle avait été naïve. Naïve de croire que Gray était différent. Il était comme tous les autres. Il n'aimait pas la pluie et il ne l'aimait pas elle. Il l'avait embrassé et avait d'abusé de sa confiance alors qu'il ne ressentait rien. La sirène n'avait été qu'un jouet entre ses mains. Il avait profité de son innocence. L'homme avait brisé ses rêves. Des rêves de petite fille, rien de plus… Il avait tout anéanti sur son passage.
Le ténébreux serra les poings, fou de rage contre lui-même. Comment avait-il pu aller aussi loin avec elle alors qu'il connaissait l'affection qu'elle lui vouait. Il s'était pourtant juré de ne pas la toucher, mais il avait failli. Il n'était qu'un salaud qui ne pensait qu'à sa petite personne sans penser aux conséquences de ses actes. Il était allé trop loin cette fois. L'aquatique ne lui pardonnerait pas. Le brun allait la perdre définitivement. Encore une personne lui étant chère à ses yeux allait le quitter. Pourrait-il se relever une fois encore ? Cette fois, il n'en était pas sûr. Que ferait-il si elle partait ? Ne sombrerait-il pas dans la démence ? C'était même certain ! Quelle lueur d'espoir lui resterait-il ? Aucune ! Sa plus précieuse compagne le laissait à ses méfaits.
L'ondine leva ses iris au ciel surprise de constatait qu'il neigeait d'avantage. La pluie de la veille s'était transformée en de gros flocons. Elle tendit une main devant elle et l'un d'eux s'y déposa. Froid, tout comme l'être qu'elle aimait le plus au monde. A cet instant, l'amphitrite le maudissait et le haïssait. Il n'était qu'un coureur de jupon qui recherchait la compagnie des femmes juste pour jouer avec elles puis, après avoir été assouvi, il les jetait comme des moins que rien. Son cœur c'était épris d'un homme exécrable. Comment avait-elle pu être aussi faible ? Le sort s'acharnait contre elle malgré tout ce qu'elle faisait. Il n'y avait rien à faire. L'élémentaire n'avait pas droit au bonheur. L'amour était une chose qui lui était interdite. Elle n'était que la femme pluie. Un être solitaire et déprimant.
Gray voyant la mage sangloter sentit son cœur se briser. A nouveau, elle déplorait à cause de lui. Ne savait-il donc rien faire d'autre à part la faire pleurer ? Elle avait compati pour lui, pour son père, pour son passé et maintenant elle pleurait de colère. Il y avait de quoi ! Dans un accès de faiblesse, il l'avait embrassé et l'avait rejeté peu de temps après. La nymphe s'était déclarée et lui avait dit que ce n'était pas réciproque. Il n'avait même pas pris la peine de prendre des gants. Il le lui avait sorti de but en blanc lors du grand bal. La fée devant lui s'était retenue et puis elle était partie courant. Le ciel avait commencé à s'assombrir comme à chaque fois qu'elle était triste. Et la raison de sa tristesse c'était lui.
Il devait réagir avant de la perdre définitivement !
La naïade hoqueta de surprise et des larmes s'échappèrent de ses yeux grands ouverts quand deux puissants bras entourèrent sa taille et qu'une tête de posa contre son épaule. Elle n'avait pas à se retourner pour reconnaître cette odeur si charmante.
- Apprends-moi…murmura le mage de glace.
Je pense que certains vont me maudire pour avoir arrêter le chapitre à ce moment là.
Alors pensez-vous que Juvia va lui pardonner ? Y-a-t-il un infime espoir ?
N'hésitez pas à me donner votre avis !
A bientôt !
