Bonjour !

Comme tous les lundis, je tiens à remercier toutes les personnes qui m'ont laissé une review. C'est vraiment super sympa et très motivant ! Merci également aux anonymes : Sandry, Anne et Flopy69.

Voici donc un nouveau chapitre qui devrait vous éclairer sur l'intrigue.

Bonne lecture !


Chapitre 28

A grandes enjambées, je grimpais les escaliers menant à la chambre dans laquelle je m'étais habillée le matin même, avec encore à l'esprit, l'air épouvanté d'Alice quand je lui avais appris que Jason Jenks avait très certainement assassiné ses parents.

Je l'avais laissé dans les bras réconfortants de Jasper et avais cherché Edward parmi les invités, en vain. Personne ne savait où il était passé. Je fus prise d'un tremblement en pensant qu'il aurait pu lui arriver quelque chose. Je pris une grande inspiration pour éviter de céder à la panique et essayai de m'ancrer dans la tête qu'Edward me fuyait à cause de cette danse avec Ric. D'ailleurs je n'arrivais pas le trouver lui non plus…

Peut-être étaient-ils ensemble ? Et contre toute attente, cette idée était loin de me rassurer… Mais j'avais absolument besoin de parler à Edward de mes découvertes et de l'aveu de ma mère. Après tout, cela le concernait aussi et peut-être aurait-il eu une théorie sur cette affaire qui, loin de s'éclaircir, s'embrouillait de plus en plus.

Et puis pourquoi Jenks avait-il tué les parents d'Alice ? Qu'avaient-ils entendu de si compromettant pour qu'on les élimine ? Et quel était cette fameuse dette dont il m'avait parlé ? Je ne voyais pas le fil conducteur. Cependant, j'étais persuadée qu'un détail m'échappait.

Toute à mes réflexions, je poussai la porte de la chambre d'un geste brusque et sursautai quand j'y découvris Garrett, assis devant la coiffeuse, occupé à rectifier son fond de teint à l'aide d'un gros pinceau à maquillage.

— Garrett ! criai-je, une main sur le cœur.

— Salut, mon roudoudou à la fraise ! fit-il en suspendant son pinceau au-dessus de ses joues.

— Bon Dieu ! Tu m'as fait une de ces peurs ! Qu'est-ce que tu fabriques ici ?

— Un raccord maquillage, ma puce en sucre, minauda-t-il. Et toi ? Tu n'es pas en train de te gaver de gâteau à la crème en roucoulant avec ton bellâtre ?

Je me laissai tomber sur le lit moelleux en souriant. Quelque-soit l'ampleur de mes soucis, Garrett arrivait toujours à me dérider, même si les surnoms dont il m'affublait étaient complètement ridicules.

— Non merci ! Je crois que je vais faire une overdose de mièvreries, me révoltai-je en secouant férocement la tête.

Quelques mèches s'échappèrent de mon chignon et je tentai de les remettre en place en grimaçant. Les épingles soutenant ma coiffure me faisaient souffrir atrocement. J'avais l'impression que tous ces petits picots me transperçaient la tête, et réduisaient à petit feu mon cerveau en bouillie.

— Comme tu es désabusée, ma belle ! Le mariage, ça fait rêver toutes les filles, pourtant !

— Pas moi ! repartis-je en tapotant le monticule laqué de mes cheveux. Enfin, pas un mariage comme ça.

Garrett leva un de ses sourcils épilés en signe d'interrogation alors que je me penchai pour détacher les brides de mes escarpins.

— Tu sais, les pétales, les froufrous, les fleurs blanches, les discours dégoulinants d'émotion, les gâteaux à la crème… enfin, tout ça, c'est pas pour moi ! fis-je en soupirant de bonheur quand je me fus débarrassée de ces maudites chaussures à talons hors de prix qui me tuaient les pieds. Ca fait tellement cliché, tellement guimauve ! rajoutai-je.

Garrett eut un rire joyeux et haut perché.

— Tu n'es pas comme ta mère ! remarqua-t-il en repoudrant son pinceau.

— Je le prends comme un compliment ! plaisantai-je tout en massant ma plante de pied douloureuse.

— Ni comme moi…

— Encore heureux ! m'esclaffai-je, mais en relevant le regard, je m'aperçus que Garrett ne riait plus.

Son regard était perdu. Le visage tourné vers la fenêtre, il observait le paysage sans le voir. Je ne l'avais jamais vu si grave, ni si préoccupé, lui d'ordinaire délicieusement moqueur et roublard.

— Oncle Garrett, je suis désolée. Je ne voulais pas te blesser, m'empressai-je de lui dire en m'approchant de lui.

— Oh ! Ne t'en fais pas pour ça mon lapin des îles. Je sais très bien que tu ne veux pas ressembler à une vieille folle comme moi.

Je me plaçai derrière lui et posai mes mains sur ses épaules. C'est vrai qu'il était excentrique et exubérant, mais il avait un cœur en or et j'avais beaucoup d'affection pour lui, même s'il aimait les faux-cils et les tenues en vinyle.

— Garrett, je ne t'ai jamais considéré de cette façon, lui assurai-je alors qu'il me regardait dans le miroir de la coiffeuse devant lui.

— Je sais, Bella, dit-il en posant sa main sur la mienne. Tu as toujours été très tolérante envers moi et tu ne m'as jamais jugé. Tu es franche, droite et honnête. Je suis loin d'en dire autant de ta mère et de moi, reprit-il après une courte pause.

— Pourquoi dis-tu cela ? demandai-je, étonnée par son ton si mélancolique.

— Bella, j'ai quelque chose à te dire, commença-t-il prudemment après avoir pris deux grandes inspirations. Ta mère et moi, nous t'avons caché un secret pendant longtemps, mais il est temps que tu saches à présent.

Je fronçai les sourcils, soudainement anxieuse et horriblement curieuse.

— De quel secret parles-tu ?

— Je te parle du tableau, Bella.

— Le tableau ? Tu veux dire, celui de Ruben ?

Garrett hocha lentement la tête et posa son pinceau sur la coiffeuse. Livide, j'ôtai lentement ma main de son épaule, et reculai d'un pas.

— Que sais-tu à propos de ce tableau, Garrett ?

— Je sais que ta mère t'a raconté ce qu'il s'était passé il y a exactement vingt-huit ans de cela, entre Ruben, Esmée et elle. Je l'ai su à l'instant où je vous ai vu partir toutes les deux, le tableau sous le bras. Elle t'a expliqué la raison pour laquelle elle avait épousé ton père, n'est-ce pas ?

— Si c'est de ce secret dont tu veux parler, alors oui, elle me l'a raconté, réussis-je à articuler.

— Mais je suis sûr qu'elle ne t'as pas tout dit, continua-t-il presque à voix basse.

Je restai silencieuse et glacée, immobile derrière lui, en le regardant dans le miroir avec appréhension.

— Oh ! Ce n'est pas de sa faute ! s'écria-t-il soudain devant mon expression choquée. Elle ne pouvait pas savoir, elle n'était pas là. Elle était chez nos grands-parents à Forks. Mais moi j'étais là, et je connais toute l'histoire, Bella.

Je fixai Garrett dans le miroir et j'eus l'impression de ne pas le reconnaître. Son visage d'habitude si jovial avait perdu son expression rassurante et ses traits étaient devenus froids et durs. Si ses yeux n'avaient pas été tristes et sincères, je crois que je me serais sauvée en courant.

— Que s'est-il passé après que Maman soit partie ? murmurai-je d'une voix étouffée.

— J'ai découvert quelque chose. Quelque chose que j'aurais préféré ignorer.

— Quoi ? Qu'as-tu découvert ?

Avec lenteur, il prit appui de ses paumes sur la coiffeuse et se leva pour s'approcher de la fenêtre. Je le suivis des yeux, le cœur battant à tout rompre contre mes côtes. Une inexplicable appréhension me comprimait la poitrine et j'inspirai difficilement une goulée d'air alors que Garrett reprenait la parole d'une voix sinistre.

— A l'époque, je savais déjà que je n'étais pas comme les autres jeunes hommes. Certes, je fréquentais beaucoup de filles, mais je n'étais pas attiré par elles. J'aimais juste être en leur compagnie, comme une bonne copine. Et surtout, je les observais beaucoup. Cela me fascinait. Leurs habitudes, leurs conversations, toutes leurs petites choses de filles me passionnaient.

Il s'interrompit, le regard toujours tourné vers la fenêtre par laquelle on apercevait les Everglades.

— Je connaissais bien les amies de ta mère. Nous sortions souvent tous ensemble, et elles me considéraient comme une des leurs. Mais j'étais de loin le plus observateur. Et le plus intuitif aussi.

— Garrett, je t'en prie, viens-en au fait ! le suppliai-je, rongée par l'angoisse.

— J'ai tout de suite su que quelque chose avait changé.

— Quoi ? Explique-moi ! Je ne comprends pas !

Garrett se retourna et posa ses yeux tristes sur moi. Un voile de nostalgie et de regret passa devant son regard avant qu'il ne reprenne son récit.

— Elle était toujours aussi belle. Plus même, j'oserais dire. Mais j'ai su qu'elle cachait quelque chose. Je l'ai vu dans son regard. Il n'était plus aussi lumineux qu'avant et il n'y brillait plus cette petite étincelle qui l'illuminait d'ordinaire.

Je nageai en pleine confusion. Que voulait-il me dire ? Je n'y comprenais plus rien.

— Mais de qui parles-tu ? De Maman ?

— Non, Bella, je te parle d'Esmée.

— Esmée ? glapis-je en écarquillant les yeux. Que cherchait-elle à cacher ?

Garrett s'approcha de moi lentement, tel un serpent glissant vers sa proie. Sans même y penser, je reculai de trois pas.

— Un secret, Bella. Un très vilain petit secret, chuchota-t-il.

— Mais quoi ! Bon sang Garrett ! m'écriai-je, tiraillée entre la peur et la curiosité.

Garrett me fixa un long moment avant de fermer les paupières quelques secondes. Quand il les rouvrit, il les plongea dans les miens en m'attrapant aux épaules.

— Ce que je vais te dire, j'ai tenté de l'oublier pendant des années sans réellement y parvenir. Je n'ai jamais dit à personne le secret d'Esmée. Mais maintenant il est temps, reprit-il d'une voix lasse.

Je me contentai d'hocher vigoureusement la tête. De toute façon, ma gorge était trop sèche, ou trop contractée pour que je puisse articuler un seul mot.

— Elle était enceinte, Bella.

— En… enceinte ? balbutiai-je, incrédule. En es-tu sûr ?

— Absolument. Certains signes ne trompent pas.

— Oh mon Dieu… soufflai-je alors que Garrett laissait retomber ses bras le long de son corps.

— Mais ce n'est pas tout, ajouta-t-il à voix basse tout en passant une main dans ses cheveux clairsemés. Le pire, c'est ce que j'ai fait quand je l'ai découvert.

J'avalai durement ma salive et le regardai en frémissant. Que de secrets ! Que de non-dits ! Ma propre famille m'avait menti pendant des années. J'en avais le vertige. Je m'étais embarquée dans une affaire dont je n'imaginais pas les ramifications. Je voulais aider l'homme que j'aimais et je me retrouvais prise au piège.

— Qu'as-tu fait Garrett ?

Il s'approcha de la coiffeuse et saisit mon paquet de cigarettes qui y traînait. Il en sortit une et l'alluma avant de me le lancer. J'en fis de même en le regardant aspirer avidement une bouffée de tabac. Je soupçonnai que son aveu devait être difficile. Garrett n'avait pas fumé depuis des années.

Après quelques minutes passées à fumer en silence, il releva les yeux vers moi et reprit d'une voix grave.

— Le temps passait et ta mère était partie depuis trois semaines déjà. Esmée devenait de plus en plus déprimée par sa rupture avec Elphésius. Je pense que suite au départ de ta mère, elle s'était mise à espérer qu'Elphésius et elle reprendraient leur relation. Elle était littéralement achevée qu'il n'essaye même pas de lui téléphoner. Mais nous savons tous les deux pourquoi il ne l'a pas fait.

— Effectivement, consentis-je.

— Seulement, à l'époque j'ignorais ce que ta mère avait fait, soupira-t-il avant de reprendre d'une voix morne. La rentrée universitaire approchait, et plus j'observais Esmée, plus je me rendais compte qu'elle allait de mal en pis. Mais surtout, je me rendais compte qu'elle n'avait pas l'intention de parler à Ruben de sa grossesse. Alors je suis allé le voir.

— Tu es allé le voir ? Mais que lui as-tu dit ?

Garrett tira longuement sur sa cigarette avant de me regarder d'un air contrit.

— Tout. Je lui ai tout raconté.

— Tu as dit à Elphésius Ruben qu'Esmée était enceinte de lui ? Mais enfin, qu'est-ce qui t'est passé par la tête ? Cela ne te concernait pas !

— Je sais ! Mais il fallait qu'il sache ! Ce n'était pas honnête ! Il avait le droit de savoir qu'il allait être père ! s'écria-t-il.

— Bon Dieu ! Garrett ! Te rends-tu compte du mal que tu as fait ? Cet homme devait être déjà démoli à cause de sa rupture et de cette histoire avec Maman et Esmée ! Et toi, tu l'as achevé.

— Sur le coup, je croyais bien agir. Mais avec le recul et la maturité, j'ai réalisé que j'avais fait une énorme erreur. Cela ne me regardait pas. C'est ma faute s'il est tombé dans cette dépression terrible. Elphésius avait toujours été un peu sauvage, mais sa phobie s'est déclarée quand il a perdu Esmée et le bébé, déplora-t-il tristement.

Je me laissai tomber sur lit.

— Esmée a dû t'en vouloir à mort, soufflai-je d'une voix lasse.

Garrett secoua vivement la tête.

— Elle n'a jamais su ce que j'avais fait. Elphésius ne m'a jamais trahi, fit-il perdu dans ses pensées. Il m'a remercié de le lui avoir dit et je sais qu'il a envoyé ce tableau à l'université, pour Esmée, puis il s'est enfermé chez lui et personne ne l'a plus jamais revu.

— Oh mon Dieu ! glapis-je en me prenant la tête dans les mains. Maman est-elle au courant ?

— Non. Je n'ai jamais raconté cette histoire à personne avant aujourd'hui. Personne à part Elphésius ne savait que j'étais au courant pour cette grossesse. Et maintenant qu'il est mort…

Je digérai difficilement les propos de Garrett. A vrai dire, je me sentais au bord de la nausée.

— Et cet enfant ? Sais-tu ce qu'il est advenu de lui ? demandai-je soudain.

Garrett eut un sourire énigmatique, puis se leva pour écraser sa cigarette dans un cendrier de métal.

— Bien sûr, Bella. Et toi aussi tu le sais.

— Quoi ? Non, je ne sais pas… commençai-je avant de remarquer le regard appuyé de Garrett.

J'eus une absence de réaction où j'eus l'impression d'être aspirée par un vide immense et sans fond. Si je n'avais pas déjà été assise, je crois que mes jambes m'auraient lâchée.

Je me souvins de ce jour où dans mon appartement New Yorkais, j'avais contemplé un visage sur un journal avec une impression de déjà-vu. Et puis, mes neurones se reconnectèrent enfin et je réalisai l'évidence.

— Edward. Edward est le fils d'Elphésius… murmurai-je dans un souffle.

— Voilà ma très brillante nièce qui sort enfin de sa léthargie !

— Bordel de merde ! jurai-je en me couvrant la bouche de ma main, puis je me levai si vite que je fus prise d'un léger malaise. C'était lui le neveu dont avait parlé Elisabeth à Middleton. C'est pour ça qu'elle voulait à tout prix retrouver ce tableau, car elle savait ce qu'il représentait. Elle savait qu'il n'était répertorié nulle part et donc elle savait que la mère de l'enfant d'Elphésius ne l'avait pas vendu. Si elle retrouvait ce tableau, elle retrouverait l'enfant.

— Je ne sais foutre pas de quoi tu parles, mais si tu le dis ma chérie, ce doit être vrai !

Je me mis à arpenter pieds nus la moquette blanche de la petite chambre en me mordillant l'ongle du pouce.

— Elisabeth était la sœur de Ruben, précisai-je distraitement à Garrett, puis je repris le fil de mon raisonnement. Quand elle a découvert qu'Edward était le fils d'Elphésius, elle lui a écrit pour l'informer qu'elle l'avait retrouvé. Ce message sur sa lettre, c'était ça ! Bon Dieu ! C'était ça ! Mais on l'a tuée avant qu'elle ne puisse l'envoyer. Quelqu'un ne voulait pas qu'on découvre la vérité. Mais pourquoi ?

— Ou bien, mon poussin caramélisé, il se pourrait aussi que tu fasses fausse route.

— Quoi ? demandai-je, perdue.

— On l'a peut-être tuée pour une toute autre raison.

— A quoi penses-tu ?

— A l'argent. Il paraît que l'héritage de Ruben est estimé à plusieurs dizaines de millions de dollars !

— Non, j'y ai déjà pensé et celui qui aurait eu intérêt à tuer Elisabeth avait un alibi, donc il n'a pas pu faire le coup, contrai-je.

— Eh bien, peut-être qu'il n'était pas le seul à qui la mort de Ruben et de sa sœur profiterait, insinua Garrett.

— Je ne vois pas qui d'autre pourrait avoir un mobile pour…

Je m'interrompis et déglutis avec difficulté. Soudain je me sentie complètement tétanisée, comme desséchée de l'intérieur. Une onde glaciale parcourut mon épine dorsale et je fus secouée d'un frisson qui me traversa des pieds à la tête.

— Son fils… murmurai-je.

— Eh oui, ma poulette, appuya Garrett en hochant la tête. Edward devient le seul et unique héritier d'une jolie petite fortune.

— Non, ce n'est pas possible… Il n'aurait pas pu faire cela.

Je me remémorai les événements des dernières semaines en essayant de trouver un sens à tout cela. Peut-être Edward avait-il deviné qu'il était le fils d'Elphésius Ruben ou peut-être était-ce Elisabeth qui lui avait parlé de sa découverte ? Mais dans ce cas, pourquoi ne m'avoir rien dit ? Pourquoi avoir continué à enquêter sans me mettre au courant de rien ? Ca n'avait pas de sens.

Je creusai plus profondément dans ma mémoire et je me souvins qu'il était dans la voiture avec Tyler et qu'il en était sortis presque indemne, ce qui était un miracle vu l'état de la voiture que nous avions retrouvé à la casse.

Il était à Santa Barbara quand Elisabeth avait été tuée, mais il avait très bien pu être le commanditaire. C'est lui qui aurait pu payer Jenks pour tuer les parents d'Alice, bien que j'ignore encore pourquoi, et Middleton pour me tuer.

Je frissonnai rien qu'à la pensée que l'homme merveilleux qui m'avait presque demandée en mariage il y avait à peine quelques heures était peut-être le même qui voulait me voir morte.

Je me souvins qu'il était également à Los Angeles quand Jenks avait été assassiné. Alice m'avait dit que son avion avait atterri à 19h00, une heure avant qu'il ne m'appelle. Je savais très bien pour l'avoir fait plusieurs fois, qu'il ne fallait pas une heure pour rejoindre la villa des Cullen depuis l'aéroport. Qu'avait-il fait pendant tout ce temps ?

De plus, l'heure de la mort de Jenks était intervenue entre 19h00 et 20h00. Les heures coïncidaient parfaitement et Inglewood ne se trouvait qu'à quelques minutes de l'aéroport.

Pourquoi ? Pourquoi Edward aurait-il fait tout cela ? Pour l'argent ?

Des larmes amères me piquèrent les yeux quand je réalisai à quel point il m'avait manipulée. Il m'avait prise dans ses filets pour mieux me manœuvrer. Il m'avait fait croire ce qu'il voulait que je crois et j'étais tombée dans le panneau. J'avais bu ses paroles, je lui avais offert toute ma confiance, et il l'avait trahie de la plus pernicieuse des manières.

J'essuyai rageusement les larmes qui commençaient à déborder de mes paupières et serrai les dents.

— Bella, tu vas bien ?

— Oui, ça va. Ne t'inquiètes pas Garrett, répondis-je d'une voix d'outre-tombe en sortant mon sac de voyage du placard.

— Qu'est-ce que tu vas faire ?

— Je vais faire ce qu'il faut, annonçai-je durement en fouillant dans mon sac.

Je trouvai enfin ce que je cherchais, puis j'enfilai mes sandales plates avec des mains tremblantes.

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Garrett me laissa alors que je finissais d'attacher la boucle de mes chaussures. Je lui avais demandé d'être discret, tout du moins le plus possible, et de prévenir Ric Nolan que je voulais absolument le voir.

Mon ventre me tiraillait de douleur à la pensée qu'Edward fut impliqué dans tous ces meurtres, et surtout qu'il m'ait à ce point manipulée aussi impitoyablement.

J'eus soudain l'envie impérieuse d'abattre mon poing dans n'importe quoi, juste pour extérioriser cette rage qui me consumait, mais je ravalai mon amertume et sortis de la chambre avant de dévaler les escaliers.

Quand je sortis de la maison, je constatai que les tables étaient désertes, mais des cris de liesses m'indiquèrent que tous les invités devaient se trouver devant la maison, occupés à saluer les mariés qui partaient en lune de miel.

Je fis quelques pas dans l'herbe rase et sortis mon téléphone de ma pochette pour appeler Ric.

— Oh ! Non ! C'est pas vrai ! Pas maintenant ! pestai-je en constatant que mon portable ne parvenait à capter aucun réseau.

J'essayai plusieurs fois, mais invariablement, un petit bip m'indiquait que la manœuvre ne fonctionnait pas.

— Fait chier ! jurai-je en malmenant l'écran de mon téléphone.

— Tout va bien, Bella ?

Je relevai les yeux vers Esmée qui se tenait non loin de moi, une lueur inquiète dans le regard.

— Oh ! C'est vous !

— Qu'y a-t-il, Bella ? Tu parais bouleversée.

Je l'observai quelques instants alors qu'elle s'approchait de moi. Sa longue silhouette se mouvait avec beaucoup de grâce et un rayon de soleil, perçant le couvert des arbres, tombait sur ses cheveux auburn, les faisant chatoyer de reflets chauds et gourmands.

Elle s'arrêta devant moi et pencha la tête d'un air contrarié.

— Bella ?

J'eus soudain une bouffée d'affection pour cette femme si douce qui m'avait accueillie chez elle avec beaucoup de bienveillance. J'admirai sa force, tranquille et inébranlable, face aux malheurs qui avaient jalonné sa vie.

Je me mordis la lèvre en tentant de retenir un sanglot et je fus sûre, à cet instant, de ce que je devais faire. Je devais être honnête avec elle.

— Je sais tout Esmée, lui avouai-je.

— Je ne te suis pas, fit-elle en fronçant les sourcils.

— Je sais qu'Edward n'est pas le fils de Carlisle. C'est celui d'Elphésius Ruben.

Ma révélation parut lui faire l'effet d'une bombe. D'un seul coup, son visage se transforma et ses traits d'ordinaire si doux prirent une expression presque effrayante.

— Comment l'as-tu su ? demanda-t-elle sèchement.

— Je… je l'ai deviné, me justifiai-je.

Je ne sais pas pourquoi je ne voulus pas dire que Garrett était au courant de son secret. Peut-être par loyauté envers lui. Mais quand je considérai Esmée, nerveuse et complètement bouleversée, je fus soulagée d'avoir pris cette décision.

Une main tremblante sur son front, elle semblait être en proie à une saisissante panique. Je m'approchai plus près dans l'intention de la soutenir, mais elle releva vers moi un regard qui me transperça comme une volée de lames.

— A qui d'autre en as-tu parlé ?

— A personne ! Je vous le jure !

— Bien, soupira-t-elle. Tu ne dois pas en parler Bella. Jamais, tu comprends !

— Esmée, je sais que vous avez gardé le secret depuis toutes ces années. Mais ne croyez-vous pas qu'il est temps désormais de vous libérer ? De plus, Edward a le droit de savoir qui était son père.

— Non ! cria-t-elle. Il ne doit jamais savoir !

— Esmée, je crois qu'il le sait déjà.

— Co… comment ? Tu lui as dit !

— Je vous jure que non.

— Alors comment ?

— Je pense que c'est Elisabeth qui le lui a dit. Esmée, j'ai découvert certaines choses la concernant. Des choses troublantes.

— Quelles choses ?

— Elle vous recherchait. Et quand elle a trouvé ce tableau, elle a su qu'Edward était le fils d'Elphésius. Elle a voulu le prévenir, mais quelqu'un l'en a empêchée et je pense savoir de qui il s'agit.

— Tu sais qui a tué Elisabeth ?

— Oui.

— Qui est-ce ?

— Il est possible que ce soit Edward.

— Non, murmura-t-elle en secouant violemment la tête.

— Je sais que c'est difficile à croire. Mais tout l'accuse, pourtant.

— Non, ce n'est pas lui ! Ca ne peut pas être lui ! Pourquoi aurait-il fait ça ?

— Pour l'argent.

— Non…

— Elphésius était riche et malade. Sa seule héritière était Elisabeth. Si elle disparaissait, il serait le seul à profiter de la fortune de son père…

— Mais comment ?

— C'est simple, il avait accès au stock de médicaments que votre mari gardait à la villa. Il lui a suffi de lui dérober un tube de Séconal et de droguer Elisabeth à son insu.

— Tu délires complètement Bella ! Enfin, il s'agit d'Edward ! Et puis c'est impossible, il se trouvait à Santa Barbara le jour de la mort d'Elisabeth.

— Je sais. Ce n'est pas lui qui l'a tuée. Il a payé Jason Jenks pour le faire.

— Jenks ?

— Oui. Il a tué aussi les parents de mon amie Alice, mais j'ignore encore pourquoi. Puis Mildred a trouvé cette lettre cachée dans la bibliothèque, celle d'Elisabeth, pour le moins énigmatique, et l'a donné à Tyler. Il a commencé à poser des questions embarrassantes sur la mort d'Elisabeth et a mené sa propre enquête. Je pense que c'est Edward qui a saboté la voiture de son frère…

— Non ! sanglota-t-elle. Non… pas Edward ! C'est un bon garçon ! Il n'aurait jamais pu faire ça !

— Je suis désolée Esmée.

Elle s'essuya les yeux du bout des doigts et renifla avant de reposer son regard mouillé sur moi.

— Il faut que je lui parle.

— Mais nous devons prévenir la Police ! m'insurgeai-je.

Esmée m'attrapa aux épaules et je sentis ses doigts s'enfoncer dans ma chair. Elle avait l'air anéanti.

— Laisse-moi lui parler avant ! Je t'en prie Bella, supplia-t-elle d'une voix brisée.

Ses yeux noisette, noyés de larmes, ne me lâchaient pas et ils semblaient m'implorer d'être clémente. Je me sentie soudain très mal, presque coupable. Je venais de lui apprendre que son fils était un assassin, je pouvais bien lui laisser lui parler quelques minutes.

— Ok, cédai-je.

— Merci, souffla-t-elle en me relâchant.

J'hochai la tête et voulus passer une main dans mes cheveux, mais ce fichu chignon m'en empêcha. Je me contentai de rajuster une mèche qui retombait sur ma tempe.

— Je ne sais pas où il est, je ne l'ai pas vu depuis un bon moment, constatai-je en jetant un regard circulaire sur les lieux de la réception, toujours désertés par les invités. Je ne peux même pas l'appeler, mon portable n'a pas de réseau.

— Attends, je vais chercher le mien, fit Esmée en se dirigeant d'un pas rapide vers la maison où étaient suspendus sur des cintres tous les vêtements des invités.

Je la suivis jusque dans le vestibule et elle récupéra sa veste pour en fouiller rapidement les poches.

— Mais qu'est-ce que cela signifie ? marmonna-t-elle en sortant de sa poche un paquet de cigarettes. Ce n'est pas à moi.

Je m'approchai plus près et constatai qu'il s'agissait d'un paquet de Vogue. Je fronçai les sourcils en fixant le carton dans les mains d'Esmée.

— Ce sont les cigarettes que fume Tanya, remarquai-je avec étonnement.

— Que font-elles dans ma poche ?

— Je n'en sais fichtre rien. Etes-vous sûre qu'il s'agit bien de votre veste ?

— Eh bien, il me semble, avança-t-elle en examinant le vêtement.

Soudain je me souvins d'une chose que j'avais complètement oubliée. Un minuscule détail qui prenait tout son sens maintenant. J'ouvris ma pochette et en sortis le petit bout de papier plié en deux sur lequel figuraient mon adresse et mon numéro de téléphone. Je le dépliai lentement, cependant qu'un froid glacial s'installait dans mon corps. J'avais donné ce papier à Esmée, et c'était Tanya qui l'avait trouvé dans sa poche, tout comme les allumettes du Palente… Tout s'expliquait.

— Ce n'était pas la sienne… c'était la vôtre… Tanya s'était trompé de veste…murmurai-je pour moi-même.

Je relevai les yeux vers Esmée qui se tenait toujours devant moi, sa veste à la main et une expression indéchiffrable sur le visage.

— Qu'est-ce que tu dis, Bella ?

— Rien. Rien du tout ! m'empressai-je de répondre en rangeant le papier dans ma pochette d'une main tremblante. Je crois que vous vous êtes trompée de veste, Esmée. Celle-ci appartient à Tanya.

— Oui, tu as sûrement raison, nous avons la même, admit-elle en pendant le vêtement sur un cintre.

— Retrouvons votre veste et appelons Edward, voulez-vous. Le plus tôt sera le mieux, articulai-je rapidement d'une voix trop nerveuse en fouillant parmi les vêtements suspendus sur le portant.

Je ne vis pas le coup arriver. Le choc me désorienta et la douleur inondant ma tête me surprit tout d'abord. J'ouvris des yeux immenses, puis dans un mouvement de pur réflexe, je portai ma main à ma tempe. Elle était maculée de sang.

La pièce se mit soudain à tourner autour de moi alors que je titubais sur mes jambes, tombant à genoux sur le carrelage blanc. Quelques gouttes de sang s'y écrasèrent et je les fixai avec étonnement avant de m'écrouler au sol.

Mon souffle était rapide et mes yeux se brouillaient de plus en plus alors que face contre terre, je me battais pour ne pas perdre connaissance. Je clignai une fois des paupières et luttai pour garder les yeux ouverts, mais je sentis mes forces m'abandonner inexorablement.

Ma vision se troubla, et j'exhalai un râle plaintif alors que j'entendais des bruits de pas précipités. Je reconnus la voix d'Edward, affolée et paniquée quand il se pencha sur moi. Je voulais lui répondre, je voulais le rassurer. Lui dire que j'avais été stupide, que je m'étais trompée. Je voulais lui dire que j'étais désolée et que tout était de ma faute. Mais soudain il s'écroula lui-aussi.

Je voulus hurler son prénom, mais mes yeux se fermèrent et je perdis connaissance.

Quand je repris conscience, j'étais allongée sur le dos, sur un monticule terreux et humide au milieu d'une végétation dense et luxuriante.

Mes yeux papillonnèrent quelques instants avant de s'habituer à l'éclatante luminosité du soleil. Comme au ralenti, je portai une main à mon crâne en gémissant de douleur et tournai la tête sans pouvoir me souvenir de l'endroit où j'étais.

Mais, une fois passés l'étourdissement et le sentiment de désorientation qui me prirent quand j'essayai de me relever, je réalisai que j'étais dans les Everglades.

Puis, les derniers instants précédant mon évanouissement me revinrent en mémoire et je frissonnai sous le vent brûlant.

Péniblement, je me remis sur mes jambes et commençai à marcher. Je ne devais pas rester là. Je devais retrouver Edward.


Vous avez eu peur hein ? Mais non, ce n'est pas Edward l'assassin ! Et je suppose que tout le monde a deviné qui est le meurtrier...

Toutes les explications lundi prochain pour le dernier chapitre ! Après il restera l'épilogue et j'aurai mis un point final à cette histoire.

Je vous souhaite une très bonne semaine, à lundi ! En attendant... review... ?

Bises,

Sophie